ARTICLE
Auteur(s) : A
Servonnet, H Delacour, C Dehan, V Gardet
Laboratoire de biochimie, pharmacologie, toxicologie cliniques,
Hôpital d’Instruction des Armées Robert Picqué, Villenave
d’Ornon
Article reçu le 12 Octobre 2005, accepté le 10 Février 2006
Les syndromes coronariens aigus (SCA) représentent un continuum de
situations cliniques secondaires à une ischémie myocardique aiguë,
s’étendant de l’angor instable à l’infarctus transmural du
myocarde. En France, leur incidence est supérieure à 280 pour
100 000 hommes et à 60 pour 100 000 femmes, soit environ 130 000
cas par an [1, 2]. En 2000, ils représentaient 4,4 % des
causes de mortalité avec 25 366 décès [3]. À cette mortalité, il
faut ajouter une morbidité importante et le retentissement
socio-économique associé. Plusieurs études ont démontré
l’importance d’une prise en charge précoce adaptée, et donc d’un
diagnostic rapide [4, 5]. Celui-ci repose sur un faisceau de
données cliniques, électrocardiographiques et biologiques [6].
Selon le tracé électrocardiographique, on distingue les syndromes
coronariens avec et sans sus-décalage du segment ST. De diagnostic
le plus souvent facile, les syndromes coronariens aigus avec
sus-décalage ST évoluent, en l’absence de reperfusion artérielle
rapide, vers l’infarctus classique avec onde Q. Les syndromes
coronariens sans sus-décalage ST comportent deux entités dont le
pronostic et la prise en charge sont distincts : l’infarctus
sans onde Q, dont le pronostic sérieux justifie une thérapeutique
médicale agressive et l’angor instable de pronostic plus favorable,
nécessitant une prise en charge ambulatoire [5, 6]. Ces deux
pathologies, à la présentation clinique et électrocardiographique
identiques, sont différenciées à l’aide de critères biologiques. À
l’inverse de l’angor instable, l’infarctus sans onde Q est défini
par la libération dans la circulation sanguine de marqueurs de
nécrose cellulaire myocardique, telles que les troponines Ic et Tc.
Cardiospécifiques, ces protéines ont comme principale limite leur
cinétique de libération : elles ne se « positivent »
que 6 heures après l’apparition des symptômes. La myoglobine,
qui leur est fréquemment associée, est quant à elle sensible mais
non spécifique. L’utilisation de marqueurs biologiques permettant
un diagnostic spécifique plus précoce de l’infarctus sans onde Q
permettrait une amélioration de la prise en charge des patients.
Dans ce contexte, l’h-FABP (heart-fatty acid binding proteins),
utilisée depuis plusieurs années en Allemagne ou au Japon, est
apparue récemment sur le marché français. À côté de la description
de cette technique, le but de cette revue est de faire le point sur
la physiologie de cette protéine et sur son intérêt en cardiologie
dans la prise en charge des syndromes coronariens aigus.
Biochimie et physiologie de l’h-FABP
L’h-FABP appartient à la famille des fatty acid-binding proteins
(FABP), protéines intracellulaires non enzymatiques mises en
évidence en 1972 [7]. Ces protéines cytosoliques de faible masse
moléculaire (14-15 kDa) sont largement distribuées dans l’organisme
humain ainsi que dans d’autres espèces animales (mammifères,
oiseaux, insectes, poissons…) [8]. Elles doivent leur nom à leur
propriété de lier avec une grande affinité et de façon non
covalente les acides gras à longues chaînes. Elles sont retrouvées
dans les tissus métabolisant les acides gras comme le cœur, les
muscles squelettiques ou le foie, ansi que dans des tissus, comme
le cerveau, qui ne sont pas considérés comme de grands utilisateurs
de cette source d’énergie [9-11]. Leur fonction primaire est de
faciliter le transport intracellulaire des acides gras de la
membrane vers les mitochondries, lieu de la bêta-oxydation [9].
