ARTICLE
La transplantation hépatique est actuellement le traitement reconnu
d'un certain nombre d'hépatopathies sévères, et notamment
des hépatites fulminantes. La plupart des équipes font état
d'un taux de survie supérieur à 70 % à 1 an [1, 2],
mais la greffe hépatique reste une intervention lourde, en particulier
chez les sujets fragiles. Elle nécessite une immunosuppression
à vie, son coût est élevé, et elle se heurte
à un manque important de donneurs. De ce fait, certains malades
meurent ou développent des séquelles neurologiques irréversibles
en attendant un donneur, plus particulièrement en cas d'hépatite
fulminante [3]. A côté des méthodes visant à
optimiser le rendement de la transplantation, telles que le partage des
organes, la transplantation d'un foie auxiliaire [4] et les donneurs vivants,
des alternatives doivent être trouvées. Parmi celles-ci,
le foie bioartificiel, encore expérimental, utilisant des hépatocytes
isolés peut être conçu soit comme un bioréacteur
extracorporel [5, 6] sur lequel est branché le malade pendant la
période aiguë de l'attente d'un greffon, soit comme un foie
bioartificiel interne (FBAI]. Ce dernier a l'avantage d'une plus grande
simplicité. De plus, il laisse le foie du receveur en place, et
donc ne compromet pas une éventuelle régénération
du foie receveur ou une transplantation hépatique ultérieure.
Principe du foie bioartificiel
interne
Le but du FBAI est de constituer un foie auxiliaire en laissant en place
le foie du receveur. Son principe repose sur la transplantation d'hépatocytes,
préalablement isolés, à l'intérieur de l'organisme
du receveur. Ces hépatocytes peuvent avoir plusieurs origines :
ils peuvent être syngéniques et provenir d'une hépatectomie
partielle chez le receveur (autotransplantation] ; ils peuvent être
allogéniques et provenir d'un donneur vivant ou d'un greffon hépatique
réduit en vue d'une transplantation. Enfin, il peut s'agir d'hépatocytes
xénogéniques provenant d'animaux, et plus particulièrement
du porc qui semble être l'animal le plus adapté [7, 8]. Les
hépatocytes ainsi isolés sont ensuite transplantés
à l'intérieur de l'organisme du receveur, soit sous forme
libre, soit fixés sur des supports formés de dextran ou
de PTFE [9], soit dans des capsules constituées d'une membrane
semi-perméable qui les protège de l'attaque immunitaire
du receveur tout en préservant leurs possibilités d'échanges
métaboliques. Ils sont facilement explantables lorsque leur utilisation
n'est plus nécessaire. Les produits du métabolisme hépatique,
synthétisés par les hépatocytes transplantés,
normalement évacués dans les voies biliaires, sont éliminés
directement dans le sang, par l'intermédiaire des vaisseaux de
l'organe ayant servi de site d'accueil.
Préparation des hépatocytes
o Origine des hépatocytes
Les hépatocytes sont le plus souvent isolés à partir
d'un individu sain qui peut être soit de même génotype
(FBAI syngénique), soit de génotype différent mais
de même espèce (FBAI allogénique), ou provenir d'une
espèce différente (FBAI xénogénique). Lorsque
les hépatocytes sont syngéniques, il n'y a pas de rejet,
mais ce cas aura probablement peu d'applications cliniques. Dans les deux
autres cas, les cellules peuvent faire l'objet d'un rejet allogénique
de type cellulaire ou d'un rejet xénogénique hyperaigu de
type humoral.
Les hépatocytes peuvent aussi être obtenus à partir
de lignées entretenues constituées de cellules immortalisées
en culture. Ces lignées poussent facilement en culture et permettent
l'obtention d'une masse cellulaire importante. Cependant, il s'agit le
plus souvent de lignées de cellules cancéreuses, et leur
utilisation expose, en cas de passage dans la circulation générale,
au risque théorique de cancer induit [6]. Elles ne peuvent donc
être utilisées qu'en circuit extracorporel ou après
avoir été encapsulées. Des lignées de cellules
immortalisées non cancéreuses permettraient d'éviter
ce risque.
o Dissociation hépatique
C'est le plus souvent le rat qui a été utilisé expérimentalement
comme donneur d'hépatocytes en raison de son faible coût.
