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Les médicaments du risque cardiovasculaire chez le diabétique de type 2


Médecine. Volume 5, Numéro 9, 404-9, Novembre 2009, Stratégies

DOI : 10.1684/med.2009.0474

Résumé  

Auteur(s) : Pierre Gallois, Jean-Pierre Vallée, Yves Le Noc , Société Française de Documentation et de Recherche en Médecine Générale .

Résumé : Le risque cardiovasculaire est majeur chez le patient atteint de diabète de type 2, multiplié par un facteur 2 à 3 chez l'homme et 4 à 5 chez la femme [1]. Sa prévention primaire pose plusieurs questions difficiles au(x) médecin(s) de ce patient. La première est celle du bénéfice à attendre des médicaments utilisables dans cette prévention. Depuis de nombreuses années, le bénéfice du traitement de l'hypertension artérielle du diabétique a été largement démontré, malgré les réserves que l'on peut faire sur les différentes études, notamment l'étude de référence qu'est l'UKPDS1. La seconde question concerne le choix des médicaments, voire leur hiérarchisation et l'élimination de certains quand l'ordonnance tend à s'alourdir. La troisième est celle des objectifs à atteindre, qu'il s'agisse de protection par aspirine, de cibles tensionnelles ou lipidiques à atteindre.

Mots-clés : diabète, HTA, insuffisance cardiaque, prévention, risque cardiovasculaire, seuil

ARTICLE

Ces dossiers sont issus de textes publiés chaque semaine depuis quelques années dans Bibliomed. Actualisés si nécessaire en fonction des données les plus récentes, ils ne résultent pas d'une revue systématique de la littérature, mais d'une veille documentaire en continu des principales revues médicales publiant des études fondées sur les preuves, ou des recommandations en résultant. Ils ont pour ambition de fournir au médecin généraliste une actualisation des données sur les questions pertinentes pour leur pratique retenues par le comité de rédaction.

Nous avons vu dans le précédent article (Médecine octobre) que les « bons choix » concernant le mode de vie du patient à risque ou atteint de diabète de type 2 passent par des changements fondamentaux ­ difficiles ­ dans la vie de tous les jours : activité physique, contrôle du poids, hygiène alimentaire ; auxquels il faut ajouter en priorité l'arrêt du tabagisme quand il existe. Ces mesures peuvent retarder l'apparition des complications et doivent être poursuivies sous traitement. Celui-ci doit être adapté à chaque patient, selon son âge physiologique, ses comorbidités, la sévérité et l'ancienneté du diabète. Il vise d'abord à normaliser l'hyperglycémie, dont le rôle délétère a été souvent démontré dans les études épidémiologiques et interventionnelles. Ce point fera l'objet d'un troisième article. Le second objectif est de corriger l'ensemble des facteurs de risque cardiovasculaire ajustables :

­ L'adjonction d'aspirine pour son rôle d'antiagrégation plaquettaire est un débat ancien sur lequel il ne semble pas que nous disposions de réponses « définitives ».

­ Un contrôle tensionnel strict apporte des bénéfices importants à la fois pour prévenir et stabiliser la microangiopathie et la macroangiopathie, mais jusqu'où faut-il aller dans ce contrôle ?

­ La correction des anomalies lipidiques joue ­ avec l'arrêt du tabac ­ un rôle majeur dans la prévention cardiovasculaire primaire et secondaire, mais faut-il aller au-delà du traitement des dyslipidémies ?

L'observance de ces différents traitements médicamenteux ne peut se concevoir sans la participation active du patient et la complémentarité des différents professionnels de santé.

Les questions auxquelles répond ce dossier ont fait l'objet de 3 publications de Bibliomed : 548 du 4 juin 2009, 550 du 18 juin 2009, 372 du 3 février 2005 (mise à jour 2009).

1. Voir les articles sur ce sujet dans les deux numéros précédents de Médecine.

Faut-il prescrire de l'aspirine ?

