ARTICLE
Auteur(s) : François Eisinger1,2 (Coord.),
Brigitte Bressac3,4, Damienne
Castaigne5,
Pierre-Henri Cottu6, Jacques Lansac7,
Jean-Pierre Lefranc8, Anne Lesur9, Catherine
Noguès10,11, Janine
Pierret12,
Séverine Puy-Pernias13, Hagay Sobol2,14, Anne
Tardivon15, Henri
Tristant16, Richard
Villet17
1 Médecin Interniste Département
d’Oncogénétique, Institut Paoli-Calmettes, 232, bd Sainte
Marguerite, 13009 Marseille
2 Inserm E9939, 232, bd Sainte-Marguerite,
13009 Marseille
3 Génétique moléculaire, Service de génétique, Institut
Gustave-Roussy, 3, rue Camille-Desmoulins, 94805 Villejuif
Cedex
4 UPR 2169 CNRS, 3, rue Camille-Desmoulins,
94805 Villejuif Cedex
5 Chirurgien chirurgie gynécologique, Institut
Gustave-Roussy, 3, rue Camille-Desmoulins, 94805 Villejuif
Cedex
6 Oncologue médical, Groupe hospitalier Diaconesses,
Croix St-Simon, Site Reuilly, 18, rue du Sergent-Bauchat,
75012 Paris
7 Chirurgien, Département de gynécologie
obstétrique, CHU Bretonneau, 37034 Tours Cedex
8 Chirurgien, Service de chirurgie gynécologique et
mammaire, Groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière, 47-83, boulevard de
l’Hôpital, 75013 Paris
9 Gynécologue, Centre Alexis-Vautrin, avenue de
Bourgogne, 54511 Vandœuvre-lès-Nancy Cedex
10 Santé publique, Département de statistiques,
Centre René-Huguenin, 35, rue Daily, 92210 Saint-Cloud
11 Inserm E0017, Centre René-Huguenin, 35, rue
Daily, 92210 Saint-Cloud
12 Sociologue, Directeur de recherche CNRS,
Cermes, Site CNRS, 7, rue Guy-Môquet, 94801 Villejuif
Cedex
13 Psychologue clinicienne, Institut Sainte-Catherine,
Chemin du Lavarin, 84082 Avignon Cedex
14 Généticien, Département d’oncogénétique, Institut
Paoli-Calmettes, 232, bd Sainte-Marguerite,
13009 Marseille
15 Spécialiste en imagerie médicale, Imagerie
médicale, section Médicale, Institut Curie, 26, rue d’Ulm,
75248 Paris Cedex 05
16 Spécialiste en imagerie médicale, Institut de
radiologie de Paris, 31, avenue Hoche, 75008 Paris
17 Chirurgien, Groupe hospitalier Diaconesses, Croix
St-Simon, Site Reuilly, 18, rue du Sergent-Bauchat,
75012 Paris
Ce travail, réalisé à la demande du ministère de la Santé, est
une mise à jour des recommandations Inserm-FNCLCC publiées en 1998
et 1999 [1, 2]. Plus de 75 % des références scientifiques
utilisées dans le rapport ont été publiées en 1998 et après.
Cette activité médicale n’est encore ni stabilisée, ni évaluée
selon les niveaux de preuves les plus élevés. Le texte présenté
s’appuie sur un travail réalisé pendant 12 mois par un groupe
d’experts réunis par la Direction générale de la Santé à la demande
du ministère de la Santé. Pour ce travail, les experts ont
bénéficié d’une formation assurée par l’Inserm, l’Anaes et le
groupe SOR de la FNCLCC.
Le problème qui a été abordé dans ce texte est celui de gènes de
prédisposition, c’est-à-dire de gènes dont les mutations
constitutionnelles délétères induisent un sur-risque très important
de cancers, en termes de risque absolu.
Dans ce domaine, plus encore qu’ailleurs, il est fondamental de
respecter le choix des individus et de les faire participer aux
décisions médicales [3].
Épidémiologie
Part attribuable, fréquence, risques principaux
Concernant le nombre de ces cancers se développant chez des
personnes ayant une prédisposition d’origine génétique, le chiffre
de 5 % peut être retenu [4]. On estime ainsi qu’annuellement,
en France, 2 000 nouveaux cas de cancers du sein et
200 cancers de l’ovaire seraient liés à une prédisposition
génétique constitutionnelle. La fréquence des personnes porteuses
d’une mutation constitutionnelle délétère (MCD) de BRCA1 ou BRCA2
peut être estimée entre 1 personne sur 300 et 1 personne
sur 800, soit de l’ordre de 17 000 à 45 000 femmes
ayant de 30 à 69 ans.
Les estimations des risques de développer un cancer pour les
femmes ayant une altération du gène BRCA1 ou du gène BRCA2 sont
très variables selon les études. On peut estimer que les femmes
porteuses d’une MCD ont [5-10] :
– de l’ordre de 40 à 85 % de risque de développer un
cancer du sein avant 70 ans, alors que ce risque est de
l’ordre de 10 % dans la population générale ;
– entre 10 % et 63 % de risque de développer un
cancer de l’ovaire avant 70 ans, alors que ce risque est de
l’ordre de 1 % dans la population générale.
Ce risque est cependant assez différent selon qu’il s’agit d’une
MCD de BRCA1 ou de BRCA2. Dans la synthèse réalisée par Antoniou
et al. [10], le risque de cancer du sein à 70 ans est
de 65 % (IC95 % = 44-78) pour BRCA1 et de
45 % (IC 95 % = 31-56) pour BRCA2. Le
risque de cancer de l’ovaire est de 39 %
(IC 95 % = 18-54) pour BRCA1 et de 11 %
(IC95 % = 2,4-19) pour BRCA2. À partir des données
de cette publication, on peut estimer que le risque d’être atteinte
d’un cancer de l’ovaire avant 45 ans est de l’ordre de
10 % en cas de mutation de BRCA1 et de moins de 1 % en
cas de mutation de BRCA2. Pour le risque de cancer du sein, les
chiffres sont de l’ordre de 25 % pour BRCA1 et 7 % pour
BRCA2.
Concernant le risque annuel de cancer controlatéral d’une femme
atteinte d’un cancer du sein, il peut être estimé [11] entre 3,8 et
6,4 % pour BRCA1 et entre 2,1 et 4,2 % pour BRCA2.
La question d’un pronostic différent des cancers du sein ou de
l’ovaire se développant chez des femmes ayant des MCD de BRCA est
toujours en débat. Les différences ont été jugées faibles par le
groupe d’experts et, à ce jour, sans impact sur les décisions
thérapeutiques.
Spectre d’expression tumorale en dehors du cancer du sein et de
l’ovaire
Chez les porteurs de MCD de BRCA, les risques principaux
concernent le sein et l’ovaire (tableau 1). Un certain nombre d’études
rapportent également des risques accrus pour d’autres cancers [9,
12-14] ; néanmoins, en particulier pour des raisons de biais
méthodologiques, il semble difficile pour l’instant, de tenir
compte de ces éventuels sur-risques dans la prise en charge.
Tableau 1. Risques relatifs de
cancer des différents organes (hors sein et ovaire) chez les
porteurs de mutation CD de BRCA selon le gène impliqué et
l’histoire familiale. Seuls les cancers dont les risques ont été
signalés en excès par au moins une étude sont notés. En raison d’un
problème de tests multiples, qui n’a été corrigé dans aucune des
études, nous n’avons retenu que les risques significatifs à
1 %
|
Site |
BCLC BRCA2 1999 [12] |
BCLC BRCA1 2002 [13] |
Consultations oncogénétiques BRCA1 [14] |
Cas consécutifs de cancers 2001 BRCA1 [9] |
Cas consécutifs de cancers 2001 BRCA2 [9] |
|
Pancréas |
5,5 |
2,3
|
2,8
|
NS |
NS |
|
Prostate |
4,6 |
NS |
NS |
NS |
NS |
|
Vésicule biliaire |
5,0 |
NS |
NS |
NS |
NS |
|
Mélanome |
2,6 |
NS |
NS |
NS |
NS |
|
Côlon |
NS |
2,0 |
2,0
|
NS (côlon et rectum) |
2,5 (côlon et rectum) |
|
Rectum |
NS |
0,2 |
NS |
|
Estomac |
2,6
|
NS |
6,9
|
6,2 |
NS |
|
Foie |
NS |
4,1 |
NS |
NS |
NS |
|
Utérus corps |
NS |
2,7 |
NS |
NS |
NS |
|
Utérus col |
NS |
3,7 |
NS |
NS |
NS |
|
Trompes de Fallope |
NS |
50 |
120 |
NS |
NS |
| Tous
cancers femmes |
NS |
2,3
|
?
|
NS |
NS |
BCLC : breast cancer linkage consortium ;
NS : non significatif ou non signalé.
On peut globalement retenir :
– un sur-risque probable de cancer du pancréas, en
particulier pour BRCA2 ;
– un sur-risque possible de cancer de la prostate ;
– la non-confirmation du risque de mélanome ;
– le très important sur-risque de cancer des trompes de
Fallope ;
– l’absence très probable de sur-risque de cancer colorectal, la
position est donc de ne pas tenir compte de l’histoire familiale
sein-ovaire ou de MCD de BRCA pour définir les meilleures
stratégies de prise en charge préventives du cancer colorectal qui
seront donc celles établies par la conférence de consensus
[15].
Histoire familiale, MCD et risques de cancer
Il n’est pas possible, à ce jour, de décider si l’interprétation
« clinique » des MCD, c’est-à-dire le niveau de risque
évalué, doit ou non tenir compte de l’histoire familiale (peu ou,
au contraire, de nombreux cas de cancer).
Dans le même ordre d’idée, en cas d’absence de mutation délétère
identifiée à titre individuel dans une famille BRCA+ avec de
nombreux cas, il n’est pas possible aujourd’hui de définir s’il
existe un réel retour au niveau du risque de la population standard
ou la persistance d’un risque légèrement plus élevé. Néanmoins, les
experts de ce groupe de travail estiment que la première hypothèse
est la plus probable.
Spectre d’expression tumorale en cas de cancers multiples
atteignant une seule personne
Au vu des données analysées, l’hypothèse retenue est celle de
l’indépendance des événements.
Aucun argument (en dehors des différences BRCA1/BRCA2) ne permet
d’anticiper le sens d’une éventuelle association (des mutations
« agressives » pourraient augmenter l’incidence des deux
cancers sein et ovaire ; en revanche, des cofacteurs, comme la
pilule par exemple, pourraient opposer les variations
d’incidences). Pour répondre à des questions
« profanes » : il n’y a ni malédiction (« si
j’en ai eu un, j’en aurai deux »), ni répartition
équilibrée (« j’ai eu un cancer, ça suffit »).
Corrélations génotype-phénotype
Les études sont, à ce jour, peu démonstratives pour BRCA1. Pour
BRCA2, l’impact des mutations siégeant dans la zone OCCR
(ovarian cancer cluster region) n’est pas définitivement
établi, mais l’hypothèse d’un risque moindre de cancer du sein
et/ou d’un sur-risque de cancer de l’ovaire ne peut être rejetée.
Néanmoins, pour l’instant, il n’est pas recommandé de tenir compte
de cet élément dans les processus de décision.
