ARTICLE
Les agents pathogènes transmis par l'alimentation
Les micro-organismes pathogènes transmis par les aliments et
parfois l'eau du robinet sont des bactéries (Campylobacter jejuni,
Salmonella spp, Shigella, Escherichia coli O157:H7,
Yersinia enterocolitica, Vibrio spp...), des virus (rotavirus,
virus de Norwalk, entérovirus, virus de l'hépatite A...),
des parasites (cryptosporidies, Toxoplasma gondii, trichine,
Taenia...), des toxines diverses produites par des champignons,
des bactéries ou des parasites (mycotoxines, toxines de Clostridium
botulinum, Staphylococcus aureus ou de certains Bacillus,
toxines des dinoflagellés). À part, il faut ajouter
les « protéines infectieuses » ou prions responsables
de maladies neurodégénératives transmissibles par
les aliments. Un certain nombre de micro-organismes pathogènes
ont pris une importance croissante comme cause de toxi-infections alimentaires.
Cela est illustré dans le tableau
1 qui rapporte la morbidité et la mortalité dues
à des bactéries pathogènes d'origine alimentaire
aux États-Unis (1996) [2]. La capacité d'adaptation des
micro-organismes à des environnements nouveaux est un facteur essentiel
de l'émergence de nouveaux pathogènes qui peuvent croître
à basses températures et survivre à des conditions
hostiles (températures élevées, acidité ou
alcalinité...) ou en présence d'antibiotiques. Ainsi, certaines
espèces d'entérobactéries sont parfois résistantes
à de multiples antibiotiques, ce qui est lié à l'utilisation
intense des antibiotiques, notamment dans les élevages intensifs
de poulets.
Les toxi-infections alimentaires
à Campylobacter jejuni
À partir du début des années 1980, C. jejuni
a été reconnu comme une cause majeure d'infection digestive
[3]. Ce germe serait responsable de 4 millions de cas annuels, aux États-Unis,
avec certaines complications post-infectieuses comme le syndrome de Guillain-Barré
[4]. En France, ce pathogène arrive également en tête
des causes de diarrhées aiguës d'origine alimentaire. C.
jejuni est responsable de zoonoses et chez l'homme de toxi-infections
alimentaires habituellement bénignes. La plupart des cas humains
sont liés à l'absorption d'aliments contaminés et
insuffisamment cuits. Certains rares cas sont liées à un
contact direct avec des animaux infectés, en particulier certains
animaux de compagnie tels que les jeunes chiens ou chats présentant
des diarrhées. De même, quelques cas d'infections sont observés
chez des professionnels exposés au bétail dans les fermes
ou les abattoirs. Les infections à Campylobacter sont surtout
fréquentes chez les enfants de moins de 1 an et chez les personnes
de 20 à 40 ans. Le taux de portage dans les selles de la population
est inférieur à 1 % dans les pays industrialisés.
Bien que la bactérie soit sensible à l'acidité gastrique,
la dose infectante pouvant provoquer la diarrhée est faible, de
l'ordre de 1 000 bactéries. La diarrhée survient 1 et 4
jours après l'absorption d'aliments ou d'eau contaminés
et guérit rapidement de façon spontanée ou hâtée
par une antibiothérapie. Il est rare (environ 1,5/1 000 infections
intestinales) que des infections à Campylobacter s'accompagnent
d'une dissémination sanguine avec diarrhée chronique (avec
parfois un avortement chez la femme enceinte). Cela est observé
surtout chez des personnes fragiles aux défenses affaiblies (femmes
enceintes, nourrissons, vieillards, immunodéprimés...) et
le traitement est alors souvent difficile. Rarement, on peut aussi voir
survenir 2 à 3 semaines après la diarrhée infectieuse
des paralysies transitoires des membres surtout chez l'enfant. C'est le
syndrome de Guillain-Barré qui reste bénin.
Les souches de C. jejuni sont très fréquemment
retrouvées dans notre nourriture. Cela est dû au fait que
ces bactéries sont très largement répandues dans
le monde animal. Elles sont isolées dans le tube digestif de la
plupart des animaux sauvages ou domestiques, tels que les chats, les chiens,
les chèvres, les porcs, les bovins, les moutons, les lapins et
de nombreuses espèces d'oiseaux, incluant les volailles. Ces bactéries
sont aussi responsables de nombreuses épidémies chez ces
animaux, en particulier ceux maintenus en conditions d'élevage.
