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Acidocétose chez l‘enfant et l‘adolescent au Congo


Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé . Volume 13, Numéro 3, 139-41, Juillet 2003, Étude originale


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Henri Germain Monabeka, Aurore Mbika‐Cardorelle, Georges Moyen , Service des maladies métaboliques et endocriniennes <germainmonabekayahoo.fr> Service des soins intensifs pédiatriques, CHU Brazzaville, BP 32, Brazzaville Congo .

Résumé : Le diabète sucré de l‘enfant et de l‘adolescent se rencontre en Afrique. Sa prise en charge pose de nombreux problèmes et on retrouve toutes les complications. Parmi elles, l‘acidocétose est la plus fréquente et garde encore un mauvais pronostic. Cette étude rétrospective portant sur 93 dossiers de jeunes diabétiques colligés en 10 ans avait pour but de présenter les caractéristiques de l‘acidocétose à Brazzaville. L‘acidocétose a été retrouvée dans 79,3 % des cas. L‘arrêt du traitement en est la première cause (48,1 % des cas), suivi des infections (28,6 % des cas). Le coma acidocétosique inaugure la maladie dans 18,3 % des cas. L‘évolution favorable dans 83,3 % des cas est malgré tout marquée par un taux de létalité élevé (18,2 % des cas). Elle est la première cause de décès de l‘enfant diabétique dans le service des maladies métaboliques et endocriniennes du CHU de Brazzaville. L‘éducation des parents et des enfants, un personnel qualifié, devraient permettre la diminution de la fréquence de cette complication chez les diabétiques connus.

Mots-clés : Diabète \; Enfant et adolescent \; Endocrinologie \; Congo.

ARTICLE

Auteur(s) : Henri Germain Monabeka1, Aurore Mbika-Cardorelle2, Georges Moyen2

1 Service des maladies métaboliques et endocriniennes
<germainmonabeka@yahoo.fr>
2 Service des soins intensifs pédiatriques,
CHU Brazzaville, BP 32, Brazzaville Congo

Le diabète sucré est un problème de santé publique dans les pays africains. La prévalence du diabète de l’enfant et de l’adolescent est peu connue. De source hospitalière, plusieurs auteurs africains estiment son incidence entre 7 et 10 pour 100 000 habitants par an [1, 2]. La prise en charge du diabète de l’enfant comme celui de l’adulte est difficile ; elle est accompagné de complications aiguës et chroniques fréquentes et de mauvais pronostic. Parmi ces complications, l’acidocétose diabétique est la plus observée. Elle affecte les sujets diabétiques de type 1 connus, traités par insuline, qui arrêtent ou qui adaptent mal leur traitement alors qu’ils souffrent d’une maladie intercurrente, le plus souvent une infection. Elle constitue parfois le tableau inaugural du diabète de l’enfant. Le traitement d’une acidocétose confirmée est aujourd’hui simple : une analyse physiopathologique de la situation et quelques règles thérapeutiques permettent d’éviter de nombreuses erreurs génératrices de complications iatrogènes.

Nous avons réalisé une enquête hospitalière dans le but d’étudier les causes, les caractéristiques et l’évolution de cette complication chez les diabétiques jeunes, admis dans notre service pendant les 10 dernières années.

Population d’étude et méthode

L’étude est rétrospective et porte sur les dossiers d’enfants et d’adolescents, âgés de moins de 20 ans, hospitalisés soit pour un diabète d’installation récente, soit pour complications d’un diabète connu, dans le service des maladies métaboliques et endocriniennes du CHU de Brazzaville, entre janvier 1992 et décembre 2001.
Le diagnostic du diabète était fondé sur les critères de l’OMS (1985) [3]. Nous nous sommes intéressés aux enfants présentant une cétoacidose clinique (polyurie, polydipsie, asthénie profonde, nausée, vomissement, déshydratation globale, polypnée de Kussmaul, odeur de l’haleine), un coma diabétique et une cétoacidose biologique (hyperglycémie, glycosurie, cétonurie). Les gaz du sang, le pH, les bicarbonates, la cétonémie, et l’ionogramme sanguin n’ont pas été recherchés. Cependant, ce bilan a été complété, en fonction de l’examen clinique, par la recherche des facteurs déclenchant ou favorisant la survenue de l’acidocétose.
Le traitement par injection intraveineuse d’insuline d’action rapide à la dose de 0,1 UI/kg toutes les heures est associé à un apport hydroélectrolytique. Le passage à la voie sous-cutanée toutes les 4 heures est effectué quand l’acétonurie disparaît. Le potassium est apporté dès la deuxième heure de réhydratation et les bicarbonates, ne sont perfusés qu’en présence de polypnée.
La surveillance est assurée par le dosage de la glycémie capillaire avant chaque injection d’insuline et par la recherche des corps cétoniques dans les urines.

