ARTICLE
Auteur(s) : Véronique
Ezratty1, Fabien
Squinazi2
1Service des études médicales d’EDF et de Gaz de
France (SEM), 22-28, rue Joubert, 75009 Paris
2Laboratoire d’hygiène de la Ville de Paris (LHVP), 11,
rue George Eastman, 75013 Paris
Article reçu le 22 Avril 2008, accepté le 9 Juin 2008
Aucun cas de grippe transmise à distance par les systèmes de
ventilation ou de climatisation d’un bâtiment n’a jamais été
rapporté dans la littérature scientifique. En revanche, des
observations de transmission par l’intermédiaire de ces systèmes
ont été décrites pour la varicelle et la rougeole [1-3]. Le profil
épidémiologique de la grippe saisonnière est compatible avec une
transmission par contact de proximité [4] d’une personne
contaminée par le virus influenza (sujet source) via un contact
physique direct ou via la projection par la toux, l’éternuement ou
la parole, de gouttelettes vers les muqueuses respiratoires d’un
sujet récepteur (hôte susceptible). La transmission peut aussi
survenir par contact indirect, par l’intermédiaire des mains ou par
contact avec une surface ou un objet contaminés par les particules
émises dans l’environnement immédiat du sujet source [4-7]. En
revanche, la transmission à distance (plus de 2-3 m),
qui nécessite le transport, la survie et la conservation du pouvoir
infectant (infectivité) du virus sous forme d’aérosols, fait
actuellement débat entre ceux qui soutiennent que la grippe ne peut
se transmettre que par contact de proximité [4] et ceux qui
évoquent la possibilité d’une transmission par aérosols [8], y
compris à distance par les systèmes de ventilation ou de
climatisation [9]. La vivacité des échanges [10-12] et la
divergence des opinions formées à partir des mêmes sources
bibliographiques reflètent bien la difficulté de répondre à la
question posée et de se prononcer sur le choix des mesures à
prendre pour limiter la propagation du virus influenza en cas de
pandémie dans un contexte où les preuves scientifiques pour les
justifier sont insuffisantes. Cet article tente d’apporter quelques
éléments de réflexion à ce débat en se fondant sur les données
bibliographiques disponibles.
Méthodologie
Une recherche bibliographique a été réalisée sur les bases de
données MEDLINE pour les articles publiés entre 1960 et
février 2008. Certains articles plus anciens, publiés depuis
1941, ont également été analysés. Il est intéressant de constater
qu’une grande partie des publications apportant des éléments pour
traiter cette question actuelle, rapporte les résultats issus de
travaux expérimentaux réalisés dans les années 1940
et 1960. Après trois décennies relativement pauvres en ce qui
concerne la recherche sur la transmission du virus influenza, une
résurgence des études sur le sujet est apparue à la fin des années
1990, depuis que planent les menaces de bioterrorisme et de
survenue de nouvelles maladies infectieuses tels le syndrome
respiratoire aigu sévère (SRAS) et la pandémie grippale. Une veille
a également été menée jusqu’en février 2008 sur les principaux
sites Internet nationaux et internationaux dédiés à la menace de
pandémie. Ces recherches n’apportant pas de réponse directe, nous
avons décidé d’aborder la question posée en dissociant la notion de
diffusion du virus influenza dans l’air d’un bâtiment d’avec celle
de sa capacité à infecter des personnes à distance. Les leçons
tirées de la réflexion sur la mise en place de stratégies de
protection des bâtiments contre le bioterrorisme ont également été
prises en compte [13].
Ventilation et climatisation des bâtiments : quelques
principes généraux
La ventilation assure le renouvellement en air neuf et la
circulation de l’air à l’intérieur des bâtiments. Sa fonction est
de diluer et d’évacuer les polluants de l’air, l’humidité et les
odeurs. La ventilation intervient sur la concentration des
particules, y compris infectieuses, via le taux de renouvellement
en air neuf qui doit être adapté au taux d’occupation et aux
sources intérieures de pollution.
