ARTICLE
Auteur(s) : Selma
Tozanli, Fatima El Hadad
Gauthier
Unité mixte de recherche « Marchés, Organisations,
Institutions et Stratégies d’Acteurs » (UMR Moisa), Centre
international des hautes études agronomiques méditerranéennes
(Ciheam)-Institut agronomique méditerranéen de Montpellier (Iamm),
3191, route de Mende, 34093 Montpellier cedex 05, France
L’interaction entre le développement économique et la politique
commerciale internationale n’a jamais été aussi apparente que de
nos jours. Dans l’expansion du « système monde » à
travers les continents, la libéralisation par l’ouverture des
économies nationales et leur intégration avec les marchés
internationaux continue à une vitesse soutenue depuis le début des
années 1980. La création des ensembles géoéconomiques
régionaux ne fait qu’accentuer cette globalisation économique,
sociale et politique. Seules les localités, les territoires et les
économies qui réussissent leur insertion dans ces ensembles
régionaux arrivent à garder un niveau de développement
socio-économique acceptable. C’est certainement cette menace qui
pousse les pays en développement à mettre en œuvre des politiques
de mise à niveau pour mieux répondre aux attentes des instances
internationales.Les filières locales sont de plus en plus insérées
dans des chaînes d’approvisionnement de grandes entreprises qui
reconfigurent continuellement leurs périmètres d’activités. Ces
grandes entreprises, en érigeant et en appliquant leurs propres
règles et normes, élargissent leur zone d’influence au-delà de
leurs confins nationaux et ainsi apparaissent en tant qu’agents
clés incontestables gouvernant les chaînes de valeur qui s’étendent
au niveau mondial. Dans les pays du Bassin méditerranéen, l’exemple
de la production et de la commercialisation des tomates fraîches du
Maroc et de la Turquie illustre ce changement dans la coordination
des filières locales par des entreprises agrotertiaires
européennes.Après avoir présenté notre cadre méthodologique en
définissant l’approche des chaînes globales de valeur (CGV), nous
décrivons les filières locales marocaine et turque ainsi que la
méthodologie des études de terrain réalisées dans ces deux pays.
Nous illustrons ensuite les systèmes de gouvernance observés dans
la CGV de tomate fraîche avec des types de coordination des
filières locales différents selon l’organisation des acteurs locaux
de ces deux pays : les exportateurs des tomates fraîches
marocains sont dans une phase de consolidation de leur insertion de
longue date dans les chaînes d’approvisionnement des firmes
agrotertiaires de l’Union européenne (UE), d’une part, et les
exportateurs turcs qui témoignent d’une reconfiguration qui est en
train de s’opérer au sein d’une filière d’exportation récemment
formée, d’autre part.
La chaîne globale de valeur et la gouvernance des filières
Gereffi (Gereffi et al., 1994) présente une approche au début
des années 1990 en tant qu’analyse de commodity chains qu’il
développera ensuite en tant que chaîne globale de valeur (CGV)
(Gereffi et al., 2005). Par cette approche, il propose un
outil pluridisciplinaire pour analyser les phénomènes de
mondialisation et étudier l’organisation des marchés mondiaux qui
engendre des rapports de force entre les différents acteurs de la
chaîne et renouvelle l’approche filière.
Définie comme « un réseau interorganisationnel construit
autour d’un produit, qui relie des ménages, des entreprises et des
États au sein de l’économie mondiale », la CGV s’articule
autour de quatre dimensions principales (Palpacuer,
2001) :
- – une dimension technico-économique qui correspond à la
séquence d’activité mise en œuvre depuis la conception jusqu’à la
commercialisation du produit (intra- et
inter-industrie) ;
- – une dimension territoriale qui se caractérise par un
degré variable de dispersion ou de concentration des activités
selon les chaînes de valeur observées ;
- – un cadre socio-institutionnel qui correspond aux
règles, normes et politiques publiques qui régulent et influencent
l’activité des firmes au niveau mondial ou macro-régional ou au
niveau local et contribuent ainsi à structurer la CGV.
- – un système de gouvernance qui est décisif sur
l’organisation de la structure des flux des produits, l’étendue
territoriale de la chaîne et quelque fois sur le cadre
socio-institutionnel. C’est au niveau du « système de
gouvernance » lié aux notions de barrières à l’entrée que l’on
distingue, d’une part les chaînes dominées par les producteurs où
les acteurs situés à l’amont de la chaîne qui possèdent des
compétences technologiques ou des avantages naturels, coordonnent
et structurent la chaîne globale et, d’autre part, les chaînes
tirées par l’aval où les grandes firmes de distribution moderne
contrôlent le design, le marketing et le développement
international des produits et qui, par conséquent, pilotent
l’ensemble des acteurs opérant dans la CGV (Arja et al.,
2004).
La « gouvernance » reçoit une attention particulière
du fait qu’elle semble étroitement liée à une notion de mise à
niveau (upgrading) qui n’est autre que le processus d’apprentissage
permettant la création ou l’amélioration de compétences spécifiques
par les acteurs qui se trouvent en position de dépendance par
rapport à l’agent clé (Palpacuer, 2001). Pour se positionner sur
des maillons rémunérateurs de la chaîne, il importe d’acquérir, de
créer, de développer des compétences spécifiques.