Résultats

Entre 1992 et 2001, 93 enfants congolais âgés de 1 à 20 ans, hospitalisés dans le service des maladies métaboliques du CHU de Brazzaville répondaient aux critères de diagnostic du diabète de type 1. Soixante-dix-sept enfants, soit 79,3 % ont présenté une acidocétose. On dénombrait 46 garçons (59,8 %) et 31 filles (40,2 %) âgés de 4 à 20 ans, l’âge moyen étant de 12,4 ± 4,3 ans. Une acidocétose sévère ou modérée est constatée chez 60 enfants et un coma chez 17 enfants. Chez 44 enfants, l’acidocétose inaugurait le diabète, et chez les 33 autres, elle compliquait un diabète connu.
Pour tous les patients, la moyenne glycémique était de 415 ± 147 mg/dL. Les corps cétoniques étaient présents. Le délai entre l’apparition des premiers signes cliniques et l’hospitalisation était de 2,4 semaines (extrêmes : entre 1 et 5 semaines).
Les manifestations cliniques à l’entrée et les causes de l’acidocétose sont représentées respectivement dans les tableaux 1 et 2.

Tableau 1. Manifestations cliniques
Table 1.
 Clinical signs
Nombre %
Déshydratation 32 41,6
Polypnée 36 46,7
Obnubilation 41 53,2
Coma profond 17 22,1
Conscience normale 19 24,7

Tableau 2. Facteurs favorisant l’acidocétose
Table 2. Factors inducing ketoacidosis

Nombre %
Abandon du traitement 37 48,1
Infections 22 28,6
Sous dosage d’insuline ou mauvaise conservation 8 10,4
Lipodystrophies 3 3,9
Indéterminés 7 9,1

Au plan thérapeutique, tous les enfants ont été mis à l’insuline et réhydratés par voie parentérale. L’évolution a été favorable chez 63 enfants (81,8 % des cas). Il y a eu 14 décès (18,2 % des cas). Trente-quatre enfants, soit 44,2 % des cas, ont été perdus de vue après la première hospitalisation.

