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Les effets sanitaires potentiels des organismes génétiquement modifiés


Environnement, Risques & Santé. Volume 3, Numéro 6, 341-52, Novembre-Décembre 2004, Synthèse


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Louis-Marie Houdebine , Unité mixte de recherche (UMR) Biologie du développement et de la reproduction, Institut national de la recherche agronomique, 78352 Jouy-en-Josas cedex, France.

Résumé : La consommation des organismes génétiquement modifiés (OGM) par les animaux et l’homme est devenue une réalité et elle ne peut que s’amplifier. L’introduction d’une information génétique étrangère ou l’inactivation d’un gène peuvent induire des modifications des propriétés nutritionnelles des aliments. Ces altérations n’ont pas de raisons fondamentales de comporter plus de risque pour les consommateurs que celles, inconnues, qui résultent de la sélection génétique classique. Les OGM doivent toutefois être examinés au cas par cas. Les risques théoriques proviennent de plusieurs paramètres indépendants : outil utilisé pour le transfert de gène, nature du gène transféré, altération du génome au site d’insertion, sensibilisation des organismes vis-à-vis de pathogènes. Pour évaluer les risques, les paramètres suivants sont étudiés selon les cas : équivalence en substance, toxicité aiguë de la protéine codée par le transgène, toxicité à long terme de l’OGM entier, allergénicité, séquence du transgène et de ses régions flanquantes du génome, transcriptome, protéome et métabolome, présence anormale de pathogènes, effets environnementaux. Les examens des OGM sont accompagnés d’une traçabilité qui est susceptible d’établir une corrélation entre la survenue d’une maladie dans une population donnée et la consommation répétée d’un OGM. L’ensemble de ces mesures appliquées aux OGM est comparé à celles qui sont traditionnellement utilisées pour évaluer l’innocuité des aliments traditionnels.

Mots-clés : allergènes, organismes génétiquement modifiés, transfert gène, transgène, toxicité.

ARTICLE

Auteur(s) :, Louis-Marie Houdebine

Unité mixte de recherche (UMR) Biologie du développement et de la reproduction, Institut national de la recherche agronomique, 78352 Jouy-en-Josas cedex, France

Il a fallu des millénaires avant que l’homme ne comprenne que les ressemblances entre les espèces vivantes venaient du fait qu’elles dérivaient les unes des autres. Cela n’a pas empêché nos ancêtres d’exploiter les lois de Mendel sans les connaître. Depuis la domestication des plantes et des animaux il y a environ 8 000 ans, les communautés humaines ont profondément transformé génétiquement quelques dizaines d’espèces végétales et animales sans compter les microorganismes dont ils ignoraient l’existence. C’est ainsi que nos ancêtres nous ont légué l’essentiel de ce qui fait encore notre nourriture, auquel il faut ajouter les animaux de compagnie et les plantes ornementales. Sans s’en douter, nos ancêtres ont ainsi génétiquement modifié certains organismes vivants jusqu’à en faire des créatures parfois assez éloignées de leurs espèces d’origine. On ne connaît pas avec certitude les ancêtres de la vache, du mouton et du chien. Le ver à soie est tellement transformé, et en vérité asservi par l’homme, qu’il ne saurait survivre sans l’assistance de ce dernier. Il en est de même pour les carottes qui ne poussent que si on les sème dans nos jardins. Le but de ces sélections n’était sans doute pas de rendre incompatibles les espèces domestiquées et leurs homologues sauvages, mais c’est pourtant bien ce qui s’est passé et qui s’amplifie avec l’intensification de la sélection génétique. Il est intéressant de noter que, à l’inverse, les poissons d’élevage sont pour la plupart encore très proches de leurs homologues sauvages car la sélection génétique chez ces espèces est récente.La découverte des lois de l’hérédité, de la théorie de l’évolution, des protéines, de l’ADN1 et des gènes a permis de beaucoup mieux comprendre ce qui se passe non seulement lors de l’évolution naturelle des organismes vivants mais aussi lorsque l’on procède à une sélection génétique volontaire.La sélection génétique classique repose essentiellement sur une reproduction sexuée (ou non sexuée chez les microorganismes) qui permet le tri des individus répondant le mieux à la fois aux besoins humains et à une exploitation immédiate. Au cours du XXe siècle, les expérimentateurs et les sélectionneurs ont souhaité disposer d’une plus grande diversité des organismes vivants pour accélérer leur sélection. Cela s’est fait par l’induction de mutations par des agents chimiques ou par des rayonnements constants (rayons X, α, ou cosmiques). Ce procédé peu subtil mais efficace permet d’accélérer l’émergence de caractères intéressants, mais il ne tient pas compte des mutations génétiques indésirables, totalement aléatoires et inconnues provoquées par les agents mutagènes.La sélection classique sans induction expérimentale de mutations n’est pas en reste. Il est bien connu, en effet, que le sélectionneur qui souhaite améliorer les performances d’une variété végétale ou d’une race animale ne sait pas du tout quel(s) gène(s) il sélectionne et encore moins quel(s) gène(s) il cosélectionne. La reproduction sexuée repose en effet sur le fait que les chromosomes parentaux sont remaniés et distribués de manière aléatoire au cours de la gamétogenèse et de la fécondation. Cela conduit inéluctablement de temps à autre à l’obtention de semences et de géniteurs qui portent, en plus des caractères génétiques recherchés, d’autres caractères qui sont parfaitement indésirables. C’est ainsi qu’au cours du XXe siècle, deux opérations de sélection ont conduit à l’obtention, par hasard, de variétés de pommes de terre très enrichies en une toxine mortelle qui caractérise les Solanacées, la solanine. Des rats et des taureaux de sélection s’avèrent périodiquement porteurs de tares génétiques qu’ils transmettent à leur descendance jusqu’à ce que l’on s’aperçoive des dégâts causés.Ces effets secondaires indésirables sont inhérents au principe même de la sélection génétique. Cela n’enlève en rien l’intérêt fondamental de ce mode d’amélioration des végétaux et des animaux, ne serait-ce que parce qu’elle procède à une sélection globale qui favorise un caractère comme la production de lait, mais en préserve autant que possible d’autres comme la reproduction, la résistance aux maladies, la qualité de la viande, etc.La découverte de l’ADN des gènes et du code génétique qui a rapidement été suivie de l’invention du génie génétique, a ouvert des perspectives toutes nouvelles qui commencent juste à être exploitées. Il est en effet virtuellement possible d’isoler n’importe quel gêne d’un organisme, de le modifier et de le réintroduire dans un autre organisme. Cela conduit à l’obtention d’organismes génétiquement modifiés de manière rapide et très orientée puisque résultant le plus souvent de l’addition stable d’un gène étranger à leur génome. Les plantes et les animaux ainsi obtenus et qualifiés de transgéniques échappent donc à la cosélection de gènes indésirables qu’impose la reproduction sexuée. Ils sont donc de ce fait mieux connus et potentiellement plus sûrs pour l’alimentation humaine que ceux résultant d’une sélection classique. L’addition d’un gène étranger crée toutefois une situation nouvelle dont tous les effets ne peuvent être prévisibles. Cela justifie que les organismes génétiquement modifiés (OGM) destinés à l’alimentation animale et a fortiori humaine soient examinés de manière particulière, même si rien n’indique que la transformation génétique par transfert de gène comporte fondamentalement plus de risques que celle résultant d’une sélection classique. Cet article se propose d’identifier les risques théoriques que peut induire la consommation des OGM, et de décrire les tests qui sont proposés ou mis en œuvre pour évaluer les risques avant d’autoriser la commercialisation de ces nouvelles souches de microorganismes, de variétés végétales, et de races animales.

