ARTICLE
Auteur(s) : Société Française d’Hématologie
Diagnostic
Le diagnostic de myélome multiple (MM) implique les examens
suivants :
- – hémogramme avec frottis sanguin, créatininémie et
calcémie ;
- – myélogramme (à préférer à la biopsie médullaire,
rarement nécessaire) : mise en évidence d’une infiltration
plasmocytaire quantitativement (≥ 10 %) et/ou qualitativement
anormale ;
- – étude immuno-chimique : électrophorèse (EP) et
immuno-électrophorèse ou immuno-fixation des protides sanguins et
urinaires.
Pour détecter, caractériser et quantifier une immunoglobuline
(Ig) monoclonale, l’électrophorèse permet, dans la majorité des
cas, une évaluation correcte, suffisante pour le suivi, du taux de
l’Ig monoclonale. Le dosage pondéral de celle-ci par néphélémétrie
ou immuno-diffusion radiale, peu fiable, ne doit pas être effectué.
L’importance de la diminution du taux des Ig polyclonales normales
est très habituellement appréciable par la seule électrophorèse. Un
dosage des classes d’Ig (hors celle de l’Ig monoclonale) est
souvent réalisé, même s’il n’est pas indispensable. Le dosage des
chaînes légères libres est un nouvel examen qui n’est, à ce jour,
indiqué que pour le suivi de certaines formes de la maladie (cf.
infra) ;
- – bilan radiologique du squelette axial : il
comprend, à la recherche de lésions le plus souvent lytiques, les
radiographies suivantes : crâne F + P, rachis cervical, dorsal
et lombaire F + P, bassin F, thorax F + P et grils costaux, humérus
et fémurs F. La scintigraphie osseuse, moins performante que les
radiographies standard, n’est pas indiquée.
Stade et pronostic
La classification de Durie et Salmon
Elle reste utilisée [1] et elle conduit à distinguer
principalement :
- – les MM symptomatiques (stade I avec une lésion osseuse
radiologique, stades II et III) ;
- – les MM asymptomatiques (stade I sans lésion osseuse
décelable par radiographies standard).
Le diagnostic de MM asymptomatique
Il justifie, à titre pronostique, une imagerie en résonance
magnétique nucléaire (IRM) du rachis, recherchant d’éventuelles
lésions infraradiologiques. L’intérêt d’une tomographie à émission
de positons (TEP) dans cette indication n’est pas documenté.
L’apport pronostique du dosage des chaînes légères libres n’est pas
établi.
Devant un MM symptomatique
Une IRM n’est justifiée que lorsqu’il existe une suspicion clinique
de complications (compression médullaire ou radiculaire
essentiellement).
Sont requis à titre pronostique :
- – un dosage de bêta-2-microglobuline sérique
(β2m), LDH, C-réactive protéine et albuminémie. Une
nouvelle classification pronostique, l’index pronostique
international, a été récemment publiée, à partir des dosages de la
β2m et de l’albumine sérique, et supplantera peut-être
dans les années à venir la classification de Durie et Salmon
[2] ;
- – une étude cytogénétique des plasmocytes purifiés, avec
recherche des anomalies suivantes : translocation 4 ;14
[t(4 ;14)(p16 ;q32)], délétion totale ou partielle du
chromosome 13 [del(13)], délétion 17p [del(17p)].
Traitement de première ligne et suivi
Les MM asymptomatiques ne doivent pas être traités d’emblée [3].
Les MM symptomatiques doivent être traités :
- – avant 65 ans, par un traitement intensif suivi
d’autogreffe [4, 5]. Le schéma de référence associe une
chimiothérapie de type VAD (vincristine, adriamycine en perfusion
continue et corticostéroïdes à forte dose) ; le prélèvement de
cellules souches du sang périphérique (CSP), après mobilisation par
endoxan et/ou G-CSF ; et un traitement par melphalan
200 mg/m2 suivi de la réinjection des CSP.
L’association de fortes doses de corticoïdes (dexaméthasone orale)
à la prise orale continue de thalidomide pourrait représenter une
alternative à la chimiothérapie de type VAD [6]. Deux traitements
intensifs successifs pourraient avoir un intérêt, au moins dans
certaines situations, encore imparfaitement précisées [7].
