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Adénomes à prolactine et grossesse


Médecine Thérapeutique Endocrinologie & Reproduction. Volume 6, Numéro 5, 300-8, septembre-décembre 2004, Revue



Auteur(s) : Jean-Louis Sadoul , Service d’Endocrinologie-Reproduction, CHU de Nice, hôpital de l’Archet-1, BP 3079 06202 Nice Cedex 3.

Mots-clés : adénome hypophyse, prolactine, grossesse

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) :, Jean-Louis Sadoul*

Service d’Endocrinologie-Reproduction, CHU de Nice, hôpital de l’Archet-1, BP 3079 06202 Nice Cedex 3

Les adénomes à prolactine (AdPRL) sont les plus fréquents des adénomes hypophysaires [1]. Cependant, ils ne constituent pas la seule cause d’hyperprolactinémie puisque celle-ci peut relever de nombreuses causes physiologiques (comme la grossesse), pathologiques (autres tumeurs ou malformations de la région hypophysaire) ou surtout iatrogènes [1-3]. Comme pour tous les adénomes, le diamètre maximal permet de distinguer les microadénomes (< 10 mm) des macroadénomes (> 10 mm). Chez la femme, les microadénomes représentent au moins 90 % des AdPRL. L’histoire naturelle des microadénomes [2] laissés sans traitement révèle un risque de progression vers un macroadénome faible (7 %). Cette évolution est différente pour les macroadénomes qui ont une nette tendance à augmenter de volume avec le temps. Environ un tiers des hypofertilités de la femme sont en rapport avec une hyperprolactinémie [4]. L’excès de PRL détermine une diminution de la sécrétion pulsatile de GnRH, et aussi une altération du rétro-contrôle positif de l’estradiol sur la sécrétion des gonadotrophines et une inhibition de celle de progestérone par les cellules de la granulosa [5]. Le doublement du taux de PRL est habituellement suffisant pour altérer le fonctionnement de l’axe gonadique. Il est ainsi exceptionnel qu’une grossesse spontanée débute chez une femme alors qu’elle présente une hyperprolactinémie. Cependant le traitement de celle-ci est capable de restaurer une fertilité jusque là compromise.Le traitement des microadénomes à PRL par adénomectomie sélective ou élargie permet dans 70-80 % une exérèse satisfaisante sans hypopituitarisme résiduel et donc une restauration de la fertilité initiale [6]. Plus souvent actuellement, c’est une option médicamenteuse qui sera choisie avec un retour à des cycles ovulatoires dans 80-90 % des cas, y compris pour les macroadénomes [2, 7].De ce fait, lorsque l’AdPRL concerne une femme en âge de procréer, et qui a souvent consulté initialement pour des troubles du cycle menstruel ou une hypofertilité, il n’est pas étonnant que le problème de la prise en charge de l’AdPRL durant la grossesse soit posé.Une bonne gestion de cette situation clinique impose la connaissance des effets de la grossesse et de la lactation sur l’hypophyse, la prise en compte des risques potentiels des AdPRL et de leurs traitements durant la grossesse, et aussi l’impact de celle-ci et de la lactation sur l’histoire naturelle des AdPRL.