Les données disponibles en 2006 montraient un bénéfice significatif, mais minime, de l'aspirine en prévention primaire du risque cardiovasculaire (RCV) en population générale, dépendant du niveau individuel de risque [2]. Elles permettaient de tenir compte des préférences et choix du patient, en l'informant clairement des bénéfices attendus et des risques encourus. La mise à jour des recommandations américaines de l'US Preventive Services Task Force (USPSTF) [3, 4], 2 essais randomisés récents chez des diabétiques [5] apportent des arguments sur trois questions clés : quand utiliser l'aspirine en prévention primaire ? À quelle dose ? Un diabète de type 2 justifie-t-il des recommandations spécifiques ?

Les données en population générale

La nouvelle méta-analyse de l' [2] a inclus les données les plus récentes disponibles, notamment celles de la Women's Health Study (près de 40 000 femmes). Selon ces données, l'USPSTF recommande l'aspirine en prévention primaire (grade A) [3]

­ du risque d'infarctus chez les hommes de 45 à 79 ans à condition que le bénéfice cardiovasculaire attendu excède le risque hémorragique potentiel (RCV à 10 ans > 4 % chez les 45-59 ans, 9 % chez les 60-69 ans, 12 % chez les 70-79 ans) ;

­ du risque d'AVC chez les femmes de 55 à 79 ans (même réserve, RCV à 10 ans 6 à 3, 8, et 11 %).

Il n'existe pas de preuves suffisantes au-delà de 80 ans.

L'avancée en âge et le sexe sont les principaux facteurs de risque hémorragique (2 fois plus de risque chez l'homme que chez la femme), puis les gastralgies et ulcères gastriques (risque × 2 ou 3) et l'utilisation concomitante d'AINS (risque × 4). Aucune « protection » pharmacologique n'a montré clairement d'efficacité. L'HTA non contrôlée et les anticoagulants augmentent également le risque hémorragique.

L'USPSTF recommande de ne pas utiliser l'aspirine en prévention primaire avant 45 ans chez l'homme et 55 ans chez la femme (grade DLa dose optimale n'est pas connue. La dose utilisée dans la Women's Health Study était de 100 mg/j, mais 75 mg/j sont aussi efficaces alors que le risque hémorragique est dose-dépendant.

Le paradoxe du diabète de type 2 ?

Les recommandations semblent extrapolées des données d'autres groupes à risque plutôt que sur des études spécifiques, alors qu'un nombre croissant de données suggèrent que l'aspirine en prévention primaire a une efficacité inférieure chez les patients diabétiques que non diabétiques [5]. Si les données de l'USPSTF n'ont pas vraiment analysé le problème [2], la méta-analyse de l' [in 5], à côté d'une réduction de 22 % d'événements CV chez les 140 000 patients de l'ensemble des études, ne note qu'une réduction non significative de 7 % sur les 5 000 diabétiques individualisés [5]. Deux essais randomisés récents n'ont pas montré de réduction des événements cardiovasculaires : un essai japonais sur 2 539 diabétiques de type 2 suivis plus de 4 ans [in 5], et un essai écossais [6] sur 1 276 diabétiques de type 1 ou 2, de plus de 40 ans, avec une atteinte artérielle périphérique asymptomatique (index de pression systolique (IPS) cheville/bras < 0,99) suivis 4,5 à 8,6 ans. Deux autres essais sont en cours [5].

La discordance de résultat de l'aspirine entre diabétiques et non diabétiques reste mal expliquée. On a évoqué une résistance à l'aspirine chez le diabétique, en l'absence de maladie cardiovasculaire symptomatique [7]. Cela suggère surtout que les diabétiques bénéficiaires de l'aspirine doivent avoir une atteinte symptomatique, le seul index de pression systolique, critère très intermédiaire d'une athérosclérose des membres inférieurs, ne suffisant ainsi pas à définir la probabilité de ce bénéfice [8].

 

Que conclure pour notre pratique ?

