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Validation des outils utilisés pour la mesure de la consommation téléphonique mobile dans l’étude INTERPHONE en France


Environnement, Risques & Santé. Volume 6, Numéro 2, 101-9, Mars-Avril 2007, Article original

DOI : 10.1684/ers.2007.0035

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Martine Hours, Lucile Montestrucq, Marie Arslan, Marlene Bernard, Harouna El Hadjimoussa, Martine Vrijheid, Isabelle Deltour, Elisabeth Cardis , Unité mixte de recherche épidémiologique et de surveillance transport travail environnement, (UMR T9002 Inrets/UCBL/InVS), Domaine Rockefeller, 18, avenue Rockefeller, Université Lyon1, 69373 Lyon cedex 08, Université Lyon F69000 Lyon Inrets F69500 Bron, Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), 145, cours Albert Thomas, IARC, F69008 Lyon.

Résumé : Dans le but d’analyser la capacité des sujets à quantifier l’usage de leur téléphone mobile à l’aide du questionnaire, des études de validation ont été réalisées au cours de l’étude INTERPHONE. Cet article présente les résultats pour la France de l’étude de validation qui a été réalisée auprès de 73 volontaires. Leurs consommations téléphoniques par mobile (nombre et durée des appels) ont été fournies par leur opérateur pour une période de six mois (1 er octobre 2000-30 mars 2001). Le questionnaire de l’étude INTERPHONE a ensuite été administré au cours du mois de juin 2001, puis à nouveau un an après : les sujets n’avaient pas été avertis avant la période d’enregistrement qu’ils seraient interrogés sur leur consommation. L’analyse a comparé la consommation moyenne estimée par les sujets à celle mesurée par les opérateurs (test t pour séries appariées), puis a recherché les facteurs expliquant la discordance par une régression logistique. Si les sujets estiment assez bien le nombre d’appels qu’ils passent (nombre moyen estimé : 195,6 par mois \; nombre moyen mesuré : 162,6 par mois \; ns), ils surestiment de façon importante la durée des appels (durée moyenne estimée : 16,4 h/mois \; durée moyenne mesurée : 6,3 h/mois \; p <\; 0,01) \; les femmes surestiment plus que les hommes \; toutes les tranches d’âges sont concernées ainsi que toutes les catégories socioprofessionnelles à l’exception des artisans et des employés de bureau. Le fait d’estimer la durée de ses communications par appel ou par jour (au lieu de donner une moyenne mensuelle ou hebdomadaire) est un facteur explicatif de la discordance. La surestimation de la durée paraît diminuer avec le temps : l’estimation faite en 2002 reste significative, mais dans une moindre mesure. La corrélation entre le nombre d’appels et la durée mensuelle mesurée par les opérateurs est bonne. Le nombre d’appels serait un indicateur de consommation téléphonique plus fiable que la durée.

Mots-clés : étude de validation, France, Interphone, questionnaire, téléphone mobile, téléphone portable

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Martine Hours1, Lucile Montestrucq1, Marie Arslan1, Marlene Bernard1, Harouna El Hadjimoussa1, Martine Vrijheid2, Isabelle Deltour2, Elisabeth Cardis2

1Unité mixte de recherche épidémiologique et de surveillance transport travail environnement, (UMR T9002 Inrets/UCBL/InVS), Domaine Rockefeller, 18, avenue Rockefeller, Université Lyon1, 69373 Lyon cedex 08, Université Lyon F69000 Lyon Inrets F69500 Bron
2Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), 145, cours Albert Thomas, IARC, F69008 Lyon

