ARTICLE
Auteur(s) : Dominique
Bauchart1, Mylène Gobert1, Mihaela
Habeanu1,2, Émilie Parafita3, Dominique
Gruffat1, Denys Durand1
1Inra, Unité de recherche
sur les herbivores, Centre de recherche
de Clermont-Ferrand Theix, 63122 Saint-Genès-Champanelle,
France
2IBNA, Balotesti, Roumanie
3ADIV, 63000 Clermont-Ferrand, France
Le consommateur est de plus en plus attentif et averti du lien
putatif entre les acides gras (AG) consommés apportés par la viande
et la santé de l’Homme. Un apport accru d’acides gras polyinsaturés
de la famille n-3 (AGPI n-3) par les produits animaux, associé à un
rapport AGPI n-6/AGPI n-3 égal ou inférieur à 5, serait bénéfique à
la santé humaine (Afssa, 2001). En effet, de nombreux travaux menés
sur l’Homme et différents modèles animaux pour l’Homme montrent que
les AGPI n-3 seraient essentiels pour la structure des membranes et
les fonctions associées (notamment au niveau du cerveau et de la
rétine) et exerceraient des effets protecteurs vis-à-vis de
l’hypertension et des maladies cardiovasculaires, de certains
cancers (du sein notamment), de diabètes, de désordres
neuropsychiatriques et de maladies auto-immunes (Narayan
et al., 2006). Puisque la supplémentation des rations par de
la graine de lin extrudée chez le bovin en finition favorise le
dépôt des AGPI n-3 dans la viande crue comme cuite (Bauchart
et al., 2005 ; Normand et al., 2005), celle-ci peut être
une source supplémentaire d’AGPI n-3 en nutrition humaine.
Nous présentons ici plusieurs résultats majeurs du Programme
Lipivimus de l’Agence nationale de la recherche (2007-2009)
concernant les effets des AGPI n-3 et d’antioxydants (vitamine E
[vit E], extraits de plantes riches en polyphénols [EVRP])
alimentaires sur les lipides circulants et tissulaires chez le
bovin en finition. Les effets de ces composés ajoutés à la
ration de vaches de réforme normandes en finition portent sur :
- – les modifications des caractéristiques de distribution
et la teneur des AG du muscle Longissimus thoracis (LT) ;
- – la sensibilité relative des lipides à la
lipoperoxydation dans le plasma et les muscles à l’abattage, et
dans les viandes après application de divers modes de maturation et
de conditionnement.
Ce programme de recherche a pour objectifs majeurs de préciser
l’impact de facteurs liés à l’animal (âge, sexe, génotype) et à son
alimentation (composition de la ration de base, différentes sources
de suppléments lipidiques et en antioxydants), et leurs
interactions expliquant la variabilité des caractéristiques
lipidiques (teneur en lipides, composition en AG) des muscles
squelettiques en relation avec les caractéristiques de qualité des
viandes.
Les effets des suppléments lipidiques et des suppléments en
antioxydants sont comparés en vue de déterminer des conditions
d’alimentation performantes et durables pour une production de
viandes de meilleures qualités nutritionnelles et sensorielles.
Ces recherches visent, de plus, à rechercher le meilleur
équilibre entre un dépôt accru d’AGPI n-3 dans les viandes et
l’absence d’effets délétères sur la santé de l’animal et la qualité
des lipides de la viande. En effet, un effet néfaste de la
lipoperoxydation peut être favorisé non seulement par la haute
sensibilité des AGPI n-3 aux attaques d’espèces réactives de
l’oxygène (O2) au cours d’un stress oxydant, mais aussi
par un déséquilibre du statut de l’animal en antioxydants
alimentaires ou endogènes. De plus, l’intensité de
lipoperoxydation dans la viande peut être potentiellement stimulée
par un stress émotionnel et/ou physique des animaux, juste avant
l’abattage, ou par certains traitements technologiques appliqués
aux viandes tels que des conditionnements en présence
d’O2.
Effets des AGPI n-3 et des antioxydants
alimentaires sur les AG de la viande
bovine
Les lipides influencent fortement les valeurs nutritionnelles-santé
et les qualités sensorielles des viandes, particulièrement celles
des ruminants (Geay et al., 2001). Les facteurs liés au
type d’animal et à son alimentation peuvent moduler,
particulièrement au cours de la période de finition, les
caractéristiques des lipides de la viande telles que :
- – leur concentration en relation avec le développement
du tissu adipeux intramusculaire ;
- – la distribution des classes lipidiques
quantitativement majeures (triglycérides [TG], et à un degré
moindre, phospholipides [PL]) et mineures (cholestérol sous forme
libre et estérifiée, diglycérides et AG libres) ;
- – leur composition en AG à chaîne longue.
Ainsi, l’impact des sources alimentaires riches en AGPI n-3
(herbe fraîche, graines oléagineuses, huiles de poisson) en période
de finition a été largement décrit chez le jeune bovin mâle
(< deux ans) dont les muscles sont relativement pauvres en
dépôts gras (Geay et al., 2001 ; Scollan et al., 2005).
En revanche, l’impact de ces traitements sur les AG de la viande
est peu documenté chez des bovins âgés et gras, tels que cela se
pratique en France avec des vaches de réforme laitières ou
allaitantes soumises à un traitement alimentaire dit « de finition
» riche en énergie apportée par une ration à base d’aliment
concentré.
Le but de cette étude a été de comparer les effets, sur les
caractéristiques des lipides (teneur tissulaire, distribution en
classes de lipides) et sur la composition de leurs AG, de l’apport
de graines de lin (riches en 18:3 n-3) seul à celui d’un mélange de
graines de lin et de colza (riches en AGPI n-3 et n-6 et en 18:1
n-9) en association ou non avec des antioxydants alimentaires chez
des vaches de réforme en finition.
