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Consommation d'alcool et risque vasculaire des diabétiques


Sang Thrombose Vaisseaux. Volume 14, Numéro 6, 368-75, Juin - Juillet 2002, Mini-revues


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Laurence Baillet, Vincent Rigalleau, Henri Gin, CHU de Bordeaux, groupe hospitalier Sud, service de nutrition, de diabétologie et des maladies métaboliques, avenue de Magellan, 33604 Pessac cedex, France..

Résumé : Dans la population générale, plusieurs études épidémiologiques montrent une corrélation négative entre la consommation modérée d'alcool et l'incidence de l'infarctus du myocarde. Cette diminution de la morbi-mortalité cardiovasculaire est d'autant plus importante que la population a un risque vasculaire élevé. Plusieurs études récentes ont montré qu'une consommation modérée d'alcool (inférieure à deux verres par jour) chez l'homme ou la femme diabétique entraînait également une diminution de la mortalité totale par baisse du risque cardiovasculaire (Tanasescu, J Am Coll Cardiol 2001 ; 38 : 1836-42 ; Fuchs, N Engl J Med 1995 ; 332 : 1245-50). Pour une consommation importante d'alcool (au-delà de deux verres par jour ou de 30 g d'alcool par jour), les auteurs mettent en évidence une augmentation des décès par des causes non cardiovasculaires (notamment les cancers ORL chez l'homme et les cancers du sein chez la femme). Les mécanismes physiopathologiques du bénéfice de la consommation d'alcool sont discutés (amélioration du profil lipidique, diminution de l'agrégation plaquettaire, amélioration de l'insulino-sensibilité, diminution de l'oxydation des lipoprotéines) mais il est probable qu'en plus de l'alcool lui-même, d'autres composants des boissons alcoolisées et en particulier du vin jouent un rôle bénéfique qui peut expliquer le « paradoxe français ». Le risque essentiel de la consommation de boissons alcoolisées chez le diabétique est constitué par l'hypoglycémie et les acidoses mais les précautions usuelles qui concernent la prise d'alcool s'appliquent également aux diabétiques et à la population générale. Une consommation modérée d'alcool s'intégrant dans un comportement nutritionnel général pourrait donc présenter un intérêt particulier chez le diabétique dont le risque vasculaire est grand.

Mots-clés : diabète, alcool, risque vasculaire.

Illustrations

ARTICLE

Pour les millions de personnes atteintes de diabète, les maladies coronaires constituent la cause majeure de morbidité et de mortalité. Une récente étude sur une cohorte de 14 734 patients diabétiques américains a montré que la cause de décès était liée à 69 % à une atteinte coronaire [1]. Le risque de coronaropathie est multiplié par trois chez les sujets atteints d'un diabète de type 2 comparativement aux personnes sans diabète et ceci indépendamment des autres facteurs de risques cardiovasculaires. De plus, les maladies coronaires cliniquement avérées apparaissent à un âge plus précoce chez le diabétique. Dans la population générale, plusieurs études épidémiologiques semblent montrer une corrélation négative entre une consommation modérée d'alcool et l'incidence de l'infarctus du myocarde. Cette diminution de la morbi-mortalité cardiovasculaire est d'autant plus importante que la population a un risque vasculaire élevé. Une consommation modérée d'alcool s'intégrant dans un comportement nutritionnel général pourrait donc présenter un intérêt particulier chez le diabétique dont le risque vasculaire est plus grand. Jusqu'alors, peu de travaux ont été réalisés spécifiquement sur la population diabétique.

Bénéfices d'une consommation modérée d'alcool dans la population générale

Au cours de ces dix dernières années, plusieurs travaux ont porté sur le bénéfice de la consommation modérée d'alcool dans la population générale.

