ARTICLE
D'origine bactérienne dans 60 à 80 % des cas, les diarrhées
infectieuses aiguës sont des maladies transmissibles qui participent
presque toujours d'un cycle féco-oral (figure
1). Les modalités épidémiologiques varient
d'un continent à l'autre en fonction du niveau de développement
des infrastructures sanitaires. Dans les pays à faible niveau d'hygiène,
les diarrhées bactériennes sont responsables de plus de
quatre millions de morts par an. Leur transmission est favorisée
par l'absence d'équipements collectifs nécessaires à
l'élimination des eaux usées et à la distribution
d'eau potable, mais l'échange de germes entériques résulte
surtout de contacts interhumains directs et d'une pollution fréquente
de l'eau de boisson [1]. Dans les pays industrialisés où
l'équipement sanitaire est satisfaisant, la transmission directe
des germes entériques est rare et leur dissémination par
l'eau de boisson exceptionnelle. En revanche, on assiste à une
progression des toxi-infections alimentaires traduisant des changements
sociologiques majeurs intervenus depuis un quart de siècle. L'apparition
de la restauration collective et de nouvelles méthodes de production,
de transformation et de distribution des aliments a profondément
modifié les comportements individuels et collectifs concernant
les horaires et les lieux des repas. Ces changements, accompagnés
d'exigences nouvelles vis-à-vis de la qualité des produits,
de l'hygiène de leur environnement et de la sécurité
du consommateur, sont à l'origine du développement de la
bactériologie alimentaire.
Physiopathologie des diarrhées
bactériennes
Les diarrhées bactériennes peuvent traduire deux principaux
mécanismes physiopathologiques (figure
2).
Intoxication
La diarrhée résulte de l'ingestion d'une toxine bactérienne
préformée dans l'aliment. L'apparition des symptômes
est précoce après l'absorption de l'aliment. Il existe une
relation dose-effet, l'atteinte étant d'autant plus sévère
et l'incubation plus courte que la quantité de toxines ingérée
aura été importante.
Les principaux germes concernés sont au nombre de deux.
Staphylococcus aureus (tableau
1) est le premier. De 30 à 60 % des souches de S. aureus
isolées d'infection humaine, appartenant aux groupe phagique III
et IV et responsables de furoncles et panaris, produisent des entérotoxines.
Celles-ci, dénommées SEA-E (toxines staphylococciques A,
B, C, D et E), sont préformées dans l'aliment au cours de
la multiplication bactérienne. Elles résistent à
100 °C pendant trente minutes et à l'acidité gastrique.
Les entérotoxines de S. aureus augmentent la concentration
intracellulaire de l'adénosine monophosphate cyclique (AMPc). Il
en résulte une perturbation des échanges hydroélectrolytiques
cellulaires à l'origine de la diarrhée, mais aucune altération
cellulaire ni destruction villositaire.
L'incubation est brève (de une à quatre heures). Les symptômes
apparaissent brusquement, parfois même avant la fin du repas contaminateur.
Ils réalisent un tableau de gastro-entérite aiguë avec
nausées, vomissements, douleurs abdominales et diarrhées.
La fièvre est absente, mais les risques de déshydratation
sont élevés. Une hypotension artérielle, voire un
collapsus cardio-vasculaire peuvent compliquer l'évolution. Ces
accidents, rares, surviennent aux âges extrêmes de la vie.
En règle générale, les symptômes s'amendent
en six à huit heures.
Les aliments en cause sont très variés. Il s'agit souvent
de charcuteries, d'ufs et de produits laitiers. La contamination,
presque toujours exogène et d'origine humaine, consiste en une
faute d'hygiène pouvant se situer en n'importe quel point de la
chaîne alimentaire.