Le principe de la dissociation est d'isoler les hépatocytes du
reste du parenchyme par digestion enzymatique, par perfusion in situ du
foie entier ou de fragments hépatiques. La dissociation du foie
à la collagénase a été décrite par
Seglen [10]. Dans un premier temps, la veine porte est canulée
et perfusée à 37 °C par un tampon permettant la rupture
des jonctions intercellulaires. Puis la solution de dissociation contenant
la collagénase associée à du calcium est perfusée
jusqu'à l'obtention d'une digestion hépatique complète.
Le foie est ensuite prélevé, la capsule de Glisson retirée
et les cellules sont dispersées par simple agitation. La suspension
cellulaire est ensuite filtrée puis lavée. La dissociation
peut être également obtenue par une perfusion portale d'un
tampon contenant de l'EDTA, oxygéné et chauffé à
37 °C [11]. A l'issue de la perfusion, le foie est prélevé
et découpé dans un tampon contenant du calcium. Une purification
des hépatocytes est ensuite effectuée par centrifugation
sur Percoll, permettant d'éliminer les cellules mortes et non parenchymateuses.
Pour les gros animaux, bien que coûteuse, la dissociation à
la collagénase peut être utilisée avec un bon rendement
[12, 13]. La dissociation des hépatocytes par perfusion in situ
de collagénase est la méthode la plus utilisée car
elle donne une viabilité cellulaire équivalente à
celle obtenue par l'EDTA avec un rendement supérieur. De plus,
elle peut être utilisée pour préparer des hépatocytes
humains à partir de biopsies chirurgicales.
Conservation des hépatocytes isolés
Malgré des progrès récents, la conservation des hépatocytes
isolés pose encore de nombreux problèmes techniques. Les
hépatocytes peuvent survivre seulement quelques heures en suspension
et quelques jours en culture. La prolongation de ce temps de conservation
pourrait permettre de constituer des banques d'hépatocytes facilement
utilisables. Actuellement la solution UW (University of Wisconsin) permet
une conservation d'un foie entier qui n'excède pas 20 heures. Les
conditions de conservation doivent préserver, non seulement la
viabilité, mais aussi l'activité fonctionnelle et la différenciation
cellulaire. La conservation des hépatocytes isolés peut
faire appel soit à la culture cellulaire, soit à la cryopréservation
à - 196 °C. Cette dernière méthode a donné
des résultats encourageants [14], mais s'accompagne d'une diminution
de 50 % de la viabilité après 1 mois. Actuellement, la seule
méthode qui semble permettre de conserver les hépatocytes
plusieurs mois sans altération de leur activité fonctionnelle
est la cryopréservation de cellules préalablement micro-encapsulées.
En effet, la micro-encapsulation semble protéger les cellules des
effets néfastes de la cryopréservation [15, 16].
Site d'implantation
Le site d'accueil idéal du FBAI doit être facilement accessible,
offrir un volume important, contenir des facteurs hépatotrophiques
et permettre une individualisation facile des hépatocytes transplantés
pour pouvoir les différencier du reste du parenchyme hépatique.
Plusieurs sites ont été utilisés et des hépatocytes
ont été injectés dans le muscle, le pannicule adipeux,
le poumon et sous la capsule rénale. Les études les plus
récentes ont utilisé, pour la plupart, la rate et le pancréas,
le foie et le péritoine.
o La rate
La rate est facilement accessible et permet d'étudier aisément
les cellules transplantées. En effet, les hépatocytes forment
des travées avec des sinusoïdes facilement reconnaissables
et des canalicules biliaires. L'implantation dans la rate permet de mettre
des hépatocytes à proximité du sang portal, ce qui
pourrait leur assurer un contact avec des facteurs de croissance. Afin
d'éviter une fuite massive par voie portale, les hépatocytes
doivent être transplantés par injection intraparenchymateuse
directe [17]. Après transplantation intrasplénique d'hépatocytes
syngéniques, une survie pouvant atteindre 16 mois chez le rat [14]
et 7 mois chez le porc [12] a été observée. Panis
et al. [18] ont montré qu'un an après transplantation intrasplénique
d'hépatocytes isolés, deux activités métaboliques
spécifiques de l'hépatocyte étaient conservées
: la clairance de l'antipyrine et la synthèse de l'albumine. Plus
récemment, la transplantation intrasplénique d'hépatocytes
humains allogéniques a permis à trois patients, atteints
d'une insuffisance hépatique terminale, d'attendre un greffon hépatique,
pendant une période de plus 5 jours [19]. Cependant, la rate ne
permet l'implantation que d'un nombre limité d'hépatocytes
(0,4 à 1 ml d'une suspension à la concentration 107/ml)
et nécessite l'utilisation d'hépatocytes, le plus souvent
syngéniques. Enfin, le risque de thrombose porte et d'infarctus
splénique est élevé [17].
