ARTICLE
Auteur(s) : Yves Dronne, Agneta
Forslund
UMR SMART, INRA, 35 000 Rennes, France
Au cours des trente dernières années, le marché international
des huiles végétales a connu un développement considérable, qu’il
s’agisse de la production ou des échanges mondiaux. Dans cet
ensemble, trois huiles tropicales : le coco, le palmiste et surtout
le palme, et trois pays : l’Indonésie, la Malaisie et à un moindre
degré les Philippines, ont joué un rôle déterminant pour
l’approvisionnement en matières grasses végétales de la plus grande
partie du monde. Par rapport aux huiles fluides traditionnelles des
pays tempérés (soja, colza, tournesol, etc..), les utilisations des
huiles tropicales sont beaucoup plus diversifiées ; usages directs
en alimentation humaine, dans les industries agricoles et
alimentaires ou dans les secteurs non-alimentaires. Aux secteurs
classiques de la savonnerie, des peintures et vernis, des
lubrifiants et de la lipochimie, sont venus s’ajouter depuis
quelques années, en liaison avec la flambée des prix du pétrole,
les usages énergétiques notamment sous forme de biodiesel. Depuis
le début de l’année 2006, les huiles tropicales ont connu, comme la
plupart des grands produits agricoles échangés au niveau mondial,
une hausse de prix considérable, qui a été suivie à partir du
milieu de l’année 2008 par une très forte diminution.
À côté des trois produits et des trois acteurs actuellement
majeurs sur le marché international, différentes huiles « nouvelles
» sont susceptibles de se développer fortement au cours des
prochaines années notamment en relation avec les projets
d’expansion de la production de biocarburants dans le monde. Ainsi,
à côté des trois acteurs majeurs, différents pays en Asie, en
Amérique et en Afrique tendent à développer leur production, soit
pour leurs usages internes, soit pour participer à
l’approvisionnement mondial.
Dans cet article, après avoir traité dans une première partie la
situation actuelle et les évolutions récentes sur les marchés
internationaux des principales huiles végétales, on abordera dans
une deuxième partie un certain nombre d’éléments sur les évolutions
récentes et historiques des prix de ces produits en relation avec
ceux du complexe « matières grasses » et plus généralement de
l’ensemble des grands produits agricoles mondiaux. Dans une
dernière partie, on s’intéressera plus spécifiquement à certaines
perspectives à moyen terme concernant à la fois les possibilités de
productions mondiales et les hypothèses de demande sur les
principaux débouchés de l’alimentation humaine et du non
alimentaire.
La situation actuelle en termes de production
et commerce mondiaux
En 2007/2008 la production mondiale des 8 principales
huiles végétales1 a atteint environ 125 millions de
tonnes (Mt) dont près de 50 Mt pour les trois huiles
tropicales majeures (palme, palmiste, coco). Sur ce total (figure 1) l’huile de
palme représente à elle seule 41 Mt contre 4,8 Mt pour
celle de palmiste et 3,5 pour celle de coco. Deux pays,
l’Indonésie et la Malaisie, dominent largement la production
mondiale d’huiles végétales (figure 2) avec
respectivement 21,3 et 19,7 Mt, représentant ainsi à eux
seuls pratiquement le tiers du total mondial. Les autres
grands producteurs mondiaux d’huiles sont la Chine, l’Union
européenne (UE), les États-Unis, l’Argentine, l’Inde et le Brésil.
Cette liste reflète pour partie de grands pays producteurs mondiaux
qui sont de grands exportateurs nets de graines oléagineuses
(Brésil, Argentine) alors que d’autres sont des importateurs
considérables (Chine, UE) de graines oléagineuses (en particulier
de soja) qu’ils triturent sur place pour obtenir des huiles et
tourteaux dont ils ont besoin localement.
L’Indonésie et la Malaisie sont avant tout positionnées sur le
marché de l’huile de palme qui est depuis 2003 la première
huile produite dans le monde, sensiblement devant celle de soja.
Leur production cumulée atteint en 2007/2008 un total de
27,7 Mt soit les deux tiers de la production mondiale d’huile
de palme. Par ailleurs, l’Indonésie arrive pour la 3e
année consécutive légèrement devant la Malaisie avec 18,3 Mt
contre 17,6, la production du reste du monde ne représentant
qu’environ 5,4 Mt soit 13 % du total (avec une mention
particulière pour la Thaïlande, le Nigéria et la Colombie qui sont
les trois seuls autres pays à dépasser les 400 000 t).
La production d’huile de palmiste, avec un tonnage mondial
environ 9 fois plus faible que celui d’huile de palme,
présente sensiblement les mêmes caractéristiques avec la très forte
domination de l’Indonésie et de la Malaisie. Pour l’huile de coco,
la situation est différente dans la mesure où la domination du
marché mondial demeure aux Philippines même si l’Indonésie tend à
accroître fortement sa part dans la production mondiale.
Au niveau mondial, le commerce des huiles végétales représente
environ 51 Mt, soit un taux d’internationalisation du marché
de plus de 40 %, ce qui fait de ces huiles un des grands produits
agricoles le plus échangé dans le monde loin devant les céréales,
les produits laitiers et les viandes.