Bacillus cereus, est un bacille à Gram positif, tellurique,
sporulé, aéro-anaérobie facultatif, qui peut provoquer
deux types de manifestations : soit une intoxication par ingestion de
toxine thermostable préformée dans l'aliment, essentiellement
responsable de vomissements, soit une intoxication par production in
vivo d'une entérotoxine thermolabile, l'hémolysine BL
(HBL). Cette cytotoxine, normalement synthétisée au cours
de la phase exponentielle de croissance entre 32 et 37 °C, est responsable
d'un syndrome diarrhéique. En raison du caractère ubiquitaire
de B. cereus, de très nombreux aliments peuvent être
impliqués : viande de boucherie, volailles, fruits de mer, riz
frit [2], jus de fruits [3].
Infection
La pullulation bactérienne dans un aliment peut entraîner
l'ingestion d'une quantité de germes entéropathogènes
suffisante pour dépasser l'effet désinfectant de l'acidité
gastrique et coloniser la muqueuse intestinale. Il existe un seuil quantitatif
défini par la dose minimum infectieuse ou, mieux, par la dose infectieuse
50 %, qui varie suivant la virulence de la bactérie et l'efficacité
des défenses de l'hôte. Deux propriétés conditionnent
la virulence bactérienne : la mobilité, liée au chimiotactisme,
et l'adhérence à la surface des entérocytes qui dépend
des structures bactériennes (fimbriæ, glycocalyx) et
cellulaires (récepteurs membranaires glycolipidiques ou glycopeptidiques).
L'expression clinique est une gastro-entérite aiguë qui apparaît
au bout de douze à quarante-huit heures d'incubation et qui guérit
spontanément en quelques jours. Plusieurs mécanismes, éventuellement
associés, sont en cause : invasion de la muqueuse, colonisation
épithéliale, élaboration d'une toxine in vivo.
Bactéries entéro-invasives
La muqueuse intestinale est composée principalement d'entérocytes
constituant, par les jonctions serrées et le mucus qui recouvre
la bordure en brosse, une barrière particulièrement efficace
contre l'invasion bactérienne. Cependant, la présence de
cellules particulières, les cellules M, dont le rôle est
d'assurer le transfert non sélectif de bactéries ou de particules
aux cellules lymphoïdes, constitue une porte d'entrée idéale
pour certains germes entéropathogènes. Ces cellules M possèdent
des microvillosités plus lâches et des molécules d'adhésion
vraisemblablement plus accessibles que les entérocytes [4]. Certaines
bactéries peuvent ainsi pénétrer la muqueuse digestive
et, par l'intermédiaire de cellules phagocytaires sous-jacentes,
disséminer à distance. Les lésions de la muqueuse
intestinale sont alors le plus souvent modérées. L'expression
clinique serait liée à l'action de la toxine sur la production
d'AMPc.
Deux espèces bactériennes répondent à ce
processus physiopathologique : Salmonella enterica et Yersinia
enterocolitica.
Salmonella enterica représente plus de 75 % des agents
de toxi-infections alimentaires collectives identifiés depuis dix
ans en France, Salmonella enteritidis et Salmonella typhi
murium restant les sérovars prédominants [5]. Ce sont
des entérobactéries ubiquitaires pouvant résister
au cycle d'épuration des eaux usées. Détruites par
un chauffage de quinze minutes à 65 °C, elles ne se multiplient
qu'à des températures comprises entre 5 et 60 °C. La
dose infectieuse 50 % est généralement élevée,
de l'ordre de cent mille bactéries, mais, sous certaines
conditions, une dose infectante de dix bactéries suffit à
provoquer l'infection. La nature de l'aliment vecteur (chocolat, fromages),
qui protégerait les bactéries de l'acidité gastrique,
expliquerait de telles contaminations pauci-bactériennes [6]. L'incubation
est généralement comprise entre douze et quarante-huit heures.
La diarrhée s'accompagne de fièvre et la guérison
survient en deux à cinq jours.
La contamination des aliments peut avoir différentes origines.
