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Première étape vers la sécurisation du circuit du médicament au Centre hospitalier de Blois : auto- évaluation du circuit existant


Journal de Pharmacie Clinique. Volume 26, Numéro 4, 209-16, octobre-novembre-décembre 2007, article original

DOI : 10.1684/jpc.2007.0068

Résumé   Summary  

Auteur(s) : M Emonet, C Moreau, J Housset, F Gauquelin, P Friocourt, A Barbou, C Harnois , Service pharmacie, Centre hospitalier de Blois, Direction de l’évaluation et de la stratégie, Centre hospitalier de Blois, Équipe mobile de soins palliatifs, Centre hospitalier de Blois, Médecine interne et polyvalente, Centre hospitalier de Blois, Direction des soins, Centre hospitalier de Blois.

Résumé : Dans le cadre du contrat de bon usage et de la deuxième version de certification, le Centre hospitalier de Blois (CHB) a souhaité évaluer son circuit du médicament. Cette démarche pluridisciplinaire avait pour objectif de définir une méthode personnalisée, donc adaptée, à la conduite du projet de sécurisation du circuit du médicament au sein de l’établissement. Un groupe de travail pluridisciplinaire, sous l’égide du Comedims et approuvé par la direction, a procédé à l’évaluation selon une double approche : approche par processus et enquête de pratiques.L’évaluation a été conduite sur les 3 principales étapes du circuit (prescription, délivrance et administration), avec en amont un plan de communication favorisant l’implication et l’adhésion des équipes sollicitées.Ainsi, 237 critères ont été évalués sur 286 dossiers tirés au sort (soit 286 lits, représentant 31 % des lits du CHB), le taux de retour des observations a été de 99,6 %. Seuls les items non conformes aux référentiels, observés dans au moins 30 % des cas ont été analysés.Les principaux dysfonctionnements observés au cours des étapes de prescription et d’administration sont : la retranscription des prescriptions, l’utilisation des traitements personnels sans accord écrit du prescripteur, l’absence de certaines mentions légales sur les prescriptions. Au niveau de la délivrance, les analyses de processus ont mis en évidence : l’absence de système qualité, la non informatisation des prescriptions et l’absence de contrôle de la délivrance nominative.Des axes d’amélioration ont été proposés lors de la restitution des résultats, en concertation avec les audités. Le plan d’action est en cours de rédaction, il sera présenté pour validation institutionnelle en séance plénière du Comedims. Les indicateurs de suivi permettant de mesurer l’impact d’une telle démarche et d’en étendre le bénéfice à long terme, sont en cours d’élaboration.

Mots-clés : circuit du médicament, hôpital, auto-évaluation, accréditation, informatisation

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : M Emonet1, C Moreau1, J Housset2, F Gauquelin3, P Friocourt4, A Barbou5, C Harnois1

1Service pharmacie, Centre hospitalier de Blois
2Direction de l’évaluation et de la stratégie, Centre hospitalier de Blois
3Équipe mobile de soins palliatifs, Centre hospitalier de Blois
4Médecine interne et polyvalente, Centre hospitalier de Blois
5Direction des soins, Centre hospitalier de Blois

Le circuit du médicament à l’hôpital est un processus transversal possédant des bases législatives et réglementaires qui définissent le circuit « idéal » [1−4]. La défaillance de ce circuit engendre des risques, regroupés sous le terme « d’évènements iatrogènes médicamenteux » ; ils concerneraient, selon certaines études, jusqu’à 3 % des malades hospitalisés [5].

L’ensemble des établissements de santé français sont donc contraints, aujourd’hui, de sécuriser leur circuit du médicament. Néanmoins, chaque structure possède une problématique spécifique, des outils et des moyens différents. Il semble indispensable d’évaluer la situation réelle et concrète de chaque établissement, afin de conduire une politique de sécurisation adaptée, dans laquelle chacun des acteurs se reconnaîtra.

Le prérequis à la sécurisation est donc l’évaluation.

Ainsi, le Centre hospitalier de Blois (CHB), sous l’égide du Comité du médicament et des dispositifs médicaux stériles (Comedims), a entrepris une auto-évaluation des 3 étapes du circuit du médicament : prescription, délivrance et administration.

L’objectif était de préparer un projet personnalisé de sécurisation du circuit du médicament, et ce, en impliquant l’ensemble des intervenants afin qu’ils deviennent les principaux acteurs du changement.

Un groupe de travail pluridisciplinaire a été constitué, afin d’associer diverses compétences susceptibles d’expertiser les trois étapes du circuit.

L’objectif de ce travail est de présenter les différentes étapes de cette auto-évaluation, la méthodologie adoptée, les résultats obtenus et les actions d’amélioration qui en sont issues.