Composition des génomes

Le génome, qui a pour support biochimique l’ADN, est par définition l’ensemble des informations génétiques que contient un organisme vivant. La majeure partie des informations génétiques est exprimée sous forme de protéines qui assurent une part essentielle des échanges physicochimiques spécifiques des organismes vivants.

La cartographie des génomes, puis le séquençage d’un nombre croissant d’entre eux, ont permis d’identifier la quasi-totalité de tous les gènes de plus d’une centaine d’organismes vivants. Cette aventure particulièrement extraordinaire, en ce qu’elle révèle la nature intime des organismes vivants, réserve bien des surprises aux expérimentateurs.

On sait désormais que le génome des bactéries contient environ 3 000 gènes, celui des levures 6 000 gènes, celui des invertébrés 10 000 à 20 000 gènes, celui des plantes 25 000 gènes et celui des mammifères 35 000. La complexité croissante des organismes vivants s’accompagne donc logiquement d’une augmentation du nombre de protéines et, partant, du nombre de gènes. Cette augmentation du nombre de gènes ne saurait toutefois pas rendre compte de l’accroissement considérable de la complexité que l’on peut observer entre une bactérie et un primate supérieur. La complexité, croissante de la bactérie à l’homme, vient donc pour une bonne part des interactions de plus en plus nombreuses entre les composants des cellules, notamment les protéines. Les biologistes passent désormais autant de temps à étudier les interactions moléculaires dans les cellules que la cascade - gène → protéine → fonction biologique - qui rend bien compte des mécanismes qui gouvernent l’existence d’organismes simples comme les bactéries. Cette observation a une conséquence immédiate en ce qui concerne l’étude et l’exploitation des plantes et des animaux transgéniques. L’addition d’un gène dans un génome complexe a une probabilité non nulle de s’accompagner de multiples interactions en partie imprévisibles de la protéine étrangère avec les composants des cellules des organismes transgéniques.

Il est admis que chez les vertébrés, les gènes codant pour des protéines n’occupent pas plus de 5 % du génome. Le reste est constitué d’autres régions fonctionnelles comme les centromères et les télomères mais aussi de séquences comme les génomes des rétrovirus, les transposons, les microsatellites, les minisatellites, les séquences répétées diverses, etc. Les génomes contiennent aussi de multiples séquences régulatrices réparties sur de longs segments d’ADN. Un nombre inconnu de séquences, probablement quelques centaines, sont transcrites en ARN2 dont la fonction est mal connue, voire inconnue.

Ces diverses séquences non codantes sont très variables d’une espèce à l’autre, et même d’un individu à l’autre à l’intérieur d’une même espèce. Cela incite à considérer que ces séquences n’ont pas pour la plupart de rôles fonctionnels majeurs si tant est qu’elles en aient. L’ensemble de ces observations amène à considérer que les génomes des organismes supérieurs ne sont pas une construction rationnelle de l’évolution mais un ensemble fonctionnel dans un environnement donné puisque maintenu au cours des générations. La genèse en grande partie aléatoire des génomes relativise considérablement les opérations bien modestes que constitue l’obtention d’organismes génétiquement modifiés.

Techniques de transfert de gène

L’ADN est une molécule chargée négativement et de grande taille, ce qui lui interdit l’entrée spontanée dans les cellules. Divers procédés ont donc dû être imaginés et mis en œuvre pour forcer l’ADN à pénétrer dans les cellules et à s’intégrer dans leur génome.

Addition non ciblée de gène

Chez les mammifères, la microinjection de gènes directement dans les pronoyaux des embryons au stade unicellulaire est la méthode la plus utilisée. Chez la plupart des vertébrés inférieurs et les invertébrés, la cellule de l’embryon est entourée d’une coque protectrice et de réserve alimentaire permettant un développement autonome jusqu’à l’éclosion. L’ADN, qui ne peut être alors injecté dans les pronoyaux qui ne sont pas visibles, est alors introduit dans le cytoplasme des embryons.

Chez les plantes, la microinjection d’ADN n’est pas aisée. Un vecteur de transfert naturel de gène, le plasmide Ti d’une bactérie (Agrobacterium tumefaciens) est mis en œuvre avec un grand succès chez un nombre croissant d’espèces. Dans les autres cas, la biolistique doit être employée. Cette méthode consiste à projeter des microbilles de platine ou d’or couvertes d’ADN dans les cellules des plantes. Cet ADN se détache des billes et s’incorpore dans le génome des plantes. Les cellules de plantes utilisées avec ces deux méthodes sont différenciées. Après le transfert de gènes, les cellules sont dédifférenciées in vitro pour redevenir totipotentes et donner chacune naissance à une plante transgénique qui est de ce fait également clonée.

Chez certaines espèces animales (essentiellement les ruminants), la microinjection de gène est très peu efficace. Pour contourner ces difficultés, le clonage par transfert de noyaux dans le cytoplasme d’ovocytes énucléées, mis en œuvre pour faire naître la brebis Dolly, est de plus en plus utilisé. Les cellules qui servent de donneuses de noyaux pour le clonage ont au préalable reçu le gène étranger. Les animaux résultant de ces opérations sont donc des clones transgéniques.

Chez plusieurs espèces, il est possible d’utiliser des spermatozoïdes comme porteurs du gène étranger. Diverses méthodes commencent à être exploitées. Certaines consistent à lier l’ADN aux spermatozoïdes matures et à procéder à une fécondation. Dans les autres cas, l’ADN est injecté directement dans les tubules séminifères ou ajouté in vitro par transfection ou infection rétrovirale aux cellules précurseurs des spermatozoïdes qui sont réintroduits dans des testicules adoptifs pour donner des spermatozoïdes fonctionnels porteurs du gène étranger.

L’introduction d’ADN ne suffit pas toujours pour créer des animaux transgéniques. Pour provoquer une intégration dans le génome, il est possible d’introduire le gène étranger dans un transposon qui s’intègre spontanément à condition de lui ajouter une enzyme permettant l’intégration : la transposase.

Les vecteurs rétroviraux et notamment lentiviraux peuvent tout autant introduire le gène étranger dans l’embryon et permettre son intégration.

Toutes ces méthodes reposent sur des mécanismes de recombinaison illégitime entre l’ADN étranger et celui de son hôte. Cela signifie que le gène étranger s’incorpore dans des régions quelconques ou en tout cas imprévisibles du génome.

Intégration ciblée de gène

Un fragment d’ADN introduit dans une cellule peut prendre exactement la place d’une région d’un génome si les deux séquences comportent des régions suffisamment longues et ayant un enchaînement nucléotidique identique. Ce phénomène qui repose sur une combinaison homologue entre le génome et l’ADN étranger permet donc un remplacement de gène par un autre, inactif, muté, ou complètement différent. La recombinaison homologue est exploitée chez toutes les catégories d’organismes vivants, sauf chez les plantes.

La recombinaison homologue est un phénomène rare, 1 000 à 100 000 fois moins fréquent que la recombinaison illégitime. Il est donc indispensable de sélectionner les cellules qui ont subi la recombinaison homologue et de les utiliser pour engendrer des organismes entiers capables de transmettre leurs modifications génétiques à leur descendance. Pour ce faire, le remplacement de gène peut être fait dans des cellules pluripotentes (cellules ES) chez la souris, cellules qui sont réintroduites dans un embryon adoptif qui donne naissance à un animal chimère porteur de la mutation. Chez les autres espèces, la technique de clonage décrite plus haut doit être mise en œuvre. Elle n’a encore pu être couronnée de succès que dans un nombre très limité de cas.

