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Impact économique de la préparation centralisée des médicaments anticancéreux


Journal de Pharmacie Clinique. Volume 22, Numéro 4, 181-5, octobre-novembre-décembre, ARTICLE ORIGINAL


Résumé   Summary  

Auteur(s) : C. LEGAT, S. LIMAT, J. COUTET, F. D‘ATTOMA, M. JACQUET, M.‐C. WORONOFF‐LEMSI , Pharmacie centrale, Direction des finances, CHU de Besançon, Boulevard Fleming, 25030 Besançon .

Résumé : La préparation centralisée des médicaments anticancéreux satisfait à des objectifs de qualité et de sécurité. Son intérêt économique a fait l‘objet de plusieurs études, avec des approches méthodologiques très hétérogènes. Cette étude évalue l‘impact économique de la centralisation dans un centre référent en cancérologie. L‘analyse inclut 22 809 préparations. Elle compare les coûts en médicaments anticancéreux observés en unité centralisée à des coûts théoriques dans les unités de soins, modélisés selon deux approches. Avec une approche conservatrice, l‘impact de la centralisation est estimé à 5,6 et 8,1 %. Il est très largement lié à la préparation des molécules onéreuses (83 %). L‘analyse de sensibilité montre la robustesse de ces résultats (impact de 5,5 à 9,2 %). Hors personnel, cet impact permet de compenser les dépenses annuelles de fonctionnement de l‘unité. La centralisation permet ainsi une meilleure répartition des rôles au sein de l‘hôpital et offre une source d‘autofinancement de l‘amélioration de la qualité.

Mots-clés : médicament anticancéreux, reconstitution centralisée, impact économique

ARTICLE

Auteur(s) : C. LEGAT1, S. LIMAT1*, J. COUTET1, F. D'ATTOMA2, M. JACQUET1, M.-C. WORONOFF-LEMSI1

1 Pharmacie centrale,
2
Direction des finances, CHU de Besançon, Boulevard Fleming, 25030 Besançon

Le concept d'unité centralisée de reconstitution (UCR) des médicaments anticancéreux est en constant développement dans les centres hospitaliers. Il satisfait à des objectifs de qualité et de sécurité (circulaire du 26 mars 1998) [4].
La qualité chimique et bactériologique des préparations est améliorée par la manipulation en atmosphère stérile et la standardisation des pratiques [7, 17]. La sécurité du personnel est assurée en limitant les risques d'inhalation et de contact direct avec les médicaments et en maîtrisant les déchets [8, 13, 16].
L'intérêt économique de la centralisation des préparations des cytostatiques a été démontré par plusieurs études françaises [1, 3, 6, 9, 10, 12, 14, 15]. La réduction des coûts de traitement variait de 3,5 % [14] à 46,7 % [3]. Cependant, la méthodologie des analyses était très hétérogène, notamment pour l'évaluation économique. D'une part, la durée des études était limitée, et l'extrapolation des résultats a souvent été réalisée à partir d'un faible nombre de préparations. D'autre part, l'impact économique est, à l'évidence, dépendant de l'activité de chimiothérapie (nombre de préparations et recrutement) et du type d'équipement utilisé pour la préparation (isolateur ou hotte à flux d'air laminaire). Il est donc variable en fonction de la structure hospitalière.
L'objectif de cette étude est d'estimer l'impact économique de la centralisation des préparations en isotechnie, dans un centre référent régional en cancérologie, et d'en évaluer les principaux paramètres.

Matériel et méthodes

Contexte de l'analyse

Activité de chimiothérapie

L'étude est réalisée au centre hospitalier universitaire de Besançon, reconnu comme centre référent régional en cancérologie dans le schéma régional d'organisation sanitaire (SROS) [4]. Différentes activités de cancérologie y sont regroupées : radiothérapie, oncologie médicale, pneumologie, hématologie (dont un secteur d'auto- et allogreffes) et onco-hématologie pédiatrique. L'UCR existe depuis mars 1997. Elle repose sur un système d'isotechnie de type modulaire (microflow). Depuis fin 1999, la totalité des chimiothérapies (anticancéreux et traitements adjuvants) est préparée à l'UCR. L'activité est d'environ 25 000 préparations par an. Deux tiers de ces préparations sont administrés en hôpital de jour, avec un délai médian de fabrication d'environ 30 minutes. Le circuit des chimiothérapies est totalement informatisé, de la prescription au bureau médical à l'édition des fiches de fabrication à l'UCR. Un pharmacien, un interne, quatre préparateurs et deux agents de service hospitalier sont affectés à cette activité. Les préparations sont réalisées au jour le jour, y compris le week-end et les jours fériés (astreinte opérationnelle).

