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Démarche globale d’assurance qualité dans le cadre de la sécurisation du circuit des cytotoxiques


Journal de Pharmacie Clinique. Volume 28, Numéro 4, 199-206, octobre-novembre-décembre 2009, Article original

DOI : 10.1684/jpc.2009.0131

Résumé   Summary  

Auteur(s) : C Hippy-Muller, F Danicourt-Barrier, S Hochart, M Perrinet, S Horrent, JP Resibois, B Decaudin, P Odou , Service de pharmacie-stérilisation, Centre hospitalier de Dunkerque, Laboratoire de biopharmacie, Pharmacie galénique et hospitalière, Faculté des sciences pharmaceutiques et biologiques de Lille.

Résumé : Toute manipulation de produits cytotoxiques, de la réception à l’administration en passant par la reconstitution, comportent des risques qui peuvent être à l’origine d’une contamination chimique. Le service de pharmacie du Centre hospitalier de Dunkerque a mis en place un plan d’amélioration de la qualité permettant de sécuriser chaque étape du circuit des cytotoxiques. Un bilan de l’existant a permis d’identifier d’une part, les risques pouvant survenir à chaque étape du circuit et, d’autre part, le personnel concerné. Des actions de sécurisation ont ensuite été mises en place : le développement de nouveaux dispositifs médicaux et d’antidotes, la mise à disposition dans les services de soins de trousses contenant tout le nécessaire en cas d’extravasation, les formations et audits dans les services de soins et à la pharmacie ont permis d’apporter des solutions garantissant une sécurisation optimale du circuit. Cependant, certaines actions prévues doivent encore être développées dans ce domaine qui nécessite une remise en question constante des pratiques.

Mots-clés : assurance, qualité, sécurisation, circuit, cytotoxique

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : C Hippy-Muller1, F Danicourt-Barrier1, S Hochart1, M Perrinet1, S Horrent1, JP Resibois1, B Decaudin1,2, P Odou1,2

1Service de pharmacie-stérilisation, Centre hospitalier de Dunkerque
2Laboratoire de biopharmacie, Pharmacie galénique et hospitalière, Faculté des sciences pharmaceutiques et biologiques de Lille

Près de 10 000 chimiothérapies sont administrées chaque année au Centre hospitalier de Dunkerque (CHD). Or, au cours de l’année 2005, plusieurs événements indésirables (dont une extravasation) rencontrés lors de l’administration de chimiothérapies, ont conduit la pharmacie à prendre contact avec la direction des soins et la médecine du travail afin de mettre en place dans l’établissement une démarche globale de sécurisation du circuit des cytotoxiques. Cette démarche tient compte de la circulaire DGS/DH/AFS n° 98-213 du 24 mars 1998 relative à l’organisation des soins en cancérologie dans les établissements d’hospitalisation publics et privés, du plan cancer présenté le 24 mars 2003 et du décret n° 2005-1023 du 24 août 2005 relatif au contrat de bon usage des médicaments et des produits et prestations mentionné à l’article L. 162-22-7 du code de la Sécurité sociale. Le circuit des cytotoxiques comporte un grand nombre d’étapes pouvant, chacune, être sécurisée. Une analyse de l’existant permettant de dresser l’état des lieux et de cibler les points à améliorer dans la sécurisation du circuit des cytotoxiques, ainsi que la rédaction et la révision de procédures concernant la gestion des incidents et des effets indésirables ont permis de compléter le système d’assurance qualité de l’établissement.

Plan d’amélioration qualité (PAQ)

Objectif général du PAQ

L’objectif est la sécurisation du circuit des anticancéreux afin de répondre aux exigences du dossier d’autorisation « traitement du cancer ».

Bilan de l’existant

Description du circuit des anticancéreux dans l’établissement

Le circuit allant de la prescription à l’administration est résumé dans la figure 1. De nombreuses personnes de qualification différente interviennent dans ce circuit et sont donc régulièrement en contact avec des produits cytotoxiques.