Consultations
Règles d’organisation et modes d’accès à la première
consultation
La distinction porte sur la finalité des examens, il s’agit
(selon les termes de la loi) :
– soit de confirmer ou d’infirmer le diagnostic de maladie
génétique chez une personne qui en présente les
symptômes ;
– soit de rechercher, chez une personne asymptomatique, les
caractéristiques d’un ou de plusieurs gènes susceptibles
d’entraîner à terme le développement d’une maladie chez la personne
elle-même ou sa descendance. Dans ce cas, la prescription d’un
examen des caractéristiques génétiques doit être effectuée par un
médecin œuvrant au sein d’une équipe pluridisciplinaire rassemblant
des compétences cliniques et génétiques. Le consentement de la
personne doit être libre et éclairé par une information préalable
comportant notamment des indications sur la portée de l’examen. Ce
consentement est donné par écrit.
La position des experts de ce groupe est de considérer que
l’équipe pluridisciplinaire devrait pouvoir mobiliser les
différentes compétences suivantes : cancérologue, généticien,
biologiste ayant une formation en génétique moléculaire,
chirurgien, radiologiste, gynécologue, psychologue clinicien, le
médecin traitant chaque fois que cela est possible et tout autre
spécialiste dont la présence pourrait être utile à la discussion
d’un cas clinique.
Il est souligné l’importance de la consultation de première ligne
(médecins généralistes et spécialistes) permettant une information
préalable des personnes. Un algorithme simplifié, sans validation
empirique, d’indication des consultations d’oncogénétique est
proposé en annexe.
Le niveau supposé de risque et la réalité de la demande de la
consultante sont deux critères importants, mais c’est le second qui
doit, en priorité, être pris en compte. Pour une personne
appartenant à une famille à très haut risque, qui est réticente, la
consultation doit être différée, peut-être indéfiniment. Le respect
de cette position est un impératif une fois les informations sur
les enjeux délivrées par le médecin (notion de refus éclairé
proposée par Jacques Simard).
Si l’on se réfère au critère de niveau de risque (tout en
respectant les craintes et les réticences des personnes), quelles
sont les personnes auxquelles les médecins pourraient proposer une
consultation spécialisée ? Deux approches pourraient être
proposées :
– des indications restrictives (probabilité élevée
d’appartenir à une famille où existe une MCD). Cette approche est
peu « sensible », c’est-à-dire laisse non identifiées un
nombre important de personnes ayant des mutations, mais en limitant
le nombre de consultations, elle limite le risque de
« saturation » des consultations d’oncogénétique
permettant une prise en charge de qualité (longue) et des délais
courts. Elle permet la prise en charge prioritaire des personnes
les plus menacées ;
– des indications plus larges augmenteraient la sensibilité
mais risqueraient de dégrader partiellement la qualité du
service.
On peut considérer que, pour 1 000 cas incidents de
cancer du sein, on pourrait avoir environ 170 indications de
consultations d’oncogénétique (60 à 290 selon la littérature)
pouvant conduire, dans 50 à 60 % des cas, à des indications de
tests de génétique constitutionnelle (24 à 87 % selon la
littérature). Ces chiffres varient dans des conditions très
importantes soit vers des valeurs moindres (critères plus stricts,
acceptabilité faible), soit vers des valeurs plus importantes
(prise en compte des cas prévalents).
Objectifs de la première consultation
Le but de la consultation, après avoir vérifié la réalité de la
demande, est :
– d’évaluer la probabilité de l’existence d’une MCD (PbBRCA)
[16] et de décrire les possibilités d’infirmer ou de confirmer
cette hypothèse (utilité des tests de génétique
moléculaire) ;
– d’évaluer les risques de cancer (RC) chez la personne qui
consulte ;
– de décrire les différentes stratégies adaptées aux différents
niveaux de risque.
Les RC sont la moyenne pondérée par la probabilité (PbBRCA)
d’avoir une MCD (probabilité pouvant grâce aux tests de génétique
constitutionnelle atteindre 1 ou 0), des risques observés en cas de
MCD (penétrance) et en population sporadique (RSp).
RC = (PbBRCA × Pénétrance) + [(1 PbBRCA) × RSp]
Lorsqu’il s’agit de la première analyse réalisée dans une famille,
actuellement en raison d’indications de prescription non
restrictives, d’un défaut de sensibilité technique et de
l’hétérogénéité génétique (BRCAx) [17], la situation la plus
fréquente des consultations d’oncogénétique est le cas d’une
personne qui, en raison de son histoire familiale et individuelle,
est à risque d’avoir une MCD mais pour laquelle le test est négatif
(absence de MCD identifiée). Pour cette personne, il est
fondamental, pour permettre d’effectuer une prise en charge de
qualité, fondée sur une évaluation des risques, d’être capable
d’estimer les risques résiduels (post-test négatif) d’être atteinte
d’un cancer. Cette estimation passe par l’estimation de la
probabilité d’avoir une MCD avant le test (probabilité a
priori), puis par l’utilisation du théorème de Bayes. En dehors
de l’expertise informelle, des aides au calcul de la probabilité
a priori existent. Il s’agit soit d’abaques ou d’heuristique
simple, soit de programmes ou d’algorithmes [18]. Certains de ces
programmes sont pragmatiques (Myriad, Gail) et ne tiennent pas
compte des spécificités du modèle génétique. D’autres, comme
BRCAPRO, peuvent intégrer ces données. Ce dernier logiciel est peu
performant pour les risques faibles (zone où les modèles seraient
les plus utiles). L’utilisation de ces outils peut améliorer la
performance du médecin prescripteur [19].
La phase initiale de calcul de la probabilité que la consultante
ait une anomalie génétique est ainsi une étape primordiale
car :
– elle conditionne de manière importante les indications de
biologie moléculaire ;
– elle permet d’interpréter un résultat négatif lorsqu’il
s’agit d’une première analyse dans la famille.
Concernant les recherches d’informations sur la validité des
diagnostics rapportés (obtention des comptes rendus opératoire et
d’anatomopathologie), l’arbitrage se fait entre, d’un côté, la
volonté de ne pas troubler des personnes qui ne souhaitent pas
« replonger » dans leur maladie et, de l’autre côté, une
optimisation des indications associées et une fiabilisation des
interprétations des tests de génétique constitutionnelle. Il a été
considéré que l’obtention des comptes rendus était :
– indispensable pour la personne testée qui fait une démarche
active pour un test biologique à qui l’on peut expliquer l’utilité
d’une telle démarche ;
– très souhaitable lorsque le résultat peut modifier de manière
significative une décision (tester ou non) ou une interprétation
(risque résiduel).
Identification des cas liés à une MCD
Les éléments ayant une valeur prédictive significative pouvant
être utilisés pour calculer la probabilité a priori qu’une
personne ait une MCD d’un des gènes connus BRCA sont les
suivants.
• Caractéristiques anatomopathologiques des cancers (tableau 2)
Tableau 2. Caractéristiques de la
tumeur : résumé des paramètres devant être pris en compte pour
renforcer l’hypothèse d’une mutation constitutionnelle délétère
|
Caractère/paramètre |
Valeur prédictive
|
Argument (*)
|
Prise en compte
|
|
Ovaire borderline |
Faible |
Étude spécifique |
Non |
|
Ovaire non-adénocarcinome |
Faible |
Consensus d’experts |
Non |
|
Sein non-adénocarcinome |
Faible |
Consensus d’experts |
Non |
|
Sein lobulaire in situ |
Faible |
Analogie étude pop. |
Plutôt non |
|
Multicentrique |
Inconnue |
Aucun |
Plutôt non |
|
Sein canalaire in situ |
Équivalent invasif 10 ans + tard |
Analogie étude pop. |
Plutôt oui |
|
Multifocalité |
Intermédiaire |
Analogie |
Plutôt Oui |
| RE-
Grade 3 (BRCA1) |
Significative si avant 35-40 ans |
Étude spécifique |
Oui |
|
Bilatéralité |
Équivalent 2 cancers |
Étude spécifique |
Oui |
|
Sein médullaire (BRCA1) |
Significative |
Étude spécifique |
Oui |
* Différentes bases des prises de positions. Études
spécifiques portant sur le caractère dans les populations à risque
héréditaire. Transposition d’études portant sur le caractère dans
une population générale. Position des experts.
Les sarcomes ovariens, les tumeurs embryonnaires et les
métastases (ovariennes) de cancers ne sont pas comptabilisés dans
l’évaluation du risque (de même que les envahissements ovariens à
partir d’autres tumeurs pelviennes). Pour les tumeurs
borderline de l’ovaire, la littérature donne des arguments
forts, mais peut-être non définitifs pour ne pas les comptabiliser
[9]. En revanche, les carcinoses péritonéales sont considérées
comme un indicateur de MCD équivalent à un cancer de l’ovaire.
Pour les cancers du sein in situ, la littérature ne donne
pas d’information spécifique pouvant permettre de prendre position.
En population, il est classique de considérer depuis les travaux de
Fischer et de Page [20] qu’il est probable qu’environ 15 à
50 % des cancers in situ pourraient se transformer en
cancers invasifs au bout de 20 ans. Une règle qui consisterait
à assimiler un cancer in situ comme un équivalent d’un cas
invasif apparaissant 10-15 ans plus tard serait donc une règle
qui augmenterait la sensibilité (sans doute au détriment de la
spécificité). Pour les carcinomes lobulaires in situ (CLIS),
depuis les travaux de Fischer, ils sont plus considérés comme un
marqueur de risque que comme une lésion pouvant évoluer vers un
cancer invasif [21]. Il apparaît donc rationnel de ne pas tenir
compte de cas de CLIS dans le calcul de la probabilité a
priori. Pour les cancers du sein, une tumeur de type
médullaire, quel que soit l’âge et quelle que soit l’histoire
familiale, a été retenue comme une indication d’analyse génétique
constitutionnelle. En revanche, les caractéristiques récepteurs aux
œstrogènes (RE) négatifs et grade SBR 3, qui ont une valeur
prédictive de MCD significative [22], ne peuvent être utilisées
seules mais comme un complément à l’âge d’apparition du cancer. Le
groupe d’experts estime que cette information est pertinente pour
un âge au diagnostic inférieur à 35-40 ans.
La multifocalité et le caractère multicentrique pourraient, à
terme, être incorporés dans l’évaluation du risque mais la
quantification de leurs valeurs prédictives est à ce jour non
disponible. Le cancer du sein bilatéral a, selon l’expérience de
Myriad Genetics, une valeur prédictive équivalente à la situation
de deux apparentées au premier degré ayant eu chacune un cancer
[communication personnelle].
• Caractéristiques de la personne
Le sexe masculin, pour un adénocarcinome du sein, possède une
forte valeur prédictive.
L’âge auquel une personne est atteinte est un facteur prédictif
considérable et un critère suffisant en cas d’adénocarcinome du
sein apparu avant 30 ans.
Les atteintes multiples chez une seule personne ont été analysées
et les configurations suivantes sont suffisantes pour poser une
indication (quel que soit l’âge) :
– un cancer du sein et soit un cancer de l’ovaire (ou des
trompes), soit un cancer du pancréas ;
– un cancer du sein et de la prostate ;
– un cancer du sein (ou un cancer de l’ovaire) et deux autres
cancers (à l’exclusion de cancers peu ou non liés à des MCD comme
le poumon, la sphère ORL, col de l’utérus...).
