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Électrocorticographie


Epilepsies. Volume 17, Numéro 3, 168-71, Juillet-Août-Septembre 2005, Échanges paramédicaux


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Martine Chamayou, Mireille Bousquet, Pr Géraud, Tiberge, Valton, Mme Hennani , Laboratoire de sommeil et d’épileptologie, CHU Rangueil, Toulouse.

Résumé : L’électrocorticographie (EcoG) est l’enregistrement de l’activité neuronale par l’intermédiaire d’électrodes directement placées sur le cortex cérébral. Cet examen est pratiqué en peropératoire après crâniotomie dans le cadre de la chirurgie curative d’une épilepsie pharmacorésistante. Il est préconisé lorsque le bilan préchirurgical ne permet pas de répondre à toutes les questions notamment sur l’étendue exacte de la zone épileptogène ou pour identifier une zone fonctionnelle proximale. Ainsi le schéma opératoire prédéfini peut être partiellement réadapté en peropératoire afin de réaliser un geste chirurgical optimal. De faible coût, non invasif, de réalisation aisée, d’interprétation instantanée, pouvant être associé à des stimulations électriques et à des activations médicamenteuses, cet examen permet une chirurgie plus fine et adaptée à chaque cas et a donc une place non négligeable dans le protocole chirurgical des épilepsies pharmacorésistantes.

Mots-clés : électrocorticographie, épilepsie pharmacorésistante, électrode

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Martine Chamayou, Mireille Bousquet, Pr Géraud, Tiberge, Valton, Mme Hennani

Laboratoire de sommeil et d’épileptologie, CHU Rangueil, Toulouse

L’électrocorticographie est l’enregistrement de l’activité neuronale par l’intermédiaire d’électrodes directement placées sur le cortex cérébral. Cet examen est pratiqué en peropératoire après crâniotomie dans le cadre de la chirurgie curative d’une épilepsie pharmacorésistante.

Indications

Une fois le bilan préchirurgical d’une épilepsie pharmacorésistante terminé, une réunion multidisciplinaire est organisée. Neurologues, neurochirurgiens et neuroradiologues analysent tous les résultats recueillis lors de la vidéo-EEG, du SPECT (scintigraphie cérébrale), de l’IRM, du PETScan (tomographies). Deux cas de figures peuvent se présenter.

1) Le foyer épileptogène est bien défini, l’exérèse à prévoir est minime et suit un schéma opératoire bien déterminé. Il n’y a donc pas l’indication d’un examen complémentaire.

2) Une question reste en suspens :

  • L’étendue du foyer épileptogène est peut-être inférieure à celle supposée et à ce stade du bilan, ne pourrait-on pas espérer pouvoir pratiquer une chirurgie plus sélective ?
  • Ou alors, une lésion se trouve au centre de la zone épileptogène. Est-elle seule responsable des crises ou y a-t-il participation des tissus périlésionnels ?
  • Ou enfin, une zone fonctionnelle motrice, sensitive ou du langage est proche du foyer épileptogène. Quelles sont les limites exactes de ces deux territoires et est-ce qu’ils se superposent ?

Si une de ces questions reste posée en fin de réunion multidisciplinaire, l’électrocorticographie sera préconisée en peropératoire. Elle pourra être associée à une stimulation électrique du cortex cérébral si les limites d’une zone fonctionnelle sont à identifier. Ainsi, le schéma opératoire prédéfini sera partiellement réadapté en peropératoire afin de réaliser un geste chirurgical optimal.

Il est évident que le patient est informé qu’une électrocorticographie sera pratiquée en cours d’intervention. Et même si cet examen nécessite sa participation active et donc une phase d’éveil en peropératoire lors de l’identification des zones fonctionnelles, cela ne paraît pas être, aux dires des intéressés, une source de stress supplémentaire.

Matériel spécifique

  • Un strip qui est une électrode souple en Silastic dans laquelle sont sertis 8 plots récepteurs de 3 mm de diamètre. Sa souplesse lui permet de bien s’adapter à la convexité du cortex et d’être glissée sous la dure-mère afin d’étudier le tissu neuronal non visible au niveau de la crâniotomie.
  • Une aiguille de stéreoEEG, plus rigide et plus fine, peut être utilisée pour analyser des parties corticales profondes. Cette électrode est munie, dans sa longueur de 8 plots récepteurs.
  • Un stylet de stimulation électrique biphasique qui permet d’appliquer par trains brefs des stimulations de faible intensité (de 2 à 4 milliampères)

Déroulement

Installation

Lors de notre arrivée en salle d’opération, le patient est déjà au bloc depuis 3 heures environ ; l’abord chirurgical est terminé. L’anesthésie générale est allégée car elle entraîne une inhibition de l’électrogenèse.

Nous installons l’ordinateur d’acquisition EEG à proximité du neurochirurgien, la plaque têtière tout près du patient.

L’équipe chirurgicale a préparé l’électrode de recueil ainsi que strip. Les 8 fils, numérotés de 1 à 8, correspondant aux 8 plots du strip forment une tresse et sont logés dans un manchon.

Bien sûr, tout ce matériel est stérile et à usage unique.