Aspects expérimentaux
Animaux, aliments et prélèvements
L’expérience a été conduite sur 72 vaches de réforme normandes
(race à tendance grasse) en finition pendant 100 jours (neuf
traitements alimentaires, huit animaux par lot) pour analyser les
qualités des viandes et les effets des interactions possibles entre
les suppléments alimentaires lipidiques et en antioxydants, en
situation de stress émotionnel ou non des animaux.
Les animaux ont reçu des régimes composés d’une même ration de
base constituée d’aliment concentré (70 %) et de paille (30 %),
distribués seuls (régime témoin T) ou avec un supplément lipidique
(40 g de lipides/kg d’aliment sec) à base de graines de lin
extrudées (régime L) ou du mélange de graines de colza (deux tiers)
et de lin (un tiers) extrudées (régime CL) apporté seul ou avec des
antioxydants de type vit E seule (155 IU/kg) [régimes LE et
CLE] ou associée à un mélange d’EVRP (7 g/kg) à base de
romarin, de raisin, d’agrumes et d’œillet d’Inde (régimes LEP et
CLEP) (origine : Société phytosynthèse, Riom, France).
Certains animaux ont été soumis à des conditions de stress
émotionnel juste avant leur abattage, consécutif à un transport
seul de 15 min en bétaillère, suivi d’une course forcée de
30 min dans un dédale de couloirs disposés en chicane et
terminé d’un transport seul de 15 min en bétaillère jusqu’à
l’abattoir (traitements LS et LEPS).
Les régimes sont calculés pour être isoénergétiques et isoazotés
permettant une vitesse de croissance de 1 150 g/jour.
Les animaux ont été abattus à poids vif et note d’état
corporel (3,0-3,5) similaires à l’abattoir du centre Inra de Theix.
Les paramètres zootechniques (efficacité alimentaire, gain de
poids vif, couleur et degré de dépôts lipidiques des carcasses, pH,
température et composition des carcasses) ont été déterminés sur
tous les animaux de l’expérience. Des échantillons
représentatifs des muscles LT et Semitendinosus (ST)
(120-150 g) ont été prélevés un jour post-mortem, puis
découpés en petits cubes et congelés dans N2 liquide.
Ils sont finalement réduits en poudre fine et homogène dans
N2 liquide par un broyeur à lame rotative à haute
vitesse, puis stockés à –80 °C jusqu’aux analyses des lipides et de
leurs AG.
Méthodes d’analyse des lipides et des AG
de la viande
Les lipides totaux des muscles LT et ST sont extraits à partir de
6 g de poudre de viande par le mélange chloroforme/méthanol
2/1 (V/V) selon la méthode de Folch et al. en 1957, puis la
concentration des lipides est déterminée par gravimétrie.
Les différentes classes lipidiques sont séparées par HPLC
(Kontron, Suisse) sur colonne de silice 5 μm (150 mm de
long ; d.i. : 4,6 mm), avec un gradient ternaire de solvants,
puis quantifiées par détection de diffusion de lumière (DDL,
Sedere, France) selon la procédure décrite par Reynolds et Anderson
(1998).
Les AG à chaîne longue sont extraits et transméthylés à partir
des lipides totaux par le mélange BF3-méthanol 14 %.
La composition centésimale détaillée des AG est déterminée par
CPG et détection en ionisation de flamme (Perichrom, France) sur
colonne capillaire de verre de type polaire haute résolution
(100 m de long, d.i. : 0,25 mm), de type CP Sil 88
(Varian, France) avec l’H2 comme gaz vecteur.
Le coefficient de réponse à la flamme de chaque AG est calculé
à l’aide du mélange standard d’esters méthyliques C4-C24 (Supelco,
États-Unis). Les valeurs sont exprimées en moyenne, les effets
des traitements alimentaires étant analysés statistiquement par le
test t de Student.
Résultats
Lipides et AG de la viande
Distribution des classes de lipides
Les teneurs en matière sèche et en lipides totaux sont 6 et 31 %
plus élevées dans le muscle LT que dans le muscle ST respectivement
(données non fournies). Pour ces deux muscles, la teneur en lipides
totaux varie avec celle des TG, alors que celle des PL est stable
(tableau 1). Les lipides
quantitativement mineurs (cholestérol libre, esters de cholestérol,
diglycérides et AG libres) représentent 9,8 et 8,9 % des lipides
totaux des muscles LT et ST, respectivement (tableau 1). L’addition de lipides insaturés (lin,
colza) dans la ration de base ne modifie pas significativement le
contenu en lipides totaux et de leurs classes majeures dans les
muscles. Enrevanche, les teneurs en AG libres et en diglycérides
tendent à être plus élevées avec les régimes enrichis en lipides,
peut-être en raison de l’existence d’une hydrolyse d’une fraction
mineure des TG (lipolyse) (tableau
1).
Tableau 1 Effets des suppléments lipidiques
alimentaires sur les teneurs (g/100 g de tissu frais) en
différentes classes de lipides du muscle Longissimus thoracis
(LT) chez les vaches de réforme normandes en finition (Habeanu
et al., 2008a ; Habeanu et al. 2008b).