Au sein de l’établissement, toutes les prescriptions d’anticancéreux sont nominatives. Le développement d’un logiciel interne (Oncopharm) a permis une informatisation du circuit des chimiothérapies. La préparation est effectuée dans un isolateur en dépression (JCE) situé dans une salle à atmosphère contrôlée de classe Iso 5.

Risques chimiques dus aux cytotoxiques

Nous avons répertorié toutes les personnes travaillant en contact avec des produits cytotoxiques et, pour chacune, nous avons identifié les risques de contamination chimique par ces produits (figure 2).

Pour chacun de ces risques, nous avons développé des moyens permettant de les limiter voire de les supprimer.

Réception des cytotoxiques à la pharmacie centrale du CHD

Les boîtes contenant des flacons et des blisters de cytotoxiques doivent toujours être manipulées avec des gants. En effet, la contamination de l’extérieur des boîtes et des flacons par le contenu cytotoxique a été démontrée dans de nombreuses études [1-3]. Face à ce constat, il apparaît que les cartons contenant des produits cytotoxiques devraient généralement être identifiés dès leur arrivée grâce à des étiquettes spéciales placées à l’extérieur du carton. Seuls certains laboratoires mentionnent cette information et la découverte de produits cytotoxiques lors de l’ouverture d’un colis surprend encore trop souvent les agents manutentionnaires. C’est le cas pour le Campto® (irinotécan, Pfizer) et essentiellement les produits frais des laboratoires Roche (Avastin® : bévacizumab, Mabthera® : rituximab, Herceptin® : trastuzumab) et Depolabo (Velbe® : vinblastine). Dans certains cas, les produits peuvent même être laissés au niveau de la livraison avec pour seule « protection » leur emballage secondaire, ils ne sont donc pas conditionnés dans un carton protégé et identifié comme contenant des produits cytotoxiques et aucune mention de respect de la chaîne du froid n’apparaît : c’est le cas du Nipent® (pentostatine) du laboratoire Depolabo.

Préparation des cytotoxiques à la pharmacie centrale

Depuis 1991, les préparations de cytotoxiques sont réalisées au CHD dans une UCPA (Unité centralisée de préparation d’anticancéreux) [4]. Aucun produit cytotoxique n’est délivré dans les services de soins, afin d’éviter toute préparation dans les services. La continuité des soins est assurée puisque la pharmacie centrale s’est engagée à réaliser les préparations les samedis et dimanches ainsi que les jours fériés, si nécessaire.

Transport des cytotoxiques

Les préparations de cytotoxiques sont acheminées dans le service de soins à l’aide d’une caisse fermée dédiée aux produits cytotoxiques.

Administration des cytotoxiques

Cette étape, primordiale, dans le circuit des cytotoxiques a fait l’objet de nombreuses interventions de l’équipe pharmaceutique dans les services de soins.

Actions de sécurisation mises en place

Réception des cytotoxiques à la pharmacie centrale du CHD

Les agents de la pharmacie sont tenus de porter des gants dès lors qu’ils réceptionnent et rangent les produits cytotoxiques. Le stockage de ces produits est distinct de celui des autres médicaments (local différent et réfrigérateur différent).

Un kit « bris de flacon », contenant une poudre qui, au contact d’un liquide, se gélifie, est mis en place au niveau de la réception des produits ainsi que dans la zone à atmosphère contrôlée permettant aux agents ou aux préparateurs de pouvoir réagir rapidement pour absorber les produits en cas de bris de flacon.

Préparation des cytotoxiques à la pharmacie centrale

Les préparations de cytotoxiques sont effectuées dans des conditions permettant une protection maximale des manipulateurs. En effet, elles sont réalisées dans un isolateur en dépression situé dans une zone à atmosphère contrôlée. Ce système, habituellement utilisé pour protéger l’opérateur lors de la manipulation de matières pulvérulentes, est contraignant puisqu’il nécessite une pièce à empoussièrement contrôlé de classe C selon les BPP, équipée d’un système de surpression et de filtration de l’air et d’un système de décontamination avec évacuation extérieure. Son aménagement doit être conforme aux lignes directrices des Bonnes pratiques de préparation et comprend notamment : des surfaces lisses, des angles arrondis et un éclairage intégré.