L’huile de palme occupe largement la première position mondiale
avec un tonnage qui dépasse les 30 Mt en 2007/2008 (figure 3), ce tonnage
représente 73 % de la production mondiale d’huiles et provient pour
plus de 90 % de la Malaisie (14,2 Mt) et de l’Indonésie
(13,5 Mt). La Chine, l’Inde, le Pakistan, le Bangladesh,
l’Egypte sont traditionnellement les principaux clients, mais à
ceux-ci sont venus s’ajouter de très nombreux autres et notamment
l’UE qui est devenue le troisième importateur mondial et plus
récemment les États-Unis, tous deux recourant largement à cette
huile pour compenser au niveau de leur consommation intérieure les
tonnages de plus en plus importants d’huiles de colza et de soja
utilisés pour la production de biocarburants. Avec des tonnages,
certes plus modestes, les huiles de palmiste et de coco font
également l’objet d’un commerce mondial extrêmement important entre
pays asiatiques, mais aussi à destination de l’UE et des
États-Unis.
L’huile de soja, avec environ 10,8 Mt, est la seconde huile
commercialisée dans le monde. Les fournitures sont comme pour
le palme extrêmement concentrées puisque seulement trois pays :
l’Argentine (5,8 Mt) et dans une moindre mesure le Brésil et
les États-Unis assurent plus de 90 % des exportations mondiales.
Les importations concernent la plupart des pays du monde avec
un poids très fort de la Chine, l’Asie du Sud (notamment l’Inde et
le Bangladesh) et l’Afrique du Nord (en particulier l’Egypte).
Notons que l’UE, jadis exportatrice de cette huile, est devenue le
second importateur mondial d’huile de soja en 2007/2008 loin
devant l’Inde. Pour les autres huiles, le commerce mondial est
devenu marginal pour l’arachide et le coton à moins de
200 000 tonnes et se situe, par ordre croissant, entre
2 et 3,5 Mt pour le colza, le coprah, le palmiste et le
tournesol.
Pour l’ensemble des huiles végétales, les exportations mondiales
(figure 4) sont
largement dominées, comme pour le palme, par l’Indonésie et la
Malaisie avec des tonnages respectifs de 15,7 et 15,3 Mt
(soit 60,3 % du total mondial). Dans les deux cas, aux exportations
d’huile de palme s’ajoutent celles de palmiste et, surtout pour
l’Indonésie, de coco. Les fournitures de l’Argentine, avec
surtout de l’huile de soja mais aussi environ 1 Mt d’huile de
tournesol, arrive en troisième position avec environ 7,2 Mt.
Ce pays est suivi de très loin par le Brésil avec « seulement
» 2,5 Mt pour l’ensemble des huiles (constitué presque
uniquement de soja). La grande différence entre ces deux pays
en matière de poids sur le marché international de l’huile de soja
(6,1 Mt pour l’Argentine contre 2,4 pour le Brésil) est
que le premier pays a essentiellement misé sur une stratégie de
transformation locale des graines produites localement
(37,4 sur 47,6 Mt) puis d’exportation des huiles et
tourteaux, alors que le second pays a beaucoup plus misé sur une
exportation en l’état des graines de soja (26,8 sur
60,8 Mt). Les États-Unis sont dans une situation
particulière dans la mesure où, bien que ce pays étant
effectivement un grand exportateur d’huiles (essentiellement de
soja et un peu de coton et de tournesol), il est aussi un grand
importateur (en particulier d’huiles tropicales et d’huiles de
colza), ce qui fait qu’en termes d’exportations nettes il occupe en
fait une place assez modeste. Tandis que l’Ukraine (pays qui est
par ailleurs importateur notable d’huile de palme) est devenu
récemment un acteur important sur le marché de la fourniture
d’huile de tournesol à l’UE, à la Russie et à l’Afrique du Nord, le
Canada et les Philippines sont traditionnellement des exportateurs
notables d’huiles de colza et de coco.
Au niveau des importations (figure 5), trois pays
dominent largement le marché mondial avec chacun un tonnage total
pour les sept principales huiles qui dépasse les 5 Mt.
Il s’agit de la Chine (8,8 Mt), de l’UE (7,7 Mt) et
de l’Inde (5,5 Mt). Ces trois zones représentent à elles
seules 46 % du total mondial. Viennent ensuite, comme indiqué
précédemment, les États-Unis et différents pays très peuplés à
ressources locales limitées (Pakistan, Égypte, Bangladesh, Iran)
auxquels est venue s’ajouter depuis une dizaine d’années la Russie.
Il convient de remarquer que la demande d’importation mondiale
est beaucoup moins concentrée que l’offre. Presque tous les pays
dans le monde sont à un degré divers importateur de certaines
huiles. La place des pays autres que les neuf apparaissant sur
la figure 5 est
en effet d’environ un tiers.
Les évolutions récentes en termes de production
et commerce mondiaux
Au cours des dix dernières années, alors que la production mondiale
d’huiles végétales (tableau 1) a
augmenté d’environ 52 Mt soit de +72 %, celle de palme a
progressé à elle seule de plus de 24 Mt (+ 144 %) et
celle de palmiste de 2,6 Mt (+ 120 %), l’augmentation
étant toutefois beaucoup plus limitée pour l’huile de coco
(+ 3 %). Globalement la part des huiles tropicales qui était
de 25 % en 1987/88 est passée à 31 % en 1997/98 et se
situe aujourd’hui à plus de 40 % de la production mondiale
d’huiles. On peut noter que durant le même temps la production
mondiale de céréales n’a augmentée « que » de 200 Mt soit de
13 %. La grande différence dans l’évolution de ces deux
secteurs est que, tandis que les oléagineux ont bénéficié à la fois
de très fortes progressions sur les surfaces dans le monde et de
bonnes progressions sur les rendements, les céréales n’ont
bénéficié que de progressions sur les rendements, les surfaces
ayant tendance à stagner voire à régresser.