Matériel et méthode

Constitution d’un groupe de travail et choix de la méthode

Le président du Comedims, pilote de l’étude, avec le soutien et l’engagement de la direction, a constitué un groupe de travail pluridisciplinaire. Ce groupe, constitué de 6 cadres infirmiers, 2 infirmières, 2 médecins, 2 pharmaciens, 1 responsable qualité et l’assistance de 2 secrétaires, a validé les objectifs, le périmètre et la méthodologie.

Afin d’assurer un management de proximité lors de l’étude menée dans les services, le Comedims, a désigné 1 cadre de santé coordonnateur. Les cadres, membres du groupe de travail, ont été répartis dans les différents secteurs pour assister leurs homologues des unités de soins, dans l’auto-évaluation de l’administration.

Parallèlement, 6 médecins référents coordonnateurs ont été désignés :

  • un pour les services de chirurgie et l’obstétrique,
  • un pour les services de médecine et de pédiatrie,
  • un pour les unités de cardiologie et de gastro-entérologie,
  • un pour les secteurs de long séjour (SLD), soins de suite et de réadaptation (SSR), de médecine physique et réadaptation (MPR) et de psychiatrie (PSY),
  • un pour les unités d’oncologie/hématologie, de pneumologie, d’hospitalisation de médecine de jour et d’hospitalisation de très courte durée,
  • un pour les unités de réanimation et d’accueil des urgences.

La méthode a été choisie selon les recommandations de l’HAS [1], pour les étapes de prescription et d’administration : approche par comparaison à un référentiel, pour l’étape de délivrance : approche par processus [6−9].

Constitution des grilles

L’enquête de pratiques a été réalisée à partir de 3 questionnaires élaborés par le groupe de travail, à partir de référentiels en vigueur [2, 10−13]. Ces référentiels décrivent les étapes du circuit du médicament telles qu’elles doivent être appliquées. Les questionnaires ont été construits selon le plan de la fiche thématique HAS, son objectif étant de : « mettre en place le circuit du médicament qui garantit : les bons médicaments prescrits, dispensés et administrés aux bons patients, au bon moment avec un rapport bénéfice/risque optimum pour le patient » [10].

Les questionnaires ont été testés de façon croisée par 2 binômes médecin/cadre, ajustés puis validés en séance plénière du Comedims :

  • un questionnaire relatif à la prescription (60 items),
  • un questionnaire pour la délivrance (124 items),
  • un questionnaire pour l’administration (53 items).

À chaque question posée les réponses possibles étaient : oui, non ou non applicable.

Définition du périmètre de l’étude, modalités de recueil et nature des données

Pour la prescription

L’enquête concernait les dossiers de patients hospitalisés, tirés au sort un jour donné (entre le 6 et le 31 mars 2006). Le nombre de dossiers tirés au sort était défini proportionnellement à la capacité en lits de chaque secteur (deux dossiers supplémentaires ont été ajoutés, par sécurité, en cas d’absence impromptue de patients : sortie, bloc opératoire, décès…). Pour les urgences, le nombre de dossier a été calculé en fonction du nombre d’entrées annuelles réalisées.

Pour chaque dossier tiré au sort, l’enquête portait sur :

  • J0, J1 et J3 pour les services de médecine chirurgie et obstétrique (MCO),
  • J0 et sur les 2 dernières réévaluations de traitement R1 R2 pour les services de soins de suite et de réadaptation (SSR) et psychiatrie (hors service de long séjour),
  • sur les 3 dernières réévaluations de traitement pour les soins de longue durée (SLD), en psychiatrie long séjour et en médecine physique et réadaptation (MPR).

Le recueil était assuré par un trinôme : médecin responsable de l’unité ou médecin prescripteur/cadre de l’unité/infirmière du service.

Les données recueillies sont quantitatives.

Seules les réponses « oui » « non » ont été retenues pour analyse, les items ayant une forte proportion de réponses « non applicables » ont été revus lors de la restitution des résultats aux équipes.

Pour l’administration

Les dossiers ont été les mêmes que pour la prescription.

Le recueil des données a été effectué, par un trinôme : cadre de l’unité/cadre du groupe de travail et IDE observée.

Il a été effectué en deux temps distincts :

  • observations directes des pratiques et/ou entretiens,
  • recueil de traçabilité d’exécution sur dossier.

Les données recueillies sont quantitatives.

Seules les réponses « oui » « non » ont été retenues pour analyse, les items ayant une forte proportion de réponses « non applicables » ont été revus lors de la restitution des résultats.

Pour la délivrance

Le recueil des données a été effectué un jour donné, sur la période du 15 janvier au 15 mars 2006, au cours d’entretiens avec 1 pharmacien et 2 préparateurs.