Afin de mieux comprendre la gestion du pouvoir et du contrôle au
sein des CGV, Gereffi propose cinq modes de gouvernance, chacun
apportant un compromis entre les bénéfices et les risques
d’approvisionnement sur le marché (Gereffi et al., 2005). Il
existe à côté de deux formes de coordination classiques qui sont la
gouvernance par le marché et l’intégration verticale, trois
nouveaux modes, basés sur les rapports de force établis entre
l’agent clé et les autres acteurs.
Dans la chaîne modulaire, l’acheteur impose ses normes
spécifiques concernant les caractéristiques des produits et les
fournisseurs ont l’entière responsabilité concernant l’utilisation
de la technologie de production, et prennent en charge les dépenses
effectuées pour satisfaire les spécifications des clients.
L’asymétrie dans les rapports de force reste à un niveau
relativement faible et les fournisseurs comme les clients
travaillent avec plusieurs partenaires. La chaîne relationnelle
propose un système où les relations entre les fournisseurs et les
acheteurs sont complexes et se caractérisent le plus souvent par
une dépendance mutuelle compte tenu de la spécificité élevée des
actifs des partenaires. La proximité physique aussi peut être un
lien fort définissant la relation entre les fournisseurs et les
acheteurs. Enfin, dans la chaîne captive, le pouvoir est
directement exercé par l’acteur clé sur les fournisseurs avec un
degré élevé de coordination explicite et une asymétrie importante
entre le pouvoir détenu par la firme leader et ses fournisseurs. Le
contrôle et la coordination de la chaîne sont entièrement pilotés
par la firme leader.
L’intégration de nouveaux fournisseurs rend plus complexe
la coordination des filières, plus particulièrement lorsqu’il
existe des différences importantes entre les exigences des acteurs
clés gouvernant les CGV et les compétences locales et nécessite des
efforts considérables pour la mise à niveau des fournisseurs des
pays en développement. Ce processus crée divers niveaux
d’acquisition de nouvelles compétences et implique des formes
hybrides de gouvernance.
Les exigences des consommateurs européens quant à la qualité des
produits alimentaires frais et une demande de plus en plus variée
et libérée des contraintes de saisonnalité, poussent les grandes
firmes européennes de l’aval à diversifier leurs sources
d’approvisionnement à l’échelle mondiale en appliquant des normes
de qualité (sanitaire et commerciale) auprès de leurs divers
fournisseurs (Reardon et Farina, 2002). Il y a même un consensus au
niveau de l’UE à 15 autour de l’application de ces normes de
qualité sanitaire par la certification Eurep GAP. Cette norme est
définie comme « l’ensemble des exigences imposées au niveau
mondial par 26 chaînes européennes de supermarchés qui ont
pris en 1997 l’initiative d’harmoniser les conditions qu’elles
appliquent à leurs fournisseurs de produits frais en matière de
sécurité alimentaire, de durabilité et de qualité »1. En parallèle, les supermarchés
britanniques appliquent également leurs propres normes sanitaires,
British Retailing Consortium (BRC). Par ailleurs, en 2000,
l’Initiative pour la sûreté alimentaire globale (International Food
Safety Conference, CIES) réunissait 38 chaînes de supermarchés
au niveau mondial, membre de CIES, autour de la signature d’un
cadre de benchmarking concernant les normes de sûreté des aliments
(Dolan et Humphrey, 2004).
L’apprentissage et l’application de ces normes de qualité
sanitaires exigées par les firmes de l’agrotertiaire européennes
apparaissent comme des paramètres de contrôle et de pilotage des
CGV. Le niveau d’insertion des filières locales à ces CGV et le
type de coordination des acteurs locaux sont également définis par
les compétences que développent ces acteurs locaux en matière
d’application de ces normes internationales. À ce titre,
l’étude des cas marocain et turc est intéressante dans la mesure où
elle nous permet de constater et d’analyser les différents stades
d’insertion et les différents niveaux d’apprentissage.
Deux pays à haut potentiel d’exportation insérés dans la CGV de
tomate fraîche européenne : Maroc et Turquie
La filière marocaine : consolidation par l’innovation
Depuis de longues années, le développement de la production
marocaine de tomate primeur sous serre est fortement lié à
l’exportation. Cependant, seulement 35 à 40 % de la production
sont exportés. Le reste est destiné à l’approvisionnement du marché
intérieur en complément de la production de tomate de saison
produite en plein champ. Le marché intérieur qui se caractérise par
une faible organisation ne constitue pas actuellement pour les
producteurs-exportateurs un débouché rémunérateur pour une
production qui présente une qualité sanitaire élevée. C’est
pourquoi la filière est pilotée par les performances à
l’exportation des entreprises.
Le marché français absorbe 88 % des exportations du Maroc
(campagne 2004-2005) (tableau 1). Cette
concentration des flux d’exportation s’explique essentiellement par
trois facteurs : la proximité géographique, des liens
historiques forts, et l’existence de conditions d’accès tarifaires
préférentielles négociées entre le Maroc et l’UE. Sur ce marché,
les firmes de la grande distribution européenne situées à l’aval de
la chaîne, dictent, à travers leurs stratégies d’approvisionnement,
les normes de certification et modifient les structures de l’amont
agricole.
Les analyses sur les systèmes de gouvernance sont issues des
résultats de l’enquête de terrain effectuée au Maroc en
juillet 2005 sur la base d’entretiens auprès de principaux
exportateurs. Selon cette enquête, il existe environ 400 à
500 producteurs-exportateurs regroupés au sein d’entreprises
d’exportation. Ces entreprises, pour la plupart constituées après
1986, suite à la fin du monopole public de l’Office de
commercialisation et d’exportation, sont hétérogènes quant à leurs
formes juridiques, leur taille et leur mode d’organisation.
