ARTICLE
Auteur(s) : Lionel
Lafay, Éric Verger
Observatoire des consommations alimentaires
— épidémiologie nutritionnelle, PASER/DERNS/Afssa, 27-31,
avenue du Général-Leclerc, 94701 Maisons-Alfort cedex,
France
Si les apports en lipides totaux et ceux en acides gras saturés
(AGS), mono-insaturés (AGMI), poly-insaturés (AGPI) de la
population sont relativement bien documentés (Afssa, 2009 ; Astorg
et al., 2004 ; Féart et al., 2007 ; Razanamahefa
et al., 2005), l’origine de ces apports selon leur source
(animale ou végétale) l’est moins.
À l’aide des données recueillies dans le cadre de la seconde
étude individuelle nationale des consommations alimentaires (étude
INCA2), il a été possible d’évaluer pour chaque participant la
quantité de lipides consommés en tenant compte de son origine
(animale ou végétale), après notamment décomposition des plats
composés et des aliments complexes en ingrédients. Ce travail
n’avait pas pu être réalisé à l’aide des données de la première
étude nationale des consommations alimentaires (étude INCA1), mais
un travail préliminaire d’identification des aliments sources de
lipides d’origine animale et d’origine mixte (sans pouvoir
précisément identifier la part de chaque origine) avait été
cependant réalisé.
Les objectifs du présent travail sont, d’une part, de présenter
les apports en lipides d’origine animale dans la population
française ainsi que leurs vecteurs en 2006-2007 et, d’autre part,
de présenter l’évolution des apports de lipides d’origines animale
et mixte entre 1998-1999 et 2006-2007.
Population et méthodologie
Population
L’étude INCA2 s’est déroulée en trois vagues entre fin 2005 et
avril 2007 afin de tenir compte des variations saisonnières (Afssa,
2009). Elle a inclus 2 624 adultes (18-79 ans) et
1 455 enfants (3-17 ans).
La sélection des participants a été réalisée selon un plan de
sondage à trois degrés, stratifié selon le degré d’urbanisation et
la région : tirage d’unités primaires (UP) au premier degré, puis
de logements au deuxième degré, puis d’un individu au sein du
logement pour le troisième degré. La base de sondage utilisée
pour tirer les logements est le recensement général de la
population de 1999 (RP99) de l’Institut national de la statistique
et des études économiques (Insee), complété par les bases BSLN
(base de sondage des logements neufs) et SITADEL (système
d’information et de traitement automatisé des données élémentaires
sur les logements et les locaux) pour les logements construits
après 1999. La méthodologie du plan de sondage et le tirage
des fiches adresses ont été réalisés par l’Insee.
Méthodes
Deux populations distinctes ont été incluses dans l’étude : les
enfants de 3 à 17 ans et les adultes de 18 à 79 ans.
Le recrutement des participants par les enquêteurs a été
effectué par téléphone (si le numéro du logement tiré au sort a pu
être trouvé) ou en face-à-face. Il a consisté à entrer en
contact avec le foyer, à expliquer l’étude, à établir la
composition du foyer et à effectuer le tirage au sort de la
personne participante. Une fois l’accord de participation
recueilli, l’enquêteur effectuait deux visites au domicile des
participants : la première pour déposer l’ensemble des documents à
remplir et à expliquer avec précision la manière de les remplir ;
la seconde pour récupérer ces documents, en contrôler le
remplissage et poser un questionnaire informatisé. Par ailleurs,
des appels de soutien ou de relance étaient effectués entre les
deux visites pour s’assurer du bon déroulement de l’étude.
Le recueil des consommations alimentaires a été réalisé avec un
carnet de consommation de sept jours consécutifs. Chaque journée
était décomposée en trois repas et trois prises inter-repas. Pour
chaque prise ou repas, le participant devait décrire le détail de
tous les aliments et boissons consommés, estimer la quantité
consommée à l’aide d’un manuel de photographies de portions ou de
mesures ménagères ou encore de grammages ou de volumes unitaires et
indiquer les informations sur le type de produit (industriel/fait
maison, frais/conserve/surgelé, enrichi/allégé/ou non).