|
Régimes
|
T
|
L
|
CL
|
SEM
|
p
|
|
Matière sèche (%)
|
26,93
|
26,73
|
27,13
|
0,42
|
0,81
|
|
Lipides totaux
|
4,70
|
3,29
|
3,46
|
0,46
|
0,79
|
|
Triglycérides
|
3,79
|
3,03
|
2,87
|
0,41
|
0,69
|
|
Phospholipides
|
0,70
|
0,68
|
0,69
|
0,01
|
0,61
|
|
Esters de cholestérol
|
0,03a
|
0,05b
|
0,01a
|
0,04
|
0,03
|
|
Cholestérol libre
|
0,07
|
0,06
|
0,06
|
0,005
|
0,52
|
|
Diglycérides
|
0,05
|
0,07
|
0,05
|
0,02
|
0,38
|
|
Acides gras libres
|
0,06a
|
0,19b
|
0,05a
|
0,03
|
0,03
|
Composition en AG à chaîne longue
L’apport alimentaire d’AG insaturés par la graine de lin (L) ou le
mélange de graines de colza plus lin (CL) augmente
significativement les proportions de 18:3 n-3 (+56 et +36 %
respectivement), des 18:1trans totaux (+66 et +105 %) et du 9cis,
11trans 18:2 (CLA) (+50 et +41 %) dans le muscle LT (tableau 2), le 18:3 n-3 et le CLA étant connus
pour être bénéfiques pour la santé humaine.
De telles augmentations s’effectuent au détriment des AG cis
mono-insaturés principalement et non pas des AG saturés.
Les mêmes effets sont également observés avec le muscle ST,
avec des teneurs plus élevées en 18:3 n-3 (+25 %) et en CLA (+27 %)
que le muscle LT. Des effets similaires significatifs
concernent les AGPI n-3 entraînant une baisse du rapport AGPI
n-6/AGPI n-3 (3,3 vs 4,5) plus bénéfique à l’Homme (tableau 2).
Ces résultats confirment des observations antérieures sur
muscles LT et Rectus abdominis de taurillons recevant le même
supplément en graines de lin extrudées, avec une augmentation
parallèle de cis, 11trans 18:2 (CLA) et son précurseur le
18:1Δ11trans (acide vaccénique) (Bauchart et al., 2005),
bénéfiques pour l’Homme par son action hypocholestérolémique
(Bauchart et al., 2007).
En revanche, de telles augmentations observées chez nos bovins
relativement gras et âgés sont, en intensité, plus faibles que
celles observées chez des sujets plus jeunes et plus maigres. Cela
suggère une baisse de la réactivité des muscles (et de leurs tissus
gras associés) avec l’âge et le dépôt de gras vis-à-vis de l’apport
d’AGPI alimentaires.
L’analyse CPG séparée des AG des fractions polaire (dominée par
les PL) et neutre (dominée par les TG), purifiées par
chromatographie liquide sur cartouche de silice activée par des
groupements aminopropyles, montre clairement des compositions
spécifiques en AG des deux familles de lipides (Bauchart
et al., 2005). Ainsi, la fraction polaire est environ dix fois
plus riche en AGPI (25 vs 2,5 %) que la fraction neutre, laquelle
est dominée par les AG saturés et mono-insaturés (données non
fournies). La composition en AG de ces fractions lipidiques
est modifiée par les suppléments lipidiques, notamment les AGPI n-3
des PL du muscle ST des vaches recevant le régime à base de graines
de lin (+55 %) (Habeanu et al., 2008b). L’addition
d’antioxydants (vit E + EVRP) renforce l’effet stimulant
des suppléments lipidiques sur les trois AG considérés (18:3 n-3,
total trans 18:1, 9cis, 11trans 18:2) dans les lipides totaux des
deux muscles LT et ST (données non fournies). Les mêmes effets
des antioxydants, déjà observés chez le jeune taurillon charolais
recevant des suppléments en graines de lin extrudées, suggèrent
l’existence d’une modulation, par les antioxydants alimentaires
(vit E), du métabolisme microbien des AG dans le rumen (Bauchart
et al., 2005).
Tableau 2 Effets des suppléments lipidiques sur la
composition en acides gras des lipides totaux du muscle
Longissimus thoracis des vaches de réforme en finition
(Habeanu et al., 2008b).
|
Acides gras
|
C
|
L
|
CL
|
SEM
|
p
|
|
% Acides gras totaux
|
|
18:3 n-3
|
0,39A
|
0,61B
|
0,53
|
0,05
|
0,05
|
|
cis9, trans11-18-2 (CLA)
|
0,32
|
0,48
|
0,45
|
0,05
|
0,08
|
|
Σ AG saturés
|
47,01
|
48,22
|
48,29
|
0,80
|
0,44
|
|
Σ AGMI cis
|
45,38A
|
41,56B
|
40,90B
|
0,59
|
< 0,0001
|
|
Σ AGMI trans
|
2,46A
|
4,08Bb
|
5,04Cc
|
0,32
|
< 0,0001
|
|
Σ AGPI n-3
|
0,90
|
1,23
|
1,02
|
0,11
|
0,17
|
|
Σ AGPI n-6
|
4,03
|
4,05
|
3,80
|
0,26
|
0,77
|
|
AGPI n-6/AGPI n-3
|
4,54A
|
3,32B
|
4,10
|
0,28
|
0,028
|
|
AGPI/AG saturés
|
0,11
|
0,12
|
0,11
|
0,009
|
0,80
|
|
AG totaux (g/100 g de tissu frais)
|
3,95
|
3,64
|
3,63
|
0,41
|
0,64
|
Isomères trans du 18:1
L’analyse par CPG-spectrométrie de masse des différents isomères
trans du 18:1 (purifiés par HPLC préparative) montre clairement
qu’avec la ration de base riche en aliment concentré (à base de
céréales), les suppléments lipidiques peuvent diversement modifier
la valeur santé des isomères trans du 18:1 de la viande sur la base
des isomères Δ9tr et Δ10tr (indésirables) et Δ11tr 18:1 (bénéfique)
(tableau 3). Les suppléments
lipidiques exercent un effet positif lorsque le 18:3 n-3 est
principalement apporté (régime L) ou plutôt négatif quand le 18:3
n-3 est associé au 18:1 n-9 (régime CL) (Bispo Villar et al.,
2009).