Elle peut être endogène, présente dès le stade
de la production. Ainsi, celle des animaux de boucherie se produit dès
l'élevage à la ferme et se pérennise sous l'effet
de différents facteurs tels que l'alimentation du bétail
: en 1993, aux États-Unis, 49,7 % des produits alimentaires destinés
à la consommation animale étaient contaminés par
des salmonelles [7]. Les facteurs environnementaux sont également
déterminants : hygiène des locaux, présence de rongeurs
ou d'ectoparasites capables de véhiculer les agents pathogènes,
conditions d'abattage.
Les principaux aliments incriminés dans les diarrhées
à salmonelles sont les ufs et les viandes de volailles provenant
d'élevages contaminés par S. enteritidis [8]. La
contamination peut être exogène, l'accident pouvant survenir
à toutes les étapes de la chaîne alimentaire. Le plus
souvent pauci-microbienne, elle est sans danger si les conditions locales
ne favorisent pas la pullulation des salmonelles : rupture de liaison
chaude ou de liaison froide, délai trop important entre préparation
et consommation des aliments. C'est pourquoi les aliments en cause sont
le plus souvent des milieux riches : viandes travaillées (hachis,
pâtés, saucisse), lait ou fromages, crèmes, glaces
et produits à base d'ufs.
Yersinia enterocolitica est un germe ubiquitaire rarement mis
en cause dans les toxi-infections alimentaires. Sa caractéristique
principale est de pouvoir se multiplier à 4 °C, température
à laquelle certains sérovars sont susceptibles d'exalter
leur virulence. La dose infectieuse 50 % est d'environ cent millions de
bactéries. Le réservoir de virus est surtout animal et la
contamination, généralement originelle, passe surtout par
le lait et ses dérivés, les volailles et certaines crudités.
D'autres bactéries entéro-invasives, après avoir
détruit un grand nombre d'entérocytes, restent localisées
dans la muqueuse intestinale. Elles provoquent une entérocolite
inflammatoire fébrile pouvant évoluer jusqu'au syndrome
dysentérique. Ce sont les shigelles, les Escherichia coli
entéro-invasifs et les campylobacters (tableau
2).
Les shigelles sont parfois à l'origine de toxi-infections alimentaires.
En France, elles ont été incriminées dans six foyers
en 1993, autant en 1994. Leur dose infectieuse 50 % très basse,
comprise entre dix et cent bactéries, favorise la transmission
de personne à personne par les mains sales. Tous les aliments peuvent
servir de vecteur puisqu'un faible inoculum suffit à déclencher
l'infection. Les toxi-infections alimentaires collectives à shigelles
témoignent toujours de manquements graves aux règles d'hygiène.
Après adhésion et altération de la bordure en brosse
des entérocytes, les shigelles pénètrent dans la
cellule grâce à un mécanisme d'induction de la phagocytose.
La vacuole d'endocytose se rompt, libérant les bactéries
qui se multiplient dans le cytoplasme et provoquent la mort de la cellule.
L'infection s'étend ensuite par un processus d'invasion intercellulaire
aboutissant à la constitution d'un foyer de suppuration. Par ailleurs
Shigella dysenteriae 1 produit en quantité importante une cytotoxine,
appelée shigatoxine ou vérotoxine, qui détruit les
entérocytes au niveau jéjunal et aggrave le tableau clinique.
Cette toxine est également incriminée dans la pathogenèse
des syndromes hémolytiques et urémiques (SHU).
Campylobacter jejuni est une bactérie fréquemment
responsable de diarrhées infectieuses aiguës chez l'enfant
aux États-Unis et en Angleterre. Dans la région parisienne,
c'est la troisième cause reconnue de diarrhée infectieuse
aiguë. La dose infectieuse 50 % se situe autour de cent bactéries.