En plus des données de consommations alimentaires, l’étude a
également recueilli au moyen d’un questionnaire autoadministré des
informations qualitatives relatives à l’utilisation de matières
grasses pour différentes préparations (cuisson des viandes, des
poissons, assaisonnement des féculents, des légumes, assaisonnement
des crudités, etc.) qui ont été répercutées dans les carnets de
consommation pour les repas pris au domicile, lorsque la
description des plats ne permettait pas de le savoir.
Les informations recueillies sur les carnets de consommation
alimentaire ont été vérifiées et harmonisées par des
diététiciennes.
La codification des aliments a reposé sur une nomenclature créée
spécifiquement pour l’étude, comportant 1 280 items classés en
43 groupes et compatible avec celle de la composition
nutritionnelle des aliments du Centre d’information sur la qualité
des aliments (Ciqual) de l’Afssa (Afssa, 2008).
Une table de recettes décomposant les aliments composés ou
complexes en ingrédients de la nomenclature a été réalisée. Elle
comporte 617 aliments qui sont décomposés en 1 241 ingrédients
qui disposent donc tous d’un vecteur nutritionnel. Pour chaque
aliment ou ingrédient a été attribuée une origine : animale ou
végétale.
Les apports nutritionnels moyens ont ainsi pu être obtenus en
croisant les données de consommation avec les données de
composition nutritionnelle de la table du Ciqual. Les apports
en lipides d’origine animale ont ainsi été évalués pour chaque
individu. Le ratio entre apports lipidiques d’origine animale
et lipides totaux a permis de définir pour chaque individu la part
des lipides d’origine animale dans sa ration lipidique quotidienne.
L’origine animale a, par ailleurs, été décomposée en 14
contributeurs majeurs : volaille, porc, mouton, veau, bœuf, lapin,
œufs, beurre, lait, fromages, crème fraîche, autres produits
laitiers, produits de la mer et autres.
Lors de l’étude INCA1, les aliments vecteurs de lipides
d’origine animale ou mixte avaient été identifiés en distinguant
dix sources majeures : volaille, porc, veau, mouton, bœuf, lapin et
autres viandes, œufs, lait et dérivés, produits de la mer et
autres. Cette classification a également été appliquée aux données
de l’étude INCA2 afin d’étudier l’évolution des apports en lipides
d’origine animale et mixte.
Afin de se rapprocher le plus possible de la répartition de la
population française, un redressement par calage sur marges a été
effectué sur les deux sous-échantillons « adultes » et « enfants »
en tenant compte de la région, de la taille d’agglomération, de la
taille du ménage, du sexe, de l’âge, de la profession et de la
catégorie sociale du chef de ménage et de la saison d’enquête.
Les données sont présentées indépendamment chez les adultes
(18-79 ans) et les enfants (3-17 ans), globalement et par
sexe. Les apports en lipides d’origine animale, bruts et
relatifs (apports lipidiques d’origine animale/apports lipidiques
totaux) sont également présentés par classes d’âge.
Les analyses ont été conduites sous SAS 9.1 à l’aide de la
procédure surveymeans afin de prendre en compte le plan de sondage
de l’étude.
Les participants adultes de l’étude INCA2 (n = 706)
qui ont, volontairement ou non, sous-estimé leurs apports
caloriques ont été identifiés selon le critère de Goldberg (1991)
et adapté par Black (2000) et exclus des analyses portant sur les
consommations alimentaires et les apports nutritionnels.
Les enfants (n = 11) dont les apports étaient
également trop bas au regard de la distribution par âge et par sexe
ont été également exclus.
Résultats
Le tableau 1 présente les apports en
calories avec et sans alcool, lipides, protides, glucides, alcool
et en AGS, AGMI et AGPI chez les adultes et les enfants.
Les adultes consomment en moyenne 2 066 kcal/j, hors
alcool, apport plus élevé chez les hommes que chez les femmes
d’environ 30 %. Les enfants ont un apport calorique moyen
proche de 1 770 kcal/j, avec un apport majoré de 16 %
chez les garçons par rapport aux filles. Les hommes consomment
davantage de lipides (100 vs 80 g/j) et les garçons que les
filles (80 vs 69 g/j). La contribution des lipides aux
apports caloriques est cependant plus élevée chez les femmes (39,6
%) que chez les hommes (38,5 %) et ne diffère pas entre les filles
et les garçons (38,0 %). Les adultes consomment en moyenne
32,0 g/j d’AGMI, 13,4 g/j d’AGPI et 36,4 g/j d’AGS.