Tableau 3 Effets des suppléments lipidiques (L = lin ;
C = colza) sur la distribution des isomères trans du 18:1 (en
pourcentage des trans 18:1 totaux, moyenne ± ET) des lipides totaux
du muscle LT bovin (Bispo Villar et al., 2009).
|
Trans 18:1
|
6tr
|
7tr
|
8tr
|
9tr
|
10tr
|
11tr
|
12tr
|
13tr
|
14tr
|
15tr
|
16tr
|
|
Régime T
|
1,3 ± 0,9
|
0,5 ± 0,1
|
1,9 ± 0,3
|
8,5 ± 1,5
|
33,7 ± 18,6
|
36,1 ± 14,4
|
4,3 ± 1,2
|
3,4 ± 1,0
|
4,0 ± 1,3
|
3,4 ± 1,8
|
2,9 ± 1,9
|
|
Régime L
|
0,6 ± 0,5
|
0,4 ± 0,1
|
1,6 ± 0,4
|
5,0* ± 0,8
|
15,6* ± 6,7
|
33,2 ± 11,8
|
6,1* ± 0,3
|
8,7* ± 0,8
|
9,1* ± 0,9
|
10,9* ± 9,0
|
8,9* ± 2,7
|
|
Régime CL
|
0,5 ± 0,4
|
0,6 ± 0,1
|
2,3 ± 0,6
|
6,4* ± 0,9
|
41,1 ± 16,4
|
25,0* ± 12,4
|
4,9 ± 9,2
|
5,8 ± 1,8
|
5,5 ± 1,6
|
5,0 ± 1,8
|
3,1 ± 1,1
|
Effets des facteurs alimentaires et physiologiques
sur la lipoperoxydation dans le plasma
et la viande chez la vache de réforme
La viande bovine de meilleure valeur nutritionnelle (teneur plus
élevée en AGPI n-3), associée à une meilleure protection des AGPI
par les antioxydants par la mise en œuvre de facteurs d’élevage,
est commercialisée avec une haute valeur ajoutée sous
l’appellation, par exemple, de Label rouge. Dans ce contexte, il
est nécessaire de préciser l’impact des traitements technologiques
spécifiquement appliqués à la viande pour préserver leurs qualités
jusqu’à leur commercialisation. En fait, les traitements de
maturation et surtout de conditionnement des viandes peuvent
stimuler les voies de peroxydation et de lipolysis qui impactent
très négativement les caractéristiques de santé (accumulation de
lipoperoxydes toxiques) et les propriétés sensorielles (couleur,
goût) des viandes (Min et Ahn, 2005).
Dans ce contexte, les AGPI des PL sont les substrats primaires
de la peroxydation lipidique (lipoperoxydation) des produits
carnés, alors que les TG seraient peu impliqués dans le processus.
L’incorporation des AGPI (fournis par des graines oléagineuses ou
de l’herbe jeune) dans les lipides musculaires du bovin n’active
pas les enzymes antioxydantes du muscle, la protection vis-à-vis du
processus de lipoperoxydation étant strictement dépendante de la
quantité et de l’activité des molécules antioxydantes présentes
dans les cellules musculaires (Durand et al., 2005).
Dans cette étude, les effets des traitements technologiques sur
la stabilité des lipides musculaires à la peroxydation ont été
étudiés sur des viandes issues de muscles de vaches ayant reçu le
régime lin riche en AGPI n-3 (AG parmi les plus sensibles à la
peroxydation), enrichi ou non en antioxydants (vit E ± EVRP).
L’impact des conditions de maturation et de conditionnement des
viandes a été plus particulièrement étudié (collaboration avec
ADIV, Clermont-Ferrand).
Aspects expérimentaux
Animaux et régimes
L’étude a été réalisée sur des viandes issues d’animaux ayant reçu
les mêmes régimes (ration à base de concentré et de paille,
suppléments lipidiques et en antioxydants), dans les mêmes
conditions de stress des animaux (le stress émotionnel favorise les
réactions de lipoperoxydation sanguine et tissulaire) que celles de
l’étude des lipides et des AG de la viande (cf. « Partie I : Effets
des AGPI n-3 et des antioxydants alimentaires sur les AG de la
viande bovine »). L’intensité de stress émotionnel des animaux a
été déterminée par les mesures de la fréquence cardiaque et du taux
de cortisol plasmatique :
- – à la fin de la période de finition ;
- – juste après l’abattage au cours de l’égorgement des
animaux.
Traitements technologiques des viandes
Les muscles LT et ST ont été collectés juste après l’abattage, puis
conservés à +4 °C sous vide pendant 12 jours et
finalement découpés sous forme de steaks comme dans la pratique.
Les steaks ont été conditionnés à +4 °C en barquette
recouverte d’un film :
- – sous air pendant quatre jours ;
- – sous atmosphère modifiée (70:30,
O2/CO2) pendant sept jours ;
- – en sac placé sous vide pendant 14 jours.
Les échantillons de viande sont ensuite broyés en poudre dans
l’azote liquide et stockés à –80 °C jusqu’aux mesures de
lipoperoxydation.
Méthodes de caractérisation
de la lipoperoxydation
L’intensité de lipoperoxydation dans le plasma (veine jugulaire) et
les échantillons de viande à l’abattage a été déterminée par la
mesure du taux de production du malonedialdéhyde (MDA) extrait par
l’hexane, puis analysé par HPLC (détection en fluorescence) avec
une courbe de calibration utilisant le tétraéthoxypropane.
La concentration en vitamine E du plasma et des muscles a été
déterminée par HPLC et détection UV.
