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En France, la séroprévalence de la toxoplasmose dans la population
est d'environ 50 à 60 %, et l'incidence de la toxoplasmose congénitale
est de 1 à 2 pour 1 000 naissances [1]. En ce qui concerne la toxoplasmose
congénitale, la transmission materno-foetale transplacentaire joue un
rôle primordial dans le risque encouru par le foetus. La contamination
placentaire n'est possible que pendant la phase parasitémique de la mère.
Si le placenta est intact, la transmission ne peut théoriquement pas
avoir lieu. Au fil de la grossesse, la barrière placentaire devient moins
efficace et le risque de transmission augmente. En revanche, la gravité
des lésions chez le foetus infecté évolue de façon
inverse : plus la contamination a lieu tôt, plus les lésions seront
graves. Le potentiel des lésions évolutives tardives dépendra
de l'intensité de la contamination et surtout du nombre de kystes résiduels.
(Figures)
Toxoplasmose oculaire maternelle au cours de la grossesse
Qu'il s'agisse de primo-infection avec atteinte oculaire ou de réactivation
de toxoplasmose oculaire, la grossesse est une situation « à risque
» pour la femme. Les femmes enceintes doivent donc en être informées
et connaître les signes d'alarme : baisse d'acuité visuelle et
myodésopsies principalement [1]. En cas d'antécédent de
choriorétinite toxoplasmique, un examen du fond d'oeil devra être
effectué tous les 3 mois [2].
La prise en charge thérapeutique de la choriorétinite toxoplasmique
active (primo-infection ou réactivation) chez la femme enceinte dépendra
du terme de la grossesse mais aussi de la localisation rétinienne des
lésions au fond d'oeil.
- Si à l'examen du fond d'oeil, les lésions de choriorétinite
sont périphériques, l'abstention thérapeutique est possible
avec la poursuite toutefois d'une surveillance clinique et biologique de la
mère et de l'enfant. Le protocole de surveillance se calque sur celui
qui est établi en cas de séroconversion toxoplasmique. La Rovamycine®
pourra être prescrite, non pas dans un but thérapeutique chez la
mère car sa pénétration intraoculaire est nettement insuffisante,
mais dans un but préventif pour le foetus, afin de réduire le
risque de contamination foetale.
- Si les lésions sont juxta-papillaires ou maculaires, le pronostic
visuel de la mère est en jeu. Le traitement devra être optimal
en tenant compte de l'âge de la grossesse. Au cours du 1er trimestre de
grossesse, les molécules qui peuvent être utilisées sont
l'Adiazine® et/ou le Zithromax®, en sachant que l'efficacité
de cette seconde molécule est encore en cours d'évaluation, et
qu'elle n'est probablement pas suffisamment efficace dans les toxoplasmoses
oculaires sévères. À partir du 2e trimestre un traitement
par Malocide®-Adiazine® pourra être entrepris. Le traitement -
sans oublier la surveillance du foetus - doit être discuté de façon
collégiale entre ophtalmologiste, obstétricien et pédiatre.
Le foetus et le nouveau-né après toxoplasmose maternelle
La forme majeure de la toxoplasmose congénitale est l'encéphalo-méningo-myélite
toxoplasmique, devenue très rare depuis la mise en place du dépistage
au cours de la grossesse dans les années 70. Elle associe une modification
de la taille de crâne, des signes neurologiques, des calcifications intra-crâniennes
et des signes oculaires (dont la choriorétinite est la principale et
la plus grave manifestation). L'évolution est sévère :
les formes viscérales sont l'ictère néo-natal, l'hépato-splénomégalie
ou l'anasarque. Les formes dégradées ou retardées se manifestent
par un retard psycho-moteur, une macrocéphalie, des crises convulsives,
une choriorétinite.
Les formes inapparentes ou infra-cliniques sont actuellement les plus fréquentes
(80 % des cas), formes « sérologiques » puisque seule la sérologie
de l'enfant prouve qu'il est infecté. Le risque clinique principal est
l'apparition de choriorétinites dans l'enfance, l'adolescence ou à
l'age adulte. En cas de séroconversion toxoplasmique maternelle pendant
la grossesse, le risque de choriorétinite chez le nouveau-né est
d'environ 15 % [3].
- Le fond d'oeil, systématique, recherche une atteinte oculaire qui
est souvent bilatérale. Cette atteinte oculaire est en effet plus fréquente
que l'atteinte cérébrale (le risque de retrouver des calcifications
intracérébrales à la radiographie du crâne est de
10 %). Si le fond d'oeil ne révèle pas d'atteinte oculaire, une
surveillance sera poursuivie avec un contrôle régulier.
- La sérologie recherche les anticorps (IgG, IgM, IgA) synthétisés
par le nouveau-né s'il est infecté. Le western-blot peut permettre
de différencier les anticorps transmis par la mère de ceux synthétisés
par le nouveau-né. C'est le suivi clinique et biologique de l'enfant
qui permettra de déterminer définitivement s'il est infecté
ou non. En l'absence d'infection congénitale, les IgG transmises par
la mère disparaîtront avant l'âge de 1 an. Si l'infection
du nouveau-né n'est pas prouvée, aucun traitement n'est prescrit
pendant la durée du suivi clinique et sérologique.
Déclaration d'intérêt : Isabelle Ssi-Yan-Kai, Hervé
Offret et Marc Labetoulle exercent dans le service d'ophtalmologie du CHU
de Bicêtre, 78, rue du Général Leclerc 94275 Le Kremlin
Bicêtre CEDEX. Josette Raymond exerce au service de bactériologie
du CHU Cochin, 24, rue du Faubourg-Saint-Jacques, 75014 Paris
Conflits d'intérêt financier : néant
Références
- Wallon M, et al. Infection toxoplasmique de début de grossesse :
conséquences et conduite à tenir. J Gynecol Obstet Biol Reprod.
2002;31:478-84.
- Ramchandani M, Weaver JB, Joynson DH, Murray PI. Acquired ocular toxoplasmosis
in pregnancy. Br J Ophthalmol. 2002;86:938-9.
- Garweg JG, Scherrer J, Wallon M, Kodjikian L, Peyron F. Reactivation of
ocular toxoplasmosis during pregnancy. BJOG. 2005;112:241-2.
- Pelloux, et al. Toxoplasmose congénitale : prévention chez
la femme enceinte et prise en charge du nouveau-né. H. Arch Pédiat.
2002;9:206-12.
En résumé : oeil, toxoplasmose et grossesse
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- En cas de toxoplasmose oculaire active chez la femme enceinte, le traitement
dépend de l'âge de la grossesse ainsi que de la localisation
des lésions rétiniennes. La spiramycine ne doit pas être
utilisée dans un but thérapeutique sur des lésions
de choriorétinite toxoplasmique.
- Toute femme enceinte présentant des antécédents
de choriorétinite toxoplasmique doit bénéficier une
surveillance du fond d'oeil.
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