Les processus analysés ont été :

  • la délivrance globale réalisée au cours de plages programmées,
  • les délivrances particulières qui font l’objet d’un circuit spécifique (stupéfiants, médicaments dérivés du sang (MDS) et produits urgents),
  • la délivrance nominative des médicaments réalisée pour un service de soin (30 lits) qui comprend l’analyse pharmaceutique de la prescription, et la délivrance nominative pour 15 jours de traitement,
  • la mise à disposition des informations nécessaires au bon usage du médicament,
  • le transport des médicaments entre la pharmacie et les unités de soins,
  • la détention des médicaments dans les unités de soins.

Les 6 processus ont été analysés au moyen de 3 questionnaires : un pour le service de médecine physique et réadaptation (MPR) (seul service en délivrance nominative), un pour les services internes au CHB (secteur Médecine Chirurgie Obstétrique/Pédiatrie/Réanimation/Urgences situés dans le même bâtiment que la pharmacie), un pour les services externes, dits « rattachés », au CHB (soins de suite et de réadaptation (SSR), soins longue durée (SLD) et psychiatries situés dans des bâtiments autres que celui de la pharmacie). Les questionnaires ont ensuite été analysés et présentés sous forme de logigrammes, les points critiques ont été identifiés.

Les données recueillies sont qualitatives.

Analyse des résultats

Pour la prescription et l’administration

Afin de restreindre l’ampleur de l’analyse, seuls les événements non conformes ayant une fréquence observée supérieure ou égale à 30 % ont été étudiés.

La loi de Pareto, ou loi des 80/20, leur a été appliqué afin d’extraire les évènements sources de 80 % des dysfonctionnements.

Pour appliquer cette loi, le calcul suivant a été effectué sur les événements ayant une fréquence observée supérieure ou égale à 30 % :

Fréquence calculée = (Fréquence observée * 100)/ Total des fréquences observées)

Les événements ont été classés par ordre de fréquence calculée décroissante.

Le pourcentage cumulé correspond à l’addition des fréquences calculées jusqu’à obtention d’un chiffre supérieur ou égal à 80 %.

Pour la délivrance

Chacun des 6 processus a été analysé, dans chacun des 3 secteurs étudiés, par le groupe de travail interne à la pharmacie, comprenant 2 pharmaciens et 2 préparateurs.

Suite à l’analyse de processus nous disposions :

  • des étapes critiques identifiées pour chaque processus,
  • des propositions d’amélioration et des moyens nécessaires à leur mise en œuvre.

Restitution des résultats

Pour les étapes de prescription et administration

Le pilote de l’auto-évaluation, le cadre référent et le coordonnateur médical concerné ont restitué les résultats à chaque service. Les points critiques ayant une fréquence observée supérieure à 30 % ont été présentés, en comparaison aux résultats du secteur de référence. Les points d’excellence ont également été mentionnés afin d’encourager les équipes à poursuivre leurs efforts (les points d’excellence étant tous les items pour lequel le service avait des résultats meilleurs que le secteur de référence).

Dans le but de poursuivre l’appropriation de ce travail par les équipes soignantes et médicales, les dysfonctionnements ont été discutés à la fin de la restitution. Le pilote a recueilli les causes des dysfonctionnements suggérées par les membres de l’équipe ainsi que les items du questionnaire incompris ou non applicables (biais méthodologiques), les propositions d’amélioration et les attentes de l’équipe.

Pour l’étape de délivrance

Le pilote de l’étude ainsi que les pharmaciens impliqués ont présenté les résultats à l’ensemble de l’équipe de la pharmacie. Les points critiques ont été discutés et l’équipe a proposé les axes d’amélioration.

Élaboration du plan d’action

Les plans d’action sont en cours d’élaboration par secteur d’activité. Ils seront rédigés en fonction des résultats de l’auto-évaluation, des attentes des équipes recueillies lors de la restitution, et des moyens alloués à chacun des secteurs concernés. La présentation sera réalisée par le pilote de l’auto-évaluation en séance plénière du Comedims, les points seront présentés par ordre chronologique de réalisation et feront l’objet d’un suivi par le biais du plan d’action du Comedims.

Résultats

Étapes de prescription et d’administration

Résultats généraux

Deux cent quatre-vingt-quatre questionnaires ont été distribués, 283 ont été retournés, ce qui représente un taux de réponse de 99,6 %.

Dix événements sont responsables de 80 % des non-conformités pour l’étape de prescription, 12 pour l’étape d’administration.

Ces évènements sont présentés dans les tableaux 1 et 2.