Toutefois, le Centre hospitalier de Dunkerque a privilégié ce type d’installation pour toutes les préparations de cytotoxiques afin de renforcer la protection du manipulateur en cas de fuite accidentelle au niveau de l’isolateur. En effet, si l’étanchéité de l’isolateur était défaillante le manipulateur n’encourrait aucun risque puisque la pression de la salle est supérieure à celle de l’isolateur. Dans cette hypothèse, les préparations concernées seraient détruites et après la détection et la réparation de la fuite, l’intérieur de l’isolateur serait entièrement nettoyé, désinfecté puis stérilisé. Un contrôle bactériologique aurait lieu avant toute nouvelle utilisation pour des préparations.

De nouveaux systèmes permettant le suivi de la contamination microbiologique de la salle blanche et de l’isolateur sont en cours d’évaluation. Les critères requis pour le référencement du produit sont une reproductibilité des prélèvements, ainsi que la résistance à l’acide peracétique, agent stérilisant de l’isolateur.

Les dispositifs médicaux utilisés sont choisis pour assurer une sécurité optimale des manipulateurs lors de la préparation : l’usage des aiguilles est réduit par l’utilisation de spikes (dispositif d’accès sans aiguille) et de micro-spikes dès que cela est possible. Pour les quelques produits (produits moussants tels que les anticorps monoclonaux ou le Taxotère® : docétaxel Sanofi-Aventis et produit présentant un problème d’incompatibilité physicochimique comme le Taxol® : paclitaxel Bristol-Myers Squibb) nécessitant encore l’usage d’une aiguille, celle-ci sera exclusivement une aiguille sécurisée de type BD Blunt Fill Needle (Becton Dickinson), limitant les risques de piqûre qui sera systématiquement retirée grâce au collecteur d’aiguille. De plus, toujours afin de limiter l’utilisation d’aiguille, les unidoses de NaCl 0,9 % et d’eau PPI seront remplacées progressivement par des poches munies d’une tubulure avec percuteur à prise d’air et valve SmartSite®. Il s’agit d’un dispositif médical ayant un accès permettant de connecter une seringue avec un embout luer lock. Ce dispositif reste connecté à la poche pendant toute la séance de préparation et permet d’avoir un accès rapide et sécurisé à la poche de solvant puisqu’aucune aiguille n’est nécessaire.

Un nouveau dispositif, le PCHIMX® (Laboratoire Doran International (figure 3), est systématiquement mis en place dans l’isolateur pour toutes les préparations et permet de sécuriser l’administration des cytotoxiques dans les services, nous détaillerons les particularités de ce dispositif dans le chapitre « administration des cytotoxiques ».

Un nouveau dispositif médical, Texium®, va prochainement être testé pour permettre de sécuriser l’administration des cytotoxiques préparés puis conditionnés dans une seringue. Jusqu’à présent, un obturateur universel était placé sur l’embout de la seringue dans l’isolateur et le service de soin devait désadapter cet obturateur avant d’adapter une aiguille pour l’injection. Cette étape présentait un réel risque pour le personnel soignant puisque la seringue était remplie avec le produit cytotoxique jusqu’à l’embout luer lock. Le nouveau dispositif médical permet, grâce à un système clos, de fournir aux services de soins une seringue avec le dispositif médical muni d’une valve : l’aiguille est alors adaptée sur ce dispositif sans qu’il n’y ait aucun risque de contact avec le contenu de la seringue.