Ces valeurs sont significativement plus élevées chez les
hommes que chez les femmes. Chez les femmes, la part des AGPI au
sein des acides gras totaux est significativement plus élevée alors
que celle des AGMI est identique et celle des AGS moins élevée que
chez les hommes. Chez les enfants, les apports bruts des trois
types d’acides gras sont significativement plus élevés chez les
garçons, mais les apports relatifs sont similaires. Par rapport aux
adultes, la part des AGS est globalement plus élevée chez les
enfants alors que celles des AGMI et surtout des AGPI sont plus
basses.
Les quantités brutes de lipides animaux et leur contribution aux
lipides totaux sont présentées par sexe et par classes d’âges dans
le tableau 2. Chez l’enfant, l’apport en
lipides d’origine animale est en moyenne proche de 47,3 g/j,
soit 63,5 % de l’apport lipidique total. Cet apport est plus élevé
chez les garçons que chez les filles d’environ 8 g/j. L’apport
brut en lipides animaux augmente avec l’âge mais de manière plus
marquée chez les garçons. La part des lipides animaux au sein
des lipides totaux reste stable chez les garçons (64 % en moyenne),
alors qu’elle tend à diminuer avec l’âge chez les filles (de 64,0 %
chez les 3 à 10 ans à 59,4 % chez les 15 à 17 ans). Ainsi, la
part des lipides animaux au sein des lipides totaux, similaire
entre garçons et filles jusqu’à 14 ans, devient ensuite
significativement supérieure chez les garçons.
Chez l’adulte, l’apport en lipides d’origine animale est en
moyenne proche de 56 g/j, soit 63 % de l’apport lipidique
total. Quelle que soit la tranche d’âge, les apports bruts et
relatifs sont systématiquement supérieurs chez les hommes : dans
l’ensemble, les hommes consomment 65,0 g/j de lipides
d’origine animale (soit 65 %) et les femmes 48,6 g/j (soit
61,2 %). L’apport brut en lipides d’origine animale tend à diminuer
dans la classe d’âge 55-79 ans, aussi bien chez les hommes que
chez les femmes.
La figure 1
montre les groupes d’aliments contributeurs aux apports en lipides
d’origine animale chez les filles, les garçons, les femmes et les
hommes. Quels que soient le sexe et l’âge, le beurre est le
principal vecteur de lipides animaux : il contribue à 28 % de la
ration des hommes, à 30 % de celle des garçons et à 32 % de celle
des filles et des femmes. Le deuxième groupe vecteur est celui
des fromages qui apportent 16 et 19 % des apports en lipides
d’origine animale des hommes et des femmes et 13 % de ceux des
enfants. Chez les garçons, ce groupe partage sa deuxième place avec
la viande de porc (yc jambon et charcuteries). Chez les filles et
les adultes, la viande de porc est le troisième vecteur et
contribue à respectivement 11, 12 et 16 % des apports des filles,
des femmes et des hommes. Le lait apporte 11 % des lipides
animaux des enfants, ce qui en fait le quatrième vecteur, alors que
chez l’adulte sa contribution est diminuée de moitié, ce qui en
fait une source moins importante que la viande de bœuf et
équivalente aux aliments de type yaourts, fromages blancs, etc.
Globalement, le lait et les produits dérivés du lait apportent
entre 66 % des lipides animaux (chez les filles) et 60 % (chez les
hommes). Les viandes, quant à elles, contribuent entre 30 %
(chez les garçons) et 27 % (chez les filles) des apports.
Les œufs apportent en moyenne entre 4 et 5 % des lipides
animaux et les produits de la mer (poissons, coquillages,
crustacés) entre 1 % (chez les enfants) et 3 % (chez les
femmes).
