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L’infection par le virus de l’hépatite E en Albanie


Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé . Volume 11, Numéro 1, 13-5, Janvier - Février 2001, Etudes originales


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Josif E. Adhami, Rebeka Angoni, Centre hospitalier universitaire "Mère-Tereza", Tirana, Albanie..

Résumé : Les hépatites aiguës à VHE en Albanie constituent 35,7 % des hépatites aiguës non-A non-B et 2,4 % de tous les cas d’hépatite virale aiguë ; elles atteignent davantage les femmes dans le rapport 2:1 et se décrivent en particulier chez les adultes (73,3 %) âgés de plus de 35 ans. Dans la population générale (groupe témoin), la prévalence des anticorps anti-VHE s’élève progressivement avec l’âge, de 1,2 % chez les moins de 9 ans, à 17,7 % au-dessus de 60 ans ; ils sont en moyenne générale de 9,7 %. La comparaison statistique de la prévalence d’anticorps anti-VHE chez les personnes en bonne santé d’âge inférieur à 20 ans et de ceux âgés de 20 ans et plus est significative (p < 0,0001). La transmission du VHE par la transfusion sanguine, mentionnée par quelques auteurs, peut être liée à l’infection des donneurs de sang. Nous n’avons pas trouvé de cas positifs chez les enfants thalassémiques ayant reçu entre 24 et 168 transfusions. La prévalence d’anticorps anti-VHE chez les femmes enceintes est plus basse que celle de la population générale (p < 0,0001). Chez les malades atteints d’hépatopathies chroniques, en comparaison avec celle de la population générale (groupe témoin), elle ne présente pas de différence statistiquement significative (p = ns).

Mots-clés : Albanie ; Hépatite.

ARTICLE

Le virus de l'hépatite E (VHE) transmis par voie féco-orale peut entraîner de grandes épidémies dans les pays en voie de développement. L'eau joue un rôle majeur dans sa dissémination [1].

Le VHE est un petit virus à ARN, sphérique, sans enveloppe, dont les propriétés morphologiques et biophysiques sont très semblables à celles des virus de la famille des caliciviridae [2, 3]. Il a été mis en évidence pour la première fois en 1983, par immunomicroscopie électronique, dans les selles d'un malade atteint d'hépatite non-A non-B, sous la forme de particules un peu plus volumineuses que celles du VHA (27 à 34 nm de diamètre) [4]. Son génome a été cloné et séquencé en 1990 [1].

Le VHE est actuellement le premier agent infectieux responsable d'hépatite aiguë dans le Tiers Monde. Il sévit sur un mode endémique et épidémique dans les régions les plus défavorisées et ne détermine des symptômes cliniques que dans 10 % des cas [5].

Au point de vue épidémiologique, l'Asie du Sud-Est, l'Inde, l'Afrique, l'Amérique centrale, le Moyen-Orient doivent être considérés comme des zones d'endémie élevée d'hépatite E, témoins d'une distribution mondiale très large du virus [6]. Dans la plupart des pays développés d'Europe et d'Amérique du Nord, l'hépatite E est souvent une pathologie d'importation observée chez des voyageurs ou des militaires revenant de zones d'endémie [7, 8].

Le but de cette étude est de préciser la prévalence du portage de VHE dans différents groupes de populations d'Albanie.

Matériels et méthodes

Ont été étudiés 1 945 cas, séparés en cinq groupes : hépatites virales aiguës (626 cas), sujets de la population générale (545 cas), enfants thalassémiques polytransfusés (39 cas), femmes gravides (630 cas) et malades avec hépatopathies chroniques (105 cas).

La détection des marqueurs anti-VHE a été assurée par une méthode immunoenzymatique Elisa (Abbott). Les résultats sont exploités après analyse statistique en utilisant le test khi2 ou khi2 corrigé selon F. Yate.

