ARTICLE
Auteur(s) : Jérôme Lecomte
CIRAD, UMR IATE, Montpellier, F-34398 France
Introduction
Le terme anglo-saxon wax tire son origine du vieil anglais weax qui
signifie littéralement « nid d’abeille ». En ce sens, le terme de
cire a été très longtemps indissociable de la cire d’abeille, un
solide jaunâtre, hydrofuge et insoluble dans l’eau, cassant à
froid, malléable à chaud et fondant à une température d’environ
63 °C.
Par extension, toute substance similaire en consistance,
apparence ou composition à la cire d’abeille pouvait être qualifiée
de cire, comme c’est le cas notamment dans les secteurs aussi
variés que la cosmétique, la protection du bois ou encore les
bougies. Aujourd’hui, si la stricte définition chimique du mot cire
correspond à un ester d’alcool et d’acide gras, une définition plus
large et commune aux biologistes et botanistes pourrait se résumer
à « un mélange de lipides apolaires à longue chaîne ». Ainsi une
cire peut être constituée de lipides très divers parmi lesquels
hydrocarbures, esters, aldéhydes, alcools et acides gras font
partie des plus courants.
Au terme cire peuvent donc être associées plusieurs définitions
suivant les utilisateurs, les usages et les contextes dans lesquels
ce terme est employé.
Origine et nature des cires
Les cires sont de nature, de composition et d’origine extrêmement
variées [1, 2]. Elles peuvent être, en première approche, réparties
en deux grands groupes, celui des cires naturelles, minérales ou
organiques et celui des cires artificielles ou synthétiques.
Dans le premier groupe, on peut distinguer deux types de cires
minérales suivant leur composition. Ainsi l’ozocérite, extraite de
la lignite, et les paraffines issues du raffinage du pétrole sont
constituées exclusivement d’hydrocarbures linéaires ou ramifiés. En
revanche, les cires montaniques, qui sont de véritables cires
végétales fossilisées, sont constituées principalement d’esters,
d’acides et d’alcools gras.
Les cires organiques, par opposition aux cires minérales, sont
synthétisées par des organismes vivants. Il pourra s’agir de
micro-organismes comme des algues, des champignons ou des bactéries
et les lipides secrétés sont alors de nature très complexe.
La plupart des espèces animales produisent également des cires
que l’on retrouvera au niveau de la cuticule chez les insectes, de
la peau ou des poils chez les mammifères (lanoline, céramides), ou
encore des plumes chez les oiseaux (lipides de la glande
uropygiale).
Enfin, dans ce premier groupe, les plantes terrestres tiennent
une place essentielle. En effet, toutes leurs parties aériennes,
feuilles, tiges, fleurs et fruits, sont couvertes de cires, ce qui
fait vraisemblablement de ces dernières une des sources de lipides
les plus abondantes sur terre.
Dans le deuxième groupe, les cires artificielles peuvent
désigner entre autres (i) des esters synthétisés à partir d’acides
gras à longue chaîne (saturée ou non) et d’alcools divers parfois
d’origine végétale (ii) les produits d’hydrogénation et/ou de
métathèse d’huiles végétales.
Enfin, le terme de cires synthétiques se réfère d’avantage à des
paraffines issues de la synthèse de Fisher-Tropsh, ou à des
polymères de faible masse molaire de type polyéthylène (PE) ou
polypropylène (PP), oxydés ou non.
Le marché des cires : un secteur en pleine
croissance et évolution
En 2005, le marché mondial des cires, toutes natures confondues,
était estimé à un volume d’environ 4,3 millions de tonnes pour
une valeur de près de 6 milliards d’euros [3].
Malgré sa taille modeste, comparée aux huiles végétales, le
secteur des cires se caractérise par une croissance annuelle
soutenue approchant les 6 points en 2005 et un nombre
d’acteurs économiques (producteurs, transformateurs) supérieur à la
centaine.
En termes de répartition, les paraffines d’origine fossile
représentent 75-77 % de la production mondiale. Leur destination
principale reste le secteur des bougies et chandelles avec 48,8 %
des parts, suivi par les secteurs de l’emballage (14,8 %), de
l’imperméabilisation des bois (9,9 %) et des isolants (3 %), pour
les plus significatifs [3].