L’intérêt des traitements intensifs est surtout démontré pour les
malades les plus jeunes. L’existence de pathologies associées peut
faire préférer une chimiothérapie conventionnelle, surtout lorsque
le malade a plus de 60 ans ;
- – après 65 ans, la chimiothérapie conventionnelle
associant, par voie orale, melphalan (0,25 mg/kg/j ou
10 mg/m2/j, pendant 4 jours) et prednisone (1
à 2 mg/kg/j ou 60 mg/m2/j, pendant
4 jours), au rythme d’une cure toutes les 4 à 6 semaines,
reste le traitement de référence [8]. La chimiothérapie est
maintenue soit jusqu’à obtention d’une réponse stable, soit jusqu’à
un total de 12 cures ou d’une année de traitement. Les différentes
polychimiothérapies, à base d’alkylants, utilisées jusqu’à présent
n’ont pas amélioré l’espérance de vie des patients. L’intérêt
d’associer à la chimiothérapie melphalan-prednisone du thalidomide
ou d’autres médicaments d’introduction récente comme le bortezomib
(Velcade®) est probable [9, 10].
Chez les patients dont la maladie a pu être stabilisée par le
traitement initial (phase de plateau), la règle est d’interrompre
tout traitement antitumoral. Un traitement d’entretien par
interféron n’est habituellement plus proposé. L’intérêt de
traitements d’entretien utilisant le thalidomide ou d’autres
nouveaux médicaments est en cours d’étude.
Un traitement par bisphosphonate, pour prévention des événements
osseux, doit être proposé à tous les patients ayant une atteinte
osseuse, en association à la chimiothérapie. Il peut être
interrompu lorsque le traitement initial a permis d’obtenir une
bonne rémission. Il devra être repris à la rechute. La description
récente d’ostéonécroses des mâchoires avec les aminobisphosphonates
est à l’origine de nouvelles recommandations [11].
L’érythropoïétine recombinante peut être prescrite à certains
patients, en association à la chimiothérapie, pour traiter ou
prévenir l’anémie.
Le traitement symptomatique reste essentiel (prise en charge
urgente des infections, traitement de la douleur, prévention de
l’insuffisance rénale, radiothérapie localisée sur une lésion
osseuse invalidante ou menaçante...).
Évaluation de la réponse, et définition de la rechute et de la
progression
Le suivi du taux de l’Ig monoclonale par électrophorèse des
protides sanguins et urinaires est l’élément essentiel
d’appréciation de la réponse au traitement. La diminution d’au
moins 50 % du taux de l’Ig monoclonale sérique et/ou d’au
moins 90 % de l’excrétion urinaire des chaînes légères définit
une rémission partielle. La normalisation du myélogramme et la
disparition de l’Ig monoclonale définissent la réponse complète.
Les MM non ou pauci-sécrétants et les MM avec excrétion
exclusive ou prédominante de chaînes légères dans les urines (dits
MM à chaînes légères) justifient d’effectuer un dosage des chaînes
légères libres du sérum, dont le suivi peut aider à l’évaluation de
la réponse au traitement.
La répétition d’examens immuno-chimiques (IEP ou IEF) et/ou du
myélogramme n’est justifiée que lorsque l’Ig monoclonale n’est plus
décelable par électrophorèse, pour documenter une rémission
apparemment complète. La répétition d’examens osseux (radiographies
standard et IRM) n’est justifiée que devant la persistance ou
l’apparition de points d’appel cliniques.
En cas de rémission complète, on parle de rechute en présence
d’au moins un des critères suivants :
- – réapparition de l’Ig monoclonale dans le sérum ou dans
les urines ;
- – plasmocytose médullaire ≥ 5 % ;
- – apparition d’une nouvelle lésion osseuse ou d’un
plasmocytome.
Dans tous les autres cas, on parle de progression en présence
d’au moins un des critères suivants :
- – augmentation du taux de l’Ig monoclonale dans le sérum
de plus de 25 % (au moins 5 g/L) ;
- – augmentation du taux de l’Ig monoclonale dans les
urines de 24 h > 25 % (au moins
200 mg/24 h) ;
- – apparition d’une nouvelle lésion osseuse ou d’un
plasmocytome.
Traitement des myélomes en rechute
Les différentes options
- – Abstention thérapeutique avec surveillance, dans les
formes lentement évolutives (« smouldering relapse » des
Anglo-Saxons).
- – Chimiothérapie à base d’alkylants, de type
melphalan-prednisone.
- – Hautes doses de corticoïdes, dexaméthasone ou
méthyl-prednisolone, seules ou associées à une chimiothérapie (VAD,
VAMP).
- – Chimiothérapie intensive, melphalan à haute dose,
suivie d’autogreffe de cellules souches hématopoïétiques.