Physiologie de la PRL lors de la grossesse et de la lactation

La grossesse détermine des modifications majeures de l’hypophyse sur les plans histologiques, fonctionnels et morphologiques. Les études histologiques montrent que la grossesse est l’occasion d’une hyperplasie exclusive des cellules lactotropes qui représentent en fin de grossesse 50 % au moins des cellules hypophysaires, alors que ce pourcentage est de 15 % en dehors de la grossesse ; à l’opposé, les cellules gonadotropes et somatotropes diminuent en nombre alors que les cellules corticotropes et thyréotropes restent stables [8, 9]. L’augmentation de la sécrétion d’estradiol durant la grossesse par son impact sur la prolifération des cellules lactotropes, sur l’expression de la PRL, et sur la sécrétion de PRL est responsable de cette hyperplasie et de l’augmentation progressive des taux circulants de PRL. Ces taux sont ainsi multipliés par 10 en moyenne si bien qu’un taux de 200 μg/l de PRL est volontiers atteint en fin de grossesse [10, 11]. Cette hyperplasie considérable des cellules lactotrophes est également responsable des modifications morphologiques de la glande qui sont parfaitement mises en évidence par l’IRM. L’IRM montre en effet une augmentation progressive du volume de la glande selon ses trois dimensions, avec un accroissement de la hauteur qui est en moyenne de 0,08 mm par semaine et un doublement du volume de l’hypophyse en fin de grossesse [12, 13]. Cette augmentation de volume peut dans certains cas de selle turcique très étroite ou peu creuse entraîner un bombement très marqué du pôle supérieur de la glande jusqu’à l’amener au contact du chiasma. Parallèlement, on peut observer un discret hypersignal spontané en T1 témoin d’une augmentation de l’activité métabolique de la glande [14]. Enfin, l’hyperestrogénie, l’hyperplasie, les effets propres de la grossesse et de l’accouchement rendent l’hypophyse (et un éventuel adénome) plus vulnérable sur le plan vasculaire avec un risque accru d’hémorragie et/ou de thrombose parenchymateuse.

L’accouchement va amener une décrue du volume de l’hypophyse qui retrouve sa taille habituelle dans les 8 à 10 jours du post partum. En l’absence d’allaitement, les taux de PRL vont chuter de façon drastique avec un retour à la normale dans les 7 jours. A contrario, en cas d’allaitement, les taux de PRL diminuent peu et vont sous l’impact du réflexe de succion s’élever par pics à l’occasion de chaque tétée [10, 15]. Les taux se maintiennent à des valeurs largement supérieures à la normale tant que le nombre de tétées est d’au moins 5-6 par jour et que le temps de tétée est de plus de 50-60 minutes par jour. Dans ce cas, cette hyperprolactinémie de lactation est en général suffisante pour assurer une contraception naturelle [15, 16].

Risques potentiels des AdPRL et de leurs traitements médicamenteux durant la grossesse

Le risque d’évolution des AdPRL durant la grossesse est assez bien évalué, il est surtout fonction du volume de l’adénome au moment où la grossesse débute (tableau 1( Tableau 1 )).

Pour les microadénomes

La première série importante publiée en 1979 par Gemzell et Wang [17] était déjà très rassurante. En effet, parmi les 91 grossesses observées chez des femmes avec microadénomes (définition par radiographie de la selle), il n’y a eu qu’un cas de céphalée associée à des troubles visuels et 3 cas de céphalées, soit 5,5 % d’augmentation cliniquement significative du volume de l’adénome, sans nécessité de geste chirurgical de décompression.

L’analyse par ME. Molitch des données disponibles en 1985 [5] était également très favorable puisque parmi les 246 cas de microadénomes non traités durant la grossesse seulement 4 (soit 1,6 %) ont présenté des signes visuels ou des céphalées (2 pour chaque symptôme) et 11 (soit 4,5 %) ont eu une augmentation démontrée par radiologie (conventionnelle le plus souvent et scanner rarement) du volume tumoral ; sans qu’aucun geste chirurgical soit indiqué.

Plus récemment, 3 nouvelles séries ont été publiées [18-20] avec un total de 117 nouveaux cas de microadénomes et une seule évolution volumétrique notable mais sans trouble visuel, soit un risque de 0,86 %, avec encore une fois nul besoin de traitement chirurgical.

La cause semble donc entendue pour les microadénomes, même pour ceux n’ayant eu ni traitement chirurgical ni radiothérapie préalable à la grossesse : le risque d’évolution volumétrique cliniquement significatif durant la grossesse est très faible et ne semble pas différent de l’évolution des microadénomes à PRL en l’absence de grossesse.
Tableau 1 Risque évolutif des adénomes à PRL durant une grossesse

Références

Type de prolactinome

Traitement chirurgical préalable

Nombre de cas

Evolution clinique ou imagerie

Nombre de traitements

Nombre

%

Agoniste DA*

Chirurgie

Microadénomes : Séries anciennes avec imagerie concentionnelle

17

Micro.

Aucun

91

4

5,5

0

0

5

Micro.