En fait, c’est au niveau du commerce mondial (tableau 2) que la domination de ces huiles
tropicales s’est le plus affirmée : le palme à lui seul a vu ses
échanges mondiaux progresser durant la même période de 19,6 Mt
(1,4 Mt pour le palmiste) alors que l’augmentation pour
l’ensemble des autres huiles végétales était de « seulement »
4,6 Mt. Il est vrai que pour le soja et pour le colza,
une partie de la progression des échanges mondiaux s’est effectuée
sous la forme de graines apportant aux pays importateurs à la fois
de l’huile et des tourteaux. L’extrême dynamisme du marché mondial
des huiles végétales au cours de cette dernière décennie a très
largement reposé du côté de l’offre sur l’Indonésie qui à elle
seule a réussi à augmenter ses exportations de plus 12,4 Mt
(sur une progression totale au niveau mondial de 25,6 Mt),
soit une progression de plus de 370 %. L’autre pays contributeur
majeur à cette expansion est la Malaisie avec + 7,2 Mt (soit +
88 %) suivie de loin de l’Argentine (+ 3,5 Mt soit + 96
%). Du côté de la demande, ces disponibilités supplémentaires ont
largement bénéficié à des pays à forte population et à taux de
croissance économique plus ou moins important (Chine, Inde,
Pakistan, Bangladesh, Égypte, Iran), à la Russie, et aussi, compte
tenu du développement de leur production de biodiesel, à l’UE et
aux États-Unis.
Tableau 1 Variations des productions mondiales d’huiles
végétales par produit et par pays entre 1997/98 et 2007/2008.
|
Production par produit
|
Production par pays
|
|
Mt
|
%
|
|
Mt
|
%
|
|
Palme
|
24,4
|
144 %
|
Indonésie
|
14,8
|
229 %
|
|
Soja
|
15,1
|
67 %
|
Malaisie
|
10,0
|
103 %
|
|
Colza
|
6,8
|
60 %
|
Chine
|
7,6
|
107 %
|
|
Tournesol
|
1,4
|
17 %
|
UE 27
|
2,5
|
26 %
|
|
Coton
|
1,3
|
35 %
|
États-Unis
|
1,0
|
11 %
|
|
Palmiste
|
2,6
|
120 %
|
Argentine
|
4,0
|
87 %
|
|
Arachide
|
0,6
|
15 %
|
Inde
|
1,3
|
23 %
|
|
Coco
|
0,1
|
3 %
|
Brésil
|
2,7
|
70 %
|
|
|
|
Autres
|
8,6
|
53 %
|
|
Total
|
52,5
|
72 %
|
Monde
|
52,5
|
72 %
|
Tableau 2 Variations du commerce mondial par produits,
des exportations et importations par pays d’huiles végétales entre
1997/98 et 2007/08.
|
Commerce par produit
|
Exportations par pays
|
Importations par pays
|
|
Mt
|
%
|
|
Mt
|
%
|
|
Mt
|
%
|
|
Palme
|
19,6
|
182 %
|
Indonésie
|
12,4
|
372 %
|
Chine
|
5,0
|
135 %
|
|
Soja
|
4,4
|
69 %
|
Malaisie
|
7,2
|
89 %
|
UE-27
|
3,5
|
86 %
|
|
Colza
|
0,4
|
14 %
|
Argentine
|
3,5
|
96 %
|
Inde
|
3,5
|
174 %
|
|
Tournesol
|
1,4
|
131 %
|
Brésil
|
1,2
|
101 %
|
États-Unis
|
1,4
|
92 %
|
|
Coton
|
– 0,1
|
– 3 %
|
États-Unis
|
– 0,4
|
– 18 %
|
Pakistan
|
1,2
|
89 %
|
|
Palmiste
|
– 0,1
|
– 5 %
|
Ukraine
|
1,2
|
644 %
|
Égypte
|
0,6
|
72 %
|
|
Arachide
|
– 0,1
|
– 24 %
|
Canada
|
0,4
|
44 %
|
Bangladesh
|
0,9
|
223 %
|
|
Coco
|
0,0
|
– 16 %
|
Philippines
|
– 0,4
|
– 27 %
|
Russie
|
0,6
|
88 %
|
|
|
|
|
|
|
Iran
|
0,2
|
19 %
|
|
|
|
Autres
|
0,4
|
8 %
|
Autres
|
7,5
|
86 %
|
|
Total
|
25,6
|
100 %
|
Monde
|
25,6
|
100 %
|
Monde*
|
24,4
|
100 %
|
Les demandes d’huiles végétales par débouché et par
zone géographique
En 2007/08, la consommation mondiale de l’ensemble des huiles était
voisine de la production c’est-à-dire proche de 126,3 Mt, se
décomposant en environ 99,6 Mt pour l’alimentation humaine,
9,1 pour le biodiesel et 17,6 pour les autres usages,
dont essentiellement des utilisations non alimentaires (savonnerie,
lipochimie, etc.) mais aussi des utilisations en alimentation
animale et des pertes.