La Physician's Health Study, travail prospectif réalisé dans le but d'étudier l'effet de l'aspirine dans la prévention des maladies cardiovasculaires et celui du bêta-carotène sur la prévention des cancers a aussi analysé le rôle de l'alcool dans la prévention primaire des maladies cardiovasculaires [2]. Sur cette cohorte de 89 299 médecins masculins américains âgés de 40 à 84 ans indemnes d'antécédents d'infarctus du myocarde ou d'accident vasculaire cérébral, les auteurs ont étudié l'effet d'une consommation légère à modérée d'alcool sur la mortalité spécifique. Durant les 5,46 années de suivi moyen, 3,6 % des 89 299 hommes enrôlés dans l'étude sont décédés : 45,1 % de maladies cardiovasculaires dont 16 % d'infarctus du myocarde et 4,7% d'accident vasculaire cérébral, 29,4 % sont décédés d'un cancer et 25,6 % d'une autre cause. Les sujets inclus dans l'étude, interrogés sur leur consommation d'alcool, ont déclaré consommer pour 17 % d'entre eux jamais ou rarement de l'alcool, pour 80 % d'entre eux de un verre d'alcool par mois à un verre par jour et pour 3 % d'entre eux deux verres ou plus d'alcool par jour en sachant que d'une manière générale, un verre de vin contient 10,8 g d'alcool, un verre de bière 13,2 g d'alcool et un verre de spiritueux 15,1 g d'alcool [3]. Les hommes qui ont une consommation légère à modérée d'alcool (inférieure à deux verres par jour) ont statistiquement une mortalité totale diminuée (p < 0,001). Il y a une relation en forme de U entre la consommation d'alcool et la mortalité totale après ajustement statistique multivarié, c'est-à-dire que initialement plus la consommation d'alcool augmente, plus la mortalité totale diminue (figure, A). Puis, à partir d'une consommation supérieure ou égale à deux verres d'alcool par jour, la mortalité revient au niveau initial et même le dépasse. Pour les décès dus à une atteinte cardiovasculaire, la relation entre une consommation légère à modérée d'alcool et la mortalité cardiovasculaire apparaît en forme de L (figure, B). L'effet de la consommation d'alcool commence à être significatif à partir de un verre par semaine (réduction de 19 % à 26 % de la mortalité cardiovasculaire après ajustement pour les autres facteurs de risque, p < 0,001). La consommation d'alcool entraîne une réduction de 32 à 47 % de la mortalité par infarctus du myocarde à partir de un verre d'alcool par semaine, p < 0,001 (courbe également en forme en L). Ces résultats indiquent que plus la consommation d'alcool augmente, plus la mortalité cardiovasculaire diminue, sans notion de consommation maximale d'alcool qui ramènerait le risque à la valeur initiale. Les décès liés à une consommation importante d'alcool sont donc liés à d'autres causes que les maladies cardiovasculaires comme le montrent les auteurs et en particulier à des cancers de la sphère ORL : au-dessus de un verre par jour la mortalité augmente (courbe en forme de J, figure, C). D'autres études vont dans le même sens avec toutefois des niveaux de consommation différents. Doll et al. en Grande-Bretagne ont montré également chez des hommes une relation en forme de U entre la mortalité totale et la consommation d'alcool. Les personnes rapportant une prise de cinq à sept verres d'alcool par semaine ont une diminution du risque de mortalité par ischémie myocardique [4]. De même au Danemark, l'étude prospective conduite chez 7 234 femmes et 6 051 hommes âgés de 30 à 79 ans montre une relation en U entre la prise d'alcool et la mortalité totale, le risque le plus bas étant pour une consommation de un à six verres par semaine [5].

Chez la femme, des études prospectives ont aussi montré le bénéfice d'une consommation modérée d'alcool. L'étude de Gronbaek et al. [6] indique que la relation prise d'alcool et mortalité totale n'est pas modifiée par le sexe. La Nurses' Health Study sur 85 709 femmes âgées de 34 à 59 ans sans antécédents d'infarctus du myocarde ou d'accident vasculaire cérébral a permis un suivi de 12 ans en moyenne [3]. Durant cette période, les auteurs ont documenté 2 658 décès dont 503 de maladies cardiovasculaires et 1 495 de cancers. Comparativement aux femmes ne buvant pas d'alcool, les sujets en consommant modérément (1,5 à 29,9 g par jour) ont un risque plus faible de décès (tableau I). La relation entre la consommation d'alcool et la mortalité globale a une forme de U comme chez l'homme. Le nadir de la courbe est approximativement autour de 1,5 à 4,9 g par jour (un à trois verres par semaine). La mortalité plus faible liée à une consommation modérée d'alcool est due au risque abaissé de décès cardiovasculaire. Le taux plus important de décès pour des consommations supérieures à 30 g d'alcool par jour est dû à l'augmentation des décès par des causes non cardiovasculaires plus particulièrement par des cancers du sein et des cirrhoses hépatiques.