Aucun

246

15

6,1

0

0

Microadénomes : Séries récentes avec imagerie moderne

18-20

Micro.

Aucun

117

1

0, 9

0

0

Macroadénomes

5, 17-20

Macro

Aucun

140

41

29,3

16

20

5, 17-20

Macro

Oui

137

7

5,1

2

0

Pour les macroadénomes

Le risque évolutif est différent selon que la grossesse a ou non été précédée d’un traitement du macroadénome.

Ainsi, dans l’étude de Gemzell et Wang [17] parmi les 56 grossesses observées en cas de macroadénome n’ayant été ni opéré ni fait l’objet d’une radiothérapie au préalable, il était observé 19 cas de troubles visuels et ou de céphalées (soit 34 % d’évolution symptomatique) avec le recours à un traitement médicamenteux (bromocriptine ou corticoïdes) pour 2 patientes et à la chirurgie pour 5 d’entre-elles. À l’opposé dans le groupe de 70 patientes traitées par chirurgie (n = 30), par radiothérapie (n = 30) ou par combinaison des deux (n = 10), il n’était observé que 5 cas symptomatiques, soit 7 % (3 avec des céphalées isolées, 2 en association avec des signes visuels).

La collection des cas présentée par ME Molitch [5] montrait également une distinction selon le statut thérapeutique avant grossesse. En effet, parmi les 45 cas vierges de traitement, on notait 11 cas (24,4 %) d’évolution symptomatique (7 cas) ou seulement radiologique (4 cas), dont 2 corrigées par bromocriptine et 4 nécessitant une chirurgie de décompression, tandis que pour les 46 femmes traitées au préalable par chirurgie ou radiothérapie, seulement 2 (4,3 %) ont eu des symptômes d’augmentation du volume tumoral.

L’analyse des séries plus récentes conforte ce risque évolutif différent [18-20].

La collection des données disponibles pour les macroadénomes non traités au préalable montre un risque évolutif certain (tableau 1) : 41 cas évolutifs (16 traités par bromocriptine et 20 traités par chirurgie) pour 140 patientes, soit un risque de 29,3 % ; alors que ce même risque n’est que de 5,1 % (7 dont 2 cas traités par bromocriptine) en cas de traitement préalable du macroadénome (n = 137).

Au total et pour les macroadénomes, le risque d’évolutivité est de 5 % en cas de traitement préalable, et s’élève à près de 30 % si l’adénome n’a pas bénéficié d’un traitement de réduction tumorale.

Le risque des traitements par agonistes dopaminergiques sur le déroulement de la grossesse et surtout pour le fœtus est très bien connu pour la bromocriptine mais reste encore insuffisamment évalué pour le quinagolide et la cabergoline (tableau 2( Tableau 2 )).

Trois agonistes dopaminergiques sont disponibles dans la pharmacopée française : la bromocriptine, le quinagolide et la cabergoline. Ces trois agonistes semblent avoir une efficacité comparable en matière de réduction du volume tumoral des AdPRL. La normalisation du taux de PRL sous bromocriptine est obtenue dans 80-90 % des cas. Ce score est amélioré par le quinagolide et par la cabergoline qui sont parfois plus efficaces que la bromocriptine ou dont les modalités de prise (quotidienne pour le quinagolide, hebdomadaire ou 2-3 fois par semaine pour la cabergoline) ou une moindre incidence d’effets secondaires, font que l’observance thérapeutique est meilleure, et de ce fait l’efficacité [2, 7, 21].
Tableau 2 Utilisation des agonistes dopaminergiques en période gravidique

DCI

Morbidité fœtale ou développementale

Morbidité maternelle

Utilisation possible durant la grossesse si aggravation adénome

Bromocriptine

Non

Non

Oui

Quinagolide

Non mais nombre faible

Non mais nombre faible

Oui si résistance à la BRC*

Cabergoline

Non mais nombre faible

Non mais nombre faible

Oui si résistance à la BRC

Les données de pharmacovigilances concernant la bromocriptine durant la grossesse sont très rassurantes

Bien que la bromocriptine traverse le placenta [22], le suivi de 6 239 grossesses pour lesquelles un traitement par bromocriptine durant les premières semaines de gestation au moins avait été poursuivi, n’a pas permis de mettre en évidence d’augmentation du risque de fausse couche spontanée, de grossesse multiple, d’anomalie placentaire, de complications obstétricales, ni de malformations congénitales [5, 23].