Elles assurent également une fonction de protection cellulaire
vis-à-vis des effets délétères des acides gras libres en forte
concentration. Cette propriété est très importante en cas
d’ischémie myocardique [11].
Actuellement 9 types de fatty acid-binding proteins ont été
identifiés. Nommées en fonction du tissu où elles ont été mises en
évidence la première fois, elles possèdent une homologie de
séquence en acides aminés de 20 à 70 %. Si certaines ne sont
présentes que dans un seul tissu, d’autres sont exprimées dans
plusieurs organes et certains tissus en contiennent plusieurs
(tableau 1)( Tableau 1 )[12, 13].
La forme cardiaque ou h-FABP, protéine de 132 acides aminés, a
été découverte en 1978 [14]. Son gène est localisé sur le
chromosome 1 (1p32-1p33) [15]. Elle est l’une des protéines les
plus abondantes du cœur et représente 5 à 15 % du pool
protéique cytosolique. Cependant, elle est retrouvée, à des taux
plus faibles, dans d’autres tissus comme les muscles squelettiques,
le cerveau, le rein, les testicules, le placenta, l’estomac, le
tissu adipeux ou les cellules lactotropes (tableau 2)( Tableau 2 )[10, 16]. Elle possède une homologie de
20 à 35 % avec les protéines hépatique (l-FABP) et intestinale
(i-FABP), et de 60 à 80 % avec les protéines du tissu nerveux
(m-LBP) et du tissu adipeux (a-FABP) [8]. Plusieurs études
suggèrent l’existence d’au moins trois isoformes cardiaques
d’h-FABP [17-20]. Des travaux complémentaires sont nécessaires pour
conclure à l’existence d’une isoforme cardiospécifique comme pour
les troponines.
L’h-FABP est excrétée dans les urines, sa demi-vie d’élimination
étant estimée à 20 minutes [8]. Physiologiquement, elle est
retrouvée en faible concentration dans le plasma. Au sein d’une
population indemne de toute pathologie cardiaque et musculaire, les
concentrations plasmatiques sont inférieures à 6 μg/L, la médiane
se situant vers 1,5 μg/L [21]. Ces valeurs usuelles varient en
fonction du sexe, les hommes présentant des concentrations
supérieures aux femmes, et de l’âge. Selon Pelsers [21], les
concentrations plasmatiques médianes chez les hommes sont de 1,8
μg/L pour la tranche d’âge de 41 à 50 ans alors qu’elles sont
de 2 et de 2,5 μg/L pour des tranches d’âge respectivement de 51 à
60 ans et de 61 à 70 ans. Cette augmentation est liée à
l’altération de la fonction rénale avec l’âge. Enfin, une faible
variation nycthémérale est remarquée, les concentrations étant
légèrement plus élevées la nuit qu’au cours de la journée du fait
de la diminution de la filtration glomérulaire rénale en période
nocturne.
Tableau 1 Les neuf isoformes de fatty acid-binding
proteins mises en évidence chez l’homme [9, 10].
|
Nom de l’isoforme
|
Symbole
|
Tissus de distribution
|
|
Heart fatty acid-binding proteins
|
h-FABP
|
Cœur, muscles squelettiques, cerveau, testicules, glandes
mammaires, reins, ovaires
|
|
Brain fatty acid-binding protein
|
b-FABP
|
Cerveau, système nerveux central
|
|
Intestinal fatty acid-binding protein
|
i-FABP
|
Intestin
|
|
Liver fatty acid-binding protein
|
l-FABP
|
Foie, intestin
|
|
Adipocyte fatty acid-binding protein
|
a-FABP
|
Adipocytes, monocytes
|
|
Ileal lipid-binding protein
|
i-LBP
|
Intestin
|
|
Myelin lipid-binding protein
|
m-LBP
|
Système nerveux périphérique
|
|
Testicular fatty acid-binding protein
|
t-FABP
|
Testicule
|
|
Epidermal fatty acid-binding protein
|
e-FABP
|
Épiderme, adipocytes, tissu mammaire, langue, testicules
|
Tableau 2 Répartition de l’h-FABP dans les différents
tissus humains [10].