En cas d'antécédents cardiovasculaires et en particulier d'infarctus du myocarde, le risque relatif de décès reste en dessous de un pour des consommations d'alcool plus importantes alors que chez les hommes sans antécédents d'infarctus de myocarde le risque relatif de décès augmente au-dessus de un au-delà de deux verres par jour. En effet, Muntwyler et al. [7] ont montré sur la cohorte de la Physician's Health Study que les hommes avec un antécédent d'infarctus du myocarde avaient un risque relatif diminué de mortalité totale en cas de consommation d'alcool : risque relatif de 0,85 (intervalle de confiance 95 % : 0,69 à 1,05) pour un à quatre verres par mois, 0,72 (0,58 à 0,89) pour deux à quatre verres par semaine, 0,79 (0,64 à 0,96) pour un verre par jour et 0,84 (0,55 à 1,26) pour deux verres ou plus par jour. Comme chez l'homme, le bénéfice d'une consommation légère à modérée d'alcool est plus important chez la femme qui a un ou plusieurs facteurs de risque cardiovasculaire [3]. Dans la cohorte de la Nurses' Health Study, parmi les femmes ayant au moins un facteur de risque cardiovasculaire, celles qui ont une consommation modérée d'alcool ont une diminution de la mortalité totale par rapport à celle qui ne consomment pas d'alcool (p < 0,001) ; chez les femmes sans facteurs de risque cardiovasculaire, la prise modérée d'alcool n'est pas associée à une réduction de la mortalité totale (p = 0,70). La diminution du risque relatif de décès avec la consommation d'alcool semble augmenter avec l'âge restant toutefois à la limite de la significativité [3].

Enfin, une étude récente (Rotterdam Study) montre qu'une consommation de un à trois verres d'alcool par jour diminue aussi le risque de démence, et surtout celle de type vasculaire (tableau II). L'alcool aurait donc en plus d'une action cardiaque, une action vasculaire plus générale [8].

Le paradoxe français

Les Français ont une grande consommation de graisses saturées ce qui dans tout autre pays est associé à une plus grande mortalité cardiovasculaire. En France, il existe comparativement à ces autres pays une mortalité par coronaropathie plus basse [9]. Cet effet est plus prononcé dans le Sud-Ouest de la France où la consommation d'alcool est d'environ 40 g par jour sous forme de vin par rapport à d'autres régions françaises où l'alcool est apporté sous une autre forme que le vin. La diminution de la morbi-mortalité cardiovasculaire observée chez les consommateurs d'alcool pourrait donc être secondaire à l'apport de produits contenus dans le vin et non de l'alcool lui-même. Plusieurs études récentes vont dans ce sens. L'étude Monica a montré qu'en France la consommation de vin est significativement plus importante à Toulouse qu'à Lille ou Strasbourg et celle de bière significativement plus faible. Parallèlement, c'est à Toulouse que la mortalité d'origine coronaire est la plus basse. En Crête où l'espérance de vie est la plus longue, les habitants ont une consommation modérée d'alcool, essentiellement sous forme de vin (20 g par jour) [10]. Gronbaek et al. ont montré sur 13 285 sujets (6 051 hommes et 7 234 femmes) qu'une consommation de trois à cinq verres de vin par jour réduisait le risque de mortalité cardiovasculaire de moitié par rapport aux sujets non consommateurs de vin alors que la consommation de trois à cinq verres de spiritueux augmentait le risque relatif de mort de 34 % (intervalle de confiance 95 % : 1,05-1,71) et que la prise de bière ne le modifiait pas [5]. Le vin serait donc un bon candidat pour expliquer le paradoxe français. Néanmoins d'autres études ne trouvent pas toujours de différence significative entre les différents types de boissons [3].