Bien que l’expérience de nombreux centres utilisant la bromocritine durant toute la gestation pour certaines situations ne soit pas toujours publiée, il ne semble pas non plus que cette utilisation ait amené un quelconque risque supplémentaire, notamment concernant le risque de malformation congénitale : 1 cryptorchidie et 1 cas de pied-bot sur 114 grossesses [24].

Le devenir des enfants dont les premières semaines de gestation comportait un traitement par bromocriptine est également rassurant [24, 25].

Pour toutes ces raisons, la bromocriptine peut être utilisée pendant la grossesse en cas de nécessité : poursuite du traitement chez une femme avec un adénome au contact ou très proche des voies optiques, reprise d’un traitement en cas d’évolutivité cliniquement significative durant la grossesse.

Peu de données sont disponibles pour évaluer le risque lié à l’utilisation pendant la grossesse du quinagolide.

L’impact précoce des agonistes dopaminergiques sur la nidation qui témoigne du rôle lutéotrope de la PRL chez le rat rend les données toxicologiques obtenues chez le rat d’interprétation difficile. Néanmoins, le quinagolide n’a pas révélé de potentiel tératogène chez l’animal lors d’administrations à forte dose après les 10 premiers jours de gestation. Pour l’espèce humaine, les données sont rares en dehors de quelques cas publiés [26] et d’une série de 167 grossesses [27] ; pour cette série, les pourcentages des fausses couches spontanées et de malformations congénitales ne différaient pas de ceux observés dans la population générale.

Actuellement et dans le doute, même si les risques semblent faibles, il est donc préférable d’interrompre un traitement par quinagolide si une grossesse survenait sous ce traitement, et de ne le reprendre qu’en cas de nécessité formelle : résistance documentée à la bromocriptine, augmentation de volume symptomatique pergravidique.

Les données de pharmacovigilance concernant la cabergoline sont à peine plus fournies

Les études toxicologiques réalisées chez l’animal sont, avec les réserves mentionnées, rassurantes [28].

Trois séries concernant les femmes sont disponibles. La série de Rains et al. [29] rapporte l’étude de 199 grossesses survenues chez des femmes traitées en moyenne pendant 23 jours par cabergoline durant leur grossesse. L’incidence des avortements spontanés (11,6 %) et des malformations congénitales (5 %) n’était pas différente de celle attendue dans la population générale ; de plus, un suivi jusqu’à l’âge de 5 ans de 93 enfants exposés in utero à la cabergoline na pas révélé d’anomalie du développement physique ou psychique [29]. La série publiée par Robert et al. [30] portait sur 226 grossesses avec une exposition de plus de 15 jours à la cabergoline pour 175 grossesses et d’au moins 30 jours pour 54 cas. Dans cette série, il n’y avait pas non plus de surrisque en matière de fausses couches spontanées, de malformations congénitales, de sex ratio ou de poids de naissance. Parmi ces enfants, aucune anomalie de développement n’était notée pour les 61 sujets suivis pendant au moins 1 an. Dans la série publiée par Ricci et al. [31], on notait 61 grossesses avec exposition à la cabergoline, pendant au moins 16 jours pour 40 cas et plus de 30 jours pour 28 grossesses. Là encore, le taux de malformations n’était pas différent de celui attendu.

La même conclusion que pour le quinagolide doit pouvoir être proposée. La longue demi-vie de la cabergoline (70 heures) permet de penser qu’une clairance complète du produit ne peut être attendue qu’après 14 jours d’interruption de cette médication. C’est pourquoi il semble prudent pour certains de ne pas conseiller l’utilisation de la cabergoline pour traiter une hyperprolactinémie à moins qu’il n’y ait par ailleurs d’assurance d’avoir une contraception efficace. En effet, dans le cas contraire, une exposition pendant au moins 30 jours au produit pourrait être attendue.