Tous les systèmes de ventilation sont basés sur les mêmes
principes, mais, en pratique, il en existe une grande variété selon
le type, l’âge et la taille du bâtiment. Ils consistent soit en une
ventilation naturelle par conduits et tirage thermique (cheminée…),
la ventilation étant assurée par le vent et par l’écart de
température entre l’extérieur et l’intérieur, soit en une
ventilation mécanique contrôlée (VMC) simple flux ou double flux
avec échangeur thermique.
La climatisation a pour fonctions d’assurer et de
préserver la santé, le confort et la sécurité des occupants en
maintenant des conditions thermique, hygrométrique et de qualité
d’air acceptables associées à une bonne efficacité énergétique.
Les installations de climatisation réalisent les opérations
mécaniques de ventilation (insufflation et reprise d’air dans les
espaces), mais aussi de recyclage éventuel de l’air repris, de
filtration (air neuf ou recyclé), de pressurisation, de contrôle de
l’hygrométrie, de contrôle de la température
(chauffage/rafraîchissement), et de distribution (insufflation,
reprise, extraction d’air), en créant et en maintenant dans chaque
espace des conditions déterminées de température, d’humidité, de
vitesse et de qualité d’air. La climatisation intervient sur la
concentration des particules, entre autres infectieuses, par le
taux de renouvellement en air neuf ainsi que par l’efficacité de la
filtration et des procédures d’entretien des conduits d’air. Dans
la plupart des systèmes, qui peuvent aller d’une seule à plusieurs
centrales de traitement d’air dans le bâtiment, ces fonctions sont
réalisées simultanément. L’installation d’unités terminales permet
d’adapter le traitement de l’air aux besoins de chaque espace
(traitement thermique additionnel chaud ou froid avec filtration).
Certains espaces peuvent être équipés avec des éjecto-convecteurs
directement raccordés au réseau de distribution d’air ou avec des
ventilo-convecteurs qui assurent le brassage de l’air de l’espace
par un ventilateur et ne sont pas raccordés au réseau.
Habituellement, une partie de l’air des bâtiments est recyclée, ce
qui permet de récupérer l’énergie thermique de l’air repris. Le
recyclage est assuré à travers un caisson de mélange équipé de
registres à volets dont les mouvements sont coordonnés
automatiquement pour maintenir le débit minimal d’air neuf requis
quel que soit le taux de recyclage. Le mélange entre l’air neuf et
l’air repris dans les espaces est filtré et traité dans la centrale
de traitement d’air avant d’être diffusé vers l’ensemble des
espaces qu’elle alimente. La distance parcourue par l’air dans les
conduits aérauliques est plus ou moins longue selon que le système
a une reprise centralisée ou localisée.
Les bâtiments résidentiels et les hôtels ont un
système de renouvellement d’air des locaux qui diffère selon la
date de construction de l’immeuble. Les bâtiments construits avant
1969 comprennent soit une simple aération assurée par les ouvrants
(fenêtres et portes), soit une ventilation naturelle. Les immeubles
d’habitation plus récents ont généralement une VMC simple flux avec
une entrée de l’air par des bouches placées au-dessus des fenêtres
et une extraction mécanique dans les cuisines, salles de bains et
toilettes avec un rejet sur le toit de l’immeuble. L’air neuf
arrive dans le local et est extrait à l’extérieur sans recyclage
d’air. Dans le futur, les bâtiments à basse consommation d’énergie
seront équipés avec une VMC double flux.
Les immeubles de bureaux et les bâtiments accueillant
du public comportent habituellement une installation de
climatisation dont un exemple est présenté sur la figure 1.
Transmission de la grippe à l’intérieur d’un bâtiment : les
trois questions à se poser
Des particules respiratoires peuvent-elles parcourir plus de
2-3 mètres dans un même espace ?
Le sujet source va émettre, par la toux, l’éternuement, la parole
et même la simple expiration, des particules de différents
diamètres dont le nombre, le volume et la proportion par taille
sont variables. Dans les conditions habituelles rencontrées dans
des bâtiments, les grosses gouttelettes d’un diamètre supérieur
à 100 μm ne restent généralement pas longtemps suspendues
dans l’air et vont, quelques secondes après leur expulsion, tomber
et se déposer, selon une trajectoire balistique, sur les surfaces
et/ou sur les muqueuses des voies aériennes supérieures de sujets
récepteurs situés dans un rayon de 2 m. [14].