La susceptibilité in vitro de lipoperoxydation du plasma a été
évaluée par :
- – la mesure de la cinétique de production des diènes
conjugués (DC) indiquant le degré de résistance du milieu
biologique à la lipoperoxydation (phase de résistance ou lag phase)
;
- – la vitesse de la réaction de lipoperoxydation (Tx max)
;
- – la quantité maximale de DC produits (Q max).
L’index de peroxydabilité (IP) des AG de la viande a été calculé
à partir de la composition en AG des lipides totaux de la viande
selon l’équation : IP = (pourcentage diènoique × 1) +
(pourcentage triènoique × 2) + (pourcentage tétraènoique
× 3) + (pourcentage pentaènoique × 4) + (pourcentage hexaènoique ×
5). Cet index détermine le nombre d’atomes d’hydrogène
bis-allyliques des AGPI et donc leur susceptibilité relative à la
peroxydation. Enfin, les hydroxyalkénals libres plasmatiques de
type 4-hydroxy-2-nonènal (4-HNE) et 4-hydroxy-2-hexènal (4-HHE),
des marqueurs spécifiques de la peroxydation des AGPI n-6 et n-3
respectivement, ont été déterminés par CPG couplée à la
spectrométrie de masse.
Résultats
Effets des n-3 PUFA et des antioxydants
alimentaires sur la lipoperoxydation plasmatique
et tissulaire
Lipoperoxydation du plasma
Les suppléments lipidiques de la ration riches en AGPI n-3
réduisent la capacité du plasma à résister à la lipoperoxydation
(–11 %), favorisant la formation des DC (× 1,75) et du MDA
(× 2) (tableau 4).
Seul, l’apport combiné d’antioxydants (vit E + EVRP) protège
efficacement les lipides plasmatiques de la peroxidation (régime
LEP) favorisée par les suppléments alimentaires en AGPI n-3, la
teneur en MDA et la vitesse de lipoperoxydation Tx étant diminuées
de –80 et –33 % (p = 0,01) respectivement avec le régime
LEP comparé au régime L (tableau 4).
Une telle protection par le mélange vit E + EVRP
(régime LEP) agirait non seulement au cours de la phase de
propagation de la réaction de lipoperoxydation (la vit E agirait
comme casseur de chaînes), mais aussi dès la phase d’initiation de
la réaction par la fixation des radicaux libres par les polyphénols
végétaux (EVRP), comme cela a été déjà montré chez le rat et le
mouton (Gladine et al., 2007) ainsi que chez la vache en
lactation (Gobert et al., 2009a). Chez la vache de réforme en
finition soumise à un stress émotionnel deux heures avant
l’abattage, le niveau de lipoperoxydation du plasma évalué par le
niveau de MDA (tableau 5) n’était pas
augmenté dans les lots d’animaux stressés comparés à ceux des lots
non stressés. Cependant, des marqueurs spécifiques de l’oxydation
des AGPI n-3 et n-6 (4-HNE et 4-HHE respectivement) (tableau 5) tendaient à baisser chez les vaches
recevant la vit E et les EVRP (lot LEP) (p = 0,07 et NS,
respectivement).
Tableau 4 Effets des AGPI n-3 et des antioxydants
alimentaires sur les marqueurs plasmatiques de la lipoperoxydation
chez la vache de réforme en finition (Gobert et al., 2009a).
|
Régimes
|
T
|
L
|
LE
|
LEP
|
Prob
|
|
MDA (µg/mL)
|
0,05 ± 0,02a
|
0,10 ± 0,06b
|
0,05 ± 0,04ab
|
0,02 ± 0,02a
|
**
|
|
α-tocophérol (µg/mL)
|
1,82 ± 0,80a
|
4,11 ± 1,15b
|
9,65 ± 5,65c
|
11,05 ± 5,36d
|
|
|
Lag phase (min)
|
13,2 ± 0,8a
|
11,7 ± 0,8b
|
11,8 ± 2,0ab
|
15,2 ± 4,3ab
|
**
|
|
Tx max (A234/min)
|
8,04 ± 2,51ab
|
9,52 ± 0,12a
|
8,89 ± 2,58ab
|
6,32 ± 1,38b
|
|
|
Q max (DC max)
|
217 ± 58a
|
379 ± 27b
|
347 ± 115b
|
375 ± 52b
|
*
|
Tableau 5 Effets des traitements alimentaires (L vs
LEP) et des conditions de stress émotionnel préabattage (sans
stress vs avec stress) sur l’intensité des indicateurs d’intensité
de lipoperoxydation et du statut en antioxydant du plasma des
vaches de réforme prélevé juste après l’abattage (Gobert
et al., 2009b).
|
Régimes
|
L
|
LEP
|
Valeurs de p–
|
|
Traitements
|
Sans stress
|
Avec stress
|
Sans stress
|
Avec stress
|
Antioxydant
|
Stress
|
Antioxydant × Stress
|
|
MDA (µg/mL)
|
0,06
|
0,07
|
0, 06
|
0,05
|
NS
|
NS
|
NS
|
|
HNE (ng/mL)
|
3,5
|
2,5
|
1,9
|
2,1
|
0,07
|
NS
|
NS
|
|
HHE (ng/mL)
|
0,45
|
0,42
|
0,38
|
0,34
|
NS
|
NS
|
NS
|
|
Vit E (µg/mL)
|
3,17
|
2,91
|
7,75
|
8,77
|
< 0,0001
|
NS
|
NS
|
Lipoperoxidation de la viande bovine
Effets des traitements technologiques
À l’abattage (j0), la teneur en MDA du muscle LT est comparable
chez les vaches recevant le régime témoin (T) et le même régime
supplémenté en graines de lin seules (L) ou associées au mélange
d’antioxydants constitués de vit E et des EVRP (LEP), la valeur de
l’index de peroxydation des muscles étant comparable pour les trois
régimes (tableau 6). En revanche, après
maturation sous vide pendant 12 jours (j12), la mise au
contact des tranches de viande au cours du conditionnement en
barquette avec l’O2 de l’air (viande sous film perméable
à l’air) ou d’une atmosphère modifiée (70 % d’O2/30 % de
CO2) stimule la lipoperoxydation de la viande (tableau 6). Les effets les plus marqués
sont observés pour les viandes issues des vaches ayant reçu le
supplément en graines de lin mises au contact de l’air (× 10,4
; p < 0,05) et surtout de 70 % d’O2 (× 21,8 ; p
< 0,05) par rapport à la viande conditionnée sous vide (tableau 6) (Gobert et al., 2008, 2010).