Consommation d'alcool chez le patient diabétique

Il est logique de penser que les bénéfices d'une consommation modérée d'alcool sur la morbi-mortalité cardiovasculaire mis en évidence dans la population générale pourraient également être observés chez le patient diabétique et en particulier chez le diabétique de type 2 dont le risque vasculaire est accru [11]. Jusqu'à peu de temps, des conseils diététiques étaient donnés dans ce sens aux patients diabétiques sans preuve clinique.

Valmarid et al. ont étudié chez les patients diabétiques la relation entre la consommation d'alcool et la mortalité par maladies coronaires [12]. Cette étude prospective a porté sur 983 diabétiques (45,2 % d'hommes et 54,8 % de femmes) pour lesquels le diagnostic de diabète avait été posé après l'âge de 30 ans (et donc le plus probablement des diabètes de type 2). Durant le suivi qui a duré en moyenne 12,3 années, 198 personnes sont décédées de maladie coronaire. Le risque relatif de décès par coronaropathie, comparativement aux patients qui n'avaient jamais consommé d'alcool, était inférieur à 1 chez les buveurs d'alcool : 0,54 (intervalle de confiance 95 % : 0,33-0,90) chez les sujets consommant moins de 2 g d'alcool par jour, 0,44 (0,23-0,84) pour ceux consommant de 2 à 13 g par jour, et 0,21 (0,09-0,48) pour ceux buvant 14 g ou plus d'alcool par jour. Dans cette cohorte, il n'y a pas de différences significatives selon la présence ou non de complications (néphropathie, rétinopathie, neuropathie périphérique et antécédents d'angine de poitrine ou d'infarctus du myocarde). La diminution du risque de décès chez ces diabétiques apparaît plus grande que dans la population générale (80 % versus 20 à 60 %). Ce résultat conforte les études qui montrent que les bénéfices de la consommation d'alcool sont plus grands chez les individus à plus haut risque vasculaire comme les patients atteints d'un diabète de type 2. Cela suggère une plus grande potentialisation de l'effet antiathérogène, sur le métabolisme du glucose et sur la coagulation sanguine de la consommation d'alcool chez le diabétique.

Tanasescu et al. ont confirmé ces résultats sur une plus grande cohorte d'hommes atteints de diabète de type 2 (health professionals' follow-up study) [13]. Deux mille quatre cent dix-neuf diabétiques (diagnostic porté après l'âge de 30 ans) ont participé à l'étude. Le risque relatif de maladie coronaire ajusté à l'âge, comparativement aux sujets non buveurs, est de 0,78 (intervalle de confiance 95 % : 0,52-1,15) pour 0,5 verre ou moins d'alcool par jour, 0,62 (0,401,00) pour 0,5 à 2 verres d'alcool par jour et 0,48 (0,25 à 0,94) pour plus de deux verres par jour. Le bénéfice de cette consommation modérée d'alcool ne diffère pas en fonction du type de boisson alcoolisée consommée.

Chez les femmes diabétiques de type 2, l'effet d'une consommation modérée d'alcool a également été étudié dans la nurses' health study [14]. Cinq mille cent trois femmes atteintes d'un diabète de type 2 ont rapporté leur consommation d'alcool. Le risque relatif ajusté d'atteinte coronaire mortelle ou non est de 0,72 (intervalle de confiance à 95 % : 0,54-0,96) pour les femmes consommant 0,1 à 4,9 g d'alcool par jour et de 0,45 (0,29-0,68) pour celles consommant plus de 5 g d'alcool par jour. Le risque relatif pour des consommations plus modestes d'alcool est de 1 par rapport aux non-buveurs. Les femmes diabétiques de type 2 ont un plus haut risque d'événements cardiovasculaires. Or dans cette étude, la diminution du risque relatif d'atteinte coronaire est comparable à celle des femmes de la population générale. Ainsi, la réduction du risque absolu de pathologie coronaire par une consommation modérée d'alcool est probablement encore plus importante dans la population diabétique que dans la population générale.

