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Traitement multidisciplinaire des tumeurs stromales gastro-intestinales : cas cliniques en situation adjuvante, néoadjuvante, avancée, en échappement


Bulletin du Cancer. Volume 93, 181-9, Numéro spécial, Mars 2006, Synthèse


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Isabelle Ray-Coquard, Chadi Saba, Françoise Ducimetière, Cyril Confavreux, Fhadi Rustam, Pierre Méeus, Jean-François Brantus, Dominique Ranchère-Vince, Philippe Thiesse, Jérome Fayette, Jean-Yves Scoazec, Pierre-Paul Bringuier, Jean-Michel Coindre, Binh Bui, Sylvie Bonvalot, Jean-Yves Blay, Pierre Biron, Axel Le Cesne , Centre Léon-Bérard et Inserm U590, Lyon, Gresac (LASS-CNRS FRE 2747), 28, rue Laennec, 69008 Lyon, Hôpital Edouard-Herriot, Unité d’oncologie médicale et Département d’anatomopathologie, Institut Gustave-Roussy, Villejuif, Institut Bergonié, Bordeaux.

Résumé : Les tumeurs stromales gastro-intestinales (GIST) sont des tumeurs rares, pouvant se localiser à tous les étages du tractus digestif et dans le péritoine \; elles représentent 10 à 50 % des sarcomes des tissus mous. L’âge médian de leur survenue est de 50-60 ans, rarement avant 40 ans. La localisation gastrique est la plus fréquente (50 à 70 %), suivie par l’intestin grêle et le duodénum (20 à 30 %), le côlon et le rectum (10 %), l’œsophage (1 %) et les localisations mésentériques (5 %) ou appendiculaires (<\; 1 %). En dehors de la présence d’un envahissement locorégional ou de métastases qui constituent une preuve formelle de malignité, le pronostic des GIST est souvent difficile à établir. Comme pour toute tumeur conjonctive, il est corrélé à la taille tumorale et à l’index mitotique. Avant l’imatinib, la chirurgie était le seul traitement efficace de cette pathologie, la chimiothérapie restant globalement inopérante et la radiothérapie non applicable. Les rechutes sont principalement locales, intra-abdominales (90 %), péritonéales (60 %), hépatiques (50 %) et, plus rarement (6 %), pulmonaires, osseuses ou ganglionnaires. Le taux de réponses complètes chirurgicales diminue à 30 % en cas de récidive. En 2001, ont démarré les premières études de phases I puis II et III évaluant l’efficacité de l’imatinib dans le traitement des GIST en phase avancée ou métastatique. Les données disponibles actuellement montrent que l’imatinib induit un taux de réponses objectives de 60 à 70 %, avec 15 à 20 % de maladies stabilisées et 10 à 15 % de résistances primaires. Des résistances secondaires (re-progression après réponse initiale) sont désormais rapportées chez 50 % des patients. La survie à 1 an des formes avancées était voisine de 35 % avant l’imatinib. Elle est désormais voisine de 90 %. Cette révolution thérapeutique a transformé le devenir des patients métastatiques \; elle a conduit à reconsidérer les attitudes médicales et chirurgicales et la durée de la prise en charge des patients. L’impact de l’imatinib sur le contrôle local de la maladie nous permet de reconsidérer la chirurgie à différents moments de la prise en charge. Si les essais de phase III nous ont prouvé le bénéfice de l’imatinib pour les patients métastatiques, la place des traitements multidisciplinaires, intégrant chirurgie et destruction locale de la tumeur, reste l’objet de débats qui peuvent être illustrés par des cas cliniques.