Le pouvoir pathogène est dû aux propriétés
entéro-invasives et à la production de cytotoxines. Les
aliments contaminés par C. jejuni sont surtout des produits
laitiers et des volailles [9, 10]. La contamination est le plus souvent
exogène : l'immersion des carcasses de volailles dans des bacs
d'échaudage et des bacs de réfrigération après
plumaison et réfrigération favorise un processus de contamination
en chaîne, redoutable en industrie alimentaire, qui peut atteindre
10 000 000 UFC (unités formant colonie) par carcasse. De plus,
C. jejuni peut survivre de deux à cinq semaines dans le
lait cru ou l'eau contaminée par des déjections animales.
Bactéries entérotoxinogènes
L'élaboration d'une entérotoxine in vivo obéit
à différents mécanismes, liés à la
sporulation pour Clostridium perfringens ou à la colonisation
de l'épithélium intestinal pour certains E. coli
et Vibrionaceae.
C. perfringens est un bacille à Gram positif, anaérobie
strict, sulfito-réducteur et sporulé, appartenant à
la flore tellurique ainsi qu'à la flore commensale de l'intestin
humain. L'élaboration et la production d'entérotoxine (toxine
A) surviennent, in vivo, au cours de la phase de sporulation induite
par l'acidité gastrique. Les symptômes apparaissent après
une incubation de six à vingt-quatre heures. L'évolution
est habituellement favorable en quelques heures. C. perfringens
est un des contaminateurs les plus fréquents des aliments. La germination
des spores et la multiplication des bactéries sont favorisées
par l'interruption de la liaison chaude ou de la liaison froide de la
chaîne alimentaire. Il s'agit, le plus souvent, de viandes cuites
non réfrigérées entre la préparation et la
consommation [11]. L'incidence de C. perfringens dans la survenue
de toxi-infections alimentaires collectives est probablement sous-estimée
; son isolement à partir des coprocultures ne préjuge pas
de son rôle dans l'épisode diarrhéique.
Vibrio parahaemolyticus est un germe halophile fréquemment
impliqué dans les toxi-infections alimentaires au Japon et dans
les régions intertropicales. La dose infectieuse 50 % est de cent
mille à dix millions de bactéries environ. Les souches virulentes
sont associées à la présence d'une hémolysine
responsable de la sécrétion hydroélectrolytique.
La diarrhée survient dans les six à soixante-douze heures
suivant l'ingestion de l'aliment contaminé. L'évolution
est en général favorable. L'enquête met en évidence
la consommation de poisson cru ou de fruits de mer (coquillages, huîtres,
crustacés).
Aeromonas hydrophila appartient également à la
famille des Vibrionaceae. À l'origine de diarrhées
liquides de brève durée, il est plus fréquemment
isolé chez les enfants âgés de moins de 2 ans. Son
pouvoir pathogène est lié à l'action de plusieurs
entérotoxines, dont une d'activité choléra-like,
et de cytotoxines entraînant des dommages cellulaires importants.
Cette bactérie a été incriminée lors d'épisodes
diarrhéiques survenus après consommation de crevettes [12].