Parmi les aliments contaminés à l'origine d'épidémies,
il faut citer le lait cru non pasteurisé, les viandes de buf
et les volailles mal cuites, les ufs, les glaces, certains végétaux
et fruits de mer consommés crus, ou certains fromages au lait non
pasteurisé fabriqués de façon artisanale. L'eau du
robinet mal décontaminée peut aussi être source d'infections,
bien que cela n'ait pas été décrit en France. L'origine
de ces contaminations alimentaires est liée aux excreta des animaux
porteurs de souches de Campylobacter. Par exemple, les poulets
porteurs éliminent dans leurs selles des taux très élevés
de l'ordre de 109 bactéries par gramme de selle sans
aucun symptôme. Beaucoup d'animaux d'élevage seraient contaminés
de façon asymptomatique. Les bactéries répandues
dans l'environnement, notamment au cours de l'abattage, vont fréquemment
infecter les carcasses. On sait que ces bactéries survivent quelque
temps dans l'environnement, par exemple 3 à 5 semaines à
4 °C dans l'eau. Incapables de croître au-dessous de 30 °C,
les souches de Campylobacter sont sensibles à l'oxygène
de l'air, sont facilement détruites par l'acidité, par de
nombreux désinfectants à faibles concentrations (eau de
Javel, alcool, iode, phénol...) et par les procédés
d'irradiation parfois utilisés pour décontaminer certains
aliments [5, 6]. Les souches de Campylobacter sont sensibles à
la chaleur (1 min à 55 °C). Cela signifie que les températures
de cuisson habituellement utilisées pour préparer les aliments
les détruisent rapidement. Cependant, la manipulation à
la consommation de certaines viandes telles que les poulets crus ou insuffisamment
cuits entraîne un risque significatif d'infections humaines. La
plupart des cas sporadiques sont rapportés à l'ingestion
d'aliments mal cuits et/ou manipulés de façon non hygiénique,
en particulier les produits dérivés des volailles. Les souches
de Campylobacter restent sensibles à la plupart des antibiotiques
et le traitement de choix est l'érythromycine avec, comme alternative
chez l'adulte, les nouvelles quinolones comme la ciprofloxacine. Des taux
de résistance de l'ordre de 5 % sont rapportés pour l'érythromycine
et le taux de résistance pour les fluoroquinolones augmente, ce
qui serait associé à l'utilisation de ces antibiotiques
chez les volailles dans certains pays d'Europe.
Les toxi-infections alimentaires à entérobactéries
Les salmonelles (Salmonella enterica) contaminent fréquemment
les animaux d'élevage et sont à l'origine de nombreuses
épizooties. De nombreux sérotypes de Salmonella enterica
sont à l'origine de toxi-infections alimentaires chez l'homme après
ingestion d'aliments contaminés. Certains sérotypes ont
récemment émergé du fait de leur remarquable capacité
d'adaptation à des environnements hostiles au cours du processing
des aliments. Salmonella sérotype Enteritidis est ainsi
un pathogène émergent à partir de 1985 aux États-Unis
et en Angleterre [7, 8]. La contamination humaine se fait par l'intermédiaire
des ufs de volaille contaminés sur leur coquille ou à
l'intérieur même des ufs au cours de leur formation
dans l'oviduct. De très nombreuses épidémies dues
à cette bactérie ont été observés dans
la plupart des pays développés. De même, des souches
de Salmonella sérotype Typhimurium appartenant à
un clone DT 104 ont émergé à partir de 1990 au Royaume-Uni
et sont devenues actuellement une cause majeure de salmonelloses humaines
dans ce pays [9-11]. Près de 90 % des souches sont résistantes
à l'ampicilline, au chloramphénicol, à la streptomycine,
aux sulfamides et à la tétracycline, et un taux estimé
à 30 % des souches expriment aussi une résistance à
la ciprofloxacine et au triméthoprime [12, 13]. L'émergence
de ces souches multi-résistantes est la résultante directe
de l'utilisation massive d'antibiotiques chez les animaux. Ainsi, à
partir des années 1980, certains pays européens ont utilisé
des fluoquinolones dans le traitement des maladies infectieuses du bétail.