Pratiques pharmaceutiques

Sur la période étudiée (année 2000), quarante-quatre médicaments, hors essais thérapeutiques, sont référencés. Le système d'isotechnie modulaire permet d'utiliser les conditionnements les plus importants (par exemple : flacons de 5-FU à 5 g), à l'exception des médicaments à stabilité courte pour lesquels plusieurs conditionnements sont utilisés (par exemple : docétaxel 20 mg et 80 mg). La présence de réfrigérateurs à l'intérieur des isolateurs permet le cas échéant de conserver et de ré-utiliser ces produits dans la limite de leur stabilité, après une première utilisation ou après reconstitution pour les lyophilisats. Les stabilités sont déterminées sur la base des données de la littérature. En cas d'incident sur un isolateur, pouvant être à l'origine d'une contamination potentielle, les flacons entamés sont détruits.

Analyse économique

Évaluation des quantités en principes actifs inhérentes à deux modes d'organisation

L'analyse principale compare le coût réel en principes actifs des préparations réalisées à l'UCR aux coûts théoriques des mêmes préparations réalisées dans les unités de soins. Elle porte sur l'ensemble des préparations réalisées pendant l'année 2000, à l'exclusion des médicaments en essais thérapeutiques. Les données initiales sont extraites du logiciel de prescription et de préparation des chimiothérapies du CHU de Besançon (CHIMIO).

Système centralisé

Sur la période étudiée, les quantités en PA observées en UCR incluent :
– la dose exacte préparée (mg, UI) ;
– les pertes inhérentes au fonctionnement de l'UCR, estimées sur l'année et pour chaque spécialité grâce au système de gestion économique et financière (GEF) ;
– les préparations déclarées non conformes (NC) et détruites [11] ;
– les préparations non administrées (NA) au patient et détruites [5]. Dans notre centre, une préparation non administrée ne peut être utilisée que pour le même patient, si sa stabilité le permet, et si la dose prescrite n'a pas été modifiée.

Système décentralisé

Les quantités correspondantes en organisation décentralisée, dans les services de soins, sont modélisées selon deux approches.

Estimation maximale

Chaque préparation est réalisée en tenant compte des différents conditionnements du médicament disponibles sur le marché. L'estimation est réalisée « au flacon près » par préparation, en considérant que le reste du flacon non utilisé est jeté après chaque préparation. Cette première hypothèse correspond à des préparations réalisées sur paillasse dans les unités de soins.

Estimation minimale

Chaque préparation est réalisée en tenant compte des différents conditionnements du médicament disponibles sur le marché. En intégrant la stabilité du produit, l'estimation est réalisée « au flacon près » par journée pour l'ensemble des préparations comportant le même médicament dans un même service. Cette seconde hypothèse correspond à des préparations réalisées sous hotte à flux laminaire dans les unités de soins.

Valorisation

La valorisation est réalisée sur la base des prix obtenus au CHU de Besançon, dans le cadre des procédures d'appels d'offres et marchés négociés, pour l'année 2000.
Elle porte uniquement sur les médicaments anticancéreux. Elle exclut ainsi les solvants, diluants et dispositifs médicaux stériles, sur l'hypothèse qu'ils ne varient pas quels que soient le lieu et le type de préparation. De même, les frais de structure et de personnel ne sont pas pris en compte dans l'analyse primaire.

Analyse de sensibilité

Une analyse de sensibilité fait varier différents paramètres de l'étude. Elle permet de tester la robustesse et d'évaluer la généralisation des résultats obtenus.
Différentes analyses sont réalisées en :
– utilisant les tarifs 2002 ;
– appliquant une diminution de 30 % aux prix des spécialités onéreuses en cancérologie (pour anticiper la mise à disposition potentielle de génériques dans le futur) ;
– appliquant une variation de ± 20 % aux prix des spécialités pouvant être mise en concurrence, afin d'intégrer la variabilité liée à l'hétérogénéité des établissements.
Une dernière analyse exclut les pertes recensées au sein de l'UCR, en estimant qu'elles peuvent être équivalentes quel que soit le lieu de fabrication.

