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Hypercholestérolémies monogéniques de l’enfant : stratégies thérapeutiques


Sang Thrombose Vaisseaux. Volume 17, Numéro 9, 511-7, Novembre 2005, Mini-revue


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Valérie Carreau, Jean-Philippe Girardet, Eric Bruckert , AP-HP, Hôpital Pitié-Salpêtrière, Service endocrinologie métabolique, 75651 Paris Cedex 13, AP-HP Hôpital Armand-Trousseau, Gastro-entérologie Nutrition, 26 avenue du Dr Netter, 75012 Paris.

Résumé : Chez l’enfant comme chez l’adulte, les règles hygiéno-diététiques sont nécessaires et efficaces pour la prise en charge de l’hypercholestérolémie familiale. Bien que peu d’études soient disponibles chez l’enfant, il y a maintenant suffisamment de données pour utiliser les statines chez les sujets qui ont une cholestérolémie très élevée et qui ne tolèrent pas les résines. Ces sujets présentant une augmentation de l’IMT peuvent bénéficier de la thérapeutique par statine. Il y a encore un débat à propos de l’âge auquel le traitement doit être instauré. Nous avons encore besoin d’études avec un suivi à long terme pour affirmer la tolérance des statines chez les jeunes patients.

Mots-clés : hypercholestérolémie familiale, diététique, résine, statine, épaisseur intima media

ARTICLE

Auteur(s) : Valérie Carreau1, Jean-Philippe Girardet2, Eric Bruckert1

1AP-HP, Hôpital Pitié-Salpêtrière, Service endocrinologie métabolique, 75651 Paris Cedex 13
2AP-HP Hôpital Armand-Trousseau, Gastro-entérologie Nutrition, 26 avenue du Dr Netter, 75012 Paris

L’augmentation de l’obésité, l’étendue des maladies cardiovasculaires et l’augmentation de la prévalence du diabète de type 2 multiplient les raisons d’essayer d’empêcher l’athérosclérose de débuter dans l’enfance. Les mesures diététiques et pharmacologiques préconisées par les recommandations chez l’adulte dyslipidémique ont été, à des degrés divers, appliquées chez l’enfant hypercholestérolémique.

La diététique

L’ensemble des études démontrent le bien-fondé de débuter les conseils diététiques tôt, tant en raison de l’efficacité que de l’absence de risque. En 1995, une étude diététique a inclus 663 garçons et filles prépubertaires âgés de 8 à 10 ans, avec un LDL entre le 80e et le 98e percentiles. Le groupe intervention recevait un régime incluant 28 % de lipides, moins de 8 % d’AG saturés, 9 % d’AG polyinsaturés, et un apport en cholestérol inférieur à 75 mg/1000 cal/j). Le bilan à 3 ans a montré une diminution modérée du LDL dans le groupe intervention, avec une croissance, un statut nutritionnel et un bien-être psychologique corrects pendant cette phase critique de l’adolescence. La Finish experience [1] a montré que la diminution d’apport en graisses ne modifiait pas la croissance pendant les trois premières années de la vie. L’étude DISC [2] n’a pas non plus trouvé d’effets adverses chez les préadolescents : une réduction en AG saturés et en cholestérol sans restriction d’apport calorique n’a pas interféré avec la croissance. Une étude effectuée en Espagne par Sanchez-Bayle [3] a évalué chez l’enfant les effets sur le cholestérol et la croissance d’une diététique pauvre en graisses. Les 144 enfants inclus, âgés de 2 à 13 ans, avaient un cholestérol supérieur à 2 g/L et un LDL supérieur à 1,35 g/L. Après une durée moyenne de suivi de 7,42 années, le cholestérol total a diminué de 19 % et le LDL de 24 %. Il n’y avait pas de différence significative sur l’HDL cholestérol. La croissance n’a pas été affectée sous un régime pauvre en graisses. Contrastant avec ces résultats particulièrement élevés sur le cholestérol, une étude de 2004 chez 15 enfants hyperlipidémiques a montré que 6 semaines de régime NCEP (National Cholesterol Education Program) step II ont réduit le LDL cholestérol seulement de 8 %.

Des mesures diététiques limitant l’apport en acides gras saturés ne sont pas recommandées avant l’âge de 2 ans, la période néonatale étant importante pour la maturation du système nerveux [4]. L’allaitement maternel est recommandé.