|
Tissu
|
Partie du tissu
|
- Concentration
- (μg/g de tissu)
|
|
Cœur
|
Péricarde
|
540
|
|
Myocarde
|
600
|
|
Endocarde
|
550
|
|
Muscle squelettique
|
|
173
|
|
Intestin grêle
|
Duodénum
|
3,5
|
|
Jéjunum
|
4,9
|
|
Iléon
|
3,2
|
|
Côlon
|
2,7
|
|
Cerveau
|
|
16,2-39,5
|
Aspects analytiques
Plusieurs méthodes de dosage immunologiques sont décrites dans la
littérature [22-28]. Elles diffèrent par la technique employée
(Elisa, immunosenseurs, immuno-chromatographie…), le temps
d’incubation (10 à 180 minutes), la limite de détection et la zone
de linéarité, la nature de l’échantillon (sérum, plasma, sang
total).
Actuellement, un seul test est commercialisé en France : le
Cardiodetect®, commercialisé par la société BMD ( (figure 1) ). Il
repose sur une technique immuno-chromatographique utilisant deux
anticorps monoclonaux : l’un marqué à l’or colloïdal utilisé
comme traceur et l’autre non marqué employé comme anticorps de
capture. Après un dépôt de 3 gouttes de sang total ou de plasma
(prélèvement capillaire ou sang veineux effectué sur citrate ou
héparinate de lithium), le traceur se lie à l’h-FABP éventuellement
présente dans l’échantillon. Un complexe antigène-anticorps marqué
se forme et migre vers l’extrémité du support en passant sur une
membrane où sont immobilisés les anticorps de capture. Un complexe
anticorps marqué-antigène-anticorps de capture se forme au niveau
de cette membrane et entraîne l’apparition d’une bande colorée dont
l’intensité est proportionnelle à la concentration d’h-FABP dans
l’échantillon. Le traceur libre diffuse jusqu’à une bande de
contrôle où sont immobilisés des anticorps anti-traceur.
L’apparition d’une bande colorée au niveau de cette zone contrôle
valide le test. Le test est lu à l’œil nu après une incubation
de 15 minutes, le seuil de détection étant de 7 μg/L. Ce mode de
lecture reste subjectif et il ne permet pas la détermination
exacte de la concentration dans l’échantillon. La commercialisation
de systèmes de lecture automatisés doivent à terme pallier cette
limite.
Cependant, sa facilité de réalisation (absence de traitement
pré-analytique), son délai de rendu de résultat rapide, associés à
son faible encombrement (taille d’une carte de crédit) rendent ce
test attrayant pour les laboratoires hospitaliers ainsi que pour
les équipes pré-hospitalières ou d’accueil des urgences.
Apport de l’h-FABP en cardiologie
Cinétique de l’h-FABP en cas de nécrose myocardique
La nécrose myocardique s’accompagne d’une libération des composés
intracellulaires dans la circulation sanguine. Leur cinétique
d’apparition est fonction de leur taille et de leur localisation
(cytosol, appareil contractile…). La myoglobine, petite molécule
cytosolique (17 kDa), est la première à apparaître dans le flux
sanguin, suivie des troponines et des créatine-phosphokinases (EC
2.7.3.2). Possédant des caractéristiques proches (petite taille et
localisation cytosolique), l’h-FABP et la myoglobine présentent des
cinétiques de libération analogues [29]. Ainsi, lors d’une lyse
myocardique, l’h-FABP apparaît dans la circulation sanguine dans
les deux heures suivant les premiers symptômes, son pic de
concentration se situant entre la 4e et la 6e
heure (concentration maximale moyenne 320 μg/L). Un retour aux
valeurs physiologiques est observé vers la 20e heure (
(figure 2) ).
Cette cinétique explique l’intérêt porté à cette molécule.