• Caractéristiques de la famille
Il est important d’emblée de rappeler que les MCD des gènes BRCA
peuvent avoir été héritées par le biais de la branche paternelle ou
maternelle. En conséquence, l’histoire familiale doit analyser ces
deux compartiments d’affiliation différents. Seront pris en
compte :
– d’une part, la localisation anatomique des cancers ;
les tumeurs du spectre seront prises en compte en tenant compte de
leur valeur prédictive évaluée à partir d’un risque relatif (tableau 1), c’est-à-dire la trompe,
l’ovaire, le sein, voire le pancréas ;
– d’autre part, pour chacune de ces tumeurs, l’âge
d’apparition (très important pour le sein), le degré de parenté, la
branche d’affiliation, le nombre de sujets atteints et non
atteints.
L’origine ethno-géographique peut avoir une certaine valeur
prédictive.
Déroulement et aspects pratiques des consultations
• Confidentialité
Les informations sur les anomalies génétiques sont soumises aux
règles classiques du secret médical. En France, l’information
directe des apparentés par les médecins, même dans leur intérêt,
est interdite [23].
• Indication des tests
Concernant la réalisation de tests chez une personne indemne en
première intention dans une famille, il existe deux étapes :
la légitimité d’une analyse et son optimisation.
La légitimité est obtenue par deux critères : la volonté de
la personne informée (volonté exprimée par son consentement) et la
probabilité a priori d’avoir une mutation constitutionnelle
délétère. Les règles habituelles précisent que le test d’une
personne mineure ne peut s’envisager que s’il existe un intérêt
médical immédiat. Dans le cadre BRCA, il n’y a pas lieu de tester
des personnes mineures. L’optimisation consiste à tester la
personne qui a la plus forte probabilité d’avoir une mutation
constitutionnelle délétère ; il s’agit le plus souvent d’une
personne atteinte. Parfois, la personne qui a la plus forte
probabilité est inaccessible (refus, décédée).
Concernant la probabilité d’être porteur d’une MCD, l’expertise
collective Inserm avait retenu deux seuils : un au-delà duquel
le test était recommandé, un en deçà duquel il était recommandé de
ne pas le faire. Le choix de réutiliser cette méthode de deux
seuils a été de nouveau retenu au vu des intervalles de confiance
encore significatifs autour des prédictions de risque et de la
variabilité des résultats des calculs de probabilité a
priori selon les hypothèses retenues. Les niveaux retenus en
1998 étaient respectivement 25 % de probabilité et
5 %.
La position du groupe d’experts est donc de considérer que les
tests sont recommandés dès lors que la probabilité d’être porteur
d’une MCD d’un gène majeur de prédisposition (BRCA1,2,X) est de
25 % et que ces recherches peuvent être déconseillées pour une
probabilité inférieure à 10 %. Ces valeurs de probabilité de
trouver une MCD correspondent, dans l’état actuel des
connaissances, à approximativement des taux attendus de MCD de
BRCA1 et 2 de l’ordre de 6 à 15 %.
• Information sur le statut biologique
Il s’agit d’une consultation particulièrement importante et sans
doute délicate. Il est peut-être utile de s’inspirer des réflexions
déjà construites autour de la consultation d’annonce du diagnostic
du cancer (point 7.2, annexe n° 4 du plan cancer).
• Suivi et prise en charge médicale de ces personnes
Ils doivent bénéficier de l’offre d’un suivi médical, d’un
soutien psychologique et d’un contrôle de qualité des
procédures.
Génétique moléculaire
Organisation et régulations
Ces tests doivent être réalisés dans des laboratoires agréés et
dans lesquels exercent des praticiens ayant reçu un agrément à
titre individuel. Le compte rendu de résultats d’analyse doit
contenir des éléments assurant une traçabilité tant au niveau de
l’identification du sujet que du prélèvement analysé. Le résultat
doit être présenté de manière explicite et exploitable par un
non-biologiste.
Les décrets d’applications prévoient que la prescription des tests
« prédictifs » soit plus encadrée que la prescription des
tests « diagnostiques ». Le groupe d’experts souligne
qu’en cancérologie, les tests ne sont jamais diagnostiques. La
justification de retenir un encadrement souple repose sur la
possibilité d’avoir un impact immédiat sur la prise en charge
thérapeutique de la personne. On peut noter qu’à ce jour, lorsque
le test est réalisé chez une personne atteinte de cancer, les
résultats sont sans impact thérapeutique sur le cancer
déclaré : sa perspective est donc prédictive.
Plusieurs arguments militent ainsi pour élargir l’encadrement
obligatoire de la prescription chez les personnes asymptomatiques
vers les personnes atteintes de cancer : nombre limité de
critères simples d’indication de tests de génétique
constitutionnelle, interprétation clinique délicate des résultats
biologiques génétiques familiaux négatifs, diversité des stratégies
de prise en charge, multiplicité des risques, prise en charge
d’apparentés.
Pour toutes ces raisons, il est sans doute souhaitable que
certaines précautions, dont l’existence d’une équipe
pluridisciplinaire déclarée (avec protocoles de prise en charge)
par exemple, puissent être offertes aux personnes même déjà
malades.
L’obtention du consentement est de la responsabilité du
prescripteur. Le laboratoire doit avoir une attestation ou la
photocopie de consentement signée par le prescripteur ou la
photocopie du consentement.
La veille scientifique spécifique de type biologique est de la
responsabilité du laboratoire (variant de signification inconnue,
techniques...) mais son impact dépend de la qualité des échanges
clinique-biologie. Une réunion regroupant laboratoires et
prescripteurs sur une base annuelle a été jugée indispensable pour
permettre d’informer les prescripteurs des évolutions
technologiques et d’analyser les taux de détection de MCD en
fonction des indications. Dans le même état d’esprit, une réunion
regroupant prescripteurs et médecins « adresseurs » est
très souhaitable, voire indispensable, selon le niveau
d’activité.
Problème posé par les familles négatives pour la recherche de
mutation constitutionnelle délétère des gènes BRCA1 et BRCA2 mais
conservant une forte probabilité d’être liée à une mutation
germinale délétère d’un gène de prédisposition
Trois options peuvent s’envisager :
– de nouvelles analyses avec des techniques plus sensibles
qui pourraient permettre de réaliser un gain de sensibilité
substantiel [24] ;
– la recherche de réarrangements de grande taille pose le
problème de la variabilité de la part attribuable en fonction de
l’origine géographique des familles analysées, allant de 10 %
des altération de BRCA1 à près de 27 % [25, 26]. Pour BRCA2,
les études sont peu nombreuses mais les altérations semblent plus
rares [27] ;
– enfin, du fait de l’existence de cas sporadiques associés,
il peut être proposé de tester une autre personne dans la
famille.
Généralités sur la prise en charge médicale
Ces dernières sont proposées dans l’état actuel des
connaissances (les références les plus pertinentes ayant été
listées dans le rapport).
Les stratégies de prise en charge médicale sont donc applicables à
deux groupes de personnes :
– personnes avec une MCD,
– personnes dont on ne sait pas si elles sont ou non
porteuses d’une MCD (sans analyse réalisée ou avec une analyse
négative sans MCD identifiée au préalable dans la famille). Ces
personnes ont une probabilité évaluable d’avoir une MCD dont on
peut déduire le risque de développer un cancer du sein ou de
l’ovaire (cf. § Objectifs de la première consultation).
Pour guider les décisions pour ces personnes, trois sous-groupes
sont définis à partir de deux seuils portant sur le risque de
développer un cancer :
– un seuil au-delà duquel ces personnes sont considérées
comme proches des personnes ayant une MCD et où donc les procédures
sont proposées ;
– un seuil en deçà duquel les personnes sont considérées
comme très proches de la population à risque standard et où donc
les interventions sont considérées comme non pertinentes ;
– entre ces deux seuils, existe une catégorie intermédiaire
où les décisions seront individualisées.
Quelles que soient les positions ici décrites, c’est la personne
intéressée qui joue le rôle le plus important dans le choix des
différentes stratégies de prise en charge. Les médecins ont un
devoir d’information et de conseil. Compte tenu des risques
absolus, les interventions portent sur deux organes : le sein
et l’ovaire (le cas particulier du cancer de la prostate est
discuté plus loin). Pour les autres organes, au vu des risques
absolus plus faibles et en l’absence de données pragmatiques, à ce
jour aucune intervention n’est préconisée.
Les stratégies de dépistage et de prévention ne doivent pas se
substituer à la gestion des symptômes. En particulier, les médecins
ne doivent pas négliger des signes en raison d’un âge
« trop » précoce.
Il est important de rappeler qu’en l’absence, à ce jour, de
corrélations génotype-phénotype significatives, l’âge d’apparition
des cancers dans une famille en cas de MCD identifiée ne devrait
pas influencer les propositions de prise en charge. La prise en
compte de l’âge (souvent le plus jeune observé) pour déterminer ou
nuancer l’âge de début des interventions peut néanmoins être
légitime en cas d’histoire familiale significative avec tests
négatifs.
Personnes asymptomatiques, risque de cancer du sein
Dépistage (en dehors de l’imagerie)
• Autoexamen des seins
L’autoexamen en population générale ne semble pas efficace [28].
La position des experts est de ne pas préconiser cet examen pour
les femmes à risque. En cas de souhait de la patiente, il faut en
expliquer les limites et favoriser l’inspection dynamique. La
possibilité d’évolution de cette position est faible à
négligeable.
• Examen clinique par un médecin
Les données de la littérature confirment l’efficacité de cette
approche, y compris en cas d’histoire familiale. Dans le cas
particulier des femmes à très haut risque, une étude [29] montre
qu’un cancer sur les 35 détectés l’a été par l’examen clinique
en l’absence de détection mammographique ou échographique. Cet
outil est donc à préconiser. Sont à discuter : l’âge du début
(20-25 ans ?), la périodicité (4 ou 6 mois ?).
L’intervention est préconisée pour les personnes ayant une MCD de
BRCA ou dont la probabilité d’avoir une MCD est supérieure à
5-15 %.
La possibilité d’évolution de cette position est faible.
• Dépistage biologique
Le dépistage par des techniques de biologie n’est pas une
intervention préconisée. Il n’y a pas encore de validitation
clinique.
La possibilité d’évolution de cette position est
significative.
Dépistage par imagerie, dépistage mammographique
• Sémiologie radiologique
L’analyse des mammographies de femmes porteuses des MCD de BRCA1
et BRCA2 a démontré qu’elles ont tendance à avoir des seins denses
faiblement contrastés avec une texture grossière [30, 31].
Le risque de cancer augmente avec la densité du sein [32]. La
densité mammaire est le facteur prédictif indépendant le plus
significatif de la sensibilité mammographique qui passe de
98 % pour les seins graisseux (type de densité Birads 1 de
l’American College of Radiology) à 48 % pour les seins
extrêmement denses (Birads 4). Elle est plus basse avant
49 ans qu’à 50 ans et plus ; les effets sont
indépendants [33].
Chez les porteuses de MCD, n’importe quelle masse mammographique
de nature solide en échographie peut être considérée comme
suspecte, du fait de la prévalence plus élevée de cancers de forme
ronde (carcinomes médullaires, cancers canalaires infiltrants de
haut grade). Le contour « proéminent » de la tumeur
(caractère habituel des carcinomes médullaires) explique en partie
ces résultats [34].