Tableau 1 Résultats du questionnaire portant sur la prescription, tous secteurs confondus.

Items de l’enquête

Fréquence globale observée

Fréquence calculée

Pourcentage cumulé

Le prescripteur n’a pas mentionné sur la prescription son accord pour que le patient dispose et utilise ses médicaments personnels

350,5

12,9

12,9

Le poids du patient est absent de la prescription

301,3

11,09

23,98

Le livret thérapeutique n’est pas consulté au moment de la prescription

270,9

9,97

33,95

La forme pharmaceutique n’est pas précisée

263,6

9,7

43,65

La date et/ou l’heure sont absentes de la prescription

246,5

9,07

52,72

Le nom du prescripteur n’est pas mentionné

179

6,59

59,31

La signature ne figure pas sur la prescription

177,1

6,52

65,82

La voie d’administration n’est pas précisée

169,9

6,25

72,07

Absence d’indications utiles relatives au terrain du patient

127,9

4,71

76,78

Les modalités d’administration ne figurent pas sur la prescription

118

4,34

81,12



Tableau 2 Résultats du questionnaire portant sur l’administration, tous secteurs confondus.

Fréquence globale observée

Fréquence calculée

Pourcentage cumulé

Les prescriptions sont retranscrites

180,7

11,74

11,74

Certaines administrations sont faites en l’absence d’une prescription écrite

171,1

11,12

22,86

Il n’existe pas d’IDE référente pour la pharmacie

146,4

9,51

32,38

L’administration des médicaments n’est pas enregistrée en temps réel

142,9

9,29

41,66

L’enregistrement ne se fait pas sur la feuille de prescription médicale manuscrite

140,3

9,12

50,78

La concordance entre la prescription et le médicament à administrer n’est pas vérifiée

86,3

5,61

56,39

Pas de rédaction de déclaration d’événement indésirable

74,7

4,85

61,24

La surveillance des paramètres en rapport avec le traitement n’est pas faite

66,7

4,33

65,58

Le support d’enregistrement de l’administration ne respecte pas la confidentialité

66,7

4,33

69,91

Aucune information sous forme adaptée sur le traitement n’est délivrée au patient

66,7

4,33

74,25

L’IDE ne vérifie pas que le patient n’a pas d’allergie connue au médicament

66,7

4,33

78,58

Pas de surveillance des effets indésirables des médicaments

66,7

4,33

82,92

Résultats par secteur

Les événements responsables de 80 % des non conformités pour les étapes de prescription et d’administration sont présentés par secteur d’activité dans les tableaux 3 et 4.

Tableau 3 Résultats, par secteur, du questionnaire portant sur la prescription.

Fréquences observées

Fréquence calculée

Pourcentage cumulé

MCO

Le prescripteur n’a pas mentionné sur la prescription son accord pour que le patient dispose et utilise ses médicaments personnels

75,7

36,71

36,71

La date et/ou l’heure sont absentes de la prescription

46,9

22,74

59,46

La signature du prescripteur est absente

42,2

20,47

79,92

Les modalités d’administration ne figurent pas sur la prescription

41,4

20,08

100

MPR

Les travaux du Comedims (fiches thérapeutiques et de bon usage des médicaments) ne sont pas consultés

100

14,67

14,67

La prescription initiale n’est pas faite sur la feuille rose de prescription du dossier de soin

100

14,67

29,34

La date et/ou l’heure sont absentes de la prescription

85,2

12,5

41,84

Le poids du patient est absent de la prescription

85,2

12,5

54,33

Le nom du prescripteur est absent

81,5

11,96

66,29

Les modalités d’administration ne figurent pas sur la prescription

77,8

11,41

77,7

La forme pharmaceutique n’est pas précisée

59,3

8,7

86,4

SLD

Aucune banque de données sur le médicament n’est consultée

100

14,1

14,1

Le poids du patient est absent de la prescription

94,7

13,35

27,46

Le prescripteur n’a pas mentionné sur la prescription son accord pour que le patient dispose et utilise ses médicaments personnels

84,3

11,89

39,35

La date et/ou l’heure sont absentes de la prescription

84,1

11,86

51,21

Les modalités d’administration ne figurent pas sur la prescription

76,6

10,8

62,01

Le livret thérapeutique n’est pas consulté au moment de la prescription

66,7

9,41

71,41

La voie d’administration n’est pas précisée

59,5

8,39

79,81

La forme pharmaceutique n’est pas précisée

54,5

7,69

87,49

SSR

La forme pharmaceutique n’est pas précisée

100

19,13

19,13

Le prescripteur n’a pas mentionné sur la prescription son accord pour que le patient dispose et utilise ses médicaments personnels

