ARTICLE
Auteur(s) : Tancrède Voituriez
CIRAD, chercheur associé à l’Institut du développement
durable et des relations internationales, 27 rue
Saint-Guillaume 75337 Paris Cedex 07, France
La hausse des prix des matières premières entre 2006 et 2008 a
occupé dans les médias et les débats publics une place que ces
produits, pris dans leur ensemble, avaient été dans l’impossibilité
de reconquérir après les flambées historiques des cours en 1974 et
1979, concomitantes aux deux chocs pétroliers. Si les mouvements de
prix sur les marchés avaient été chroniqués depuis lors, c’est
surtout parce que ceux-ci, en apparence, inexorablement baissaient,
au point d’apparaître comme un fléau endémique pour les économies
et les ménages dont les revenus en dépendaient. Après la parenthèse
euphorique des années 1970, le monde et en particulier le monde en
développement redécouvraient au tournant du siècle les tourments de
l’excès. Le pétrole lui-même n’échappait pas à la malédiction
de l’abondance et pour reprendre un titre de The Economist resté
fameux depuis, à l’inexorable déclin de ses prix sur les
marchés1.
La crise de 2006-2008 a reçu dans ce contexte un écho
particulier. Coup de tonnerre dans un ciel maussade, elle a surpris
par son ampleur et sa soudaineté. L’indice des prix des matières
premières mesuré par le FMI, étalonné à la valeur 100 en 2005,
monte à 130 en juillet 2006, dépasse 157 en novembre 2007 ; en
juillet 2008, en moins de trois ans donc, il a plus que
doublé, et s’établit à 219. Il valait tout juste 60, en
moyenne, depuis 1992, année de sa création, jusqu’à 2004. Comment
un tel phénomène n’a-t-il pu être anticipé par les politiques, pris
au dépourvu par ses conséquences sur le revenu disponible, le
pouvoir d’achat, l’inflation, et par le marché lui-même, comme
incapable d’anticiper la rareté ? Les ressorts de l’ajustement
entre l’offre et la demande sont-ils si dissimulés et si mystérieux
pour que sur des marchés constitués depuis plus d’un siècle pour la
plupart d’entre eux, des cours stables et déclinant en moyenne
pendant plus de quinze ans se mettent à doubler ou tripler en
valeur en l’espace de 30 mois ? La clef des réponses à
ces questions, dont les enjeux dépassent la seule recherche et
touchent à la stabilité des économies et des relations
internationales, réside dans l’identification des causes. Causes
conjoncturelles et structurelles, causes propres ou externes à ces
marchés, causes communes ou spécifiques aux produits alimentaires,
boissons, produits agricoles industriels, métaux, énergie, qui
composent le groupe des matières premières, de nombreux articles de
presse et de science, de nombreux discours ont été écrits qui le
plus souvent prennent position pour les unes contre les autres, qui
plus rarement tentent de démêler les unes et les autres, sous ces
différents qualificatifs, afin d’anticiper l’évolution longue des
marchés.
Nous examinons dans cet article les différents facteurs qui ont
pu être avancés en explication de la hausse des cours des matières
premières entre 2006 et 2008, et les confrontons aux connaissances
scientifiques disponibles à cette date. Dans cet exercice nous
insistons en particulier sur les facteurs responsables des
mouvements conjoints de cours sur les marchés de produits
alimentaires et les marchés de l’énergie. Sous-jacent à notre
travail figure le souhait de mieux comprendre les relations
d’équilibre et de déséquilibre nouées entre ces deux marchés, afin
de mieux anticiper leur changement possible durant ces dix
prochaines années.
Nous rappelons dans la première partie les ordres de grandeur de
la hausse des cours, que nous comparons dans le temps et entre
grands groupes de produits. Nous abordons dans la seconde partie la
question des mouvements conjoints de prix et des corrélations entre
marchés. Nous établissons et commentons dans la troisième partie
les causes les plus couramment avancées à la hausse des cours de
matières premières, que nous essayons de classer selon l’importance
des controverses qu’elles ont suscitées. Nous examinons dans la
partie suivante trois causes particulièrement polémiques des
mouvements conjoints de prix sur les marchés agricoles et de
l’énergie, à savoir la hausse de l’offre de biocarburants, la
transition alimentaire et énergétique des pays émergents, et la
spéculation. Nous esquissons en conclusion les nouveaux équilibres
sur lesquels ces relations entre marchés, entrevues durant
l’épisode 2006-2008, pourraient durablement déboucher.
La hausse des cours des matières premières,
2006-2008
Plusieurs organismes, entreprises ou institutions publient des
indices agrégés des prix de matières premières, ainsi de The
Economist, du FMI, du Commodity Research Bureau (CRB), de la banque
d’investissement Goldman Sachs ou encore du Hamburgishces
WeltWirtschafts Institut (HWWI). Comme le souligne Luc Guyau [1]
dans son rapport au Conseil économique, social et environnemental,
ces indices diffèrent essentiellement par le nombre des matières
premières retenues et les pondérations affectées à chacune avant
agrégation. L’indice des prix du HWWI est jugé pertinent pour les
pays développés, en raison du poids affecté aux matières premières
énergétiques et industrielles, prépondérantes dans le panier moyen
d’importation de ces pays. Nous privilégions ici l’emploi de
l’indice du FMI, plus représentatif des produits d’intérêt pour les
importateurs autant que pour les exportateurs de matières
premières. Révisé au cours du temps pour tenir compte de
l’évolution des proportions de chaque produit dans le commerce
mondial, il repose aujourd’hui sur les volumes d’échange constatés
en 2002-2004 (contre 1995-1997 dans sa version précédente).
Le tableau 1 rend compte des
pondérations affectées à chaque grand type de produits.
L’indice agrégé du prix des matières premières du FMI, créé en
1992, a suivi une évolution relativement stable durant les dix
premières années de son existence, avant de connaître une hausse en
2002, soutenue à partir de 2004, culminant en juillet 2008, à
laquelle a succédé un net reflux (figure 1). L’indice a
triplé en valeur nominale entre janvier 2004 et
juillet 2008. Sa moyenne durant les trois années de « boom »
(2006-2008) s’établit à 130 % de sa valeur moyenne enregistrée
entre 1992 et 2005. Une comparaison de l’évolution des prix des
différents produits sur les mêmes périodes apporte des premières
nuances au constat d’un embrasement général et sans précédent des
prix. Parmi les composants de l’indice du FMI, le pétrole a connu
la plus forte hausse (+ 210 %), loin devant les produits
alimentaires (+ 39 %, boissons incluses) et les produits
agricoles à usage industriel (+ 10 %). Si l’on remonte plus
avant dans la comparaison des prix des composants de l’indice, la
hausse moyenne de 2006-2008, comparativement aux valeurs moyennes
prises entre 1980 et 2005, s’établit à un niveau comparable pour le
pétrole (+ 209 %), contre tout juste 30 % pour les produits
alimentaires (boissons incluses) et 22 % pour les produits
agricoles industriels. Cette hausse somme doute modeste des prix
des matières premières hors énergie signale à quel point la hausse
des cours de ces produits a été ponctuelle, n’occupant qu’une
séquence très brève de la période 2006-2008. On a pu lire, et
retenir ainsi, que les prix du maïs avaient presque triplé entre
janvier 2005 et juin 2008, tandis que les prix du blé
s’élevaient de 127 %, les prix du riz de 170 %, les prix de l’huile
de soja de 192 % (Mitchell, 2008). Ces variations sont exactes
mais elles renseignent sur la hausse ponctuelle entre deux mois
particuliers ; elles s’estompent si l’on considère des hausses
moyennes, calculées sur la base de plusieurs mois ou de plusieurs
années.