Cette utilisation a été rapidement suivie par l'apparition
de souches résistantes à ces antiobiotiques, notamment des
souches de Salmonella et de C. jejuni.
E. coli O157:H7 représente actuellement une cause majeure
de diarrhée hémorragique parfois associée à
un syndrome hémolytique urémique ; c'est la cause la plus
fréquente d'insuffisance rénale aiguë chez l'enfant
[14]. Cette bactérie inconnue avant 1982 dans l'espèce humaine
a été tenue pour responsable de nombreuses épidémies
liées à la consommation de certains aliments mal cuits au
Canada, en Afrique, au Royaume-Uni, en Allemagne, et récemment
au Japon où elle a entraîné une épidémie
de 10 000 cas avec plusieurs morts. Ce germe est un commensal de la flore
digestive des bovins (1 % de portage fécal) et entraîne la
contamination de certains aliments d'origine animale ou végétale.
Cette bactérie est non seulement capable de croître à
4 °C, mais est aussi acido-tolérante et résistante
à l'acidité gastrique et à des températures
de près de 60 °C. Les épidémies sont dues en
particulier à la consommation d'hamburgers mal cuits [15, 16],
avec souvent des diarrhées hémorragiques compliquées
dans 10 à 20 % des cas par un syndrome hémolytique urémique.
L'incidence en France reste faible (1/100 000 habitants) et d'autres sérogroupes
de E. coli peuvent être sporadiquement rencontrés
(E. coli O26:H11,O111:NM...). D'autres entérobactérties
telles que Shigella sonnei et Yersinia enterocolitica sont
responsables de cas sporadiques tout au long de l'année dans notre
pays.
La listériose
Listeria monocytogenes est une bactérie à Gram
positif saprophyte largement répandue dans la nature, se développant
entre - 2 °C et 45 °C et elle est à l'origine d'infections
sévères chez l'homme et chez de nombreuses espèces
animales. La gravité des infections est liée au pouvoir
invasif de la bactérie capable de traverser le placenta et de pénétrer
le système nerveux central. C'est un pathogène intracellulaire
facultatif survivant dans les cellules, incluant les macrophages, les
cellules épithéliales, les fibroblastes, les hépatocytes
et les cellules endothéliales. Plus de la moitié des infections
à L. monocytogenes est observée chez la femme enceinte
et les sujets immuno-déprimés. Ce pathogène serait
responsable d'environ 1 % des méningites bactériennes et
0,15 % de la mortalité périnatale. La gravité de
la listériose est due à l'infection du système nerveux
central chez le nouveau-né, mais aussi chez le grand enfant et
l'adulte, chez qui la fréquence atteint deux tiers des cas. La
mortalité globale est estimée à 25-30 % et les séquelles
neurologiques sont fréquentes en dépit de l'antibiothérapie.
L'infection est d'origine alimentaire [17] et évolue de façon
sporadique tout au long de l'année (actuellement environ 250 cas/an
en France), avec des épisodes épidémiques limités
[18]. Les aliments le plus souvent contaminés et parfois à
l'origine de ces épidémies sont certains fromages au lait
cru, des produits de charcuterie (rillettes, pâtés, produits
en gelée, langue de porc...), des aliments d'origine végétale
(salades, soupes de choux, pousses de soja...) et certains aliments cuisinés
(poissons fumés, saumon fumé, tarama...). Deux épidémies
récentes aux États-Unis et en Italie ont montré que
cette bactérie pouvait aussi induire une diarrhée infectieuse
fébrile après une incubation de quelques heures après
ingestion d'aliments massivement contaminés chez des personnes
immuno-compétentes (lait chocolaté, salade de soja) [19-23].
Il existe donc deux formes cliniques distinctes : la forme fébrile
sans diarrhée de loin la plus courante, surtout rencontrée
chez les sujets fragiles, et la forme avec toxi-infection alimentaire
à incubation de quelques heures récemment décrite
chez les sujets immunocompétents.