90,5

17,31

36,44

Des protocoles non validés pas le Comedims sont utilisés

66,7

12,76

49,2

Le livret thérapeutique n’est pas consulté au moment de la prescription

66,7

12,76

61,95

Le nom du prescripteur n’est pas mentionné

61,9

11,84

73,79

Absence d’indications utiles relatives au terrain du patient

57,1

10,92

84,72

PSY

Le livret thérapeutique n’est pas consulté au moment de la prescription

100

15,4

15,4

Le prescripteur n’a pas mentionné sur la prescription son accord pour que le patient dispose et utilise ses médicaments personnels

100

15,4

30,8

Le poids du patient est absent de la prescription

88,1

13,57

44,37

Absence d’indications utiles relatives au terrain du patient

70,8

10,9

55,27

La voie d’administration n’est pas précisée

58,4

8,99

64,27

La forme pharmaceutique n’est pas précisée

49,8

7,67

71,94

La signature du prescripteur est absente

47,6

7,33

79,27

L’unité de soins n’est pas identifiée

38,6

5,94

85,21



Tableau 4 Résultats, par secteur, du questionnaire portant sur l’étape d’ administration.

Fréquences observées

Fréquence calculée

Pourcentage cumulé

MCO

Les prescriptions sont retranscrites

80,7

27,16

27,16

Il n’existe pas d’IDE référente pour la pharmacie

68,6

23,09

50,25

Pas de rédaction de déclaration d’événement indésirable

41,4

13,93

64,19

La date et l’heure d’administration ne sont pas enregistrées

39,3

13,23

77,42

L’administration se fait en l’absence de prescription écrite

36,4

12,25

89,67

MPR

La prescription est retranscrite

100

12,16

12,16

L’administration n’est pas faite à partir de prescriptions écrites

88,9

10,81

22,97

Il n’existe pas d’IDE référente pharmacie dans le service

77,8

9,46

32,43

L’enregistrement ne se fait pas sur la feuille de prescription médicale manuscrite

77,8

9,46

41,89

Pas de surveillance des effets indésirables possibles des médicaments

66,7

8,11

50

L’IDE ne vérifie pas que le patient n’a pas d’allergie connue au médicament

66,7

8,11

58,11

Le support d’enregistrement de l’administration ne respecte pas la confidentialité

66,7

8,11

66,22

La surveillance des paramètres en rapport avec le traitement n’est pas faite

66,7

8,11

74,33

Aucune information sous forme adaptée sur le traitement n’est délivrée au patient

66,7

8,11

82,44

SLD

L’administration des médicaments n’est pas enregistrée en temps réel

59,6

64,64

64,64

L’enregistrement ne se fait pas sur la feuille de prescription médicale manuscrite

32,6

35,36

100

SSR

Pas de rédaction de déclaration d’événement indésirable

33,3

100

100

PSY

L’administration des médicaments n’est pas enregistrée en temps réel

83,3

28,17

28,17

L’enregistrement ne se fait pas sur la feuille de prescription médicale manuscrite

62,5

21,14

49,31

Il n’existe pas de procédures pluriprofessionnelles spécifiques sur l’obligation de surveillance d’un médecin face à l’administration de certains médicaments

58,3

19,72

69,02

L’administration est faite en l’absence d’une prescription écrite en cas d’urgence vitale

45,8

15,49

84,51

Étape de délivrance

Les 6 processus ont été analysés pour chacun des 3 secteurs choisis, soit 18 analyses de processus et 21 points non conformes identifiés.

L’analyse du processus de délivrance globale est présenté sur la figure 1.

Pour les délivrances particulières, tous secteurs confondus (demandes urgentes, stupéfiants, MDS), les points critiques issus de l’analyse du processus sont :

  • pas de formalisation du processus dans le cadre d’un système qualité,
  • absence de contrôle des stocks de produits urgents.

Pour la délivrance nominative (concerne uniquement le service de MPR), les résultats sont :

  • absence d’informatisation des prescriptions et de l’analyse pharmaceutique,
  • prescriptions incomplètes (nom du prescripteur, poids du patient, durée de traitement),
  • absence de contrôle de la délivrance nominative,
  • pas de formalisation du processus dans le cadre d’un système qualité.

Pour la mise à disposition des informations relatives au bon usage du médicament, il n’existe pas de mise à jour régulière du livret thérapeutique.

Pour le transport des produits pharmaceutiques de la PUI vers les unités de soins, on retrouve pour les services internes et le service de MPR :

  • absence d’organisation spécifique pour le transport des produits nécessitant des conditions particulières de conservation,
  • absence de service logistique pour le transport des médicaments de la pharmacie vers les unités de soins,
  • absence de bon de livraison signé à réception de la commande.