L’évolution de l’indice du FMI corrigé de l’inflation apporte
des nuances supplémentaires au constat d’une hausse sans précédent
tant par l’ampleur que par la durée2. Les prix
réels du pétrole se sont ainsi accrus de 150 % entre la période
(1980-2005) et la période (2006-2008), contre 5 % pour les produits
alimentaires, tout juste 1 % pour les produits agricoles
industriels, les boissons quant à elles enregistrant même un repli
(figure 2).
Dans une perspective longue, la hausse des cours des matières
premières, toujours considérée en termes réels, a atteint durant le
pic de 2006-2008 à peine les deux tiers de la hausse enregistrée en
1974, et un niveau tout juste comparable à celui des pics de 1976
et du second choc pétrolier. La figure 3 montre que la
hausse n’atteint pas la moitié pour les produits agricoles.
Le mouvement conjoint des prix des différentes
matières premières
Les écarts dans l’ampleur des hausses de cours des différentes
matières premières, considérés dans une perspective longue,
contreviennent en apparence à l’idée que ces produits constituent
un groupe homogène – les « commodities » – dont les différents
composants seraient chacun affectés par les secousses survenus chez
un autre, comme les membres d’un même corps en mouvement.
L’hypothèse d’une contamination des hausses et des baisses de prix
entre marchés de matières premières, ce que dans le jargon des
économistes l’on nomme le « co-mouvement » ou « mouvement conjoint
des prix » resurgit dans les discussions scientifiques et les
débats politiques à chaque « boom » ou « krach » observé sur ces
marchés. Que les prix montent ou baissent, une question stratégique
que posent les décideurs publics aux économistes porte en effet sur
le risque, ou l’opportunité, de voir un tel mouvement de cours
persister et se propager à d’autres marchés de produits que ceux
sur lequel il est observé à l’origine. La hausse du prix du
baril à compter de 2005 précédant celle des autres matières
premières a ainsi pu suggérer que celles-ci avaient suivi de
conserve un mouvement amorcé sur le marché du brent. À nouveau, il
convient de distinguer un déplacement conjoncturel des cours à la
hausse – dont la concomitance entre matières premières est
manifeste sur les courbes durant la séquence 2006-2008 –, du
mouvement de longue durée.
Une manière simple d’établir la corrélation entre les prix de
différents marchés est de recourir au calcul du coefficient du même
nom. Le coefficient de corrélation, d’une valeur comprise
entre 0 (absence de corrélation) et 1 (corrélation parfaite),
indique la proportion de variations de prix commune à deux séries
temporelles. Nous l’avons calculé sur la base de l’indice mensuel
du FMI, par grande famille de produits, et pour différentes
périodes (figure
4).
Nos calculs montrent une corrélation presque parfaite des prix
alimentaires et des prix du baril entre 2006-2008, sans aucun
antécédent durant les périodes précédentes. Cela est vrai également
des boissons ; les produits agricoles à usage industriel ont
conservé à l’occasion de cette crise un niveau de corrélation élevé
et à peu près identique à celui mesuré durant les dix années
précédentes. En 2006-2008, la corrélation entre prix de matières
premières est ainsi irréfutable, et d’autant plus spectaculaire
qu’elle s’observe sur des marchés dont l’évolution comparée des
cours était des plus contradictoires, sinon des plus anarchiques,
quelque vingt ans auparavant.
Peut-on parler de co-mouvement pour autant ? Dans le langage
commun, à l’évidence oui. L’économiste pour autant ne se satisfait
pas d’une corrélation pour établir le co-mouvement. Après tout,
allègue-t-il, deux séries peuvent être temporairement corrélées
sans qu’aucune cause commune n’explique une telle corrélation. Un
artefact statistique peut ainsi donner l’illusion que deux séries
de prix sont dépendantes quand elles ne le sont pas en réalité – la
corrélation est alors fortuite. Affirmer l’existence d’un mouvement
conjoint requiert de trouver une explication commune à la
similitude des mouvements mesurés.
Les économistes formulent le problème de la façon suivante.
Les prix des matières premières s’établissant en fonction du
coût de leur stockage, lequel dépend du taux d’intérêt, et de
l’anticipation de la demande, qui elle dépend de l’activité, une
hypothèse raisonnable devrait être que les mouvements conjoints de
prix sont provoqués par les variables communes régissant le
comportement des stockeurs et de la demande anticipée : taux
d’intérêt, PIB, inflation. Aussi le mouvement conjoint des prix
s’explique-t-il essentiellement, depuis une formalisation due à
Pyndick et Rotemberg [2] par des variables macro-économiques. En
creux du modèle explicatif de Pyndick et Rotemberg on trouve
l’intuition que les mouvements conjoints non expliqués par les
variables macroéconomiques seraient dus à la spéculation. C’est ce
que les deux auteurs suggèrent après avoir testé leur modèle sur
des séries réelles. Si les variables macroéconomiques expliquent
une proportion non nulle des fluctuations de prix des matières
premières, une partie significative semble être induite par
d’autres éléments que les « fondamentaux » (sensés être mesurés par
les variables macroéconomiques) et en particulier la spéculation
:
“A possible explanation for it is that commodity price movements
are to some extent the result of ’herd’ behaviour in financial
markets. (By ’herd’ behaviour we mean that traders are
alternatively bullish or bearish on all commodities for no
plausible economic reason.) Indeed, our finding would be of little
surprise to brokers traders, and others who deal regularly in the
futures and cash markets, many of whom have the common belief that
commodity prices tend to move together. Analyses of futures and
commodity markets issued by brokerage firms, or that appear on the
financial pages of newspapers and magazines, refer to copper or oil
or coffee prices rising because commodity prices in general are
rising, as though increases in those prices are caused by or have
the same causes as increases in wheat, cotton, and gold
prices”(Pyndick et Rotemberg, 1990, p. 1173).
L’hypothèse de mouvements conjoints de prix non expliqués par
les fondamentaux du marché – et donc imputables à la spéculation –
a suscité polémiques et réactions3. Dans un article au
titre explicite – « The Myth of Comoving Commodity Prices » –
Cashin, McDermott et Scott [3] avancent ainsi des résultats qui
valident l’hypothèse de fluctuations de prix causés par des
déterminants macroéconomiques, et en toute logique, invalident
l’hypothèse contraire selon laquelle la spéculation prédominerait :
“The results carry an important policy implication, as the study
provides no support for earlier claims of irrational trading
behavior by participants in world commodity markets.”
Les leçons essentielles que l’on peut tirer de ces polémiques
d’économètres est que le mouvement conjoint de prix est à la fois
observable et avéré, mais en partie inexpliqué, les parts relatives
prises par le hasard, les « fondamentaux » du marché et les
variables « hors fondamentaux » (supposées être spéculatives)
restant délicates à mesurer. Enfin, notre revue bibliographique
montre que l’hypothèse de Pyndick et Rotemberg n’a pas été testée
sur des chroniques de prix couvrant la séquence complète de la
crise – les travaux les plus récents sur le sujet remontant à 2006.
On retiendra donc la définition « commune » et non pas économique
au sens strict des mouvements conjoints de prix : les prix des
produits agricoles et des produits énergétiques ont connu des
mouvements très fortement corrélés durant la période 2006-2008,
contrairement à ce que l’on avait pu observer durant les
précédentes années.