Estimation du coût d'une préparation en système centralisé

En parallèle à l'analyse principale, le coût de préparation, hors principe actif, est estimé en collaboration avec la direction des finances du CHU de Besançon, sur la base de la comptabilité analytique (année 2000) de l'établissement. Cette estimation intègre :
– les dépenses en personnel (calculées sur la base d'indices moyens) ;
– les dépenses médicales (solutés de perfusions, dispositifs médicaux incluant les perfuseurs, matériels et fournitures médicales inhérents à l'installation, maintenance des appareils) ;
– les dépenses hôtelières, incluant les fournitures non médicales inhérentes à l'installation, l'entretien et les interventions opérées sur les appareils ;
– l'amortissement (installation acquise en 1996 et complétée d'un isolateur en 1999).

Résultats

Préparations

Sur l'année 2000, 22 809 préparations (hors essais thérapeutiques) sont incluses. Sur la même période, les taux de préparations non conformes et non administrées s'élèvent respectivement à 0,37 % et 1,30 %.

Évaluation économique

L'évaluation globale des coûts de préparation est présentée dans le tableau I. L'impact économique de la centralisation est estimé à 5,6 et 8,1 %, selon l'hypothèse retenue.

Tableau IÉvaluation globale des coûts en principes actifs.
Coûts (euros)
Système centralisé [A] 1 791 717
Coût fabrication UCR 1 770 781
Coût pertes (pertes en fabrication, NC, NA) 20 936
Système décentralisé
Estimation minimale [B] 1 897 828
Estimation maximale [C] 1 949 663
Impact de la centralisation
Minimal [A-B] 106 110 (5,59 %)
Maximal [A-C] 157 945 (8,10 %)

Le tableau II représente les résultats obtenus sur 18 spécialités onéreuses en cancérologie, telles que définies par la mission PMSI de la direction de l'hospitalisation et de l'organisation des soins en 2001. Le coût de ces spécialités (36 % des molécules étudiées) représente 83 % du coût total observé, quel que soit le mode de calcul. De même, l'impact inhérent à la centralisation de ces molécules représente entre 81 et 83 % de l'impact économique total.

Tableau II. Impact économique restreint aux spécialités onéreuses.

Coût UCR (euros) Estimation minimale (euros) Estimation maximale (euros) Impact économique minimal (euros) (%) Impact économique maximal (euros) (%)
Carboplatine 123 929 129 806 135 558 5 877
(3 %)
11 628
(7 %)
Docétaxel 309 899 321 637 328 512 11 738
(4 %)
18 613
(6 %)
Éloxatine 106 287 118 173 124 806 11 886
(10 %)
18 519
(15 %)
Épirubicine 160 488 161 568 164 134 1 080
(0,7 %)
3 646
(2 %)
Fludarabine 39 444 45 277 48 076 5 833
(13 %)
8 632
(18 %)
Fotémustine 19 117 24 581 24 581 5 464
(22 %)
5 464
(22 %)
Gemcitabine 174 571 179 596 182 207 5 025
(2,8 %)
7 636
(4 %)
Idarubicine 49 301 54 454 55 129 5 153
(9 %)
5 828
(11 %)
Irinotécan 86 698 91 394 92 179 1 696
(2 %)
2 481
(3 %)
Leustatine 22 571 27 767 31 734 5 196
(19 %)
9 163
(29 %)
Mitoxantrone 75 403 84 497 85 577 9 094
(11 %)
10 175
(12 %)
Paclitaxel 182 855 182 903 183 122 49
(0 %)
267
(0,1 %)
Pentostatine 36 946 46 740 48 864 9 794
(21 %)
11 919
(24 %)
Raltitrexed 14 451 16 072 16 072 1 621
(10 %)
1 621
(10 %)
Topotécan 4 892 10 518 10 518 5 626
(53 %)
5 626
(53 %)
Vinorelbine 77 368 80 655 84 141 3 287
(4 %)
6 672
(8 %)
Total 1 487 219 1 575 350 1 615 211 88 130
(6 %)
127 991
(8 %)
Pourcentage/ total des spécialités 83 % 83 % 83 %

Analyse de sensibilité

Les résultats sont présentés dans le tableau III. L'impact économique de la centralisation se situe entre 5,5 % et 9,2 %. Il est globalement peu sensible aux variations tarifaires envisagées. L'hypothèse reposant sur l'absence de préparations détruites en système décentralisé apparaît relativement conservatrice.