S’il n’était pas possible de comparer les apports en lipides
d’origine exclusivement animale entre INCA1 et INCA2, il était
possible de comparer les apports d’origine animale ou mixte
(incluant par exemple les apports lipidiques totaux des
pâtisseries, des tartes salées, etc. et autres préparations à base
de lipides animaux et végétaux). Par comparaison avec les apports
en lipides d’origine exclusivement animale (tableau 1), ce groupe mixte contient en moyenne
entre 8 et 9 g de lipides supplémentaires. La figure 2 montre qu’entre
les deux études, les apports en lipides animaux ou mixtes ont
baissé en moyenne de 14 %, de manière un peu plus marquée chez les
femmes et les filles (17 %) que chez les hommes et les garçons (12
et 13 %).
Tableau 1 Apports en calories, en lipides, en protides,
en glucides, en acides gras saturés, mono-insaturés et
poly-insaturés chez les adultes (18-79 ans) et les enfants
(3-17 ans) de l’étude INCA2 (2006-2007) — moyenne ±
écart-type.
|
Adultes
|
Enfants
|
|
Hommes
|
Femmes
|
Ensemble
|
Garçons
|
Filles
|
Ensemble
|
|
AESA (kcal/j)
|
2 348 ± 582
|
1 809 ± 416
|
2 066 ± 558
|
1 897 ± 537
|
1 635 ± 405
|
1 770 ± 490
|
|
AET (kcal/j)
|
2 500 ± 598
|
1 855 ± 426
|
2 162 ± 596
|
1 904 ± 540
|
1641 ± 407
|
1 777 ± 492
|
|
Lipides (g/j)
|
100 ± 28
|
80 ± 21
|
89 ± 26
|
80 ± 25
|
69 ± 18
|
75 ± 22
|
|
Lipides (% AESA)
|
38,5 ± 6,1
|
39,6 ± 5,3**
|
39,1 ± 5,7
|
38,0 ± 4,9
|
38,1 ± 4,9
|
38,0 ± 4,9
|
|
AGMI (g/j)
|
35,7 ± 11,0
|
28,6 ± 8,5
|
32,0 ± 10,2
|
28,3 ± 9,7
|
24,2 ± 7,1
|
26,3 ± 8,7
|
|
AGMI (% AGT)
|
39,1 ± 5,2
|
39,2 ± 5,0
|
39,2 ± 5,0
|
38,6 ± 4,2
|
38,3 ± 4,2
|
38,4 ± 4,2
|
|
AGPI (g/j)
|
14,5 ± 6,3
|
12,3 ± 5,0
|
13,4 ± 5,7
|
10,7 ± 5,0
|
9,5 ± 4,1
|
10,1 ± 4,6
|
|
AGPI (% AGT)
|
16,0 ± 5,8
|
16,9 ± 5,0**
|
16,5 ± 5,3
|
14,6 ± 4,9
|
14,9 ± 4,4
|
14,7 ± 4,6
|
|
AGS (g/j)
|
41,2 ± 14,3
|
32,1 ± 9,9
|
36,4 ± 12,7
|
34,2 ± 11,3
|
29,6 ± 8,3
|
32,0 ± 10,1
|
|
AGS (% AGT)
|
44,8 ± 6,8
|
44,0 ± 6,0*
|
44,4 ± 6,4
|
46,7 ± 5,5
|
46,9 ± 5,5
|
46,8 ± 5,5
|
|
Protides (g/j)
|
100 ± 26
|
74 ± 17
|
86 ± 25
|
73 ± 22
|
62 ± 16
|
68 ± 20
|
|
Protides (% AESA)
|
17,2 ± 2,9
|
16,7 ± 2,8
|
16,9 ± 2,8
|
15,6 ± 2,5
|
15,3 ± 2,3
|
15,4 ± 2,4
|
|
Glucidesa (g/j)
|
262 ± 85
|
199 ± 57
|
229 ± 76
|
221 ± 71
|
192 ± 58
|
207 ± 66
|
|
Glucidesa (% AESA)
|
44,3 ± 7,1
|
43,8 ± 5,9
|
44,0 ± 6,4
|
46,5 ± 5,5
|
46,7 ± 5,5
|
46,6 ± 5,5
|
|
Alcool (g/j)
|
21,0 ± 22,4
|
5,7 ± 8,1
|
13,0 ± 17,3
|
0,3 ± 2,6
|
0,2 ± 1,4
|
0,3 ± 2,0
|
|
Alcool (% AET)
|
5,9 ± 6,2
|
2,1 ± 2,9
|
3,9 ± 4,9
|
0,1 ± 0,8
|
0,1 ± 0,5
|
0,1 ± 0,7
|
Tableau 2 Apports en lipides d’origine animale en
grammes par jour (g/j) et en pourcentage (%) de la ration lipidique
totale par sexe et par classe d’âge chez les participants à l’étude
INCA2 (2006-2007).