Après 2 ans, une diététique hypocholestérolémiante apportant 200 mg de cholestérol par jour, avec un rapport AG polyinsaturés/saturés égal à 1 est une mesure sûre ; l’étude des populations observant spontanément ces habitudes a montré qu’il n’y a pas d’effet indésirable.

Les phytostérols

Les phytostérols, analogue végétal du cholestérol, permettent une diminution du LDL cholestérol de 10 à 15 % quand ils sont consommés dans l’alimentation à la dose de 1,6 g/jour. Certaines margarines ou produits laitiers sont enrichis en stérols ou stanols végétaux et sont recommandés chez l’adulte hypercholestérolémique. Ces produits ont été largement étudiés chez l’adulte mais les données chez l’enfant sont plus rares. En 2002, Amundsen [5] a réalisé une étude chez 38 enfants hypercholestérolémiques âgés de 7 à 12 ans ; l’essai était randomisé en double aveugle, sur deux périodes de 8 semaines chacune, testant une margarine enrichie en phytostérols (apportant 1,6 ± 0,13 g de stérol ester). Une diminution significative de 10,2 % du LDL cholestérol a été observée à l’issue de la phase phytostérol. L’HDL n’était pas modifié. Une diminution du lycopène a été observée, mais le taux était plus élevé au départ dans le groupe stérol ; le rétinol, ainsi que l’alphatocophérol augmentaient. Les transaminases ALAT augmentaient pendant la période de prise de stérols (mais étaient plus basses au départ).

Pour de Jongh [6], la fonction endothéliale n’a pas été améliorée, en dépit d’une diminution de 14 % du LDL cholestérol, par un régime comprenant une margarine enrichie en phytostérols, essai randomisé contre placebo réalisé chez 41 enfants de 5 à 12 ans. Compte tenu de l’absence d’effet secondaire identifié, de leur efficacité et du risque associé à l’hypercholestérolémie, l’utilité de ces produits dans le contexte des autres recommandations diététiques est évidente.

Les résines

Elles sont peu évaluées dans des essais contrôlés chez l’enfant. Il n’y a pas d’effet négatif sur la croissance, mais un déficit en folates est possible, et une supplémentation en vitamines liposolubles, en particulier la vitamine D, est nécessaire. L’effet sur le LDL cholestérol est limité par la mauvaise compliance, conséquence de la mauvaise palatabilité des résines. Du fait de l’ancienneté de la disponibilité de ces produits, ils sont traditionnellement utilisés en première intention.

Les autres traitements

Sous fibrates, la diminution du LDL est modérée ; les essais réalisés étaient non contrôlés ou avaient inclus un nombre de sujets inadéquat pour avoir des données significatives sur la sécurité d’emploi, le développement et la croissance. Globalement, les données très réduites dans cette population et les restrictions d’usage indiquées dans les nouvelles recommandations françaises rendent l’utilisation des fibrates chez l’enfant discutable.

L’acide nicotinique est rarement utilisé, il n’y a pas d’évaluation à long terme dans cette population pédiatrique.

L’ezetimibe appartient à une nouvelle classe d’agents hypolipidémiants. Il agit en inhibant de façon sélective l’absorption intestinale du cholestérol au niveau de la bordure en brosse de l’intestin grêle. Cela entraîne une diminution des apports au foie du cholestérol intestinal, alors que les statines diminuent la synthèse du cholestérol hépatique. Il y a donc une complémentarité des modes d’action de ces deux traitements.

L’ezetimibe est indiqué en association avec une statine dans les hypercholestérolémies primaires non contrôlées par une statine seule, ainsi que dans l’hypercholestérolémie familiale homozygote.

L’ezetimibe est indiqué en monothérapie chez les patients ayant une hypercholestérolémie primaire (familiale hétérozygote et non familiale) pour lesquels un traitement par statine est inapproprié ou mal toléré.

La baisse observée du LDL cholestérol est de 20 à 25 % avec l’ezetimibe.