À ce jour, on estime à plus de 47 millions le nombre d’utilisateurs de téléphones mobiles en France (source : AFOM1 2006), soit plus de 2 Français sur 3 ; ils étaient 1 million en 1994 et 10 millions en 1998. Le chiffre de plus de 1 milliard d’utilisateurs dans le monde est avancé (Union internationale des télécommunications, UIT).Devant un tel développement, certains se sont inquiétés du risque sanitaire que pourrait engendrer cette technologie. En effet, la téléphonie mobile utilise des champs électromagnétiques comme supports de transmission de l’information. Or, au sein du spectre des champs électromagnétiques, ceux qui ont une fréquence extrêmement basse (50 Hz, notre réseau d’électricité) ont été classés comme cancérogènes possibles par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) [1]. Les champs électromagnétiques utilisés dans le domaine des télétransmissions appartiennent quant à eux à la gamme des micro-ondes, de fréquence beaucoup plus élevée, pour lesquels les données existantes sont contradictoires en ce qui concerne un tel risque.De nombreuses études expérimentales ont été réalisées à ce jour. Des effets sur la cellule ont été mis en évidence pour des niveaux de débit d’absorption spécifique (DAS) élevés, correspondant à des effets thermiques. Des recommandations internationales basées sur ces éventuels effets thermiques ont été émises afin de limiter l’exposition aux champs électriques, magnétiques et électromagnétiques ; les valeurs limites, ont été fixées par l’Institute of Electrical and Electronics Engineers (IEEE, Standards Coordinating Committee 28) en 1991 et par l’International Commission on Non-Ionizing Radiation Protection (ICNIRP) en 1998 [2]. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Conseil de l’Union européenne ont conforté ces valeurs en 1999 (Recommandation 1999/519/CE du 12 juillet 1999) [3].Au niveau des DAS délivrés par les téléphones mobiles, les résultats des études expérimentales sont plutôt en faveur de l’absence d’effet [4], en particulier les études de génotoxicité [5-7] et de cancérogenèse [8-10]. Les études s’intéressant aux effets promoteurs sont également négatives [11, 12] pour des DAS inférieurs à 1,4 W/kg. L’existence potentielle d’une perméabilité accrue de la barrière hématoencéphalique [13, 14], n’a pas été retrouvée plus récemment [15].Plusieurs études épidémiologiques étudiant la relation entre l’usage de téléphones mobiles et les tumeurs de la tête sont négatives [16-18], mais elles manquent souvent de puissance ou de recul dans le temps. En revanche, plusieurs études [19, 20], dont celle regroupant les données INTERPHONE des pays du Nord de l’Europe [21], ont mis en évidence l’existence d’une possible relation entre l’exposition aux radiofréquences et l’existence de neurinomes de l’acoustique (pour une durée d’exposition de plus de 10 ans). En ce qui concerne les gliomes, les études sont contradictoires [19, 22-26]. Ces études nécessitent d’être complétées par des études de puissance plus importante.Soucieuse de répondre aux interrogations du public, l’Union européenne a décidé de financer une étude épidémiologique, coordonnée par le CIRC, dont l’objectif est d’établir si les radiofréquences émises par les téléphones mobiles sont associées à un risque accru de tumeurs du système nerveux central. Une étude internationale de type cas-témoin, INTERPHONE, a été réalisée dans 13 pays, incluant plus de 5 000 cas, le risque potentiel recherché étant vraisemblablement assez faible.Afin de pouvoir répondre à la question et pour pallier les limites des études précédemment publiées, outre le fait que l’étude doit regrouper de très nombreux participants, il a été décidé de mesurer l’exposition des sujets en termes de puissance reçue dans chaque zone de la tête exposée aux champs électromagnétiques émis par leur téléphone mobile. Dans la mesure où il n’est pas possible de mesurer la dose réelle reçue, une approximation de cette dose a été élaborée à partir des données rapportées par chaque individu (nombre et durée des appels, historique et type des appareils utilisés, conditions d’utilisation…) et des réseaux d’opérateurs (puissance du réseau émise, système de contrôle de puissance, équipement du réseau dans chaque zone d’étude…). Les outils servant ainsi à évaluer l’exposition des sujets doivent nécessairement être validés.L’objectif de cet article est d’étudier la capacité du questionnaire INTERPHONE à recueillir des données fiables sur l’utilisation passée du téléphone mobile, par comparaison des données quantitatives déclaratives recueillies par le questionnaire et des données individuelles réelles enregistrées par les opérateurs de téléphonie mobile sur la même période. Le second objectif est de rechercher quels facteurs pourraient expliquer une discordance entre données déclaratives et données mesurées.Dans un second temps, l’étude de validation a permis d’évaluer la puissance émise par les téléphones des volontaires utilisant, pendant 1 mois en conditions usuelles, des modèles de téléphones expérimentaux. L’analyse de l’exposition individuelle de chaque sujet, pendant un mois supplémentaire (avril 2001), a alors été rendue possible grâce aux enregistrements exhaustifs des appels (passés et reçus) et des niveaux de puissance délivrés par le téléphone au niveau de la tête. Les résultats de cette seconde phase feront l’objet d une publication séparée.