Aucune recommandation de prescription d'aspirine en prévention primaire chez le diabétique de type 2 n'est actuellement factuelle. Les données des études faites chez des patients non diabétiques à risque élevé ou en prévention secondaire [9] ne peuvent être transposées chez le diabétique en prévention primaire. Des études complémentaires apporteront peut-être un nouvel éclairage (une revue Cochrane est en cours) [8].

Le diabète ne justifie pas en soi la prescription systématique d'aspirine en prévention primaire du risque cardiovasculaire. Les recommandations ne prévoient pas d'attitude spécifique pour les diabétiques mais la plupart des essais chez les diabétiques n'apportent pas de données factuelles en faveur de l'aspirine. Son utilisation éventuelle implique d'informer le patient de ces incertitudes [7, 8, 10]. La prévention primaire du risque cardiovasculaire passe en fait avant tout par le traitement de l'hyperglycémie et des autres facteurs de risque.

Que proposer au diabétique de type 2 hypertendu ?

Traiter le diabète de type 2 vise avant tout à réduire le risque cardiovasculaire. Contrôler l'hyperglycémie est bénéfique pour les complications microvasculaires, plus incertain pour les macrovasculaires. Contrôler une hypertension artérielle, présente chez 40 à 60 % de ces malades [1], est indispensable. Le choix des médicaments de l'HTA et des cibles à atteindre pose au prescripteur des questions complexes.

Abaisser les chiffres tensionnels

L'étude UKDPS montrait en 1998 le bénéfice du traitement d'une HTA associée : réduction significative des microangiopathies (37 %, p = 0,009), des morts liées au diabète (32 %, p = 0,019), des AVC (44 %, p = 0,013), mais non significative des infarctus (16 %, p = 0,052), ceci en comparant deux traitements, strict et non strict [11]. Ce bénéfice était associé à une différence entre les deux groupes de 10 mm pour la systolique et de 5 mm pour la diastolique (142/82 dans le groupe « strict » vs 154/87 dans le groupe « non strict »). Il a été démontré de manière équivalente chez plus de 20 000 participants d'études randomisées (1 148 dans UKPDS, 1 501 dans HOT, 12 063 dans ALLHAT, 3 577 dans HOPE, 1 195 dans LIFE [in 1], 480 dans ABCD-N, 480 dans ABCD-H, 80 dans STENO-2, 499 dans SANDS [in 12]). Diverses recommandations ont traduit ces résultats en objectifs tensionnels à atteindre : 130/80 mmHg, le chiffre diastolique étant le mieux argumenté [1, 13].

Une récente méta-analyse Cochrane [12] regroupe les études randomisées comparant l'atteinte d'une cible tensionnelle inférieure à 135/85 vs 140-160/90-100. Parmi les 7 études retenues, 3 (ABCD-H, ABCD-N et HOT) concernaient environ 2 500 patients atteints de diabète de type 2. La différence moyenne obtenue entre les deux groupes était de 3,9 mmHg pour la systolique et 3,4 pour la diastolique (p significatifs). Cela n'entraîne pas de différence significative pour la mortalité (RR 0,72 ; IC 99 % 0,47-1,10) et la morbidité cardiovasculaire (RR 0,80 ; 0,59-1,09), malgré une tendance favorable, ce que traduit le large intervalle de confiance (résultats analogues pour l'autre groupe à risque qu'est celui des insuffisants rénaux). Par ailleurs, un grand nombre des patients de HOT n'ont pas réussi à atteindre la cible prévue malgré le traitement.

Avec quels médicaments ?

De nombreuses études ont analysé bénéfices et risques des classes d'antihypertenseurs chez le diabétique. Le risque diabétogène souvent évoqué existe peut-être pour les bêtabloquants mais pas pour les thiazidiques. En fait, ces données ne justifient pas de modifier les choix dans le diabète de type 2.