Actuellement, le secteur exportateur est composé d’une dizaine de
groupes exportateurs. Certains sont spécialisés dans l’exportation
de tomates, alors que d’autres ont une activité dominante dans le
secteur des agrumes, premier produit d’exportation du Maroc. Selon
les entreprises, la tomate représente 50 à 90 % de leurs
ventes totales de primeurs en volume.
Environ 80 % des exportations sont réalisées par 9 groupes
exportateurs, suivant les chiffres de la campagne 2001-2002. Les
trois premiers totalisent près de la moitié des exportations. Un
groupe exportateur est constitué de producteurs, d’entreprises
d’expédition et d’une structure commerciale.
Tableau 1 Filière d’exportation de tomate fraîche au
Maroc (2004/2005).Table 1. Marocan fresh tomato exportation sector
(2004/2005).
|
Production totale
|
- 1,1 million de tonnes
- 14e producteur mondial (1 %)
|
|
Superficie
|
22 000 hectares
|
|
Taille moyenne des exploitations
|
5 à 10 hectares
|
|
Production de tomate primeur (sous serre et plein champ)
|
627 000 tonnes (57 % de la production totale)
|
|
Bassin de production
|
|
|
Sous-Massa : 82 % de la production
|
Superficie : 3905 hectares
|
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Exportations
|
236 369 tonnes (38 % de la production totale de tomate
primeur)
|
|
Principaux pays destinataires :
|
|
|
Union européenne
|
91 % des exportations (dont la France 88 %)
|
La filière turque : émergence de nouveaux acteurs
Contrairement au cas marocain, les exportations ne se présentent
pas comme le facteur moteur de l’organisation de la filière tomate
en Turquie. Malgré le fait que ce pays se place parmi les premiers
producteurs de tomates fraîches au niveau mondial, les exportations
ne représentent que 3 à 4 % de ce volume total (tableau 2). Cependant, le secteur d’exportation
commence à attirer de plus en plus de producteurs et d’entreprises
exportatrices compte tenu du haut niveau de revenu.
Une grande partie des exploitations horticoles (83 % des
exploitations totales) ont moins de 10 hectares (Devlet
Istatistik Enstitüsü, 2005). Les techniques culturales qu’elles
appliquent se caractérisent par l’utilisation d’une quantité
importante d’intrants modernes pour accroître les rendements ainsi
que par un manque de connaissances dans le domaine de l’agriculture
raisonnée.
Sur le marché domestique qui absorbe la quasi-totalité de la
production nationale, nous remarquons que les consommateurs turcs
sont davantage préoccupés par l’aspect physique et le prix du
produit, et ne sont pas attentifs à la qualité sanitaire des
produits frais. Le nombre important d’agents intermédiaires (parmi
lesquels nous pouvons énumérer les ramasseurs locaux, les
commissionnaires des halles de gros et les grossistes des centres
de consommation) qui opèrent dans les canaux de commercialisation
rend encore plus difficile un contrôle efficace de l’application
des normes de qualité sanitaire dans la filière. La mise à niveau
et le processus d’apprentissage de l’application des normes de
qualité sanitaire sont, par conséquent, introduits dans la filière
plus particulièrement par les firmes exportatrices soucieuses de
bien répondre aux exigences de leurs clients étrangers. Par
conséquent, l’étude de l’insertion de la filière turque des tomates
fraîches dans des chaînes globales de valeur repose presque
entièrement sur une analyse des méthodes d’approvisionnement en
tomates fraîches des exportateurs.
Afin de vérifier nos hypothèses, nous avons utilisé les
résultats d’une enquête effectuée en 2004, dans le cadre du projet
européen Ecoponics coordonné par les équipes de l’Unité mixte de
recherche « Marchés, Organisations, Institutions et Stratégies
d’Acteurs » (UMR Moisa). L’échantillonnage est basé sur une
population de 380 firmes exportatrices enregistrées dans 6
Unions d’exportateurs des fruits et légumes frais de Turquie. Au
total, 25 firmes ont pu être visitées et font partie de
l’échantillon de l’enquête que nous appellerons dorénavant
l’enquête 2004 (Tozanli et al., 2006) (tableau 3).
Parmi les entreprises enquêtées en 2004, la relation entre les
méthodes d’approvisionnement et la certification Eurep GAP
semble être directe. Plus de la moitié des firmes certifiées
Eurep GAP sont verticalement intégrées alors que les 40 %
restants sont liées d’une manière durable aux producteurs par des
contrats écrits. Les firmes qui sont à la fois certifiées
ISO 9000 version 2001 et Eurep GAP, ont rarement
recours aux services des commissionnaires pour leur
approvisionnement. Parmi les firmes qui travaillent exclusivement
avec les commissionnaires sur le principe des transactions
contractées sur le marché, un peu plus de 20 % sont certifiées
ISO 9000 et rares sont celles qui possèdent un certificat
Eurep GAP.
Dans un cas comme dans l’autre, le système de gouvernance des
chaînes de valeur a une relation directe avec la durée de
l’apprentissage et l’application des normes internationales par les
firmes exportatrices. Ainsi, les systèmes de gouvernance évoluent
suivant le degré d’apprentissage et d’adaptation par les acteurs
locaux des paramètres établis par les agents clés.
