ARTICLE
Auteur(s) :, Philippe
Meurin*, Raymonde Massabie, Nathalie Renaud, Hélène
Weber, Anne Grosdemouge, Jean-Yves Tabet, Ahmed Ben Driss
Les Grands Prés, Centre de réadaptation cardiaque de la Brie, 27
rue Sainte-Christine, 77174 Villeneuve-Saint-Denis
La publication de l’étude PET [1], en mars 2004, pourrait modifier
notre façon de traiter les coronariens. En effet, la première étude
réalisée chez le coronarien stable comparant angioplastie et
reconditionnement à l’effort démontre la supériorité de ce dernier
en termes de morbimortalité !Comme on le verra, dans la
pratique quotidienne, le but n’est pas d’opposer une technique
(angioplastie, pontage aorto-coronarien) à une autre
(reconditionnement à l’effort) mais plutôt de les associer pour
gagner encore en qualité de vie et en survie sans événement [2].Les
objectifs de la réadaptation cardiaque ont été définis par l’OMS
[3] : il s’agit de « l’ensemble des activités nécessaires
pour influencer favorablement le processus évolutif de la maladie,
ainsi que pour assurer aux patients la meilleure condition
physique, mentale et sociale possible afin qu’ils puissent, par
leurs propres efforts, préserver ou reprendre une place aussi
normale que possible dans la vie de la communauté ». Pour
résumer, les objectifs sont d’améliorer les pronostics fonctionnel
et vital.Mais la discipline est mal connue ; le but de cet
article est de répondre aux questions suivantes : la
réadaptation cardiaque améliore-t-elle vraiment le pronostic vital
du patient coronarien ? Par quel(s) mécanisme(s) ?
Comment s’effectue le reconditionnement à l’effort en
pratique ?
Le reconditionnement à l’effort est un traitement
puissant : études « d’étalonnage »
Trois études permettent d’évaluer l’efficacité anti-ischémique du
reconditionnement à l’effort utilisé seul ou en association à une
angioplastie coronaire.
Todd et al. [4] ont comparé l’efficacité de l’entraînement
physique à celle d’un bêtabloquant : 40 patients angineux
stables réalisaient une épreuve d’effort sous 100 mg d’aténolol. Le
traitement était alors arrêté et les patients randomisés en un
groupe reconditionnement à l’effort (une courte séance de 11
minutes par jour à domicile) pendant un an et un groupe témoin.
Les résultats sont très clairs ( (figure 1) ) : s’il
n’est pas surprenant que l’entraînement physique améliore au moins
autant la durée de l’effort qu’un bêtabloquant, il faut souligner
que l’on démontrait ici pour la première fois l’efficacité
anti-ischémique (allongement du délai d’apparition du sous-décalage
de ST de 1 mm à l’effort) de l’exercice.
Ces résultats ont été récemment très clairement confirmés par
l’étude PET [1] citée en introduction : 101 hommes angineux
éligibles techniquement pour une angioplastie étaient randomisés
pour bénéficier soit d’une angioplastie (+ pose d’une endoprothèse)
de la lésion cible, soit d’un programme de reconditionnement à
l’effort.
Après 12 mois de suivi, les patients reconditionnés ont présenté
significativement moins d’événements graves (morts cardiaques +
accidents vasculaires cérébraux + pontage coronaire + infarctus +
angioplastie + angor aggravé) que les patients dilatés (tableau 1)(
Tableau 1 ). Il faut souligner que cette
différence n’est pas due aux resténoses après angioplastie.
La diminution de la fréquence des crises d’angor et la
diminution du trou de perfusion à la scintigraphie étaient
identiques dans les deux groupes (alors que la lésion coronaire
cible était négligée dans le groupe réadaptation) et le gain en
termes de capacités d’effort était beaucoup plus net dans le groupe
entraîné (gain de VO2 de 16 % contre 2 % ; p <
0,0001).
Enfin, le coût nécessaire à l’amélioration des symptômes était
nettement inférieur (3 708 ± 156 contre 6 086 ± 370 dollars ;
p < 0,001) dans le groupe exercice.
La question est alors évidente : quelle serait l’efficacité
de l’association des deux traitements : angioplastie +
reconditionnement à l’effort ? La réponse est donnée par les
résultats de l’étude Etica [2] : 118 patients étaient
randomisés après angioplastie en un groupe reconditionnement et un
groupe témoin (tous traitements médicaux égaux par ailleurs)
pendant 6 mois. Le suivi à long terme (33 ± 7 mois) démontre une
nette diminution des événements cardiaques (mort cardiaque +
angioplastie + pontage aorto-coronarien + infarctus) dans le groupe
entraîné (11,9 % versus 32,2 % ; p < 0,01).