La pharmacie est en cours de recherche de dispositifs médicaux permettant une administration sécurisée des cytotoxiques en intrathécal. Concernant notamment les protocoles d’hématologie, les « ponctions lombaires » (PL) triples, comprenant deux cytotoxiques (cytarabine, méthotrexate) et un corticoïde (méthylprednisolone), doivent être administrées en relais. La pression du liquide céphalorachidien provoque une fuite de cytotoxique lors du changement de seringue. Nous recherchons donc un dispositif permettant l’administration consécutive des trois PL, sans retrait entre l’administration de chaque produit.

La reconstitution des cytotoxiques requiert une qualification particulière tant pour assurer le caractère aseptique de la préparation que pour protéger toutes les personnes impliquées dans la préparation. De ce fait, les manipulateurs et aides manipulateurs sont validés en tant que tel par les pharmaciens responsables de l’UCPA et ce, suite à une formation initiale et continue.

Pour les aides manipulateurs, la validation initiale intervient après observation et implication progressive (toujours sous la tutelle des deux autres aides manipulateurs) dans les séances de chimiothérapie.

Pour les manipulateurs, la validation initiale nécessite plusieurs étapes. D’abord, une explication sur les règles de manipulation et de sécurité à respecter lors d’une préparation est délivrée par le pharmacien. Ensuite, plusieurs entraînements à blanc (avec des poches de solvants et des flacons d’antibiotique en poudre ou liquide) permettent à la personne en formation de se familiariser avec les différentes techniques au rythme qui lui convient. Ces manipulations à blanc sont réalisées avec les dispositifs médicaux (seringues, aiguilles, PCHIMX®, diffuseurs portables…) utilisés dans l’isolateur et avec trois paires de gants, toujours dans un souci de reproduire au mieux les conditions de manipulation de l’isolateur. Après vérification et validation par le pharmacien du respect des règles et des bonnes pratiques de manipulation, la personne en formation est autorisée à manipuler dans l’isolateur en limitant à quelques préparations en fin de séance (toujours sous l’œil vigilant d’un manipulateur déjà validé et expérimenté). Enfin, le pharmacien procède à la validation initiale du manipulateur en contrôlant ce dernier lors d’une séance de préparations de cytotoxiques dans l’isolateur.

Les préparateurs assurant la reconstitution des cytotoxiques ont un suivi annuel de la Numération formule sanguine par la médecine du travail qui permet de vérifier l’absence d’anomalies sanguines [5].

Tous les déchets provenant de l’isolateur suivent la filière particulière d’élimination des déchets générés par les traitements anticancéreux telle qu’elle est définie dans la circulaire DHOS/E4/DGS/SD.7B/DPPR n° 2006-58 du 13 février 2006. Ils sont placés dans un sac-poubelle dont l’accès, dans l’isolateur, se fait grâce à un couvercle hermétique. Ce sac, dont le changement quotidien est réalisé par les manipulateurs en fin de séance de préparation, est radio stérilisé ce qui permet l’entrée du sac vide dans l’isolateur stérile. Le sac plein est lui-même jeté dans un conteneur solide pesant moins de 25 kg et dont la fermeture est inviolable. Ce conteneur suit une voie d’élimination des déchets par incinération à 1 200 °C. Ces déchets ne suivent en aucun cas la filière des DASRI (déchets d’activité de soins à risques infectieux) par prétraitement par des appareils de désinfection. Les conteneurs à aiguille sont fermés grâce à un système inviolable. Ils sont conditionnés dans un sac en plastique soudé, pour éviter une contamination lors de leur manipulation, et suivent la filière des objets tranchants et coupants (incinération à 1 200 °C).

Une formation sur les risques liés aux produits cytotoxiques, similaire à celle dispensée aux personnels des services de soins, sera prochainement dédiée aux manutentionnaires responsables du transport des conteneurs solides pour l’évacuation des déchets des services de soins afin de les sensibiliser également au port d’équipement de protection et aux mesures à effectuer en cas d’incidents.