Les particules d’un diamètre inférieur à 100 μm
expulsées par le sujet source vont très vite diminuer de taille du
fait d’une perte en eau (dessiccation) et ne vont pas obéir de la
même façon à la loi de gravité [15]. Beaucoup de facteurs
environnementaux interviennent sur le taux de dessiccation des
particules, parmi lesquels : l’humidité relative et la
température, les flux d’air, la lumière du jour, les conditions
électrostatiques, la présence et l’efficacité d’éventuels systèmes
de traitement d’air (filtration, ultraviolets). Dans un espace
ventilé, le transport et la dispersion des particules dont le
diamètre à l’expulsion est inférieur à 100 μm sont difficiles
à caractériser et dépendent de nombreux paramètres, y compris de la
position et des caractéristiques du sujet source lors de leur
expulsion [14, 15] avec une grande variabilité interindividuelle
[16].
Les particules de moins de 5 μm de diamètre ou
aérosols (droplet nuclei), qu’elles aient été expulsées
directement ou formées secondairement après évaporation, peuvent
rester en suspension dans l’air pendant une durée assez longue
allant jusqu’à plusieurs heures [17, 18]. Ces aérosols sont
généralement considérés comme des particules passives dont la
cinétique suit de près les flux de l’air qui les transportent. Leur
dispersion dans un espace et leur déposition sont affectées par
différents facteurs, notamment par la ventilation. Dans le cas
général d’une ventilation par déplacement d’air, leur distribution
dépend du brassage de l’air qui conduit à une moins grande
concentration dans la partie inférieure de l’espace du fait du
déplacement vers le haut de l’air qui les transporte [19]. Ainsi,
les aérosols en suspension pourront être transportés par les flux
d’air à distance du sujet source [20].
Les systèmes de ventilation ou de climatisation peuvent-ils
favoriser la diffusion des aérosols à l’intérieur d’un
bâtiment ?
Cas des bâtiments ventilés non climatisés
Dans les bâtiments où la ventilation est naturelle ou
contrôlée, le risque de diffusion des aérosols est
théoriquement négligeable puisque l’air est extrait par un conduit
à l’extérieur du bâtiment sans recirculation d’air d’un appartement
à l’autre. Cependant, le passage d’aérosols d’un appartement à un
autre peut survenir à l’occasion de circonstances anormales (par
exemple, lors d’un dysfonctionnement de la VMC ou du fait de
conditions météorologiques particulières).
Cas des bâtiments climatisés
Dans les bâtiments climatisés, les aérosols peuvent suivre les flux
d’air de l’espace au sein desquels ils ont été émis puis être
aspirés par les bouches de reprise, soit dans l’espace lui-même,
soit dans les parties communes (couloirs ou WC). Ensuite, si le
système fonctionnait en tout air neuf, les aérosols présents
dans l’air repris passeraient dans les conduits aérauliques avant
d’être évacués à l’extérieur du bâtiment. Cependant, le plus
souvent, l’air repris est mélangé à de l’air neuf dans la centrale
de traitement d’air (recyclage de l’air). À la possibilité
de diffusion des aérosols dans les parties communes, s’ajoute alors
le risque de recirculation dans les locaux des aérosols présents
dans l’air repris, avec toutefois une dilution du fait du mélange
avec de l’air neuf. Dans ce cas, les aérosols peuvent théoriquement
diffuser dans tous les espaces et les parties communes alimentés
par la centrale.
Dans la centrale de traitement d’air, l’air subit une filtration
et un traitement thermique ou thermohygrométrique. L’obstacle
a priori le plus efficace pour retenir les particules
présentes dans l’air est constitué par les filtres. L’efficacité de
la filtration dans un système de climatisation dépend de
nombreux facteurs (débit d’air, concentration en particules de
l’air ainsi que type, classe d’efficacité, localisation et
fréquence de remplacement des filtres). Seuls les filtres de très
haute efficacité HEPA (High efficiency particulate air) H13-H14 et
ULPA (ultra low penetrating air) U 15 à U 17
permettraient d’arrêter plus de 99,9 % des particules de plus
de 0,3 μm. Toutefois, leur utilisation nécessite des
conditions particulières de pression et de débit d’air. Leur
installation ne peut donc être envisagée dans la plupart des
bâtiments tertiaires et recevant du public pour des raisons
techniques et financières. La majorité des bâtiments utilise des
filtres à air de ventilation générale incapables de retenir des
particules de moins de 1 à 3 μm. Ces filtres peuvent donc
laisser passer un certain pourcentage d’aérosols (pouvant contenir
du virus influenza).