Pour les services externes :

  • absence d’organisation spécifique pour le transport des produits nécessitant des conditions particulières de conservation.

Pour la détention des médicaments dans les unités de soins :

  • les médicaments ne sont pas systématiquement stockés dans des locaux armoires ou autres dispositifs de rangement fermés à clé [13],
  • la température des réfrigérateurs n’est pas systématiquement contrôlée.

Recueil des attentes des équipes sur l’ensemble du circuit du médicament et axes d’amélioration proposés

Les attentes sont présentées des plus au moins fréquemment exprimées.

Informatiser le circuit du médicament et notamment les prescriptions (tous secteurs)

La pharmacie est engagée dans le projet institutionnel d’informatisation du circuit du médicament, le cahier des charges est rédigé et l’acquisition est prévue pour la fin de l’année 2007.

Disposer du livret du médicament (tous secteurs)

Suite à l’auto-évaluation, le livret thérapeutique est disponible pour l’ensemble des services de soins. Il a été présenté par un pharmacien à l’ensemble des services du CHB, avec une explication de son contenu et la démonstration de l’utilisation de la version informatique.

Obtenir une mise à jour régulière des dotations (tous secteurs)

La pharmacie s’engage à l’analyse régulière des consommations permettant une adaptation des dotations aux besoins des services. Elle souhaite également promouvoir la validation des dotations par les médecins des services, leur connaissance et l’accès au livret thérapeutique, afin de résoudre en amont les substitutions par équivalence stricte et équivalence de classes.

Définir la gestion des traitements personnels (MCO, SSR, SLD)

Un groupe de travail est constitué, l’objectif est de définir une politique institutionnelle adaptée aux problématiques spécifiques de chaque secteur (chirurgie ambulatoire, courts ou longs séjours).

Renouveler les équipements vétustes ou inadaptés (SSR, SLD)

Depuis les restitutions, les services de long séjour bénéficient de préparateurs référents, en charge de l’approvisionnement en médicaments. Les équipements les plus vétustes ont été remplacés et les infirmières sont déchargées de la préparation et du rangement des commandes de médicaments.

Transport des médicaments de la pharmacie vers les unités de soins (actuellement aide soignante ou IDE pour les services « internes ») (pharmacie, MCO, MPR)

Cette problématique reste entière, le CHB ne dispose pas de service logistique pour les transports des produits pharmaceutiques de la pharmacie vers les services de soins dits « internes ». Ce point sera inclus au plan d’action et nécessitera une réflexion institutionnelle pluri-disciplinaire.

Plan d’action

Seul le plan d’action concernant le secteur des longs et moyens séjours (EHPAD, SSR, MPR médecine interne et polyvalente) a été, pour l’instant, validé en séance plénière du Comedims.

Les actions prioritaires ont été définies et hiérarchisées ainsi :

  • harmonisation des pratiques de prescriptions sur chacun des services (suppression de la retranscription, utilisation d’un support informatique commun) ;
  • prise en charge totale de la gestion de l’armoire à pharmacie par des préparateurs référents (préparation des commandes, acheminement et rangement) ;
  • mise en place progressive de la déclaration des évènements indésirables liés au circuit du médicament (comprend la déclaration, le suivi, l’analyse et les actions correctrices) ;
  • renouvellement des équipements obsolètes ou inadaptés pour une bonne organisation de la préparation des doses ;
  • mise en conformité de la préparation des doses (re-conditionnement en doses unitaires par la pharmacie).

Discussion

L’auto-évaluation du circuit du médicament réalisée au CHB n’a pas été effectuée selon le déroulement chronologique des actions tel qu’il s’effectue en pratique (prescription délivrance administration). Cette distinction entre prescription/administration et délivrance montre qu’il est aujourd’hui difficile d’appréhender ce circuit dans sa globalité. On observe une dichotomie entre les étapes qui concernent les services de soins et celle qui concerne la pharmacie.

Cependant, le développement actuel de la dispensation nominative et de la pharmacie clinique va permettre d’intégrer progressivement la délivrance et les pharmaciens au cœur du circuit. Ces projets nécessitent des moyens importants et une révolution des pratiques actuelles en termes d’achat, stockage, et conditionnement, il est donc difficile d’envisager leur généralisation à court terme [14].

Concernant l’analyse des résultats, en l’absence d’une cotation de gravité standardisée, le CHB a opté pour une analyse des non-conformités basée uniquement sur la fréquence observée. Aucune évaluation de la criticité (criticité = fréquence × gravité) n’a donc été réalisée. Cette auto-évaluation devra donc être complétée par la mise en place d’un système de surveillance des évènements indésirables liés au circuit du médicament, à la recherche des évènements susceptibles de générer un préjudice pour le patient. La méthodologie de recueil et les grilles de déclaration sont en cours d’élaboration.