Transport des cytotoxiques

Les préparations de cytotoxiques sont contenues dans un double emballage transparent (qui permet de vérifier l’absence de fuites avant ouverture des sachets dans le service). Elles sont acheminées grâce à une caisse fermée qui n’est destinée qu’à ce type de préparations et permet de garantir l’anonymat des patients puisqu’elle est opaque. Aucun autre mode de transport n’est admis au sein du CHD.

Administration des cytotoxiques

Le pharmacien responsable des cytotoxiques a réalisé, au début de l’année 2006, une formation du personnel soignant sur les risques liés aux médicaments cytotoxiques, concernant les précautions à respecter et les mesures à prendre en cas d’incidents. Cette formation pour le personnel en contact avec les anticancéreux s’est déroulée en 2 parties :
  • une première partie reprenant les thèmes suivants : rappel sur les mécanismes d’action des cytotoxiques, la manipulation des cytotoxiques (protection du manipulateur, niveaux de risque, bonnes pratiques d’administration, conduite à tenir en cas d’incidents, protection de l’environnement) et gestion des excrétas et déchets ;
  • une deuxième partie « questions – réponses » entre le personnel et le pharmacien.

Cette formation, d’une durée de deux heures a été présentée à tout le personnel de la pharmacie ainsi qu’à 150 personnes (infirmières et aides-soignantes) des services de soins.

Elle a permis, par l’intermédiaire du personnel soignant, de sensibiliser également les patients et leur entourage. Toutes ces informations ont été diffusées à l’ensemble des services de soins sous la forme de procédures disponibles en ligne (intranet de l’établissement), accessible 24h/24 à partir de n’importe quel poste informatique de l’établissement.

Des procédures concernant l’administration des chimiothérapies dans les services de soins ont été établies et permettent au personnel une sécurisation de cette étape. L’habillage spécifique comprenant surblouse et gants y est précisé.

La mise en place du PCHIMX® a permis de sécuriser l’administration des cytotoxiques aussi bien lors du branchement au niveau de la chambre implantable ou du cathéter que lors de la déconnexion. En effet, il s’agit d’un dispositif en Y permettant de connecter à l’une des extrémités la poche contenant le cytotoxique (cette manipulation est réalisée dans l’isolateur au niveau de l’UCPA) et à l’autre extrémité une poche de solvant neutre permettant la purge et le rinçage de la tubulure. Le service a le choix de connecter une tubulure pour perfusion par gravité ou une tubulure pour pompe selon ce qu’indique la prescription médicale. La purge de la tubulure par le solvant neutre est réalisée avant le branchement ce qui permet au personnel de ne pas être au contact de cytotoxique. Lorsque l’ensemble de la poche de cytotoxique est administré au patient, le personnel soignant rince la tubulure avec le solvant neutre avant la déconnexion pour éviter à nouveau le contact avec du produit cytotoxique et garantir l’administration de la dose totale de cytotoxique.

De plus, un nouvel infuseur (Accufuseur®) du laboratoire WooYoung Médical a été référencé au cours de l’été 2007. Ce dispositif a été conçu de manière à ce que la purge de la tubulure soit réalisée grâce au solvant neutre lors de la préparation dans l’isolateur. Ceci permet de sécuriser davantage la mise en place de ce dispositif dans les services de soin puisque le personnel évite tout contact avec le produit cytotoxique lors de la connexion.