Tableau 1 Pondération des matières premières dans
l’indice de prix du FMI
|
Indice agrégé
|
100
|
|
Energie
|
63,1
|
|
Pétrole
|
53,6
|
|
Gaz naturel
|
6,9
|
|
Charbon
|
2,6
|
|
Hors énergie
|
36,9
|
|
Produits alimentaires
|
18,5
|
|
Produits agricoles industriels
|
7,7
|
|
Métaux
|
10,7
|
Pourquoi les prix des matières premières ont-ils
augmenté ?
La répartition entre causes « fondamentales » et causes «
spéculatives » des mouvements des prix des matières premières n’est
qu’une partie des questions dont se sont préoccupés les acteurs
publics et privés concernés durant l’épisode de hausse de trois
années. Il n’existe que peu d’organismes ou d’institutions qui
ne se soient fendu d’une note ou d’un texte d’analyse dans lequel
les causes de la hausse des cours sont
recensées4. Les acteurs de la société civile –
syndicats, professionnels, ONG – n’ont pas été en reste, le nombre
de tribunes et de prise de parole sur le sujet dans la presse
s’élevant à mesure que les cours progressaient.
Plusieurs conclusions peuvent être tirées de ces contributions.
La première est qu’une liste de causes candidates plutôt
restreinte peut être dressée a posteriori, qui rassemble
l’essentiel des explications avancées sans que les diverses
institutions ou acteurs qui les ont formulées soient d’accord avec
la totalité d’entre elles. La seconde conclusion est que la
pondération de ces causes, et donc la mesure de leur contribution
relative au phénomène observé, est lacunaire. Le possible est
connu, le réel l’est bien moins. Enfin, bon nombre des causes ont
été soumises par les mêmes organismes ou personnalités dans des
situations de marché totalement opposées, en particulier durant la
dépression des cours survenue au tournant du siècle passé.
À phénomène inverse, causes hypothétiques identiques.
Conservatrice en ce sens, la crise de 2006-2008 a comme confirmé
chacun dans l’opinion qu’il se faisait des vertus et des vices de
l’économie de marché.
Dix causes hypothétiques
La hausse des cours peut être lue avec une marge confortable
d’erreur comme le résultat d’un déficit de la demande sur l’offre.
Les raisons sous-jacentes à la croissance de la demande et à
l’inertie de l’offre varient selon les auteurs ; néanmoins, une
série de huit facteurs affectant l’une ou l’autre, à laquelle il
convient d’ajouter deux facteurs complémentaires qui ne leur sont
pas directement liés, peut être établie comme suit5 :
1. La hausse des prix de l’énergie augmente les coûts de
production, et in fine, les prix agricoles. Ses implications
sur le coût de l’électricité, du transport, des intrants chimiques,
se combinent par une hausse des coûts de production agricole.
Des estimations de l’USDA entreprises dans le cadre de la
revue régulière des coûts de production par cette institution [12],
montrent que la hausse des coûts de production du maïs, du soja et
du blé aux États-Unis entre 2002 et 2007 se situe entre 25 et 32 %,
dont environ 12 % seraient imputables à la hausse des prix de
l’énergie. Les prix à l’exportation, qui incluent le coût du
transport domestique, auraient subi une hausse de 15-20 % en raison
du renchérissement de l’énergie. Mesuré à l’importation (cif) et
non plus à l’exportation (fob), la part de l’énergie prise dans les
prix agricoles est plus élevée encore, l’indice international des
prix du fret ayant été multiplié par dix entre 2002 et le pic de
mai 2008 (figure
5)6. Nous verrons plus bas que les estimations
de l’USDA restent disputées, sinon contestés ; la contribution des
prix de l’énergie à la hausse des prix agricoles – autrement dit, à
une direction particulière de prix – est plus aisée à établir que
la contribution au niveau atteint in fine par
ceux-ci7.
2. La hausse de l’offre de biocarburants et en particulier
d’éthanol à partir de maïs nord-américain, a réduit la production
agricole disponible à des fins alimentaires. On sait aujourd’hui
que la croissance spectaculaire de la production de maïs aux
États-Unis entre 2004 et 2007 a été accaparée à 70 % pour la
production d’éthanol. Les implications sur les cours mondiaux
du maïs, puis en cascade, sur les cours de substituts (tant du côté
de l’offre que de la demande) tels que le soja, le blé, puis le riz
et les oléagineux et enfin les huiles végétales sont établies, avec
la même réserve que celle avancée plus haut : contribuer à la
hausse n’est pas équivalent à provoquer une flambée. La canne
à sucre brésilienne se voit attribuer un effet inverse à celui du
maïs, par la mise à disposition d’une quantité considérable de
sucre sur le marché mondial consécutivement à la hausse de la
production intérieure de canne destinée pour plus de moitié à la
production de carburant. L’offre croissante d’éthanol de canne
brésilien aurait ainsi eu un effet d’atténuation déterminant sur le
prix mondial du sucre.
3. Les aléas climatiques. L’Australie a été frappée par
deux sécheresses consécutives en 2006 et 2007, tandis que cette
dernière année, l’Europe subissait des pluies abondantes, avec un
même résultat de réduction de l’offre mondiale de céréales. Cette
sécheresse historique a eu également un impact sur l’élevage (ovin)
néo-zélandais. Le désordre climatique mondial des années 2006
et 2007 a aussi affecté les plantations de palmier et de caoutchouc
indonésiennes et malaysiennes (inondations), les bananeraies
antillaises (cyclone Dean) et les rizières birmanes (cyclone
Nargis). Mitchell [13] observe cependant que dans le cas des
céréales, les mauvaises récoltes australiennes, européennes et
ukrainiennes ont été plus que compensées en 2007 par les
excellentes récoltes de l’Argentine, du Kazakhstan, de la Russie et
des États-Unis. La production mondiale de céréales a bel et
bien décliné en 2006 (– 1,3 % seulement) mais elle s’est accrue en
2007 (+ 4,7%). La météo, toute seule, ne peut expliquer la
hausse des cours ; elle a été, dans des régions particulières, un
facteur aggravant.
4. La croissance de la demande des pays émergents, et en
particulier de la Chine. Energivore et protéinivore, la croissance
chinoise à 2 chiffres a vu ce pays se transformer en importateur
net de produits qu’il exportait moins de dix ans auparavant.
La Chine est aujourd’hui le premier consommateur et
importateur de minerais et métaux, le deuxième consommateur de
pétrole, le premier importateur mondial de soja et d’oléagineux, de
coton, de laine et de caoutchouc. La Chine et l’Inde restent
des exportateurs nets de céréales, la démonstration de leur
responsabilité dans la hausse des cours de ces produits n’est donc
pas triviale, même si les exportations et les stocks ont décliné au
fil du temps en raison de la hausse de la consommation
intérieure.
5. Les politiques publiques de restriction à l’exportation,
mises en place en particulier sur le riz, ont accru l’écart entre
la demande et l’offre mondiale disponibles sur un marché de
surcroît déjà étroit – 7 % de la production mondiale de riz
seulement fait l’objet d’un commerce international8.
6. La baisse du dollar. Le dollar s’est déprécié de 35
% vis-à-vis de l’euro entre janvier 2002 et juin 2008.
Des estimations de la sensibilité des prix des matières
premières (libellés en dollars) aux évolutions du dollar (dite
encore « élasticité ») montrent qu’une dépréciation de 1 % de la
monnaie américaine se traduit par un renchérissement des cours du
pétrole de 1 %, et un renchérissement moyen des cours des matières
premières situé entre 0,5 % et 1 %9. L’USDA relativise
ces chiffres en précisant que la dépréciation du dollar a été
beaucoup plus faible vis-à-vis des monnaies asiatiques qu’elle ne
l’a été vis-à-vis de l’euro. L’estimation médiane de l’effet de la
baisse du dollar sur les cours des matières premières par Mitchell
(2008) situe celui-ci aux alentours de 20 %.