• Arguments en faveur du dépistage mammographique
Le « rendement » de la mammographie est meilleur chez
les femmes génétiquement prédisposées (plus forte prévalence) que
chez les femmes du même âge sans mutation constitutionnelle
délétère. Néanmoins, aucune étude spécifique concernant les femmes
à risque n’a mis en évidence de réduction de mortalité cancer du
sein-dépendante. Seuls des indicateurs intermédiaires, en amont,
sont disponibles.
L’étude de Brekelmans et al. [29] montre une faisabilité et
une relative efficacité. Néanmoins, sur 35 cancers découverts
(dont 2 in situ), 9 sont des cancers de
l’intervalle. Il apparaît, au vu des résultats de cette étude,
qu’il est extrêmement souhaitable d’exercer une surveillance tous
les 6 mois ou tous les 4 mois. Le débat porte sur la
nature de cette surveillance : imagerie et/ou examen
clinique.
• Effets délétères du dépistage mammographique
La radiosensibilité mammaire est très forte, de 0 à 20 ans,
et chute brusquement ensuite [35]. Après 30 ans, le risque
réel pour les doses utilisées de rayons X est quasi nul [36]. En
mammographie, la dose de rayons X est d’autant plus forte que le
sein est plus dense, ce qui est le cas chez la femme jeune [37],
plus encore chez les femmes génétiquement prédisposées. Il est
possible que la sensibilité aux radiations ionisantes des seins
BRCA+ soit plus forte que celle de la population générale [38],
mais cela n’est pas prouvé.
Les faux positifs sont responsables d’investigations
complémentaires inutiles pouvant de plus accroître l’anxiété. Un
taux de faux positifs mammographiques plus élevé a été observé chez
les femmes jeunes : 7,8 % de 40 à 49 ans
versus 4,4 % de 70 à 79 ans [39]. Les femmes qui
ont des tissus mammaires extrêmement denses ont une probabilité
presque deux fois plus forte d’avoir un faux positif mammographique
que les femmes avec des seins graisseux [40].
Les faux négatifs induisent un retard au traitement. Une revue
rétrospective des mammographies précédentes après la découverte
d’un cancer du sein a montré que 25 % d’entre elles étaient
faussement négatives (visibles lors de l’examen précédent [41]).
Une MCD de BRCA1 ou 2 et une forte densité des seins en
mammographie contribuent indépendamment aux résultats faussement
négatifs de la mammographie. Le taux de faux négatifs
mammographiques, corrélé significativement aux contours tumoraux
« proéminents » et aux masses de contours non spiculées,
reflète la fréquence particulière des carcinomes médullaires
[34].
Il n’existe pas de donnée spécifique permettant de juger de
l’importance du problème du sur-diagnostic.
• Innovations en mammographie depuis 1998
Concernant la numérisation, les conclusions du rapport de
l’Anaes [42] sont les suivantes : « Les études
disponibles suggèrent que les dernières techniques de numérisation
plein-champ en mammographie aient des performances diagnostiques
équivalentes à celles des techniques conventionnelles. Ces
résultats devraient être confirmés par des études dans un contexte
de dépistage... ». Depuis cette date (2000), l’efficacité
de la mammographie numérique plein-champ (MNPC) avec lecture sur
écran a été observée en dépistage de masse à Oslo chez
4 028 femmes âgées de 50 à 69 ans et
3 083 femmes âgées de 45-49 ans. La mammographie
argentique (MA) et la MNPC avec lecture sur écran sont des
modalités comparables dans un programme de dépistage [Skaane P,
RSNA 2002, communication n° 131, session A14]. Aux États-Unis, la
Food and Drug Administration (FDA) a approuvé, le 18 décembre
2002, l’utilisation de la MNPC en dépistage du cancer du sein
(http://www.fda.gov/cdrh/mammography/guidance-rev.html#pghs).
L’étude DMIST (Digital Mammography Imaging Screening
Trial : comparaison analogique versus MNPC chez
49 500 femmes) de l’ACRIN apportera des données utiles
pour situer la place de la MNPC dans le dépistage. Par comparaison
avec la mammographique argentique sur le couple film-écran
conventionnel, la MNPC réduit la dose glandulaire moyenne de rayons
X de 25 % environ [43].
Plusieurs systèmes de DAO ont reçu l’agrément de la FDA pour les
mammographies de dépistage ou de diagnostic. L’amélioration des
performances avec l’ordinateur est plus nette pour les radiologues
non spécialisés que pour ceux spécialisés en mammographie [44].
Chez des femmes atteintes d’un cancer du sein, les études
rétrospectives de 377 mammographies précédentes considérées
comme normales ou ne comportant que des anomalies bénignes, 9 à
24 mois avant le diagnostic du cancer, ont montré que
l’utilisation du système de DAO aurait amélioré significativement
la détection des cancers du sein en augmentant la sensibilité des
radiologues de 21,2 %. Elle aurait pu diminuer de 65 % le
nombre de cancers manqués par le dépistage [45]. Concernant les
seins denses, la DAO augmente le nombre d’examens positifs avec une
sensibilité (vrai positif) indépendante de la densité mammaire mais
un taux de faux positifs plus important en cas de seins denses (par
rapport aux seins non denses) [45]. Ces données doivent être
confirmées par d’autres études.
Dépistage par imagerie, dépistage échographique
L’étude prospective de Kolb [33] montre que la sensibilité de la
mammographie baisse significativement avec l’augmentation de la
densité mammaire. L’échographie complémentaire augmente
significativement la détection des petits cancers, particulièrement
chez les femmes à risque.
Dépistage, prélèvements à l’aiguille
L’inconvénient de l’échographie de dépistage systématique en
complément de la mammographie est d’augmenter le nombre de faux
diagnostics positifs. Pour améliorer la valeur prédictive positive
(VPP) des biopsies après une échographie, Kaplan [46] propose
d’appliquer les critères de Stavros en contrôlant 6 mois après
leur découverte les anomalies probablement bénignes, au lieu de les
biopsier d’emblée. Cette attitude attentiste n’est pas forcément
justifiée chez les femmes génétiquement prédisposées.
Dépistage par imagerie, place de l’IRM (tableau 3)
Tableau 3. Synthèse des
comparaisons mammographie, échographie et IRM
|
Pays |
Effectifs
|
Durée du suivi
|
Technique de détection
|
Sensibilité %
|
Spécificité %
|
|
Allemagne [47] |
462 femmes (MCD ou histoire familiale)
51 cancers |
5 ans |
Clinique
Mammographie
Échographie
IRM |
42,8
47,
95, |
94,3
88,4
95,1 |
|
Hollande [48] |
1 848 femmes
294 BRCA+
30 cancers |
2 ans |
Clinique
Mammographie
Échographie
IRM |
16,
36,
71,
|
97,
95,
88,
|
|
Canada [49] |
196 femmes
7 cancers |
3 ans |
Clinique
Mammographie
Échographie
IRM |
43,
43,
86, |
86,
26,
|
|
Italie [50] |
105 patientes
8 cancers |
2 ans |
Clinique
Mammographie
Échographie
IRM |
13,
13,
100, |
100,
87,
|
Le rôle de l’IRM mammaire dans le dépistage du cancer du sein
chez les femmes à haut risque reste en évaluation [47-50]. L’IRM
semble être l’examen le plus sensible pour la surveillance de ces
patientes jeunes à très haut risque. En raison d’une spécificité
moindre, cet examen ne doit être utilisé qu’en cas de forte
prévalence correspondant à une population très ciblée. Les
différentes études en cours dans le monde doivent être poursuivies
pour conclure sur la meilleure stratégie à adopter dans le
dépistage et la surveillance des patientes à haut risque génétique.
Pour le dépistage du cancer du sein chez les jeunes femmes à haut
risque, l’IRM du sein est prometteuse. Les résultats préliminaires
des études montrent qu’elle détecte un plus grand nombre de cancers
que la mammographie et que l’échographie avec un taux bas de faux
positifs. Le nombre de cas étudiés est cependant assez faible et
l’on manque encore de recul. De plus, le repérage des anomalies
visibles uniquement en IRM est long et complexe et ne permet pas
d’envisager actuellement en routine un dépistage annuel par l’IRM
pour les femmes à haut risque. Actuellement, il apparaît dans
certaines pratiques qu’il s’agit d’un examen de second niveau après
les examens de première intention mammographie et/ou
échographie.
Résumé portant sur l’utilisation de l’imagerie
La position des experts est de préconiser, pour ces femmes à
haut risque, une prise en charge par une équipe d’imagerie avec un
protocole de prise en charge standardisée. Cette équipe doit au
minimum avoir répondu aux critères de contrôle de qualité. Une
expérience (activité) importante, en particulier pour ces femmes
ayant des seins denses, est souhaitable.
Le couple mammographie-échographie (pour les seins dont la densité
mammographique est classée 3 ou 4, et parfois 2, selon les critères
du Birads de l’ACR) apparaît comme un outil à proposer ; en
mammographie : examen annuel avec une incidence de face et en
oblique externe par sein et double lecture comparative des clichés
à partir de 30 ans (faible prévalence avant, faible valeur
prédictive et toxicité possibles). La périodicité d’un an peut être
retenue au vu des arguments suivants :
– pas d’intervalle plus long sur des critères
théoriques : vitesse de croissance cellulaire, fréquence des
cancers de l’intervalle ;
– un intervalle plus court aurait une efficacité marginale
faible en regard d’une simple surveillance clinique entre deux
examens d’imagerie et une faible acceptabilité de l’ordre de
25 % des femmes vues en consultation d’oncogénétique
[51] ;
– arrêt dès que l’espérance de vie est inférieure à
5-10 ans.
Il n’existe aucun argument de rang élevé pour retenir ces
chiffres (ni d’autres).
L’échographie est recommandée en cas de densité mammaire classée
3-4, voire 2.
L’IRM pourrait devenir une option préférentielle, mais l’accès à
cette ressource, qui doit être pour l’instant simplement possible,
pourrait devenir nécessaire.
En présence d’une anomalie de type Birads 3 (probablement
bénigne), en tenant compte de la plus forte prévalence, une
cytoponction à l’aiguille fine ou une microbiopsie est préférable à
une simple surveillance. Cette position est d’autant plus valide
que l’on examine une femme ayant une MCD et d’autant moins valide
que la surveillance s’exerce sur des personnes ayant une histoire
familiale sans MCD prouvée. Quand elle est réalisable, la
microbiopsie échoguidée est préférable à la microbiopsie
stéréotaxique, car elle est plus rapide et mieux supportée. Le
choix de la meilleure procédure sera si possible collégial, en
milieu spécialisé.
Si, pour des raisons particulières, un examen d’imagerie
systématique devait être réalisé avant l’âge de 30 ans, une
échographie ± une IRM apparaîtraient comme les outils à
privilégier.
En cas de grossesse « programmée », un examen clinique
et un examen d’imagerie sont recommandés, avant la grossesse et de
toute façon après celle-ci.