Tableau 2 Filière d’exportation de tomate fraîche en
Turquie (2004).Table 2. Turkish fresh tomato exportation sector
(2004).
|
Production totale
|
9 440 000 tonnes (2004) (3e rang au classement
mondial)
|
|
Superficie
|
255 000 hectares
|
|
Nombre total d’exploitations
|
282 690
|
|
Taille moyenne des exploitations
|
0,9 ha/exploitation
|
|
Bassins de production
|
|
|
Antalya/Muğla
|
21 % de la production totale
|
|
Bursa/Balıkesir/Çanakkale
|
21 %
|
|
Izmir/Manisa
|
13 %
|
|
Mersin/Adana et Urfa
|
11 %
|
|
Tokat/Amasya
|
5 %
|
|
Production tomates sous protection
|
1 417 667 tonnes (15 % de la production totale)
|
|
Superficie consacrée
|
144 hectares
|
|
Exportations
|
235 364 tonnes (2,5 % de la production)
|
|
(6e rang au classement mondial)
|
|
Principaux pays destinataires :
|
|
|
Slovénie, Arabie Saoudite, Roumanie, Serbie & Montenegro,
Grèce
|
85 % des exportations totales
|
Tableau 3 Les principales caractéristiques des firmes
exportatrices de l’échantillon de l’enquête 2004 réalisée en
Turquie et réparties par systèmes de modes de gouvernance.Table 3.
Main characteristics of exporting companies in the 2004 sample
survey carried out in Turkey and classified according to types of
governance.
|
Ville d’enregistrement
|
Année de création
|
Nombre de salariés permanents
|
Nombre de salariés saisonniers
|
Principaux pays de destination
|
Exportations totales des fruits et légumes frais en 2003
(tonnes)
|
Exportations totales des tomates fraîches en 2003
(tonnes)
|
Valeur totale des exportations des tomates fraîches en 2003 (en
euros)
|
Capacité d’entreposage (m2)
|
Capacité de refroidissement (m3)
|
Autres fournisseurs en cas de demandes supplémentaires
|
|
|
|
|
1. CGVcaptive/coordination par l’intégration verticale au niveau
la filière locale (7 firmes)
|
|
|
|
|
Istanboul
|
1988
|
9
|
300
|
France, Allemagne, Pays-Bas
|
3 500
|
3 500
|
2 557 375
|
1 200
|
900
|
|
|
Antalya
|
2001
|
27
|
50
|
Russie, Roumanie
|
3 200
|
1 000
|
700 000
|
4 500
|
300
|
Commissionnaires
|
|
Antalya
|
1995
|
45
|
|
RU, Pays-Bas, Dubaï
|
500
|
500
|
557 683
|
1 200
|
200
|
Autres producteurs
|
|
İzmir
|
1972
|
23
|
|
France, Pays-Bas, Allemagne
|
8 000
|
800
|
500 000
|
7 000
|
300
|
|
|
Antalya
|
2000
|
10
|
|
Serbie, Slovénie, Kosovo
|
500
|
500
|
140 000
|
3 000
|
1 000
|
|
|
Bursa
|
1983
|
60
|
500
|
Pays-Bas, Allemagne
|
18 500
|
518
|
80 000
|
25 000
|
16 500
|
Autres producteurs
|
|
Antalya
|
1997
|
8
|
|
Serbie et Montenegro
|
300
|
100
|
79 669
|
2 000
|
110
|
|
|
|
|
|
2. CGV modulaire/ coordination en réseau controlé au niveau de
la filière locale (8 firmes)
|
|
|
|
|
Antalya
|
2001
|
250
|
60
|
Macédoine Kosovo, Bosnie H.
|
10 000
|
9 000
|
3 983 450
|
300
|
|
Commissionnaires
|
|
Antalya
|
1998
|
150
|
200
|
Russie, Allemagne, Macédoine
|
9 450
|
1 400
|
1 550 000
|
480
|
|
|
|
Antalya
|
1995
|
12
|
30
|
Bulgarie, Bosnie H.
|
10 000
|
6 000
|
1 500 000
|
8 972
|
8 972
|
Commissionnaires
|
|
Mersin
|
2001
|
5
|
|
Pays-Bas, France, Russie
|
1 800
|
225
|
358 511
|
4 000
|
3 000
|
Commissionnaires
|
|
Mersin
|
1987
|
16
|
150
|
Russie, Hongrie, Allemagne
|
7 000
|
3 500
|
1 700 000
|
2 500
|
200
|
|
|
Mersin
|
1995
|
11
|
40
|
France, Grèce, Russie
|
1 860
|
774
|
264 501
|
2 000
|
400
|
Autres exportateurs
|
|
Mersin
|
1993
|
12
|
|
Arabie S., Koweït, Dubaï,
|
6 564
|
1 224
|
224 000
|
3 000
|
250
|
Agriculture contractuelle
|
|
Mersin
|
2000
|
13
|
|
Tchéquie., Slovaquie, Croatie
|
500
|
500
|
140 000
|
500
|
|
Commissionnaires
|
|
|
|
|
3. CGV modulaire/régulation par le marché au niveau de la
filière locale (10 firmes)
|
|
|
|
|
Izmir
|
1960
|
65
|
350
|
Allemagne
|
15 000
|
1 500
|
1 200 000
|
3 500
|
170
|
Producteurs
|
|
Hatay
|
1994
|
4
|
|
Autriche, Allemagne, France
|
14 000
|
5 165
|
1 300 000
|
|
|
Producteurs
|
|
Antalya
|
2000
|
4
|
55
|
Allemagne, Hongrie
|
8 000
|
3 000
|
1 000 000
|
|
|
Producteurs
|
|
Antalya
|
1995
|
70
|
200
|
Grèce, Russie, Albanie, RU
|
6 150
|
1 000
|
517 849
|
33 000
|
2 000
|
|
|
Antalya
|
2001
|
60
|
|
Croatie, Hongrie, Pologne
|
1 500
|
1 500
|
400 000
|
6 200
|
1 700
|
|
|
Mersin
|
1994
|
100
|
40
|
Grèce, Pays Balkans
|
16 000
|
976
|
270 000
|
500
|
250
|
Producteurs
|
|
Antalya
|
2001
|
20
|
65
|
Allemagne, Pays-Bas, Bosnie H.