Même pour des valeurs de PI similaires des viandes, l’intensité
de lipoperoxydation sous atmosphère modifiée tend à être plus
élevée avec le lot lin (2,96 µg de MDA/g tissu) que le lot
témoin (2,19 µg de MDA/g de tissu) [p = 0,1]. Cela pourrait
être le résultat d’une plus grande sensibilité des viandes à
l’oxydation des AGPI n-3 (lot L), comme cela a été rapporté chez le
bouvillon recevant des suppléments lipidiques riches en AGPI (Campo
et al., 2006).
Tableau 6 Concentration en malondialdehyde (MDA) [µg/g
de tissu frais] du muscle Semitendinosus des vaches recevant le
régime témoin (T) ou le même régime de base enrichi en lin (L) ou
en lin + antioxydants (LEP). Le MDA a été dosé dans les
viandes à l’abattage (j0), après maturation sous vide (j12) suivie
d’un conditionnement de 14 jours sous vide, de sept jours sous
film perméable à l’air ou de quatre jours sous atmosphère modifiée
(70:30, O2/CO2) (Gobert et al., 2010).
|
Modes de traitement des viandes
|
|
Maturation sous vide
|
Conditionnement en barquette
|
|
MDA (µg/g de tissu frais)
|
à j0
|
à j12
|
Sous vide
|
Sous film perméable
|
Sous atmosphère modifiée
|
|
T
|
0,16a ± 0,05
|
0,15a ± 0,01
|
0,16ab ± 0,04
|
1,10b ± 0,38
|
2,19c ± 1,88
|
|
L
|
0,14a ± 0,04
|
0,19a ± 0,09
|
0,19a ± 0,09
|
1,41b ± 0,72
|
2,96c ± 1,36
|
|
LEP
|
0,16a ± 0,05
|
0,14a ± 0,03
|
0,14a ± 0,02
|
0,65a ± 0,49
|
0,93a ± 0,82
|
|
Diet effect
|
|
|
|
|
|
|
T vs L
|
0,9
|
0,9
|
0,9
|
0,5
|
0,1
|
|
T vs LEP
|
0,6
|
0,7
|
0,8
|
0,3
|
0,01
|
|
L vs LEP
|
0,6
|
0,8
|
0,8
|
0,09
|
< 0,0001
|
Effet des antioxydants alimentaires
L’apport alimentaire conjoint, pendant 100 jours, de vit E et
des EVRP protège efficacement la viande de la lipoperoxydation
puisque les teneurs en MDA sont toujours inférieures à 1 µg/g
de tissu considéré comme la valeur limite de tolérance à la flaveur
rance de la viande du consommateur (Campo et al., 2006).
De même, ce mélange en antioxydants protège les AGPI de la
viande de certaines conditions très pro-oxydantes de
conditionnement, telles que le contact des viandes tranchées avec
l’O2 de l’air en conditionnement sous film perméable à
l’air (p < 0,09) et surtout sous atmosphère modifiée (70 % en
O2, p < 0,0001) (tableau
6) (Gobert et al., 2010).
Comme décrit précédemment (Gatellier et al., 2000), la vit
E apportée seule n’est pas assez efficace pour protéger la viande
de la lipoperoxydation chez des bovins recevant des suppléments en
AGPI n-3. En revanche, comme chez le rat et le mouton (Gladine
et al., 2007), et la vache laitière en lactation (Gobert
et al., 2009a), l’association de la vit E avec les EVRP
exercerait des actions synergiques résultant de leurs propriétés
respectives lipophiles (vit E) et hydrophiles (polyphénols).
La vit E agirait comme un antioxydant casseur de chaînes, et
les polyphénols comme piégeurs de radicaux libres. Cela
expliquerait ainsi l’efficacité de leur association face à la
lipoperoxydation de la viande, même dans les conditions de stockage
favorisant fortement les processus de lipoperoxydation.
Effets des AGPI n-3 et des antioxydants
alimentaires sur la couleur des viandes
L’objectif de l’étude était d’analyser sur les viandes bovines,
après maturation et conditionnement, le possible effet négatif de
la supplémentation en AGPI n-3 de la ration :
- – sur la couleur de la viande chez des bovins soumis à
un stress émotionnel deux heures avant l’abattage ;
- – de déterminer le possible effet protecteur des
antioxydants apportés pendant 100 jours au cours de la phase
de finition.
La mesure des caractéristiques de couleur a été réalisée par
spectrophotométrie avec une sphère d’intégration et à l’aide du
système CIELAB. À partir du spectre de réflectance dans le visible
(360 à 760 nm), les données ont concerné la luminosité (L*) et
les intensités de rouge (a*) et de jaune (b*). Les différences
de réflectance ont été utilisées pour le calcul de l’index
d’oxygénation (R630-R580 ; oxygénation de la myoglobine) et le
pourcentage de myoglobine (M) sous forme de metmyoglobine (MB)
responsable de la couleur brune de la viande.