Aucun ajustement thérapeutique n’est nécessaire en fonction de l’âge, mais l’expérience clinique chez les enfants et adolescents âgés de 9 à 17 ans est limitée. Chez l’enfant de moins de 10 ans, le traitement n’est pour l’instant pas recommandé, les données cliniques étant insuffisantes. L’ezetimibe pourrait cependant avoir des indications chez l’enfant hypercholestérolémique non contrôlé par une statine seule, et des études seraient à entreprendre en ce sens.

Données thérapeutiques avec les statines chez l’enfant

Effets sur le cholestérol et tolérance

L’efficacité et l’innocuité chez l’enfant des inhibiteurs de l’HMGCoA réductase sont des sujets de préoccupation du prescripteur depuis une quinzaine d’années [7].

En 1989, Stein [8] a réalisé un premier essai de statine chez 6 sujets de 15 à 20 ans présentant une hypercholestérolémie hétérozygote sévère. Chez ces jeunes patients, le contrôle par résine et niacine était insuffisant ; ils présentaient un niveau de LDL élevé et des antécédents familiaux de maladie coronarienne : père décédé d’un infarctus avant 40 ans ou ayant subi un pontage avant 50 ans. Trois patients ont reçu 80 mg de lovastatine, trois ont reçu 40 mg de simvastatine. Une diminution du cholestérol total de 35 % et du LDL-cholestérol de 41 % a été observée, comparativement à la diététique seule. Les diminutions ont été plus importantes que celles obtenues avec une résine ou l’association résine + niacine. Il n’a pas été rapporté d’effets indésirables.

La pravastatine a été testée par Knipscheer [9] en 1996 (essai en double aveugle, randomisé contre placebo) sur 12 semaines chez 72 enfants (4 groupes de traitement : pravastatine 5 mg, pravastatine 10 mg, pravastatine 20 mg, placebo). La baisse moyenne du LDL cholestérol a été de 32,9 %. La tolérance a été bonne, les effets indésirables modérés et identiques dans les 3 groupes sous pravastatine. En 1996, Lambert [10] a publié une étude chez 69 garçons de 8 à 16 ans qui ont reçu de la lovastatine pendant 8 semaines, au cours d’un essai randomisé en double aveugle (4 groupes 10 mg/20 mg/30 mg/40 mg). Une baisse du cholestérol total (–17 à –29 %) et du LDL-cholestérol (–21 à –36%) est observée dans tous les groupes, avec un effet dose-réponse (amélioration jusqu’à la dose de 30 mg). Aucun effet indésirable n’a été observé, si ce n’est une petite augmentation des transaminases ASAT (inférieures à 2 fois la normale, sans effet dose réponse), des CPK (supérieures à 3 fois la normale, asymptomatiques et avec normalisation spontanée) ; les ALAT sont restées normales.

Ces premiers essais réalisés sont des études à court terme, qu’il fallait confirmer sur le plus long terme.

Un essai avec la lovastatine a été publié par Stein en 1999 [11], conduit sur 48 semaines chez 132 garçons de 10 à 17 ans ; l’étude a été faite en double aveugle contre placebo, chez des sujets dont le LDL-cholestérol était entre 1,9 et 5 g/L. Pendant la première période de 24 semaines, la lovastatine était donnée à doses croissantes (10 mg, puis titration forcée à 20, puis 40 mg), puis à la dose de 40 mg pendant la seconde période de 24 semaines. La baisse du LDL a été de 17 %, 24 %, 27 % aux différentes doses lors de la première phase, de 25 % au terme de l’étude dans le groupe lovastatine. Le développement sexuel et la croissance étaient identiques dans les groupes traités et placebo ; la seule différence observée a été une diminution de la vitamine E dans le groupe lovastatine (cette baisse peut être attribuée au fait que le LDL est le principal transporteur de la vitamine E dans le sang). Il a été observé une tendance à l’augmentation des ALAT dans les 2 groupes, sans modifications des ASAT et des CPK. Le long terme reste toutefois à évaluer dans une plus grande population, en incluant également des filles. La prévalence de la maladie coronaire étant plus forte chez les garçons dans les 2 décades suivant l’essai thérapeutique à l’adolescence, la balance bénéfice-risque est en faveur du traitement. Une étude publiée en 1999 par Stefanutti [12] a comparé sur 1 an deux groupes de 8 enfants (1 groupe sous diététique seule, un groupe sous diététique + simvastatine 10 mg). Les enfants étaient âgés de 4 à 12 ans (moyenne 9 ans). Tous les patients ont eu une épreuve d’effort et une échographie cardiaque. La réduction du LDL-cholestérol dans le groupe traité a été de 29 %.