Toutes ces méthodes ont été décrites plus en détail dans diverses revues et ouvrages [1, 2].

Risques théoriques du transfert de gène

Les risques du transfert de gène peuvent provenir indépendamment de la méthode utilisée et du gène lui-même. Ces risques doivent donc être pris en considération de manière séparée tout en tenant compte du fait que leurs effets peuvent parfaitement être cumulatifs.

Risques dus à la méthode de la transgenèse

Les risques théoriques qui accompagnent le transfert de gène sont différents selon que le vecteur contient ou non des éléments mobiles (transposons et rétrovirus) et que l’intégration est ciblée ou non.

Intégration non ciblée

Les nombreuses expériences réalisées chez diverses espèces indiquent que l’intégration non ciblée de gènes peut induire diverses mutations aléatoires dans le génome de l’hôte. Un nombre significatif d’embryons ayant reçu un gène étranger ne sont pas viables et cela est observé quelle que soit la séquence d’ADN utilisée. Les modifications locales du génome au site d’intégration n’ont été décrites que dans un nombre restreint de cas. Les régions du génome perturbées par la présence du gène étranger peuvent être transcrites et, dans ce cas, le transgène a le plus souvent inactivé un gène de l’hôte. La région touchée peut également contenir des éléments régulateurs d’un gène dont l’expression se trouve perturbée, ce qui peut conduire à l’extinction du gène touché ou au contraire à sa surexpression qui peut être très néfaste s’il s’agit d’un oncogène. Le gène voisin du site d’intégration du transgène peut avoir perdu une partie de sa spécificité tissulaire d’expression et induire des modifications physiologiques de l’organisme. Ces modifications peuvent être très diverses, allant de la synthèse exacerbée de toxines à la présence amplifiée de récepteurs reconnus par des agents pathogènes.

Intégration ciblée

L’intégration reposant sur une recombinaison homologue fondée sur la reconnaissance de séquences choisies du génome ne doit pas réserver beaucoup de surprises. La plupart des effets sont prévisibles, qu’il s’agisse de l’inactivation d’un gène ou d’un élément régulateur. La perte d’une information génétique même parfaitement connue peut toutefois également induire l’expression ou l’extinction aberrante de gènes voisins ou interagissant d’une manière ou d’une autre avec le gène ciblé.

Utilisation de vecteurs mobilisables

Un transposon contenant un gène étranger ne peut plus se disséminer spontanément dans un génome, mais il peut être complémenté par un transposon endogène de la même famille. Sa dissémination à l’intérieur de l’organisme peut induire des perturbations imprévisibles d’un certain nombre de gènes.

Les vecteurs rétroviraux peuvent également être complémentés par un rétrovirus endogène et se disséminer dans l’organisme puis transmettre l’infection à d’autres organismes. De telles complémentations sont rares et dans les cas où ce problème a été examiné, il est apparu après examen que le génome modifié du rétrovirus avait un fort désavantage sélectif par rapport à son complémentaire sauvage qui élimine rapidement son homologue recombiné.

Risques dus au transgène

La grande majorité des transgènes utilisés pour engendrer des OGM n’ont pas en soi d’effets négatifs connus. Cette hypothèse est un préalable au choix du gène qui doit être introduit dans le génome d’un organisme. Il peut toutefois se faire que le transgène code pour une protéine plus toxique que ce que l’on pouvait imaginer ou présentant des propriétés allergéniques peu prévisibles.

Les risques théoriques les plus importants viennent des effets indirects des transgènes. La protéine codée par un transgène peut n’avoir aucune propriété toxique ou allergène mais elle peut interagir avec des mécanismes des cellules de l’hôte et provoquer ainsi des effets indésirables et imprévisibles. La complexité des interactions entres molécules est trop élevée pour permettre une prédiction complète des effets secondaires d’un transgène. Des modélisations permettront de prévoir certains effets des gènes étrangers lorsque les interactions moléculaires des cellules seront mieux décrites, mais une inconnue persistera longtemps, sinon toujours, dans ce domaine.

Contrairement à ce qui est souvent imaginé, un gène provenant d’un organisme phylogénétiquement très éloigné de son hôte ne comporte pas a priori, en soi, de risque plus grand qu’un gène d’un autre organisme voisin. Un gène très étranger a même moins de chances d’interagir avec les molécules de son hôte, de se recombiner avec un gène endogène et d’induire ainsi des effets indésirables. Le risque vient, en l’occurrence, essentiellement de sa fonction. Il vaut mieux qu’un mammifère reçoive par exemple un gène de métabolisme du glucose du scorpion que son propre gène c-myc. Le premier ne fera probablement rien tandis que le second aura bien des chances d’induire un cancer chez son hôte.

Les transgènes peuvent, théoriquement mais avec une faible probabilité, avoir des effets directs ou indirects très variés : ils pourraient augmenter la présence de molécules toxiques allergènes ou pathogènes comme les prions. Ils pourraient favoriser l’émergence d’un récepteur pour un organisme pathogène, tout comme le font spontanément les organismes sélectionnés par les méthodes conventionnelles.

Il est important de noter que de nombreuses plantes contiennent des molécules très toxiques pour les animaux et l’homme, mais non toxiques pour elles. Il ne saurait qu’exceptionnellement en être de même pour les animaux qui ont toutes les chances d’être directement sensibles à une toxine. De même, une protéine allergène pour l’homme peut ne pas l’être pour l’animal transgénique, car elle fait partie de son être et n’a donc aucune raison de stimuler les mécanismes immunitaires de défense.

En dehors de l’action de leur région codante, les gènes contiennent des éléments régulateurs de leur transcription. Un transgène peut contenir son propre promoteur, mais il n’en est pas ainsi dans la majorité des cas. Le promoteur peut provenir d’un gène cellulaire ou d’un gène viral. Dans le second cas, il n’y a, sauf exception, aucun risque supplémentaire induit par l’origine virale du promoteur. Celui-ci, isolé de son contexte, n’a plus de caractère viral et se comporte comme un promoteur cellulaire classique.

Consommation des animaux clonés

Le clonage consiste à multiplier un organisme vivant sans passer par la reproduction sexuée. Ce processus est celui qui est naturellement utilisé par les microorganismes pour se multiplier. Certaines plantes se reproduisent spontanément par marcotage qui donne naissance à des clones. Il est possible de dédifférencier des cellules végétales in vitro pour redonner des cellules totipotentes chacune capable de donner naissance à une plante génétiquement identique à celle d’origine et qui est donc son clone.

Chez les animaux, le clonage nécessite que le noyau d’une cellule plus ou moins différenciée soit introduit dans le cytoplasme d’un ovocyte énucléé. Dans un certain nombre de cas, les pseudo-embryons ainsi formés se développent pour donner naissance à des animaux génétiquement identiques. Cette méthode a un très faible rendement car beaucoup d’embryons et de fœtus n’achèvent pas leur développement et presque la moitié des nouveau-nés ne sont pas viables ; de plus, beaucoup restent encore fragiles pendant les premières semaines qui suivent leur naissance. Il est admis que ces phénomènes sont dus à des modifications épigénétiques des animaux clonés et en particulier à une déméthylation incomplète du génome des embryons obtenus par clonage. Cela se traduit par l’impossibilité pour les gènes indûment méthylés d’être activés au moment où l’embryon ou le fœtus en ont besoin. Plus généralement, des défauts de reprogrammation du génome des clones pourraient réactiver des gènes de rétrovirus endogènes. De tels événements n’ont, jusqu’à ce jour, pas été observés [3].