Matériel et méthode

Population d’étude

Pour se rapprocher de la population d’INTERPHONE, l’échantillon de personnes volontaires répondait aux critères suivants :
  • résider dans les zones où a lieu le recrutement d’INTERPHONE ;
  • être utilisateur régulier de téléphone mobile depuis au moins 6 mois ;
  • être le principal utilisateur du téléphone mobile sur la durée du test de validation ;
  • avoir donné son consentement écrit pour le recueil des enregistrements de consommation auprès des opérateurs de téléphonie mobile.

En France, 73 personnes ont participé à l’étude. Dans la mesure du possible, ces personnes ont été contactées dans divers milieux sociaux.
Tableau 1 Description de la consommation mesurée par les opérateurs des 73 volontaires en fonction de leurs caractéristiques sociodémographiques et de leurs habitudes.

N (%)

Nombre moyen mensuel d’appels avec mobile (ET) (mesuré par opérateurs)

Durée moyenne mensuelle des appels (ET) (mesurée par opérateurs) en h/mois

Sexe

Homme

47 (64,4)

178,8 (381,6)

6,3 (7,1)

Femme

26 (35,6)

133,4 (93,1)2

5,4 (5,6)

Âge

< 30 ans

13 (17,8)

236,4 (90,1)

10,5 (7,0)

30-39

23 (31,5)

159,5 (179,9)

5,7 (6,2)

40-49

15 (20,6)

124,7 (114,8)

4,4 (5,8)

50 et +

22 (30,1)

167,1 (161,3)

5,8 (7,4)

Lieu d’habitat

Paris

34 (46,6)

167,6 (154,7)

5,6 (5,9)

Lyon

29 (39,7)

175,9 (156,6)

7,2 (8,0)

Autres

10 (13,7)

107,3 (118,5)

3,2 (2,8)

CSP

Directeurs et gérants de société

7 (9,6)

226,1 (126,4)

9,1 (7,3)

Cadres et prof intel. sup

31 (41,4)

138,6 (167,7)

4,4 (5,4)

Techniciens

15 (20,8)

165,0 (119,2)

5,5 (4,6)

Employés, artisans

9 (12,3)

213,0 (210,8)

8,3 (10,3)

Étudiants

11 (15,1)

145,6 (85,2)

7,3 (7,3)

Usage en déplacement

Non jamais

18 (24,7)

85,5 (54,1)

3,5 (4,8)

Moins de la moitié du temps

35 (47,9)

174,6 (161,7)

5,8 (6,0)

Environ la moitié du temps

11 (15,1)

259,2 (185,0)

10,6 (8,8)

Plus de la moitié du temps

7 (9,6)

159,7 (143,0)

6,1 (7,9)

La plupart du temps

2 (2,7)

126,7 (132,0)

2,2 (1,8)

Usage d’un kit « mains libres »

Non

54 (74,0)

127,0 (94,3)

4,3 (4,1)

Oui, parfois

11 (15,1)

245,2 (170,4)

10,1 (9,8)

Oui, mais moins de la moitié du temps

7 (9,6)

264,0 (307,4)

8,5 (9,7)

Oui, plus de la moitié du temps

1 (1,4)

469,5

23,8

Zone d’usage

Essentiellement rurale

5 (6,9)

91,4 (57,3)

2,8 (1,5)

Aussi bien rurale qu’urbaine

14 (19,2)

169,8 (200,0)

6,1 (10,0)

Essentiellement urbaine en centre-ville

23 (31,5)

167,4 (180,1)

6,1 (6,5)

Essentiellement zone suburbaine

13 (17,8)

147,7 (106,7)

6,6 (7,0)

Urbaine et suburbaine

18 (27,7)

181,6 (114,1)

5,9 (3,8)

Mode de déclaration du nombre d’appel

Par jour

45 (61,6)

190,7 (174,2)

-

Par semaine

14 (19,2)

117,7 (98,3)

-

Par mois

14 (19,2)

117,2 (81,0)

-

Mode de déclaration des durées de communication

Par appel

33 (45,8)

-

6,2 (7,1)

Par jour

7 (9,7)

-

4,7 (3,5)

Par semaine

1 (1,4)

-

1,9

Par mois

31 (43,1)

-

5,2 (5,3)

Durée de l’étude

La période de suivi des communications fournies par les opérateurs s’est déroulée d’octobre 2000 à mars 2001. La passation du questionnaire sur l’usage du téléphone mobile au cours de la période de surveillance a été réalisée à deux reprises à un an d’intervalle (mai-juillet 2001 ; mai-août 2002).