Le patient diabétique qui présente un risque particulièrement élevé de pathologie ischémique cardiaque ne devrait pas être privé de l'effet cardioprotecteur d'une consommation modérée d'alcool. Ces différents travaux portent essentiellement sur des diabétiques de type 2 dont le risque vasculaire est important. Les diabétiques de type 1 n'ont pas fait l'objet, à notre connaissance, d'étude particulière concernant les bénéfices d'une consommation modérée d'alcool mais les résultats seraient probablement plus proches de ceux de la population générale. Ces études chez le diabétiques ont peu pris en considération le type de boisson alcoolisée, mais jusqu'alors, il n'y a pas de preuve que la consommation de vin soit plus protectrice vis-à-vis du risque vasculaire.

Mécanismes physiopathologiques

Plusieurs mécanismes physiopathologiques ont été évoqués pour expliquer la diminution du risque vasculaire en cas de consommation modérée d'alcool. Les boissons alcoolisées peuvent avoir une action par l'intermédiaire de l'alcool lui même ou par l'intermédiaire d'autres substances non alcooliques contenues dans le liquide et liées à la vinification. D'une manière générale, la vinification est fondée sur le principe de la fermentation qui transforme la totalité du sucre contenu dans le jus de raisin en alcool. Seule la fermentation arrêtée par excès d'alcool (produit ou ajouté) conduisant à un vin riche en glucides (Sauternes, Pineau, Floc...). À ce processus de transformation du sucre en alcool s'ajoute un deuxième processus d'extraction des tanins. Ceux-ci peuvent être issus de la peau et de la grappe du raisin (rafle) (surtout pour les vins rouges) ou bien du bois du tonnellerie. De fortes teneurs en tanins seront donc observées dans le vin rouge puisque la fermentation alcoolique est réalisée à partir de l'ensemble jus de raisin-rafle (ce qui n'est pas le cas dans le vin blanc) ou bien dans tous les alcools forts et vins élevés et vieillis en fûts (ce qui est le cas de la majorité des vins rouges mais aussi des alcools forts qui après distillation sont conservés en barriques, opposant ainsi les alcools forts blancs et les alcools forts colorés). Dans les études précédemment décrites, les boissons alcoolisées sont parfois catégorisées en trois groupes (alcools forts, vins, bières) mais aucune distinction n'est réalisée parmi les alcool forts (blanc ou colorés), il est donc difficile de conclure quant à l'effet propre de l'alcool ou des autres substances contenues dans les boissons.

L'alcool lui-même aurait un effet au niveau des plaquettes sanguines en diminuant l'agrégation plaquettaire in vivo ou in vitro [15]. Après l'arrêt de l'alcool, il existe un effet rebond qui n'est pas trouvé si la boisson consommée était du vin, probablement en raison des tanins. D'autres études indiquent que l'alcool joue au niveau du bilan lipidique en diminuant le taux de LDL cholestérol et en augmentant le HDL cholestérol, les HDL jouant le rôle de transporteur du cholestérol des artères vers le foie pour permettre son excrétion, prévenant l'accumulation du cholestérol et l'athérosclérose [16]. Les vins rouges mais non les vins blancs contiennent de façon abondante des polyphénols qui sont capables d'inhiber l'oxydation du LDL cholestérol. Nigdikar et al. ont montré que la consommation de vin rouge ou de polyphénols réduit l'oxydation des LDL in vivo chez l'homme (étude sur série appariée). La diminution des peroxydes lipidiques est mise en évidence chez les patients ayant consommé du vin rouge (p = 0,04), du vin blanc associé à des polyphénols (p = 0,01), des polyphénols seuls (p = 0,02) mais pas chez ceux ayant consommé du vin blanc seul (augmentation de l'oxydation lipidique, p = 0,02) ou de l'alcool sous forme d'éthanol (p = 0,46) [17]. D'autres études vont dans le même sens [18, 19]. À l'inverse des travaux montrent que l'ingestion de vin rouge augmente les concentrations plasmatiques d'acide phénolique sans avoir d'effet sur l'oxydation des lipoprotéines [20].