Selon diverses études, Il n'y avait pas en 1998 de différence significative entre les grandes classes thérapeutiques : diurétiques, bêtabloquants, IEC, sartans, inhibiteurs calciques, avec une petite réserve pour ces derniers. L'étude ALLHAT, la plus puissante de toutes les études réalisées sur ce sujet, a confirmé ces données, plaçant cependant les thazidiques en tête. Dans une relecture de cette étude, tenant compte des nouveaux essais, méta-analyses, et analyses de suivi des sous-groupes d'ALLHAT [14], la chlortalidone était supérieure à la doxazosine en prévention du risque cardiovasculaire notamment insuffisance cardiaque (RR 1,80 ; 1,40-2,22) et AVC (RR 1,26 ; 1,10-1,46) ; au lisinopril en prévention du RCV (RR 1,10 ; 1,05-1,16, AVC inclus chez les noirs uniquement) et IC (RR 1,20 ; 1,09-1,34) ; et à l'amlodipine (réduction du risque d'IC de 28 %, des cas hospitalisés ou fatals de 26 %). Il y avait équivalence entre diurétique, IEC, et calcium-bloquant pour la prévention de l'insuffisance rénale terminale, et pas de majoration du risque cardiovasculaire chez les nouveaux diabétiques traités par diurétique (RR 0,96 ; 0,8-2,42). Celui-ci doit donc être inclus dans toute association d'antihypertenseurs [14].

Les études concernant la place préférentielle des IEC dans le diabète de type 2 en raison d'un éventuel effet protecteur rénal sont de faible niveau de preuve. Il semble cependant justifié de les prescrire à forte dose lorsqu'il existe une microalbuminurie pour réduire le risque cardiovasculaire [15]. La présence d'une microalbuminurie, à rechercher périodiquement, est en effet associée selon des études épidémiologiques à une mortalité cardiovasculaire doublée, indépendamment des autres facteurs de risque cardiovasculaire [16].

Comment ?

Les stratégies de mise en oeuvre sont celles du traitement de l'HTA, avec un objectif plus strict :

­ Commencer par une monothérapie, en privilégiant les thiazidiques, ou les IEC si microalbuminurie [15].

• Associer les antihypertenseurs si le résultat est insuffisant. L'étude ADVANCE (11 140 patients) a utilisé une association à dose fixe indapamide-périndopril. La conclusion à tirer de cette étude est surtout que l'important est d'abaisser suffisamment les chiffres tensionnels, quelle que soit l'association prescrite [16-18].

• S'assurer d'un bon rapport coût/efficacité [18].

• Prescrire et accompagner pour aider à l'observance : les patients de l'étude , dans les 5 ans après la fin de l'étude et du suivi qui l'accompagnait, ont vu disparaître les différences tensionnelles entre les deux groupes, et parallèlement les bénéfices en termes cardiovasculaires [15].

Que conclure pour notre pratique ?

Contrôler l'hypertension prévient mieux le risque cardiovasculaire du diabétique que le seul contrôle de son hyperglycémie. L'objectif est de ramener les chiffres tensionnels au-dessous de 140/90, voire moins si possible, bien qu'il reste à démontrer que l'atteinte d'une cible inférieure à 130/80 est préférable.

Les diurétiques thiazidiques ont le meilleur niveau de preuve comme traitement de première intention et comme élément constitutif indispensable dans toute association, l'indapamide, apparenté thiazidique, ayant un risque d'hypokaliémie plus important. Les grandes classes d'antihypertenseurs ont sensiblement la même efficacité. En présence d'une microalbuminurie, un IEC peut être un choix prioritaire dans toute association.

Aucune association médicamenteuse n'a fait la preuve de sa supériorité sur les autres. Elles doivent être utilisées si l'objectif tensionnel n'est pas atteint. Il faut également prendre en compte le rapport coût/efficacité.

Aucune prescription ne peut être efficace sans une éducation du patient et son accompagnement au long cours comme dans tout traitement d'une maladie chronique, ainsi que le montrent indirectement les résultats à distance de l'étude UKDPS.

