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Chimiorésistance du paludisme : problèmes de la définition et de l’approche technique


Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé . Volume 10, Numéro 1, 47-50, Janvier - Février 2000, Notes méthodologiques

Article gratuit   Summary  

Auteur(s) : Léonardo Basco, Pascal Ringwald

Résumé : En 1973, l’Organisation mondiale de la santé a défini la chimiorésistance des parasites du paludisme comme « l’aptitude d’une souche de parasites du paludisme à survivre ou à se reproduire malgré l’administration et l’absorption d’un médicament employé à des doses égales ou supérieures aux doses ordinairement recommandées mais comprises dans les limites de tolérance du sujet ». Les avancées techniques acquises dans divers domaines de la biologie humaine et parasitaire ont révélé l’insuffisance de cette définition, fondée exclusivement sur l’observation clinique et l’examen parasitologique. Aujourd’hui, quatre approches méthodologiques sont couramment utilisées afin d’analyser le phénomène de la chimiorésistance du paludisme. Tout d’abord, bien que le test in vivo ne soit pas standardisé, il représentait jusqu’en 1996 la méthode de base pour déceler la résistance. Le test in vivo est relativement facile à mettre en œuvre sur le terrain et permet de suivre les malades et de recueillir des données cliniques. Cependant, un échec thérapeutique n’est pas nécessairement dû à la chimiorésistance, étant donné que des problèmes pharmacocinétiques, la réinfection ou la multi-infection peuvent être à l’origine de l’échec clinique. De même, la sensibilité des parasites au médicament ainsi que l’automédication et la réponse immunitaire acquise peuvent conduire à une réponse clinique adéquate. La deuxième méthode, le test in vitro, contourne certains de ces inconvénients mais sa mise en œuvre nécessite une formation spécialisée des personnels, des réactifs stériles et des équipements lourds, peu compatibles avec son application généralisée sur le terrain. Les parasites des malades ayant pratiqué l’automédication ne sont pas utilisables. L’interprétation des résultats est parfois équivoque lorsqu’il s’agit d’une infection multiple et le rapport direct entre le niveau de sensibilité in vitro, exprimé en concentration inhibitrice 50 %, et la résistance n’est pas clairement défini. La biologie moléculaire représente une autre approche technique qui s’est avérée très utile pour analyser les gènes de résistance à la pyriméthamine et à la sulfadoxine. Cependant, le gène de résistance à la chloroquine (et aux amino-alcools) n’est pas encore identifié avec certitude. Enfin, le dosage de médicament permet de juger si un échec thérapeutique ou prophylactique a eu lieu en présence d’un taux plasmatique adéquat de médicament(s) antipaludique(s). Des variations inter-individuelles importantes de la pharmacocinétique des antipaludiques rendent souvent l’interprétation des résultats difficile. À la suite des progrès techniques, nous proposons que les conditions suivantes soient requises pour définir la chimiorésistance : l’échec thérapeutique, la concentration inhibitrice 50 % élevée, l’identité des populations parasitaires avant traitement et lors d’une rechute, la présence de mutations sur le gène de résistance et le taux plasmatique témoignant d’une bonne absorption du médicament. Il est enfin indispensable de standardiser les techniques et de favoriser les échanges entre les équipes, ce qui serait une des premières étapes pour obtenir des données fiables sur l’épidémiologie de la chimiorésistance du paludisme et pour guider les programmes nationaux de lutte contre le paludisme.

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