Une trousse d’urgence « extravasation » (figure 4) rassemblant l’ensemble des médicaments et dispositifs médicaux en cas d’extravasation des cytotoxiques a été mise en place au cours de l’été 2007 dans tous les services administrant des chimiothérapies, soit 8 services de soin (pédiatrie petits et grands enfants, ORL, pneumologie, hôpital de jour d’oncologie, neurologie, médecine polyvalente, hématologie) ainsi qu’à la pharmacie centrale. La composition de ce kit (Annexe 1) suit les recommandations en vigueur [6, 7]. Quels que soient le service de soins et les chimiothérapies administrées, la composition du kit est identique dans tout l’établissement. Nous avons été confrontés, comme les autres établissements, à la pénurie de certains antidotes puisque la hyaluronidase n’est plus commercialisée depuis 2003 et les derniers lots de thiosulfate de sodium à 10 %, fabriqués par le laboratoire UFCH, ont été retirés le 7 décembre 2006, en accord avec l’Afssaps, suite à la mise en évidence, lors d’un recontrôle, de particules dans certains flacons [8]. Le contenu du kit d’urgence en cas d’extravasation est susceptible d’évoluer en fonction de la mise à disposition de nouveaux antidotes. En effet, le dexrazoxane (Savene®) de topoTarget A/S a obtenu son AMM dans l’extravasation d’anthracycline. Nous étudierons donc prochainement l’intérêt, pour le Centre hospitalier de Dunkerque, de mettre à disposition des services ce produit [9, 10].

La trousse d’urgence a été mise en place, dans chaque service, par le pharmacien accompagné par l’une des cadres supérieures de santé. Tout le personnel soignant du service de soin était convié à assister à une présentation générale du contenu de la trousse. Les procédures concernant l’administration des cytotoxiques, les mesures à prendre en cas d’extravasation ainsi qu’un certain nombre de fiches réflexes (attitude suite à une projection oculaire, sur les muqueuses…) ont été fournies avec le kit sous forme de petit carnet format poche. Le service doit informer la pharmacie de l’utilisation de cette trousse par l’intermédiaire d’une fiche navette. La pharmacie remplace alors les dispositifs médicaux et/ou les antidotes utilisés. Le suivi des péremptions est réalisé par la pharmacie qui interviendra dans les services pour remplacer les dispositifs et/ou antidotes périmés.

Les déchets d’activité de soins émanant de la chimiothérapie suivent également la filière particulière d’élimination telle qu’elle est décrite ci-dessus et définie dans la circulaire DHOS/E4/ DGS/SD.7B/DPPR n° 2006-58 du 13 février 2006. Cette filière spécifique a été mise en place en décembre 2006 au niveau des services de soins du CHD.

La durée de persistance des cytotoxiques dans les selles et les urines est différente selon les molécules administrées (Annexe 2). Une information sur les risques liés à la manipulation des excrétas a été délivrée au personnel de soins et, par son intermédiaire, aux patients. Toutefois, plusieurs écueils subsistent et de nombreux axes d’amélioration sont envisagés. En effet, les toilettes des patients sous chimiothérapie ne sont pas séparées de celles des autres patients ce qui peut poser un problème aussi bien au niveau du nettoyage des sanitaires qu’au niveau de l’élimination elle-même dans les eaux usées. Il semblerait qu’il faille éviter les produits chlorés qui, au contact des cytotoxiques, provoquent la formation de dérivés toxiques [11], mais aucune étude n’étaye ce postulat.

Le Centre hospitalier de Dunkerque étudie la possibilité de mettre en place dans les services de soins le même type de kit permettant d’absorber les liquides biologiques (excrétas) contaminés par des cytotoxiques. Le gel ainsi formé peut ensuite suivre la filière d’élimination des déchets par incinération.
Annexe 1 Composition des trousses d’urgence.

Médicaments et matériels

Quantité

NaCl 0,9 % 10 mL stérile ampoule

4

Xylocaïne gel stérile

1

Dermoval pommade

1

Hemoclar pommade

1

Dexaméthasone 4 mg/1 mL

2

Diméthylsulfoxyde (DMSO)

2

Compresse stérile

10

Crayon dermographique

1

Poche chaude

1

Poche froide

1

Aiguille 0,6 x 25

10

Aiguille 1,2 x 40

10

Seringue 2 mL

3

Seringue 5 mL

3

Copie du protocole

1


Annexe 2 Durée de protection en fonction des anticancéreux.