Enfin, la dangerosité potentielle d’un abord chirurgical à visée décompressive chez une femme ayant plus d’un trimestre de gestation n’est pas à ce jour évaluable objectivement, vu la rareté de cette indication.

Histoire naturelle des adénomes à PRL après la grossesse et durant la lactation

Impact des grossesses sur l’histoire naturelle des AdPRL

Pour les macroadénomes

En dehors de cas anecdotiques qui témoignent d’une apoplexie adénomateuse per gravidique, les macro-AdPRL restent toujours actifs au décours d’une grossesse justifiant ainsi pour ces cas la reprise d’un traitement médicamenteux [32-34].

Pour les microadénomes

Le maintien d’une PRL dans des valeurs physiologiques sans traitement médicamenteux en cas de microadénome, véritable rémission complète ou guérison de l’hyperprolactinémie, est parfois rencontré. Cette évolution favorable peut être observée après un traitement prolongé par agoniste dopaminergique [35], notamment s’il s’agissait de cabergoline [36]. Elle peut se rencontrer même en cas de persistance d’une image IRM anormale ; les anomalies de signal pouvant alors témoigner non pas d’une tumeur active mais d’un reliquat fibrosé ou d’un adénome fonctionnellement « éteint ». Elle a également été remarquée comme une évolution possible après une ou plusieurs grossesses [37, 38]. Plusieurs séries concordent pour révéler que cette rémission/guérison est plus fréquente chez les patientes ayant eu une ou plusieurs grossesses que chez seules n’en ayant pas eu : 29-35 % vs 13-15 % [39-41].

Impact de l’allaitement sur l’histoire naturelle des AdPRL

Il n’y a aucune donnée qui permette de suggérer que l’allaitement ait un effet néfaste sur le volume des AdPRL. Toute liberté doit donc être donnée aux femmes qui désirent allaiter, même à long terme. Le seul bémol concerne les femmes chez qui une majoration symptomatique du volume a été observée durant la grossesse ; dans ce cas, il paraît raisonnable de contre-indiquer l’allaitement [5, 23].

Propositions pour une prise en charge des AdPRL en fonction du désir de grossesse

En l’absence de désir de grossesse

Une contraception efficace (stérilet, microprogestatif) sera proposée dès la mise en route du traitement par agoniste dopaminergique ; lorsque le taux de PRL sera normalisé et en cas de microadénome, une contraception par estroprogestatif pourra être secondairement proposée si les méthodes préalables sont mal tolérées.

En cas de désir de grossesse, la prise en charge va dépendre surtout du volume de l’AdPRL

Pour les microadénomes (( figure 1 ))

Aucune donnée scientifique véritable ne guide de façon formelle et objective le choix comme thérapeutique initiale entre l’option médicamenteuse et l’option chirurgicale ; si ce n’est la probabilité non négligeable d’une rémission/guérison après une grossesse. En effet, les agonistes dopaminergiques, comme une adénomectomie sélective, permettent l’obtention d’une grossesse avec une probabilité similaire comprise entre 80-90 %. Cependant, l’efficacité remarquable des agonistes dopaminergiques, les risques très faibles d’évolutivité des microadénomes durant la grossesse, et le penchant non chirurgical de la plupart des patientes font que de plus en plus c’est l’option médicamenteuse qui est retenue dans une telle situation. Comme indiqué plus haut, le choix de l’agoniste dopaminergique n’est pas non plus univoque. Les prudents, les économes et les praticiens soucieux de respecter à la lettre les recommandations opteront pour la bromocriptine qui n’a comme défauts que la nécessité de prises multiples et une tolérance moyenne ; défauts sans doute mieux acceptés à ce stade de la pathologie par une patiente ayant un fort désir de maternité. Les autres, arguant d’une pharmacocinétique plus commode, d’une meilleure tolérance et peut-être d’un petit surplus d’efficacité volumétrique opteront pour le quinagolide, et surtout la cabergoline, non sans avoir informé la patiente de la légère transgression des règles établies.

Au vu du pronostic spontané excellent, tous s’accorderont pour interrompre le traitement dès lors que le diagnostic de grossesse sera formel, et informeront la patiente de cette recommandation.