|
1 000
|
830
|
230 000
|
|
500
|
|
|
İzmir
|
1993
|
7
|
|
Allemagne
|
4 000
|
500
|
11 950
|
1 500
|
200
|
Producteurs
|
|
Bursa
|
1984
|
70
|
70
|
Allemagne
|
?
|
?
|
?
|
1 000
|
100
|
Commissionnaires
|
|
Antalya
|
2001
|
4
|
50
|
Roumanie, Allemagne
|
2 560
|
500
|
300 000
|
5 000
|
150
|
|
Les systèmes de gouvernance dans la CGV de tomate fraîche
Suivant l’analyse des résultats des enquêtes et des entretiens
menés au Maroc et en Turquie, nous avons dégagé deux systèmes de
gouvernance distincts qui régissent dans la chaîne globale de
valeur des tomates fraîches établie entre les pays de l’UE et ces
deux pays exportateurs. Dans ces deux systèmes, il s’avère que les
paramètres de contrôle de la chaîne sont imposés par les grandes
firmes de distribution moderne installées dans l’UE qui se
présentent en tant qu’agents clés puissants.
La CGV captive
Dans ce cas, le pilotage est entièrement entre les mains des
grandes firmes de distribution moderne et le pouvoir est
complètement asymétrique en faveur de ces agents clés pilotant la
chaîne. Nous remarquons deux types de coordination au niveau des
filières locales de tomates fraîches marocaine et turque suivant le
temps d’apprentissage des agents locaux et le niveau de
concentration dans la filière.
Intégration verticale dans la filière locale
Ce mode de gouvernance est observé plus particulièrement au
Maroc où nous remarquons une forte concentration dans les
entreprises verticalement intégrées pour mieux répondre aux
exigences normatives de leurs clients européens. Ainsi, les deux
premières entreprises, qui font partie d’un holding industriel et
commercial, représentent environ 25 % des exportations. La
tomate est au cœur de leur développement, bien que l’on note une
diversification des exportations vers d’autres produits (melon,
courgettes, plantes aromatiques).
Un partenariat entre un industriel marocain et un producteur
français est à la base de la fondation d’une de ces entreprises en
1989 pour créer une complémentarité des calendriers des productions
françaises (sud de la France et Bretagne) et marocaines (région
Souss-Massa-Draâ) afin de s’adapter aux stratégies
d’approvisionnement de la grande distribution. Ce partenariat, qui
a bénéficié de capitaux importants, s’est accompagné d’un transfert
de nouvelles technologies et de compétences techniques.
Aujourd’hui, cette firme est passée sous contrôle marocain, a une
position de leader au sein du secteur. À la pointe des
méthodes de production et des technologies de conditionnement et de
stockage, elle a mis en place des démarches qualité qui répondent
aux référentiels de qualité de la grande distribution (BRC,
Eurep Gap, ISO 14 001) et aux normes de qualité de la
réglementation européenne. Dans le souci de mieux maîtriser la
phase de la production et de développer de nouvelles variétés, la
firme a créé en partenariat avec des firmes européennes, une
filiale dans la production de plants et une autre pour la
production d’auxiliaires de cultures.
L’intégration verticale s’étend également vers l’aval, avec un
bureau commercial et une plate-forme logistique localisés sur le
marché international de Saint-Charles. À côté de la fonction
commerciale, cette organisation à un rôle de transmission des
informations de l’aval vers l’amont de la filière, ce qui permet à
l’entreprise d’adapter en permanence sa production aux besoins du
marché et de développer de nouvelles variétés (cerise, cocktail,
grappe…) représentant environ 50 % des volumes commercialisés.
Une politique de marque unique pour des produits de haute qualité
accompagne cette coordination intégrée.
La seconde entreprise a été créée en 1996, également sur la base
d’une alliance entre un producteur français installé au Maroc
depuis 1974 et la première entreprise. Cette entreprise produit et
exporte de la tomate et complète son offre à l’exportation par
d’autres productions : melon, courgette et haricot vert. Une
forte technicité et une maîtrise de l’outil de production
accompagnent une commercialisation via une marque unique.
L’intégration des fonctions de l’aval est réalisée par une
structure qui est basée à Châteaurenard (France). À la
différence de la firme précédente, cette entreprise commercialise
en plus de sa propre production celle d’autres producteurs mais
cela reste actuellement un phénomène peu important. Dans ce cas
précis, la coordination est effectuée à travers des cahiers des
charges imposés aux producteurs que l’entreprise sélectionne selon
leur capacité à répondre aux référentiels de qualité appliqués par
l’entreprise (BRC, Nature’s Choice, Eurep-Gap).