Diagnostic précoce des syndromes coronariens aigus
Plusieurs travaux [30-37] ont évalué l’intérêt de l’h-FABP dans le
diagnostic des syndromes coronariens aigus en la comparant aux
marqueurs déjà existants. Les sensibilités et spécificités
observées diffèrent fortement suivant les études. Ces différences
sont expliquées par le nombre de patients retenus, les critères
d’inclusion et d’exclusion ainsi que par la valeur seuil retenue
pour l’h-FABP (tableau 3)( Tableau 3 ).
En 2003, Seino et al. [38] ont étudié les performances
diagnostiques de l’h-FABP chez 371 patients admis aux urgences
cardiologiques pour suspicion de syndrome coronarien aigu sans ECG
contributif sans exclusion des insuffisants rénaux et des patients
présentant des troubles musculaires. La valeur seuil de l’h-FABP
(cut-off = 6,2 μg/L) est proche de celle du test commercialisé en
France (cut-off = 7,0 μg/L). Ces auteurs retrouvent pour l’h-FABP
une sensibilité proche des autres études. Ainsi, elle est
supérieure à celle de la troponine T et de la myoglobine chez les
patients se présentant dans les 6 premières heures suivant
l’apparition des douleurs thoraciques. Pour les délais de prise en
charge supérieurs, l’h-FABP et la troponine T possèdent des
sensibilités similaires, supérieures à celle de la myoglobine
(tableau 4)( Tableau 4 ). La cinétique
de libération de la troponine lors d’un SCA explique la différence
de sensibilité de l’h-FABP et de la troponine T lors des 6
premières heures (p < 0,001). La meilleure sensibilité de
l’h-FABP par rapport à la myoglobine s’explique par ses
concentrations plasmatiques (< 6 μg/L) 10 à 15 fois plus faibles
que celles de la myoglobine (20-80 μg/L). Lors d’une lyse
myocardique, l’augmentation de sa concentration plasmatique est
proportionnellement plus importante que celle de la myoglobine,
donc mieux détectée [8].
La spécificité de l’h-FABP est inférieure à celle de la
troponine T (p < 0,001) quel que soit le délai de prise en
charge et se rapproche de celle de la myoglobine. Les faux-positifs
sont dans 60 % des cas expliqués par d’autres pathologies
cardiovasculaires (angor instable, insuffisance cardiaque sévère,
dissection aortique, embolie pulmonaire) et dans 40 % des cas
sont liés à une insuffisance rénale. L’inclusion des insuffisants
rénaux, contrairement à d’autres études, explique la plus faible
spécificité observée. Pour Seino et al. [38], le principal avantage
de ce test est sa valeur prédictive négative élevée (80 %)
supérieure à celles de la troponine T (50 %) et de la
myoglobine (49%) chez les patients pris en charge dans les deux
heures suivant l’apparition des symptômes. Il permet donc un
diagnostic d’exclusion rapide d’un syndrome coronarien aigu.
En France, l’étude Fabheu a évalué l’intérêt de l’h-FABP en
médecine pré-hospitalière [39]. Ce travail, réalisé chez 108
patients souffrant d’une douleur thoracique de moins de
12 heures évoquant un SCA avec ou sans ECG contributif, a
comparé les performances de l’h-FABP à celles de la troponine Ic,
les dosages étant réalisés lors de la prise en charge
pré-hospitalière. Pour des douleurs de moins de 3 heures,
l’h-FABP est plus sensible que la troponine Ic (Se = 89 %
versus Se = 39 %) mais moins spécifique (Sp = 90 % versus
Sp = 100 %). Chez 16 des 32 patients présentant un SCA sans
ECG contributif, seule l’h-FABP s’est révélée positive ( (figure 3) ). Pour les
auteurs de cette étude, l’utilisation de ce test par les équipes
pré-hospitalières permet une meilleure orientation des patients
aboutissant à une prise en charge optimale des SCA. Les faux
positifs observés (4 sur 108 dosages) sont liés à une insuffisance
rénale concomitante. Une prochaine étude, à plus grande échelle
(1 000 patients) doit permettre de préciser l’intérêt de cette
technique.