Données recueillies auprès des opérateurs de téléphonie

Les données minimales demandées aux opérateurs pour chaque personne volontaire étaient :
  • le nombre d’appels, donnés et reçus par mois ;
  • la durée des appels.

Les informations provenant des opérateurs sont considérées comme gold standard (ou référence étalon) et cette consommation est qualifiée de réelle.

Le questionnaire

La section « Utilisation du téléphone mobile » du questionnaire de l’étude INTERPHONE, adaptée à la période de validation a été utilisée. Elle comprenait les données suivantes :
  • profession, âge, lieu de résidence et lieu de travail ;
  • nombre moyen des appels donnés et reçus pendant la période d’étude ;
  • durée moyenne des appels donnés et reçus pendant la période ;
  • fréquence d’utilisation du téléphone en déplacement, en zone urbaine ou rurale ;
  • mode d’utilisation du téléphone (utilisation d’accessoires, fréquence de déploiement de l’antenne lors des conversations...

Le questionnaire est complété au cours d’un entretien avec le volontaire. Les sujets n’ont pas été avertis au préalable qu’ils seraient interrogés afin d’éviter un éventuel biais dû au fait que certains sujets pourraient, en le sachant, modifier leur utilisation du téléphone, ou être plus attentifs à leurs appels. Le même questionnaire a été utilisé en 2001 et en 2002.

Analyse des données

Paramètres recueillis

Pour chaque individu, le nombre d’appels réels, d’une part, et les durées réelles d’autre part, ont été cumulés sur la période de 6 mois, puis moyennés sur un mois.

À partir des questionnaires (rapportés selon leur convenance par appel, par jour, par semaine ou par mois, en minutes ou en heures), la durée moyenne mensuelle et le nombre moyen d’appels par mois ont été calculés (données estimées) afin d’être comparées aux données des opérateurs.

Dans un second temps, le nombre moyen d’appels par mois et leur durée mensuelle ont été catégorisés a priori, de façon à distinguer les petits, moyens et gros consommateurs.

Pour le nombre des appels par mois, nous avons constitué 3 classes :

  • moins de 60 appels (soit moins de 2 appels/j) ;
  • 60-599 appels ;
  • 600 appels et plus (soit au moins 20 appels/j).

Pour la durée des appels, nous avons constitué 3 classes :

  • moins de 60 minutes par mois (soit moins de 3 minutes et demi par jour) ;
  • 60-600 minutes ;
  • plus de 600 minutes (plus de 20 minutes par jour) afin de prendre les mêmes classes que Muscat [17].

Des données qualitatives ont été recueillies par questionnaire : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle, fréquence des communications en déplacement, lieu des communications, type de déclaration des appels (par jour, semaine, mois, en heures ou en minutes…).

Comparaison entre données estimées et données mesurées

La comparaison de la répartition des effectifs, lorsque les variables sont qualitatives, s’est faite à l’aide du test du χ2. En ce qui concerne les données de consommation, présentant une distribution log-normale, nous avons réalisé une transformation logarithmique des données. L’analyse de variance (Anova, analysis of variance) a été réalisée pour tester l’homogénéité des moyennes selon les modalités de regroupement (sexe, âge et catégorie socioprofessionnelle). La comparaison des moyennes entre les séries « questionnaire » et les séries « opérateurs » a été faite à l’aide du test t de Student pour séries appariées. Les tests de comparaison n’ont pas été réalisés lorsque les effectifs étaient inférieurs à 5. Tous les tests sont réalisés sur les moyennes au seuil de 0,05.

Recherche des facteurs de discordance

Nous avons cherché à voir si l’estimation de la consommation téléphonique des sujets concorde avec les données des opérateurs par le coefficient κ. Ce coefficient mesure la concordance entre deux évaluations (qualitatives) au-delà de celle obtenue par la chance. La statistique va de - 1 (discordance totale) à + 1 (concordance parfaite). Enfin, une analyse en régression logistique selon une procédure descendante (p < 0,10) a été réalisée pour rechercher les facteurs explicatifs des discordances observées. Un sujet est jugé discordant lorsque le ratio mesurant la différence entre les données mesurées et les données estimées rapportée aux données mesurées est supérieur à 1 (durée estimée - durée mesurée)/durée mesurée) : c’est-à-dire que le sujet a sur- (ou sous-) estimé sa consommation du double (ou de la moitié) de sa consommation réelle. Les analyses ont été réalisées pour les deux années, 2001 et 2002. Cette comparaison se fait sur les sujets ayant répondu pour les deux années, ce qui explique certains chiffres de 2001 différents entre les deux analyses. De plus, une comparaison des sujets discordants en 2001 et 2002 a été faite afin de voir si les sujets discordants en 2001 sont les mêmes que les sujets discordants en 2002.