7. La restructuration des marchés (baisse des stocks).
La transformation des filières alimentaires durant les dix
dernières années, marquée par une segmentation accrue en aval entre
produits transformés, une multiplication des filières spécialisées
et accroissement de la dispersion géographique de la production et
de la consommation, s’est accompagnée d’une réduction marquée des
stocks mondiaux (que ceux-ci se rencontrent dans les pays
importateurs ou exportateurs), et particulièrement des stocks
chinois. Les stocks mondiaux de céréales (mesurés en
pourcentage de la consommation mondiale) ont atteint en 2008 le
niveau historique de 15 %, le dernier précédent connu étant celui
des années 1972/73, précédant la hausse concomitante des prix
agricoles et de l’énergie. À la différence de 1973 toutefois, les
stocks ont atteint leur niveau le plus bas pendant voire après la
crise, et non avant, contribuant donc moins à la provoquer qu’à
l’aggraver. Par ailleurs, les faibles niveaux atteints en 2008 sont
à replacer dans la perspective longue de stocks historiquement
élevés durant toute la décennie 1990 (figure 6). Abbott, Hurt,
Tyner [8] soulignent le comportement particulier de la Chine durant
cette période. Les stocks chinois de maïs, de blé et de riz
s’établissaient à 105 %, 90 % et 70 % respectivement en 1998/99.
Les stocks étaient tombés à 26 %, 38 % et 30 % pour ces trois
produits en 2004/05. Si elle n’a pas provoqué la crise, la baisse
des stocks depuis 2000 a considérablement réduit les capacités de
réaction de l’offre à la hausse des prix.
8. L’étroitesse des marchés. Les produits agricoles dont la
hausse fut la plus précoce et la plus marquée (céréales) sont
relativement peu échangés dans le monde en proportion de l’offre
disponible : sans tomber au niveau extrêmement faible du riz que
nous avons évoqué plus haut, les céréales dans leur ensemble sont
essentiellement consommées sur leur lieu de production (11 % de la
production mondiale de céréales fait l’objet d’un commerce
international). La situation est inverse pour les boissons
tropicales dont la hausse des cours fut beaucoup moins marquée.
L’effet mécanique sur les prix d’un « choc » survenant sur un
marché étroit – que ce choc affecte l’offre ou la demande – est
intuitif : une variation même faible de la demande ou de l’offre en
proportion de la consommation ou de la production mondiale peut
devenir significative en proportion des échanges, du fait même que
ceux-ci représentent une part ténue des volumes produits ou
consommés. En vertu de la loi des grands nombres, un marché « large
» absorbera davantage les chocs qu’un marché étroit10.
L’élément de polémique porte sur les raisons de l’étroitesse de
certains marchés agricoles. Hormis les mesures de restriction aux
échanges, prises pour l’essentiel pendant la crise et non avant,
des mesures de protection ou de subvention ont été incriminés.
Les mesures de protection restreignent l’étendue du marché
mondial librement accessible. Les mesures de subvention
dépriment les prix et dissuadent des offreurs potentiels et
efficaces d’investir dans la production et d’entrer sur le marché.
C’est sur la base de ces deux arguments controversés que Pascal
Lamy par exemple, directeur général de l’OMC, a pu au plus fort de
la crise presser les pays membres de son organisation de hâter la
signature d’un accord de libéralisation11.
9. La spéculation. L’influence des marchés à terme sur
l’évolution des cours des matières premières au comptant (« spot »)
est une antienne qui s’invite à chaque crise dans le débat public.
Plusieurs éléments expliquent qu’en 2006-2008 la « spéculation » et
les « spéculateurs » aient été particulièrement mis à contribution
pour expliquer l’emballement des cours. Le premier tient à la
superposition de deux crises – celles des matières premiers et des
subprimes nord américains – et à la possible propagation de l’une à
l’autre, les marchés de matière première en plein boom offrant un
refuge aux investisseurs financiers et l’opportunité d’effacer une
partie de leurs dettes et créances douteuses. La seconde
raison réside dans la modification de la régulation des marchés à
terme de matière première, autorisée par l’administration Bush,
afin précisément de faciliter les prises de position sur les
marchés à terme de matières premières par des investisseurs sans
rapport avec ces marchés. Pour autant, peu d’analyses isole la
spéculation comme facteur déclenchant, celle-ci étant en général
considérée comme l’écume de la vague qui a soulevé les marchés
pendant trois ans. Nous revenons sur les controverses entourant le
rôle de la spéculation dans la partie suivante.
10. Le sous-investissement dans le secteur agricole. « La
crise alimentaire mondiale est avant tout le résultat de
l’insuffisance des investissements observée depuis un certain
temps, et qui a causé la baisse de la productivité agricole des
pays en développement. Cette baisse a elle-même été aggravée par la
dégradation des sols. La crise n’est donc pas causée par un
groupe, un pays, ou un type de culture en particulier »,
affirmaient Kathleen Abdalla et Aslam Chaudhry, de la Division du
développement durable du Département des affaires économiques et
sociales des Nations Unies (DESA), et John Pender de l’Institut
international de recherche sur les politiques
alimentaires12. Cette idée, formulée surtout au sein des
agences de l’ONU et des centres publics de recherche, est sans
doute moins polémique que les précédentes. La Banque mondiale
elle-même a produit en 2007 un rapport sur le développement dans le
monde dont le thème était l’agriculture, en sorte de mea culpa pour
le peu d’intérêt que l’institution avait manifesté pour ce secteur,
des années durant, dans ses activités de financement. Pour autant,
aucune institution ne désigne le peu d’investissements publics dans
la recherche agricole comme un facteur déclenchant de la crise.
Des responsabilités relatives difficiles, sinon impossibles
à établir
Aucune étude n’a tenté d’identifier le poids relatif de tous ces
facteurs au sein d’un même modèle13. L’explication la
plus couramment avancée est que chacun a contribué à la hausse des
cours : certains de manière autonome, d’autres facteurs qui n’ont
fait qu’en renforcer l’effet, d’autres de manière conditionnelle et
dépendante des autres facteurs énoncés. Autrement dit, certains
facteurs ont provoqué la hausse, d’autres l’ont amplifiée. Sur la
base de ce constat partagé, les divergences apparaissent, certains
auteurs identifiant une variable comme « déterminante », d’autres
comme simplement « exagératrice » de la hausse des cours et
conditionnelle à l’apparition de causes plus lourdes d’effets.
Les variables candidates « déterminantes » sont le plus souvent
la hausse des coûts de production agricoles en raison de la cause
des prix de l’énergie, l’offre de biocarburants, la hausse de la
demande chinoise et la spéculation. Précisons que s’il fait peu de
doutes qu’elles sont à même, individuellement, d’amplifier une
hausse des prix, leur responsabilité initiale et leur rôle relatifs
dans l’ampleur atteinte par l’inflation des cours des matières
premières sont encore à ce jour fort mal établis. De manière
plus générale, les auteurs soulignent que le poids relatif des
différents facteurs dans la hausse des prix alimentaires est
difficile, sinon impossible, à mesurer [10, 12].
À l’opposé des 4 variables « déterminantes » – ou supposées
telles – que nous venons de citer, la contribution du taux de
change et des politiques de restrictions aux exportations
(postérieures à la crise pour la quasi-totalité d’entre elles)
semble pouvoir être classée comme conditionnelle, sans trop de
polémiques. Enfin, entre ces deux groupes de causes ou facteurs
explicatifs, les aléas climatiques, le sous-investissement public
et privé dans le secteur agricole et la restructuration des marchés
(baisse des stocks) apparaissent dans une situation intermédiaire.