E. coli est une espèce très largement répandue
qui rassemble toute la complexité des mécanismes physiopathologiques
des diarrhées bactériennes. Les E. coli entérotoxinogènes
représentent la première cause de diarrhées
infantiles dans les pays en développement [13] et de diarrhées
des voyageurs. Ils possèdent des facteurs d'adhérence, appelés
colonizing factor antigen (CFA), le CFA1 (mannose sensible) et
le CFA2 (mannose résistant). Ils peuvent produire deux types de
toxines : l'une thermolabile (toxine LT), voisine de celle sécrétée
par V. cholerae, codée par un gène plasmidique et
provoquant une augmentation de la concentration cellulaire d'AMPc, l'autre
thermostable (toxine ST), entraînant une augmentation de la guanosine
monophosphate (GMP) cyclique au sein de l'entérocyte et un effet
pathogène sensiblement moindre que celui de la toxine LT [4]. Les
E. coli entérotoxinogènes sont transmis par l'ingestion
d'eau et d'aliments contaminés, contamination soit d'origine humaine
(porteurs aux mains sales), soit animale (rongeurs, mouches), soit hydrique
(fruits ou légumes « rafraîchis »). Les E. coli
entéro-hémorragiques ont été mis en cause
dans des épisodes de toxi-infections alimentaires aux États-Unis,
au Canada et en Angleterre. Ils sont responsables d'entérocolites
hémorragiques particulièrement sévères, non
fébriles et pouvant se compliquer d'un SHU. Leur pouvoir pathogène
est associé à une forte adhérence à la surface
de l'iléon distal et du côlon. Les principaux sérogroupes
mis en cause sont O157:H7, O126 et O111. Deux types de toxines ont été
décrites, SLT1 et SLT2, qui diffèrent sur le plan antigénique
mais dont les activités biologiques sont voisines. La viande de
buf a été à l'origine de la plupart des cas
d'intoxication [14]. Le bétail semble être le réservoir
naturel de ces bactéries. La viande est contaminée au cours
des manipulations dans les abattoirs. Dans le cas des hamburgers,
qui contiennent de la viande provenant de plusieurs animaux, la contamination
d'un seul de ces derniers entraîne celle de tout un lot. D'autres
aliments sont incriminés comme le lait cru [15], la viande de cerf
[16], le jus de pomme non pasteurisé [17] ainsi que l'eau de boisson
non chlorée. Les E. coli entéro-invasifs, génétiquement
proches des shigelles, agissent par un mécanisme similaire. Leur
épidémiologie est mal connue. Ils semblent particulièrement
fréquents chez les enfants de moins de 10 ans dans les pays en
développement. Les E. coli entéropathogènes
sont responsables de gastro-entérites infantiles, surtout fréquentes
dans ces pays, mais dont le rôle semble sous-estimé dans
les pays industrialisés [18]. Leur pouvoir pathogène est
lié à l'adhésion aux entérocytes et, pour
certains sérogroupes, à la sécrétion de cytotoxines.
L'adhésion des bactéries aux entérocytes est suivie
d'une destruction progressive des microvillosités. Les E. coli
entéro-adhérents, principalement mis en cause dans les
diarrhées hydroélectrolytiques survenant chez les enfants
des pays en développement, n'élaborent pas de toxines et
se distinguent par un mode d'adhérence aux cellules HEp-2 en culture
cellulaire différent des E. coli entéropathogènes.
La contamination alimentaire, principalement manuportée, s'inscrit
dans le cadre des maladies à transmission féco-orale.
Enquête à mener
en cas de toxi-infections alimentaires collectives
Qu'elle survienne en restauration familiale ou collective, une toxi-infection
alimentaire collective résulte d'un ensemble d'erreurs ou d'anomalies
qui auraient dû être évitées. L'identification
rapide de ses causes et leur correction immédiate permettent de
prévenir les récidives. C'est pourquoi chaque foyer de toxi-infection
alimentaire collective doit faire l'objet d'une enquête approfondie.
C'est une enquête policière nourrie d'arguments cliniques,
microbiologiques et épidémiologiques. Coordonnée
par une autorité sanitaire, elle doit être entreprise sans
délai, suivant une méthode rigoureuse, pour répondre
à quatre questions : Quel est le germe responsable ? Quel est l'aliment
contaminant ? Comment l'aliment a-t-il été contaminé
? Comment la bactérie a-t-elle pu se multiplier dans l'aliment
?