Tableau III. Analyse de sensibilité (en euros).
Tarifs 2002 Tarifs – 30 % Tarifs + 20 % Tarifs – 20 % Analyse sans perte UCR
Coût global
UCR 1 721 257 1 382 731 1 841 565 1 741 871 1 770 781
  coût UCR 1 702 386 1 365 738 1 819 792 1 721 770 1 770 781
  coût pertes 18 871 16 993 21 773 20 101 0
Coût service minimal 1 825 753 1 464 169 1 949 115 1 846 541 1 897 828
Coût service maximal 1 873 982 1 505 579 2 002 836 1 900 687 1 949 663
Impact minimum 104 496 (5,72 %) 81 439 (5,56 %) 107 550 (5,52 %) 104 670 (5,67 %) 127 047 (6,69 %)
Impact maximum 152 725 (8,15 %) 122 848 (8,16 %) 161 270 (8,05 %) 154 242 (8,13 %) 178 882 (9,17 %)

Coût moyen de préparation

Il est estimé à 19,27 euros par préparation, hors principe actif (tableau IV). Il est lié, en grande partie (63 %), à des dépenses en personnel.

Tableau IV. Estimation du coût moyen d'une préparation, hors principe actif (en euros).
Coût moyen/préparation Pourcentage
Personnel 12,24 63,6
Médicales 4,91 25,4
Hôtelières 1,79 9,3
Amortissements 0,33 1,7
Total 19,27