Il est question d’un système de gouvernance captif, puisque
80 % de ventes de ces entreprises sont absorbées par la grande
distribution européenne. Par leur exigence quant aux normes
internationales de qualité, elles ont endossé un rôle de
« locomotive » pour l’ensemble du secteur et ont apporté
les éléments concurrentiels nécessaires pour une mise à niveau vers
le haut d’une partie des acteurs locaux. Le pilotage de la filière
locale peut être effectué davantage par ces firmes innovatrices
grâce à des alliances horizontales conclues avec d’autres
producteurs capables de répondre à la stratégie des acteurs
clés.
En Turquie, contrairement au Maroc, la concentration
parmi les agents locaux ne s’est pas encore intensifiée et la
plupart des firmes exportatrices sont des entreprises récemment
créées. Un peu plus d’un quart des exportateurs ont opté pour une
intégration verticale. Dans cette catégorie, nous trouvons des
firmes avec du capital étranger ainsi que des filiales créées par
des groupes semenciers étrangers ou locaux. Ils possèdent leurs
propres exploitations contrôlant ainsi tout le processus de
production et l’approvisionnement en intrants. Ces entreprises
intègrent également des infrastructures de conditionnement, de
refroidissement et d’entreposage. Certaines d’entre elles intègrent
également le transport dans leur périmètre d’activités.
De taille moyenne (entre 10 et 60 salariés permanents), ces
firmes exportatrices complètent leur approvisionnement auprès
d’autres producteurs, en cas de demandes supplémentaires. Elles
détiennent environ un tiers de la valeur totale des exportations
réalisées par l’ensemble des entreprises comprises dans l’enquête
de 2004, alors qu’elles ne cumulent que 16 % des volumes
exportés. Les pays de l’UE sont les principaux destinataires,
suivis par la Russie, Dubaï, la Serbie et le Monténégro. Elles
travaillent directement avec les chaînes de supermarchés allemands
et français. La totalité de ces entreprises ont leur marque
commerciale mais travaillent également sous la marque de leurs
principaux clients. Certaines de ces firmes, en adoptant une
stratégie proactive envoient un de leurs cadres pour prospecter les
marchés européens, écouter de plus près les demandes particulières
formulées par leurs principaux clients et chercher de nouvelles
opportunités.
Coordination en réseau de la filière locale
Toujours dans le cas marocain, la maîtrise des techniques de
production et de l’application des normes internationales de
qualité est coordonnée par des firmes coopératives qui travaillent
avec la grande distribution européenne. Ainsi, la gouvernance de
l’ensemble de la chaîne est déterminée par le contrôle exercé par
les acheteurs se situant à son aval mais la forme de coordination
de la filière locale est davantage caractérisée par une
organisation en réseau de petits producteurs regroupés autour d’une
grande coopérative exportatrice qui contrôle 23 % des
exportations totales marocaines.
Ce groupe coopératif, créé en 1989, regroupe, aujourd’hui,
environ 120 producteurs organisés dans une dizaine de
coopératives d’expédition et trois producteurs expéditeurs privés.
La mise en commun des moyens est réalisée au niveau de la
logistique et de la gestion administrative, une centralisation
nécessaire pour une maîtrise totale des techniques de production.
En revanche, dans le domaine de la commercialisation, chaque
coopérative est indépendante. La plus grande coopérative
d’expédition (45 % des exportations) regroupe environ une
dizaine de moyens et grands producteurs. Elle commercialise ses
produits par l’intermédiaire d’un bureau de commercialisation
localisé sur le marché international de Saint-Charles, fondé en
partenariat avec un importateur français. Cette organisation
commerciale combinée à des volumes d’exportation importants permet
à cette coopérative de s’implanter auprès des centrales d’achat de
la grande distribution française.
La CGV modulaire
Les normes spécifiques qui régissent la CGV sont toujours imposées
par les agents clés. Néanmoins, le pouvoir est moins concentré
entre les mains de ceux-ci, contrairement à ce qui se passe dans le
système de gouvernance captif. Les fournisseurs aussi bien que les
acheteurs travaillent avec plusieurs partenaires sans pour autant
dévier de l’application des paramètres préétablis par les agents
clés. Deux types de coordination des acteurs dans les filières
locales ont été distingués.
Coordination en réseau de la filière locale
Au Maroc, plus d’un tiers des exportations de tomates
fraîches sont réalisées par cinq firmes qui se coordonnent en
réseau. Parmi celles-ci se trouve la deuxième plus grande
coopérative exportatrice marocaine, qui a été créée en 1998. Elle
est composée d’une quinzaine de petits et moyens producteurs qui,
pour certains d’entre eux, ont opté pour une diversification
culturale plutôt que de se spécialiser dans la production des
tomates et ont résisté au mouvement de concentration qu’a connu le
secteur. Grâce à un savoir-faire traditionnel et à des ressources
humaines de qualité résultant de la conversion des anciens cadres
et techniciens d’organismes publics en horticulteurs, ils
bénéficient d’une capacité d’adaptation face aux changements
accélérés en matière de réglementation sanitaire et phytosanitaire
de l’UE.