En option, pour ces examens, compte tenu des données récentes,
de la plus grande densité des seins des femmes génétiquement
prédisposées, d’un doute concernant leur sensibilité potentielle
aux radiations ionisantes et de la nécessité de commencer tôt le
dépistage, l’utilisation des systèmes numériques (avec un contrôle
de qualité des appareils [52]) est envisagée, la dose d’exposition
aux rayons X y étant plus faible qu’en mammographie
conventionnelle. La détection assistée par ordinateur pourrait
compléter la double lecture des mammographies par les
radiologues.
L’impact sur la modification de l’espérance de vie est possible
mais non démontré et son niveau incertain.
Ces positions sont proposées aux femmes avec une MCD ou une
probabilité supérieure à 10-15 %. Les femmes avec une
probabilité inférieure à 5 % ne peuvent se voir conseiller ces
pratiques.
La possibilité d’évolution de ces positions est forte.
Prévention et réduction des risques
• Contraception orale (CO)
Le débat sur les risques de cancer du sein induit par la prise
de CO semble s’orienter vers une position rassurante [53].
Néanmoins, un sur-risque portant sur un sous-groupe peu fréquent de
femmes est toujours possible, en particulier pour les femmes ayant
une histoire familiale de cancer du sein ou une MCD de BRCA1 [54].
En regard des risques, il existe peut-être également des
bénéfices : la CO diminuerait les risques de cancer de
l’ovaire, et ce également chez des femmes ayant une MCD de BRCA
[55].
La CO ne peut être considérée comme un outil de chimioprévention
en soi, ni comme étant contre-indiquée chez les femmes avec une
histoire familiale de cancer du sein ou de l’ovaire [56].
• Traitement hormonal substitutif (THS)
La position des experts est de considérer que les antécédents
familiaux jugés non significatifs ne doivent pas être pris en
compte dans l’évaluation des risques-bénéfices du THS.
Pour les femmes ayant une MCD de BRCA ou une probabilité
significative d’avoir une mutation constitutionnelle délétère,
l’augmentation supplémentaire de risque n’est pas démontrée mais
probable. Son importance n’est pas connue et ne permet pas un
arbitrage objectif entre les risques et les bénéfices. La plupart
des experts souhaitent une prudence particulière concernant la
prescription de THS et ce d’autant que la probabilité d’avoir une
MCD est élevée (au maximum MCD identifiée). La tibolone, stéroïde
de synthèse parfois proposé, augmenterait le risque de cancer du
sein dans des proportions équivalentes aux THS
« classiques » [57]. Une recherche bibliographique
spécifique (SOR FNCLCC) sur des alternatives telle que la DHEA ou
les dérivés du soja ne permet pas de préconiser l’utilisation de
ces molécules-produits. Enfin, il existe une réflexion autour de
protocoles de recherche sur une association THS plus tamoxifène
[58].
• Chimioprévention
Il n’existe pas d’étude prospective portant spécifiquement sur
des femmes ayant des mutations constitutionnelles délétères BRCA1
ou 2. Les données sont donc issues de trois types
d’études :
– études rétrospectives sur des femmes ayant des MCD
[59] ;
– études d’intervention portant sur des femmes ayant un
sur-risque de développer un cancer du sein mais regroupant
différentes catégories de facteurs de risque [60-62] ;
– analyses a posteriori du sous-groupe BRCA+ des
études précédentes [63].
Le tamoxifène est, à ce jour, la seule molécule ayant une
autorisation de mise sur le marché aux États-Unis (FDA). Il
convient de signaler qu’aucun pays européen n’a délivré
d’autorisation, aucune demande n’ayant d’ailleurs été
effectuée.
L’efficacité du tamoxifène en prévention du cancer du sein
apparaît établie [64]. Néanmoins d’autres questions se
posent :
– Combien de temps la protection observée
persistera-t-elle ?
– La posologie et la durée de prescription ont-elles un
impact significatif ?
– Quels sont les risques induits par une telle
intervention ?
– Existe-t-il une ou des sous-populations ayant des bénéfices
ou des risques différents de la valeur moyenne observée (plus ou
moins importants) ?
Dans le cas des femmes BRCA+, il est, sur la base d’arguments
théoriques cohérents, souhaitable de distinguer les cas BRCA1
(majoritairement ER-), BRCA2 et les formes héréditaires BRCA1–
BRCA2–. Cependant, une étude rétrospective de Foulkes [65] retrouve
une efficacité du tamoxifène chez des femmes ayant une MCD de
BRCA1. Si le débat est ouvert pour les femmes ayant une MCD de
BRCA1, en revanche l’efficacité en cas de MCD de BRCA2 ou de risque
héréditaire de cancer du sein non lié à BRCA1 et 2 est très
probable.
Contrairement au tamoxifène pour lequel des données existent avec
un recul très important, les effets des autres molécules sont sur
ce point moins bien documentés. Le raloxifène possède, semble-t-il,
un profil proche du tamoxifène. Les inhibiteurs de l’aromatase
pourraient également dans l’avenir être une option efficace. Les
rétinoïdes seuls ou en association avec du tamoxifène à faible dose
sont également en cours d’étude [66]. Aucune donnée pertinente
n’est disponible pour la tibolone.
Une intervention sur les femmes en post-ménopause, BRCA2+ et sur
les formes BRCA1– BRCA2– apparaît très souhaitable. Il ne peut
s’agir, dans la situation actuelle, que de protocoles de recherche.
Pour les femmes ayant une MCD de BRCA1 et pour les femmes en
pré-ménopause, les arbitrages sont sans doute plus complexes.
Chirurgie prophylactique, mammectomie prophylactique
Il existe trois types de mastectomie : la mastectomie
totale (Patey modifié), la mastectomie totale qui conserve l’étui
cutané (skin sparing mastectomy), la mastectomie
sous-cutanée qui conserve l’étui cutané et la plaque
aréolo-mamelonnaire (PAM).
Quelles que soient les techniques utilisées, il existe un
prolongement axillaire de la glande qui est, avec le mamelon, la
zone où existe le plus de cancers du sein post-mammectomie
[67].
Les études récentes confirment l’efficacité de la mastectomie. Il
s’agit d’études spécifiques portant sur des personnes ayant des MCD
de BRCA [68, 69]. L’efficacité de cette intervention ne peut être
remise en cause ; son niveau peut être, néanmoins, discuté et
la position des experts de ce groupe est que le chiffre présenté de
90 % apparaît comme une « estimation raisonnable ».
Le risque d’échec de la mammectomie prophylactique en termes de
cancer du sein dépend de nombreux facteurs, dont le volume et la
densité mammaires, le type de mammectomie retenu, la voie d’abord,
l’extension de la chirurgie dans le creux axillaire, la technique
utilisée (les experts préconisent le bistouri froid et/ou les
ciseaux). Le groupe d’experts souhaite que l’expérience du
chirurgien réalisant ce geste très particulier et peu fréquent soit
d’au moins 100 interventions mammaires et d’au moins
15 mastectomies (curatives et prophylactiques) par an.
L’importance esthétique, psychologique et symbolique du sein
entraîne un impact important sur la qualité de vie qui doit être
pris en compte [70, 71]. En anticipation, les femmes considèrent en
majorité que la mammectomie aura un impact négatif sur la qualité
de vie [72]. Globalement, si les études sont relativement
favorables [73-77], il convient d’en souligner les limites :
biais de recrutement, faibles effectifs, critères subjectifs...
En majorité, les femmes (70 %) déclarent être satisfaites de
la mammectomie prophylactique ; les résultats sont jugés
négativement dans 19 % des cas [75]. Les effets négatifs
semblent porter sur le sentiment de féminité (36 %) et la
qualité des relations sexuelles (25 %) [75]. L’impact
psychologique positif décrit est celui de la réduction de
l’angoisse liée au risque de développer un cancer [75], ce point
étant cohérent avec l’analyse de Meiser [78] qui identifie la
crainte d’être atteint comme facteur prédictif du souhait de
réaliser cette chirurgie. Parmi les autres facteurs pouvant influer
sur la décision, l’on peut noter la spécialité médicale ou
chirurgicale [79]. Ce dernier point est un argument supplémentaire
pour préconiser une dimension pluridisciplinaire.
Il semble difficile de prédire les femmes qui n’auront pas
d’impact négatif majeur et celles qui auront une qualité de vie
altérée. Il semble néanmoins que la qualité de la prise en charge
en amont, avec en particulier la phase d’information/conseil, soit
un critère pertinent [74]. De même, les regrets sont plus
importants lorsque le médecin a été à l’initiative de la réflexion
(19/255) que lorsque la patiente a abordé elle-même la question
(2/108) [80]. Dans des études modélisées, les femmes à haut risque
génétique ont un gain moyen faible de l’ordre de 2 à 3 ans
(avec une forte dispersion, peu de femmes gagnant beaucoup) en
quantité de vies ajustées sur la qualité [70, 81].
• Critères intervenant dans la construction des prises de
position
Ces critères sont : le risque d’être atteinte d’un cancer
du sein dans les 5 ans (ce qui justifie une réticence à
réaliser ce geste trop tôt dans la vie et à nuancer en fonction du
gène impliqué BRCA1 ou BRCA2), l’espérance de vie (ce qui justifie
une réticence à réaliser ce geste tard dans la vie ou en cas de
pathologies associées, dont un premier cancer de mauvais
pronostic).
Le statut indemne de toute pathologie rend particulièrement
délicat l’acte chirurgical (ce qui justifie un ensemble de
conditions d’applicabilité).
Les médecins doivent respecter autant le souhait d’une femme
d’éviter une intervention prophylactique que le souhait d’une autre
femme de bénéficier du niveau de protection induit par cette
chirurgie. Les médecins doivent éviter de porter un jugement de
valeur sur ce choix.
• Prise de position et options
Le choix de la technique repose sur le souhait d’une exérèse
glandulaire la plus complète possible. Elle doit donc intéresser
tous les prolongements accessoires, particulièrement axillaire et
sous-claviculaire, ainsi que la région rétro-aréolaire. La
conservation de celle-ci expose au risque de cancer secondaire en
cas d’exérèse incomplète (et de nécrose, si l’exérèse est trop
proche du revêtement cutané). Certaines équipes préconisent de
retirer le fascia pré-pectoral [82]. Le groupe d’experts est opposé
à cette position de principe, car il n’existe aucun argument
expérimental ou d’observation soutenant cette option technique (il
n’en existe pas non plus démontrant son inutilité). Par ailleurs,
ce geste expose classiquement à un risque accru d’explantation
prosthétique.
Certains auteurs préconisent en peropératoire l’utilisation d’un
endoscope [83] pour aider à la réalisation d’un geste (SSM) le plus
complet possible. Cette position a été retenue par le groupe
d’experts.
Certains auteurs préconisent l’utilisation d’une IRM préopératoire
pour orienter d’éventuels examens extemporanés. Le groupe d’experts
est opposé à cette position de principe car il n’existe aucun
argument expérimental ou d’observation soutenant cette option
technique. La pratique d’une IRM préopératoire pour juger de
l’importance du parenchyme mammaire dans la région rétroaréolaire
et guider ainsi le choix de la technique a été défendue [83]. Une
IRM postopératoire pour estimer la quantité de tissu
fibroglandulaire restant pourrait être incorporée dans un protocole
standardisé de suivi.