o Le pancréas
Le pancréas pourrait être un site intéressant pour
la transplantation d'hépatocytes, en permettant l'écoulement
de la bile dans le duodénum par l'intermédiaire du canal
de Wirsung. La transplantation d'hépatocytes syngéniques
dans le pancréas n'a pas entraîné de pancréatite
[20]. De plus, la transplantation conjointe d'hépatocytes et d'îlots
de Langerhans suggère que les îlots de Langerhans sécrètent
des facteurs de croissance bénéfiques pour la survie et
la prolifération des hépatocytes [20]. Cependant, le pancréas
qui ne permet que l'implantation d'un petit nombre de cellules n'est pas
très utilisé actuellement par les différentes équipes.
o Le foie
Le foie, par son architecture unique, est en théorie le meilleur
site puisqu'il permet une interaction facile entre les cellules transplantées
et les facteurs hépatotrophiques. Cependant, il a pour principal
inconvénient de ne pas permettre une individualisation aisée
des hépatocytes transplantés par rapport au reste du parenchyme
hépatique. Plus récemment, Gupta et al. [21] ont utilisé
des hépatocytes transfectés exprimant à leur surface
l'antigène de l'hépatite B, permettant une individualisation
plus facile des cellules transplantées au sein du parenchyme hépatique.
o Le péritoine
Dans le péritoine, les hépatocytes doivent être fixés
sur des particules de dextran recouvertes de collagène (micro-porteurs)
pour pouvoir survivre [22]. Ces microporteurs offrent une grande surface
d'attache pour les hépatocytes, et favorisent la néovascularisation
au sein du péritoine, mais ne protègent pas les hépatocytes
d'une réaction immunologique de rejet. L'utilisation de micro-porteurs
a permis à Demetriou et al. [23] d'obtenir une suppléance
hépatique jusqu'à 6 jours chez des rats analbuminémiques
et chez des rats Gunn ayant reçu des hépatocytes allogéniques.
Kashani et al. [24] ont mis en évidence, chez la souris, la prolifération
d'hépatocytes syngéniques encapsulés 1 mois après
leur transplantation intrapéritonéale. Le péritoine
permet d'implanter un plus grand nombre d'hépatocytes, et de placer
les hépatocytes dans des capsules ou sur des supports. Son utilisation
semble plus adaptée à l'application clinique.
L'encapsulation
Si les travaux expérimentaux effectués jusqu'ici ont montré
l'intérêt de la transplantation d'hépatocytes isolés,
la plupart des études ont utilisé des hépatocytes
syngéniques. Les hépatocytes allogéniques sont rapidement
rejetés, alors que c'est précisément la transplantation
d'hépatocytes allo- ou même xénogéniques qui
peut avoir des applications cliniques. Les hépatocytes normaux
expriment faiblement les molécules du complexe majeur d'histocompatibilité
de classe I et peu ou pas les molécules de classe II. Malgré
l'absence d'expression du complexe majeur d'histocompatibilité
de classe II, les hépatocytes sont antigéniques et rejetés
en 4 ou 7 jours en l'absence d'un traitement immunosuppresseur [25].
Pour permettre la transplantation de cellules allogéniques sans
traitement immunosuppresseur, la microencapsulation a été
initialement décrite par Chang [26] pour la transplantation d'îlots
de Langerhans. Cette méthode a été utilisée
plus tard pour transplanter les hépatocytes dans le péritoine.