Ne possédant pas de structure de vente à l’étranger, cette
coopérative utilise des formes de coordination transactionnelle
pour organiser ses activités à l’aval de la chaîne. Elle pratique
la vente en consignation par des importateurs : les produits
sont expédiés sans programmation des ventes à des importateurs
commissionnaires, et sont souvent commercialisés à travers des
circuits de distribution traditionnels.
La coopérative développe la forme de transaction tripartite qui
repose sur une relation durable établie entre elle-même, un
importateur-grossiste, et une centrale d’achat sous forme d’un
accord de campagne (prévisions des volumes, programmation des
envois, caractéristiques des produits, prix fixés à la semaine), ce
qui permet à la coopérative, qui n’a pas les moyens de développer
des ventes directes, d’améliorer sa présence auprès de la grande
distribution européenne.
À côté de cette grande coopérative, nous avons deux groupes
d’exportateurs spécialisés dans le secteur des agrumes, dont l’un a
récemment fait son entrée dans le secteur de la tomate. Ensemble,
ils totalisent 15 % des exportations. Intégrés verticalement
vers l’amont, ces producteurs cherchent des économies d’échelle au
stade de la commercialisation. À côté de leur propre récolte
(estimée entre 40 et 60 %), ils commercialisent la production
de producteurs regroupés en coopératives d’expédition ou de ceux
qui font appel à des entreprises d’expédition privées. L’un de ces
groupes a créé un partenariat avec le holding regroupant les deux
plus grandes entreprises verticalement intégrées de la filière
marocaine, et n’hésite pas à conclure des partenariats tripartites.
Dans cette configuration, les ventes en consignation par des
importateurs commissionnaires sont amenées à diminuer.
L’autre entreprise privée a fondé son développement à l’étranger
sur un partenariat qu’elle a créé avec un producteur espagnol
depuis les années 1980. La plate-forme de distribution de son
partenaire espagnol et son propre bureau de commercialisation situé
à Rungis assurent la distribution sur les marchés européens.
À l’instar de son acolyte, son développement repose sur
l’augmentation de sa propre production dans des variétés dont la
demande est en croissance (tomate cerise, cocktail) ainsi que sur
la création de partenariats avec d’autres
producteurs-exportateurs.
En Turquie, près de la moitié des exportations en volume
comme en valeur de tomates fraîches sont réalisées par des acteurs
qui se coordonnent en réseau et qui s’insèrent dans une chaîne
modulaire. Près d’un tiers des entreprises exportatrices font
partie de cette catégorie et ont des relations directes bien
établies avec les producteurs. La moitié de ces entreprises ont
opté pour une agriculture contractuelle alors que l’autre moitié
préfère une relation conventionnelle sans passer par des contrats
et se base sur des prix de marché pour leurs transactions. En cas
de demandes supplémentaires, ces entreprises ont recours à des
commissionnaires pour leurs approvisionnements.
Les entreprises qui contractualisent leurs approvisionnements
avec les producteurs sont de grande taille (plus de
200 salariés permanents) alors que celles qui ont des
relations directes non contractuelles avec les producteurs sont
beaucoup plus petites (entre 10 et 20 employés salariés
permanents).
Les activités de conditionnement et de logistique sont
externalisées par la plupart des entreprises de cette catégorie.
Celles qui intègrent des infrastructures frigorifiques ou des
entrepôts ont des capacités plutôt limitées.
L’ensemble des entreprises de cette catégorie réalise presque la
moitié de la valeur et du volume total des exportations dont les
destinations sont assez diverses : les pays des Balkans et du
golfe Arabique, la Russie mais également l’Allemagne, les Pays-Bas,
la France et la Grèce. La plupart des firmes de cette catégorie
travaillent avec des importateurs avec qui elles ont établi des
relations de longue durée. D’autres firmes ont leur propre bureau
de liaison installé dans les pays destinataires, plus
particulièrement dans les pays de l’UE pour une meilleure maîtrise
de leur logistique. Cependant, les entreprises de cette catégorie
semblent avoir opté pour une clientèle plus variée qui leur permet,
dans un sens, de contourner la contrainte imposée par l’application
des normes internationales de qualité.
Régulation par le marché au niveau de la filière locale
Les entreprises marocaines qui correspondent à ce modèle
d’organisation représentent environ 15 % des volumes exportés.
Elles sont spécialisées dans la commercialisation à l’exportation
pour le compte de producteurs de tomates mais aussi d’agrumes.
L’exportateur, en contrepartie d’une commission, prend en charge la
commercialisation de producteurs en majorité de petite taille, qui
sont faiblement organisés et qui n’ont pas réussi à constituer des
entités communes leur permettant de commercialiser eux-mêmes leur
production. D’une manière générale, ces producteurs ne répondent
pas aux critères de qualité exigés par le commerce moderne.
Ce modèle dominant au début des années 1990, lorsque le
secteur n’était pas structuré est en voie de marginalisation. La
stratégie des importateurs-commissionnaires consiste à écouler des
volumes importants de produits de qualité hétérogène et faiblement
valorisés. L’asymétrie informationnelle est forte entre les deux
interfaces producteurs/exportateurs et exportateur/importateur et
les relations reposent en grande partie sur les mécanismes de
marché où les variables prix et quantités dominent. L’évolution à
attendre de cette forme de coordination est probablement une plus
grande marginalisation, compte tenu des scénarios possibles :
reconversion des producteurs vers d’autres cultures pour le marché
intérieur, disparition des producteurs les plus fragiles,
constitution de coopératives d’expédition capables de contrôler la
mise en marché de leur production.