La figure 6
qui représente les utilisations d’huiles végétales dans les
15 zones utilisées dans le modèle Oleosim2
développé par les auteurs montre le rôle majeur joué par cinq zones
(Chine, UE, Asie du Sud, États-Unis et « reste du monde »), ces
zones ayant par ailleurs des répartitions très différentes entre
usages. Alors qu’en Chine, Asie du Sud et dans le reste du monde
l’essentiel des huiles est destiné à l’alimentation humaine, aux
États-Unis et surtout dans l’UE on observe au contraire une place
importante pour les usages non alimentaires, qu’il s’agisse des
biocarburants ou des autres secteurs. La zone « Asie du
Sud-Est » est spécifique par l’importance du non-alimentaire qui
correspond probablement pour une large partie à de la
lipochimie.
Les zones à plus forte consommation d’huile sont généralement
les zones les plus peuplées en raison de la place qui reste très
importante pour le débouché « alimentation humaine ». Pour ce
débouché, on observe toutefois de très fortes différences selon les
zones lorsque l’on examine les consommations moyennes par tête et
par an (figure
7). Alors que la moyenne mondiale se situe à
15,1 kg/tête/an, on va de 31,4 kg pour les États-Unis à
seulement 7,1 pour l’Afrique subsaharienne. Il convient
toutefois de noter que pour cette dernière zone, la consommation
réelle de corps gras végétaux est probablement sous-estimée du fait
que les chiffres de la base PSD se référent à des tonnages
commercialisés et commercialisables, excluant ainsi sans aucun
doute de nombreuses productions artisanales. Par ailleurs, il
existe une importante consommation sous forme de fruits et noix
oléagineux et, enfin, de nombreuses plantes oléagineuses
alimentaires sont également utilisées. On peut toutefois remarquer
que pour les sept principales huiles prises en compte dans cet
article l’UE utilise un tonnage plus important pour son biodiesel
(5,9 Mt) que l’Afrique subsaharienne pour l’alimentation
humaine (5,5 Mt).
Au niveau de l’alimentation humaine, les utilisations des sept
principaux produits ont progressé entre 1997/98 et
2007/08 de 35 % (soit 35 Mt comprenant essentiellement
17 Mt d’huile de palme et 11 Mt d’huile de soja), de
façon modeste dans les pays développés à haut niveau de revenu,
mais de façon très importante dans certaines autres zones. À titre
d’exemple : + 35 % en Chine, + 50 % en Afrique du Nord, + 46 % en
Asie du Sud (Inde, Pakistan, Bangladesh, Sri-Lanka) et + 33 % en
Afrique subsaharienne. De façon générale, cette progression
est due à la fois à un effet population et à un effet revenu mais
le second facteur l’emporte largement dans des pays et zones telles
que la Chine, l’Inde et l’Afrique du Nord. Selon les indications
assez peu précises de la base PSD de l’USDA, au cours de la même
période, les utilisations en alimentation animale auraient
progressé de 0,5 Mt (totalement sous forme de palme) et celles
dans les secteurs non alimentaires de 16,6 Mt (dont,
notamment, 5,6 pour le palme, 4,2 pour le soja,
4,1 pour le colza et 1,9 pour le palmiste). Selon nos
estimations l’augmentation des utilisations pour le biodiesel
aurait représenté environ 8,5 Mt sur les 16,6 comprenant
essentiellement du colza et du soja et dans une faible mesure un
peu de palme et de palmiste. Globalement il apparaît que sur les
dix dernières années, la demande alimentaire humaine est
responsable d’environ deux tiers de l’augmentation de la demande
totale, le solde étant essentiellement dû aux secteurs non
alimentaires traditionnels (savons, peintures, vernis, lubrifiants)
et aux biocarburants.
La production mondiale de biodiesel a atteint environ
8,5 Mt en 2007 et se répartit à raison de 62 % dans l’UE
et l’essentiel du solde en Amérique du Nord (essentiellement
États-Unis) et en Amérique du Sud (essentiellement Argentine et
plus modestement Brésil). Une bonne partie de ces productions nord-
et sud-américaines de biodiesel est en fait destinée à
l’exportation vers l’UE. Selon nos estimations, les huiles
utilisées pour la production de biodiesel dans le monde comprennent
en moyenne sur 2005/2007 pour environ 61 % du colza (principal
produit utilisé dans l’UE à côté d’un peu de soja (de 15 à 20
%) et d’huiles de tournesol et de palme (de 15 à 20 %)) pour
34 % du soja (principal produit utilisé aux États-Unis et en
Argentine) et pour 5 % des huiles de palme et de coprah, produits
principaux utilisés pour les biocarburants en Indonésie, Malaisie
et Philippines.
Les évolutions des prix mondiaux
L’huile de palme, associée à l’huile de palmiste, est à la fois
l’huile qui assure les meilleurs rendements à l’hectare parmi tous
les oléagineux et celle qui de façon générale présente le prix le
plus faible.
Au niveau des moyennes annuelles des prix3 de l’huile
de palme on observe sur la figure 8 deux périodes ; la
première de 1960 à 1972 avec un niveau moyen qui oscille
autour de 225 $/t et une seconde de 1973 à 2007 avec
une moyenne de 478 $/t soit une progression de 112 %. En plus
de cette progression en niveau, on constate une nette augmentation
de la variabilité des prix4 qui passe en valeur absolue
de 30 $/t à plus de 131 $/t et en valeur absolue de 14 %
à 28 %. L’importance des fluctuations d’une année sur l’autre
depuis le milieu des années 1970 s’observe bien sur le même
graphique. Pour la seconde période 1973-2007, on peut calculer un
domaine de fluctuation correspondant à la moyenne de prix au cours
de la période diminuée ou augmentée de deux écarts type (215 à
740 $/t). Bien que cet intervalle soit très large, on observe
qu’en 2007 le prix moyen observé (780 $/t) en sortait
légèrement et qu’en 2008, avec 949 $/t, il s’en éloignait
encore plus fortement. Au contraire, au début de l’année civile
2009, on se retrouve à nouveau dans cet intervalle.