Si avec 10 % de la demande globale et 18-20 % de la production,
les cires artificielles et synthétiques arrivent en deuxième
position [3], elles ne cessent de gagner des parts de marché sur
les paraffines fossiles dont le déclin s’est amorcé il y a une
dizaine d’années.
Finalement, la production de cires naturelles apparaît comme
relativement marginale avec à peine 3 % du marché dont environ 2 %
reviennent aux cires végétales.
En termes de répartition, les États-Unis représentaient en
2005 plus du tiers marché mondial avec 34,1 %, alors que les
parts de l’Europe et de l’Asie-Pacifique étaient très similaires,
avec 24,0 % et 23,6 % respectivement [3].
Les cires végétales
L’origine cuticulaire des cires végétales
À l’exception de quelques cas particuliers, les cires végétales
sont produites et localisées à la surface des parties aériennes des
plantes, au niveau de leur cuticule. Cette dernière constitue une
véritable interface entre les plantes et leur environnement et
remplit diverses fonctions physiologiques et écologiques [4].
Ainsi, la cuticule intervient dans le contrôle de la perte en eau
et donc de la concentration et du transport des solutés au sein de
la plante. Elle constitue une protection contre les agressions
environnementales (sécheresse, température, UV…) ou mécaniques et
une barrière efficace contre les infections fongiques ou
bactériennes. Par ailleurs, la présence d’une fine couche lipidique
à sa surface, permet à la plante d’éviter les rétentions d’eau et
d’éliminer les dépôts de poussière, de pollen ou encore de
polluants. Enfin, de nombreux éléments mettent en évidence le rôle
essentiel de la cuticule dans les interactions plante-insecte.
Structure et constitution de la cuticule
La cuticule dans son ensemble est constituée de trois parties [5-7]
: (i) la cuticule proprement dite, formée de cutine, un polyester
d’acides gras hydroxylés, (ii) une couche cuticulaire assurant le
lien entre la cuticule et la paroi cellulaire sous jacente et (iii)
un dépôt de cires épicuticulaires, à la surface de la cuticule.
Le terme épicuticulaire fait opposition au
terme intracuticulaire qui qualifie les cires présentes dans
les deux premières parties.
Les cires épicuticulaires forment généralement un film amorphe à
la surface de la plante et parfois des structures organisées
appelées cristalloïdes [8] dont le type est relié à la présence
prépondérante d’une ou plusieurs familles de composés lipidiques.
Ainsi, les tubules (figure 1) que l’on
rencontre dans les cires de poaceae et de berberidaceae, sont des
cristalloïdes associés aux mélanges de diols et de nonacosane-10-ol
(Type I) ou de β-dicétones et d’hydroxy-β-dicétones (Type II)
[9].
En revanche, les cristalloïdes de type plaquette
caractéristiques d’Eucalyptus sp, seront plutôt riches en alcools
primaires, voire en triterpénoïdes. Les plaquettes ne sont pas
disposées de façon aléatoire à la surface de la cuticule et l’on
pourra les trouver, entre autres, sous forme de rosettes, d’amas
compacts ou de lignes parallèles [8].
Principaux constituants des cires de cuticules
végétales
Les cires cuticulaires végétales sont essentiellement constituées
de composés aliphatiques que l’on peut répartir schématiquement en
deux groupes. Dans le premier, on y trouvera les composés les plus
communs de type alcane (C19-C37), ester
(C30-C60), acide
(C12-C36), alcool primaire
(C12-C36) et aldéhyde
(C14-C34) qui ne sont pas forcément dominants
lorsque présents. Pour mémoire, la cire de feuille de pois (Pisum
sativum L., cultivar avanta) contient plus de 40 % d’alcanes [10],
les cires de graine de sorgho (Sorghum bicolor) 55 % d’aldéhydes
[11, 12] et la cire de coque de graine de tournesol presque 70 %
d’esters [13].