Pour toutes ces raisons, il paraît a priori peu recommandé de consommer les animaux obtenus par clonage. Il ne semble pas que, chez les plantes, les mêmes phénomènes altèrent la vie des clones. Des expériences réalisées chez plusieurs espèces convergent et permettent de considérer que les altérations épigénétiques observées chez les animaux obtenus par clonage ne sont, pour l’essentiel, pas transmises à leurs descendants [4]. Il paraît donc raisonnable d’envisager la consommation des descendants des animaux clonés.

La transgenèse implique de plus en plus souvent le clonage, en tout cas chez les ruminants. De tels animaux cumulent les risques potentiels des animaux clonés et des animaux transgéniques. Ils doivent donc être soumis aux tests imposés pour les animaux ayant bénéficié de ces deux types d’interventions.

Des recommandations spécifiques visant à réglementer la consommation des produits issus d’animaux clonés sont en cours de préparation par les agences concernées dans différents pays. C’est le cas de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) en France3. Le colloque organisé conjointement par l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) et l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) qui s’est tenu en novembre 2003 est une première tentative de normalisation des règles dans ce domaine. Il est important de noter que cette démarche qui émane de la communauté scientifique précède d’assez loin la mise sur le marché de produits issus de clones [5].

Tests d’évaluation des risques

L’évaluation des risques alimentaires ou environnementaux d’une nouvelle variété de plantes ou d’une nouvelle lignée d’animaux doit logiquement s’appuyer essentiellement sur des tests mesurant objectivement les effets indésirables des produits. Les méthodes employées pour obtenir ces nouveaux produits (sélection classique, mutations induites ou transformation génétique) n’ont en l’occurrence, en soi, qu’une importance relative.

Diverses approches sont théoriquement possibles pour évaluer les risques potentiels induits par la consommation d’OGM.

Équivalence en substance

Une première approche consiste à faire une comparaison systématique de la composition biochimique d’un OGM avec les mêmes organismes non génétiquement modifiés. Cette opération revient donc à évaluer l’équivalence en substance des deux types d’organismes. Pour ce faire, de multiples tests analytiques sont mis en œuvre. Ils consistent à comparer des profils chromatographiques et électrophorétiques divers des OGM et de leurs équivalents normaux. Les seules différences attendues concernent la présence des protéines codées par les transgènes. Toute autre différence doit être étudiée de manière plus approfondie pour évaluer si les molécules présentes en surabondance ou devenues plus rares peuvent conférer à l’organisme et à ses consommateurs des désordres biologiques significatifs.

Les tests d’équivalence en substance ont l’avantage de procéder à une évaluation globale sans a priori. Ils ont l’inconvénient de ne mettre en évidence que ce que l’on peut mesurer aisément. Il n’est par ailleurs pas certain qu’une modification de composition soit perçue avec les tests mis en œuvre alors que les effets biologiques peuvent être puissants et délétères. Il est ainsi peu probable que la présence de quelques molécules de la protéine prion PrP devenue pathogène soit décelable par des mesures d’équivalence en substance. Une autre difficulté vient du fait qu’un organisme est perpétuellement réactif. Un changement de temps, de lumière, ou de température peut modifier rapidement certains composants des cellules d’une plante. Il en est de même pour un animal soumis à un stress, qui est à jeun ou en pleine digestion, et pour une femelle à telle ou telle période du cycle oestrien.

L’équivalence en substance ne saurait donc être autre chose qu’une indication parmi d’autres d’un risque potentiel ou de l’innocuité du produit.

Toxicité aiguë

La mesure de la toxicité des aliments n’est pas particulièrement difficile car l’expérience très ancienne dans le domaine pharmaceutique peut leur être appliquée avec pertinence.

La protéine étrangère apportée par le transgène peut être produite par un organisme étranger comme une bactérie, purifiée puis administrée pendant des temps courts (quelques jours) à des rats par voie orale. Les effets sur les rats sont alors évalués après une semaine seulement.

Tout aussi pertinente et indispensable qu’elle soit, cette mesure ne saurait rendre compte des effets potentiels à long terme, ni des effets globaux du gène sur l’OGM et donc sur le consommateur.

La pertinence des tests de toxicité est parfois limitée par le fait que les protéines synthétisées par les microorganismes n’ont pas toujours la même structure biochimique que celles qui proviennent des cellules végétales ou animales, notamment en ce qui concerne les modifications post-traductionnelles comme les glycosylations. Plus prosaïquement, il est parfois impossible d’obtenir des quantités suffisantes de protéines à partir d’une bactérie ou d’une plante transgénique.

Toxicité à long terme

Un médicament est considéré comme ne contenant pas de substances toxiques après avoir été administré à des jeunes rats pendant trois mois. Pendant cette période, ces animaux croissent, se reproduisent et les femelles allaitent leurs petits. Ces trois fonctions physiologiques essentielles sont très sensibles à des perturbations métaboliques et sont donc de bons indicateurs des effets toxiques d’une substance. Toute une série d’examens parfaitement codifiés des animaux sont réalisés à la fin du traitement.

Il existe d’autres tests qui consistent à soumettre les rats à des traitements plus prolongés par les médicaments afin de révéler des effets qui ne s’expriment qu’à long terme. Les effets puissants des médicaments sur l’organisme humain justifient l’utilisation de tels tests. Les commissions d’évaluation, dans quelque pays que ce soit, n’ont pas jugé bon de faire appel à des tests de toxicité allant au-delà de trois mois pour les OGM actuellement proposés pour la consommation animale et humaine.

Pour être significatifs, les tests doivent être faits à partir des OGM entiers et non de la protéine pure. De cette manière, la totalité des effets du transgène est plus probablement évaluée. Ces tests ne sont pas toujours faciles à mettre en œuvre. Il n’est en effet pas toujours aisé de faire manger à un rat une nourriture comme du maïs qui ne fait pas partie de son alimentation habituelle. Des quantités importantes d’OGM doivent être ingérées et elles ne doivent pour autant perturber en rien le contenu global en protéines, lipides, sucres, énergie totale… de la ration alimentaire des rats. À défaut, les tests ont toutes les chances de ne conduire qu’à des conclusions erronées.

Les OGM actuellement mis sur le marché sont essentiellement destinés aux animaux d’élevage. Les tests de toxicité doivent donc logiquement être réalisés également chez les espèces ciblées (poulet, lapin, mouton, porc, vache, poissons). Les paramètres évalués dans ce cas sont la croissance, la reproduction, la lactation, la ponte des œufs, la composition de la viande, du lait et des œufs, ainsi que la présence du transgène et de la protéine correspondante dans les produits d’animaux [6, 7].

Pour les animaux aquatiques, il est concevable que la présence d’un transgène augmente la capacité de l’organisme à stocker des métaux lourds ou d’autres toxines provenant du milieu environnant. La mesure des concentrations des métaux lourds qui est régulièrement faite chez des animaux comme les huîtres ou les moules sera appliquée de la même façon qu’aux organismes transgéniques. Un examen détaillé des données peut mettre en évidence les effets spécifiques d’un transgène et permettre d’en tirer les conséquences.

Aucune agence d’évaluation dans le monde n’a actuellement retenu l’évaluation des effets oncogènes potentiels des aliments provenant des OGM.

En règle générale, il parait judicieux d’envisager des examens plus approfondis de la toxicité, de l’allergénicité et éventuellement de l’oncogénicité pour les plantes qui contiennent naturellement des substances toxiques, allergènes ou oncogènes. Il est en effet concevable que la transgenèse, comme la sélection génétique classique, puisse augmenter le taux de molécules indésirables, mais il y a très peu de chance qu’elle induise de novo la synthèse de telles molécules. Dans le même ordre d’idée, il est recommandé de ne pas utiliser comme transgènes des gènes provenant de plantes connues pour contenir des substances toxiques, allergènes ou oncogènes.