Discussion

L'intérêt économique de la centralisation des préparations des médicaments anticancéreux a été démontré [1-3, 6, 10, 12, 14, 15]. La mise en place d'une UCR apparaît comme un moyen d'optimiser les coûts de traitements en cancérologie. Cependant, les données disponibles reposent sur des méthodologies différentes. Certaines études ne prennent en compte que les médicaments, alors que d'autres incluent également les consommables, les équipements et le personnel. Ces études ont été réalisées dans des structures différentes, allant d'un service unique de pneumologie [9] à un centre de lutte contre le cancer [12]. Le nombre de préparations analysées est très hétérogène, variant de 226 [14] à 12 683 [12]. C'est sans doute pourquoi l'impact économique réel d'une centralisation est mal identifié, variant d'un surcoût de 9 % [13] à une non-dépense de 47 % [3].
Notre étude inclut 22 809 préparations, relatives à des pathologies et thérapeutiques très diversifiées : l'ensemble des tumeurs solides, les hémopathies malignes, l'intensification thérapeutique et l'onco-hématologie pédiatrique. Selon les hypothèses envisagées, la centralisation est à l'origine d'une non-dépense de 5,6 % ou 8,1 %. Ces résultats sont très robustes, se révélant insensibles aux variations opérées dans l'analyse de sensibilité. En revanche, ces estimations sont inférieures à la majorité des données publiées, la non-dépense se situant souvent entre 10 et 15 % [9, 10, 12]. Cette différence a sans doute une origine multi-factorielle : méthodologie adoptée, contextes différents, évolution majeure des stratégies thérapeutiques au cours de ces dix dernières années.
Dans notre étude, le coût des préparations en système centralisé est évalué avec précision, reposant sur une notion de circuit global du médicament et intégrant différents dysfonctionnements (erreurs de préparation, pertes, non administrées) [5, 11]. Les coûts théoriques des préparations dans les unités de soins sont modélisés en envisageant deux organisations différentes. Néanmoins, ces estimations restent conservatrices pour plusieurs raisons. Les difficultés organisationnelles sont volontairement ignorées. À l'hôpital et dans les unités de soins, la mise à disposition de tous les dosages disponibles et leur utilisation optimale est théorique et peu réaliste. Les dysfonctionnements (erreurs de préparation, non administrées, péremption des médicaments…) sont difficilement évaluables en système décentralisé, mais ils sont sans doute non négligeables. À titre indicatif, en excluant les pertes observées à l'UCR, l'impact économique global se situe alors entre 6,7 % et 9,2 %. Les dispositifs médicaux stériles nécessaires à la préparation et le traitement des déchets ne sont pas pris en compte dans l'analyse. Une centralisation des préparations doit, en théorie, influer positivement sur ces consommations de ressources [9]. Enfin, la mise en place d'un système centralisé permet généralement d'optimiser les pratiques (protocoles, prescription, administration) et d'améliorer la prise en charge du patient et son organisation, en particulier avec une meilleure définition des rôles et responsabilités au sein de l'hôpital. Tous ces différents éléments, non quantifiables, soutiennent l'hypothèse que l'impact économique réel de la centralisation est sous-estimé dans notre étude.
La non-dépense globale observée est principalement liée à la préparation centralisée des médicaments onéreux (83 % du total). Ces nouveaux médicaments sont principalement indiqués dans des pathologies courantes (cancers du sein, bronchiques, colorectaux, de l'ovaire), couramment prises en charge dans le cadre d'une chimiothérapie de proximité. Ainsi, le volume de préparations réalisées n'est pas le seul élément décisionnel à intégrer dans une réflexion économique. Compte-tenu de l'évolution actuelle des stratégies thérapeutiques, reposant sur un recours exponentiel à des molécules innovantes et coûteuses, l'intérêt économique d'une centralisation doit être envisagé dans le développement de la chimiothérapie de proximité, y compris pour des activités limitées. Cet argument s'ajoute évidemment aux autres intérêts d'une centralisation, en termes de qualité et de sécurité.
Nous avons volontairement limité l'analyse principale aux coûts des médicaments anticancéreux, contrairement à d'autres études publiées [9, 14]. L'intégration directe des coûts de fonctionnement, et notamment des dépenses en personnel, nous paraît en effet peu légitime. D'une part, le personnel mobilisé dans une UCR se substitue à du temps infirmier important, très dispersé, difficilement évaluable, et directement redéployé vers la prise en charge du patient. Ce constat est fondamental dans un contexte d'aménagement du temps de travail et de pénurie de recrutement de personnels soignants. D'autre part, le personnel d'une UCR se consacre également à des tâches inexistantes en système décentralisé (analyse pharmaceutique de la prescription, standardisation des pratiques, contrôle qualité), qui contribuent à optimiser le circuit du médicament et à améliorer la qualité de prise en charge du patient. La même logique peut être appliquée aux dépenses inhérentes à l'installation (matériel, consommables, maintenance, amortissements…), directement reliées à une amélioration de la qualité et de la sécurité des personnels. Dans notre étude, les coûts de fonctionnement, hors personnel de l'UCR, peuvent être estimés pour l'année à environ 160 000 euros, incluant des dépenses imputées aux services en système décentralisé (dispositifs médicaux, solutés). Ils sont ainsi très voisins des coûts en principes actifs évités par la centralisation. Avec une approche globale, la centralisation doit se concevoir comme une activité qui permet une meilleure répartition des charges et responsabilités, et qui offre une source d'autofinancement (partiel ou total) de l'amélioration de la qualité.

Conclusion

Notre étude confirme l'intérêt économique de la centralisation de la préparation des médicaments anticancéreux. Les résultats obtenus sont a priori exploitables dans différents contextes. Ils peuvent ainsi s'inscrire dans une logique d'aide à la décision auprès des différents acteurs (médecins, pharmaciens, directeurs, tutelles), à l'heure de l'accréditation, des contrats d'objectifs et de moyens (COM) et de la mise en application du plan cancer. La diminution des pertes reste le principal axe d'optimisation en système centralisé. Elle passe par la maîtrise du processus (limiter les non conformités), par une interface optimale et réactive avec les unités de soins (limiter les préparations non administrées) [5, 11]. Le regroupement de patients, bien que difficile à mettre en pratique, peut être envisagé dans certains contextes ou pour les médicaments très innovants. n

Références

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