Plus d’un tiers des entreprises exportatrices turques
travaillent exclusivement avec des commissionnaires qui collectent
les volumes demandés auprès d’un grand nombre de petits
producteurs. Certaines ont également des relations directes avec
les producteurs. La plupart de ces entreprises ont été créées avant
les années 2000. La taille moyenne est de 40 salariés
permanents bien que plus d’un tiers ait moins de 10 salariés.
La plupart entre elles ont réalisé une intégration vers
l’aval : leur capacité de stockage et de refroidissement est
assez importante et plus des trois quarts ont leurs propres
installations de conditionnement des produits. L’intégration des
services logistique leur permet certainement d’atteindre un niveau
de qualité commerciale exigée par leurs clients et de garder la
valeur ainsi créée dans leur hiérarchie.
Un peu plus d’un tiers des exportations en volume des tomates
fraîches sont réalisées par les firmes de cette catégorie. En
revanche, leur capacité à capter la valeur créée est limitée à
14 % du total des exportations en valeur pour l’année 2003. La
plupart de ces entreprises expédient leurs produits vers
l’Allemagne, la Serbie-Monténégro et la Croatie. La plupart d’entre
elles travaillent avec les firmes importatrices et n’ont pas de
lien direct avec les chaînes de supermarchés.
Les firmes exportatrices qui ne sont pas verticalement intégrées
ou qui n’ont pas de formes d’approvisionnement contractuel direct,
ont quand même un certain contrôle sur leurs fournisseurs
concernant la conformité des produits aux normes de qualité
sanitaires internationales. Ces contrôles sont effectués par des
cadres salariés des firmes exportatrices ou alors par l’importateur
dans le cas d’un refus des marchandises au moment de l’achat.
D’une manière générale, les firmes exportatrices des fruits et
légumes frais ne semblent pas donner entière satisfaction à leur
clientèle étrangère, puisqu’uniquement 48 % des firmes
exportatrices déclarent répondre aux exigences de leurs clients
(Tozanli et al., 2006). Cependant, l’application de l’union
douanière avec l’UE et la réglementation européenne semblent être
des facteurs exogènes ayant un impact fort sur la mise à niveau
générale.
Il est important de souligner qu’en complément des modes
d’approvisionnement, les pays destinataires ainsi que la nature des
clients sont également des facteurs déterminants dans l’application
des normes de qualité sanitaire par les firmes exportatrices.
Celles qui ont des relations directes avec les chaînes de
supermarchés des pays de l’UE à 15 ont une exigence plus importante
que les autres entreprises quant à l’application de ces normes.
Conclusion
Dans le cas de la Turquie, nous remarquons bien le transfert du
contrôle des « compétences » des acteurs clés des CGV
vers des instances publiques locales. Ainsi, le ministère de
l’Agriculture et des Affaires rurales a mis en application, en
septembre 2004, une nouvelle régulation concernant les bonnes
pratiques agricoles, par laquelle il impose, à l’ensemble des
exploitations horticoles, l’application des normes Eurep GAP à
partir du 1er janvier 2005. Toutes les
exploitations horticoles ont l’obligation de tenir des cahiers des
charges et de mentionner les quantités d’engrais, de pesticides et
des insecticides utilisées. Par ailleurs, les magasins de vente
d’intrants modernes ont également l’obligation de déclarer les
quantités de ces intrants vendues aux exploitations agricoles ainsi
que le nom et l’adresse de chaque acheteur. Ce changement s’inscrit
dans la continuité du souci du gouvernement turc d’harmoniser son
système agricole et sa structure agraire de façon à ce qu’ils
satisfassent aux exigences de l’Union douanière qu’elle a réalisée
avec l’UE depuis 1996.
Cette orientation politique turque aura certainement des
retombées sur la coordination de la filière locale et pourrait se
traduire par une concentration parmi les acteurs de l’amont et
auprès des acteurs traditionnels que sont les commissionnaires. Le
changement éventuel dans les attentes des consommateurs turcs peut
également conduire les acteurs du secteur vers une mise à niveau
généralisée.
Le Maroc, qui semble avoir réalisé cette mise à niveau depuis
quelques années déjà, est mieux positionné pour répondre aux
demandes codifiées des acteurs clés de la chaîne globale des
tomates fraîches. Cependant, une libéralisation plus élargie des
politiques commerciales peut raviver la concurrence exercée par
d’autres pays méditerranéens sur les marchés européens
traditionnellement approvisionnés par les exportations marocaines.
Pour que ce leadership ne devienne pas un facteur de vulnérabilité
pour les acteurs marocains insérés dans une CGV captive, ces
derniers doivent dès lors diversifier leur clientèle et élargir
l’étendue géographique de leur marché naturel.
Les grandes firmes européennes de la distribution moderne
continueront à piloter et à modeler la chaîne globale des tomates
fraîches en dictant les normes internationales qui leur apportent
des avantages. Cependant, si les principaux acteurs des filières
locales arrivent à réunir leur force, ils auront certainement plus
de poids dans les négociations avec les acteurs clés de la chaîne
et pourront mieux équilibrer les rapports de force. Cela suppose
une mise à niveau maîtrisée et des investissements dans le domaine
de l’innovation et du développement de nouvelles variétés tout en
visant à améliorer la qualité sanitaire pour l’ensemble des
produits et non uniquement pour ceux qui sont destinés à
l’exportation.
Références
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