Résultats et discussion

* En 1992-1993, les marqueurs d'hépatites virales sont recherchés chez 626 patients hospitalisés avec un tableau clinique d'hépatite virale aiguë. Ils appartenaient aux 11 districts d'Albanie. Les examens sérologiques ont montré que, sur 42 malades avec hépatite virale aiguë non-A non-B, 15 (35,7 %) présentent des anticorps anti-VHE soit 2,4 % du nombre général des malades avec hépatite aiguë étudiés en anti-VHE. Deux d'entre eux présentent également des anticorps anti-VHC. La prédominance des femmes porteuses d'anticorps anti-VHE est importante avec un rapport de 2:1.

Il faut mentionner qu'un patient avait moins de 15 ans, trois entre 15 et 34 ans, alors que onze (73 %) avaient plus de 35 ans.

En Europe occidentale, l'hépatite E aiguë est rare en l'absence d'antécédent récent de séjour en zone d'endémie [9]. P. Corne et al. et P. Böhme et al. [10, 11] soulèvent l'hypothèse d'une transmission interhumaine par un sujet contact, porteur du VHE. La survenue des cas d'hépatite virale E aiguë autochtone souligne le risque potentiel de contamination par des sujets ayant une hépatite E asymptomatique ou paucisymptomatique.

Depuis 1990 en Albanie, il y a eu une importante migration de populations, les réfugiés albanais fuyant vers différents pays. De plus en plus, les retours de pays étrangers d'Asie et d'Afrique accentuent le risque de transmission du virus de l'hépatite E.

Cet état de choses méritait une investigation particulière sur le VHE en Albanie.

* En 1993, un deuxième groupe de 545 personnes en bonne santé représentant la population générale a été testé. Deux personnes porteuses d'anticorps anti-VHE ont été retrouvées positives sur 157 âgées au-dessous de 20 ans (1,3 %), alors que chez 388 sujets âgés de plus de 20 ans, 51 (13,1 %) sont anti-VHE positifs (p < 0,0001).

Le pourcentage de positifs s'élevait progressivement avec l'âge, étant de 1,2 % pour le groupe d'âge de 0-9 ans, de 17,7 % chez les plus de 60 ans, avec une moyenne générale de 9,7 %. Cela conforte les données d'autres auteurs [12, 13].

L'hépatite E a été considérée comme une maladie cantonnée à quelques pays en développement, alors qu'actuellement on en fait une maladie de propagation géographique très large, qui représente plus de 50 % des cas d'hépatite virale aiguë, observés parmi les jeunes adultes et les personnes d'âge moyen des pays en développement [3, 14-16]. Principal motif d'admission à l'hôpital dans le cadre des hépatites aiguës décrites dans les pays en voie de développement, l'infection à VHE dans les pays développés est surtout décrite chez les voyageurs de retour de zones endémiques. Ainsi, en Belgique, dans la population générale, l'anticorps anti-VHE est trouvé chez 1,5 % des personnes examinées, 2,8 % des personnes voyageant par voies aériennes et 2,9 % des fonctionnaires travaillant à l'étranger ou des diplomates [17]. T. Jaenisch et al. [18], en examinant le sang de 221 employés de l'agence allemande GTZ et les membres de leurs familles ayant vécu plus d'un an dans les régions endémiques du sous-continent indien, d'Asie du Sud-Est, d'Amérique du Sud ou d'Afrique tropicale, ont trouvé 5 % des sérologies VHE-positives.

* Un troisième groupe de l'étude comportait 39 enfants thalassémiques polytransfusés entre 3 et 15 ans (âge moyen 8,9 ± 3,4 ans). Tous les enfants étaient traités systématiquement chaque mois par transfusions sanguines (250 ml). Chacun a reçu entre 24 et 168 transfusions. La recherche d'anticorps anti-VHE s'est révélée négative chez tous les patients [19].