Discussion

La prévalence du diabète de l’enfant au Congo n’a pas encore été étudiée. C’est à partir des séries hospitalières que nous approchons les problèmes que pose le diabète dans notre région [4-6]. La présente étude montre le peu de connaissances qu’ont le public et le personnel soignant des centres de santé périphériques sur le diabète. Le diagnostic du diabète se fait toujours avec beaucoup de retard : le délai entre le début des symptômes et la prise en charge en milieu spécialisé dépasse parfois 5 semaines [7, 8], favorisant l’installation du coma diabétique. Chez l’enfant et l’adolescent, les circonstances de découverte sont dominées par la polyurie, la polydipsie et la déshydratation. Ce tableau est souvent précédé d’un syndrome fébrile qu’on traite comme accès palustre. Un interrogatoire minutieux montre souvent l’existence, depuis plusieurs semaines, des signes qui auraient dû attirer l’attention.
L’acidocétose est la complication métabolique la plus fréquente et la plus grave chez l’enfant. Sa fréquence au début du diabète a été souvent étudiée, mais la variabilité des critères diagnostiques est telle que les prévalences publiées s’échelonnent entre 14 et 40 % [9, 10]. La fréquence de l’acidocétose reste importante en Afrique : elle se voit chez 20 à 50 % selon les séries chez les enfants diabétiques connus [5, 6]. Cette fréquence est faible en Occident où elle complique le diabète dans 0,3 à 1,3 % et l’inaugure dans 25 à 30 % des cas [7, 11]. En Afrique du Nord, l’infection est la première cause de cette décompensation [2], tandis qu’ailleurs, comme dans notre série, l’abandon du traitement est la plus grande cause de cette complication [1, 5]. Le bas niveau socio-économique de notre population et le coût élevé de l’insuline sont à l’origine des nombreux cas d’arrêt du traitement.
Le diagnostic de l’acidocétose est souvent retardé chez l’enfant déshydraté, d’où la fréquence élevée d’acidocétose sévère et de coma inaugurant la maladie. Le coma profond inaugural n’est identifié que chez 10 % des patients en Occident [12] alors que dans la présente étude, le coma inaugural du diabète de l’enfant est retrouvé chez 18,4 % des patients.
Le protocole thérapeutique utilisé a été proche de ceux décrits dans la littérature [8, 13-15]. Mais, dans les structures comme les nôtres, leur mise en application intégrale rencontre de nombreuses difficultés : inaccessibilité aux soins spécialisés, manque d’examens de laboratoires, d’insuline et de solutés de réhydratation. Malgré tout, dans notre étude, l’évolution a été favorable dans 81,8 % des cas.
Les décès ont été observés chez 14 enfants (18,2 %) : l’acidocétose constitue la première cause de décès de l’enfant diabétique [5-7]. Le taux de létalité par acidocétose et son traitement inadéquat est de 1 et 2 % en Occident [16], et d’environ 25 % dans une série indienne [17]. Ce taux important dans notre série est rattaché probablement aux insuffisances dans la correction des troubles hydro-électrolytiques et, comme dans plusieurs autres études, par un œdème cérébral [8, 14, 16]. Selon Edge et Alvi, l’œdème cérébral est respectivement responsable de la létalité chez l’enfant ayant un diabète de type 1 dans 24 et 27 % des cas [18, 19]. Le retard au diagnostic de l’acidocétose influence certainement la réponse au traitement. Dans la présente série, le taux de létalité semble être en relation avec le délai de la prise en charge de la maladie.
Plusieurs enfants sont perdus de vue après la première hospitalisation, ce qui nous fait craindre un taux de létalité encore plus élevé.

Conclusion

L’acidocétose peut et doit être prévenue chez l’enfant diabétique connu. Cette prévention se résume en l’éducation des parents et de l’enfant qui doivent connaître les signes d’alerte de l’acidocétose, faute de pouvoir surveiller à domicile la glycémie capillaire et l’acétonurie. Le dosage de la glycémie devra être réalisé en cas de déshydratation chez l’enfant, afin de poser rapidement le diagnostic de diabète.n

Références

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2. Kadiki OA and Moawad SE. Incidence and prevalence of type 1 diabetes in children and adolescents in Benghazi, Libya. Diabetes Med 1993 ; 10 : 866-9.

3. World Health Organisation. Diabetes Mellitus. Report of a WHO study group. Tech. Rep. Ser. no 727. Geneva: WHO, 1985, 185 p.

4. Monabeka H, Bouenizabila E, Mbadinga-Mupangu, Nsakala-Kibangou N, Etitiélé F. Prévalence des complications du diabète sucré chez l’enfant et l’adolescent. Rev Fr Endocrinol Clin 1999 ; 40 : 75-8.

5. Lokrou A, Katche-Adoueny V, Timite-Konan M. Le diabète de l’enfant et de l’adolescent en Côte d’Ivoire. Rev Fr Endocrinol Clin 1995 ; 36 : 551-6.

6. Sarr M, Fall M, Diouf S, et al. Aspects généraux du diabète de l’enfant au service de pédiatrie du CHU de Dakar. À propos d’une étude portant sur 58 observations. Med Afr Noire 1990 ; 40 : 75-8.

7. Dorchy H, Gorus F, Vandewale C, et al. Manifestations inaugurales du diabète de type 1 chez l’enfant, l’adolescent et l’adulte de moins de 40 ans. Ann Pediatr (Paris) 1998 ; 45 : 543-8.

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Facteurs

Signes cliniques


 

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