Mots-clés : tumeur stromale gastro-intestinale, GIST, imatinib, chirurgie

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Isabelle Ray-Coquard1,2, Chadi Saba1, Françoise Ducimetière1,2, Cyril Confavreux1, Fhadi Rustam1, Pierre Méeus1, Jean-François Brantus1, Dominique Ranchère-Vince1, Philippe Thiesse1, Jérome Fayette3, Jean-Yves Scoazec3, Pierre-Paul Bringuier3, Jean-Michel Coindre4, Binh Bui5, Sylvie Bonvalot4, Jean-Yves Blay1,3, Pierre Biron1, Axel Le Cesne4

1Centre Léon-Bérard et Inserm U590, Lyon
2Gresac (LASS-CNRS FRE 2747), 28, rue Laennec, 69008 Lyon
3Hôpital Edouard-Herriot, Unité d’oncologie médicale et Département d’anatomopathologie
4Institut Gustave-Roussy, Villejuif
5Institut Bergonié, Bordeaux

Le traitement des GIST a évolué très rapidement au cours des quatre dernières années. Les objectifs de cette exposition de cas cliniques sont de montrer les points consensuels et les interrogations des experts internationaux dans la prise en charge optimale des patients présentant des GIST à des stades localisés et avancés, ainsi que les orientations de recherche du futur.Parmi les principaux points consensuels identifiés, l’examen histologique avec analyse immunohistochimique à l’aide des marqueurs CD117, CD34, PS100, desmine et SMA a été considéré comme l’examen standard [1]. Le recours à la biologie moléculaire pour l’identification de la mutation des gènes KIT et PDGFRA, qui était un examen proposé en option pour les GIST présentant une coloration négative au CD117 par ailleurs, a été considéré comme une approche expérimentale.La résection tumorale complète, incluant des marges tumorales négatives, a également été identifiée comme une intervention standard. En revanche, l’administration d’imatinib comme traitement adjuvant après résection tumorale optimale ou comme traitement néoadjuvant est considérée comme une approche expérimentale à effectuer dans des études cliniques prospectives ; l’imatinib doit être instauré au moment du diagnostic de récidive métastatique et administré jusqu’à l’apparition d’une intolérance ou d’une progression de la maladie.Les critères optimaux de réponse tumorale à l’imatinib ne sont pas normalisés et doivent inclure non seulement la réduction de taille de la tumeur ou une stabilisation de la maladie mais aussi une diminution de la densité tumorale (unités Hounsfield) sur la tomodensitométrie et de l’activité métabolique (c’est-à-dire une diminution de la captation de FDG sur TEP) [2]. Chez une proportion importante de patients, le traitement par imatinib peut être accompagné d’une réponse pathologique, avec stabilisation de la maladie, voire augmentation de la taille de la tumeur, mais les données dont on dispose montrent que la survie de ces patients est comparable à celle des patients présentant une réponse tumorale classique.La résection des métastases est considérée comme une intervention expérimentale. En cas de maladie démontrée comme non réséquable et/ou métastatique, les experts recommandent un traitement immédiat par l’imatinib 400 mg/j, qui est la dose actuellement recommandée dans le traitement de première ligne, puisque aucune amélioration de la survie globale n’a été rapportée dans deux grandes études randomisées prospectives comparant les posologies de 400 et 800 mg en traitement de première ligne par l’imatinib. Enfin, en l’absence d’autres traitements efficaces, l’imatinib devrait être donné jusqu’à la progression, l’intolérance ou le refus du patient [3].

Cas cliniques

Place de l’imatinib en situation néoadjuvante

Une femme de 61 ans sans antécédent particulier consulte pour fatigue et œdèmes des membres inférieurs. Le premier bilan du médecin traitant révèle une anémie et découvre des œdèmes bilatéraux. Un scanner abdominopelvien relève une masse rétropéritonéale (6 x 7 cm) dans la région pancréatique fixée à la veine cave inférieure (figures 1 et 2). Le scanner montre l’absence de plan de clivage entre la tumeur et la veine cave inférieure. Une échoendoscopie est réalisée montrant une masse dans la deuxième portion du duodénum et la biopsie confirme le diagnostic de GIST CD177-positif en immunohistochimie. Sur les données du scanner, la patiente est considérée non opérable d’emblée et un traitement par imatinib (400 mg/j) est démarré dans le but de diminuer la masse tumorale et de rendre la patiente opérable dans de bonnes conditions. Après 12 mois de traitement par imatinib, la scanner confirme une excellente réponse partielle (figures 3 et 4) permettant la réalisation d’une duodénopancréatectomie partielle. Le compte rendu histologique confirme la présence d’une masse tumorale de 3 x 3,5 cm de tissu tumoral fibreux présentant quelques rares cellules fusiformes KIT-positives (nécrose tumorale > 95 %) d’exérèse complète. Aucun traitement par imatinib n’a été instauré en postopératoire. Dix-huit mois après le geste chirurgical, la patiente était toujours sans signe de rechute de sa pathologie et sans signe fonctionnel liés au geste chirurgical.