L’autre extrémité de la tresse est reliée à la têtière selon un protocole établi pour toutes les EcoG : Fp2 = 1 F4 = 2 C4 = 3 O2 = 4 etc…. Fp1 = 5 F3 = 6 C3 = 7 O1 = 8

Deux électrodes aiguilles stériles, l’une servant de référence et l’autre de terre sont placées sur le muscle du scalp afin de réduire les artefacts cardiaques qui parasitaient nos premiers tracés (figures 1 et 2).

EcoG avant exérèse patient sous AG allégée (propofol, sufenta, norcuron)

Après un test d’impédance, un premier enregistrement est réalisé, précédant tout geste d’exérèse. Le chirurgien déplace le strip sur le cortex cérébral afin d’étudier la répartition des pointes et nous effectuons plusieurs séquences d’enregistrement en fonction de la position du strip. Nous réalisons toujours un enregistrement référentiel.

Le tracé de l’activité cérébrale lors d’une EcoG diffère de celui des EEG de scalp par son amplitude qui est très importante en raison de l’abolition des barrières anatomiques (cuir chevelu, muscle, os et méninges) ; l’activité de fond mais également les pointes sont hypervoltées, le tracé plus pointu et afin de pouvoir interpréter l’EcoG, l’amplitude du tracé est réduite à 600 microvolts/100 microvolts habituellement. L’interprétation se fait en direct par le neurologue qui communique ses constatations au neurochirurgien.

Activation au propofol

Une activation par injection de Propofol® (Diprivan®) à faible dose est pratiquée.

Habituellement, le Propofol® ou Diprivan® est connu pour son action anesthésiante mais à faible dose et par bolus de 10 mg renouvelable, il a un effet activateur, excitant sur les cellules des zones épileptogènes et nous enregistrons alors une augmentation des AIC (anomalies inter-critiques).

Activation ou stimulation électrique : à l’aide d’un stylet à 2 piques

Si une zone fonctionnelle (du langage, motrice ou sensitive) est proche de la zone d’exérèse, un enregistrement avec des stimulations électriques est réalisé, le patient éveillé mais non algique.

Ces stimulations sont de faible intensité pour ne pas risquer de déclencher des crises épileptiques.

L’anesthésie est alors stoppée 45 minutes avant le début de l’enregistrement avec stimulation car la coopération du patient est dans ce cas nécessaire. Il est demandé au patient de lire une série de phrases sans lien logique entre elles, de compter à voix haute ou de nommer des images qui lui sont présentées ; pendant ce temps le neurochirurgien stimule son cortex cérébral. À tout moment il est aisé de repérer un trouble du langage ou de l’élocution. Une cartographie du tissu cérébral fonctionnel est établie et peut être confrontée aux données électroencéphalographiques.

Nous remarquons qu’à l’éveil en per-opératoire, les AIC (pointes et PO) sont bien individualisées par rapport au tracé de fond.

Décision du schéma opératoire final

À ce stade-là, le neurochirurgien et le neurologue se concertent pour adapter le geste chirurgical et une résection optimale sera réalisée. Cette équipe multidisciplinaire tente toujours de réaliser des exérèses « sur mesure ».

Lorsque les zones épileptogènes et fonctionnelles sont intriquées, le chirurgien pratique des transections sous-piales, c’est-à-dire qu’il réalise des scarifications du cortex cérébral, afin d’interrompre la diffusion des ondes épileptogènes, tout en préservant le fonctionnement vertical du cerveau, afin d’ainsi limiter les éventuelles séquelles postopératoires.

À ce stade, nous nous éclipsons et nous laissons les neurochirurgiens opérer, mais notre matériel reste en place pour réaliser un contrôle post-exérèse.

EcoG post-résection

Nouvel enregistrement et adaptation du geste chirurgical.

L’exérèse étant réalisée, nous effectuons un dernier enregistrement permettant de contrôler l’activité électrique des tissus bordant la zone réséquée. Il peut y avoir des pointes résiduelles, des pointes isolées. L’apparition de nouvelles pointes peut être provoquée par le geste chirurgical. L’équipe du neurologue et du neurochirurgien font la synthèse de ces données et la résection est affinée ou non.

Conclusion

Bien que cet examen soit de courte durée, réalisé en intercritique, sur une région corticale limitée et influencé par l’anesthésie, l’EcoG revêt un intérêt non négligeable lors de la chirurgie de l’épilepsie.

De faible coût, non invasif, de réalisation aisée, pouvant être interprété pendant le temps opératoire, associé à des stimulations électriques et à des activations médicamenteuses, il permet une chirurgie plus fine et adaptée à chaque cas.

Cependant, il mobilise une équipe médicale et paramédicale qui doit être à la disposition de l’équipe chirurgicale en fonction de l’avancée de la crâniotomie puis de l’exérèse.

Ce sont là les techniques d’EcoG peropératoire utilisées au CHU Rangueil de Toulouse.

Sur 28 chirurgies de l’épilepsie, 11 EcoG ont été pratiquées.

Désormais, même si cet examen n’est pas un examen de routine, nous nous sommes adaptés et parvenons à mieux le gérer.

Enfin, c’est un moment riche en informations pendant lequel nous pouvons améliorer nos connaissances. Ceci est d’autant plus vrai lorsque l’infirmière présente au bloc est celle qui a pris en charge le patient au cours du bilan préchirurgical.


 

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