- – Thalidomide, seul ou associé à la dexaméthasone ou à
une chimiothérapie (actuellement non enregistré, délivré grâce à
une autorisation temporaire d’utilisation [ATU] de cohorte [12,
13]).
- – Bortezomib (Velcade®), seul ou associé à la
dexaméthasone ou à la chimiothérapie
(melphalan-prednisone-bortezomib, anthracycline-bortezomib). Le
bortezomib a une autorisation européenne dans l’indication myélome
en rechute, y compris la première rechute [14, 15].
- – Lénalidomide (Revlimid®) qui est un
analogue de la thalidomide. Le dossier d’autorisation de mise sur
le marché européenne a été déposé en 2006.
Recommandations
Il n’y a pas actuellement de traitement standard pour une
rechute/progression de MM. Dans les études de phase III randomisées
testant les nouvelles molécules (bortezomib et lénalidomide), le
bras contrôle était la dexaméthasone seule, mais ce traitement
n’est pas, en Europe, considéré comme un standard.
La décision thérapeutique dépend de plusieurs
paramètres :
- – âge du malade (± 65 ans) ;
- – traitements antérieurement reçus ;
- – durée de la première rémission et circonstances de la
rechute (sous traitement ou après arrêt du traitement) ;
- – disponibilité de cellules souches
hématopoïétiques ;
- – état général, comorbidités.
Les traitements adjuvants et symptomatiques (III 4, 5, 6)
restent essentiels.
Place de l’autogreffe en première rechute
Pour les patients de plus de 65 ans : l’autogreffe n’est
pas recommandée. Il n’y a pas d’étude montrant la supériorité de
l’autogreffe par rapport à la chimiothérapie conventionnelle même
en première ligne.
Pour les patients de moins de 65 ans : l’autogreffe en
première rechute peut être envisagée dans les conditions
suivantes :
- – patients qui, bien que n’ayant pas de
contre-indication à l’autogreffe, ne l’ont pas reçue en première
ligne. Dans ce cas, la survie est la même que chez les patients
ayant reçu l’autogreffe en première intention ;
- – rechute plus d’un an après une première
autogreffe ;
- – l’autogreffe ne doit être réalisée que si le nombre de
cellules souches hématopoïétiques CD34+ est supérieur à 2 x
106/kg.
Place de l’allogreffe en première rechute
L’allogreffe peut être proposée si le patient a un donneur HLA
identique (familial ou donneur de fichier). Les techniques de
conditionnement atténué doivent être préférées au conditionnement
myéloablatif qui entraîne une lourde mortalité chez les patients en
rechute après un traitement intensif (autogreffe). L’allogreffe à
conditionnement atténué peut être proposée jusqu’à 65 ans, et
uniquement si le traitement préalable a permis de réduire la masse
tumorale.
La séquence autogreffe/allogreffe à conditionnement atténué a
donné des résultats encourageants à court terme.
Les traitements conventionnels en première rechute
Les traitements conventionnels à base d’alkylants ou de hautes
doses de corticoïdes peuvent être utilisés dans les conditions
suivantes :
- – reprise d’un traitement initialement efficace si
rechute/progression à distance de l’arrêt du traitement ;
- – si rechute/progression sous traitement, il est
possible d’utiliser un traitement à base de hautes doses de
corticoïdes si le traitement en cours est à base d’alkylants, et
vice-versa.
Les nouveaux traitements
En première rechute, le thalidomide ou le bortezomib peuvent être
utilisés seuls ou en association avec la dexaméthasone et/ou la
chimiothérapie. L’association thalidomide-dexaméthasone ou
thalidomide-chimiothérapie induit un risque élevé de thrombose
veineuse profonde et peut justifier un traitement antithrombotique
prophylactique.
Les associations thalidomide ou lénalidomide/bortezomib sont
actuellement évaluées dans des protocoles de recherche
clinique.
Rechutes ultérieures
Le thalidomide et le bortezomib donnent environ 30 % de
réponses chez des patients lourdement prétraités et peuvent être
utilisés à ce stade en l’absence de contre-indication (notamment
neuropathie périphérique).
Le Lénalidomide pourrait être utilisé en cas d’échec des
traitements antérieurs ou de toxicité, notamment neurologique,
empêchant l’utilisation du thalidomide et du bortezomib [16].
Après utilisation des molécules disponibles, les rechutes
peuvent faire l’objet d’études de phases I/II.
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