Le principe est de protéger les hépatocytes de l'attaque
immunitaire du receveur par une membrane semi-perméable, tout en
préservant les possibilités d'échanges des cellules
implantées. De plus, cette membrane doit être biocompatible
pour le receveur. Le procédé d'encapsulation est variable
: les hépatocytes peuvent être encapsulés isolément,
ou en petit nombre, par la membrane ; il est possible également
d'introduire les hépatocytes dans une macrocapsule préalablement
fabriquée. Les premières membranes utilisées étaient
formées avec des sels d'alginate [26] qui entraînaient à
terme une fibrose capsulaire. Afin de diminuer cette réaction inflammatoire,
les capsules ont été recouvertes de groupes aminés
ou d'ammonium quaternaire. D'autres membranes à teneur hydrique
très élevée (Hydrogel) ont été obtenues
à partir d'un copolymère utilisé en clinique comme
membrane d'hémodialyse [27]. La biocompatibilité de cet
hydrogel est excellente et les hépatocytes encapsulés dans
ce type de biomatériau sont facilement explantables (figure
1). De plus, des hépatocytes syngéniques et allogéniques
ainsi encapsulés ont survécu pendant une période
de 3 mois, en l'absence de traitement immunosuppresseur [28]. La figure
2 montre des hépatocytes allogéniques, ainsi encapsulés,
bien conservés avec des noyaux nucléolés et un cytoplasme
contenant de nombreuses vacuoles de sécrétion, 3 mois après
leur transplantation intrapéritonéale. D'autre part, ces
mêmes hépatocytes, qu'ils soient syngéniques ou allogéniques,
étaient encore capables de synthétiser de l'albumine (tableau
1).
Applications thérapeutiques
expérimentales
Correction d'un déficit enzymatique
L'utilisation, comme receveurs, d'animaux ayant un déficit enzymatique
permet de détecter la présence d'hépatocytes fonctionnels
par dosage chez le receveur de substances non synthétisées
auparavant. Plusieurs modèles animaux de déficit enzymatique
ont été utilisés. Ainsi, la transplantation d'hépatocytes
allogéniques encapsulés dans le péritoine a permis
d'obtenir la synthèse de bilirubine conjuguée chez le rat
Gunn, déficient en uridine diphosphate glucuronyltransférase
normalement responsable de la conjugaison de la bilirubine [29]. Cependant,
cette activité s'estompait progressivement et, 11 semaines après
la transplantation, la bilirubinémie des animaux traités
était comparable à celle du groupe témoin (figure
3). Un résultat similaire a été obtenu après
transplantation d'hépatocytes xénogéniques. Des hépatocytes
humains ont été utilisés chez le rat Nar (analbuminémique),
athymique [30]. La transplantation intrapéritonéale d'hépatocytes
allogéniques chez le lapin Watanabe (déficient en récepteur
aux LDL) a été accompagnée d'une diminution de la
concentration sérique de cholestérol [31]. Dans ces modèles
d'animaux déficients, la difficulté est de ne mesurer que
l'activité fonctionnelle des hépatocytes transplantés
et non pas l'activité résiduelle du foie du receveur ou
d'hépatocytes ectopiques. Par exemple, du fait de l'existence d'hépatocytes
fonctionnels extraspléniques ayant migré lors de l'implantation
du FBAI, il peut persister une synthèse de bilirubine conjuguée
chez un rat Gunn après explantation d'un FBAI intrasplénique
[32]. La mesure d'une enzyme hépatique dans le poumon d'animaux
ayant reçu un FBAI intrapulmonaire permettrait peut-être
d'éviter ces problèmes, puisque cette activité enzymatique
ne peut être attribuée à des cellules pulmonaires.
Correction d'une insuffisance hépatique
aiguë
o Modèle animal d'insuffisance hépatique
aiguë
L'insuffisance hépatique aiguë peut être induite chez
l'animal soit chimiquement, soit chirurgicalement. L'hépatite fulminante
peut être induite chez le rat par administration de diméthylnitrosamine
[33] ou de D-galactosamine [34] qui sont des produits sélectivement
hépatotoxiques. L'utilisation du paracétamol dans l'induction
chimique d'une insuffisance hépatique aiguë chez l'animal
est en cours d'expérimentation.