Pour les étapes de prescription et d’administration, la présentation des résultats par service et le positionnement par rapport au secteur d’activité de référence a permis au personnel de se situer. Elle a également mis en évidence la disparité entre les différents secteurs de soins.

Pour les secteurs MCO, la principale non conformité est la retranscription des prescriptions, largement retrouvée dans la littérature [15−18]. Si l’informatisation semble répondre à cette problématique, elle requiert un long travail de préparation mais surtout un suivi efficace visant à prévenir et corriger les erreurs qu’elle est susceptible de générer [19].

La problématique de l’utilisation des traitements personnels des patients (sans accord écrit du prescripteur sur la prescription initiale et ce, conformément à la réglementation [13]) reste à résoudre. La pharmacie devra participer pleinement à la réflexion institutionnelle pour aboutir à la formalisation du processus général de demande de produits pharmaceutiques hors livret thérapeutique.

Pour les secteurs de SLD, SSR, MPR, il est à noter que la retranscription a été supprimée grâce à la mise en place d’un support unique. Les autres dysfonctionnements constatés concernent la non conformité des prescriptions et le manque de traçabilité de l’administration. Ces points sont déjà intégrés dans la réflexion sur les fonctionnalités attendues du logiciel de prescription.

Pour l’étape de délivrance, la mise en place d’un système d’assurance-qualité est en cours à la pharmacie. Il comprend la rédaction, la validation et la gestion des documents sur l’ensemble des secteurs. Des séances hebdomadaires de formation aux documents et l’implication du personnel dans leur rédaction permettent de poursuivre la dynamique initiée par l’auto-évaluation [20−23].

En ce qui concerne la délivrance nominative, réalisée pour le seul service de médecine physique et de réadaptation, il est important de préciser que c’est une étude « pilote », réalisée en l’absence totale de moyens ou outils adaptés. Les résultats, discutés avec l’équipe lors de la restitution, ont révélé de nombreuses incompréhensions, des items inapplicables au fonctionnement spécifique de ce service. A posteriori, il apparaît qu’un questionnaire plus spécifique, et donc plus adapté, aurait permis une meilleure évaluation. Néanmoins, certains points critiques réels ont été identifiés, et, à ce jour résolus. La retranscription a été supprimée grâce à la mise en place d’un support unique, une réorganisation de la délivrance a permis d’inclure une étape de contrôle des médicaments délivrés, les documents qualité sont en cours de rédaction. Les résultats obtenus pour ce service montrent tout l’intérêt et l’importance de la discussion des résultats lors de la restitution, afin d’éliminer les biais méthodologiques ou les incompréhensions. Ils confortent également l’ensemble des acteurs impliqués sur la nécessité absolue et urgente d’informatiser le circuit du médicament.

Conclusion

Encore méconnu, le circuit du médicament au sein des hôpitaux sort peu à peu de l’anonymat grâce, notamment, au contrat de bon usage. Les publications rapportant une évaluation globale de ce circuit restent cependant rares, et, faute de standardisation des études, ne permettent pas de comparaisons entre les établissements.

L’auto-évaluation menée au CHB, a permis d’identifier et de hiérarchiser les points non conformes. Le Comedims poursuit ce travail, afin de développer dans chaque secteur d’activité les axes d’amélioration adaptés.

Si la méthodologie peut être jugée complexe (coexistence d’un recueil de données qualitatives et quantitatives, analyse chronophage) et les résultats « prévisibles », ce travail a néanmoins permis une sensibilisation indiscutable de l’ensemble du personnel médical et soignant. Les membres du groupe de travail ont trouvé un véritable relais sur le terrain et l’intérêt montré par le personnel dépasse certains préjugés culturels, proclamant que l’auto-évaluation n’est pas dans les mœurs françaises, puisque toujours vécue comme un contrôle.

Ainsi, implication des acteurs, pilotage de proximité, méthodologie rigoureuse, analyse minutieuse et plan de communication, semblent être les piliers essentiels à la réussite d’une auto-évaluation de cette ampleur.

Cette réalisation va permettre au Centre hospitalier de Blois de conduire une politique de sécurisation du circuit du médicament personnalisée, basée sur une problématique locale diagnostiquée. La mise au point rapide d’un système de recueil des événements indésirables liés au circuit du médicament va permettre d’évaluer les risques associés aux non-conformités observées et de prolonger la dynamique institutionnelle enclenchée par l’auto-évaluation.

Références

1 Haute autorité de santé, Direction de l’accréditation et de l’évaluation des pratiques. L’évaluation des pratiques professionnelles dans le cadre de l’accréditation des établissements de santé. Juin 2005. http ://www.has-sante.fr.