Le virus influenza présent dans les aérosols ayant diffusé
peut-il infecter des personnes à plus de 2-3 mètres dans un même
espace ou, via la climatisation, dans une autre partie du
bâtiment ?
Les aérosols contaminés en suspension dans l’air ne peuvent induire
une infection à distance qu’à condition que l’agent infectieux soit
capable de garder son pouvoir infectant pendant la dessiccation et
le transport dans l’air des particules qui le contiennent.
Différents facteurs influencent l’infectivité des aérosols
contaminés, en particulier leur taille qui conditionne largement
leur fixation sur les récepteurs de l’hôte susceptible et le risque
qu’ils soient inhalés et pénètrent dans les poumons [20].
Toutefois, d’autres facteurs interviennent de manière directe ou
indirecte dans la probabilité que ces aérosols contaminés
entraînent une infection [16, 20]. Par exemple, des gouttelettes
partiellement asséchées et des aérosols complètement secs peuvent
avoir la même taille que des particules fines expulsées directement
par le sujet source mais leur pouvoir infectant et leurs propriétés
d’adhésion peuvent différer.
Interviennent également les caractéristiques du sujet source et
de l’hôte susceptible qui incluent notamment :
- – le taux d’émission des particules – fréquence de la
toux et des éternuements, concentration des aérosols expulsés par
la toux, l’éternuement, la parole et l’expiration, certains sujets
émettant beaucoup plus de particules [20, 21] ;
- – et sensibilité à l’infection de la personne qui entre
en contact avec les particules (statut immunitaire).
Des facteurs inhérents au virus influenza peuvent aussi
intervenir, notamment la concentration initiale du virus dans le
liquide respiratoire, la durée de l’infectivité du virus en
suspension dans l’air, le nombre de particules de virus devant être
inhalées pour provoquer une infection...
Le fait que le bacille tuberculeux, le virus de la rougeole et
le virus de la varicelle soient capables d’infecter des personnes
situées à de longues distances du sujet source suggère que –
comparés au virus influenza – ils pourraient avoir une dose
infectante plus faible, pourraient être présents à des
concentrations plus élevées dans le fluide respiratoire et/ou
resteraient infectants plus longtemps dans l’air. Il s’agit
d’infections où un seul sujet peut en infecter beaucoup d’autres,
alors que, même pendant une pandémie, un patient grippé
symptomatique infecte généralement moins de trois autres personnes.
En effet, alors que le taux de transmissibilité (R0)1 est de l’ordre de 15 à 20 pour la
rougeole, il est estimé pour le virus influenza, lors de grippes
saisonnières, à R0 = 1,5-2,5 et, pour les pandémies passées, à R0 =
2-3 pour la pandémie de 1918-1920 et à 1,5-2 pour celles de
1957-1958 et de 1968-1969 [22, 23].
Les données issues d’études épidémiologiques [24-26],
d’expérimentations animales [27, 28] et humaines disponibles
[29-31] qui évoquent la possibilité d’une transmission par
l’intermédiaire d’aérosols, n’apportent aucune preuve directe d’une
transmission possible de la grippe à une distance de plus de
2-3 m dans un même espace. De plus, lors des épidémies
saisonnières de grippe, aucune précaution particulière n’est prise
concernant les systèmes de ventilation ou de climatisation des
bâtiments. En particulier, alors que chaque année les hôpitaux
accueillent des sujets contaminés par le virus influenza sans
qu’aucune précaution « antiaérosols » ne soit prise dans
la plupart des cas, il n’existe aucun argument en faveur d’une
transmission à distance, notamment par la ventilation ou la
climatisation.