Faut-il prescrire des statines à tous les diabétiques ?

La question d'une prescription systématique de statines, même en l'absence d'hypercholestérolémie avérée, se pose chez les diabétiques comme chez les hypertendus. Chez ceux-ci, l'utilité dépend plus de l'ensemble des facteurs de risque cardiovasculaire que des seuls chiffres de lipides [19]. Chez les diabétiques, le risque cardiovasculaire est augmenté, bien que leurs chiffres lipidiques soient similaires à ceux de la population générale [20]. Cinq grands essais randomisés apportent des données sur l'utilité de la prescription de statines en prévention primaire chez le diabétique de type 2 : les 3 premiers concernaient des hypertendus avec des sous-groupes importants de diabétiques, le quatrième et le cinquième uniquement des diabétiques. Ces études apportent-elles une réponse à notre question ?

ALLHAT-LLT

Réponse négative [21] : ce bras de l'essai ALLHAT comparait pravastatine (40 mg/j) vs soins usuels sur la mortalité toute cause et l'incidence d'infarctus mortels ou non. Les 10 335 patients américains hypertendus inclus (âge moyen 66 ans), traités pour HTA, avaient une hypercholestérolémie modérée et au moins un autre facteur de risque cardiovasculaire, dont un diabète de type 2 pour 3 638 patients. Après environ 5 ans de suivi, il n'y a pas eu de différence significative ni chez l'ensemble des patients ni chez les diabétiques, tant pour la mortalité que pour les événements CV. Le LDL cholestérol en fin d'étude était inférieur de 0,6 mmol/L dans le groupe statine.

ASCOT-LLA

Réponse non significative [22] : ce bras de l'essai ASCOT comparait atorvastatine (10 mg/j) vs placebo sur la survenue d'événements coronariens, mortels ou non. Les 10 305 patients anglo-scandinaves hypertendus (âge moyen 63 ans) avaient une hypercholestérolémie modérée et au moins 3 facteurs de risque CV associés, mais pas d'antécédent coronarien. Parmi eux, 2 532 avaient un diabète de type 2. Au bout de 3 ans, la réduction des événements coronariens et vasculaires cérébraux était significative dans le groupe atorvastatine pour l'ensemble des patients, mais pas dans le sous-groupe des diabétiques (3 % d'événements vs 3,6 % avec le placebo, NS). La différence de LDL cholestérol entre les deux groupes était de 1,02 mmol/L après 3 ans de suivi.

HPS

Réponse positive [23] : HPS comparait simvastatine (40 mg/j) vs placebo sur l'incidence de maladies cardiovasculaires chez des patients ayant un cholestérol inférieur au seuil d'intervention. Les 20 536 Anglais inclus (âge moyen 64 ans) avaient un cholestérol supérieur à 3,5 mmol/L et soit un antécédent de maladie cardiovasculaire, soit un diabète (5 963, analysés séparément) ou une hypertension. Le taux moyen de LDL-cholestérol était de 3,2 mmol/L (1,32 g/L). Sur 5 ans, la simvastatine a significativement réduit la mortalité et les événements cardiovasculaires (25 % en moyenne) chez l'ensemble des patients et chez les diabétiques (y compris les 2 912 diabétiques sans antécédent cardiovasculaire à l'inclusion, ou ayant un LDL cholestérol initial inférieur à 3 mmol/L). En fin d'étude, le LDL-cholestérol était de 2,3 vs 3,3 mmol/L.

CARDS

Réponse positive pour les événements cardiovasculaires, non significative pour les décès [24] : CARDS comparait atorvastatine (10 mg/j) vs placebo sur l'incidence des événements cardiovasculaires chez 2 838 Anglais diabétiques de type 2 (âge moyen 62 ans) ayant par ailleurs une HTA, ou un tabagisme, ou une rétinopathie ou une albuminurie, mais n'ayant ni complication cardiovasculaire ni hypercholestérolémie (LDL-cholestérol < 4,14 mmol/L). Après 4 ans, l'atorvastatine a réduit de 37 % (­ 52 % à ­ 17 % ; p = 0,001) l'incidence annuelle des événements cardiovasculaires (83, soit 1,5 % vs 127, soit 2,5 %), même en cas de LDL < 3,1 mmol/L. La réduction du nombre des décès n'était pas significative. Le LDL a été réduit en moyenne de 1,2 mmol/L dans le groupe statine.