Les résultats montrent que lorsque la viande est conditionnée
sous vide, les valeurs des paramètres de couleur ne sont pas
influencées par les conditions alimentaires ni par le niveau
émotionnel des animaux. En revanche, conditionnées sous film
perméable à l’air, les viandes des vaches du lot lin (L) sont plus
rouges que celles du lot témoin. Dans le cas des animaux soumis à
un stress émotionnel, l’apport des antioxydants vit E + EVRP aux
animaux du lot lin maintient seul la couleur rouge des viandes
conditionnées sous film perméable à l’air. Sous atmosphère modifiée
riche en O2, favorisant l’oxygénation de la myoglobine,
la viande est plus rouge que celle conditionnée sous film
(résultats non illustrés), alors que l’intensité de rouge est plus
faible pour les viandes issues d’animaux stressés recevant le
supplément lipidique à base de lin sans antioxydants (figure 1).
En fait, les vaches stressées recevant du lin sans antioxydants
sont beaucoup plus sensibles à la peroxydation en relation avec la
perte de couleur rouge consécutive à un taux de metmyoglobine plus
élevé (p < 0,0001). Cependant, quels que soient les paramètres
de couleur mesurés (intensité de rouge, index d’oxygénation,
pourcentages de M et MB), la supplémentation en antioxydants (vit E
+ EVRP) de la ration lin entraîne des caractéristiques de couleur
similaires de celles des viandes des animaux du lot témoin sans
ajout de lipides et d’antioxydants. Elle permettrait, en outre,
d’inhiber le phénomène d’oxydation généré par le stress émotionnel
des animaux (figure
1). Cette étude montre clairement que l’apport de vit E
dans la ration améliore l’intensité de couleur de la viande
conditionnée sous atmosphère modifiée riche en O2.
De plus, elle montre que la couleur de la viande peut être
nettement dégradée par le stress émotionnel des animaux recevant
une ration enrichie en graines de lin dont les AGPI n-3 sont très
sensibles à la peroxydation. Dans ces conditions, l’apport
alimentaire conjoint de vit E et de polyphénols (EVRP) représente
un moyen très efficace de prévenir à la fois l’altération de la
couleur et le développement de la lipoperoxydation des viandes chez
le bovin en finition.
Conclusion
Chez les bovins producteurs de viande en période de finition,
l’apport de graines de lin extrudées riches en AGPI n-3 améliore la
valeur nutritionnelle de la viande en favorisant l’incorporation du
18:3 n-3 et sa conversion en AGPI LC n-3 (notamment EPA et DPA)
dans les lipides des muscles, particulièrement dans les PL des
membranes cellulaires. De plus, une telle stratégie
nutritionnelle favoriserait également le dépôt d’acide linoléique
conjugué (CLA), spécialement l’acide ruménique (9cis, 11trans 18:2)
et son précurseur l’acide vaccénique (18:1Δ11trans), tous deux
connus pour être bénéfiques pour la santé humaine par leur
propriété anticholestérolémique. En revanche, l’apport conjoint de
graines de colza (deux tiers) riches en 18:1Δ9cis et de graines de
lin (un tiers) riches en 18:3 n-3 limiterait (à quantité comparable
d’AG apportés dans la ration) le dépôt musculaire de 18:3 n-3 et
favoriserait le dépôt des isomères trans du 18:1 de type
18:1Δ9trans et surtout 18:1Δ10trans, connus pour être toxiques pour
l’Homme.
L’absorption accrue d’AGPI n-3 par les bovins avec le régime lin
stimulerait la lipoperoxydation :
- – dans son organisme entier, entraînant un risque pour
le bon fonctionnement des tissus et des organes (stress oxydant) et
pour la santé et les performances des animaux ;
- – sur les tissus musculaires, avec le risque
d’accumulation de produits oxydés (MDA, 4-HHE, 4-HNE) altérant la
valeur santé des viandes pour le consommateur.
Pour éviter de tels risques préjudiciables à l’animal et au
consommateur, l’emploi d’antioxydants dans les rations des bovins
est fortement recommandable. Ce travail a montré que la vit E
alimentaire exerce un effet protecteur plus faible vis-à-vis de la
lipoperoxydation que le mélange vit E + EVRP riche en
polyphénols. Une stratégie alimentaire combinant l’emploi de
suppléments lipidiques riches en AGPI n-3 et du mélange en
antioxydants (vit E + polyphénols) éviterait les risques majeurs de
lipoperoxydation des viandes quels que soient :
- – les conditions de stockage des viandes (maturation,
conditionnement notamment en présence d’O2) ;
- – le niveau de stress émotionnel des animaux juste à
l’approche de l’abattage.
Enfin, cette stratégie alimentaire permettrait d’éviter tout
risque d’altération de la couleur des viandes (notamment celles des
animaux stressés) en parallèle aux processus de lipoperoxydation.
Elle participerait ainsi à une grande stabilité des viandes,
bénéfiques notamment pour les activités des industries de
transformation des viandes et de la grande distribution.
Références
[Affsa, 2001] Afssa. Apports nutritionnels conseillés pour la
population française. Tec et Doc Éditions, 3ème édition
2001.
[Bauchart et al., 2005] Bauchart D, Gladine C, Gruffat D,
et al. Effects of diets supplemented with oils and vitamin E
on specific fatty acids of rectus abdominis muscle in charolais
fattening bulls. In: Indicators of milk and beef quality, EAAP
Publ, no 112, Hocquette JF, Gigli S (eds)
Wageningen Acad, Publishers, 2005, pp 431-6.
[Bauchart et al., 2007] Bauchart D, Roy A,
Lorenz S, et al. Dietary supply of butter rich in trans
18:1 isomers or in 9cis, 11trans conjugated linoleic acid affects
plasma lipoproteins in hypercholesterolemic rabbits. Lipids
2007 ; 42 : 123-33.