Certains consommateurs se sont émus à l’idée de consommer des gènes qui sont par définition présents dans les OGM. Ils ignorent qu’ils consomment chaque jour jusqu’à un million de gènes qui ne sont pas les leurs. L’homme ne consomme de toute façon que des gènes qui lui sont étrangers, à moins de se livrer à l’anthropophagie. Il n’est par ailleurs aucunement justifié de considérer un transgène comme une source de problèmes en soi. Les gènes transférés dans les plantes ou les animaux sont souvent très abondamment représentés dans la nature et ils sont au contact des consommateurs depuis la nuit des temps. L’ADN est de toute façon dégradé par le système digestif. Des expériences surprenantes mais non conclusives ont montré que de l’ADN d’un phage bactérien administré par gavage à des souris peut être retrouvé à l’état de petits fragments dans la circulation sanguine, dans les lymphocytes et les hépatocytes. Rien n’indique que ce phénomène altère en quoi que ce soit la santé des animaux. Il faudrait au moins pour cela que l’ADN étranger soit intégré dans le génome du consommateur, ce qui n’a jamais été observé. La capture de quelques fragments d’ADN par les bactéries intestinales ne parait pas soulever plus de problèmes [8, 9].

Structure du transgène

La construction d’un gène résulte souvent de l’assemblage in vitro de fragments d’ADN d’origines diverses. Des réarrangements imprévisibles ont parfois lieu pendant la construction du gène mais surtout au moment de son intégration dans les génomes. Des mutations subtiles peuvent ainsi se traduire par une modification de la structure chimique de la protéine correspondante. Des réarrangements locaux au site d’intégration du gène ont également lieu lorsque des processus de recombinaison illégitime sont mis en jeu.

La séquence primaire de la construction génétique avant et après son intégration est demandée par les agences chargées de la biosécurité des aliments. Il est également demandé de déterminer les séquences du génome au point d’insertion pour tenter d’identifier des gènes qui auraient pu être interrompus par l’intégration du transgène. De même, un examen de la séquence peut suggérer que la transcription et la traduction du transgène peuvent conduire à la synthèse de peptides ou de protéines autres que ceux normalement programmés par la construction du gène. Dans une telle hypothèse, la recherche des peptides putatifs est demandée ainsi qu’une étude théorique et éventuellement pratique de leur activité biologique. Ces investigations sont actuellement d’un intérêt limité mais qui sera nettement plus grand lorsque la séquence complète des génomes des organismes vivants concernés sera disponible. Il deviendra en effet beaucoup plus aisé de déterminer si le transgène altère une région active du génome.

Certaines plantes transgéniques contiennent des gènes de résistances aux antibiotiques qui ne sont en rien nécessaires pour la plante et qui ne sont que des résidus de constructions plasmidiques. Il est admis que la présence de ces gènes n’a qu’un impact non significatif sur l’émergence de résistances de bactéries aux antibiotiques [10]. Ces gènes de résistance ne sont pour autant plus admis dans les nouvelles plantes transgéniques. Ils sont systématiquement enlevés des constructions de gènes destinés à être introduits chez les animaux, ne serait-ce que parce qu’ils sont souvent inactivés chez les animaux transgéniques et avec eux les gènes d’intérêt qui leur sont associés.

Transcriptome, protéome et métabolome

Les moyens d’investigation qui se développent actuellement permettent progressivement d’identifier et de quantifier la quasi-totalité des ARNm (transcriptome) des protéines sous leurs différentes formes (protéome) ainsi que des principaux éléments des chaînes métaboliques (métabolome). Ces outils qui sont mis au point pour des études fondamentales peuvent en principe être utilisés pour l’identification des modifications induites par la présence d’un transgène. Il s’agit là en quelque sorte d’une évaluation très approfondie de l’équivalence en substance.

La réalité est nettement plus complexe. Les trois outils en question ne sont pas encore bien maîtrisés, en particulier en ce qui concerne leur fiabilité. Il faut par ailleurs se rappeler que la moindre variation des conditions physiologiques dans lesquelles sont maintenus les organismes vivants, se traduit rapidement par la variation de nombreux paramètres cellulaires. Les modifications du transcriptome, du protéome et du métabolome d’un OGM par rapport à l’organisme d’origine n’ont pas forcément de signification en termes de biosécurité. L’interprétation de ces variations peut exiger des études longues, complexes et incertaines et tout compte fait disproportionnées avec les enjeux.

Allergénicité

L’allergénicité d’un aliment n’est pas facile à évaluer avec précision dans la mesure où une telle propriété ne se manifeste pas chez tous les individus, qu’elle s’amplifie en général avec le temps et qu’elle dépend de facteurs qui ne sont pas tous objectivement mesurables.

Un certain nombre de critères ont toutefois été retenus pour évaluer le pouvoir allergène d’un aliment [11]. Il est tout d’abord plus probable que l’allergénicité d’un OGM provienne de la présence de la protéine étrangère codée par transgène plutôt que des effets secondaires de celui-ci. Ce sont donc essentiellement des propriétés allergènes de la protéine étrangère qui sont évaluées.

Un examen de la structure primaire, voire secondaire et tertiaire, peut d’emblée donner de bonnes indications sur le pouvoir allergène d’une protéine. De nombreuses substances ayant un pouvoir allergène ont en effet été identifiées et il existe des épitopes connus pour induire des réactions de ce type. L’identification de tels épitopes dans une protéine la rend suspecte et cela impose des investigations plus approfondies. Au fil des ans, le répertoire des épitopes allergènes s’enrichit et la prédictibilité du caractère allergique d’un aliment s’améliore en même temps. Les épitopes ainsi identifiés sont parfois essentiellement ceux qui ne sont pas de type conformationnel qui, eux, restent très difficiles à découvrir.

L’origine de la protéine étrangère utilisée pour engendrer un OGM est toujours connue. Une vigilance particulière est portée à cette protéine si elle provient d’un organisme connu pour être allergène. La protéine en question peut en effet être un des allergènes de cet organisme. Ce cas s’est présenté pour l’albumine de la noix du Brésil, aliment connu pour provoquer des allergies. Un soja supplémenté avec cette protéine a ainsi acquis des propriétés allergènes. Ce soja n’a de ce fait pas été proposé pour une mise sur le marché. À l’inverse, un riz supplémenté par une protéine de l’amarante n’est pas allergène, comme l’amarante elle-même.

Il est admis, même s’il ne s’agit pas là d’un critère absolu, qu’une protéine est d’autant moins allergène qu’elle est rapidement dégradée par des enzymes de digestion qui détruisent les épitopes inducteurs d’allergies. Les protéines étrangères des OGM sont donc soumises à test de digestibilité in vitro en présence de protéases pancréatiques. Une protéine qui résiste plusieurs heures en n’étant que partiellement dégradée est virtuellement un allergène et est étudiée comme telle de manière plus approfondie.

Des tests cellulaires peuvent révéler le caractère allergène d’une protéine. Les IgE du sérum de personnes sensibles à un allergène dégranulent rapidement des mastocytes in vitro. Ce test qui n’existe pas pour tous les allergènes est un bon examen prédictif des risques que peut comporter la consommation d’un aliment. Il est également possible d’évaluer chez des souris immunisées contre les extraits d’OGM, la proportion de deux catégories d’immunoglobulines, les IgE et les IgG. La présence d’une quantité élevée d’IgE dirigées contre des épitopes de l’OGM peut signifier que l’OGM contient un allergène qui peut être la protéine codée par le transgène. À l’inverse, un taux élevé d’IgG signifie que la plante induit une réponse immunitaire classique.