Pour les mêmes raisons, il semble inutile de proposer à ces patientes une surveillance systématique du taux de PRl, du champ visuel et encore moins de l’IRM. Par contre, il est impératif de les éduquer de sorte qu’elles puissent réagir à l’apparition de maux de têtes inhabituels par leur chronologie, leur localisation, leur type ou leur intensité ; et également si elles ressentent un changement dans leur acuité visuelle ou leur champ de vision. Si ces signes apparaissaient (risque de moins de 1 % comme on l’a vu), un champ visuel et une IRM permettraient d’affirmer l’évolution volumétrique et ses conséquences fonctionnelles et de justifier la reprise d’un traitement par bromocriptine (tableau 3( Tableau 3 )). Le choix d’un autre agoniste ne se justifiant qu’en cas de résistance documentée à la bromocriptine, ou d’une tolérance à celle-ci si mauvaise que l’observance thérapeutique en serait vraiment compromise.

En dehors de ces derniers cas exceptionnels, aucune précaution supplémentaire ne doit être prise lors du travail ou pour l’allaitement, mais il est souhaitable de proposer une IRM au décours de la grossesse.
Tableau 3 Surveillance des adénomes à PRL en cas de désir de grossesseRecommandations concernant les examens systématiques à réaliser : toute évolution clinique nécessitera une évaluation complémentaire appropriée

Type adénome

Avant la grossesse

Pendant la grossesse

Après la grossesse

Clinique

[PRL]*

CV°

IRM

Clinique

[PRL]*

CV°

IRM

Clinique

[PRL]*

CV°

IRM

Microadénome

oui

oui

non

oui

oui

non

non

non

oui

oui

non

oui

MACROADÉNOME

Enclos ou extension para/inféro-sellaire

oui

oui

oui

oui

oui

non

non

non

oui

oui

non

oui

SANS menace du chiasma

oui

oui

oui

oui

oui

oui

oui

oui

oui

oui

oui

oui

AVEC menace du chiasma

oui

oui

oui

oui

oui

oui

oui

oui

oui

oui

oui

oui

Pour les macroadénomes (( figure 2 ))

Le traitement de première intention par un agoniste dopaminergique est le traitement habituel de ces AdPRL. Ce choix repose sur l’efficacité antisécrétoire et sur la réduction du volume tumoral conséquente observée pour 75 % des cas, en moyenne ; ainsi que sur les résultats chirurgicaux décevants dans cette indication. La cabergoline qui semble avoir une plus grande efficacité anti-tumorale en première intention pour ces patientes [42], assez rares, sera souvent la molécule proposée. Une contraception mécanique ou par progestatifs sera systématiquement conseillée, de sorte à aborder la grossesse en terrain connu, c’est-à-dire après avoir vérifié l’effet antisécrétoire et la réduction de volume avant « d’autoriser » une grossesse. Cet état des lieux est souvent réalisé après 6 mois de traitement. Il semble même raisonnable de solliciter un délai supplémentaire de 6 mois lorsque le macroadénome comporte une extension suprasellaire importante.

Au terme de cette période initiale, le taux de PRL est habituellement normalisé, le retour à une fertilité optimale sous couvert de la poursuite du traitement médicamenteux peut être attendu, et on peut distinguer les macroadénomes qui sont menaçants pour le chiasma de ceux qui ne le sont pas.

Les macroadénomes qui ne sont pas menaçants pour le chiasma sont des macroadénomes enclos ayant bien réagi au traitement ou plus rarement des macroadénomes ayant une extension latéro- ou infra-sellaire. Le risque d’aggravation significative durant la grossesse pour ces patientes est faible (5 %). Cela permet d’interrompre le traitement dès le diagnostic de grossesse porté. Cependant, la situation est un peu moins confortable ce qui explique qu’une surveillance régulière (tous les 2-3 mois) du champ visuel et une IRM sans injection de gadolinium en fin de 6e mois soient habituellement recommandées.

La prise en charge est moins univoque pour les macroadénomes qui sont menaçants pour le chiasma.