Le deuxième groupe, en revanche, concerne des composés plus
rares comme les cétones (C25-C33), les
alcools secondaires (C21-C33) ou les
β-dicétones (C27-C35) qui sont le plus
souvent majoritaires dans les cires qui en contiennent. À titre
d’exemples, la teneur pondérale en cétones et hydroxy-cétones est
environ 65 % dans la cire de feuille d’Annona squamosa [14], tandis
que pour les feuilles de Leymus arenarius, ce sont des β-dicétones
et hydroxy-β-dicétones qui prédominent avec 64 % [9]
D’autres éléments mineurs, non aliphatiques sont également
rencontrés. Il s’agit de composés cycliques ou polycycliques
regroupés sous le terme de triterpénoïdes et présents sous forme
d’alcool (stérols, α-amyrin, β-amyrin, lupeol, erythrodiol…) ou
d’acides (ursolique, olénolique…).
Cette diversité va dépendre de très nombreux facteurs comprenant
le type de cire (épi- ou intracuticulaire), la partie de la plante
considérée (feuille, tige, fruit…), l’espèce végétale, l’age, la
saison ou encore les conditions agro-climatiques.
Ainsi, les cires de feuilles de Prunus laurocerasus seront
exclusivement aliphatiques s’il s’agit de la fraction
épicuticulaire alors que les triterpénoïdes seront les constituants
principaux (63 %) de la fraction intracuticulaire [15]. Par
ailleurs, les cires épicuticulaires de feuilles peuvent avoir une
composition radicalement différente suivant si elles proviennent de
la face abaxiale ou adaxiale, comme cela a pu être observé dans le
cas du pois [10] (71 % d’alcools primaires pour la face adaxiale
contre 73 % d’alcanes pour l’abaxiale).
Enfin, Martins et al. [16] en prenant l’exemple des cires
cuticulaires de feuilles de chênes, ont parfaitement illustré
l’influence de l’espèce (Quercus suber vs Quercus ilex) et de l’age
des individus sur cette composition.
Les cires végétales d’importance économique
Il existe à l’heure actuelle de nombreuses cires végétales
naturelles disponibles sur le marché mais seules quelques unes sont
produites en quantités significatives et par des filières stables
et bien organisées. Ces cires proviennent essentiellement de
plantes dédiées à leur production ou constituent des sous-produits
d’industries agroalimentaires. Il pourra s’agir par exemple de
cires issues du raffinage d’huiles végétales (tournesol, son de
riz) ou celles extraites de co-produits végétaux comme les cires de
canne à sucre. On pourra noter également les cires issues de
plantes à fibres textiles ou papetières comme le kenaf (Hibiscus
cannabinus), le lin (Linum usitatissimum) ou le chanvre (Cannabis
sativa L.).
Cependant, les trois cires les plus emblématiques de part
l’importance de leur production ou la diversité de leurs
utilisations, sont vraisemblablement les cires de Carnauba
(Copernicia cerifera, Copernicia prunifera), de Candellila
(Euphorbiacea antisyphilitica, Euphorbiacea cerifera) et de Jojoba
(Simmondsia chinensis), que nous nous proposons de passer en revue
ci-après.
La cire de Carnauba
Le Carnauba (Copernicia cerifera, Copernicia prunifera) est un
palmier extrêmement courant dans le nord-est du Brésil dont la
cire, à la surface de ses palmes, est exploitée à grande échelle
depuis le XIXe siècle. À cette époque déjà, la cire
de Carnauba trouvait de nombreuses applications, notamment dans la
fabrication des cylindres de phonographe comme en atteste le brevet
de Charles S. Tainter en 1890 [17].
Qualifiée de « reine des cires » en raison de sa composition et
de ses propriétés uniques, elle représente, en volume, plus de 60 %
du marché des cires végétales. La quasi-totalité de la
production annuelle mondiale, soit environ 15 000 tonnes,
est assurée par le Brésil sur d’immenses surfaces. Cette production
extensive fait de la cire de Carnauba un produit relativement
onéreux, de l’ordre de 6,5 $US le kilo en 2008 pour une
cire raffinée de qualité alimentaire (Type1).
En termes de propriétés, la cire brute de Carnauba est jaunâtre
à légèrement brune, extrêmement dure et cassante avec un point de
fusion compris entre 80 °C et 86 °C.
- Elle est composée à 80-90 % d’esters associant :
- – des acides (C24-C28) et des
alcools (C30-C34) aliphatiques ;
- – aux acides et alcools précédents, des β-hydroxy-acides
(C22-C28) et des diols
(C24-C34) ;
- – des diols (C24-C34) et l’acide
p-méthoxy-cinnamique.
Les autres composés minoritaires sont des alcools et acides
libres, des alcanes et des résines.
