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Les mythes représentant la transmission palustre chez les Indiens d’Amazonie et leurs rapports avec deux modes de transmission rencontrés en forêt


Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé . Volume 9, Numéro 3, 157-62, Mai - Juin 1999, Etudes originales

Summary  

Auteur(s) : Jean-François Molez

Résumé : Un anthropologue de la santé a rapporté deux mythes différents qui concernent la représentation de la transmission palustre chez les Indiens Desana (Tukano) du haut Rio Negro (Brésil). Le premier associe le paludisme aux rivières qui renferment des « pots de paludisme », ceux-ci transmettant un « paludisme du fleuve ou des rapides » qui présente des variations aux intersaisons selon le niveau des eaux. Cette conception est fondée sur l’observation de l’existence de poches d’eau dans les berges et dans les creux des rochers, les variations intersaisonnières du paludisme étant classiquement en relation avec la production de ces gîtes. Le second mythe associe le paludisme au chant d’une grenouille et aux épisodes de floraison et de fructification d’un arbre (Poaqueira sericea Thul.), il s’agit de la « fièvre palustre des grenouilles ». Comme il concerne une transmission forestière, il peut se rapporter à un type particulier de paludisme néotropical forestier, appelé Bromelia malaria, responsable de transmissions humaines ou simiennes. Ce paludisme est transmis par des anophèles appartenant au sous-genre Kerteszia, dont les gîtes larvaires aériens sont situés dans les broméliacées épiphytes. Pour comprendre ce type particulier de transmission, nous nous référons aux résultats des enquêtes entomologiques effectuées dans le haut Oyapock, chez les Indiens Wayâpi (Tupi). Ce paludisme forestier peut fluctuer selon les variations de densité larvaire des gîtes bromélicoles liées au lessivage des épiphytes ou à leur floraison. Le mythe de la « fièvre palustre des grenouilles » recueilli chez les Desana peut se rapporter à l’existence d’un « paludisme des broméliacées » dans ce biotope amazonien. Ces deux mythes prouvent la parfaite adaptation des Indiens à leur milieu et leur complète connaissance de l’écosystème dans lequel ils vivent.

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