Les patients sont infectés par voie orale à la suite de
l'absorption d'aliments contaminés [17]. La durée d'incubation
est de 3 jours à 8 semaines. Pendant l'incubation, les bactéries
pénètrent l'épithélium intestinal et les plaques
de Peyer, puis se multiplient dans les cellules dendritiques et disséminent
dans les ganglions lymphatiques régionaux puis dans la circulation
sanguine. Le système immunitaire contrôle le plus souvent
l'infection chez les sujets immunocompétents qui développent
une infection asymptomatique : c'est le scénario le plus courant,
si l'on considère la fréquence de l'exposition à
L. monocytogenes et la rareté de la maladie clinique. Cependant,
si l'inoculum est important ou chez certains sujets génétiquement
sensibles ou fragilisés (femmes enceintes, patients immuno-déprimés
sous chimiothérapie, patients sidéens ou présentant
des anomalies hépatiques telles que cirrhose ou hémochromatose),
l'infection n'est pas contrôlée par le système immunitaire
et les bactéries disséminent dans la circulation sanguine
avec des localisations métastatiques, essentiellement vers le placenta
et le système nerveux central.
Le plus souvent, la maladie dans sa forme la plus courante est révélée
par une fièvre inexpliquée chez une personne fragile, avec
parfois céphalées et raideur méningée, presque
toujours sans diarrhée [24]. La listériose neuroméningée
se manifeste chez l'homme par une méningite bactérienne
lymphomonocytaire ou purulente. La localisation méningée
est associée dans près de la moitié des cas à
des signes d'encéphalite. Plus rarement, il peut s'agir de formes
encéphalitiques pures sans méningite. La gestation sensibilise
à l'infection en diminuant les défenses immunitaires, surtout
au cours du 3e trimestre de la grossesse. La listériose
chez la femme enceinte est souvent paucisymptomatique avec une fièvre
inexpliquée ou un syndrome pseudogrippal avec fatigue, maux de
tête et myalgies qui peuvent survenir jusqu'à 14 jours ou
plus avant l'accouchement. Une rechute fébrile, avec bactériémie,
est souvent observée au cours de l'accouchement. La plupart des
listérioses sont décrites après le 5e
mois de grossesse, mais des avortements spontanés ou répétés
peuvent survenir avant cette date. L'infection après le 5e
mois entraîne souvent un accouchement prématuré (<
à 35 semaines dans 70 % des cas). L'enfant peut être contaminé
de deux façons : par voie sanguine in utero (90 % des cas)
avec colonisation du placenta ; à la naissance ou dans la période
précédant immédiatement l'accouchement, par contamination
ascendante du liquide amniotique ou au cours du passage de la filière
génitale (< 10 % des cas).
L. monocytogenes est une bactérie très sensible
aux antibiotiques. La sensibilité est presque constante à
la pénicilline G, l'amoxicilline, les aminosides, les tétracyclines
et le triméthoprime-sulfaméthoxazole. Le traitement de choix
d'une listériose neuroméningée est basé sur
l'association ampicilline-aminoside [24]. L'antibioprophylaxie en cas
de consommation d'aliments contaminés n'est pas recommandée.
Les mesures de prévention passent par l'information systématique
des personnes sensibles sur les précautions à prendre concernant
la consommation, la conservation et la préparation de certains
aliments à risques, les règles d'hygiène et le respect
de la chaîne du froid. Une mise à jour récente et
détaillée sur ces mesures d'information et de prévention
a été publiée dans le BEH (n° 4/2000).
Autres bactéries et parasites
Vibrio vulnificus décrit à partir de 1979 [25],
est responsable de toxi-infections alimentaires à la suite de l'ingestion
de fruits de mer, souvent compliquées de septicémies et
d'une forte mortalité chez les patients immuno-déprimés
[25-27]. Cyclospora cayetanensis est un parasite protozoaire récemment
décrit à l'origine d'épidémies liées
à la consommation d'eau du robinet contaminée, ou de fruits
frais d'importation (framboises) contaminés par ce parasite [28-30].
L'origine de ce parasite est obscure bien qu'il semble proche d'un parasite
répandu chez les oiseaux. La distribution de l'eau de boisson traitée
aux populations des villes a pu entraîner des contaminations massives
des réservoirs et des canalisations à l'origine d'épidémies
de toxoplasmose ou de diarrhée à Cryptosporidium
ou Giardia lamblia notamment [31].