En 1998, la position française avait été de considérer que la
mammectomie prophylactique était envisageable mais jamais
recommandée. Les données actuelles concernant l’efficacité de cette
intervention incitent à la recommander sous réserve d’une qualité
de vie post-intervention compatible avec le niveau de protection
attendue. Un certain nombre de critères devraient néanmoins être
respectés :
– L’indication doit avoir été validée par une réunion de
concertation pluridisciplinaire où étaient présents : un
oncologue, au moins un chirurgien ayant une expérience importante
de la chirurgie mammaire et des techniques de reconstruction, un
médecin spécialiste de l’évaluation des risques appartenant à une
équipe pluridisciplinaire déclarée en oncogénétique. L’avis du
psychologue clinicien doit être pris en compte à ce moment.
– L’espérance de vie de la personne doit être suffisamment
importante pour qu’en moyenne le bénéfice attendu soit significatif
(avis d’experts : au moins 15-20 ans).
– La reconstruction mammaire (immédiate) doit être
systématiquement proposée.
– Une information complète sur les avantages, les risques et
les alternatives doit avoir été délivrée, en particulier sur les
complications en fonction de la nature de la chirurgie et des
techniques de reconstruction [82].
– La consultation auprès du psychologue clinicien rattaché à
une équipe pluridisciplinaire est indispensable et une consultation
du conjoint recommandée. À côté de l’indication d’un psychologue
clinicien, les médecins participant à l’information préalable de la
femme peuvent porter l’indication d’une consultation auprès d’un
psychiatre s’ils estiment qu’un trouble mental est susceptible de
perturber le processus décisionnel.
– Le critère du délai entre la décision et la réalisation,
retenu en 1998, n’a pas été repris. Les experts ont considéré que
le processus aboutissant à la chirurgie prophylactique donne lieu,
en pratique, à des délais supérieurs à 4 mois et à au moins
5 consultations et qu’ainsi une période minimale de réflexion
est de fait réalisée.
– La proposition d’un suivi clinique et psychologique est
nécessaire.
– L’âge de réalisation de la mastectomie relève du choix de
la patiente. Néanmoins, le groupe d’experts estime qu’une
réalisation avant 30 ans ne se justifierait pas au vu des
risques faibles de cancer du sein. D’un point de vue médical, l’âge
d’apparition du ou des cancers dans la famille ne doit pas
intervenir (il intervient sans doute dans le choix de la
femme).
– La technique de réalisation préconisée est la mastectomie
totale avec conservation de l’étui cutané (SSM) et exérèse de la
PAM sous réserve d’une très bonne technique [84].
En cas de découverte d’un cancer du sein (sur pièce), une
chirurgie carcinologique (curage axillaire) est indispensable pour
le staging (malgré la possibilité théorique de
sur-diagnostic de cancer latent non évolutif).
• Cas de femmes n’ayant pas de MCD identifiée (cette position
traite indifféremment des histoires familiales avec tests de
génétique constitutionnelle négatifs et non réalisés)
C’est le risque de développer un cancer du sein qui est pris en
compte pour retenir l’indication. Ce dernier peut être estimé à
partir d’une pénétrance moyenne BRCA1 et 2 et de la probabilité
d’avoir une MCD (cf. § Objectifs de la première
consultation). En 1998, l’expertise collective avait retenu le
niveau de 20 % de risque de développer un cancer du sein comme
le seuil en deçà duquel la chirurgie prophylactique ne devait pas
être réalisée. Ce niveau peut être conservé. En deçà de ce niveau,
de très nombreux risques environnementaux seraient susceptibles
d’induire ce niveau de risque et la chirurgie prophylactique n’est
pas envisagée. Pour l’âge de réalisation, contrairement à la
situation où une MCD a été identifiée, l’âge d’atteinte des
apparentés peut être pris en compte.
Chirurgie prophylactique, ovariectomie prophylactique
Rebbeck et al. [85] ont observé une réduction importante
du risque de cancer du sein induit par l’ovariectomie
prophylactique en cas de MCD de BRCA1. Dans cette étude, l’âge
moyen de réalisation était de 39,4 ans (avec des extrêmes
allant de 22 à 63 ans). La réduction était de l’ordre de
50 % pour un suivi de 5 ans et moins et de l’ordre de
70 % pour un suivi plus long. La prise d’un THS (ni le type,
ni la durée n’étant précisés) ne modifie pas ce résultat de manière
significative. La même équipe confirme cette réduction de risque et
son importance [86] avec 21 cas de cancer du sein en cas
d’ovariectomie versus 60 dans le groupe témoin. Dans cette
dernière étude, la protection est également observée lorsque la
chirurgie a été réalisée après 50 ans (différence importante
mais non statistiquement significative). Ces résultats importants
portent néanmoins sur des personnes ayant une MCD de BRCA1,
population où la généralisation de ces résultats est légitime.
L’extension aux femmes ayant une MCD de BRCA2 est plus incertaine.
Il s’agit là d’un bénéfice important de cette intervention dont le
bénéfice principal est la réduction du risque de cancer de
l’ovaire. On peut noter que cette chirurgie est beaucoup mieux
acceptée [87] que la mastectomie. Les modalités et les éléments de
la prise de décision sont décrits dans le chapitre suivant.
Personnes asymptomatiques, risque de cancer de l’ovaire
Dépistage clinique
Le dépistage clinique systématique ne peut être présenté comme
un outil efficace pour réduire de manière significative la
mortalité. Il peut néanmoins être réalisé.
Dépistage par imagerie (parfois associé aux marqueurs
« classiques » CA125)
Les séries sont décevantes avec à la fois des faux positifs
(interventions inutiles) et des tumeurs de stade très évolué
apparaissant entre deux examens [88]. En population, le nombre de
faux positifs apparaît très important : 324 interventions
pour 22 tumeurs [89] et 180 interventions pour
17 cancers [90]. D’un point de vue théorique, avec un examen
ayant une spécificité de 95 %, il faudrait une incidence
annuelle de l’ordre de 0,57 % pour atteindre une valeur
prédictive positive de 10 % (soit déjà 9 interventions
inutiles pour 1 cancer). Si la spécificité n’est que de
93 %, il faudrait pour atteindre ce seuil une incidence
annuelle de plus de 0,8 %. Ces taux d’incidence annuelle ne
sont atteints que pour les MCD de BRCA1 à partir de 35-40 ans
[10]. L’adjonction du Doppler pulsé à l’échographie est parfois
présentée comme améliorant les valeurs prédictives [91]. Malgré les
résultats décevants, certains auteurs continuent de préconiser la
réalisation d’un dépistage sur la base de l’absence d’alternative
plus efficace [92].
Nouveaux marqueurs
L’utilisation de profil protéique sérique [93] est à ce jour
controversée [94]. L’utilisation d’une recherche de déséquilibre
allélique dans le plasma aurait une spécificité élevée (89 à 100)
[95] qui, si elle était confirmée, permettrait d’envisager une
utilisation clinique.
Résumé portant sur le dépistage
L’histoire naturelle du cancer de l’ovaire est peu favorable au
dépistage. Il n’y a pas d’étude d’efficacité du dépistage sur une
population à risque génétique de cancer de l’ovaire. Les études
actuelles sont décevantes, ce dépistage aboutissant à une
inefficacité ou correspondant à des chirurgies prophylactiques
masquées (interventions inutiles itératives).
De nouveaux outils ou des algorithmes [90] combinant plusieurs
outils pourraient modifier cette position.
Prévention
La contraception orale pourrait réduire le risque de cancer de
l’ovaire en population avec une MCD de BRCA [55], comme elle le
fait en population générale. Néanmoins, les données sont encore
insuffisamment établies pour pouvoir servir de base à des
recommandations.
Chirurgie prophylactique ovarienne
Si toutes les chirurgies pelviennes réduisent le risque de
cancer de l’ovaire [96], le niveau de protection le plus important
est atteint par l’ovariectomie bilatérale. Il est de l’ordre de 85
à 95 [86, 97, 98]. Les réserves classiques concernant un risque de
carcinose péritonéale « primitive » doivent être
formulées, néanmoins leur fréquence au vu des études disponibles
est faible et constitue parfois des métastases de cancer
ovarien.
Le taux de découverte d’un cancer ovarien lors de la réalisation
de la chirurgie prophylactique est variable et dépend sans doute de
la classification et de l’expertise anatomopathologique de l’âge et
des indications. Les études récentes donnent des chiffres de
l’ordre de 3 [86, 97].
Les complications de la cœliochirurgie pour pathologies bénignes
(auxquelles le groupe d’experts assimile la chirurgie
prophylactique) sont : une mortalité proche de zéro (moins de
1/5 000) et une morbidité de 2,2/1 000. Cette chirurgie a
été classée de niveau I en ce qui concerne les risques par la
Société de chirurgie endoscopique sur une échelle qui contient
quatre niveaux. La chirurgie cœlioscopique des ovaires n’induit pas
plus de complications que la chirurgie traditionnelle : elle
est moins douloureuse avec une hospitalisation plus courte.
En raison de son développement embryologique, il existe un risque
d’ovaire rémanent. Le cancer des trompes est rare en population
mais le risque relatif en cas de MCD de BRCA (démontré pour BRCA1
et supposé pour BRCA2) est supérieur à 50. La chirurgie
prophylactique doit donc, en conséquence, correspondre à une
annexectomie bilatérale. La localisation interstitielle du cancer
des trompes est exceptionnelle. Une cœliochirurgie, qui emporterait
la zone interstitielle, serait plus complexe et induirait une
iatrogénie plus importante. Elle n’est donc pas retenue par les
experts.
Une ménopause précoce chirurgicale induit un sur-risque
d’ostéoporose et de progression d’athérosclérose. Un sur-risque de
cancer du côlon est également possible. Par ailleurs, les troubles
de la ménopause seraient plus importants en cas de chirurgie
prophylactique qu’en cas de ménopause non provoquée [99]. Le THS
corrige totalement ou en partie ces effets mais possède des
inconvénients (augmentation du risque de cancer du sein).
• Critères intervenant dans la construction des prises de
position
Les critères sont :
– le risque d’être atteint(e) d’un cancer de l’ovaire (et des
trompes) dans les 5 ans (ce qui justifie une réticence à
réaliser ce geste trop tôt dans la vie et à nuancer en fonction du
gène impliqué BRCA1 ou BRCA2) ;
– l’espérance de vie (ce qui justifie une réticence à
réaliser ce geste tard dans la vie ou en cas de pathologies
associées, dont un premier cancer de mauvais pronostic) ;
– le projet parental et sa capacité à évoluer (ce qui
justifie l’application d’un critère d’âge en plus de la déclaration
par la femme d’un projet parental achevé).
Le statut indemne de toute pathologie rend particulièrement
délicat l’acte chirurgical (ce qui justifie une ensemble de
conditions d’applicabilité). Les médecins doivent respecter autant
le souhait d’une femme d’éviter une intervention prophylactique que
le souhait d’une autre femme de bénéficier du niveau de protection
induit par cette chirurgie. Les médecins doivent éviter de porter
un jugement de valeur sur ce choix.
• Position
L’annexectomie (et non la simple ovariectomie), vu son niveau
d’efficacité, est recommandée pour les femmes ayant une MCD de
BRCA1 ou 2. Un certain nombre de critères doivent être
respectés :
– L’indication doit avoir été validée par une réunion de
concertation pluridisciplinaire où étaient présents au
moins : un oncologue, un chirurgien, un médecin spécialiste de
l’évaluation des risques appartenant à une équipe
pluridisciplinaire déclarée en oncogénétique. L’avis du psychologue
clinicien doit être pris en compte à ce moment.