ASPEN

Réponse non significative [25] : L'étude comparait atorvastatine (10 mg) vs placebo sur l'incidence des événements cardiovasculaires aux USA chez 2 470 diabétiques de type 2, dont 1905 en prévention primaire. Les paramètres lipidiques étaient tous améliorés dans le groupe atorvastatine (pour le LDL, la baisse était à 4 ans en moyenne de 30 %, vs 1 % dans le groupe placebo). Mais les résultats pour un critère composite d'événements cardiovasculaires graves (mortels ou non) étaient comparables dans les deux groupes après 4 ans : RR 0,97 (0,75-1,28). Selon les auteurs, cet « échec » ne remet cependant pas en cause l'objectif de diminution impérative du taux de LDL-cholestérol chez les diabétiques à haut risque cardiovasculaire.

 

Comment analyser ces données discordantes ?

La méthodologie même de ces essais peut expliquer certaines divergences. Des patients ont arrêté les statines dans le groupe statine, ou les ont ajoutées dans le groupe contrôle, principalement dans ALLHAT-LLT, ce qui a pu réduire les différences entre les groupes. Dans ASCOT-LLA, le bénéfice, significatif pour l'ensemble des patients, ne l'était plus pour les diabétiques, sans doute par manque de puissance statistique dans ce sous-groupe.

Les risques de base sont peu homogènes dans ces essais. Même s'il s'agit de patients d'Europe du nord, au risque cardiovasculaire de base assez élevé, le niveau de risque est très variable. Il s'agit d'essais de prévention primaire chez des patients diabétiques (si l'on ne prend en considération dans l'essai HPS que les 2 912 diabétiques sans antécédent cardiovasculaire). Pourtant, c'est bien du risque de base que dépend la réponse à notre question. Ainsi, dans l'exemple des diabétiques de HPS, le taux à 5 ans de premier événement cardiovasculaire dans le groupe placebo passait de 13 % en l'absence d'antécédent cardiovasculaire à 36 % en cas d'antécédent : traiter 1 000 patients diabétiques pendant 5 ans évitait un accident CV sévère chez 45 patients sans antécédents cardiovasculaire, et chez 120 avec antécédents [26].

Faut-il alors prescrire une statine à tous les diabétiques de type 2 ? « Pas si vite », répond l'éditorialiste du Lancet [27]. La prescription d'un médicament en prévention du risque cardiovasculaire doit prendre en compte le risque cardiovasculaire global et non les seuls chiffres de chaque facteur de risque considéré isolément. Le rapport bénéfice/risque est d'autant moins favorable que le niveau de risque est modéré (diabétiques de type 2 de moins de 40 ans ou sans autre facteur de risque, femmes préménopausées) : il faudrait en traiter beaucoup pour éviter un seul accident, au prix de plus nombreux effets délétères, dont le risque musculaire, surtout à posologie élevée. Chez ces patients, les approches non médicamenteuses doivent être tentées avant toute prescription [27]. Chez les diabétiques avec autre facteur de risque, un élargissement des prescriptions est justifié, a fortiori en prévention secondaire.