Tableau 3 Performances de l’h-FABP dans le diagnostic
des syndromes coronariens aigus : comparaison à la myoglobine
(Myo) selon quelques études [30-37].
|
Réf.
|
Population de l’étude
|
Critères d’inclusion
|
Valeur seuil h-FABP (μg/L)
|
Sensibilité (%)
|
Spécificité (%)
|
Aire sous la courbe ROC
|
|
h-FABP
|
Myo
|
h-FABP
|
Myo
|
h-FABP
|
Myo
|
|
[30]
|
- 79 patients sains
- 83 avec SCA confirmé (77 % avec ECG contributif)
|
Douleur < 6 h 00
|
5
|
78
|
53
|
|
|
|
|
|
[31]
|
- 140 patients avec SCA
- 49 patients avec douleurs thoraciques
- 75 patients sans pathologie cardiaque
|
Douleur < 12 h 00
|
6,2
|
78
|
53
|
67
|
57
|
0,921
|
0,843
|
|
[32]
|
130 patients avec douleurs thoraciques sans sus décalage ST
|
Douleur < 6 h 00
|
8
|
90
|
81
|
81
|
89
|
0,890
|
0,840
|
|
[33]
|
460 patients avec douleurs thoraciques
|
Douleur < 6 h 00
|
12
|
39
|
38
|
95
|
95
|
0,800
|
0,730
|
|
[34]
|
- 48 patients avec SCA
- 11 patients avec une autre pathologie cardiaque (angor
instable, insuffisants cardiaques)
- 81 patients avec pathologies musculaires
- 28 insuffisants rénaux
|
Douleur < 6 h 00
|
19
|
65
|
|
53
|
|
|
|
|
[35]
|
133 suspicion SCA
|
Douleur < 6 h 00
|
6,2
|
86
|
77
|
100
|
100
|
0,936
|
0,862
|
|
[36]
|
44 patients avec douleurs thoraciques sans sus-décalage ST
|
Douleur < 6 h 00
|
12
|
58
|
|
85
|
|
|
|
|
[37]
|
- 93 avec douleurs thoraciques
- 69 sujets sains
|
Douleur < 6 h 00
|
16,8
|
84
|
|
92
|
|
|
|
Tableau 4 Sensibilité et spécificité de l’h-FABP, de la
troponine T et de la myoglobine en fonction du délai de prise en
charge des patients selon Seino et al. [38].
|
Étude globale
|
- Étude avec prise en compte du délai entre l’apparition des
symptômes
- et l’arrivée à l’hôpital
|
|
|
< 2 h 00
|
2 h 00 – 4 h 00
|
4 h 00 – 6 h 00
|
6 h 00 – 12 h 00
|
12 h 00 – 24 h 00
|
|
Nombre de patients
|
371
|
68
|
103
|
68
|
87
|
37
|
|
Nombre de patients (%) avec un syndrome coronarien aigu
|
111 (49)
|
37 (54)
|
56 (54)
|
30 (44)
|
31 (36)
|
20 (54)
|
|
h - FABP
|
|
Sensibilité
|
0,95
|
0,89
|
0,96
|
1,00
|
0,97
|
0,95
|
|
Spécificité
|
0,49
|
0,52
|
0,45
|
0,40
|
0,55
|
0,53
|
|
Troponine T
|
|
Sensibilité
|
0,65
|
0,22
|
0,57
|
0,67
|
0,94
|
0,95
|
|
Spécificité
|
0,76
|
0,94
|
0,70
|
0,66
|
0,68
|
0,65
|
|
Myoglobine
|
|
|
|
|
|
|
|
Sensibilité
|
0,62
|
0,38
|
0,63
|
0,83
|
0,77
|
0,50
|
|
Spécificité
|
0,58
|
0,71
|
0,64
|
0,50
|
0,52
|
0,53
|
Suivi de la reperfusion
Plusieurs études ont évalué l’intérêt de l’h-FABP dans le suivi du
traitement thrombolytique. L’identification des échecs de la
thrombolyse est indispensable car ils sont associés à une
augmentation de la mortalité et à une majoration du risque de
récidive et d’insuffisance cardiaque. La coronarographie à 90
minutes après le début du traitement est la méthode de référence
mais reste un geste invasif complexe et les critères non invasifs
(cliniques, électrocardiographique, biologiques) sont
malheureusement souvent mis en défaut [40].