Moins polémiques que le premier groupe de facteurs, ils ne font
cependant pas l’unanimité (tableau
2).
II convient de noter que les facteurs dont le poids relatif est
le plus controversé sont ceux affectant à la fois les deux marchés
qui nous intéressent ici – le marché des produits agricoles et
celui de l’énergie. Parmi ceux-ci, nous revenons dans la partie
suivante sur les facteurs qui auraient lié entre eux, sans
comparaison avec ce que l’on avait pu observer par le passé, les
deux catégories de produits, créant l’éventualité d’un lien inédit
et persistant à l’avenir entre ces deux marchés. Sur ce double
critère de causalité commune et nouvelle (ou renforcée), nous
insisterons donc en particulier sur le rôle des biocarburants, de
la transition énergétique et alimentaire des pays émergents, et sur
la spéculation.
Tableau 2 Une tentative de classement des facteurs
explicatifs de la hausse des cours. La qualification de
controverses « fortement » ou « faiblement controversées » est
évidemment subjective.
|
Causes fortement controversées
|
Causes faiblement controversées
|
Causes conditionnelles relativement bien acceptées
|
|
Hausse des coûts de production agricole en raison de la hausse du
prix de l’énergie
|
Aléas climatiques
|
Baisse du dollar
|
|
Hausse de l’offre de biocarburants
|
Restruction des marchés (baisse des stocks)
|
Politiques de restriction aux exportations
|
|
Croissance de la demande des pays émergents
|
Sous-investissement dans le secteur agricole
|
|
|
Spéculation
|
|
|
Les facteurs conjoints de hausse, nouveaux
ou renforcés
Les biocarburants sont-ils coupables ?
Comme dans un célèbre roman de Faulkner, l’intrigue se noue autour
d’un épi de maïs. La nouveauté du lien entre marchés de
produits agricoles et marchés de l’énergie est difficilement
contestable. La hausse du besoin mondial d’importation de maïs
a été concomitante à celle de la hausse de la demande intérieure de
maïs aux États-Unis pour la production d’éthanol, qui se situe
aujourd’hui à environ 29 % de la consommation de maïs de ce pays
(figure 7).
Comme le souligne Collins [15], l’expansion de la consommation de
maïs pour la production d’éthanol s’est véritablement accélérée à
partir de 2004/05, avec la promulgation aux États-Unis de l’Energy
Policy Act, en période de hausse marquée des cours du baril, avec
l’objectif explicite d’accroître la part des biocarburants dans le
« mix » énergétique du pays. Marchés agricoles et marchés de
l’énergie sont donc liés par l’anticipation d’un prix élevé du
baril et la nécessité de sécuriser l’approvisionnement énergétique
des États-Unis.
On retrouve pareille préoccupation en Europe dans le « paquet
climat-énergie » adopté par le Parlement européen le 17 décembre
2008, lequel stipule que chaque État membre de l’Union doit
atteindre l’objectif de 10 % de biocarburants dans la consommation
d’énergie finale par les transports à l’horizon 2020. Cet objectif
implique que 60 % des huiles végétales consommées en Europe le
seront pour la production de biocarburant à cette date (Commission
européenne [16]). Les données rétrospectives et de
prospectives rassemblées par Goldman Sachs [17] montrent qu’il y a
eu un « choc » de la demande énergétique adressée aux produits
agricoles à compter de 2004 (figure 8), et
l’anticipation légitime que la hausse de l’offre de biocarburant
devrait persister (figure 9).
Si l’on considère l’ensemble des céréales, des estimations de
l’USDA montrent que la demande de maïs américain pour la production
d’éthanol entre pour 1/3 dans la croissance de la demande mondiale
de ces produits (contre un quart pour la consommation animale et
environ 45 % pour la demande alimentaire). Certains ont vu dans ce
chiffre des raisons de relativiser la responsabilité de l’éthanol
de maïs américain dans la hausse des cours mondiaux du blé et
d’autres céréales – et in fine dans la hausse des cours agricoles
considérés dans leur ensemble.
L’utilisation de données agrégées au niveau mondial minore
immanquablement la part qu’occupe statistiquement la consommation
énergétique de maïs nord américain dans l’ensemble des céréales
produites et consommées (figure 10). Ainsi selon
Bricas et Bru [18], « [c]e ne sont pas les volumes actuels de
produits agricoles destinés aux agrocarburants qui expliquent la
hausse des prix, sauf localement chez les fournisseurs de maïs des
États-Unis, principaux producteurs de ces carburants. D’après les
estimations d’Agrimonde, projet de prospective mené par le Cirad et
l’Inra, sur le total des calories végétales produites dans le
monde, moins de 5 % sont destinées aux usages non alimentaires dont
font partie les agrocarburants. L’alimentation humaine représente
55 % de ce total et l’alimentation animale 30 %. En outre, les
volumes destinés aux agrocarburants sont, pour le moment, faibles.
Ainsi, selon l’Agence internationale de l’énergie, en 2005, 1 % des
terres cultivées servaient à produire des agrocarburants remplaçant
1 % de notre consommation mondiale de carburants fossiles. En
revanche, la hausse annoncée de l’utilisation des céréales pour des
agrocarburants accroît l’intérêt du marché des produits agricoles
pour les spéculateurs financiers. C’est donc plus l’anticipation de
cette hausse de la demande qu’une hausse réelle qui contribue à
expliquer la flambée des prix. »
Si la hausse du prix américain du maïs, puis des céréales,
s’explique par l’accroissement rapide de la demande intérieure de
maïs pour la production de biocarburants, les discordances entre
analyses concernent l’effet de contamination de la hausse des prix
américains à l’ensemble du monde et à d’autres produits. Retenons
ici, même si les chiffres sont contestables (en particulier en
l’absence de contrefactuel solide) les ordres de grandeur des
simulations quantitatives conduites pour situer la contribution de
la hausse de l’offre de biocarburants de maïs américain dans
l’accroissement des prix mondiaux agricoles durant l’épisode
2006-2007 (tableau 3).
Retenons aussi que la tension provoquée par la raréfaction
réelle et anticipée du maïs alimentaire sur le marché
nord-américain a eu des effets directs sur les cours du soja et du
blé, par substitution dans les assolements, laquelle a contribué à
la hausse et à l’amplitude exceptionnelle des cours, même si la
mesure exacte de cette contribution est impossible, tout comme sa
mesure relative, en l’état des modèles mondiaux disponibles.
Tableau 3 Estimations de la propagation des effets de
la hausse de la production de biocarburant de maïs américain sur
les cours des céréales
|
Auteurs
|
Hausse expliquée Produits
|
|
Lipsky [20]
|
70% Maïs 40 % Soja
|
|
Collins [15]
|
60 % Maïs
|
|
Rosegrant [21]
|
47 % Maïs 26 % Blé 25 % Riz
|
La transition alimentaire et énergétique des pays
émergents
La croissance des pays émergents, en particulier de l’Inde et de la
Chine, est couramment citée comme une hausse majeure des cours
alimentaires14. Comme le rappelle Alexandratos [19], la
voix d’Amartya Sen s’est mêlée au concert, pour souligner que « les
riches avaient de plus en plus faim » et que leur appétit risquait
d’être fatal aux plus pauvres15. Des mesures par la
FAO signalent pourtant que la croissance de la consommation
chinoise et indienne de céréales a été sensiblement moins forte
entre 2002 et 2008 que durant les années 1990 – exception faite du
maïs [19]. Et si la consommation de viande a continué de croître,
la croissance s’est plutôt ralentie durant les cinq dernières
années. L’évolution de la consommation de viande n’a pas eu non
plus le caractère exceptionnel que l’on a pu lire dans la presse.