|
|
Garçons
|
Filles
|
Ensemble
|
|
3-10 ans
|
g/j
|
47,6 ± 14,9
|
42,7 ± 12,3
|
45,3 ± 14,0
|
|
%
|
64,4 ± 11,0
|
64,0 ± 11,4
|
64,2 ± 11,2
|
|
11-14 ans
|
g/j
|
54,6 ± 16,1
|
46,1 ± 16,0
|
50,4 ± 16,6
|
|
%
|
64,7 ± 11,0
|
64,1 ± 10,9
|
64,0 ± 11,1
|
|
15-17 ans
|
g/j
|
56,8 ± 23,3
|
40,4 ± 14,3
|
48,4 ± 20,8
|
|
%
|
63,1 ± 12,1
|
59,4 ± 13,8**
|
61,2 ± 13,1
|
|
Ensemble
|
g/j
|
51,2 ± 17,6c
|
43,1 ± 14,0 ,b
|
47,3 ± 16,5c
|
|
%
|
64,2 ± 11,2
|
62,8 ± 12,0*,c
|
63,5 ± 11,6c
|
|
|
Hommes
|
Femmes
|
Ensemble
|
|
18-34 ans
|
g/j
|
67,8 ± 19,7
|
49,0 ± 17,4
|
56,5 ± 20,5
|
|
%
|
65,6 ± 10,8
|
61,2 ± 12,3
|
62,9 ± 11,9
|
|
35-54 ans
|
g/j
|
67,4 ± 24,8
|
49,7 ± 17,3
|
57,7 ± 22,8
|
|
%
|
65,2 ± 12,8
|
62,0 ± 12,2**
|
63,5 ± 12,6
|
|
55-79 ans
|
g/j
|
61,4 ± 20,6
|
46,7 ± 16,6
|
54,9 ± 20,3
|
|
%
|
63,9 ± 13,4
|
60,1 ± 14,9**
|
62,2 ± 14,2
|
|
Ensemble
|
g/j
|
65,0 ± 22,2c
|
48,6 ± 17,2 ,a
|
56,4 ± 21,4a
|
|
%
|
64,8 ± 12,6
|
61,2 ± 13,1
|
62,9 ± 13,0
|
Discussion
Les analyses effectuées présentent certaines limites. Tout d’abord,
comme dans toute enquête alimentaire, même si les personnes dont
les apports caloriques sont sous-évalués de manière quasi certaine
sont exclues de l’analyse, il reste très probablement une part de
sous-estimation non identifiée. Celle-ci peut concerner certains
aliments de manière différentielle, notamment ceux riches en
graisses. Ensuite, comme dans toute enquête alimentaire par
enregistrement, on ne peut exclure une modification du comportement
des participants pendant l’étude. Enfin, des erreurs de saisie et
de codification des aliments sont possibles. En lien avec la
décomposition des plats composés et des aliments complexes en
ingrédients, il n’était pas toujours possible de distinguer les
différences possibles dans leur préparation ou leur origine. Dans
la majorité des cas, une recette moyenne a été utilisée.
L’étude INCA2 est cependant la première étude nationale à
présenter les apports lipidiques selon leur origine.