Après reperfusion efficace des coronaires, l’h-FABP présente une
élévation rapide de sa concentration avec un maximum à la
41e minute (+/- 18 min) [41]. La réalisation de
dosages sériés permet de suivre cette cinétique et d’évaluer
l’efficacité de la thérapeutique. Dès la 15e minute
suivant la thrombolyse, une augmentation de la concentration d’un
facteur 1,8 signe la reperfusion avec une sensibilité de 93 %
pour atteindre 98 % à T+30 min et 100 % à
T+60 min ( (figure
4) ). Cependant, l’apport de l’h-FABP apparaît faible. Ses
performances sont identiques à celles de la myoglobine [41, 42],
les valeurs prédictives négatives du test restant inférieures à
70 % [43].
Détection d’une récidive d’ischémie ou d’infarctus
Une des complications du SCA est le « ré-infarctus » lié
à une réocclusion de l’artère après reperfusion ou à l’occlusion
d’une seconde artère coronaire. Si une récidive se produit avant le
retour aux valeurs physiologiques du marqueur biologique, la
ré-ascension des concentrations est difficilement perceptible sur
des dosages sériés. Un marqueur à cinétique rapide prend alors tout
son sens. Ainsi, l’h-FABP permet la détection d’une récidive se
produisant dans les 10 heures après le premier SCA, les
troponines étant, dans ce cas, mises en défaut [44].
Valeur pronostique
Lors d’un syndrome coronarien aigu, l’h-FABP semble être un
marqueur pronostique de la mortalité et la morbidité à 6 mois.
Une étude, réalisée chez 328 patients hospitalisés pour suspicion
de syndrome coronarien aigu dans les 6 heures suivant
l’apparition des symptômes, montre qu’une concentration en h-FABP
supérieure à 9,8 μg/L à l’admission est associée à une augmentation
du risque de décès ou d’un nouvel SCA dans les 6 mois (RR =
9,0 ; p = 0,0004). Selon ces auteurs, l’h-FABP possède une
valeur pronostique supérieure à celle de la troponine T, les aires
sous les courbes ROC étant respectivement de 0,711 et 0,578 (p =
0,08). Cette différence de performance est expliquée par les
critères d’inclusion des patients (douleurs de moins de
6 heures) et les cinétiques des deux marqueurs [45]. De même,
Suzuki et al. [46] et Erlikh et al. [47] concluent que l’élévation
de l’h-FABP est un facteur indépendant de mauvais pronostic
respectivement à 30 jours et à 1 an.
Estimation de la taille de la zone infarcie
Plusieurs travaux [48-50] ont proposé de corréler les
concentrations en h-FABP à la taille de la zone nécrosée. Cela
étant, les recommandations de la National academy of clinical
biochemistry indiquent que les marqueurs biologiques ne doivent pas
être utilisés en routine pour déterminer la taille d’un infarctus,
l’imagerie étant un outil plus performant.
Souffrance myocardique péri-opératoire
La détection d’une souffrance myocardique pendant une chirurgie
cardiaque constitue une situation particulière. La procédure
interventionnelle génère une élévation des marqueurs cardiaques,
perturbant la mise en évidence d’une éventuelle atteinte
myocardique. Selon plusieurs études, l’h-FABP apporte une réponse
précoce à cette interrogation. Lors d’intervention sans
complication, l’h-FABP présente une élévation rapide de sa
concentration suite au déclampage aortique avec un maximum avant la
60e minute. En cas de syndrome coronarien péri- ou
post-opératoire, son augmentation se poursuit au-delà de la
première heure. La réalisation de dosages sériés permet de suivre
cette cinétique et de mettre en évidence une éventuelle atteinte
myocardique de façon plus précoce qu’avec les troponines [51-54].