Détermination d'une toxi-infection alimentaire
collective
Le diagnostic d'une toxi-infection alimentaire collective est immédiatement
évoqué lorsque plusieurs personnes appartenant à
une même collectivité sont subitement victimes d'une «
indigestion ». Mais l'unité de temps (simultanéité
des cas) et l'unité de lieu (focalisation des cas) ne sont pas
constamment observées. Dans plus de 90 % des cas, c'est devant
une gastro-entérite aiguë typique, associant de façon
variable nausées, crampes épigastriques, vomissements, diarrhée,
fièvre, hypotension, que se pose le diagnostic. Les formes sévères
avec déshydratation s'observent aux âges extrêmes de
la vie, justifiant un taux d'hospitalisation compris entre 5 et 10 %.
Mais il existe aussi des formes atypiques pouvant égarer le diagnostic.
Identification de l'agent responsable
Les données cliniques sont de précieux éléments
d'orientation : la durée moyenne d'incubation, le caractère
fébrile d'une gastro-entérite, la présence de glaires
et/ou de sang dans les selles ou des manifestations extradigestives sont
des renseignements à communiquer au laboratoire avec les prélèvements
(tableau 1).
Il faut recueillir des selles ou, à défaut, un écouvillonnage
rectal, éventuellement des vomissements. L'hémoculture s'impose
dans les formes sévères. On effectue les prélèvements
de préférence chez les malades les plus atteints, le plus
tôt possible après l'apparition des symptômes.
L'identification de l'agent pathogène est plus ou moins facile
suivant le germe en cause. En cas de toxi-infection alimentaire collective
à salmonelles, la réponse du laboratoire est fournie au
bout de quarante-huit à soixante-douze heures, ce qui explique
une probable surestimation de cette étiologie par rapport à
d'autres agents de détermination plus délicate, tels que
les différents pathotypes d'E. coli ou les toxines bactériennes
préformées.
Recherche de l'aliment contaminateur
Lorsqu'une toxi-infection alimentaire collective touche la communauté
ou une collectivité, une enquête cas/témoins est à
mettre en uvre dans les heures qui suivent sa découverte.
Recueil des données
Un questionnaire, préparé pour une interrogation directe
ou téléphonique, permet de recueillir un certain nombre
de données individuelles : date et heure de début des manifestations
cliniques, nature des symptômes, résultats des examens microbiologiques,
lieux des repas pris au cours des soixante-douze heures précédant
le début des symptômes, nature des aliments consommés,
hospitalisation éventuelle et évolution. Les résultats
de l'enquête dépendent de la précision et de la rigueur
apportées dans cette collecte de données. Le nombre de personnes
à interroger est très variable suivant l'ampleur de la toxi-infection
alimentaire collective et les moyens d'investigation disponibles. En général,
il faut questionner le plus grand nombre possible de malades et un nombre
équivalent de témoins. Il est parfois difficile de trouver
un nombre de témoins suffisant dans une collectivité, quand
le taux d'attaque est très élevé. Inversement, dans
certains foyers de toxi-infection alimentaire collective n'affectant qu'un
petit nombre d'individus, on a intérêt à recruter
un nombre plus grand de témoins (trois ou quatre pour un malade)
afin d'augmenter la puissance des tests statistiques. Le choix des témoins
est parfois délicat ; en pratique, on sélectionne des individus
non malades ayant participé aux mêmes repas que les malades,
ou ayant d'autres caractéristiques alimentaires communes (clientèle
du même restaurant, du même supermarché, etc.).
Exploitation des données
À partir des données recueillies, l'enquêteur formule
une définition précise des cas, trace la courbe épidémique
et réalise l'enquête d'exposition. Cette démarche
est facilitée par l'informatique, un logiciel « Toxi-infection
alimentaire collective » étant disponible auprès de
la Direction générale de la Santé. Les donnée
alimentaires collectées chez les malades et chez les témoins
sont rassemblées dans un tableau (encadré). On compare
alors les taux d'attaque spécifiques chez les individus ayant consommé
l'aliment (a/a+c) et chez les individus ne l'ayant pas consommé
(b/b+d), les différences positives les plus élevées
indiquant les éléments les plus suspects. Il reste à
rechercher si les différences ainsi révélées
sont significatives au risque 5 % par le test du chi carré. L'intensité
de la liaison est calculée par l'odds ratio (OR = ad/bc)
et son intervalle de confiance à 95 %. L'odds ratio le plus
élevé avec un intervalle de confiance excluant la valeur
1 désigne l'aliment le plus probablement à l'origine de
la contamination.