La nouvelle forme de la maladie de Creutzfeldt-Jakob
La maladie de Creutzfeldt-Jakob est une encéphalopathie rare
(1 cas sur 1 million), atteignant des sujets de 65 ans environ et survenant
de façon sporadique (à un taux stable d'environ 50 cas par
an en France depuis plus de 15 ans) [32]. Son évolution est rapidement
mortelle, en quatre mois en moyenne. Dix à quinze pour cent de
ces cas sont des formes familiales atteignant des sujets de la quarantaine,
selon un mode autosomique récessif. Il existe aussi des formes
iatrogènes (quelques dizaines de cas) dues à des transmissions
accidentelles par contact avec des tissus cérébraux, survenant
après des interventions neurochirurgicales, des greffes de dure-mère
ou de cornée, ou encore après des injections d'hormone de
croissance préparée à partir d'hypophyses humaines.
Une nouvelle entité clinique est récemment apparue : la
maladie de Creutzfeldt-Jakob du sujet jeune (de 16 à 40 ans) sans
antécédents familiaux [33, 34]. L'évolution de la
maladie est plus lente que celle observée dans la maladie sporadique
(entre 7,5 et 25 mois). L'expression clinique de la maladie était
aussi distincte de la maladie sporadique : troubles du comportement et
manifestations psychiatriques, troubles de la sensibilité (hyperesthésie),
syndromes cérébelleux (ataxie), perte de mémoire
évoluant vers une démence progressive avec myoclonie et
choréoathétose. Aucun de ces patients ne présentait
de mutations connues associées aux formes familiales de la maladie.
Un examen anatomo-pathologique des lésions cérébrales
montrait la présence de grandes plaques contenant des dépôts
de protéine PrP, telles que celles observées au cours du
kuru, une maladie décrite chez des tribus cannibales de la Nouvelle-Calédonie.
Ce type de plaques distribuées sur l'ensemble du cerveau et du
cervelet ne sont pas observées au cours de la maladie sporadique,
ni au cours des formes iatrogéniques de maladie de Creutzfeldt-Jakob.
Trois cas ont été rapportés en France. Très
récemment, une augmentation inquiétante du nombre de jeunes
patients atteints de la maladie a été observée en
Angleterre (tableau 2)
avec, depuis 1995, un total près de 102 cas répertoriés
d'une maladie toujours mortelle sans traitement (juillet 2001). De récentes
projections font craindre une épidémie de grande ampleur
au Royaume-Uni, qui pourrait atteindre 136 000 cas dans les quarante prochaines
années [35]. L'agent infectieux transmissible est dit non conventionnel
(ATNC) car c'est une protéine « infectieuse » (prion)
qui est une protéine ayant une conformation anormale transformant
la protéine normale par une « réaction en chaîne
». Les prions sont des protéines très hydrophobes et
très résistantes aux agents chimiques (enzymes protéolytiques,
nombreux antiseptiques tels que le formol, l'alcool, les acides, la glutaraldéhyde...),
et physiques (chaleur sèche ou humide, rayonnements ionisants...).
Les prions sont uniquement inactivés par chauffage à sec
(360 °C, 1 h), ou par la chaleur humide (134 °C, 18 mn), par
la soude 1N à 20 °C ou par l'hypochlorite de sodium 1 h à
20 °C. Les prions s'accumulent dans les neurones dont ils entraînent
la destruction progressive. Il existe un lien de causalité entre
la maladie humaine et l'épidémie des vaches folles qui a
atteint plus de 170 000 vaches au Royaume-Uni [36]. Le prion serait transmis
par l'ingestion de tissus provenant d'animaux contaminés (cerveau,
thymus, organes lymphoïdes...) [37].
Les facteurs de risque infectieux
Des risques alimentaires nouveaux qui voient le jour dans la plupart
des pays industrialisés sont liés à plusieurs facteurs
incluant la capacité d'adaptation des micro-organismes à
des environnements nouveaux, des changements dans les pratiques de l'industrie
alimentaire, et une plus grande sensibilité des populations de
consommateurs. La capacité d'adaptation des micro-organismes à
des environnements nouveaux est un facteur essentiel de l'émergence
de nouveaux pathogènes qui peuvent croître à basses
températures (+ 4 °C) et survivre à des conditions
hostiles (températures élevées, acidité ou
alcalinité...) ou en présence d'antibiotiques. Le deuxième
facteur de risque est lié à la diversification des sources
d'approvisionnements et aux mutations de l'industrie alimentaire.