Les extraits cellulaires peuvent également induire ou non des réactions cutanées inflammatoires, selon qu’ils contiennent ou non des allergènes.

La grande diversité des réactions allergènes ne permet pas, pour les OGM comme pour l’ensemble des produits alimentaires, d’établir des critères totalement prédictifs. La traçabilité de la consommation des OGM, comme des autres aliments, est donc essentielle pour établir des corrélations avec la survenue éventuelle d’allergies.

Sensibilité vis-à-vis des pathogènes

Il est possible, bien que peu probable, qu’un transgène introduit dans un organisme vivant destiné à l’alimentation animale ou humaine induise une plus grande sensibilité de l’organisme vis-à-vis d’un pathogène. Ces phénomènes peuvent résulter de mécanismes très différents. Il est impossible de mesurer tout ce qui pourrait poser un problème particulier, et une attitude raisonnable consiste à procéder à une observation prolongée des animaux avant de les mettre sur le marché, comme cela est le cas pour ceux qui sont issus d’une sélection génétique classique.

Certains pathogènes comportent toutefois a priori plus de risques que d’autres. C’est essentiellement le cas des rétrovirus. Les génomes des animaux comme de l’homme contiennent un grand nombre de séquences rétrovirales non fonctionnelles parce que mutées au cours de l’évolution ou inactivées par des mécanismes épigénétiques tels que la méthylation de l’ADN.

Les animaux transgéniques, notamment les animaux de ferme, sont soumis à des tests pour mettre en évidence la présence d’ARNm codé par des génomes rétroviraux endogènes et connus pour être normalement absents chez ces espèces. La mesure de l’activité transcriptase inverse dans le sang des animaux peut révéler la présence d’un retrovirus inconnu. Plus généralement, ce sont les critères classiques permettant de déterminer si les animaux sont en bonne santé qui seront mis en œuvre.

Effets sanitaires connus et attendus des OGM

Les modifications génétiques des organismes vivants peuvent avoir des effets divers sur la santé humaine. Certains, comme ceux qui concernent les aliments, sont directs, tandis que d’autres, comme ceux qui portent sur l’environnement, sont indirects [12].

Production de nourriture

Le premier effet direct que l’on est en droit d’attendre d’une technique agronomique est de procurer aux consommateurs toute la nourriture dont ils ont besoin. Cela ne concerne que les pays où la sous-nutrition est une réalité.

Ce but peut être atteint en créant des lignées de plantes et d’animaux offrant de plus hauts rendements de production. Le transfert de certains gènes se traduit expérimentalement par une augmentation très nette de la production de biomasse et, avec elle, de la production d’aliments. C’est notamment le cas du riz.

Des tentatives prometteuses montrent que des plantes expérimentales génétiquement modifiées peuvent se développer normalement sur des sols dont la salinité correspond à celle de l’eau de mer diluée au tiers [13]. Des plantes génétiquement modifiées arrivent également à croître sur des sols alcalins et à résister à la sécheresse. Il est également possible de détoxifier des sols contaminés, naturellement ou non, par des métaux lourds et diverses molécules organiques [14]. Ces tentatives laissent entrevoir l’exploitation de terres actuellement impropres à l’agriculture, en particulier celles dont la salinité augmente en raison d’une irrigation intensive [15].

La réduction des pertes dues à des maladies, tant dans le domaine végétal qu’animal, est une autre manière d’augmenter la production de nourriture. Certaines plantes comme le maïs, le coton et la pomme de terre devenues résistantes à des maladies grâce à des modifications génétiques commencent à être très appréciées des agriculteurs, tant en Afrique du Sud [16] qu’au Brésil [17], en Inde [18], en Chine [19] et en Bolivie [20].

L’augmentation de la productivité dans ces cas précis a plusieurs effets attendus sur la santé humaine :

  • disponibilité immédiate d’un supplément de nourriture ;
  • libération de terres qui peuvent être utilisées pour cultiver d’autres plantes susceptibles d’apporter des éléments nutritifs importants pour la santé humaine comme la vitamine A ;
  • augmentation des revenus des agriculteurs qui peuvent ainsi réserver une part plus importante de leur budget pour se soigner.

Qualité nutritive des aliments

La malnutrition est un fléau qui peut être aussi préjudiciable pour certaines communautés humaines que la sous-nutrition.

Plusieurs projets visant à augmenter la teneur de produits alimentaires provenant de plantes ou d’animaux, en substances connues pour améliorer la santé humaine sont en cours. Parmi ces projets on peut citer les porcs dont la viande est enrichie en acides gras polyinsaturés [21], les plantes enrichies en lipides appartenant à la famille des omega-3 et omega-6 [22], les plantes enrichies en vitamine E [23] ou en licopène (un agent antioxydant capable de ralentir le vieillissement des cellules et la survenue de certains cancers) [24], les pommes de terre enrichies en amidon et devenues ainsi moins aptes à transporter les graisses dans l’estomac des consommateurs [25] ainsi que les plantes enrichies en polyphénols [26].

Le cas le plus emblématique, mais aussi le plus avancé, est certainement celui du riz doré. Il s’agit de variétés expérimentales qui contiennent des quantités substantielles de précurseurs de la vitamine A dont la synthèse est dirigée par deux gènes provenant d’autres plantes [27]. Plusieurs centaines de millions d’êtres humains souffrent de carences en vitamine A qui induisent la cécité puis la mort. Les résultats acquis sont encourageants, même si l’impact réel de la consommation de ce riz est encore incertain. Les incertitudes portent non seulement sur la quantité de précurseurs de la vitamine A mais aussi sur le taux de leur conversion en vitamine A qui ne semble pas avoir été mesuré de façon précise. L’AFSSA a produit deux rapports faisant une analyse critique des effets des OGM, et en particulier du riz doré, sur la santé humaine [28, 29].

Production de médicaments par les OGM

La transformation génétique des organismes vivants permet la biosynthèse de molécules utilisables comme médicaments. Les molécules en question peuvent être naturellement présentes dans la plante et la transformation génétique n’a alors pas d’autre but que d’augmenter la teneur en principe actif ou à en modifier légèrement la structure.

Dans d’autres cas, la transformation génétique a pour effet de permettre la synthèse de molécules thérapeutiques que l’organisme d’origine est incapable de faire. C’est le cas des levures devenues capables de synthétiser diverses hormones stéroïdiennes (oestrogènes, progestérone, cortisone) utilisables en médecine humaine.

Les molécules thérapeutiques qui sont de plus en plus demandées sont les protéines, en raison de leurs multiples fonctions (facteurs de croissance, hormones, facteurs de coagulation, vaccins, anticorps monoclonaux…). L’incapacité persistante à synthétiser chimiquement les protéines à des coûts acceptables oblige à préparer ces molécules à partir de cellules ou d’organismes génétiquement modifiés. Plusieurs centaines de protéines présentant un intérêt thérapeutique potentiel ont été préparées à titre expérimental par des microorganismes, des plantes et des animaux transgéniques. Plusieurs dizaines de ces protéines recombinantes sont soumises à des essais précliniques et cliniques et l’une d’entre elles, l’antithrombine III humaine, est actuellement évaluée par les instances européennes pour obtenir une autorisation de mise sur le marché.

L’impact de ces procédés sur la santé humaine est actuellement limité mais il est appelé à s’intensifier rapidement. La mise en œuvre de ces méthodes ne doit s’accompagner d’aucune dissémination des OGM producteurs de protéines pharmaceutiques ni d’aucune contamination des produits finaux par des substances inductrices d’effets secondaires indésirables chez les patients, voire par des agents pathogènes. La préparation des protéines pharmaceutiques est suivie étroitement par les agences spécialisées dont les méthodes de travail ont fait leurs preuves.