L’expérience chirurgicale acquise nous a montré la toxicité très acceptable de l’imatinib en préopératoire, l’absence de complication postopératoire plus fréquente comme les problèmes de cicatrisation ou d’augmentation de saignements per ou postopératoires. En revanche, il est important de différencier la tumeur avancée non opérable d’emblée pour laquelle l’imatinib est le standard thérapeutique, de la tumeur localement avancée opérable d’emblée pour laquelle la mise sous imatinib doit se faire dans le cadre d’essais thérapeutiques. Aucune donnée scientifique ne justifie l’utilisation de l’imatinib en traitement néoadjuvant lorsqu’une chirurgie initiale non mutilante est possible. Le traitement néoadjuvant de principe n’est pas recommandé en dehors d’une étude clinique lorsque la nature (conservatrice ou non) du geste chirurgical ne sera pas modifiée par le traitement préopératoire. Pour les patients mis sous imatinib d’emblée, se pose la question du délai opératoire (quand ?), de l’évaluation de la réponse à l’imatinib (variabilité/diversité de réponse selon les sites tumoraux), de l’attitude en cas d’apparition de nouvelles lésions en préopératoire et, enfin, de la nécessité d’un traitement postopératoire et de sa durée. La chirurgie doit être réalisée après une réduction suffisante (entre 4 et 12 mois) [4]. Cependant, l’intérêt certain de la poursuite de l’imatinib en postopératoire est actuellement sans réponse. En effet, si la maladie est localement avancée, le risque de rechute après chirurgie même complète dépasse 50 % [5].

L’imatinib néoadjuvant ne peut être considéré comme une procédure de routine et ne devrait être prescrit que par une équipe multidisciplinaire spécialisée, rompue à la prise en charge de ces tumeurs, notamment dans un centre en charge de l’organisation du recours et de l’innovation (mesure 30 du plan Cancer). Il est donc nécessaire d’inclure les patients dans les essais thérapeutiques posant la question de l’intérêt de l’imatinib en situation néoadjuvante puis adjuvante sur des GIST localement avancées, études qui permettront par ailleurs d’appréhender le rôle de l’imatinib dans la modification de l’histoire naturelle de la maladie.

Place de l’imatinib en situation adjuvante

Un patient de 40 ans, pris en charge pour des douleurs digestives, bénéficie d’une hémicolectomie droite pour une tumeur maligne volumineuse. La résection est considérée complète par le chirurgien. Le compte rendu histologique décrit une volumineuse tumeur rompue de 10 cm, mésentérique, identifiée comme une tumeur stromale gastro-intestinale CD117-positive, présentant un index mitotique supérieur à 10 mitoses/50 HPF, classée dans les tumeurs à très haut risque de rechute. Les marges histologiques sont considérées saines par le pathologiste. Le patient refuse d’être inclus dans le protocole GSF/EORTC62024 randomisant les patients présentant une GIST localisée réséquée complètement entre surveillance et imatinib 400 mg/j pendant 2 ans. Le patient a donc été surveillé radiologiquement tous les 3 mois [6]. Il a présenté une rechute multimétastatique (hépatique et mésentérique) 11 mois plus tard. Le chirurgien a réalisé une chirurgie d’exérèse complète mésentérique et une hépatectomie droite puis imatinib 400 mg/j a été instauré. Un an après, la maladie est toujours contrôlée sans signe d’évolutivité.