Discussion
Les données disponibles pour tenter de répondre à la question de la
possibilité de transmission de la grippe à distance par les
systèmes de ventilation ou de climatisation sont insuffisantes
[32]. Elles sont issues de travaux expérimentaux anciens, d’études
évaluant l’efficacité d’un vaccin ou d’un médicament ainsi que
d’observations durant des épidémies de grippe survenues
majoritairement dans des hôpitaux, des maisons de retraite, des
bateaux de croisière, des avions, des établissements scolaires et
pratiquement jamais dans des bâtiments résidentiels et tertiaires.
Ces études présentent des limites importantes : la
méthodologie est variable, le nombre de sujets est faible, et les
résultats reflètent le comportement des virus influenza A
et B en périodes d’épidémie saisonnière durant lesquelles le
niveau d’immunité préexistante des populations est plus élevé que
lors d’une pandémie grippale. Le statut immunitaire des sujets dans
ces études n’est généralement pas connu alors qu’il s’agit d’un
facteur critique.
Les données sur les différentes tailles de particules émises par
une toux ou un éternuement et sur leur cinétique de transfert sont
également insuffisantes [16, 20, 33]. Le seuil à partir duquel une
particule passe de la taille de gouttelette à une taille
correspondant à un aérosol n’est pas clairement déterminé. De plus,
les conditions environnementales (température, hygrométrie…) ont un
impact sur la taille des gouttelettes ou des aérosols. Bien que la
relation entre l’excrétion nasopharyngée et la transmission du
virus soit incertaine et variable, l’infectivité des patients est
généralement calculée sur la base de la diffusion virale à partir
du tractus respiratoire supérieur et non sur des données
d’observations cliniques. Des études sur la charge virale du
tractus respiratoire inférieur, particulièrement pertinentes pour
évaluer la transmission par des particules fines d’aérosols émises
lors de la toux et l’éternuement, ne sont pas encore disponibles.
Par ailleurs, il n’existe pratiquement pas de données sur
l’efficacité de mesures de santé publique non pharmacologiques
pendant des épidémies de grippe saisonnière [34]. Certaines
hypothèses concernant la grippe sont basées sur des analogies avec
des infections respiratoires causées par d’autres virus
respiratoires comme des coxsackievirus, des adénovirus, des
rhinovirus qui généralement sont plus stables que les virus
influenza et ont des propriétés différentes [35-37]. Ces analogies
sont utiles mais doivent être interprétées avec précaution.
À partir de l’ensemble de ces éléments et en dépit de
l’insuffisance des données sur les modes de transmission du virus
influenza, diverses recommandations peuvent d’ores et déjà être
proposées au gestionnaire d’un bâtiment.
Recommandations pour minimiser le risque de
transmission dans un bâtiment résidentiel, tertiaire ou
recevant du public, en cas de pandémie grippale
Mesures de prévention pour les occupants
Les mesures suivantes sont recommandées :
- – inciter les personnes susceptibles d’être contaminées
(sujets symptomatiques ou ayant été en contact avec des personnes
malades) à rester chez elles et à ne pas fréquenter les
établissements ouverts au public ni les bâtiments de bureaux, sauf
cas particulier et sous couvert de précautions (masque chirurgical,
mesures d’hygiène…) ;
- – favoriser le télétravail et l’occupation de bureaux
individuels. Éviter le rassemblement de personnes dans le même
espace (encourager les réunions téléphoniques, les repas pris
individuellement, etc.) ;
- – si certains espaces sont prévus pour être occupés par
plusieurs personnes comme c’est le cas des bureaux paysagers,
prévoir l’installation, lorsque c’est possible, de cloisons et de
portes isolant chacun des occupants ;
- – contrôler tous les accès, par exemple, les accès
directs des parkings vers les ascenseurs ;
- – si certains rassemblements sont inévitables (salles
d’attente, halls d’accueil des établissements recevant du public ou
des immeubles de bureaux, réfectoires de restauration collective,
halls de gare, etc.) :
- • organiser un repérage des sujets symptomatiques, dès
l’entrée si c’est possible, par une information adéquate du
personnel d’accueil et des personnes pénétrant dans le bâtiment
(affiches, information du public, formation du personnel…) et les
évacuer selon une procédure standardisée minimisant le risque de
transmission (port d’un masque chirurgical par le sujet suspect
d’avoir la grippe ainsi que par les personnes à proximité,
éloignement des personnes non protégées dans un rayon d’au moins
2 mètres, etc.) ;
- • inciter et veiller au respect d’une bonne hygiène
respiratoire (utilisation de mouchoirs jetables, poubelles avec
couvercle) et de la cough etiquette (se couvrir la bouche lors de
la toux ou d’un éternuement, puis se laver les mains) ;
encourager un lavage fréquent des mains ; faciliter la mise à
disposition de solutions hydro-alcooliques dans tout le
bâtiment ; augmenter la fréquence de nettoyage des surfaces
potentiellement contaminées ;
- • respecter une distance de sécurité d’au moins
2 mètres entre les personnes.