En 2002, de Jongh [13] a rapporté un essai avec la simvastatine, en double aveugle randomisé contre placebo. Cent soixante-treize enfants ont été inclus et randomisés en 2 groupes, après une période de 4 semaines de diététique. Le groupe traité a reçu de la simvastatine 10 mg puis 20 mg puis 40 mg (titration forcée toutes les 8 semaines). Au bout de 24 semaines, la dose de 40 mg de simvastatine (ou le placebo) était maintenue jusqu’à 48 semaines. Au terme de l’étude, on a observé une réduction du cholestérol total de 31 %, du LDL cholestérol de 41 % ; le HDL-cholestérol était augmenté de façon significative. Sur le plan de la tolérance et de la sécurité d’emploi, il n’a pas été observé d’effets indésirables, tant sur la croissance staturo-pondérale que sur le développement pubertaire. Seule a été notée une petite diminution du sulfate de DHEA dans le groupe simvastatine par rapport au groupe placebo.

Seize adolescents âgés de 10 à 17 ans, ayant tous des antécédents familiaux cardiovasculaires précoces, ont reçu de l’atorvastatine (10 à 40 mg/j) après 6 mois de diététique puis 3 mois de cholestyramine. Dans cette étude publiée par Athyros en 2002 [14], le cholestérol moyen de base était de 3,48 ± 0,39 g/L et le LDL moyen de 2,76 ± 0,31 g/L. L’atorvastatine était augmentée jusqu’à obtention du LDL cible (< 1,30 g/L ou < 1 g/L chez 2 adolescents dont l’épreuve d’effort était déjà positive). Au bout de 3 ans, le cholestérol total avait baissé de 37 % et le LDL cholestérol de 45 %. L’épreuve d’effort s’était normalisée au bout de 2 ans chez les 2 patients. Il n’y a pas eu d’effet sur le développement somatique ni mental, et aucun effet secondaire n’a été rapporté.

L’atorvastatine a également été testée par Mc Crindle [15] (essai randomisé en double aveugle contre placebo) chez 187 enfants et adolescents porteurs d’une hypercholestérolémie hétérozygote, âgés de 10 à 17 ans. Les patients inclus devaient être au moins au stade 2 de Tanner. Dans le groupe traité, l’atorvastatine était commencée à la dose de 10 mg et augmentée à 20 mg si le LDL était supérieur à 1,30 g/L après 4 semaines. Au bout de 26 semaines, l’atorvastatine 10 était poursuivie en ouvert pendant encore 26 semaines. À l’issue de la première phase, la réduction du LDL-cholestérol observée dans le groupe traité a été de 40 %. Il n’y a pas eu de problème de tolérance.

La simvastatine a été prescrite, dans un essai conduit par Dirisamer et al. en 2003 [16], à un groupe de 20 enfants âgés de 10 à 17 ans, à une dose dépendant de leur niveau de LDL-cholestérol. Le groupe dont le LDL était inférieur à 2,20 g/L recevait 5 mg de simvastatine ; le groupe dont le LDL était supérieur à 2,20 g/L recevait une dose de 10 mg. Le traitement pouvait être augmenté jusqu’à 20 mg par jour. Au bout d’un an, la diminution du LDL était de 25 % (sous 5 mg de simvastatine), 30 % (sous 10 mg) ou 36 % (sous 20 mg). Il n’a pas été observé d’effets secondaires cliniquement significatifs.

Des études ont montré que le profil pharmacocinétique de la pravastatine chez les enfants est similaire à celui observé chez les adultes. Cependant, ces données ne peuvent pas être extrapolées aux autres statines, la pravastatine n’étant pas métabolisée par le cytochrome P450, à la différence de la plupart des autres statines.