Les analyses ont été menées sous Stata, version 7.

Résultats et discussion

Description de la population étudiée

Soixante-treize volontaires (Paris : 46,6 % ; Lyon : 39,7 % ; autres zones : 13,7 %) ont participé à cette étude, soit 47 hommes (64,4 %) et 26 femmes (35,6 %). Les caractéristiques du groupe sont rapportées dans le tableau 1. Il n’y a ni agriculteurs ni ouvriers dans l’échantillon. Les personnes petites utilisatrices du téléphone mobile ne l’utilisent jamais en déplacement ; ce n’est pas le cas des plus gros utilisateurs qui utilisent par ailleurs plus les kits mains libres. Il n’y a pas de différence de consommations téléphoniques mobiles en fonction de la zone géographique d’habitat, à l’exception des utilisateurs en zone rurale stricte qui sont de petits consommateurs (différence cependant non significative).

Comparaison entre les données enregistrées par les opérateurs et l’estimation par les sujets

Lors de la première passation du questionnaire en 2001 (soit à la fin de la période de mesure par les opérateurs), le nombre moyen d’appels estimés par les individus est de 195,6 par mois (écart type (ET) : 251,5) et de 162,6 par mois (ET : 150,9) quand il est mesuré par les opérateurs (tableau 1) ; la différence n’est pas significative. Les femmes sous-estiment le nombre d’appels réalisés (alors que les hommes font plutôt l’inverse) ; une sous-estimation, non significative, du nombre d’appels est également observée chez les étudiants.

En ce qui concerne les données fournies par les opérateurs, la durée moyenne d’un appel est de 2,08 minutes (ET : 0,81) pour les hommes, et de 2,32 minutes (ET : 1,43) pour les femmes ; cette durée est la plus faible chez les techniciens (1,92 ± 0,60) alors qu’elle est la plus élevée chez les étudiants (2,82 ±1,82).

La durée moyenne de communication mensuelle estimée par les personnes est de 16,4 heures par mois (≈ 30 min/j) ; mesurée par les opérateurs, cette durée est de 6,3 heures en moyenne par mois (≈ 10 min/j). La différence entre ces deux moyennes est significative (p < 0,01). Notons toutefois la très grande dispersion des résultats. Cette surestimation est générale, tant lors de l’analyse suivant les sexes (hommes : 13,8 h/mois, soit ≈ 27 min/j ; femmes : 21,5 h/mois, soit ≈ 42 min/j) que lors des analyses plus spécifiques par tranche d’âge ou par catégorie socioprofessionnelle (seul le groupe regroupant les artisans et les employés aurait plutôt tendance à sous-estimer cette durée).

D’une façon générale, le nombre moyen des appels par mois tel que mesuré par les opérateurs est bien corrélé avec la durée moyenne des appels (figure 1).

Lorsque l’on compare les données estimées par les sujets2 en 2002 (soit 1 an après la première enquête) et celles estimées en 2001 pour la période de surveillance (octobre 2000-mars 2001), le nombre moyen d’appels (203 par mois) est stable : la différence entre nombre moyen estimé en 2002 et nombre moyen mesuré n’est pas significative. La durée moyenne mensuelle reste surestimée en 2002, mais dans une moindre mesure (10,7 h/mois, soit ≈ 21 min/j), même si la différence entre la durée moyenne estimée en 2002 et la durée moyenne mesurée reste significative (p < 0,01). Cette surestimation est observée quel que soit le sexe (hommes : 10,8 h/mois versus 6,4 h/mois ; femmes : 10,5 h/mois versus 5,0 h/mois), mais les différences ne sont plus significatives. Les cadres (9,3 h/mois versus 4,5 h/mois) et les techniciens (15,7 h/mois versus 5,4 h/mois) restent les deux groupes professionnels qui tendent à surestimer le plus leur durée de consommation ; toutefois la différence n’est également plus significative.