- – faire régulièrement inspecter les systèmes de
ventilation ou de climatisation par un personnel qualifié devant
vérifier si l’installation est conforme à la réglementation en
vigueur (débit de ventilation…) ;
- – favoriser, quand les conditions le permettent,
l’ouverture des fenêtres dans les bâtiments ventilés non
climatisés ;
- – ne pas arrêter le fonctionnement de l’installation de
ventilation mécanique ou de climatisation le week-end et la
nuit.
Mesures de précaution pour le personnel de maintenance des
systèmes de climatisation
Les principales mesures sont le port d’un masque chirurgical et de
gants jetables à changer régulièrement.
Conduite à tenir après la suspicion d’un cas de grippe dans un
bâtiment
Il convient de procéder aux opérations suivantes :
- – isoler et évacuer la personne symptomatique selon la
procédure recommandée ;
- – décontaminer les surfaces de la ou des pièces
fréquentées par le sujet suspect ;
- – s’informer sur la confirmation ou non du diagnostic
les jours suivants ;
- – informer le personnel sur la prise en charge du sujet
suspect.
Mesures ne pouvant pas être conseillées en l’état actuel des
connaissances
Vis-à-vis de la gestion du bâtiment
Installation de dispositifs d’épuration d’air. L’efficacité
et l’innocuité des différentes techniques d’inactivation des agents
infectieux (filtration par filtres biocides, filtration
électrostatique, ionisation de l’air, rayonnements ultraviolets et
photocatalyse) sont encore en cours d’évaluation. L’intérêt de leur
installation dans des bâtiments tertiaires et/ou recevant du public
n’est pas encore suffisamment documenté pour être recommandé.
Augmentation du taux de renouvellement en air neuf au-delà
des débits réglementaires. S’il est démontré qu’une ventilation
insuffisante favorise le risque de transmission des maladies
infectieuses respiratoires [24, 38, 39], le bénéfice d’une
augmentation du taux de renouvellement en air neuf au-delà des
débits réglementaires n’est pas démontré. Elle n’est pas toujours
possible dans un immeuble climatisé (limite technique de la
puissance du ventilateur) et pourrait être inconfortable pour les
occupants (bruit, vitesse de l’air…), peu économe en énergie et par
conséquent coûteuse.
Arrêt du recyclage de l’air. Même s’il est techniquement
faisable, il n’y a pas de preuves que cet arrêt aurait un impact
sur la transmission du virus. En revanche, cet arrêt occasionnerait
en saison froide une augmentation des coûts énergétiques pour
traiter l’arrivée de 100 % d’air froid de l’extérieur.
Ouverture des fenêtres. Dans un bâtiment climatisé,
celle-ci pourrait déséquilibrer le fonctionnement du système de
climatisation.
Après la découverte d’un cas de grippe
Décontamination des conduits aérauliques. Son intérêt
éventuel, ses modalités et ses effets délétères potentiels n’ont
pas été évalués. Il est à noter, d’ailleurs, qu’aucune preuve
n’existe sur l’efficacité de la désinfection à large échelle de
l’air ou des surfaces environnantes pour diminuer le risque de
transmission de la grippe [34].
Évacuation de l’immeuble. Elle serait coûteuse, très
perturbatrice et son utilité n’est pas prouvée.
Arrêt de l’installation de ventilation mécanique ou de
climatisation. Il résulterait en une augmentation de la
concentration des particules infectieuses dans l’air.