Confirmation bactériologique
L'expertise bactériologique des repas témoins, réglementairement
conservés pendant soixante-douze heures à + 4 °C en
restauration collective, peut se focaliser sur les aliments désignés
comme suspects par l'enquête cas/témoins pour la recherche
d'un germe entéropathogène ou d'une toxine.
Recherche de l'origine de la contamination
Afin d'orienter utilement les mesures préventives, il faut reconnaître
une contamination originelle d'une contamination accidentelle. L'enquête
ne doit négliger aucune de ces deux pistes. En restauration collective,
elle est complétée par un examen médical du personnel
de la chaîne alimentaire avec recherche de portage de germes par
coproculture. L'état de propreté des tenues de travail,
du bloc sanitaire et des ustensiles est un fidèle indicateur de
qualité. D'autres analyses bactériologiques sont également
pratiquées : eau de consommation, ustensiles de cuisine, ingrédients
ayant servi à la préparation de l'aliment contaminateur.
Identification des facteurs favorisant la contamination
C'est une véritable reconstitution des différentes étapes
de préparation de l'aliment responsable qui permet d'identifier
les facteurs ayant favorisé la pullulation bactérienne,
notamment les ruptures de liaisons chaude ou froide, les délais
excessifs entre la préparation des repas et leur consommation,
les défauts d'hygiène.
Déclaration
Au terme de cette enquête, le germe responsable, l'aliment vecteur,
les modalités de sa contamination et les facteurs favorisants doivent
être identifiés.
Les toxi-infections alimentaires collectives sont des affections à
déclaration obligatoire (décret n° 86-770 du 10 juin
1986, Journal Officiel du 14 juin 1986) sous le n° 12. Au formulaire
de déclaration est joint un rapport d'investigation détaillé
au terme duquel le rédacteur effectue la synthèse des données,
émet des hypothèses ou des certitudes quant à l'origine
de la contamination et cite les mesures de prévention adoptées.

CONCLUSION
Selon le niveau socio-économique, les modalités épidémiologiques
et les stratégies de prévention des diarrhées bactériennes
diffèrent. Dans les pays industrialisés, où les diarrhées
d'origine alimentaire s'observent principalement dans le cas de toxi-infection
alimentaire collective, la prévention doit s'attacher à
faire respecter les bonnes pratiques de préparation, de conservation
et de transport des aliments. De même, la qualité microbiologique
des matières premières (pièces de boucherie, ufs)
est essentielle dans la lutte contre le risque infectieux. Dans les pays
en développement où les enfants les plus jeunes sont les
cibles privilégiées des bactéries entériques,
le contrôle des maladies diarrhéiques s'intègre dans
le cadre plus général de lutte contre les affections liées
au péril fécal. L'amélioration des systèmes
d'approvisionnement en eau de boisson et le traitement des eaux usées
permettent de diminuer de manière significative ce risque. L'allaitement
maternel au cours des premiers mois de la vie a montré son rôle
protecteur en réduisant la mortalité et la morbidité
par diarrhée des plus jeunes enfants. Mais pour être efficaces
à long terme, ces mesures sont indissociables des pratiques d'hygiène
individuelles : lavage des mains avant la préparation des repas,
après les soins aux enfants, particulièrement à ceux
souffrant de diarrhée, utilisation d'eau bouillie pour la préparation
des biberons pour les plus jeunes. L'im-pact de ces comportements sera
renforcé par l'implication de secteurs autres que celui de la santé
tels que l'agro-alimentaire et la restauration collective.
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