L'effet protecteur coronarien des boissons alcoolisées pourrait être lié à la présence de flavanoïdes, constituants non alcooliques du vin. Ces molécules complexes évoluent et forment des tanins spécifiques des vins rouges. Ils ont des propriétés antioxydantes et sont des piégeurs de radicaux libres [21]. Les flavanoïdes pourraient donc inhiber la formation de lipoprotéines oxydées qui jouent un rôle important dans la physiopathologie de l'athérosclérose [17].

Enfin, certains auteurs ont mis en évidence l'augmentation des taux d'homocystéine plasmatique lors de consommation de boissons alcoolisées (bière, vin rouge, alcools forts) favorisant le risque de maladies coronaires ce qui va à l'encontre des résultats précédents [22].

Alcool et tolérance glucidique

La tolérance glucidique n'est pas altérée chez le diabétique qui consomme de l'alcool. Des travaux ont montré que la consommation modérée de vin (deux verres) au cours d'un repas ne modifie pas le niveau glycémique post-prandial et donc n'a pas d'effet secondaire néfaste sur le contrôle glycémique [23]. Les tanins contenus dans le vin rouge auraient même un effet bénéfique sur les glycémies post prandiales des patients diabétiques de type 2 [24]. D'autres auteurs ont même mis en évidence l'amélioration de l'insulinosensibilité en cas de consommation légère à modérée d'alcool chez des volontaires sains (masculins et féminins) lors d'un clamp euglycémique [25]. Cet effet bénéfique de la prise d'alcool serait lié à une répartition graisseuse (BMI et tour de taille) plus favorable chez les buveurs d'alcool [26].

Risques de la consommation alcoolique chez le diabétique

Le risque principal de la prise d'alcool chez le sujet diabétique est l'hypoglycémie. En réduisant directement la gluconéogenèse, augmentant la sécrétion insulinique et freinant la contre régulation (axe corticotrope), l'alcool favorise les hypoglycémies chez des patients diabétiques ou non [27] mais ce risque est diminué par la prise d'alcool durant un repas. Il peut également réduire les signes d'une hypoglycémie insulinique [28].

Chez le sujet insulinopénique, l'alcool peut favoriser le développement d'une acidose en induisant la formation de lactates et de bêta-hydroxybutyrate par son action sur le système NADH/NAD [29]. En cas de prise concomitante de biguanides l'acidose lactique constitue un risque encore plus important de la consommation d'alcool.

L'alcool augmente les triglycérides plasmatiques en inhibant l'oxydation des acides gras et favorisant la synthèse d'acides gras dans le foie ce qui chez le patient diabétique hypertriglycéridémique n'est pas favorable. De même l'alcool apporte 7 kcal par gramme et constitue donc un apport calorique non négligeable que le buveur ne compense pas en réduisant le reste de sa ration calorique. Cet apport calorique doit donc être pris en compte chez les patients qui présentent des problèmes de surpoids fréquents dans le diabète de type 2.

Enfin, comme dans la population générale, la consommation de boissons alcoolisées doit être évitée chez les patients diabétiques sous antiépileptiques ou tranquillisants et chez ceux présentant une neuropathie. Des consommations importantes d'alcool favorisent la survenue de pancréatites, gastrites, accidents et problèmes psychiatriques. Même si une prise modérée d'alcool a un effet cardioprotecteur, une consommation importante d'alcool peut neutraliser cet effet en augmentant la tension artérielle. En cas de consommation de un à deux verres par jour, l'alcool a un effet vasodilatateur qui entraîne une diminution de la tension artérielle par rapport aux non-buveurs. Au-delà de deux verres par jour, l'alcool joue comme un vasoconstricteur. Cela est particulièrement vrai chez les patients diabétiques de type 2 dont la prévalence pour l'HTA est augmentée [30].

Dans la population diabétique, différentes études ont montré que la consommation modérée d'alcool améliore la morbi-mortalité cardiovasculaire au même titre que dans une population à haut risque vasculaire. Le patient diabétique ne devrait donc pas être privé de l'effet cardioprotecteur d'une consommation modérée d'alcool. Les recommandations de l'American Diabetes Association sont actuellement de deux verres d'alcool (vin, bière ou spiritueux) par jour au maximum pour les hommes et un verre par jour au maximum pour les femmes [31].

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