Références

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  2. Collectif. Quelle place pour l'aspirine en prévention primaire cardiovasculaire? Bibliomed. 2006:434. Disponible sur www.unaformec.org
  3. USPSTF. Aspirin for the prevention of cardiovascular disease: US Preventive Services Task Force Recommendation Statement. Ann Intern Med. 2009;150:396-404.
  4. Wolff T et al. Aspirin for primary prevention of cardiovascular events: an update of the evidence. Ann Intern Med. 2009;150:405-10.
  5. Nicolucci A. Aspirin for primary prevention of cardiovascular events in diabetes. Still an open question. JAMA 2008;300(18):2180-1.
  6. Belch J et al. The prevention of progression of arterial disease and diabetes (POPADAD) trial: factorial randomised placebo controlled trial of aspirin and antioxidants in patients with diabetes and asymptomatic peripheral arterial disease. BMJ. 2008;337:1030-4.
  7. Walsh M, Spurling G. Aspirin in type 2 diabetes: Is there any evidence based? BMJ. 2008;337:1163-5.
  8. Hiatt WR. Aspirin for prevention of cardiovascular events is only effective in established cardiovascular disease. BMJ. 2008;337:1005-6.
  9. Collectif. Quels antiagrégants chez le patient à haut risque cardiovasculaire? Bibliomed. 2006:429. Disponible sur www.unaformec.org
  10. Mehta SR. Aspirin for prevention and treatment of cardiovascular disease. Ann Intern Med. 2009;150:414-6.
  11. UK Prospective Diabetes Study Group. Tight blood pressure control and risk of macrovascular and microvascular complications in type 2 diabetes: UKPDS 38. BMJ. 1998;317:703-13.
  12. Arguedas JA et al. Treatment blood pressure targets for hypertension. Cochrane Database of Systematic Reviews 2009, Issue 3.
  13. Prescrire rédaction. Essai Advance et diabète de type 2. Prescrire. 2008;295:395-6.
  14. Jackson T, Wright Jr JT et al. ALLHAT Findings Revisited in the Context of Subsequent Analyses, Other Trials, and Meta-analyses. Arch Intern Med. 2009;169:832-42.
  15. Holman RR et al. 10-year follow-up of intensive glucose control in type 2 diabetes. N Engl J Med. 2008;359:1577-89.
  16. Prescrire rédaction. Diabète de type 2 et microalbuminurie. Limiter surtout le risque cardiovasculaire. Prescrire. 2004;255:760-8.
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  21. Tahrani AA et al. Metformin, heart failure, and lactic acidosis: is metformin absolutely contraindicated? BMJ. 2007;335:508-12.
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  26. Collins R et al. Comments on the MRC/BHF Heart Protection Study. Lancet. 2003;362:744-5.
  27. Garg A. Statines for all patients with type 2 diabetes : not so soon. Lancet. 2004;364:641-2.

En résumé : Le diabétique de type 2 et ses médicaments (1)
Prévention primaire du risque cardiovasculaire

­ Le diabète de type 2 ne justifie pas en soi la prescription systématique d'aspirine en prévention primaire du risque cardiovasculaire. La plupart des essais chez les diabétiques n'apportent pas de données factuelles en faveur de l'aspirine. La prévention primaire du risque cardiovasculaire passe en fait avant tout par le traitement de l'hyperglycémie et des autres facteurs de risque.

­ Contrôler l'hypertension prévient mieux le risque cardiovasculaire du diabétique que le seul contrôle de son hyperglycémie.

­ Les diurétiques thiazidiques ont le meilleur niveau de preuve comme traitement de première intention et comme élément constitutif indispensable dans toute association. En présence d'une microalbuminurie, un IEC peut être un choix prioritaire dans toute association.

­ Les données concernant la prescription de statines sont discordantes. Le rapport bénéfice/risque est d'autant moins favorable que le niveau de risque est modéré. Chez ces patients, les approches non médicamenteuses doivent être tentées avant toute prescription. En présence d'autres facteurs de risque, un élargissement des prescriptions est justifié, a fortiori en prévention secondaire.

Notes :

  1. Le grade « D » selon l'USPSTF correspond à une recommandation négative fondée sur des preuves de niveau élevé (le grade D correspondant donc au grade A lorsqu'il s'agit de recommandation positive).
  2. Les résultats n'étaient pas non plus significatifs dans le sous-groupe prévention secondaire.


 

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