En moyenne sur les trente dernières années, le prix de l’huile
de palme rendu en Europe a été inférieur d’environ 10 % en moyenne
à celui du soja produit dans les usines de l’UE. Ce ratio de
prix a toutefois fluctué, selon les années et les niveaux de
rendements en Indonésie et Malaisie, entre un minimum de
0,75 et un maximum de 1,13. Le fait que l’huile de palme
soit le corps gras le moins cher n’a pas empêché ce produit de
connaître une flambée de ses cours internationaux au cours de
l’année 2008 avec un pic à 1 290 $/tonne (FOB
Malaisie RBD) atteint en mars 2008 à une période où le prix de
son principal concurrent, l’huile de soja, était proche des
1 500 $/tonne dans l’UE (figure 10). Les prix
du palme et des autres huiles ont par la suite considérablement
baissé.
De façon générale, le fait que les différentes huiles soient en
partie substituables (au moins au niveau de certains usages)
implique une assez forte corrélation entre les prix de ces
produits, aussi bien au niveau annuel que mensuel, tout
particulièrement en ce qui concerne les trois principales huiles
fluides (soja, tournesol, colza) et dans une légèrement moindre
mesure entre ces trois huiles fluides et celle de palme, les huiles
concrètes (palmiste et coprah) dont les prix sont très corrélés
entre eux, constituant une catégorie légèrement plus autonome.
Les analyses utilisant les méthodes des séries
temporelles5 faites dans le passé sur les prix
hebdomadaires des différentes huiles avaient montré que les huiles
de soja et de palme jouaient toutes deux un rôle leader et
influençaient de façon significative les évolutions des autres prix
avec des intensités et des décalages temporels plus où moins
importants selon les produits.
Différentes analyses tendent à expliquer la flambée des cours
des produits agricoles (et en particulier des huiles végétales) au
cours des deux dernières campagnes par une influence directe de
l’évolution des prix du pétrole, qui aurait directement influencé
le rythme de développement des biocarburants dans le monde et en
particulier dans l’UE. La figure 8 montre que sur
longue période, il y a bien eu simultanéité des hausses de prix du
pétrole et de l’huile de palme au cours de certaines années : en
1974 au moment du premier choc pétrolier (respectivement + 250
% et + 79 %), en 1979 au moment du second choc (respectivement
+ 130 % et + 10 %) et naturellement en 2007 et 2008. À
lâ�™inverse, au cours de certaines années, on a enregistré des
évolutions des prix de sens contraires pour ces deux produits
(notamment en 2005 avec respectivement une hausse de 40 % du prix
du pétrole et une baisse de 10 % du prix de lâ�™huile de
palme).
En ce qui concerne les évolutions mensuelles, la figure 9 montre que le prix
de l’huile végétale ne tend pas à suivre avec un certain décalage
le prix du pétrole, mais au contraire a tendance à le précéder
légèrement. De ces simples remarques, on peut penser que le
parallélisme relatif entre les prix de ces deux produits est plutôt
lié à des facteurs qui affectent ces deux marchés au niveau
macroéconomique et financier (taux de croissance économiques et
démographiques, parités des monnaies, spéculation sur les marchés à
terme, anticipations des acteurs économiques entraînant une faible
réponse aux hausses de prix de la demande, politiques publiques
visant à « isoler » certaines zones par rapport aux échanges
internationaux, etc.).
Sur la figure
10, on observe la chute simultanée des prix du pétrole et
des huiles végétales à partir des mois de juillet et août
2008 au moment du déclenchement de la crise financière et
boursière aux États-Unis. Au niveau du bilan mondial des huiles
végétales et en particulier de celui de palme, aucun élément ne
nous semble expliquer le retournement total des prix entre le mois
de juin où le prix était encore fortement orienté à la hausse et le
mois d’août où il s’inscrivait fortement à la baisse. Entre les
deux périodes, les perspectives de demande à court terme de
produits agricoles pour les biocarburants, qu’il s’agisse du
biodiesel ou du bioéthanol, s’étaient peu modifiées compte tenu de
la stabilité des installations industrielles existantes. Par
contre, le sentiment général de l’entrée des États-Unis et de
l’ensemble du monde dans une forte récession économique s’était
affirmée. Le moment et le niveau de la reprise économique dans
le monde aura sans aucun doute une influence importante sur
l’évolution de la demande alimentaire et donc des prix des
principaux produits agricoles dont les huiles.
Les perspectives à moyen terme
Les développements futurs sur les marchés des huiles tropicales
constituent un enjeu majeur pour l’approvisionnement mondial au
cours des prochaines années. Il faut en effet satisfaire la
demande pour l’alimentation humaine dans de nombreuses zones du
monde, très fortement déficitaires en produits oléagineux et où
l’on observe à la fois une forte croissance démographique et une
forte augmentation des consommations par tête en matières grasses
du fait de l’amélioration des revenus enregistrés au cours de la
dernière décennie. Ces huiles tropicales ont également un rôle
croissant à jouer sur les marchés de l’alimentation animale du fait
de l’interdiction des graisses animales dans de nombreuses zones du
monde. Enfin, elles sont également susceptibles de participer
fortement aux différents marchés liés aux biocarburants et à la
lipochimie. Ceci pose la question des perspectives de progression à
la fois des rendements et des surfaces dans les trois pays leader,
et aussi du rôle que pourraient jouer à l’avenir les nouveaux pays
engagés dans des programmes de développement de ces trois huiles
tropicales « traditionnelles », auxquelles pourraient de plus en
plus s’ajouter de nouveaux produits oléagineux6 destinés
à des marchés ciblés non alimentaires.