Analyse de la concordance

L’analyse de la concordance entre les données estimées en 2001 par les sujets et celles mesurées par les opérateurs montre une concordance assez médiocre (κ = 0,34) mais significative (p < 0,01) pour les nombres moyens d’appels. En revanche, il n’y a aucune concordance entre les durées réelles et les durées estimées au cours du premier entretien (κ = 0,18). Les figures 2 et 3 montrent que la corrélation entre les nombres estimés et mesurés et plus encore celle des durées est très mauvaise. L’exclusion des sujets les plus discordants améliore très peu la corrélation entre durée estimée et durée mesurée. Pour les deux indicateurs, on observe une très grande variabilité interindividuelle. Les mêmes résultats ont été mis en évidence lors des études de validation allemande [27, 28] ou anglaise [29]. Toutefois, les niveaux de discordance sont variables suivant les pays [30].

La concordance entre les estimations faites en 2002 et les données des opérateurs, qu’il s’agisse des catégories constituées à partir du nombre moyen d’appels ou de la durée moyenne d’appel, est également mauvaise.

Aucun facteur, comme le sexe ou l’âge, n’apparaît dans notre étude pour expliquer le fait qu’il y a discordance pour le nombre moyen d’appels, que l’on prenne en compte l’estimation faite en 2001 ou en 2002. Pour la durée d’appel, le fait d’avoir effectué une estimation par jour [Odds ratio (OR) = 8,74 ; intervalle de confiance à 95 % (IC95%) : 1,06-71,8)] ou par appel [OR = 12,2 ; IC95% 2,72-54,48], au lieu d’une estimation mensuelle ou hebdomadaire, correspond à un risque de discordance pour l’estimation réalisée en 2001. En ce qui concerne l’estimation réalisée un an plus tard, en 2002, le mode d’estimation ne semble plus expliquer significativement la discordance.

Enfin, en cherchant à comparer les sujets jugés discordants en 2001 et les sujets jugés discordants en 2002, on observe que 17 sujets sur les 24 jugés discordants en 2001 ont également mal évalué leur consommation téléphonique en 2002 : la proportion de sujets discordants en 2001 ne diffère pas significativement de celle de 2002.

Cette étude a été menée chez des personnes volontaires. L’idéal aurait été de réaliser un échantillon pris au hasard. Malheureusement, il n’a pas été possible de recruter facilement les personnes de cette façon, en raison de l’aspect « confidentiel » des données demandées aux opérateurs. Une autre raison du choix de personnes volontaires était qu’il nous fallait des personnes de confiance acceptant d’échanger, après la période de surveillance des consommations, leur téléphone mobile sur un mois pour l’évaluation de la puissance d’exposition (résultats non présentés). Il est dès lors légitime de se poser la question de la représentativité de cette étude de validation, les sujets ayant accepté de participer pouvant avoir une consommation, mais surtout un mode de contrôle de leurs communications par le téléphone mobile différent d’une population tout-venant. Un facteur de discordance pourrait être aussi lié au prêt d’un téléphone mobile d’ergonomie différente de celle du téléphone habituel, lors de la seconde phase de l’étude de validation. Bien que la consommation de cette seconde phase ne soit pas intégrée à la période d’estimation de la consommation, il se peut qu’elle ait contribué à une évaluation discordante. Toutefois, plusieurs facteurs plaident pour le fait que cette étude est informative :

  • la variété des sujets contactés est réelle, même si les professions intellectuelles sont majoritairement représentées ;
  • les sujets ne savaient pas, quand ils ont consenti à ce que les enregistrements de leur consommation soient fournis par les opérateurs, qu’ils feraient l’objet ensuite d’une évaluation par questionnaire ;
  • les profils de consommation téléphonique sont très variés ;
  • l’évaluation de 2002 montre encore une discordance importante, même si elle est moindre, alors que la perturbation liée au prêt du téléphone a été effacée par douze mois d’utilisation habituelle.

Il se peut que d’autres facteurs de discordance de la consommation téléphonique mobile n’aient pas été mis en évidence du fait d’une taille insuffisante de notre échantillon. Cette étude de validation a été faite dans tous les pays de l’étude, ce qui multiplie les variétés de populations testées [30] et donne plus de puissance pour la recherche des facteurs de discordance à prendre en compte lors des analyses de l’étude INTERPHONE.

Si l’évaluation du nombre d’appels par les sujets est relativement fiable, il n’en va pas de même pour l’évaluation de la durée de communication. On peut se demander dans quelle mesure le fait que les appels soient facturés à la minute, au moment de l’étude, et non pour la durée réelle de l’appel, ne joue pas un rôle dans cette évaluation surestimée des durées moyennes par les sujets. Cette situation reflète toutefois celle de l’étude INTERPHONE. En effet, si aujourd’hui, les consommations sont facturées sur la durée réelle d’une communication, ce n’était pas le cas lors de l’étude de validation, et de l’étude INTERPHONE elle-même.