Conclusion et agenda de recherche
Pour appréhender la question posée, et en l’absence de données
directes disponibles, nous avons essayé d’apporter trois niveaux de
réponse. Bien que la part réelle de la transmission par aérosols
ainsi que par contact indirect dans les épidémies de grippe ne soit
pas connue, la transmission de proximité par gouttelettes via la
toux et les éternuements est considérée comme une voie majeure de
transmission de la maladie. Si la diffusion d’aérosols de virus
influenza est théoriquement possible dans les bâtiments, dans un
même espace ou via des systèmes de ventilation ou de climatisation,
il n’existe pas de preuves convaincantes d’une transmission
interhumaine du virus par des aérosols sur de longues distances
[40-42]. En l’état actuel des connaissances, même si on manque de
données sur leur efficacité réelle pour limiter la propagation de
la grippe [18], seules les mesures barrières et d’hygiène, proches
de celles déjà utilisées lors de la pandémie de 1918-1920 [43],
sont recommandées. Des mesures « antiaérosols » ne sont
pas conseillées en dehors de situations particulières rencontrées
dans des centres de soins [4, 44].
Cependant, « absence of evidence is not evidence of
absence ». En effet, il existe beaucoup d’inconnues, notamment
sur les caractéristiques d’une nouvelle souche du virus (virulence,
transmissibilité, distribution géographique initiale,
manifestations cliniques, âges et sous-populations à risque,
sensibilité au traitement…) qui, pour la plupart, ne seront levées
qu’une fois la pandémie déclarée. De plus, la configuration des
bâtiments et les systèmes de climatisation ont beaucoup changé
depuis les dernières pandémies grippales de 1918-1920, 1957-1958 et
même de 1968-1969.
La menace de pandémie grippale a permis d’identifier de
nombreuses lacunes et de relancer la recherche sur la transmission
de la grippe et sur les moyens de limiter sa propagation. Un
certain nombre d’études sont en cours, parmi lesquelles des études
épidémiologiques et virologiques, prenant en compte le statut
immunitaire des sujets inclus, dont l’objectif est de mieux cerner
les caractéristiques de transmission des virus influenza durant des
épidémies saisonnières. Celles-ci sont associées à des travaux
utilisant différents modèles ainsi qu’à des recherches historiques.
D’autres études contrôlées en cours ont pour but de mieux
caractériser la concentration et les propriétés des aérosols
transportant le virus influenza dans l’air exhalé par des sujets
contaminés (concentration dans le fluide respiratoire, dose
infectante, persistance de l’infectivité). Parallèlement à la
conduite de travaux expérimentaux chez l’animal ainsi que chez
l’homme, des études utilisant des modèles mathématiques sont
également réalisées pour simuler des scénarios, tester des
hypothèses, détecter et prévoir des épidémies dans les bâtiments
(comme cela a été fait par l’armée américaine pour le bacille du
charbon) ainsi que planifier des stratégies de contrôle. Par
ailleurs, l’efficacité et l’impact sur la qualité de l’air de
différents dispositifs de traitement ou d’épuration d’air font
actuellement l’objet d’évaluations spécifiques. Le retour
d’expérience des exercices de crise prévus dans le cadre des plans
de continuité des activités des entreprises pendant une pandémie
grippale2 permettra de mieux cerner
les stratégies susceptibles d’être les plus efficaces pour une
bonne acceptabilité et adhésion aux mesures de contrôle de la part
des occupants de bâtiments.
Remerciements
Les auteurs remercient Gaëlle Guillossou, Anne-Marie Fillet,
Stéphanie Billot, Elisabeth Pigeon et Mireille Gary pour leur aide
précieuse.
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2 Circulaire DGT 2007/18 du 18 décembre
2007 relative à la continuité de l’activité des entreprises et aux
conditions de travail et d’emploi des salariés du secteur privé en
cas de pandémie grippale, rectifiée en février 2008.
http://www.grippeaviaire.gouv.fr/IMG/pdf/Circulaire_rectificatif_fevrier_2008.pdf.1 Le taux de transmissibilité ou taux de
reproduction de base, R0, représente le potentiel de transmission
d’un agent infectieux, c’est-à-dire le taux de cas secondaires
induits par un agent infectieux dans une population totalement
réceptive. Une épidémie est possible si R0 > 1.
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