La présence de nombreux facteurs de risque chez ce patient, notamment la masse tumorale, la rupture tumorale et l’index mitotique, suggère l’intérêt de proposer l’imatinib après la chirurgie, ce qui doit cependant n’être effectué que dans le cadre d’un essai randomisé. Le seul essai actuellement ouvert en France est l’essai intergroupe 62024 de l’EORTC STBSG, en partenariat avec le groupe Sarcome français et la Fédération française de cancérologie digestive (FFCD), à travers le Bureau d’étude clinique de la Fédération nationale des centres de lutte contre le cancer (FNCLCC). Le rationnel pour proposer l’imatinib en situation adjuvante après chirurgie d’une tumeur localisée repose sur la fréquence des récidives chez les patients à risque intermédiaire et élevé. En effet, 54 % des patients à « haut risque » ont une récidive tumorale ou encore 73 % des patients avec une maladie maligne rechutent. Le temps médian de rechute est de 7 mois à 2 ans. Dans les séries où le suivi est prolongé, moins de 10 % des patients sont vivants sans récidive après 10 ans [7]. L’autre argument important est l’efficacité de l’imatinib en situation métastatique et sa tolérance. L’objectif de ce traitement complémentaire est de réduire, voire d’éviter, le risque de rechute afin d’améliorer la survie des patients. Cependant, sans essai randomisé prospectif disponible, nous ne pouvons pas répondre formellement. En effet, même si d’autres thérapeutiques, notamment ciblées, ont confirmé leur bénéfice en situation adjuvante sur la survie globale des patients (par ex. trastuzumab dans le cancer du sein HER2+++), le bénéfice d’un traitement par imatinib adjuvant reste à établir. Il n’est pas certain que l’imatinib soit efficace pour les GIST en cas de maladie résiduelle microscopique. Par ailleurs, la re-progression des patients sous imatinib en situation métastatique nous a montré la possibilité de résistances acquises sous traitement qui pourraient, en théorie, être majorées en cas d’utilisation de l’imatinib plus précocement [8]. Le dernier aspect abordé par les essais prospectifs de phase III actuels concernant l’utilisation de l’imatinib en situation adjuvante est la durée optimale de traitement adjuvant. Cette question sera en partie résolue puisque les deux essais internationaux n’ont pas choisi la même durée de traitement (1 ou 2 ans) selon l’étude. Quoi qu’il en soit, les recommandations internationales et nationales de la conférence de consensus de 2004 sont soit l’inclusion des patients dans les essais thérapeutiques, soit une surveillance régulière clinique et radiologique mais pas d’utilisation de l’imatinib en adjuvant hors essais thérapeutiques [9].

Rechute focale sous imatinib

Cet homme de 70 ans a présenté en avril 2000 une GIST gastrique diagnostiquée du fait de douleurs abdominales. La tumeur mesurant 6 cm, CD177-positive, avec un index mitotique supérieur à 10 mitoses/50 HPF, a été réséquée en totalité. Quatre mois plus tard, le patient présente une rechute métastatique multiple péritonéale pour laquelle une nouvelle résection chirurgicale est réalisée et considérée comme microscopiquement complète. Trois mois plus tard (février 2001), il présente de nouvelles lésions métastatiques hépatiques et péritonéales dont la plus volumineuse mesure 22 cm. L’imatinib étant disponible dans le cadre de l’essai EORTC, il reçoit le traitement à la dose initiale de 800 mg/j. Le dosage est diminué au bout de 4 mois à 600 mg/j pour toxicité. Après 6 mois de traitement, le patient est considéré en réponse partielle et présente un bon état général. Sur les données de masses tumorales volumineuses, il est discuté un geste chirurgical d’exérèse partielle des lésions péritonéales. Le patient refuse l’intervention. En mars 2002, le scanner révèle une légère augmentation (< 20 %) de la métastase péritonéale la plus volumineuse sans atteindre les critères de progression Recist (( figure 5 )A). En juin 2002, le patient bénéficie d’une résection macroscopiquement complète de cette lésion qui retrouve de nombreuses cellules de GIST CD117-positives (figures 5B et 6). Le traitement par imatinib 800 mg/j est alors repris. Entre le geste chirurgical et la reprise de l’imatinib (10 jours), un nodule tumoral s’est développé dans la paroi abdominale (( figure 5C )). Avec la réintroduction de l’imatinib, il reste stable pendant 6 mois. Malheureusement, de nombreux nodules tumoraux apparaissent et le patient décède 3 mois plus tard sous chimiothérapie par vinorelbine (tableau 1( Tableau 1 )).