Certains auteurs [20] ont trouvé une corrélation entre la présence d'anticorps anti-VHE et les transfusions de sang. Cela concerne les donneurs de sang. Au Maroc, des anticorps anti-VHE sont présents chez 10 % des donneurs de sang [21], en Suisse 3,2 % [22], en Allemagne 2 % [20], en Hollande 1,1 % sur 1 275 personnes volontaires [7], etc. Ces données et le fait que la prévalence d'anticorps anti-VHE a été trouvée plus élevée chez les drogués (6,4 %), plus que chez les femmes enceintes et les donneurs de sang, amènent [22] à penser que le VHE peut se transmettre aussi par voie parentérale. D'autres auteurs [23] défendent le point de vue de la propagation de l'infection par voie parentérale, en se basant sur le fait qu'on a trouvé une virémie prolongée chez 19 sur 26 patients avec une hépatite E sporadique ; chez 4 d'entre eux, elle persistait de 45 à 112 jours. La virémie prolongée ainsi que l'élimination pendant longtemps par les selles sont deux facteurs expliquant la survie du VHE entre les épidémies dans les zones endémiques et la possibilité d'une transmission parentérale.

* Dans le quatrième groupe, 630 femmes enceintes sont examinées au moment de l'accouchement, elles sont âgées de 15 à 40 ans. Sur 630 sérums, 7 étaient positifs pour l'anticorps anti-VHE, soit 1,1 % des cas. Cela indique que l'anticorps anti-VHE est plus rare chez les femmes enceintes, que dans la population générale (p < 0,0001) [24].

Les anticorps anti-VHE sont présents dès le début de la maladie, les IgM peuvent disparaître en quelques mois, les IgG persister plusieurs années [25]. C'est ainsi qu'on peut expliquer le fait que 14,4 % des femmes enceintes originaires d'Afrique du Nord immigrées en France aient une sérologie VHE-positive [21].

Les épidémies se caractérisent par un taux de létalité élevé, notamment parmi les femmes enceintes [1]. Dans les statistiques hospitalières, où la mortalité est de 1 à 3 % chez les adultes des deux sexes, chez les femmes enceintes l'incidence augmente avec l'âge de la grossesse et au troisième trimestre se situe entre 10 et 20 % [25, 26].

En Chine, la mortalité au cours d'une épidémie au Sinkiang était de 1,5 % dans le premier trimestre, de 8,5 % au deuxième et de 21 % au troisième [27]. Des formes fulminantes ont été décrites chez les femmes enceintes pendant le troisième trimestre de la grossesse.

M.S. Khuroo et al. [28], par la biologie moléculaire, ont constaté la présence d'ARN de VHE dans les échantillons de sang du cordon d'enfants nouveau-nés de femmes VHE-positives. Le VHE se transmet de la mère chez l'enfant, en amenant une morbidité et une mortalité importantes dans les zones endémiques.

En Albanie, nous n'avons pas de données de morbidité et de mortalité pendant la grossesse ; comme le test sérologique est effectué au moment de l'accouchement, toutes les femmes étaient cliniquement en bonne santé.

En Albanie, comme dans tous les autres pays d'Europe, nous n'avons pas d'épidémie, ni de zone endémique, mais seulement des formes sporadiques paucisymptomatiques ou asymptomatiques en relation en grande partie avec les séjours des Albanais dans les pays endémiques et peut-être avec l'arrivée d'immigrés de ces zones. Les conditions hygiéno-sanitaires non satisfaisantes de notre pays favorisent le développement de ces cas sporadiques.

* Dans le dernier groupe de 105 malades avec hépatopathies chroniques, parmi lesquelles 80 hépatites chroniques et cirrhoses du foie et 25 carcinomes hépatocellulaires (CHC) sur cirrhose, les anticorps anti-VHE sont mis en évidence dans 10,5 % des cas (11 cas). La comparaison des résultats du groupe des hépatopathies chroniques avec ceux du groupe témoin (parmi 525 sujets de la population générale, 53 (9,7 %) sont VHE-positifs) montre des différences non statistiquement significatives (p = NS) ; cela s'explique par le fait que l'hépatite à VHE ne conduit pas à la chronicité, ni à la cirrhose hépatique. Les formes aiguës en Albanie sont rares et importées pour la plupart parce qu'il n'y a pas de porteur chronique assurant la propagation du virus.

REFERENCES

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