Le reconditionnement à l’effort est donc un aspect cardinal du
traitement des coronariens stables qu’il s’agisse de l’amélioration
du pronostic ou des capacités fonctionnelles.
Tableau 1 Étude PET : résultats (d’après Hambrecht
et al. [1])
|
Événement
|
Groupe exercice
|
Groupe ATL
|
|
Infarctus du myocarde
|
0
|
1
|
|
Accident vasculaire cérébral
|
2
|
3
|
|
PAC
|
0
|
1
|
|
ATL lésion cible
|
2
|
2
|
|
Autre ATL
|
1
|
7
|
|
Hospitalisation pour angor aggravé
|
1
|
7
|
|
Total événements
|
6
|
21 (p = 0,02)
|
Contenu d’un programme de réadaptation
Il faut insister sur le fait que la durée moyenne de séjour en
service de cardiologie ou de chirurgie cardiaque est de plus en
plus courte, ce qui implique une aggravation progressive de l’état
général et cardiaque des patients hospitalisés en centre de
réadaptation cardiaque (CRC) et alourdit donc la partie purement
médicale des séjours. Le bilan réalisé à l’entrée comporte :
- • un bilan général clinique centré en particulier sur
l’athérosclérose, les atteintes somatiques extracardiaques liées au
tabagisme et sur les suites de l’événement aigu motivant
l’hospitalisation en CRC ;
- • un bilan cardiovasculaire orienté par la clinique mais
comportant en général : ECG, échocardiographie (séquelles
d’infarctus, contre-indications à la réalisation d’un effort,
(tableau 2)( Tableau 2 ), épreuve
d’effort (avec ou sans analyse des échanges gazeux
« VO2 » en fonction des centres), Holter
(surtout en post-infarctus).
Ces examens permettent de répartir les patients en groupes à
faible, moyen ou haut risque (de mort subite, troubles du rythme
graves, ischémie myocardique, poussée d’insuffisance cardiaque),
puis de les orienter vers des séances de reconditionnement à
l’effort plus ou moins intensives.
Le programme englobe ensuite :
- • une aide au sevrage tabagique : il n’est pas
inutile de rappeler ici que les substituts nicotiniques ne sont
absolument pas contre-indiqués chez le coronarien dès sa sortie de
l’unité de soins intensifs cardiologiques puisque c’est
essentiellement le monoxyde de carbone qui est
cardiotoxique ;
- • une prise en charge classique des facteurs de risque
« métaboliques » : dyslipidémie, surpoids,
hypertension artérielle, diabète…
- • la gestion du stress ;
- • le dépistage et traitement des complications liées à
la pathologie cardiovasculaire (thrombus intraventriculaire gauche
post-infarctus, épanchement péricardique, troubles du
rythme…) ;
- • l’adaptation des thérapeutiques ;
- • une orientation professionnelle si
nécessaire ;
- • et enfin la prescription et la surveillance de séances
de reconditionnement à l’effort.
Il faut donc bien souligner le fait que la réadaptation
cardiaque ne se limite pas à la prescription d’exercice
physique.
Cependant, toute la partie hors exercice de ce programme est en
fait de la cardiologie générale classique ; nous ne
détaillerons donc ici que le programme de reconditionnement à
l’effort.
Tableau 2 Contre-indications à la réalisation d’une
épreuve d’effort et d’un programme de reconditionnement à l’effort
(d’après Monpère et al. [5])
|
- Rétrécissement aortique serré symptomatique
|
|
- Insuffisance cardiaque (uniquement si décompensée)
|
|
- Troubles du rythme grave
|
|
- Péricardite évolutive
|
|
- Thrombophlébite profonde récente
|
|
- Maladie infectieuse évolutive
|
|
- Angor instable, infarctus de moins de 3 jours
|
|
- Thrombus intraventriculaire gauche récent
|
|
- Hypertension artérielle pulmonaire > 60 mmHg
|
|
- Cardiomyopathie obstructive sévère
|
Déroulement du programme de reconditionnement à l’effort
L’objectif est d’entraîner le patient à une intensité proche de
celle observée au seuil anaérobie ventilatoire (SAV), c’est-à-dire
sans production de lactates [5] : ce seuil témoigne du passage
du système énergétique purement oxydatif (que l’on souhaite
développer) à une participation significative du système anaérobie
(que l’on souhaite retarder car facteur d’ischémie, de thrombose et
de troubles du rythme).
Le plus souvent, pour déterminer l’intensité d’entraînement du
patient, on utilisera une fréquence cardiaque d’entraînement (FCE).