Conclusion

Plusieurs enseignements apparaissent et nécessitent d’être pris en compte dans l’analyse de l’étude INTERPHONE :
  • le fait d’estimer sa consommation par appel ou par jour peut être un facteur de discordance (il s’agira de prendre, entre autres, ce facteur en compte dans les analyses) ;
  • il existe une bonne corrélation entre le nombre moyen d’appels réellement passés par mois et la durée moyenne mensuelle effective de ces appels : le nombre moyen pourrait être un meilleur indicateur de la consommation téléphonique que la durée moyenne ;
  • la distance entre les gros et les petits utilisateurs est telle que, même en cas de surestimation, un gros utilisateur reste dans la catégorie des gros utilisateurs quand il estime sa consommation, de même qu’un petit utilisateur reste aussi dans sa catégorie : la question se posera essentiellement pour les classes intermédiaires qui auront le plus de chance d’être mal classées ;
  • il sera intéressant de vérifier si la surestimation de la durée moins importante quand le temps passe se confirme, ce qui serait très favorable dans le cadre d’une étude rétrospective.

Notre étude ne résout cependant pas la question d’une qualité de l’évaluation différente entre des personnes atteintes de gliomes (qui peuvent de ce fait avoir plus d’incertitude encore dans leur évaluation) et des sujets témoins sains pour lesquels cette étude donne des éléments de connaissance. Une évaluation est actuellement en fin de réalisation dans différents pays où des données rétrospectives à long terme de consommation téléphonique sont disponibles pour des cas et pour des témoins.

L’erreur aléatoire introduite par l’évaluation individuelle biaisée des sujets pourrait entraîner une baisse de puissance pour la détection d’un risque faible si celui-ci existe [30]. Pour tenir compte d’une telle possibilité dans l’étude INTERPHONE, il sera nécessaire de réaliser des analyses complémentaires (par exemple, exclusion des sujets ayant donné leur consommation par appel ou par jour, exclusion des sujets ayant évalué leur consommation sous la forme d’un intervalle et non d’une quantité précise, analyse par sexe, ou par tranche d’âge…), qui permettront de voir si les résultats sont fiables.

Remerciements et crédits

L’étude INTERPHONE a été financée par le 5e Programme cadre de recherche communautaire (PCRD) de l’Union européenne (contrat QLK4-CT-1999-01563), l’Union internationale contre le cancer (UICC), et des fonds nationaux. Pour cette étude, l’UICC a reçu des fonds du Forum des Constructeurs et de l’Association GSM. La redistribution de ces fonds par l’UICC aux chercheurs a été régie par une convention garantissant la totale indépendance des chercheurs d’INTERPHONE. Les fonds nationaux reçus par les chercheurs français proviennent de l’Association pour la recherche sur le cancer (ARC) et des trois opérateurs (Orange, SFR, Bouygues-Telecom). Les fonds versés par les opérateurs, représentent moins de 5 % du total du coût de l’étude française et sont régis également par des conventions qui garantissent l’indépendance des chercheurs.

Nous remercions tous les volontaires qui ont accepté de participer à cette étude de validation, ainsi que les trois opérateurs qui nous ont permis d’accéder, avec l’accord des volontaires, à leurs données de consommation. Merci enfin à Lesley Richardson pour le travail de relecture.

Références

1 IARC Monographs on the Evaluation of Carcinogenic Risks to Humans Non-Ionizing Radiation Part 1 : Static and Extremely Low-Frequency (ELF), Electric and Magnetic Fields, Vol 80. Lyon ; Geneva : International Agency for Research on Cancer (IARC) ; World Health Organization, 2002.

2 ICNIRP Guidelines. Health Phys 1998 ; 74 : 494-522.

3 Recommendation 1999/519/CE du Conseil du 12 juillet 1999, relative à la limitation de l’exposition du public aux champs électromagnétiques (de 0Hz à 300 Hz). JOCE, 30 juillet 1999 ; L199/59 : 59-70.

4 Meltz M. RF exposure and mammalian cells toxicity, genotoxicity, and transformation. Bioelectromagnetics 2003 ; 6 : S196-S213.