Malgré les multiples incertitudes, on peut examiner certains
éléments qui pourraient caractériser la situation du marché mondial
des huiles végétales à l’horizon 2020.
Entre 2006 et 2020, la population mondiale, selon les
dernières prévisions de l’ONU, devrait progresser d’un peu plus
d’1 milliard d’habitants (+17 %) dont 340 millions en
Asie du Sud (+ 24 %), 270 en Afrique subsaharienne (+36
%) et 120 millions en Chine (+9 %). Avec une hypothèse de
reprise de la croissance économique mondiale, mais à un rythme
légèrement plus faible que durant la décennie antérieure à la crise
de 2008, la demande en huiles végétales pour l’alimentation humaine
pourrait atteindre environ 165 Mt en
2020 (contre environ 100 en 2007/08).
Au niveau des biocarburants, on peut retenir une hypothèse «
médiane » de production mondiale de biodiesel de 30 Mt en
2020, celle-ci se décomposant en 10 Mt dans l’UE, 3 Mt
aux États-Unis, 10 Mt en Amérique du Sud (dont 5 Mt
destinés à l’exportation sur l’UE) et 7 Mt répartis dans le
reste du monde, notamment en Inde, en Chine et en Asie du Sud-Est,
ces dernières zones pouvant utiliser, à côté des huiles
traditionnelles, une part plus ou moins grande de produits
oléagineux « nouveaux » de type jatropha et autre. Face à ces
demandes prévisibles, on peut citer les prévisions d’offre mondiale
établies par FAPRI : 160 Mt en 2018 (pour le soja, colza,
arachide, palme, palmiste et tournesol) et 145/150 Mt à
l’horizon 2017/2018 pour le rapport FAO/OCDE.
Le rapprochement de ces différents chiffres montre que certains
ajustements devront être effectués au niveau mondial pour que
l’offre et la demande puissent s’équilibrer à ce terme.
Conclusion
La flambée des prix mondiaux au cours des dernières campagnes pose
à nouveau avec acuité le problème de savoir si la production
agricole mondiale sera à même de satisfaire la demande mondiale à
moyen terme, même si pour le moment la crise économique tend à
masquer cette préoccupation et qu’en l’espace de moins d’un an les
prix internationaux agricoles ont fortement chuté sans toutefois
revenir au niveau qu’ils avaient au cours de la décennie 1995-2005.
Certaines de ces questions concernent l’ensemble des produits
agricoles. Il s’agit en premier lieu de savoir quelles sont
les surfaces supplémentaires qui sont potentiellement mobilisables
dans le monde pour l’extension des grandes cultures, de combien de
millions d’hectares il sera possible de disposer, quelle sera la
qualité agronomique de ces sols non actuellement cultivés, et
quelle sera leur localisation géographique. Cette extension se
heurtant naturellement de plus en plus dans de nombreuses zones à
un renforcement des préoccupations environnementales.
Un second problème concerne les modalités de la concurrence à
venir entre grandes cultures. Compte tenu des efforts de la
recherche génétique et agronomique, en particulier privée, et de la
rentabilité commerciale de ces deux cultures, le maïs et le soja,
plantes essentiellement destinées à l’alimentation animale (l’huile
ne représente que 18 % de la graine de soja), n’ont pas cessé
d’accroître leurs surfaces dans le monde au détriment de
pratiquement toutes les autres grandes cultures. De plus, ces
cultures qui ont largement les meilleurs rendements moyens dans
leurs catégories (céréales et oléagineux) bénéficient souvent des
meilleures terres, les autres cultures, étant parfois cantonnées
sur des terres marginales et handicapées par des problèmes
agronomiques, climatiques et/ou logistiques. La question se
pose naturellement de savoir pendant combien de temps le rythme
moyen mondial de progression des rendements en grandes cultures de
l’ordre d’1 % par an pourra se poursuivre compte tenu du
renforcement probable des contraintes environnementales.
Par ailleurs, on a observé au cours des dernières années une
très forte tendance au décalage entre des zones de fort
développement de la production agricole (notamment en Amérique du
Sud) et des zones de fort développement de la demande, qu’il
s’agisse de l’essentiel de l’Afrique du Nord et subsaharienne ou de
nombreux pays d’Asie, la Chine qui était traditionnellement
relativement autosuffisante mais qui depuis une dizaine d’années a
basculé dans le camp des pays importateurs majeurs. Cet
accroissement considérable des échanges mondiaux (notamment en
graines et huiles oléagineuses), outre les problèmes politiques et
financiers posés à de nombreux pays déficitaires, est de plus en
plus vulnérable à une probable augmentation du prix du pétrole qui
pourrait pénaliser ce genre de transport (maritime international)
de produits agricoles de valeur unitaire beaucoup plus faible que
l’ensemble des produits manufacturés.