Chez les patients métastatiques ou en rechute, la maladie devient systémique et, avant l’introduction de l’imatinib, elle était rapidement fatale [9-11]. Aujourd’hui, d’après les résultats des traitements systémiques, il faut reconsidérer le principe de la métastasectomie dans la prise en charge des GIST. Le cas de ce patient souligne plusieurs questions qui sont à ce jour sans réponse :

  • Doit-on proposer une chirurgie à un patient rendu opérable de sa (ses) métastase(s) par l’imatinib ?
  • Doit-on proposer une chirurgie « préventive » des masses tumorales métastatiques à fort risque de complications (rupture, hémorragies…) ?
  • Chez ces patients, si le compte rendu histologique ne retrouve pas de lésion vivace, doit-on poursuivre l’imatinib ?

À ce jour, l’intérêt de la chirurgie en situation métastatique n’est pas établi et les données disponibles ne suggèrent pas que les patients opérés bénéficient d’une survie sans progression ou globale augmentée. Ce traitement, s’il est pratiqué, doit l’être après consultation multidisciplinaire, et réservé à certains patients présentant une lésion unique ou de faible taille [9]. L’indication d’exérèse des reliquats solides tumoraux peut être discutée au moment où la réponse morphologique est maximale (4 à 12 mois) avant l’apparition des résistances secondaires. L’ablation des métastases peut être réalisée par résection chirurgicale ou destruction (radiofréquence, cryochirurgie, etc.) (( figure 6 )). Même si l’exérèse secondaire de ces reliquats solides est possible, il n’est pas certain qu’elle soit utile en termes de survie globale et cette démarche doit faire l’objet d’un essai prospectif. Certains sous-groupes de patients bénéficient vraisemblablement de l’exérèse secondaire de gros reliquats macroscopiques quand ceux-ci hypothèquent à court terme la survie par une complication : risque de rupture de grosses masses nécrotiques, compression ou saignement. Les résistances clonales (poursuite évolutive d’une seule cible) peuvent également faire l’objet d’un traitement focal [13].

En cas d’exérèse incomplète, l’imatinib ne devrait pas être arrêté ou, si c’est le cas, le moins longtemps possible (arrêt la veille de l’intervention et reprise dès que le transit est restauré), en raison du risque de reprise évolutive dans cette situation.
Tableau 1 Chirurgie d’intervalle : essais randomisés

Chimiothérapie

CP/AP

CP

TP

- 6 cycles initiaux

(8 cycles)

84 %

95 %

- chimiothérapie consolidation

0

35 %

11 %

Chirurgie d’intervalle

- Randomisées

37 pts

140 pts

216 pts

- Réalisées

25 (68 %) + 1 cas

127 (91 %)

201 (9)

- Par chirurgien spécialisé

50 %

NP

99 %

État lésionnel

- RC d’emblée

4 (15 %)

22 (17 %)

NP

- RC post-opératoire

5 (20 %)

48 (38 %)

NP

- Chirurgie optimale

14 (53)

33 (26 %)

168 (84 %)

- Chirurgie suboptimale

7 (27 %)

46 (36 %)

33 (16 %)

Complications chirurgie d’intervalle

- Complications postopératoires

9 (35 %)

18 (14 %)

NP

- dont sévères

4 (15 %)

4 (3 %)