Cette FCE doit être la plus proche possible de celle observée au
seuil anaérobie ventilatoire. Elle est donc idéalement déterminée
directement lors d’une épreuve d’effort avec analyse des échanges
gazeux. Grossièrement, le seuil anaérobie survient lors du
croisement des courbes de VO2 (consommation d’oxygène)
et VCO2 (production de gaz carbonique) ( (figure 2) ) ; en
effet, le passage au métabolisme anaérobie est dû à la
production/consommation de lactates pour produire l’ATP nécessaire
à la contraction du muscle périphérique. Or, la dégradation des
lactates est responsable de la production d’ions H+, tamponnés par
des bicarbonates (HCO3), ce qui aboutit à la formation
de CO2 et d’H2O.
L’hyperproduction de CO2 entraîne une
hyperventilation, le patient produit donc plus de CO2
qu’il ne consomme d’oxygène (ce qui démontre bien qu’il est alors
partiellement en anaérobie) : c’est le seuil
anaérobie/ventilatoire.
Si l’on ne dispose pas de l’équipement nécessaire à l’analyse
des échanges gazeux (qui coûte entre 50 et 100 000 euros), on peut
approcher la fréquence cardiaque au seuil anaérobie en réalisant
une épreuve d’effort « standard » et en appliquant la
« formule de Karvonen » [6, 7] qui découle de la notion
de « réserve chronotrope » ou « réserve en fréquence
cardiaque » : FCM – FCR, où FCM = fréquence cardiaque
maximale à l’effort et FCR = fréquence cardiaque de repos. La
formule est la suivante :
FCE = FCR + 0,6 à 0,8 (FCM – FCR)
Après détermination de cette FCE, les sessions de
reconditionnement à l’effort se déroulent 3 à 5 fois par semaine et
comprennent :
- • des séances d’assouplissement/stretching (gymnastique,
jeux de balles…) d’une durée d’une demi-heure ;
- • des séances d’entraînement aérobie classique sur
bicyclette ergométrique ou tapis roulant de 40 minutes avec :
- – l’échauffement, qui a un but musculotendineux (afin
d’éviter les blessures) et cardiaque (l’ouverture des collatérales
et le préconditionnement myocardique évitent la survenue d’une
ischémie),
- – l’entraînement lui-même pendant une demi-heure à la
FCE prescrite,
- – la récupération active, qui empêche les malaises
hypotensifs de fin d’effort dus à une chute brusque du débit
cardiaque par ralentissement de la fréquence cardiaque (surtout
chez ces malades sous bêtabloquants) alors que
« l’appel » sanguin musculaire lié à la vasodilatation
périphérique persiste ;
- • Enfin, d’autres activités physiques peuvent être
associées : natation (en l’absence d’insuffisance cardiaque et
de cicatrice récente), musculation segmentaire par haltères…
Mécanismes d’action du reconditionnement à l’effort
Les effets bénéfiques de l’activité physique concernent aussi bien
les facteurs de risque que le système cardiovasculaire lui-même (
(figure 3)
) :
- • l’exercice physique de type aérobie joue un rôle
important sur le système nerveux autonome (SNA) : baisse de
l’activité sympatique et augmentation de l’activité parasympathique
[8]. Cette action est impliquée dans la chute des résistances
périphériques, l’effet anti-thrombotique et la diminution des
arythmies ventriculaires observés [9] ;
- • l’exercice au long cours s’accompagne d’une baisse de
pression artérielle de 10 mmHg pour la PA systolique et de 5
mmHg pour la PA diastolique [10] par baisse des résistances
périphériques, due en particulier à la restitution d’une relaxation
vasculaire endothélium dépendante et à la baisse du tonus
sympathique à destination musculaire ;
- • la perte de poids, le meilleur équilibre du diabète et
l’amélioration du profil lipidique sont constamment observés et
témoignent d’une diminution de l’insulino-résistance même si, à
l’évidence, l’exercice n’est qu’un traitement marginal (bien
qu’indispensable, en particulier pour le surpoids) de ces facteurs
de risque ;
- • en dehors de la vasodilatation périphérique observée
(par stimulation de sécrétion de l’oxyde nitrique (NO) par
l’endothélium et par action sur le SNA), l’entraînement physique
accélère probablement l’angiogenèse, stimulant la formation
d’artères coronaires collatérales (effet démontré chez l’animal
mais pas chez l’homme) et favorise le préconditionnement
myocardique, ce qui implique le recul du seuil ischémique
(c’est-à-dire du délai d’apparition du sous-décalage de ST de 1 mm
et/ou de la douleur à l’effort). On observe aussi un ralentissement
de la progression des lésions coronaires lorsqu’un régime pauvre en
graisse est associé à l’exercice physique [11].