5 Hook GJ, Zhang P, Lagroye I, et al. Measurement of DNA damage and apoptosis in Molt-4 cells after in vitro exposure to RF radiation. Radiat Res 2004 ; 161 : 193-200.

6 Lagroye I, Hook GJ, Wettring BA, et al. Measurement of alcali labile DNA damage and protein-DNA crosslinks after 2450MHz MW and low dose gamma irradiation in vitro. Radiat Res 2004 ; 161 : 201-14.

7 Zeni O, Chiavoni AS, Sannino A, et al. Lack of genotoxic effects (micronucleus induction) in human lymphocytes exposed in vitro at 99MHz EMF. Radiat Res 2004 ; 160 : 152-8.

8 Bartsch H, Bartsch C, Seebald E, et al. Chronic Exposure to a GSM-like Signal (Mobile Phone) Does Not Stimulate the Development of DMBA-Induced Mammary Tumors in Rats : Results of Three Consecutive Studies. Radiat Res 2002 ; 157 : 183-90.

9 La Regina M, Moros EG, Pickard WF, Straube WL, Baty J, Roti JL. The effect of chronic exposure to 835.62 MHz TDMA or 847.74 CDMA RF radiation on the incidence of spontaneous tumors in rats. Radiat Res 2003 ; 160 : 143-51.

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11 Heikkinen P, Kosma VM, Alhonen L, et al. Effects of mobile phone radiation on UV-induced skin tumourigenesis in ODC transgenic and non-transgenic mice. Int J Radiat Biol 2003 ; 79 : 221-33.

12 Anane R, Dulou PE, Taxile M, Geffard M, Crespeau FL, Veyret B. Effects of GSM-900 MW on DMBA-induced mammary gland tumors in female Sprague-Dawley rats. Radiat Res 2003 ; 160 : 492-7.

13 Töre F, Dulou PE, Haro E, Veyret B, Aubineau P. Two-hour exposure to 2 W/kg, 900 MHz GSM microwaves induces plasma protein extravasation in rat brain. Fifth International Congress of the European Bioelectromagnetics Association, 6 Septembre 2001.

14 Salford LG, Brun AE, Eberhardt JL, Malmgren L, Persson BR. Nerve cell damage in mammalian brain after exposure to MW from GSM mobile phones. Environ Health Perspec 2003 ; 111 : 881-3.

15 Cosquer B, Vasconcelos AP, Frohlich J, Cassel JC. Blood-brain barrier and electromagnetic fields : effects of scopolamine methylbromide on working memory after whole-body exposure to 2.45 GHz microwaves in rats. Behav Brain Res 2005 ; 161 : 229-37.

16 Johansen C, Boice Jr. JD, McLaughlin J, Olsen J. Cellular telephones and cancer-a nationwide cohort study in Denmark. J Natl Cancer Inst 2001 ; 93 : 203-7.

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22 Hardell L, Mild KH, Pahlson A, Hallquist A. Ionizing radiation, cellular telephones and the risk for brain tumours. Eur J Cancer Prev 2001 ; 10 : 523-9.

23 Auvinen A, Hietanen M, Luukkonen R, Koskela RS. Brain Tumors and Salivary Gland Cancers Among Cellular Telephone Users. Epidemiology 2002 ; 13 : 356-9.

24 Lönn S, Ahlbom A, Hall P, Feychting M. Group. atSIS. Long-term mobile phone use and brain tumor risk. Am J Epidemiol 2005 ; 161 : 526-35.

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27 Samkange-Zeeb F, Berg G, Blettner M. Validation of self-reported cellular phone use. J Expo Anal Environ Epidemiol 2004 ; 14 : 245-8.

28 Berg G, Schüz J, Samkange-Zeeb F, et al. Assessment of radiofrequency exposure from cellular telephone daily use in an epidemiological study : German Validation study of the international case-control study of cancers of the brain – Interphone-Study. J Expo Anal Environ Epidemiol 2005 ; 15 : 217-24.

29 Parslow RC, Hepworth SJ, McKinney PA. Recall of past use of mobile phone handsets. Radiat Prot Dosimetry 2003 ; 106 : 233-40.

30 Vrijheid M, Cardis E, Armstrong BK, et al., Interphone Study Group. Validation of Short-Term Recall of Mobile Phone Use for the Interphone Study. Occup Environ Med 2006 ; 63 : 247-63.

2 Quatre sujets n’ont pas pu être contactés en 2002, ce qui explique la différence des données moyennes entre les deux années.1 AFOM : Association française des opérateurs mobiles.


 

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