Au total, l’effet de la hausse du revenu chinois et indien sur les
prix mondiaux des céréales est modeste tout au plus selon la FAO et
la Banque mondiale [22].
Tel n’est pas le cas en revanche des oléagineux et des huiles
végétales, dont la demande d’importation indienne mais surtout
chinoise s’est considérablement accrue depuis le tournant du siècle
(figure 11).
La Chine par exemple importe aujourd’hui 45 % des graines de
soja échangées dans le monde, contre à peine 10 % il y a dix ans.
La transition alimentaire vers des régimes de consommation
riches en lipides survient dans les pays émergents à des niveaux de
revenu beaucoup plus faibles que ce que l’on a pu observé au
XIXe et XXe siècle parmi les pays de
l’OCDE [23]. Par ailleurs, la demande d’oléagineux pour la
production de biodiesel a également joué un rôle non négligeable.
L’USDA estime que 7 % de l’offre d’huiles végétales dans le monde
étaient utilisés en biodiesel en 2007, lequel entrerait pour 1/3
dans la croissance de la consommation d’huiles végétales entre 2004
et 2007. L’effet revenu a donc très vraisemblablement joué pour ces
produits, tant sur la consommation énergétique que sur la
consommation alimentaire, sans pour autant créer un « choc » qui
une année particulière aurait frappé le marché et l’aurait poussé
vers des sommets.
La spéculation
L’intérêt porté par les investisseurs pour les marchés de matières
premières durant la période 2006-2008 a connu sans doute sa
manifestation la plus spectaculaire par la publication d’un
témoignage d’un gestionnaire de fonds d’investissement sur la
responsabilité des investisseurs institutionnels dans les hausses
conjointes des prix de l’alimentation et de l’énergie. Intitulé
“The Accidental Hunt Brothers – How Institutional Investors
Are Driving Up Food and Energy Prices”, la charge de Michael
Masters et de son co-auteur Adam White est implacable (Masters et
White [24]). L’argument principal, et ses preuves, peuvent être
exposés comme suit.
Forme hybride de marché sur lequel se côtoient des opérateurs
gérant le risque encouru sur les marchés physiques (les physical
hedgers dits encore commercial en référence à une activité de
commerce de matière première) et les spéculateurs sur matière
première (ou « non commercial ») n’intervenant eux jamais sur le
marché physique, les marchés à terme de matières premières ont
connu un bouleversement considérable ces cinq dernières années.
Alors que prédominaient les opérateurs physiques et que
l’intervention des spéculateurs, nécessaire à l’octroi de
liquidités dans le marché, restait limitée et sévèrement
réglementée (et ce depuis les leçons de la crise de 1929 prises par
l’administration Roosevelt en 1936 dans son Commodity Exchange
Act), la distinction entre marchés à terme de matières premières et
marchés financiers est devenue poreuse. Un assouplissement de la
législation en 1991, 1998 puis en 2003, a ouvert les marchés à
terme de matières premières à un nombre croissant d’investisseurs
extérieurs, les fonds de pension et compagnie d’assurance-vie étant
les plus connus du grand public. Tel est le cas en particulier des
investisseurs sur indice de matière première (index speculators),
investisseurs qui voyaient dans la liberté accrue d’intervenir sur
les bourses de matière première l’opportunité d’enregistrer des
gains supérieurs aux rendements sans risque, tout en diversifiant
leur portefeuille par des placements sur des actifs présentant une
corrélation faible ou négative avec d’autres classes d’actifs.
Les indices de matières premières les plus connus sont le The
Standard & Poors - Goldman Sachs Commodity Index, le the Dow
Jones – AIG Commodity Index, l’indice Deutsche Bank liquid
commodity index (DBCI) et l’indice Reuters CRB.
Les principales différences entre ces différents indices
portent sur les pondérations accordées à certains types de matières
premières, en particulier les produits énergétiques. Le tableau 4 montre la composition et la
pondération du S&P-GSCI (lequel comporte 24 commodities) et de
l’indice DJ-AIG (19 produits). L’évolution de cet indice sert de
référence aux placements des investisseurs institutionnels sur ces
marchés. En pratique, les investisseurs sont « long » c’est-à-dire
acheteurs sur les marchés à terme de matières premières.
Ils spéculent à la hausse en faisant tourner (« rouler » en
anglais) une position d’achat qu’ils dénouent avant maturité et
renouent de période en période, enregistrant des profits
substantiels tant que les cours des composants de l’indice montent.
Le sort des prix de l’énergie et des prix des denrées se
trouve ainsi, par l’activité de ces spéculateurs sur indice,
intrinsèquement lié.
Entre 2003 et 2008, les achats sur marchés à terme de matières
premières effectués sur la base d’indices tels que ceux que l’on
vient de décrire sont passés de 13 à 317 milliards de dollars.
Au cœur de l’argument de Masters et White figure le fait que la
part des positions prises sur les marchés à terme par spéculateurs
sur indice a connu un essor sans précédent entre 2005 et 2008 (figure 12). En 1998,
les physical hedgers ou « commerciaux » détenaient 77 % des
positions d’achat prises sur les marchés à terme de matières
premières, les spéculateurs traditionnels (« non commercial ») 16 %
et les spéculateurs sur indice 7 %. En 2008, les proportions se
sont renversées. Les opérateurs physiques détiennent 31 % des
positions d’achat, les spéculateurs traditionnels 28 % et les
spéculateurs sur indice 41 %. Cette proportion peut approcher 70 %
sur certains produits (figure 13). Ce sont
2,7 millions de contrats à terme de matières premières qui ont
été achetés par les spéculateurs sur indice entre 2003 et 2008,
contre 1,4 millions pour les spéculateurs traditionnels et moins de
900 000 pour les hedgers.
Plusieurs études revues par Mongars et Marchal-Dombrat [25] dans
un document publié la Banque de France, examinent l’hypothèse de
matières premières constituant une classe d’actifs à part entière,
sous-jacente à l’argumentation de Masters et White. Parmi les
études recensées, celles de Gorton et Rouwenhorst [26] et JP Morgan
[27] suggèrent que l’introduction des matières premières dans un
portefeuille diversifié permet d’améliorer le ratio
rendement/risque du portefeuille. Ibbotson Associates [28] situent
la part optimale des matières premières au sein d’un portefeuille
diversifié dans une fourchette de 22 % à 29 %.
« L’intérêt des investisseurs pour les matières premières s’est
intensifié au cours des dernières années en liaison avec la
progression spectaculaire des cours de la plupart d’entre elles »
notent Mongars et Marchal-Dombrat en 2006. « Certains investisseurs
institutionnels – tels que des fonds de pensions néerlandais ou
californiens – ont confirmé qu’ils s’étaient constitués ou
envisageaient de se constituer une exposition modeste (moins de 5 %
de leurs actifs) aux matières premières. En parallèle, le
développement de nouveaux supports d’investissement a permis aux
investisseurs particuliers d’acquérir également ce type
d’exposition. Le sentiment que la rapide croissance économique
en Asie devrait se poursuivre et se traduire par une demande
soutenue de ces pays pour les matières premières peut expliquer cet
engouement. Celui-ci semble être également alimenté par les travaux
académiques et d’analystes de marché soulignant que l’introduction
des matières premières dans les portefeuilles est une source
appréciable de diversification des risques. Ce constat et
cette interprétation suggèrent que les investisseurs sont amenés à
introduire progressivement mais durablement les matières premières
dans leurs portefeuilles ».