Chirurgie second look

0

37 %

2 %

- Prolongation de durée de traitement dans le groupe chirurgie

14 j

24 j

24 j

- Suivi médian

48 mois

50 % > 42 mois

47 mois

Survie globale médiane

- Survie chirurgie d’intervalle

15 mois

26 mois

36,2 mois

- Survie chimiothérapie seule

12 mois

20 mois

35,7 mois

P

NS

0,012

NS

Progression sous imatinib

L’histoire de ce patient de 44 ans commence en juin 1997 par l’exérèse initiale complète d’une tumeur stromale gastrique de plus de 5 cm, à index mitotique élevé. Le patient bénéficie d’une chimiothérapie adjuvante par doxorubicine-ifosfamide. Malheureusement, en 1998, on note une rechute hépatique et péritonéale. Le patient est réopéré et la résection chirurgicale est considérée complète R1. En septembre 1999, il présente un syndrome occlusif révélant une nouvelle rechute péritonéale et une nouvelle résection chirurgicale est réalisée. Entre septembre 1999 et août 2001, le patient va bénéficier de quatre autres exérèses tumorales péritonéales. En août 2001, il présente une nouvelle récidive péritonéale, hépatique et pleurale (( figure 7 )). Un traitement par imatinib 400 mg/j est mis en place. Le scanner à 6 mois confirme la réponse partielle sur les lésions pleurales, péritonéales et hépatiques (( figure 8 )). En juin 2004, la réapparition de douleurs abdominales fait suspecter une nouvelle évolution tumorale qui est confirmée par le scanner (( figure 9 )). Le patient bénéficie d’une augmentation des doses d’imatinib à 800 mg/j. Cette modification permet une stabilisation de la maladie jusqu’en janvier 2005. À ce moment-là, le patient est inclus dans un protocole évaluant l’intérêt d’une autre tyrosine kinase (sunitinib) qui permet une stabilisation de la maladie jusqu’à ce jour.

En cas de résistance multifocale, l’augmentation de la posologie de l’imatinib à 800 mg/j est recommandée. En cas de progression nette à la posologie de 400 mg/j, une augmentation à 800 mg/j apporte des réponses ou un contrôle tumoral prolongé chez un tiers des patients dans les deux études ayant posé cette question avec une survie sans progression à 12 mois de respectivement 18 et 30 % dans les deux études [12]. En cas de progression à la dose de 800 mg/j, les experts s’accordent à recommander un maintien du traitement si une thérapeutique alternative n’est pas mise en place. En effet, à l’arrêt de l’imatinib, un phénomène de rebond a été rapporté dans plusieurs études [14] (( figure 10 )). Ce point doit être confirmé dans des études futures. Ces patients peuvent également être inclus dans des programmes de développement clinique de nouvelles molécules. Selon les experts, aucune chimiothérapie cytotoxique n’a été rapportée comme étant efficace dans ce cas.

Dans la situation de résistance multifocale, le rôle de la chirurgie des métastases (résection de métastases hépatiques et/ou péritonéales, destruction par radiofréquence, cryochirurgie) n’est pas établi.

Discussion et commentaires

Actuellement, la prise en charge des GIST en phase localisée repose sur la chirurgie, l’imatinib en situation adjuvante restant à évaluer dans cette situation. En revanche, en situation avancée, elle repose sur imatinib en première ligne, la chirurgie restant à évaluer. Comme cela a été illustré par ces différents cas cliniques, l’approche pluridisciplinaire intégrant des experts de la chirurgie, des oncologues médicaux, des pathologistes, des radiologues et des gastroentérologues est nécessaire pour le diagnostic, le traitement et l’articulation de la prise en charge des GIST en phase avancée. Ces tumeurs ne peuvent être prises ne charge par un praticien seul.

Les données des essais thérapeutiques en cours concernant l’utilisation de l’imatinib en situation adjuvante ou néoadjuvante sont attendues pour établir son intérêt chez les patients présentant des tumeurs opérables. Le taux de réponse élevé et la survie sans rechute améliorée pour les patients non opérables constituent le rationnel de l’évaluation de ce traitement dans un contexte adjuvant ; l’émergence de résistances secondaires rapides constitue cependant un risque qui reste à évaluer.