– L’espérance de vie de la personne doit être suffisamment
importante pour qu’en moyenne le bénéfice attendu soit significatif
(avis d’experts : au moins 15 ans).
– Qu’une information complète sur les avantages, les risques
et les alternatives ait été délivrée.
– Qu’une consultation auprès du psychologue clinicien
rattaché à l’équipe pluridisciplinaire doit avoir été recommandée à
la consultante. Le groupe d’experts n’a pas jugé légitime de
demander que cette consultation soit obligatoire mais a souhaité
qu’elle soit systématiquement proposée et conseillée. À côté de
l’indication d’un psychologue clinicien, les médecins participant à
l’information préalable de la femme peuvent porter l’indication
d’une consultation auprès d’un psychiatre s’ils estiment qu’un
trouble mental est susceptible de perturber le processus
décisionnel.
– Le critère du délai entre la décision et la réalisation,
retenu en 1998, n’a pas été repris malgré le fait que 11 % des
femmes ayant eu une ovariectomie prophylactique conseilleraient aux
femmes de prendre le temps de la réflexion [100]. Les experts ont
considéré que le processus aboutissant à la chirurgie
prophylactique donne lieu, en pratique, à des délais supérieurs à
4 mois et à au moins 4 consultations et qu’ainsi, une
période minimale de réflexion était de fait réalisée.
– Un suivi clinique, psychologique (membre de l’équipe
pluridisciplinaire) et gynécologique (membre de l’équipe
pluridisciplinaire) doit être offert.
L’âge de réalisation de l’annexectomie relève du choix de la
patiente. Néanmoins, le groupe d’experts estime qu’une réalisation
avant 35 ans ne se justifie pas vu les risques faibles de
cancer de l’ovaire ou des trompes avant cet âge et la fréquence non
négligeable de femmes ayant des enfants après cet âge. À partir de
40 ans, cette intervention est recommandée. Elle peut
néanmoins être réalisée plus tôt si une hystérectomie devait être
réalisée pour une pathologie utérine [101] (les experts soulignent
néanmoins que deux indications « limites » ne font pas
une bonne indication). Son association à un THS est possible après
analyse des cas individuels et ce jusqu’à 50 ans. L’option du
raloxifène qui possède une AMM pour prévention de l’ostéoporose a
été analysée sans prise de position homogène dans le groupe
d’experts dans l’attente des résultats de l’étude Star. Après
50 ans, le ratio risque/bénéfice du traitement de la ménopause
n’a pas été jugé de manière homogène par le groupe d’experts, mais
ceux-ci considèrent qu’une grande prudence dans la prescription est
souhaitable.
L’âge de réalisation doit également tenir compte du nombre
d’enfants existants et projetés et peut tenir compte des
différences de pénétrance existant entre BRCA1 et BRCA2. En
revanche, il n’existe pas, à ce jour, de corrélation intrafamiliale
démontrée portant sur le spectre d’expression, ni sur l’âge
d’apparition des cancers. En conséquence, d’un point de vue
« objectif », il n’y a pas lieu de prendre en compte les
spécificités de l’histoire familiale (organes atteints, âge au
diagnostic) en cas de MCD identifiée pour porter l’indication ou
décider de l’âge de réalisation.
La méthode de réalisation préconisée est la cœlioscopie. La
présence de liquide dans le Douglas doit être utilisée pour
réaliser une cytologie (indispensable pour le
staging). En cas d’absence, un lavage est
indispensable. Le nombre et les localisations ne sont pas fixés,
mais le groupe d’experts préconise le Douglas et les gouttières
pariéto-coliques. En cas de découverte d’un cancer de l’ovaire
(extemporanée ou sur pièce), une chirurgie carcinologique est
préconisée pour le traitement du cancer et le staging.
Concernant une hystérectomie associée, les arguments opposés sont
résumés dans le tableau 4.
Tableau 4. Arguments pour et
contre l’hystérectomie associée à une ovariectomie
prophylactique
| Favorables à la réalisation |
Défavorables à la réalisation
|
| Élimine complètement la trompe y compris la portion
interstitielle |
Complique la procédure et augmente la morbidité et les
délais d’hospitalisation |
| Permet un THS reposant uniquement sur une
œstrogénothérapie |
Il n’existe pas de risque héréditaire signicatif lié
aux gènes BRCA1 et 2 |
| Supprime le risque de sur-risque de cancer
de l’endomètre induit par un traitement par le tamoxifène |
Possibilité d’impact psychologique plus important |
| Vu le niveau de risque très faible, des prises en
charge pour des risques équivalents pourraient être
multipliées |
Le groupe d’experts ne retient comme indication d’hystérectomie
associée que le cas d’un utérus pathologique (fibrome...).
• Cas de femmes n’ayant pas de MCD identifiée (histoires
familiales avec tests de génétique constitutionnelle négatifs ou
non réalisés)
C’est le risque de développer un cancer de l’ovaire qui est pris
en compte. Ce dernier peut être estimé à partir d’une pénétrance
moyenne BRCA1 et 2 et de la probabilité d’avoir une MCD (cf.
Objectifs de la première consultation). En 1998,
l’expertise collective avait retenu le niveau de 5 % de risque
de développer un cancer de l’ovaire comme le seuil en deçà duquel
la chirurgie prophylactique ne devait pas être réalisée. En raison
d’une part croissante de l’autonomie de décision des patientes et
de l’efficacité de l’annexectomie à la fois sur le risque de cancer
de l’ovaire et du sein, ce seuil de risque résiduel en deçà duquel
la chirurgie prophylactique ne devrait pas être réalisée a été
modifié et un seuil de l’ordre de 2 à 3 % de risque de cancer
de l’ovaire a été retenu (probabilité résiduelle d’avoir une MCD
après test négatif de l’ordre de 5 à 10 %). Au-delà, des
risques environnementaux seraient susceptibles d’induire ce niveau
de risque et la chirurgie prophylactique n’est pas
envisagée. De plus, le risque de complications immédiates
(embolie pulmonaire, infection), quoique faible, prend une
importance significative par rapport au bénéfice différé très
limité.
Cette position n’est pas consensuelle. En effet l’hypothèse d’une
absence de sur-risque ovarien en cas de MCD de BRCA3 peut être
défendue [7]. Ainsi, en cas d’histoire familiale sans cancer de
l’ovaire, testée en biologie moléculaire avec les plus hauts
standards et sans MCD identifiée, l’indication d’une ovariectomie
prophylactique peut être discutable [102].
Les différentes options sont résumées dans le tableau 5.
Tableau 5. Résumé des interventions
(cancer du sein). Hypothèse incidence moyenne BRCA à 60 %.
Mortalité 35 %. Efficacité imagerie de l’ordre de 30 % de
réduction de mortalité. Efficacité de la mastectomie d’au moins
90 %. Efficacité de l’ovariectomie sur l’incidence du cancer
du sein de 50 à 25 %
|
Options |
Incidence cancer du sein (%) |
Mortalité par cancer du sein (%) |
Position |
Äge réalisation |
Fréquence |
Modalités |
Évolutivité |
|
Rien |
60 |
25 |
Non conseillée |
|
|
|
Faible (progrès thérapeutiques) |
|
Autopalpation |
60-65 |
25 |
Non conseillée |
– |
– |
– |
Faible |
Marqueurs
sériques |
60-65 |
25
|
Déconseillée |
Protocole |
Protocole |
Protocole |
Intermédiaire |
|
Palpation |
60-65 |
24-25 |
Conseillée |
20 |
2
à 3/an |
– |
Faible |
|
Imagerie |
60-70 |
15-20 |
Conseillée |
30-75 |
1/an |
Mammo-Écho |
Significative (IRM) |
|
Chimio-prévention |
30-40 |
10-20 |
Essai |
Protocole |
Protocole |
Protocole |
Significative |
|
Ovariectomie |
30-40 |
10-20 |
Conseillée |
40
(BRAC1)-70
45 (BRCA2)-70 |
– |
Complexe |
Intermédiaire à faible |
|
Imagerie + ovariectomie |
30-40 |
5-1 |
Conseillée |
Idem |
Idem |
Idem |
Intermédiaire à faible |
|
Mastectomie prophylactique |
2-6 |
1-2 |
Conseillée |
35-65 |
– |
Complexe |
Intermédiaire à faible |
L’existence de plusieurs options non exclusives rend leurs
combinaisons possibles mais d’impact variable (tableau 6).
Tableau 6. Listes des
combinaisons d’interventions. Classification en
4 catégories : 4 rationnel, 3 intermédiaire,
2 possible mais jugé sous-optimal, 1 irrationnel. La
stratégie chirurgie prophylactique des seins et des ovaires serait
la plus efficace, mais la stratégie chirurgie prophylactique
ovarienne associée à la surveillance mammaire par imagerie pourrait
l’être en tenant compte de la qualité de vie [71]
|
Mastectomie prophylactique |
Ovariectomie prophylactique |
Dépistage imagerie sein |
Prévention sein* |
Analyse comparative
|
|
|
|
Oui |
Oui |
|
Rationnel [71] |
4 |
|
|
Oui |
|
Oui |
Rationnel |
4 |
|
Oui |
Oui |
|
|
Rationnel [71] |
4 |
|
|
Oui |
Oui |
Oui |
Rationnel mais risque-bénéfice chimioprévention pénalisé par
l’impact sur le risque de cancer du sein de l’ovariectomie et du
dépistage |
4 |
|
Oui |
Oui |
Oui |
|
Rationnel mais dépistage imagerie faible impact (patientes faible
risque) |
4 |
|
|
|
Oui |
|
Si
BRCA1, stratégie non proportionnée (risque de cancer de l’ovaire
non réduit) |
3 |
|
|
Oui |
|
|
Malgré le risque de cancer du sein > population, pas
d’imagerie |
3 |
|
|
|
Oui |
Oui |
Si
BRCA1, stratégie non proportionnée (risque de cancer de l’ovaire
non réduit) |
2 |
|
Oui |
|
Oui |
|
Dépistage imagerie faible impact (patientes faible risque). Si
BRCA1, stratégie non proportionnée (risque de cancer de l’ovaire
non réduit) |
2 |
|
Oui |
|
|
|
Si
BRCA1, stratégie non proportionnée (risque de cancer de l’ovaire
non réduit/intervention « lourde » pour le sein) |
2 |
|
|
|
|
Oui |
Si
BRCA1, stratégie non proportionnée (risque de cancer de l’ovaire
non réduit). Malgré le risque de cancer du sein >
population, pas d’imagerie |
2 |
|
|
|
|
|
Risques très élevés, sans minimisation |
2 |
|
Oui |
Oui |
Oui |
Oui |
Chimioprévention contre-indiquée (patientes faible risque),
dépistage imagerie faible impact |
1 |
|
Oui |
Oui |
|
Oui |
Chimioprévention contre-indiquée (faible risque) |
1 |
|
Oui |
|
Oui |
Oui |
Chimioprévention contre-indiquée (patientes faible risque).