Peut-on néanmoins affirmer que les matières premières
constituent une classe d’actifs à part entière ? S’interrogent les
deux auteurs. Au terme de leur étude, ils apportent « une réponse
positive à cette question dans la mesure où, sur longue période, le
rendement des placements liés aux matières premières paraît
supérieur au rendement sans risque et présenter une corrélation
faible ou négative avec d’autres classes d’actifs et ne semble pas
pouvoir être reproduit à partir d’une simple combinaison linéaire
d’actifs ».
La seule incertitude concerne à nouveau la causalité réelle
entre hausse et ampleur des cours d’un côté, et spéculation
excessive de l’autre. Masters et White soutiennent une telle
causalité, qu’ils établissent sur la base d’une corrélation
significative entre positions d’achat spéculatives et hausses des
prix des matières premières. Ils soulignent par ailleurs, avec
d’autres auteurs, que la contamination, par les activités sur
indice, d’une spéculation particulière propre au marché du pétrole,
est à peu près avérée [29], tandis que les présomptions d’un report
de positions spéculatives sur les matières premières après
effondrement de la bulle internet (figure 14), puis des
bulles de l’immobilier et enfin celle des subprimes est très forte
même si elle n’est pas démontrée. La remise en cause du rôle
déclencheur de la spéculation est à rechercher du côté
d’économistes tels que Irwin et Holt [30] et Gilbert [31].
Les réserves des premiers concernent une période qui ne nous
intéresse pas directement ici, puisqu’elle précède la flambée de
2006-2008. Christopher Gilbert quant à lui a testé
économétriquement la responsabilité des investissements sur indices
dans la hausse des cours de 4 produits côtés au marché à terme du
Chicago Board of Trade – le maïs, le soja, l’huile de soja et le
blé. Il montre que la causalité est avérée dans le cas du soja
– mais dans le cas du soja seulement, concluant ainsi qu’au total,
les preuves d’une responsabilité de la spéculation sur indice dans
le boom des prix des matières premières entre 2006 et 2008 restent
limitées.
Nous pouvons retenir cependant que, même limitée au soja selon
les calculs de Gilbert [32], la spéculation a joué un rôle moteur
dans la hausse des cours d’une matière première, en lien direct
avec la hausse provoquée sur le pétrole par ces mêmes investisseurs
institutionnels. Nous avons au total complémentarité de trois
causes, chacune déterminante de la hausse du prix d’une denrée
conjointement à celui de l’énergie : l’offre de biocarburant dans
le cas du maïs, la spéculation sur indice dans le cas du soja, et
l’anticipation générale (même si elle est erronée sur la seule base
de la balance courante actuelle des produits agricoles des pays
considérés) de la demande d’énergie et de produits alimentaires de
la part des pays émergents durant les prochaines années.
Tableau 4 Pondération des indices de matières premières
(S&P-GSCI et DJ-AIG)
|
|
S&P-GSCI
|
DJ-AIG
|
|
Produits agricoles
|
Cacao
|
0,2
|
0
|
|
Café
|
0,5
|
2,7
|
|
Maïs
|
3,6
|
6,9
|
|
Coton
|
0,7
|
2,2
|
|
Huile de soja
|
0
|
2,9
|
|
Soja
|
0,9
|
7,4
|
|
Sucre
|
2,1
|
2,8
|
|
Blé
|
3
|
3,4
|
|
Blé KC
|
0,7
|
0
|
|
Élevage
|
Porc
|
0,8
|
2,5
|
|
Bœuf
|
1,6
|
4,1
|
|
Énergie
|
Pétrole brut brent
|
14,8
|
0
|
|
Pétrole brut WTI
|
40,6
|
15
|
|
Diesel
|
5,4
|
0
|
|
Fuel domestique
|
5,3
|
4,5
|
|
Essence
|
4,5
|
4,1
|
|
Gaz naturel
|
7,6
|
16
|
|
Métaux de base
|
Aluminium
|
2,1
|
6,9
|
|
Plomb
|
0,2
|
0
|
|
Nickel
|
0,5
|
1,7
|
|
Zinc
|
0,4
|
1,8
|
|
Cuivre
|
2,6
|
6,7
|
|
Métaux précieux
|
Or
|
1,5
|
6,1
|
|
Argent
|
0,2
|
2,4
|
Conclusion
Notre travail a consisté à revoir et organiser les facteurs
explicatifs de la hausse des cours des produits alimentaires et des
produits de l’énergie selon leur degré de responsabilité commune
dans l’épisode du « boom » des années 2006-2008, et leur possible
implication dans un rapprochement futur de ces deux marchés.
Sur la base de notre revue critique de la littérature, sept
résultats relativement robustes, même s’ils restent entachés d’une
appréciation controversée, méritent d’être relevés.
1. La hausse des cours des matières premières dans leur
ensemble est certes spectaculaire lorsqu’on la mesure en dollars ou
en euros courants, mais elle est très relative et même modeste en
comparaison des sommets atteints durant les années 1970. Elle
touche de surcroît les différents produits constituant l’agrégat
des matières premières de manière très différenciée – le marché de
l’énergie étant le plus affecté par l’envolée des prix, loin devant
les produits alimentaires, les boissons et les produits agricoles à
usage industriel.
2. Un mouvement conjoint des cours agricoles et de l’énergie se
manifeste pendant l’épisode bref de hausse s’étirant de 2006 à
2008, sans antécédent connu durant les vingt années qui précèdent.
Il y a bien une nouveauté, au regard de l’histoire récente,
dans l’envolée simultanée des cours de l’alimentation et de
l’énergie, même si l’épisode est bref.
3. Une série de dix causes hypothétiques, plus ou moins
controversées, peut être avancée, qui comporte les éléments
suivants : hausse des coûts de production agricole en raison de la
hausse du prix de l’énergie, hausse de l’offre de biocarburants,
croissance de la demande des pays émergents, spéculation, aléas
climatiques, restructuration des marchés (baisse des stocks),
sous-investissement dans le secteur agricole, baisse du dollar,
enfin politiques de restriction aux exportations. Aucune évaluation
quantitative ne permet de dégager les pondérations relatives de ces
différentes causes hypothétiques d’évolution à la hausse des prix
de marché.
4. Parmi ces causes, les plus controversées sont celles
candidates à l’explication de la hausse conjointe des prix
alimentaires et de l’énergie. Il s’agit de l’offre de
biocarburants, de la croissance de la demande des pays émergents,
et de la spéculation.
5. À l’exception de la demande des pays émergents, dont la
responsabilité immédiate semble pouvoir être rejetée, les deux
autres facteurs de hausse conjointe que sont les biocarburants et
la spéculation ont, d’après les évaluations statistiques, joué un
rôle déterminant dans la hausse immédiate d’un produit particulier.
Il s’agit du maïs dans le cas des biocarburants, et du soja
dans le cas de la spéculation.
6. Les substitutions du côté de l’offre physique de
produits alimentaires (maïs/blé, maïs/soja, soja/blé) et les
substitutions du côté de la demande « papier » – c’est-à-dire
financière – de ces produits à des fins de diversification de
risque (indices de matières première/equity), ont tout ensemble,
dans l’anticipation d’une tension croissante et prolongée du marché
en raison de hausse attendue de la demande des pays émergents,
propagé la hausse à d’autres produits agricoles et amplifié
celle-ci.