Deux recommandations cependant semblent acquises : la première est le bénéfice de l’augmentation des doses à 800 mg/j pour les patients progressant sous 400 mg/j en dehors de traitements alternatifs disponibles. L’expérience du dernier cas clinique avec la reprogression rapide à l’arrêt d’imatinib est rapportée par d’autres auteurs [3] ; elle suggère la nécessité impérative de poursuivre l’imatinib même en cas de réponse complète radiologique.

Depuis 2000, le traitement des GIST localisées et avancées par l’imatinib est devenu le modèle de thérapeutique ciblée sur des tumeurs solides modifiant les stratégies de prise en charge des GIST. La réunion consensuelle de l’ESMO a permis d’identifier des recommandations concernant la prise en charge de ces tumeurs avec les spécialistes internationaux [9, 10].

Références

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2 Choi H, Charnsangavej C, Macapinlac H, Burgess MA, Patel S, Chen D, et al. Correlation of computerized tomography (CT) and proton emission tomography (PET) in patients with metastatic GIST treated at a single institution with imatinib mesylate. J Clin Oncol 2003 ; 22 : 20-3.

3 Blay JY, Berthaud P, Perol D, Ray-Coquard I, Bui NB, Duffaud F, et al. Continuous vs intermittent imatinib treatment in advanced GIST after one year : A prospective randomized phase III trial of the French Sarcoma Group. J Clin Oncol 2004 : 9006.

4 Bumming P, Andersson J, Meis-Kindblom JM, Klingenstierna H, Engstrom K, Stierner U, et al. Neoadjuvant, adjuvant and palliative treatment of gastrointestinal stromal tumours (GIST) with imatinib : a centre-based study of 17 patients. Br J Cancer 2003 ; 89 : 460-4.

5 Ray-Coquard I, Le Cesne A, Michallet V, Boukovinas I, Ranchere D, Thiesse P, et al. Gastro-intestinal stromal tumors : news and comments. Bull Cancer 2003 ; 90 : 69-76.

6 Blay JY, Landi B, Bonvalot S, Monges G, Ray-Coquard I, Duffaud F, et al. Recommendations for the management of GIST patients. Bull Cancer 2005 ; 92 : 907-18.

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8 Van Glabbeke M, Verweij J, Casali PG, Le Cesne A, Hohenberger P, Ray-Coquard I, et al. Initial and late resistance to imatinib in advanced gastrointestinal stromal tumors are predicted by different prognostic factors : a European Organisation for Research and Treatment of Cancer-Italian Sarcoma Group-Australasian Gastrointestinal Trials Group study. J Clin Oncol 2005 ; 20 : 5795-804.

9 Blay JY, Bonvalot S, Casali P, Choi H, Debiec-Richter M, Dei Tos AP, et al. GIST consensus meeting panelists. Consensus meeting for the management of gastrointestinal stromal tumors. Report of the GIST Consensus Conference of 20-21 March 2004, under the auspices of ESMO. Ann Oncol 2005 ; 16 : 566-78.

10 Blay JY, Landi B, Bonvalot S, Monges G, Ray-Coquard I, Duffaud F. Recommandations pour la prise en charge des tumeurs stromales gastro-intestinales. Bull Cancer 2005 ; 92 : 907-18.

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12 Blanke CD, Corless CL. State-of-the art therapy for gastrointestinal stromal tumors. Cancer Invest 2005 ; 23 : 274-80.

13 Von Mehren M. Recent advances in the management of gastrointestinal stromal tumors. Curr Oncol Rep 2003 ; 5 : 288-94.

14 Verweij J, Casali P, Zalcberg J, Le Cesne A, Reichard P, Blay JY, et al. Early efficacy comparison of two doses of imatinib for the treatment of advanced gastro-intestinal stromal tumors (GIST) : Interim results of a randomized phase III trial from the EORTC-STBSG, ISG and AGITG. J Clin Oncol 2003 ; 22 : 814.


 

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