Dépistage imagerie faible impact (même raison). Si BRCA1, stratégie
non proportionnée (risque de cancer de l’ovaire non réduit) |
|
Oui |
|
|
Oui |
Chimioprévention contre-indiquée (faible risque) |
1 |
* Par chimioprévention (tamoxifène). Non disponible (pas
d’AMM). Évoqué (protocole de recherche associé).
Personnes en phase de traitement
Cancer du sein
• Traitement locorégional
Le taux de rechute locale n’est pas influencé par le statut BRCA
[103]. Le taux de récidive (second cancer) homolatérale semble très
élevé (50 % en 12 ans) [104]. Le caractère BRCA+ ne
contre-indique pas en soi le traitement par radiothérapie dont
l’efficacité et la toxicité semblent équivalentes [105].
• Traitement systémique
La chimiosensibilité particulière est en cours d’évaluation
(taxanes). Il semblerait exister une meilleure sensibilité aux
inhibiteurs de topo-isomérase I et II [106]. Le caractère BRCA+ ne
contre-indique pas en soi le traitement par tamoxifène dont
l’efficacité semble conservée [65].
Position du groupe d’experts
La chirurgie conservatrice reste possible au vu des résultats
équivalents à ceux observés en situation sporadique et cette
option, lorsqu’elle est possible au vu des caractéristiques du
premier cancer, doit être proposée. Néanmoins, compte tenu du
niveau de risque de second cancer homolatéral (des seconds cancers
le plus souvent), il est nécessaire de proposer également comme
option une chirurgie radicale sous réserve des mêmes critères
présentés pour la chirurgie prophylactique (en tenant compte du
pronostic du premier cancer).
Les indications de chimiothérapie et d’hormonothérapie ne sont pas
à ce jour modifiées par le statut BRCA+.
Les places respectives de l’hormonothérapie et de la castration
chirurgicale pourraient être arbitrées en faveur de la chirurgie.
Un pronostic défavorable du cancer du sein est en théorie une
limitation aux indications de l’ovariectomie prophylactique mais,
pour BRCA1, l’impact de cette chirurgie sur la survie du cancer du
sein semble être positif [107]. Le caractère de facteur prédictif
indépendant doit être néanmoins plus clairement établi avant de
préconiser cette intervention, même en cas de cancer avec un
pronostic réservé.
Cancer de l’ovaire
Les données sur le statut BRCA comme facteur pronostique
indépendant évoquent un meilleur pronostic (peut-être lié à une
plus grande chimiosensibilité) avec un impact potentiel en survie
[108]. Les indications de chimiothérapie et d’hormonothérapie ne
sont pas, néanmoins, à ce jour modifiées par le statut BRCA+.
Cas des hommes ayant une MCD de BRCA
Cancer du sein
Le risque cumulé d’un homme ayant une MCD de BRCA est inférieur
au risque des femmes sans anomalie génétique et proche de celui des
femmes de 40 à 49 ans.
L’imagerie ne semble donc pas indiquée de manière systématique. De
plus, la gestion des symptômes est sans doute plus simple et
l’accent doit être mis sur cette étape. Les examens d’imagerie à
visée diagnostique sont en revanche à utiliser de manière beaucoup
plus large qu’en population d’hommes sans anomalie génétique. La
chirurgie prophylactique peut être envisagée en cas de
gynécomastie.
Cancer de la prostate
L’incidence élevée de ce cancer justifie une réflexion sur les
interventions à préconiser. L’augmentation du risque liée à des
mutations BRCA est possible (sans doute pour BRCA2) mais non
formellement démontrée. Le test de dépistage de référence est le
dosage du PSA (prostatic specific antigen) associé à
l’échographie.
La sensibilité et la spécificité analytiques de cette stratégie de
dépistage peuvent être considérées comme bonnes. De nombreuses
études prospectives et randomisées effectuées sur une grande
échelle ont confirmé la pertinence de l’utilisation du PSA dans le
diagnostic précoce du cancer de la prostate qui devrait avoir un
impact positif sur la durée de vie des patients [109]. Néanmoins,
l’utilité clinique est grevée d’un taux important de
sur-diagnostics en population [110].
Une recommandation théorique doit (en dehors d’un essai randomisé
qui permettrait une décision pragmatique) estimer l’incidence par
tranche d’âge, les risques évolutifs de ces cancers de la prostate
associés à des mutations constitutionnelles délétères de BRCA
(point critique) et la proportion de sur-diagnostics entraînant un
sur-traitement dont la morbidité est importante.
La réalisation d’un test PSA annuel ne peut en l’état des
connaissances être ni formellement indiquée ni formellement
contre-indiquée. Les arbitrages en population ne sont pas
aujourd’hui faits. Néanmoins, si l’on considère la forte incidence
(et l’anticipation), les personnes ayant une MCD de BRCA sont sans
doute les personnes pour lesquelles l’efficacité théorique serait
la plus importante. On peut estimer à partir de Edwards [111] et en
prenant une estimation arbitraire de 15 % de « part
attribuable » (BRCA1, BRCA2, BRCA3) dans cette tranche d’âge,
qu’environ 20 personnes ayant une MCD de BRCA développeront un
cancer de la prostate avant 50 ans chaque année.
Si ce dépistage devait être retenu, une réalisation annuelle à
partir de 50 ans et jusqu’à 75 ans environ apparaîtrait
comme une zone d’équilibre. La fréquence annuelle est envisagée
car, d’une manière générale, les tumeurs associées à des anomalies
génétiques constitutionnelles ont un index mitotique élevé ou des
indicateurs de croissance rapide (cette donnée n’est pas connue
pour le cas spécifique des cancers de la prostate associés à des
altérations génétiques constitutionnelles BRCA). Après 75 ans,
l’espérance de vie moyenne de même que la capacité à contrôler le
cancer de la prostate limitent l’utilité d’un dépistage.
Questions annexes
Une recherche bibliographique spécifique aux questions du
diagnostic anténatal a été réalisée (équipe SOR FNCLCC). Aucune
information publiée n’est disponible sur ce sujet. Il convient donc
de s’en tenir aux règles préexistantes et de confier ces personnes
aux équipes pluridisciplinaires en charge de ce problème.
Il n’y a pas de contre-indication au don de sang. Un refus serait
une stigmatisation inutile.
Le don de moelle ne peut être contre-indiqué au vu, à ce jour, des
sur-risques minimes et incertains d’hémopathies malignes. Il est
déconseillé aux personnes ayant une MCD de s’inscrire dans un
programme de don de gamète ou d’embryon.
Conclusion
Les positions du groupe d’experts sont proches des positions
prises dans la revue générale parue dans le New England Journal
of Medicine en 2003 [98], qui proposait dans un ordre
décroissant :
– une forte recommandation concernant la chirurgie
prophylactique ovarienne dès que le projet parental serait
« complet » (en soulignant l’inefficacité des stratégies
de dépistage du cancer de l’ovaire) avec, comme dans notre
position, une recommandation pour une prise de THS jusqu’à
50 ans ;
– une recommandation pour un choix entre un dépistage
mammographique annuel (en soulignant le risque de cancer de
l’intervalle) et une mastectomie prophylactique ;
– une possibilité de participation à des études évaluatives,
en particulier concernant l’IRM mammaire ;
– une incertitude concernant la prise de tamoxifène qui est
néanmoins proposée à partir de 50 ans (ce traitement possède
une AMM en prévention aux États-Unis).
Du fait des limites méthodologiques, d’effectifs parfois
insuffisants observés dans les études consultées et, enfin, du
manque de recul, certaines prises de positions ne peuvent prétendre
à une stabilité suffisante.
Le contexte très évolutif de ce domaine médical fait de ce travail
une étape et non une fin. En particulier, l’évolution des positions
prises dans ce rapport (avec peut-être une plus grande précision,
fiabilité et/ou légitimité) sera favorisée par la réalisation
d’études scientifiques. n
Remerciements. Les positions concernant ce texte
engagent la responsabilité des seuls cosignataires. Nous
remercions, pour leur participation à des séances thématiques ou
pour l’aide à la rédaction de chapitres, les personnes
suivantes : Nadine Andrieu, Valérie Bonadonna, Catherine
Bonaiti, Agnès Chompret, Marc Espié, Emmanuelle Fourme, Claire
Julian-Reynier, Pascale Leblanc-Talent, Fabrice Lecuru, Rosette
Lidereau, Monique Pons-Escabasse, Olga Serova, Mario Tosi ; et
pour la lecture critique : Yves-Jean Bignon, Alain Bremond,
André-Robert Grivegnée, Sylviane Olschwang, Jacques Simard,
Dominique Stoppa-Lyonnet.
Financement : le ministère de la Santé, la Ligue nationale
contre le cancer, la FNCLCC, l’Inserm et grâce au travail des
experts.
Avec la participation, le soutien ou l’aide des sociétés savantes,
organismes et des fédérations suivants : Association française
de chirurgie, Fédération nationale de cancérologie des CHR&U,
Fédération nationale des centres de lutte contre le cancer, Groupe
génétique et cancer de la FNCLCC, l’Inserm, Ligue nationale contre
le cancer, Société française de cancérologie privée, Société
française de génétique humaine, Société française d’oncologie
gynécologique, Société française de psycho-oncologie, Société
française de radiologie, Société française de sénologie et de
pathologie mammaire. n
Annexe
Indication de consultation d’oncogénétique
Calcul simplifié d’un score familial pouvant permettre de
proposer une consultation d’oncogénétique. Il s’agit d’une
simplification volontaire des critères afin de les rendre le plus
opérationnels possibles. Ces indications ne sont pas toutes de
bonnes indications et certaines bonnes indications ne seront pas
retenues par cette méthode.
Identification des familles pouvant justifier une
consultation
Additionner les poids respectifs dans un seul compartiment
d’affiliation (branche paternelle ou maternelle). Il convient de
comptabiliser uniquement des personnes ayant des gènes en commun
(on ne peut comptabiliser dans un seul « score » une
tante paternelle et une tante maternelle). Une personne atteinte de
plusieurs cancers indépendants (en excluant donc les rechutes) est
comptabilisée en ajoutant les « scores » de chaque cancer
(en tenant compte s’il y lieu des âges différents). Le score retenu
en cas de plusieurs branches est le score le plus élevé.
– 5 et plus : excellente indication
– 3 et 4 : indication possible
– 2 et moins : utilité médicale faible
On peut nuancer ce « score » en fonction de la fiabilité
des diagnostics, des degrés de parenté, du nombre de personnes
indemnes de cancer...
|
Situation |
Poids |
| MCD
de BRCA identifiée dans la famille |
5 |
|
Cancer du sein chez une femme avant 30 ans |
4 |
|
Cancer du sein chez une femme 30-40 ans |
3 |
|
Cancer du sein chez une femme 40-50 ans |
2 |
|
Cancer du sein chez une femme 50-70 ans |
1 |
|
Cancer du sein chez un homme |
4 |
|
Cancer de l’ovaire |
3 |
Identification de la personne à laquelle est proposée la
consultation dans la famille
Il n’est pas nécessaire dans un premier temps que plusieurs
membres d’une famille se rendent à la consultation. La personne à
adresser est, pour simplifier, une personne ayant eu un cancer du
sein ou de l’ovaire (sous réserve de son accord). Le cas le plus
précoce est en général la personne qui a le plus fort risque d’être
porteuse d’une anomalie génétique constitutionnelle.
|
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