7. Des interrelations inédites ou considérablement
renforcées, en comparaison du passé, entre marchés agricoles et
marchés de l’énergie se sont au total cristallisées en 2006-2008
autour de l’essor des biocarburants de première génération, de la
spéculation sur indice et de l’anticipation d’une demande
d’importation de produits alimentaires et énergétiques par les pays
émergents à long terme. La persistance de cette interrelation
dans un avenir proche semble probable, ces deux types de marchés
étant liés « par de nouvelles modalités » selon les conclusions de
Good et Irwin [33] – même si une telle persistance est soumise
à plusieurs incertitude. Celles-ci concernent pour l’essentiel la
vitesse de remplacement des biocarburants de première génération
par des biocarburants de seconde génération ; les règles encadrant
la spéculation sur indice aux États-Unis susceptible d’émerger
durant la gestion de la crise financière par la nouvelle
administration américaine ; enfin les trajectoires de croissance
énergétique et alimentaires des pays en développement (croissance
reposant sur les services, « à l’indienne », ou sur l’industrie, «
à la chinoise »).
Références
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récente des prix et conséquences sur la conjoncture économique et
sociale. Rapport du Conseil Economique, Social et Environnemental,
Les éditions des Journaux officiels. 2008.
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24 Masters MW, White AK. The Accidental Hunt Brothers. How
Institutional Investors Are Driving Up Food and Energy Prices.
Special Report, 31 juillet 2008.
25 Mongars P, Marchal-Dombrat C. Les matières premières :
une classe d’actifs à part entière ? Banque de France, Revue de la
stabilité financière, n°9, décembre 2006.
26 Gorton G, Rouwenhorst G. Facts and fantasies about commodity
futures. NBERWorking Paper, n° 10595, février 2005.
27 JP Morgan Securities Ltd. Are alternatives the next bubble?
Septembre 2006.
28 Ibbotson Associates. Strategic asset allocation and
commodities. 27 mars 2006.
29 Masters MW, White AK. The Accidental Hunt Brothers
– Act 2. Index Speculators Have Been a Major Cause of the Recent
Drop in Oil Prices”, special. Update 2008 ; 10
(septembre).
30 Irwin et Holt (2004)
31 Gilbert CL. Commodity Speculation and Commodity Investment.
Discussion Paper 20, Universita Degli Studi Di Trento. 2008.
32 Gilbert CL. How to Understand High Food Prices. Discussion
Paper 23, Universita Degli Studi Di Trento. 2008.
33 Good D, Irwin S. The New Era of Corn, Soybean, and Wheat
Prices, Marketing and Outlook Brief 08-04, Department of
Agricultural and Consumer Economics, University of Illinois at
Urbana-Champaign, September 2008.
34 Masters WA, Shively G. Introduction to the special
issue on the world food crisis. Agricultural Economics 2008
(39) : 373-4.
35 Headey D, Fan S. Anatomy of a crisis: the causes
and consequences of surging food prices. Agricultural Economics
2008 (39) : 375-91.
36 Dewbre J, Giner C, Thompson W, Von
Lampe M. High food commodity prices : will they stay? who will
pay? Agricultural Economics 2008 (39) : 393-403.
37 Fuglie KO. Is a slowdown in agricultural productivity
growth contributing to the rise in commodity prices? Agricultural
Economics 2008 (39) : 431-41.
38 Boussard JM, Gérard F, Piketty MG. Pourquoi
les prix agricoles augmentent-ils ? OCL 2008 ; 15
(2) : 81-7.
39 Boussard JM, Gérard F, Piketty MG. Should
global agriculture be liberalized ? Theories, models and realities.
Montpellier, France : Quae, 2008.
13 Une exception est celle de Gohin et
Dronne [14] dont le modèle toutefois ne parvient pas à expliquer,
comme le signalent les auteurs eux-mêmes, près de la moitié des
mouvements de prix observés.14 Voir par
exemple par exemple le World Economic Outlook du FMI (p. 60)
d’avril 2008.15 “The Rich Get Hungrier”,
New York Times, 28 mai 20082 Plusieurs «
déflateurs » permettent de corriger une série de prix ou d’indices
mesurés en termes courants. Nous avons choisi l’indice des prix des
produits manufacturés (Manufacture Unit Value ou MUV) calculé par
la Banque mondiale, indice parmi les plus fréquemment utilisés pour
la transformation des prix mondiaux courants en prix réels,
c’est-à-dire en prix corrigés de l’inflation.3 Citons Palaskas et Varangis [4], Cashin, McDermott
et Scott [3], Ai, Chatrath et Song [5] et Frankel [6].4 Citons à titre d’illustration, et pour la seule
année 2008, les contributions de la Banque Mondiale (Mitchell,
[7]), de la Farm Foundation (Abbott, Hurt, Tyner [8]), de l’IFPRI
(Von Braun, [9]), de la FAO (Alexandratos, 2008), de l’USDA
(Trostle [10]), de Chatham House (Evans [11]), du Conseil
Economique, Social et Environnemental français (Guyau [1]).
Signalons aussi le numéro spécial de la revue Agricultural
Economics (vol. 39), avec les contributions de Masters et Shively
[34], Headey and Fan [35], Dewbre, Giner, Thompson, Von Lampe [36],
Flugie [37]. Soulignons enfin le travail de Boussard, Gérard et
Piketty [38] qui, sur la base d’un modèle d’équilibre général
calculable dynamique incluant le risque et des anticipations
imparfaites, expliquent la hausse de la volatilité des prix
agricoles par les seules erreurs d’anticipation. Parce que ce
modèle explique la hausse de la volatilité et non la hausse des
prix en tant que telle, nous ne l’avons pas retenu dans notre
analyse. Le lecteur curieux pourra se reporter en plus de l’article
sus-mentionné, à l’ouvrage le plus récent des auteurs – Boussard,
Gérard, Piketty [39].5 Liste établie sur
la base des études, rapports ou compte rendus de conférences de la
note 4 supra, en plus des contributions de Gilbert (2008a, 2008b)
et de Mili (2008).1 Voir les articles
“Drowning in oil” et “The next shock” de The Economist, 4 mars 1999
dans lesquels le journal britannique annonce que le prix du baril
pourrait passer sous les 10$.6 L’indice de
prix de référence des activités de transport maritime en vrac de
matière sèche – dit aussi « fret sec » – est le Baltic Dry Index
(BDI), créé à Londres en 1998 et établi sur une moyenne des prix
pratiqués sur 24 routes mondiales de transport de matières telles
que les minerais, le charbon, les métaux, les céréales et les
engrais.10 Sous réserve que les « chocs »
soient indépendamment distribués et n’affectent pas toutes les
régions productrices ou consommatrices en même temps. Un choc météo
répond à ce critère.7 Ce constat, et cette
précaution, valent pour toutes les causes hypothétiques avancées
ici. Expliquer pourquoi un prix monte est une chose ; expliquer
pourquoi il atteint des sommets aussi élevés est beaucoup plus
compliqué.11 Rapport au Conseil Général
de l’OMC du 7 mai 2008, reproduite sur le site de l’OMC
http://www.wto.org/french/news_f/news08_f/gc_chair_tnc_7may08_f.htmsous
le titre « M. Lamy dit que la crise alimentaire rend encore plus
urgente la conclusion du Cycle ».8
L’Argentine, l’Inde, le Kazakhstan, le Pakistan, l’Ukraine, la
Russie et le Vietnam, ont mis en place des restrictions à
l’exportation de céréales en 2007 pour atténuer la hausse des prix
intérieurs.12 Voir le communiqué de
presse de l’ONU « L’insuffisance d’investissements dans la
productivité agricole identifiée comme un des principaux facteurs
de déclenchement de la crise actuelle »,
http://www.un.org/News/fr-press/docs/2008/Conf080506-AGRICULTURE.doc.htm9 Rapport annuel de la Banque des règlements
internationaux (BRI), 30 juin 2008.
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