[Bispo Villar et al., 2009] Bispo Villar E, Thomas A, Lyan B,
et al. Lipid supplements rich in n-3 polyunsaturated fatty
acids deeply modify trans 18:1 isomers in the Longissimus thoracis
muscle of finishing bovine. In the proceedings of the 11th
International Symposium on Ruminant Physiology, 6-9th September
2009, Clermont-Ferrand, France, 2009, pp 464-6.
[Campo et al., 2006] Campo MM, Nute GR,
Hughes SI, et al. Flavour perception of oxidation in
beef. Meat Sci 2006 ; 72 : 303-11.
[Durand et al., 2005] Durand D, Scislowski V, Chilliard Y,
et al. High fat rations and lipid peroxidation in ruminants;
consequences on animal health and quality of products. In:
Indicators of milk and beef quality, EAAP Publ,
no 112. Hocquette JF, Gigli S (eds), Wageningen
Acad, Publishers, 2005, pp 137-50.
[Folch et al., 1957] Folch J, Lees M,
Sloane-Stanley GHS. A simple method for the isolation and
purification of total lipids from animal tissues. J Biol Chem
1957 ; 226 : 497-509.
[Gatellier et al., 2000] Gatellier P, Mercier Y,
Rock E, et al. Influence of dietary fat and vitamin E
supplementation on free radical production and on lipid and protein
oxidation in turkey muscle extracts. J Agric Food Chem 2000 ;
48 : 1427-33.
[Geay et al., 2001] Geay Y, Bauchart D,
Hocquette JF, et al. Effect of nutritional factors on
biochemical, structural and metabolic characteristics of muscles in
ruminants; consequences on dietetic value and sensorial qualities
of meat. Reprod Nutr Dev 2001 ; 41 : 1-26.
[Gladine et al., 2007] Gladine C, Morand C,
Rock E, et al. Plant extracts rich in polyphenols (PERP)
are efficient antioxidants to prevent lipoperoxidation in plasma
lipids from animals fed n-3 PUFA supplemented diets. Anim Feed Sci
Technol 2007 ; 136 : 281-96.
[Gobert et al., 2008] Gobert M, Bauchart D, Parafita E,
et al. Dietary vitamin E associated with plant polyphenols
effectively protect from lipoperoxidation in processed meats in the
finishing bovine given an n-3 PUFA-rich diet. In the Proceedings of
the 54th International Congress of Meat Science and Technology,
10-15th August 2008, Cape Town, South Africa, 3A4, 2008.
[Gobert et al., 2010] Gobert M, Bauchart D,
Parafita E, et al. Plant extracts combined with vitamin E
in PUFA-rich diets for finishing cattle protect processed beef
against lipoperoxidation. Meat Science 2010 ; (accepted).
[Gobert et al., 2009a] Gobert M, Martin B,
Ferlay A, et al. Plant polyphenols associated with
vitamin E are susceptible to reduce plasma lipoperoxidation in
dairy cows given n-3 polyunsaturated fatty acids. J Dairy Sci
2009a ; 92 : 6095-104.
[Gobert et al., 2009b] Gobert M, Bourguet C, Terlouw C,
et al. Pre-slaughter stress and lipoperoxidation: protective
effect of vitamin E and plant extracts rich in polyphenols given to
finishing cattle. In the Proceedings of the 11th International
Symposium on Ruminant Physiology, 6-9th September 2009, France:
Clermont-Ferrand, 2009b, pp 814-5.
[Habeanu et al., 2008b] Habeanu M, Durand D,
Gobert M, Bauchart D. Lipids and fatty acid composition
of Longissimus thoracis and Semitendinosus muscles in
finishing Normand cows. Archiva Zootechnica 2008b ; 11 :
21-9.
[Habeanu et al., 2008a] Habeanu M, Durand D, Gobert M,
et al. Lipid and fatty acid composition of
Longissimus thoracis and Semitendinosus muscles in finishing
Normand cows (fat breed) given unsaturated lipid supplements. In
the Proceedings of the 54th Intern. Cong Meat Sci Technol 10-15th
August 2008, Cape Town, South Africa, 2B5, 2008a.
[Min et Ahn, 2005] Min B, Ahn DU. Mechanisms of lipid
peroxidation in meat and meat products. A review. Food Sci
Biotechnol 2005 ; 14 : 152-63.
[Narayan et al., 2006] Narayan B, Miyashita K,
Hosakawa M. Physiological effects of eicosapentaenoic acid
(EPA) and docosahexaenoic acid (DHA) - a review. Food Rev
Intern 2006 ; 22 : 291-307.
[Normand et al., 2005] Normand J, Bastien D,
Bauchart D, et al. Production of beef enriched in n-3
PUFA by given linseeds to the animals: different ways for providing
linseeds in diets and consequences on beef quality? Renc Rech
Ruminants 2005 ; 12 : 359-66.
[Parafita-Thomas et al., 2008] Parafita-Thomas E, Vialter S,
Gobert M, et al. Dietary supply of antioxidants to finishing
cattle can improve the stability of meat colour, even in animals
stressed just before slaughter. In : 13th meeting of muscle
sciences and meat technology (JSMTV), France: Tours, 2008, pp
91-2.
[Reynolds et Anderson, 1998] Reynolds H, Anderson MK.
Rapid separation and quantitation of combined neutral and polar
lipid classes by high-performance liquid chromatography and
evaporative light-scattering mass detection. J Chromat B
1998 ; 708 : 21-6.
[Scollan et al., 2005] Scollan N, Richardson I, De Smet S,
et al. Enhancing the content of beneficial fatty acids in beef
and consequences for meat quality. In: Indicators of milk and beef
quality, EAAP Publications no 112 (editors JF
Hocquette and S. Gigli), Wageningen Academic Publishers, 2005, pp
151-62.
|