DCI

Spécialité

Durée pendant laquelle des mesures de protection sont nécessaires (jours)

Remarques

Urines

Selles

Bléomycine

Bleomycine®

3

Busulfan

Myleran®

1

Capécitabine

Xeloda®

1

NR

Carboplatine

Carboplatine®

1 – 3

Carmustine

Bicnu®

4

Chlorambucil

Chloraminophene®

2

Cisplatine

Cisplatine®

7

Cyclophosphamide

Endoxan®

3 – 4

6 – 7

Cytarabine

Aracytine®

1

NR

Dacarbazine

Deticene®

2

Daunorubicine

Cerubidine®

2 – 6

7

Urines rouges

Docétaxel

Taxotere®

7

Doxorubicine

Adriblastine®

6

7

Urines rouges

Epirubicine

Farmorubicine®

6 – 7

5 – 7

Urines rouges

Etoposide

Etopophos®

4

7

Fluorouracile

Fluorouracile®

1 – 2

1

Fotémustine

Muphoran®

2

2

Gemcitabine

Gemzar®

1 – 2

NR

Hydroxyurée

Hydrea®

2

Ifosfamide

Holoxan®

2 – 4

7

Melphalan

Alkeran®

2

6 – 7

Methotrexate

Methotrexate®

3

7

Mitoxantrone

Novantrone®

6

7

Urines bleu-vert

Oxaliplatine

Eloxatine®

4

NR

Raltitrexed

Tomudex®

5 – 7

NR

Temozolomide

Temodal®

2

NR

Thioguanine

Lanvis®

5

5

Topotecan

Hycamtin®

5 – 7

NR

Vinblastine

Velbe®

4

7

Vincristine

Vincristine®

4

7 – 10

Vindésine

Eldisine®

5

NR

Vinorelbine

Navelbine®

7

Evaluation de l’efficacité du PAQ

Une validation continue, réalisée sous la forme d’un audit de pratiques, a été réalisée pour s’assurer du respect des règles. Cette évaluation s’est déroulée entre le 25 février et le 7 mars 2008, tous les opérateurs étaient concernés. Nous avons réalisé cette évaluation sur le modèle d’un audit, avec détermination préalable d’une grille d’évaluation validée par le chef de service. Cent un points regroupés en 4 items ont été évalués par un préparateur stagiaire (donc ne faisant pas partie de l’équipe habituelle) : l’entrée et le lavage des mains, le travail de l’aide manipulateur, celui du manipulateur, et enfin la sortie. Chaque point était noté de 0 à 3, 3 étant la meilleure appréciation. La moyenne globale, tous les items confondus, est de 2,49 sur 3. Nous avons considéré cette évaluation des pratiques comme satisfaisante, permettant d’insister à nouveau sur certains points critiques, de mettre à jour quelques procédures obsolètes. Ce type d’enquête sera effectué annuellement.

Concernant l’entretien de la zone à atmosphère contrôlée de l’UCPA, un audit des pratiques va également être mis en place par le pharmacien responsable afin de vérifier l’adéquation entre les pratiques réalisées par les agents de la pharmacie et celles décrites dans les procédures.

Un audit sera aussi réalisé dans tous les services ayant bénéficié d’une intervention de la pharmacie et permettra de cibler les éventuelles mises au point à effectuer.

Les différents audits des pratiques réalisés annuellement permettent, en partie, de répondre aux exigences de l’Institut national du cancer (INCa) pour la pratique de la chimiothérapie. En effet, le CHD a soumis une demande d’autorisation de traitement du cancer dans laquelle il s’engage sur des critères de qualité de la prise en charge. Concernant la pharmacie, la plupart de ces critères d’agrément de l’INCa sont déjà respectés. Il s’agit :