Cette composition particulière se traduit par des indices de
saponification et d’esters élevés (respectivement 78 à
95 et 71 à 93), un indice d’acide faible (2 à 7) et
un indice d’iode autour de 10.
En termes d’applications, la cire de Carnauba s’utilise souvent
en association avec la cire d’abeille dans une multitude de
produits comme :
- – les cirages pour chaussures, parquet et meubles où un
film brillant et résistant est recherché ;
- – les cosmétiques, et tout particulièrement les rouges à
lèvres, où un maintien de la consistance est nécessaire à
température élevée ;
- – les produits alimentaires où elle sert d’agent
d’enrobage ou de texture (E903), notamment dans les
chewing-gums.
Enfin, la cire de Carnauba pourra se rencontrer également dans
des domaines beaucoup plus inattendus comme les industries
électronique et papetière.
La cire de Jojoba
Le Jojoba (Simmondsia chinensis, Simmondsia californica) est un
arbuste pérenne à feuillage persistant, de 2 à 2,5 de
haut, originaire des régions semi-arides du nord-ouest du Mexique
et du sud-est des États-Unis (déserts de Sonara et Baja). Pendant
des siècles, les indiens ont utilisé ses graines comme source de
protéines alimentaires et d’huile aux vertus hydratante et
cicatrisante, et ce n’est qu’à la fin du XVIIIe siècle
que des pères jésuites espagnols en relate l’existence.
Il faut attendre les années 1960 pour voir les premiers
essais de production de Jojoba dans l’état de Californie. Au début
des années 1970, l’abolition de la chasse à la baleine par les
États-Unis et la mise en évidence en 1933, par Foster et Greene
[18], des similitudes physico-chimiques entre le spermaceti (blanc
de baleine) et la cire de Jojoba, propulse cette dernière sur le
devant de la scène. Depuis, sa culture n’a cessé de s’étendre à
d’autres pays, malgré de nombreux échecs liés à de fortes
contraintes agro-climatiques. En 2007, la production mondiale de
graine de Jojoba a été estimée à environ 5 400 tonnes
(soit près de 2 500 tonnes d’équivalents huile) se
répartissant principalement entre l’Argentine (45 %), Israël (28
%), le Pérou (15 %) et les États-Unis (7 %) [19].
La cire de Jojoba a la triple particularité de provenir d’une
graine (et non de cuticule), d’être liquide à température ambiante
et d’avoir une teneur exceptionnellement élevée en esters, autour
de 97 %. Elle est obtenue avec un rendement massique de 43-60 %,
sous forme d’un liquide légèrement jaunâtre et inodore.
Comme le montrent les tableaux 1 et
2, les esters sont représentés à plus de 80 % par des
composés à 40 et 42 atomes de carbone, constitués
d’acides et d’alcools gras mono-insaturés comportant 18 à
24 atomes de carbone. L’acide C20:1 est le plus abondant
des acides (73 %), tendis que pour les alcools, le C20:1 et le
C22:1 ont une teneur équivalente comprise entre 45 % et 47
%.
Composée quasi exclusivement d’esters insaturés, la cire de
Jojoba présente des indices d’iode et de saponification élevés,
respectivement de 80-85 et 88-96.
Pour ces propriétés, entre autres, hydratante, équilibrante,
émolliente et son toucher non gras, la cire de Jojoba trouve ses
principales applications en cosmétique sous forme brute ou
raffinée, ou de dérivés (hydrogénés, ethoxylés). Elle est un
ingrédient essentiel dans de nombreux produits comme les savons,
les shampoings, les crèmes pour la peau, les mascaras ou encore les
crèmes de protection solaire.
Cette cire est également utilisée dans le domaine pharmaceutique
et dans des secteurs aussi variés que les lubrifiants, les
plastifiants ou les agents anti-mousse [20].