Tout d'abord, il faut insister sur la globalisation des sources d'aliments
distribués sur le marché international. Des épidémies
de choléra aux États-Unis, de shigellose au Royaume-Uni,
de salmonellose de sérotypes rares (Salmonella sérotype
Agona...) illustrent le risque lié à l'importation d'aliments
contaminés en provenance de pays du Tiers-Monde, incluant l'Amérique
du Sud, le Moyen-Orient ou encore la Chine [2]. Des épidémies
de trichinose ont été décrites dans les pays industrialisés,
la plupart du temps liées à l'importation de viande de cheval
contaminée par ce ver. De même, la centralisation de plus
en plus importante des sources de production d'aliments peut être
à l'origine d'épidémies à travers un pays
entier [38]. En 1985, une épidémie de salmonellose liée
à la consommation de lait contaminé a entraîné
à partir d'un seul fournisseur une épidémie de 250
000 cas aux États-Unis [39]. En 1994, une épidémie
atteignant environ 224 000 personnes dans l'ensemble des États-Unis
due à Salmonella sérotype Enteritidis est survenue
après consommation de glaces contaminées [40]. On a aussi
décrit des épidémies à E. coli O157:H7
ou O27 ou encore des épidémies de listériose liées
à la grande distribution de certains aliments à partir d'une
seule source contaminée. Les risques de l'industrialisation sont
aussi très bien illustrés par la récente épidémie
des vaches folles due aux farines animales et par l'émergence de
la nouvelle forme de maladie de Creutzfeldt-Jakob chez des adultes jeunes
[34].
Le risque d'infection d'origine alimentaire est aussi accru du fait
de changements dans les habitudes alimentaires et de la structure même
des populations dans les pays industrialisés. La consommation de
produits frais consommés crus ou faiblement cuits (lait non pasteurisé,
fruits, huîtres crues, viande de buf crue ou peu cuite...)
et celle de fruits et de végétaux frais souvent importés
et recommandés par les services de santé sur des bases de
leurs qualités nutritionnelles, ont été à
l'origine d'épidémies, notamment de salmonellose et de shigellose.
La généralisation des restaurants fast-food est probablement
aussi un facteur important à l'origine de nombreuses épidémies
dans les pays industrialisés. Près de 80 % des épidémies
rapportées aux États-Unis sont liées à la
consommation d'aliments dans ce type de restaurants [41]. De plus, une
tranche de plus en plus importante de la population apparaît particulièrement
sensible aux infections d'origine alimentaire, incluant les patients sidéens,
les personnes âgés ou encore les patients ayant une maladie
chronique sous-jacente. La proportion de personnes immuno-déprimées
ou fragiles est en augmentation dans les pays industrialisés. Cela
est illustré par le nombre de personnes âgées de plus
de 65 ans qui est passé de 5 % de la population en 1900 à
près de 15 % en 2000 et qui pourrait atteindre 20 % en 2040 [42,
43]. De même, la prévalence des sujets diabétiques
non insulino-dépendants a presque triplé entre 1960 et l'an
2000 dans les pays industrialisés. Enfin l'accroissement des voyages
internationaux est à l'origine de nombreuses épidémies
importées. Le nombre de touristes internationaux est passé
de 5 millions en 1950 à une projection de 937 millions en 2010
[44]. Ces voyageurs sont infectés par des pathogènes parfois
exceptionnellement rencontrés dans leurs pays d'origine (Vibrio
cholerae, Brucella...), du fait de l'exposition à une
nourriture ou à une eau contaminée par des matières
fécales humaines [2].
La prévention des risques infectieux
L'ensemble de ces faits explique que l'on assiste à une augmentation
globale dans l'ensemble des pays industrialisés du nombre des toxi-infections
alimentaires ou d'autres syndromes infectieux d'origine bactérienne,
virale ou parasitaire. La connaissance de ces risques alimentaires impose
de renforcer l'information sur le respect strict des conditions d'hygiène
tout au long de la chaîne alimentaire depuis la préparation
des aliments en milieu industriel jusqu'au consommateur. L'éducation
des consommateurs doit aussi constamment rappeler les mesures d'hygiène
de bon sens, telles que le lavage des mains avant de se mettre à
table ou de cuisiner, l'hygiène individuelle, les précautions
dans les manipulations et la conservation des aliments à basse
température avant consommation et pendant des temps courts, et
bien sûr la cuisson adéquate des aliments.
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