Au cours des années 2007 et 2008, on a enregistré dans
le monde des progressions de surface (respectivement +
14,3 Mha et + 15,9 Mha) en grandes cultures beaucoup plus
importantes que ce qui avait été enregistré en moyenne au cours des
trente années précédentes (+ 3,7 Mha/an entre
1976 et 2006), des vingt années précédentes
(+ 2,17 Mha/an entre 1986 et 2006) et a fortiori au
cours des dix dernières années (+ 0,7 Mha/an entre
1996 et 2006). Le niveau très élevé des prix mondiaux
semble donc avoir eu un effet notable sur l’évolution. Cependant on
observe que cette progression d’environ 30 Mha en deux ans a
essentiellement bénéficié aux grands pays producteurs-exportateurs
avec + 13,2 Mha cumulés pour l’UE, les États-Unis, le Canada
et l’Australie. Il faut noter que les fortes progressions de
surface dans l’UE et aux États-Unis ont eu un caractère en grande
partie exceptionnel et non renouvelable avec d’une part la
suppression de la jachère et de l’autre une nette diminution des
terres en réserve environnementale du programme CRP (Conservative
Reserve Program).
Les autres zones qui ont connu une forte progression sont la
zone Amérique du Sud (Brésil, Argentine, Paraguay) avec +
7 Mha et l’ex-URSS avec + 5,4 Mha. Au total, la surface
dans le reste du monde, qui comprend l’essentiel des pays à faible
revenu, largement déficitaires, n’a augmenté que de 4,6 Mha.
Il semble donc que si des prix internationaux très élevés ont
dans ces pays un effet pénalisant sur la demande de produits
d’importation, ils ne suffisent pas à eux seuls à entraîner une
nette augmentation des surfaces et donc des productions. En effet,
on connaît très mal la façon dont les prix internationaux se
transmettent aux agriculteurs locaux.
Une autre question qui se pose au niveau de l’ensemble des
produits agricoles est la question de l’évolution des politiques
agricoles dans de nombreux pays en voie de développement et du
changement de stratégie suivie par les grands organismes
internationaux. Après une longue période où les prix internationaux
étaient faibles et les stocks mondiaux notamment dans les pays
producteurs (et en Chine) étaient importants, l’abaissement des
protections douanières pouvait apparaître comme une solution
permettant aux différents pays et aux organismes financiers
internationaux de privilégier les investissements dans des secteurs
autres que l’agriculture tout en maintenant des coûts limités pour
les populations urbaines employées dans d’autres secteurs.
La crise agricole récente, par son ampleur et par le fait
qu’elle peut annoncer une situation plus fréquente à l’avenir avec
des marchés de plus en plus instables et soumis à de nombreuses «
perturbations », oblige à réviser cette stratégie et, en principe,
à recentrer les efforts financiers sur la recherche et le
développement en faveur de plantes autres que celles bénéficiant du
plus d’intérêt des grands groupes semenciers.
Certaines autres questions concernent plus spécifiquement les
marchés des huiles végétales et plus spécifiquement celui des
huiles tropicales. De façon générale, à l’exception du palme
stricto sen su (hors palmiste), toutes les graines et fruits
oléagineux produisent à la fois de l’huile et des tourteaux qui
sont essentiellement valorisés en alimentation animale. Dans
presque tous les cas, le prix de l’huile étant beaucoup plus élevé
que celui du tourteau, c’est la fraction huile qui assure la plus
grande partie de la valorisation de la graine, même si le rendement
massique est plus important en tourteau qu’en huile. Cependant,
même pour des produits tels que les graines de colza et de
tournesol, une bonne valorisation du tourteau est indispensable à
l’équilibre de la filière et des différents acteurs économiques
(notamment au niveau de la trituration). Dans le cas du soja, la
situation est différente puisque la graine contient environ 78 % de
tourteau et 18 % d’huile c’est-à-dire 4,3 fois plus de
tourteau que d’huile alors que le rapport de prix huile sur
tourteau, toujours plus élevé que pour les autres graines
oléagineuses (dans la mesure où le tourteau de soja est toujours le
tourteau le plus cher en raison de sa plus grande richesse en
protéines et énergie) peut varier considérablement selon la
conjoncture. À titre d’exemple il était à un minimum de 1,4 en
janvier 2001 et à un maximum de 5,6 en juin 1974.
La moyenne des ratios mensuels au cours des dix dernières
années a été de 2,4, ce qui veut dire qu’en moyenne le tourteau a
assuré près des deux tiers de la valorisation de la graine et
l’huile seulement un tiers7. Il apparaît donc
clairement que du fait de l’importance de l’influence du prix du
tourteau sur celui de la graine, les augmentations de surfaces
mises en cultures de soja en Amérique du Nord et du Sud dépendent
largement des anticipations des agriculteurs sur les niveaux des
prix et de la demande mondiale en tourteaux. Lorsque cette dernière
est très forte, l’huile de soja peut devenir un coproduit du
tourteau de la même façon que pour le colza et pour le tournesol le
tourteau est un coproduit de l’huile, mais en aucun cas, ni le
tourteau, ni l’huile ne peuvent être considérés comme des
sous-produits. La question qui se pose pour l’évaluation à
moyen terme des quantités d’huile de soja qui pourront être
disponibles dans le monde est de savoir quelle sera la production
de viande, de lait et d’œufs (et le mode d’alimentation animale) et
donc le niveau de la demande en ingrédients pour l’alimentation
animale (facteur qui va affecter à la fois le secteur du maïs et du
tourteau de soja) et par ailleurs jusqu’à quel niveau les
coproduits céréaliers issus de l’éthanolerie (de maïs et de blé) et
de l’amidonnerie traditionnelle feront pression sur les prix des
matières riches en protéines et donc des tourteaux, y compris le
tourteau de soja.