La thérapeutique hypolipémiante devant être envisagée sur le très long terme chez l’enfant hypercholestérolémique, la question des conséquences d’un traitement par statine sur la qualité de vie et l’anxiété a été posée. De Jongh et al. ont évalué en 2003 [17] l’influence de la simvastatine sur le fonctionnement psychosocial de 69 enfants (moyenne d’âge 15,3 ans). Les auteurs ont démontré que 46 % des enfants hypercholestérolémiques souffrent de se savoir malades, mais que 62 % se sentent plus en sécurité en prenant le médicament, et que 81 % acceptent l’idée de prendre un traitement à vie. Le traitement par statine ne semble pas avoir de conséquences psychosociales chez l’enfant hypercholestérolémique, ni sur la qualité de vie ou l’anxiété [18]. Le tableau 1( Tableau 1 ) résume les principales caractéristiques des études ayant utilisé des statines chez l’enfant.
Tableau 1 Principales caractéristiques des études ayant utilisé des statines chez l’enfant

Année

Auteur

Réf

Statine

Nombre sujets/sexe

Âge moyen

Suivi (semaines)

Réduction moy LDL

Placebo

Statine

1989

Stein

[8]

Lovastatine 80

3

18 [15-20]

41 %

Simvastatine 40

3

1992

Sinzinger

[26]

Lovastatine 20

9

(6-13)

208

28 %

1996

Knipscheer

[9]

Pravastatine 5-10-20

18

54

12 [8-16]

12

23-33 %

1996

Lambert

[10]

Lovastatine 10-20-30-40

69 M

12,8 [8-16]

8

21-36 %

1998

Couture

[28]

Simvastatine 20

16

47

12,6 [8-17]

6

31-38 %

1999

Ducobu

[27]

Simvastatine 10-20-40

32

< 17

104

37 %

1999

Stein

[11]

Lovastatine 10-20-40

65 M

67 M

13,2 [10-17]

48

17-27 %

1999

Stefanutti

[12]

Simvastatine 10

8

8

9 [4-12]

52

29 %

2002

de Jongh

[13]

Simvastatine 10-20-40

69

106

14,2 [10-17]

48

41 %

2002

Athyros

[14]

Atorvastatine 10-20-40

16 M

13 [10-17]

156

45 %

2003

Dirisamer

[16]

Simvastatine 5-10-20

20

13 [10-17]

52

25-36 %

2003

Mc Crindle

[15]

Atorvastatine 10-20

47

140

14,1 [10-17]

26

40 %

2004

Wiegman

[19]

Pravastatine 20-40

108

106

13 [8-18]

104

24 %

2005

Hedman

[22]

Pravastatine 10-60

30

10,3 (4,1-18,5)

104

25 à 32 %

Effets sur l’IMT ou la fonction endothéliale

La baisse du LDL cholestérol est franche chez l’enfant traité par statine. Qu’en est-il des marqueurs de souffrance artérielle chez l’enfant hypercholestérolémique : sont-ils favorablement influencés par la thérapeutique par statine ? Certaines études ont évalué, dans leurs critères d’efficacité, la mesure de l’IMT carotidien ou la dilatation médiée par le flux avant et après traitement par statine.

La pravastatine a été testée par Wiegman [19] chez 214 enfants et adolescents âgés de 8 à 18 ans, recrutés entre 1997 et 1999 et suivis pendant 2 ans. Il s’agissait d’un essai randomisé contre placebo, le groupe traité recevant de la pravastatine à la dose de 20 à 40 mg. Le critère d’efficacité était la modification de l’IMT carotidien.

Sous pravastatine, le LDL cholestérol a diminué de 24 %, avec une tendance à la régression de l’IMT carotidien ; sous placebo, le LDL a augmenté de 0,3 %, et l’IMT a progressé.

La surveillance de la croissance et du développement sexuel, du foie et des CPK, a montré un bon profil de tolérance dans le groupe traité.

Cinquante enfants hypercholestérolémiques ont été randomisés entre un groupe traité par simvastatine et un groupe sous placebo, pour une durée de 28 semaines. Cette étude publiée en 2002 par de Jongh [20] a montré une amélioration de la dilatation médiée par le flux (FMD) dans le groupe traité par rapport au groupe placebo.

Dans le groupe simvastatine, l’augmentation de la FMD est revenue à un niveau similaire au groupe contrôle non FH.

Sous traitement, le groupe simvastatine a eu une réduction du cholestérol total de 30,1 % et du Ldl-cholestérol de 39,8 %. Les changements de la FMD ont été inversement corrélés aux changements du cholestérol total et du LDL.