Pour résumer, l’exercice physique est conceptuellement très
bénéfique pour la population générale et pour le coronarien en
particulier. Encore faut-il passer du concept à la pratique :
qu’en est-il des études cliniques ?
Avant de prouver que l’entraînement améliore l’espérance de vie,
il est intéressant de noter que les capacités de base conditionnent
déjà le pronostic vital : cela est démontré chez le sujet sain
[12] comme chez le coronarien [13].
L’équipe de Myers [12] a suivi 6 213 hommes adressés pour une
épreuve d’effort, qu’ils soient considérés comme des sujets sains
(n = 2 534) ou « cardiaques » (n = 3 679 coronariens,
artéritiques, insuffisants cardiaques…). Ces sujets n’ont pas
bénéficié de réentraînement à l’effort particulier ; les
capacités d’effort initiales étaient évaluées en pourcentage de la
théorique et, 6 ans après l’épreuve d’effort initiale (6,2 ± 3,7
ans), il est très clairement prouvé que la durée d’effort initiale
était le paramètre prédictif le plus puissant de la mortalité
cardiovasculaire ( (figure 4) ), et ceci
indépendamment de l’âge, du poids, de l’existence ou non d’une
hypertension artérielle, d’une bronchite chronique, d’un tabagisme,
d’un diabète, d’une dyslipidémie ainsi que de la prise ou non d’un
traitement bêtabloquant.
De même, chez le patient coronarien, l’étude Apsis [13] démontre
clairement que, chez le coronarien, la durée d’effort prédit la
survie : les patients dont l’épreuve d’effort dure plus de 13
minutes ont une survie sans infarctus à 40 mois nettement
supérieure à ceux dont l’épreuve d’effort dure moins de 9 minutes (
(figure 5)
).
Mais, pour démontrer que le reconditionnement à l’effort
améliore le pronostic vital, il faut prouver non seulement que les
capacités d’effort prédisent la survie, mais surtout que la
réalisation d’exercices physiques réguliers améliore le
pronostic.
Ces preuves existent chez le coronarien « tout
venant » comme en post-infarctus.
Wannamethee et al. [14] ont suivi pendant 5 ans 772 hommes
coronariens stables et ont évalué prospectivement le lien entre
l’activité physique et la mortalité totale et cardiovasculaire. Les
patients sont répartis en quatre groupes, en fonction de
l’intensité et de la fréquence des exercices physiques qu’ils
réalisent. La ( figure
6 ) démontre que la réalisation fréquente d’exercices
physiques, d’intensité légère à modérée, diminue la mortalité
totale de façon significative (risques relatifs respectifs de 0,42
et 0,47), et ceci après ajustement sur tous les facteurs de
risque.
L’étude Corpus Christi [15] s’est intéressée aux patients en
post-infarctus : 406 patients ont été suivis pendant 7
ans et répartis en quatre groupes, ceux qui sont restés sédentaires
après infarctus, ceux qui sont restés actifs, ceux qui ont augmenté
leur activité physique et ceux qui l’ont diminuée. Les résultats
sont clairs : les patients qui sont restés actifs, ou qui ont
accru leur activité physique, présentent une mortalité totale
inférieure de respectivement 79 % (RR = 0,21) et 89 % (RR
= 0,11) à celle des patients sédentaires. Il en est de même pour
les récidives d’infarctus ( (figure 7) ).
Si l’on veut chiffrer le gain d’espérance de vie obtenu en
fonction du gain en capacité d’effort, on peut reprendre les
résultats de l’étude NEHDP publiée en 1999 [16] : en
post-infarctus, chaque augmentation des capacités d’effort d’un MET
(1 MET correspond à la consommation en oxygène au repos soit
3,5 mL/kg/mn) est associée à une diminution de la mortalité de
8 à 14 % en fonction de la période examinée (3, 5, 10, 15 et
19 ans).
Ces études récentes, publiées dans des revues prestigieuses,
confirment les données des « vieilles » méta-analyses
d’Oldridge [17] et O’connor [18] qui nous apprenaient, à la fin des
années 1980, qu’un programme de réadaptation bien conduit permet
une baisse de la mortalité totale et cardiovasculaire de 20 %
à 3 et 5 ans. Mais plus encore, elles démontrent que,
indépendamment de la correction des autres facteurs de risque et
des traitements suivis, l’exercice physique pratiqué régulièrement
à une intensité modérée à moyenne améliore le pronostic vital des
patients coronariens stables et/ou en post-infarctus.
Références
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trial. Circulation 2004 ; 109 : 1371-8.
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1990 ; 64 : 14-9.
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7 Fletcher G, Balady GJ, Amsterdam E, et al.
Exercise standards for testing and training. A statement for
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Circulation 2001 ; 104 : 1694-740.
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