Dans la situation actuelle où les oléagineux couvrent
217 Mha dans le monde (contre 688 pour les céréales), on
peut remarquer que les 24 Mha consacrées aux oléagineux
tropicaux (palme et coco situés principalement en Indonésie et
Malaisie) qui correspondent à seulement 11 % des surfaces mondiales
en oléagineux ont produit 50 Mt d’huiles sur un total mondial
d’environ 125 Mt, soit 40 %. En termes de production d’huile à
l’hectare, on se situe en moyenne à 2,1 t/ha pour les
oléagineux tropicaux contre seulement 0,4 t/ha pour l’ensemble
des autres oléagineux (du fait notamment du poids du soja dans ce
total qui a un très faible teneur en huile). Ainsi, il apparaît
qu’au cours des prochaines années, le dilemme pour assurer un
approvisionnement mondial plus important en huile est, a priori,
soit de poursuivre une légère progression des surfaces dans les
deux pays à très forts rendements en huile, mais où la concurrence
avec la forêt peut devenir problématique, soit de mobiliser des
surfaces beaucoup plus importantes dans les zones tempérées en
basant l’expansion de la production sur des graines telles que
colza, tournesol ou soja. Dans le premier cas, le marché mondial
des corps gras deviendrait encore plus instable (absence de
régulation annuelle des surfaces due au caractère pérenne de ces
plantes) et vulnérable à des risques climatiques dans une zone
particulière du monde. Dans le second cas, les oléagineux risquent
de limiter le potentiel de surface mobilisable pour les céréales et
cultures vivrières dans de nombreuses zones du monde et notamment
en Amérique du Sud et en Asie du Sud.
En ce qui concerne les rendements en huile à l’hectare, on
observe pour toutes les plantes oléagineuses des augmentations
notables des rendements au cours des vingt dernières années, qui
sont dues dans tous les cas à des augmentations de rendements en
graines ou noix à l’hectare, et aussi dans certains cas à des
augmentations généralement plus faibles de la teneur en huile de
ces graines au détriment de la cellulose et dans certains cas de la
teneur en protéines. En ce qui concerne le palme, on a observé au
cours des 25 dernières années une forte augmentation des
rendements mondiaux moyens en huile de palme par hectare planté. En
fait, compte tenu du différentiel important de rendement entre la
Malaisie, l’Indonésie et les autres pays, cette moyenne augmente «
mécaniquement » quand la place de ces deux pays augmente dans
le total mondial. Par contre, quand on examine l’évolution des
rendements dans chacun de ces deux pays on observe, de 1980 à
2005, une quasi-stagnation. C’est seulement au cours des trois
dernières campagnes que des progressions importantes ont été
enregistrées. Cette stagnation structurelle conduit à une certaine
prudence sur le potentiel de cette culture dans le moyen terme
compte tenu des problèmes environnementaux et climatiques et des
risques d’augmentation importante des coûts de production. Même si
la place de la production africaine est, selon les statistiques
disponibles, assez faible, on ne peut sous-estimer l’importance de
cette culture dans l’économie non marchande.
Les incertitudes sont donc importantes sur l’avenir de l’offre
mondiale des grands produits agricoles y compris celle d’huiles
végétales tropicales, alors que la demande devrait continuer à
croître à un rythme soutenu aussi bien pour l’alimentation humaine
que pour le non-alimentaire. On peut donc s’attendre au maintien
d’une certaine fermeté sur les prix moyens de ces produits et à la
survenue de nouvelles flambées de prix dès que les conditions
climatiques seront défavorables dans les grands pays producteurs
tels que l’Indonésie et la Malaisie pour le palme et l’Amérique du
nord et du sud pour le soja. Ceci pourrait toutefois être amorti
par des progrès importants au niveau de la génétique de ces
plantes.
1 Arachide, colza, coprah/coco, coton,
palme, palmiste, soja, tournesol, colza.
2 Ces 15 zones correspondent à 6 pays :
Etats-Unis, Canada, Mexique, Chine, Thaïlande, Australie et 9 zones
géographiques : UE 27, ex-URSS, Afrique du Nord (Algérie, Maroc,
Tunisie, Egypte et Libye), Afrique subsaharienne (reste de
l’Afrique), Asie de l’Est (Japon, Corée du Sud), Asie du Sud (Inde,
Pakistan, Bengladesh, Sri-Lanka), Asie du Sud-Est (Indonésie,
Malaisie, Philippines), Amérique du Sud (Brésil, Argentine,
Paraguay) et « Autres » (reste du monde).
3 Huile de palme brute, CAF ports
Nord-Europe, moyennes arithmétiques par année civile.
4 Celle-ci est mesurée en valeur absolue
par l’écart type sur la période et en valeur relative par le
coefficient de variation qui est le ratio de l’écart type sur la
moyenne exprimé en pourcentage.
5 En particulier, les modèles vectoriels
autorégressifs dits modèles VAR.
6 Jatropha, caméline, babassu...
7 La part de valorisation de la graine de
soja par le tourteau est obtenu par la formule : PValT =
0,78*PrixTourteau/(0,78*PrixTourteau+0,18*PrixHuile) soit, en
utilisant les valeurs moyennes des deux ratios de rendement et de
prix : PValT = 1/(1+2,4/4,3) = 1/1,56 = 0,64.
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