Il y a donc une amélioration significative de la dysfonction endothéliale après une thérapeutique par simvastatine à court terme chez des enfants hypercholestérolémiques.

En pratique, comment sont traités les enfants présentant une forme familiale d’hypercholestérolémie ?

En 2004, Greene a recensé les données issues de l’expérience de médecins anglais spécialisés en lipidologie [21]. Ceux-ci n’avaient dans leur clientèle que 3,5 % de patients hypercholestérolémiques de moins de 16 ans. Chez les garçons de 10 à 15 ans, le recours aux résines était envisagé par 65 % des médecins, mais une thérapeutique par statine seulement par 23 % d’entre eux. La proportion tombait, chez les filles du même âge, à 52 % et 12 % respectivement.

Dans une étude publiée en 2005 par Hedman [22], 19 filles et 11 garçons âgés de 4,1 à 18,5 ans, présentant une hypercholestérolémie hétérozygote, ont bénéficié d’un traitement par pravastatine. Le traitement était débuté à 10 mg, puis une titration forcée de 10 mg était réalisée à 2, 4, 6 et 12 mois, jusqu’à atteindre un cholestérol cible < 1,94 g/l.

Une diminution du LDL-cholestérol a été observée par rapport aux valeurs de base sous diététique (–25, 27, 20, 33 et 32 % à 2, 4, 6, 12 et 24 mois). Soixante-dix à 80 % de l’efficacité maximale sur la baisse du cholestérol ont été atteints avec des doses de pravastatine de 10 à 20 mg. L’efficacité a été satisfaisante en cas d’hypercholestérolémie légère à modérée, insuffisante si l’hypercholestérolémie était sévère.

Les effets secondaires ont été modérés (augmentation cliniquement non significative des ALAT, CPK et de la créatinine).

Les données concernant les enfants consultant pour une hypercholestérolémie ont été recensées dans le service d’endocrinologie-métabolisme à l’hôpital de la Pitié et dans le service de gastro-entérologie et nutrition pédiatriques à l’hôpital Trousseau à Paris.

Le traitement donné en première intention est la cholestyramine.

En cas d’intolérance, les statines sont utilisées en seconde intention. Compte tenu des données actuelles, la pravastatine est utilisée comme premier choix [23].

À titre d’exemple, les 55 enfants traités comportent 30 filles et 25 garçons et ces enfants ont des antécédents cardiovasculaires familiaux dans 58,2 % des cas.

L’héritage de l’hypercholestérolémie est paternel (76,4 % des cas), maternel (14,5 %), double (7,3 %) et non retrouvé (1,8 %).

En ce qui concerne le diagnostic génétique, une mutation du LDL récepteur a été relevée chez 77,1 % des 35 patients testés ; une mutation de l’ApoB a été diagnostiquée chez 2,56 % des 39 patients testés. L’ApoE, étudiée chez 33 patients, a montré un génotype E3E3 chez 81,8 % des patients, E3E4 chez 18,2 %.

L’âge moyen du diagnostic est de 6 ans et 2 mois (1 à 15 ans) avec une cholestérolémie maximale à 3,67 g/L en moyenne (2,67 à 5,44 g/L). Ce traitement est donc réservé aux formes sévères. L’âge de début de la statine est de 11 ans et 3 mois en moyenne (de 4 ans et 11 mois à 17 ans).

Une échographie carotidienne a été pratiquée chez 26 patients (mesure de l’épaisseur de la paroi carotidienne, index de mécanique artérielle, vasodilatation sous l’effet du flux ou sous l’effet de la trinitrine). Elle était strictement normale dans 23,1 % des cas et anormale dans 76,9 % des cas soit chez 20 patients : 2 cas d’épaississement isolé de la paroi carotide, 6 cas de réduction isolée de la vasodilatation sous l’effet du flux, 8 cas d’abaissement de l’index de mécanique artérielle, associé à une réduction de la vasodilatation sous l’effet du flux et 1 cas où les 3 critères étaient perturbés.

Dans cette cohorte relativement petite, le traitement par pravastatine a été très bien toléré cliniquement chez tous les enfants. Une augmentation très modérée des CPK a pu être notée dans certains cas, spontanément régressive et ne nécessitant pas l’arrêt du traitement.