Les lipides d’origine animale représentent en moyenne entre 59
et 66 % des apports lipidiques totaux selon le sexe et la classe
d’âge. Dans le rapport de l’étude d’imprégnation par les dioxines
des populations vivant à proximité d’usines d’incinération
d’ordures ménagères (InVS, 2009), les apports en lipides d’origine
animale de 1 030 personnes âgées de 30 à 65 ans ont été
estimés à 68 g/j, soit 64 % de l’apport lipidique total. Bien
que cette population soit très différente de celle de l’étude
INCA2, avec notamment une sur-représentation des personnes vivant
en milieu semi-rural, pratiquant l’autoconsommation, et une méthode
d’enquête différente (questionnaire de fréquence), les estimations
sont très proches.
Cette estimation peut également être rapprochée de celle
effectuée sur la cohorte de femmes françaises de l’étude EPIC pour
les apports protéiques, montrant que 66 % de ces apports
proviennent d’aliments animaux (Halkjær et al., 2009).
Une comparaison des apports lipidiques d’origine animale n’était
pas possible entre INCA1 et INCA2 pour plusieurs raisons : la
décomposition des recettes lors de l’étude INCA1 n’avait pas été
aussi fine que celle réalisée lors d’INCA2, d’où une part
d’incertitude sur l’origine des lipides. De plus, lors
d’INCA2, la consommation des matières grasses ajoutées lors de la
préparation des plats ou lors de leur service a été améliorée par
l’utilisation d’un questionnaire ne permettant pas de comparer les
consommations de matières grasses ajoutées entre les deux études.
L’évolution des apports lipidiques d’origine animale ou mixte
montre une baisse en moyenne de 14 %, un peu plus marquée dans la
population féminine (17 %). L’évolution des consommations des
groupes de produits animaux montre également des baisses. En effet,
la consommation de lait a diminué de 24 % chez les adultes entre
INCA1 et INCA2, celle des fromages de 14 %, celle des viandes de
type bœuf, veau, porc, mouton de 10 % (Afssa, 2009 ; Dubuisson
et al., 2009). Ces baisses ont été plus marquées chez les
femmes : –31 % pour le lait, –18 % pour les fromages et les
viandes. Chez les enfants de 3 à 14 ans, les consommations de
lait, de fromages et de viandes (bœuf, veau, porc, mouton) ont
également baissé entre 14 et 19 % (Afssa, 2009 ; Lioret
et al., 2009).
Ces baisses de consommation observées sont plus marquées que
celles observées sur les lipides d’origine animale ou mixte pour
deux raisons. Tout d’abord, ce groupe contient environ 10 à 12 % de
graisses d’origine végétale. Ensuite, d’autres groupes d’aliments
susceptibles de contenir des graisses d’origine animale ont vu leur
consommation augmenter : la consommation des glaces et desserts
glacés a notamment augmenté de 21 % chez les enfants de
3-14 ans, de 30 % chez ceux de 15-17 ans et de 32 % chez
les adultes ; celle des chocolats et barres chocolatées a augmenté
de 54 % chez les 15 à 17 ans, et de 58 % chez les adultes
(Afssa, 2009).
L’étude INCA2 a permis d’évaluer la part des lipides d’origine
animale dans l’alimentation de la population française.
Ces informations seront utiles à la fois d’un point de vue de
la sécurité sanitaire en lien avec les substances toxiques
véhiculées par les graisses (dioxines ou PCB par exemple), mais
également d’un point de vue nutritionnel afin d’évaluer les
stratégies d’amélioration des apports en certains nutriments, par
exemple en acide oméga-3.
Références
[Afssa] Afssa. Rapport de l’étude individuelle nationale des
consommations alimentaires 2 (INCA2). Coord : L Lafay. Février
2009. http://www.afssa.fr/Documents/PASER-Ra-INCA2.pdf.
[Afssa] Afssa. Table de composition nutritionnelle des aliments.
Ciqual, 2008. URL : http://www.afssa.fr/TableCIQUAL/.
[Astorg et al., 2004] Astorg P, Arnault N,
Czernichow S, Noisette N, Galan P, Hercberg S.
Dietary intakes and food sources of n-6 and n-3 PUFA in French
adult men and women. Lipids 2004 ; 39 : 527-35.
[Black, 2000] Black AE. Critical evaluation of energy
intake using the Goldberg cut-off for energy intake: basal
metabolic rate. A practical guide to its calculation, use and
limitations. Int J Obes Relat Metab Disord 2000 ; 24 :
1119-30.
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