Tableau 1 Composition typique des esters de cire de
jojoba.
|
Type d’ester (nombre total de carbones)
|
% relatif
|
|
C36
|
0-2
|
|
C38
|
5-8
|
|
C40
|
26-34
|
|
C42
|
44-56
|
|
C44
|
8-12
|
|
C46
|
0-3
|
Tableau 2 Nature des acides et alcools gras
constitutifs des esters de cire de Jojoba.
|
Teneur relative (%)
|
|
Composé type
|
Acides
|
Alcools
|
|
C18:1
|
6
|
-
|
|
C20:1
|
35
|
22
|
|
C22:1
|
7
|
21
|
|
C24:1
|
-
|
4
|
La cire de Candellila
La cire de Candellila est obtenue à partir de différentes espèces
d’euphorbiacées (Euphorbiacea antisyphilitica, Euphorbiacea
cerifera) natives du désert de Chihuahua au Mexique et qui doivent
leur nom à leur forme de « petite chandelle ». L’aire de
répartition de Candellila qui pousse à l’état sauvage, correspond
au centre-nord du Mexique avec un léger débordement sur les
États-Unis au niveau Texas. Dans cette région, la cire de
Candellila constitue une ressource économique importante depuis
plus d’un siècle, même si la demande a dramatiquement chuté dès la
fin de la seconde guerre mondiale. Les raisons essentielles de
ce déclin sont les coûts de production élevés de cette cire
combinés à un accès des consommateurs à des produits d’origine
pétrolière beaucoup moins chers. En effet, toutes les opérations de
récolte et de séchage de la plante, puis d’extraction et de
purification des cires, sont encore aujourd’hui réalisées de façon
artisanale, en grande partie par les femmes et les personnes âgées.
La cire de Candellila se présente sous forme d’un solide
jaunâtre brillant, dur et cassant dont la plage de fusion est
comprise entre 68 °C et 73 °C. Elle est obtenue à partir
des tiges séchées, avec un rendement de 1,5 % à 2,5 % en poids par
rapport à la plante. En 2002, la production mondiale (presque
exclusivement d’origine mexicaine) était de l’ordre
1 800 à 2000 tonnes, et le prix du kilogramme de
cire raffinée autour de 6,60 $ US.
Contrairement aux deux précédentes, la cire de Candellila
raffinée est en majorité constituée d’alcanes en
C29-C33 avec une teneur pondérale relative de
42 %. Suivent alors les esters en C42-C64
avec 29 % puis d’autres composés : alcools, acides gras libres,
stérols, résines. Cette composition particulière se traduit par une
teneur exceptionnelle en insaponifiable de l’ordre de 70-77 % et un
indice d’acide entre 12 et 22 [21, 22].
Les applications de cette cire sont extrêmement variées. Elle
est le plus souvent utilisée en mélange avec d’autres pour apporter
de la dureté sans augmenter le point de fusion. On la trouve dans
divers produits alimentaires, notamment comme agent d’enrobage ou
de surfaçage (E902), ou comme substitut de cire d’abeille. À
l’instar de la cire de Carnauba, de nombreux produits
pharmaceutiques et cosmétiques (lotions et baume pour les lèvres
notamment) en contiennent également, tout comme certains cirages,
produits de lustrage, adhésifs ou colorants.
Évolution du secteur des cires végétales : nouvelles
tendances, nouveaux produits
L’évolution actuelle du marché des cires est globalement favorable
aux produits d’origine végétale pour de multiples raisons.
Tout d’abord, de nouveaux procédés et technologies de raffinage
du pétrole (hydro-isomérisation) ne générant plus de paraffines se
sont largement développés dans les pays occidentaux à la fin des
années 1990. Ainsi, depuis 1998, la production de cires fossiles a
dramatiquement chuté de 30 % au États-Unis, soit environ
450 000 tonnes et de 15 % en Europe. En passant de
18 à 9, le nombre de compagnies américaines productrices de
paraffines a été divisé par deux en moins de vingt ans [23]. Cette
tendance est cependant partiellement compensée par l’augmentation
du nombre d’installations classiques de production de pétrole en
Asie, qui fait aujourd’hui de la Chine le principal fournisseur des
pays de l’Ouest en cires de paraffines.
Par ailleurs, la diminution inéluctable des ingrédients
d’origine fossiles (petrolatum) dans les produits de santé,
d’hygiène et de soin, combinée à une demande croissante en produits
naturels, renouvelables et biodégradables de la part des
consommateurs, offre de réelles perspectives de développement aux
cires végétales. En outre, l’engouement des sociétés occidentales
pour les produits « biologiques » devrait avant tout bénéficier aux
cires naturelles, tout comme la tendance du « commerce équitable »
qui concerne déjà de nombreux secteurs économiques.