2 Direction de l’accréditation et de l’évaluation des pratiques. Manuel d’accréditation des établissements de santé. Deuxième procédure d’accréditation Septembre 2004. Référence 36. http ://www.has-sante.fr consulté le 22/12/2006.

3 Décret n° 2005-346 du 14 avril 2005 relatif à l’évaluation des pratiques professionnelles. Journal officiel du 15 avril 2005. http://www.has-sante.fr consulté le 22/12/2006.

4 Décret n° 2005-1023 du 24 août 2005 relatif au contrat de bon usage des médicaments et des produits et prestations mentionnés à l’article L.162-22-7 du code de la Sécurité sociale.

5 Schmidt E. Le risque médicamenteux nosocomial : circuit du médicament hospitalier et qualité des soins. Collection Évaluation et Statistiques. Paris : Masson, 1999.

6 Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé. Réussir un audit clinique et son plan d’amélioration. Service évaluation des pratiques. Juin 2003. http ://www.has-sante.fr.

7 Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé. L’audit clinique. Bases méthodologiques de l’évaluation des pratiques professionnelles. Avril 1999. http ://www.has-sante.fr.

8 Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé. Mise en place d’un programme d’amélioration de la qualité. Principes méthodologiques. Octobre 1996. http ://www.has-sante.fr.

9 Briançon S, Girard F, Empereur F, Guillemin F. Évaluation des pratiques professionnelles. Rev Epidemiol Sante Publique 2000 ; 48 : 541-50.

10 Haute autorité de santé, Direction de l’accréditation et de l’évaluation des pratiques. Fiche thématique « Organisation du circuit du médicament des établissements de santé ». 2005 http ://www.has-sante.fr.

11 Ministère de la santé. Direction de l’hospitalisation et de l’organisation des soins. Prise en charge thérapeutique du patient hospitalisé- DHOS bureau « Qualité et sécurité des soins en établissement de santé -Document de travail 2004 http ://www.sante.gouv.fr consulté le 12/12/2006.

12 Manuel d’auto-évaluation de pharmacie hospitalière. Société française de pharmacie clinique 1998 http ://www.adiph.org consulté le 22/12/2006.

13 Arrêté du 31 mars 1999 relatif à la prescription, à la délivrance et à l’administration des médicaments soumis à la réglementation des substances vénéneuses dans les établissements de santé, les syndicats interhospitaliers et les établissements médico-sociaux disposant d’une pharmacie à usage intérieur mentionnés à l’article L 595-1 du code de la Santé publique. Journal Officiel n° 77 du 01/04/1999.

14 Kausch C, Tan Seean P, Boelle P-Y, Paye F, Beaussier M, Parc R, et al. Impact économique et intégration d’un pharmacien clinicien dans un service de chirurgie digestive. J Pharm Clin 2005 ; 24 : 90-7.

15 Pourrat X, Antier D, Doucet O, Ducahlais A, Lemarie E, Mesny J, et al. Identification et analyse des erreurs de prescription, de préparation et d’administration des médicaments en réanimation, médecine et chirurgie au CHU de Tours. Presse Med 2003 ; 32 : 876-82.

16 Lethuillier S, Delplanque R, Dumesnil G, Lacroix J. Circuit du médicament et accréditation : enquête de pratiques. J Pharm Clin 2005 ; 24 : 17-22.

17 Crauste-Manciet S, Woronoff-Lemsi MC, Fournaud C, Thomas D, Thuillier A. Assurance-qualité de la prescription et de la délivrance des médicaments à l’hôpital. J Pharm Clin 1993 ; 12 : 36-44.

18 Tissot E, Henon T, Cornette C, Jacquet M. Prescription incomplète : erreur de médication potentielle. Presse Med 1999 ; 28 : 625-8.

19 Koppel R, Metlay JP, Cohen A, Abaluck B, Loralio AR, Kimmel SE, et al. Rôle of computerized physician order entry systems in facilitations medication errors. JAMA 2005 ; 293 : 1197-203.

20 Blumenthal D, Epstein AM. Quality of health care. Part6 : the role of physicians in the future of quality management. N Engl J Med 1996 ; 335 : 1328-31.

21 Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé. Principes de mise en oeuvre d’une démarche qualité en établissement de santé. Paris ; Anaes, 2002. http ://www.has-sante.fr.

22 Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé. Méthodes et outils des démarches qualité pour les établissements de santé, 2000. http ://www.has-sante.fr.

23 Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé. Construction et utilisation des indicateurs dans le domaine de la santé. Principes généraux, 2002. http ://www.has-sante.fr.


 

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