Parmi les 55 enfants, 6 ont commencé le traitement avant 8 ans. Il s’agissait de 5 filles et de 1 garçon. Des antécédents cardiovasculaires familiaux étaient présents chez 4 d’entre eux, dont 3 avaient un cholestérol maximal supérieur à 4 g/L. Le diagnostic avait été fait avant 4 ans chez 4 enfants.

Cette petite série s’explique par les indications thérapeutiques plutôt « conservatrices » (LDL cholestérol sous régime > 2,20 g/L) et l’indication de la statine en seconde intention après échec de la cholestyramine, ce qui correspond à un tiers de la population traitée.

Elle montre que sous réserve d’une bonne surveillance et en débutant par une posologie faible, la tolérance est bonne, comme dans les essais randomisés.

Ce type de suivi nécessite d’être étendu pour vérifier la bonne tolérance des statines en pratique pédiatrique.

Conclusion

Le dépistage d’une hypercholestérolémie doit être réalisé dès qu’il existe des antécédents d’hyperlipidémie ou des antécédents cardiovasculaires. Entre 2 et 10 ans, le taux de l’enfant est stable et il a une bonne valeur prédictive du taux adulte.

La prise en charge repose sur une stratification du risque.

Les déterminants du risque, incitant à un traitement par statine avant 18 ans, sont :

  • le sexe masculin ;
  • la présence d’antécédent familial cardiovasculaire précoce ;
  • la mise en évidence d’une dysfonction endothéliale (par la mesure de l’IMT carotidien et/ou l’évaluation de la FMD au niveau de l’artère brachiale) ;
  • le seuil de LDL-cholestérol à partir duquel une statine est indiquée reste discuté, compte tenu de l’absence de données scientifiques à long terme chez l’enfant. Certains, comme Tonstad [24, 25], proposent un seuil à 1,90 g/L, d’autres suggèrent un seuil à 2,20 g/L, par analogie aux recommandations chez l’adulte sans autre facteur de risque vasculaire.

Les études réalisées avec différentes statines chez le sujet de moins de 18 ans présentant une hypercholestérolémie familiale ont montré :

  • une bonne efficacité sur les paramètres lipidiques ; la réduction du LDL est variable (17 à 45 % selon les études), dépendante de la statine et de la dose utilisée, mais plus importante que celle observée avec les résines ;
  • une bonne tolérance, sans ralentissement de la croissance staturo-pondérale, sans myalgies ni perturbation cliniquement significative du bilan biologique ;
  • une amélioration de marqueurs de l’athérosclérose sous statine : diminution de l’épaisseur intima media et restauration de la fonction endothéliale.

La diminution des taux de lipides par statine permet la diminution de l’épaisseur intima media chez les enfants porteurs d’une hypercholestérolémie familiale, ainsi que l’amélioration de la dysfonction endothéliale évaluée par la dilatation médiée par le flux, ce qui suggère que l’initiation d’un traitement précoce réduisant le taux de LDL-cholestérol dès l’enfance pourrait empêcher ou diminuer la progression de l’athérosclérose.

L’âge auquel doit être débuté un traitement par statine n’est pas encore clairement déterminé.

Seulement 2 essais, avec la simvastatine en 1999 [12] et la pravastatine en 2005 [22] ont, à notre connaissance, inclus des enfants de moins de 8 ans (âge le plus bas : 4 ans) avec un petit nombre de très jeunes patients dans ces études.

Le traitement par statine d’enfants de moins de 10 ans devrait être étudié sur une plus longue durée dans de nouveaux essais randomisés. Le plus long essai randomisé chez l’enfant a été effectué sur 2 ans avec la pravastatine ; l’atorvastatine a été donnée pendant 3 ans à des adolescents, mais c’était une étude ouverte.

Un niveau bas de LDL-cholestérol obtenu dès le jeune âge pourrait, de façon optimale, permettre que l’enfant, avec une fonction endothéliale restaurée et des valeurs normales d’IMT carotidien, voie, devenu adulte, son risque cardiovasculaire diminuer. Il est toutefois impossible de faire des études pédiatriques, médicament contre placebo, avec comme objectif la mise en évidence d’une diminution des accidents vasculaires. La question de la validité des marqueurs intermédiaires est donc essentielle.

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