Effets indirects des OGM

L’utilisation des OGM peut avoir des effets indirects positifs comme négatifs. Quelques exemples peuvent illustrer cette réalité.

La culture du coton résistant à un ver permet de réduire très significativement les épandages de pesticides toxiques qui nuisent sérieusement à la santé des agriculteurs. Il est admis que 25 millions d’agriculteurs dans le monde pâtissent d’empoisonnements chroniques par des pesticides divers. L’utilisation d’OGM peut dans un certain nombre de cas apporter une solution satisfaisante à ces problèmes. Ce n’est pas là la moindre raison du succès remporté par certains OGM, en particulier dans les pays où la législation chargée de protéger la santé des agriculteurs est peu développée. La réduction, par la culture d’OGM, de l’usage de certains pesticides dont les effets à long terme ne sont pas bien connus, se traduit également par une moindre pollution de l’environnement [30, 31].

La culture de certains OGM résistants à des herbicides ne se traduit pas par une diminution importante de l’utilisation globale de ces molécules. Elle permet, en revanche, de réduire le niveau de toxicité totale des herbicides, les molécules auxquelles les OGM sont résistants étant le plus souvent moins toxiques que celles utilisées dans la culture conventionnelle [29].

Il n’est pas du tout certain que la réduction des quantités de pesticides dans les aliments génétiquement modifiés ait un impact positif significatif sur la santé des consommateurs. Il est en effet admis que la concentration des résidus de pesticides dans les aliments conventionnels est très inférieure aux niveaux connus pour induire des effets toxiques chez l’homme [28, 29]. Il convient toutefois de noter que ces conclusions ne portent que sur les effets à court terme, les effets potentiels à long terme des résidus de pesticides étant à peu près inconnus.

Le maïs Bt résistant à la pyrale contient jusqu’à 20 fois moins de fumonisine (une mycotoxine cancérigène) que le maïs conventionnel (tandis que le maïs biologique peut en contenir jusqu’à 200 fois plus). Cela est dû au fait que le maïs Bt est globalement en meilleure santé et qu’il résiste mieux aux attaques de divers pathogènes [29].

Des porcs sécrétant de la phytase d’E. coli dans leur salive digèrent la majeure partie de l’acide phytique qu’ils ingèrent, ce qui se traduit par une réduction de 75 % du phosphate minéral polluant relargué dans l’environnement [32].

Des vaches sécrétant dans leur lait du lysozyme humain [33] ou de la lysostaphine (une toxine bactérienne empêchant la prolifération de S. aureus) [34] souffrent moins fréquemment d’infections mammaires.

Plus généralement, le contrôle de certaines maladies chez les animaux (y compris via la transgenèse) pourrait se traduire non seulement par la réduction des pertes dans les élevages et une utilisation moins intense des antibiotiques, mais également par une moindre fréquence des zoonoses.

Conclusions et perspectives

Les OGM agroalimentaires sont arrivés brusquement en 1996. Comme toute nouveauté, cette technique provoque des réactions de rejet plus ou moins intenses qui vont jusqu’à la négation de l’idée que les OGM peuvent apporter quoi que ce soit de bien pour l’humanité. Il est pourtant difficilement concevable que les modifications génétiques ne soient pas capables d’apporter au moins autant que ne l’a fait la sélection génétique classique. Ces deux techniques ne s’opposent d’ailleurs aucunement mais au contraire se complètent. La sélection classique est appropriée pour cosélectionner des gènes qui contrôlent les caractères multigéniques. À l’inverse, les transformations génétiques apportent facilement un caractère monogénique qui est déficient ou inexistant dans l’organisme de départ. Les exemples de succès de laboratoire se confirment tant dans le domaine des qualités nutritives des aliments [35] que de la protection contre les maladies [36–40] et, dans un avenir plus lointain, pour des productions industrielles à caractère plus général [41].

Les réactions de rejet des OGM sont surtout polémiques et elles s’entourent d’arguments dont l’apparence peut être scientifique mais dont la rigueur fait souvent défaut, tout autant que le simple bon sens. Cette attitude n’est pas sans conséquences sur la santé de certains peuples démunis qui n’hésitent pas à affirmer que les opposants des pays nantis freinent considérablement l’évaluation des OGM dont ils pourraient bénéficier [42].

Il est bien clair pour tout le monde depuis le début de cette aventure, que les OGM ne sont pas « la solution » aux pénuries alimentaires mondiales pour la bonne et simple raison qu’il ne saurait exister une solution unique pour un problème aussi complexe. C’est faire preuve d’imprudence, voire d’un manque d’altruisme envers les peuples dans le besoin, que de nier a priori l’impact positif potentiel des OGM sous le prétexte qu’il existe peut-être des solutions alternatives. Les bienfaits et les risques d’une nouvelle technique ne sont que des valeurs relatives qui doivent être comparées aux pratiques en vigueur avant qu’elle ne soit acceptée ou rejetée.

Le riz doré pourrait ainsi rapidement apporter une quantité substantielle de vitamine A sans que les peuples qui en ont besoin soient obligés de changer quoi que ce soit dans leurs pratiques agricoles et leurs habitudes alimentaires. L’Inde [27] et les Philippines [43] l’ont compris puisque ces deux pays ont commencé à développer des variétés locales de riz enrichies en vitamine A. Il est sans doute plus simple, et dans un premier temps plus sûr, pour résoudre ce problème urgent, de développer ces variétés de riz que de répandre l’usage en partie perdu de la culture de plantes vivrières naturellement riches en vitamine A. Pour autant, ce projet se heurte à des obstacles qui ne sont pas clairement en rapport avec des problèmes de sécurité [44].

L’implantation de pommes de terre génétiquement modifiées pour résister à des nématodes paraît une solution séduisante pour réduire rapidement les pénuries alimentaires en Bolivie [20].

Il serait plus judicieux de manger moins de frites que de devoir utiliser des pommes de terre génétiquement appauvries en amidon pour réduire l’absorption de graisse par les consommateurs, tout comme il vaudrait mieux ne pas fumer plutôt que de devoir inventer des cigarettes moins toxiques. Dans l’un et l’autre cas, il est plus facile et plus sûr de trouver une solution technique, même transitoire, à ce type de problèmes sanitaires que de modifier le comportement des consommateurs.

Il est de même probablement plus simple, au moins transitoirement, de réduire la pollution par le phosphate en élevant des porcs transgéniques capables de digérer l’acide phytique ou de les nourrir avec des plantes transgéniques enrichies en phytase que de changer radicalement et rapidement les méthodes d’élevage.

L’initiative qu’ont pris ces dernières années certains agriculteurs de tenter de sélectionner des plantes bien adaptées à un biotope restreint, et de ce fait potentiellement moins exigeantes en intrants, est parfaitement respectable. Il serait bien imprudent pour autant de rejeter en bloc la sélection via les transformations génétiques.

Il apparaît de plus en plus clairement que les pénuries alimentaires des pays pauvres sont davantage dues aux règles du commerce international en vigueur, dont certaines sont parfaitement injustes, ainsi qu’à une carence dans l’application de techniques bien établies, qu’à un défaut d’innovation technologique. Il n’en reste pas moins vrai que des variétés de plantes génétiquement modifiées et immédiatement exploitables peuvent très notablement améliorer la vie de certains peuples. Ceux-ci ne s’y sont d’ailleurs pas trompé. La culture des OGM dans le monde augmente actuellement de 15 % par an et les bénéfices en reviennent surtout aux agriculteurs : 76 % pour les agriculteurs, 7 % pour les entreprises de biotechnologie, 4 % pour les consommateurs et 3 % pour les semenciers [45].