En effet, dans ce contexte, le risque d’évolution significative durant la grossesse est sans doute proche de celui observé pour des macroadénomes non traités, soit 30 % environ. C’est pourquoi l’attitude préconisée ci-dessus ne paraît pas licite.

En fonction du degré d’extension suprasellaire, de la qualité de la réponse au traitement préalable par agoniste dopaminergique, de la tolérance à la bromocriptine, et des préférences de la patiente dûment informée des risques, des avantages et inconvénients de chacune des deux options de prise en charge, il est possible de choisir entre une chirurgie de réduction tumorale et la poursuite de la bromocriptine tout au long de la grossesse.

La poursuite du traitement durant toute la grossesse est acceptable compte tenu des données de la littérature concernant l’innocuité habituelle de la bromocriptine.

L’objectif théorique de la chirurgie sera d’obtenir une réduction du volume tumoral telle qu’elle permette de proposer à la patiente la même attitude que celle du cas non menaçant décrit ci-dessus, sans toutefois courir le risque d’un hypopituitarisme qui rendrait plus complexe encore la mise en route d’une grossesse.

Dans ces deux cas, une surveillance étroite durant la grossesse est requise : champ visuel mensuel, IRM à la fin du 6e mois, et en cas de céphalées ou de signes visuels (tableau 3).

La surveillance permettra d’identifier une aggravation, de réintroduire la bromocriptine si elle avait été interrompue, et le cas échéant d’augmenter sa posologie si elle avait été maintenue. Lorsque l’amélioration sous traitement (repris ou renforcé) n’est pas suffisante il semble préférable de proposer un traitement par quinagolide [26] ou par cabergoline [33], plutôt que risquer un accouchement prématuré ou une perte fœtale qui constituent des risques véritables en cas de recours à une chirurgie décompressive. Celle-ci devra cependant être indiquée dans quelques cas rebelles aux agonistes dopaminergiques. Le choix d’un abord endoscopique nasosinusien sera préféré du fait d’une invasivité moindre si un opérateur expert de cette modalité technique est disponible [43, 44].

Dans tous les cas où une aggravation pergravidique aura été observée, il semble licite d’avoir une attention particulière lors du travail d’accouchement et dans le post-partum, de ne pas conseiller un allaitement, et de faire réaliser une IRM après l’accouchement pour dépister une éventuelle extension tumorale demeurée asymptomatique.

Après la grossesse

Comme nous l’avons déjà souligné, l’allaitement n’est contre-indiqué que pour les femmes ayant eu une aggravation cliniquement significative durant la grossesse (( figure 3 )).

Si la femme ne désire pas allaiter, une prescription d’agoniste dopaminergique sera rapidement instaurée de sorte à éviter la montée de lait et à poursuivre la prise en charge de façon simple.

À court terme, la question d’une contraception va se poser. La mise en place d’un stérilet est sans doute la méthode la plus pertinente. Mais ce choix est parfois contre-indiqué ou refusé par la patiente. Un microprogestatif pourra être proposé, le recours à une contraception estroprogestative ne semble licite que pour les micro-adénomes ou les macroadénomes bien contrôlés par un agoniste dopaminergique.

Conclusion

En matière d’AdPRL et de grossesse, la pratique clinique se résume habituellement au suivi d’un microadénome pour lequel le traitement par agoniste dopaminergique a restauré une fertilité normale avec un risque quasi nul d’évolutivité durant une grossesse.

Plus rarement, il s’agit de la prise en charge complexe d’un macroadénome par une équipe spécialisée associant gynécologue-obstétricien, neuroradiologue, ophtalmologue, neurochirurgien et endocrinologue. Dans ces cas, la collaboration de tous et notamment celle de la patiente objectivement informée doit permettre, sans précipitation ni alarmisme excessif, d’obtenir une évaluation précise de la situation initiale, et de prendre les décisions qui s’imposent pour restaurer la fertilité tout en réduisant le risque d’évolution pergravidique. Une surveillance appropriée de ces cas particuliers doit assurer la prise en charge optimale d’une éventuelle aggravation dans l’intérêt de la mère et de l’enfant à naître.

Références

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