Si les cires végétales naturelles traditionnelles devraient voir
ainsi leur part de marché se maintenir, voire croître, dans les
années à venir, elles devront néanmoins faire face à l’émergence
des cires artificielles, également d’origine végétale, dont les
deux exemples suivants sont significatifs.
Les cires issues de l’hydrogénation d’huiles végétales,
essentiellement de soja (gamme NatureWax™ de la société Cargill) et
dans une moindre mesure de ricin, coton et palme, visent d’abord le
secteur des bougies et chandelles. En effet, ce secteur représente
40 % du marché mondial des cires et connaît actuellement une
croissante supérieure à 10 %, liée aux nouvelles tendances des
consommateurs comme l’aromathérapie ou la recherche produits
de bien-être d’intérieur. Comparé aux paraffines, ce type de cire
présente certains avantages comme une production limitée de suie et
de produits volatiles toxiques [24] et une vitesse de combustion
plus lente. En revanche, les performances de ces cires sont
directement liées à la maîtrise du taux d’hydrogénation de l’huile
[25]. Les produits (chandelles ou bougies) ayant les
performances adéquates correspondent à des mélanges d’huiles
hydrogénées, de paraffines et d’additifs.
Plus récemment, la métathèse d’huiles végétales insaturées est
devenue une voie d’accès supplémentaire aux cires biosourcées, avec
un spectre d’application tout aussi large que précédemment, allant
des bougies aux cosmétiques [26].
À côté de ces nouveaux produits, d’autres cires naturelles sont
susceptibles de profiter de cette conjoncture favorable et de
connaître un développement important comme les cires de canne à
sucre, de chanvre, de lin ou encore celles issues du raffinage de
l’huile de son de riz. Pour exemple, les cires de cannes à sucre,
riches en esters gras à très longue chaîne [27], sont extraites de
l’écume [28], un sous-produit de l’industrie sucrière généré à
raison de 14 à 23 kg par tonne de canne [29]. Compte tenu
de la teneur en cire de l’écume (3,5 à 4 % de la matière
sèche) et du volume de cannes produit dans le monde (environ
1 557 millions de tonnes en 2008), la production
potentielle de cire de canne peut être estimée entre 0,8 et
1,4 million de tonnes.
Conclusion
Les cires végétales sont des produits extrêmement versatiles en
termes de sources et de composition alors que, paradoxalement, ce
sont leurs propriétés physiques qui décident de leurs très
nombreuses applications. Elles ne représentent que 1 à 2 % du
marché global des cires, largement dominé par les paraffines.
Les trois principales cires végétales actuellement disponibles
sur le marché sont celles de Carnauba, de Candellila et de Jojoba.
À l’instar de toutes les autres cires végétales, elles se
caractérisent par des prix nettement supérieurs à ceux des
paraffines (1-2 $ US/kg) liés essentiellement aux coûts de
production et de main-d’œuvre.
Il est raisonnable de penser que, dans le futur, la consommation
des cires végétales continuera de progresser pour éventuellement
gagner quelques parts de marché. La première raison est liée à
la diminution inexorable de la production des cires fossiles suite
au développement de nouvelles technologies de raffinage du pétrole.
La deuxième raison est d’avantage sociétale, avec l’évolution
des habitudes de consommation en faveur des produits naturels,
renouvelables et biodégradables, respectueux de l’environnement et
bons pour la santé. Dans ce sens, le développement des produits
biologiques et équitables devrait également contribuer à l’essor
des cires végétales, dans des secteurs comme la pharmaceutique ou
la cosmétique qui privilégient les produits naturels de qualité
malgré leur coût élevé.
Les cires végétales naturelles auront également à faire face à
de nouvelles cires concurrentes, provenant soit de la
transformation d’huiles végétales par hydrogénation ou métathèse,
soit de l’exploitation de co-produits végétaux peu valorisés comme
dans le cas de la canne à sucre, du chanvre ou lin. Dans ce
contexte concurrentiel, les filières de cires naturelles devront
s’attacher à réduire drastiquement leurs coûts de production.
Enfin, des investissements en recherche et développement seront
nécessaires pour diversifier les applications des cires végétales
en se basant d’avantage sur leur composition chimique et
éventuellement leur(s) activité(s) biologique(s).
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