La Chine, l’Inde, l’Afrique du Sud et quelques autres pays pauvres ont adopté la sélection via les transformations génétiques et ces pays se dotent progressivement des moyens nécessaires, tant juridiques que techniques, pour préparer eux-mêmes leurs propres variétés transgéniques.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ont classé l’utilisation des OGM au huitième rang des techniques à développer en priorité au cours du XXIe siècle pour aider les pays pauvres [46].

Les succès actuels et très probablement futurs des OGM ne doivent pas faire oublier les problèmes spécifiques qu’ils peuvent poser mais qu’il convient de mettre à leur vraie place.

Les risques alimentaires des OGM actuellement commercialisés sont a priori extrêmement faibles. Les agences responsables de l’évaluation de ces risques adoptent progressivement des règles rigoureuses et standardisées. Le contraste avec l’évaluation à peu près inexistante des risques dus à la consommation des variétés sélectionnées par les méthodes conventionnelles est frappant. Les dépenses réservées aux recherches sur la biosécurité des OGM sont 20 fois plus élevées que celles appliquées aux plantes traditionnelles dont l’innocuité n’est a priori pas supérieure. La FAO, mais aussi le Codex Alimentarius, ont défini leurs propres règles pour évaluer les risques alimentaires des OGM [47–50]. Ces règles ne diffèrent que sur des détails de celles qui font référence dans les agences de sécurité nationales. Il n’est donc pas exagéré de considérer que les OGM constituent la nourriture la plus sûre car la plus surveillée.

Les OGM actuellement commercialisés sont très peu modifiés puisque leurs transgènes ne sont pas là en principe pour changer les propriétés biologiques des plantes mais seulement pour leur conférer des résistances à des pesticides, des herbicides ou des pathogènes. À ce sujet, il est important de préciser qu’une plante qui produit son propre pesticide, comme le maïs ou le coton Bt, ne répand pas massivement des pesticides toxiques dans l’environnement. Les toxines Bt sont en effet des protéines très peu abondantes, peu stables dans l’environnement et sans action observable sur la faune environnante. Des estimations ont révélé que l’utilisation en Europe des OGM actuellement disponibles réduirait les pollutions de manière très significative [51].

Des modifications plus profondes auront été accomplies lorsque le métabolisme des plantes aura été délibérément altéré. Les tests en vigueur sont adaptés pour évaluer les risques que pourraient soulever la consommation de ces nouveaux produits. Certains examens complémentaires seront peut-être nécessaires au cas par cas pour bien connaître les propriétés des variétés en question.

Les problèmes environnementaux que posent certains OGM sont réels (mais souvent non différents de ceux posés par les plantes conventionnelles) et pas simples à résoudre car complexes, indépendamment de la gravité des questions qu’ils posent. L’Union européenne a consacré 70 millions d’euros pour évaluer ce type de risques. Les conclusions de ces études n’exigent pas une non-utilisation des OGM mais seulement des pratiques culturales adaptées à chaque type de plantes et éventuellement une interdiction lorsque les problèmes paraissent non résolus [52]. Il y a pour autant peu de doute que des problèmes environnementaux seront un jour induits par la culture d’OGM. Il est vraisemblable qu’ils seront beaucoup moins graves que ceux posés périodiquement par les implantations intempestives d’espèces dans des biotopes qui ne sont pas les leurs ou par l’extinction continue d’un grand nombre d’espèces provoquée par les activités humaines. Il est vraisemblable par ailleurs que la maîtrise des problèmes risque d’échapper aux utilisateurs d’OGM si la fuite de gènes a lieu vers les espèces sauvages, comme cela pourrait être le cas pour les saumons à croissance accélérée. La situation est a priori beaucoup plus facilement réversible pour les plantes domestiquées dont la reproduction s’arrête lorsqu’on cesse de les semer. Cela est déjà le cas pour les contaminations croisées entre les variétés conventionnelles. Ces incidents devront être comparés aux avantages qu’auront apporté les OGM.

Les transferts de gènes des OGM vers les plantes conventionnelles ne sont jusqu’à maintenant pas apparus plus fréquents que ceux qui sont régulièrement observés entre les variétés obtenues par sélection classique. Ce processus est attendu pour toutes les variétés qui ne bénéficient pas d’avantages sélectifs.

La contamination des produits biologiques (dont les effets bénéfiques pour la santé humaine restent à démontrer [53]) par des OGM, ne doit poser aucun problème sanitaire particulier. Les contaminations, quand elles ont lieu, sont d’un très bas niveau et elles ne concernent que des OGM dont la culture et la consommation à l’état pur ont été acceptées par les commissions de sécurité.

La propriété industrielle qui entoure la culture des OGM n’est qu’un obstacle relatif pour les pays en développement. Les brevets en cours sur les méthodes d’obtention des OGM vont pour la plupart devenir obsolètes dans les années qui viennent. Des licences gratuites ont été accordées facilement dans certains cas par les industriels, notamment pour le développement du riz doré [54]. De même, la culture de pommes de terre résistantes aux nématodes en Bolivie ne rencontre pas de véritables obstacles juridiques [20].

Aussi rigoureux que soient les experts chargés d’évaluer les risques de l’utilisation des OGM, il est et restera impossible de prévoir tous les effets négatifs de cet ensemble de techniques. Il en est de même pour tous les systèmes complexes, y compris pour les plantes et les animaux conventionnels qui réservent périodiquement de mauvaises surprises aux sélectionneurs. L’étiquetage des produits offre le choix au consommateur mais il n’ajoute rien à la sécurité. La traçabilité est en revanche un des seuls moyens pour tenter d’établir des corrélations entre la consommation d’un produit, OGM ou non, et la survenue d’une pathologie atypique chez les consommateurs.

Pour être tout à fait complète, l’étude de l’impact des OGM sur la santé humaine devrait aller jusqu’au produit cuisiné prêt à être ingéré par le consommateur. Il n’est en effet pas complètement exclu que la composition légèrement différente d’un OGM qui ne leur confère aucun pouvoir toxique à l’état natif, puisse augmenter les chances de former, lors de la cuisson, des molécules nuisibles pour la santé humaine. Les études dans ce domaine sont très peu nombreuses et la question peut se poser de savoir s’il est justifié de les mener.

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50 Joint FAO/WHO Expert Consultation on foods biotechnology. Safety aspects of genetically modified foods derived from biotechnology. Report. Codex Alimentarius CAC/GL 44-2003. Sl : sn, sd.

51 Phipps RH, Park JR. Environmental benefits of genetically modified crops : Global and European perspectives on their ability to reduce pesticide use. J Animal Feed Sci 2002 ; 11 : 1-18.

52 http://reports.eca.eu.int/environmental-issue-report-20002-28/en.

53 Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA). Évaluation nutritionnelle et sanitaire des aliments issus de l’agriculture biologique. Rapport juillet 2003. Maisons-Alfort : AFSSA, 2003 ; 233 p.

54 Beyer P, Al-Babili S, Ye X, et al. Golden rice: introducing the β-carotene biosynthesis pathway into rice endosperm by genetic engineering to defeat vitamin A deficiency. In : Bouis H, ed. Plant breeding : a new tool for fighting micronutrient malnutrition. Bethesda (Maryland, États-Unis) : American Society for Nutritional Sciences, 2002 : 506S-510S.

2 ARN : acide ribonucléique.3 Document en préparation.1 ADN : acide désoxyribonucléique.


 

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