  • des audits annuels, précédemment cités ;
  • de la capacité à réaliser une chimiothérapie en urgence. Une procédure formalisée par écrit et décrivant le mode opératoire se trouve dans le manuel de management de la qualité « procédure d’organisation des séances de chimiothérapie » ;
  • d’avoir à disposition la liste des protocoles de chimiothérapie couramment administrés dans l’établissement. De plus, la préparation, la dispensation et le transport sont tracés à la pharmacie ;
  • d’avoir formalisé les modalités d’application et d’administration des médicaments anticancéreux en indiquant notamment le nom des produits en DCI (dénomination commune internationale), les doses, la durée et la chronologie d’administration et les solvants de chaque protocole ;
  • d’avoir formé les équipes soignantes sur les consignes de surveillance et la conduite à tenir en cas de complications en mettant en place les trousses d’urgence « extravasation » et les procédures correspondantes ;
  • d’avoir informatisé la prescription et l’administration de la chimiothérapie grâce à un logiciel.

Conclusion

Tout circuit du médicament, et particulièrement celui des cytotoxiques, nécessite un travail pluridisciplinaire : la pharmacie s’efforce de sensibiliser tous les acteurs (de l’agent qui réceptionne le colis, à l’infirmier qui administre le produit en passant par le médecin prescripteur). Ainsi, le Centre hospitalier de Dunkerque poursuit une réelle démarche d’amélioration qualité axée sur la sécurisation du circuit des cytotoxiques.

Cependant, deux modalités de mise en œuvre de chimiothérapies à domicile se développent. Il s’agit de l’HAD (hospitalisation à domicile), structure alternative à l’hospitalisation, et des réseaux de santé en cancérologie dont les conditions de fonctionnement sont définies par l’arrêté du 20 décembre 2004. De nombreuses interrogations se posent par rapport à cet autre circuit nécessaire mais encore « expérimental » : qu’ont prévu ces structures pour sécuriser le circuit des cytotoxiques ? Dans quelle mesure les pharmaciens hospitaliers pourront intervenir dans le circuit hors hospitalisation ? Quel type de conventions pourront être signées entre l’hôpital et un réseau de ville ?

Les relations entre les pharmacies à usage intérieur et les pharmacies d’officine devront être renforcées dans un unique but : la sécurité des patients et des personnes manipulant des produits cytotoxiques.

Références

1 Mason HJ, Morton J, Arfitt SJ, Iqbal S, Jones K. Cytotoxic drug contamination on the outside of vials delivered to a hospital pharmacy. Ann Occup Hyg 2003 ; 47 : 681-5.

2 Crauste-Manciet S, Sessink PJ, Ferrari S, Jomier JY, Brossard D. Environmental contamination with cytotoxic drugs in healthcare using positive air pressure isolators. Ann Occup Hyg 2005 ; 49 : 619-28.

3 Hedmer M, Georgiadi A, Bremberg ER, Jönsson BA, Eksborg S. Surface contamination of cyclophosphamide packaging and surface contamination with antineoplastic drugs in a hospital pharmacy in Sweden. Ann Occup Hyg 2005 ; 49 : 629-37.

4 Circulaire DPHM/DH n° 678 du 3 mars 1987 relative à la manipulation des médicaments anticancéreux en milieu hospitalier.

5 Décret no 2001-97 du 1er février 2001 établissant les règles particulières de prévention des risques cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction et modifiant le code du travail.

6 Recommandations pour la manipulation des médicaments cytotoxiques dans les établissements de soins. C.CLIN Sud-Ouest. 2002.

7 Attitude pratique en cas d’extravasation d’anticancéreux. Dossier du CNHIM, XXV, 4-5.

8 Afssaps. Les alertes sanitaires. Retrait de lots de thiosulfate de sodium 10 % - UFCH. 07/12/2006.

9 Langer SW, Jensen PB, Sehested M. Other uses of dexrazoxane : Savene, the first proven antidote against anthracycline extravasation injuries. Cardiovasc Toxicol 2007 ; 7 : 151-3.

10 Reeves D. Management of anthracycline extravasation injuries. Ann Pharmacother 2007 ; 41 : 1238-42.

11 CNIMH. Administration et manipulation des anticancéreux. Dossier 2001, Tome XXII ; 1-2 : 15-41.


 

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