Limites actuelles de l’h-FABP
Variations lors d’atteintes musculaires squelettiques
Les limites de ce nouveau marqueur sont en partie liées à l’absence
d’isoformes cardiospécifiques et à sa présence dans les muscles
squelettiques. Ainsi, suite à un exercice physique intense, une
élévation de sa concentration plasmatique est objectivée dès la
30e minute avec un retour aux valeurs physiologiques en
24 heures, le pic de concentration étant en moyenne de 50 μg/L
[55]. Comme la myoglobine, l’h-FABP est donc difficilement
exploitable en cas de douleurs thoraciques au décours d’un exercice
musculaire.
Pour pallier cette limite et dans l’attente d’une mise en
évidence d’une isoforme cardiospécifique, certains auteurs
préconisent la détermination du ratio concentration plasmatique de
myoglobine sur concentration plasmatique d’h-FABP. Ce dernier,
reflétant le ratio du tissu lésé, permet de déterminer l’origine de
la souffrance musculaire. Un ratio inférieur à 6 % est
considéré spécifique d’une nécrose myocardique, un ratio compris
entre 20 % et 70 % oriente vers des troubles musculaires
[56].
Insuffisance rénale et h-FABP
L’insuffisance rénale, en réduisant la clairance de l’h-FABP,
entraîne une augmentation de sa concentration plasmatique. Ce
phénomène est souligné dans plusieurs études, l’inclusion de
patients insuffisants rénaux étant associée à une baisse de la
spécificité du test [34, 38, 39]. Gorshi et al. [57] ont mis en
évidence des concentrations pouvant atteindre 20 à 25 fois les
valeurs physiologiques chez des patients dialysés. De même,
Nayashida et al. [58] ont observé une élévation des concentrations
chez les insuffisants rénaux, susceptible d’entraîner des faux
positifs. Ces variations constituent une limite pour un test
destiné à être utilisé dans une population âgée sujette à une
altération de la fonction rénale. Il est donc nécessaire de
déterminer, comme pour le NT-proBNP, des valeurs seuils propres aux
patients insuffisants rénaux pour garder toute l’utilité de ce
marqueur.
Conclusion
Petite molécule cytosolique, l’h-FABP est l’une des protéines les
plus abondantes du cœur. Lors d’une lyse myocardique, elle est
libérée dans la circulation sanguine dans les deux heures suivant
les premiers symptômes. Son pic de concentration se situe entre la
4e et la 6e heure et est suivi d’un retour
aux valeurs physiologiques vers la 20e heure. Plusieurs
études ont démontré son intérêt dans le diagnostic précoce des
syndromes coronariens aigus : dans les six premières heures
suivant l’apparition des symptômes, elle présente des performances
diagnostiques supérieures ou égales à celles de la myoglobine, sa
sensibilité étant supérieure à celle des troponines. Sa valeur
prédictive négative élevée permet un diagnostic d’exclusion rapide
chez les patients pris en charge dans les deux heures suivant
l’apparition des symptômes. Son dosage est également intéressant
dans le suivi de la reperfusion après thrombolyse, dans la
détection d’une souffrance myocardique péri-opératoire et dans
l’évaluation du pronostic post-infarctus. Des travaux
complémentaires à plus grande échelle sont nécessaires pour
confirmer l’ensemble de ces propriétés. Cependant, son absence de
cardiospécificité et son élimination rénale sont à l’origine d’une
perte de spécificité en cas de pathologies musculaires ou
d’insuffisance rénale associées. La mise en évidence d’une isoforme
cardiospécifique et la détermination d’un seuil de décision propre
aux insuffisants rénaux pourraient pallier ces limites. Si seul un
test semi-quantitatif est actuellement disponible en France, la
commercialisation prochaine d’un système de lecture automatisé
permettra la détermination exacte de la concentration en h-FABP
dans l’échantillon.
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