L'insuffisance hépatique aiguë peut être également
obtenue chirurgicalement soit par une hépatectomie d'au moins 75
%, soit par ischémie hépatique. Sommer et al. [35] ont obtenu
une mortalité de 80 % chez le chien, par occlusion de la veine
porte et de l'artère hépatique 48 heures après la
réalisation d'une anastomose porto-cave et d'une lobectomie gauche.
Chez le porc, le modèle d'insuffisance hépatique aiguë
le plus utilisé est irréversible et associe une anastomose
porto-cave termino-latérale et une ligature du pédicule
hépatique [36]. Minato et al. [22] ont utilisé, chez le
rat, l'hépatectomie de 75 % associée à une anastomose
porto-cave avec de bons résultats. Cependant, ces modèles
chirurgicaux sont plus difficiles à utiliser pour évaluer
l'efficacité du FBAI, parce qu'ils sont le plus souvent irréversibles
et les animaux meurent rapidement d'une hypoglycémie profonde postopératoire.
Plus récemment, Roger et al. [37] ont mis au point un modèle
chirurgical fiable et reproductible chez le rat en réalisant une
hépatectomie de 95 %. L'hypoglycémie était corrigée
par du glucosé à 20 % en eau de boisson et par des injections
intrapéritonéales de glucose à 5 %. De plus, ce modèle
a pour avantage d'être réversible puisqu'une régénération
complète du foie natif a été constatée chez
les animaux survivants.
o Résultats du FBAI
La correction du déficit hépatique par FBAI peut être
appréciée par la prolongation de la survie par rapport à
un groupe témoin. Makowka et al. [38] ont constaté une amélioration
sensible de la survie, que les hépatocytes soient syngéniques,
allogéniques ou xénogéniques dans les deux types
d'hépatites aiguës, chimique et chirurgicale. Mais un FBAI
intrasplénique n'a pas augmenté la survie des rats après
hépatite aiguë à la D-galactosamine ; l'injection de
cytosol ou de surnageant de culture hépatocytaire avait le même
effet que la transplantation d'hépatocytes isolés [39].
Sommer et al. [34] ont rapporté une prolongation de la survie de
rats Gunn après transplantation d'hépatocytes syngéniques,
mais sans correction de l'hyperbilirubinémie. Minato et al. [22]
ont observé une augmentation de survie chez les rats ayant reçu
des hépatocytes syngéniques, 3 jours avant une hépatectomie
de 70 %, mais la viabilité des hépatocytes transplantés
n'avait pas été vérifiée ; le rôle potentiel
du cytosol, du surnageant, ou des cellules mortes n'avait pas été
étudié. Plus récemment une étude [40] réalisée
chez le rat a montré que le FBAI intrapéritonéal
utilisant des hépatocytes allogéniques permettait de faire
passer le taux de survie de 7 % dans le groupe témoin à
61 % dans le groupe transplanté, après une hépatectomie
de 95 % (figure 4). De plus,
une régénération complète du foie natif était
observée chez les animaux survivants. Un résultat comparable
était obtenu après transplantation d'hépatocytes
xénogéniques.
Correction d'une insuffisance hépatique
chronique
La cirrhose au tétrachlorure de carbone a été largement
utilisée comme modèle d'insuffisance hépatique chronique.
Cependant, ce n'est pas un modèle idéal de cirrhose car
d'une part le cycle de l'urée n'est pas déprimé et,
d'autre part, l'encéphalopathie chronique associée est caractérisée
par des troubles très variables. Ribeiro et al. [41] ont montré
que, chez des rats ayant une encéphalopathie hépatique chronique
induite par une anastomose porto-cave termino-latérale, les troubles
du comportement étaient corrigés par un FBAI intrasplénique
: 3 mois après la transplantation, l'activité locomotrice
et exploratoire des rats initialement en encéphalopathie rejoignait
le niveau des témoins. En revanche, l'hyperammoniémie n'était
pas corrigée. L'injection préférentielle d'hépatocytes
péri-portaux, alors que ce sont les hépatocytes centrolobulaires
qui métabolisent l'ammoniaque, pourrait expliquer cette discordance.
Applications humaines
dans l'avenir
Ces études expérimentales, développées depuis
un vingtaine d'années, confirment l'intérêt du FBAI.
Son implantation chirurgicale est simple et son explantation après
utilisation est facile. On peut envisager de conserver les hépatocytes
d'un même donneur dans une "banque d'hépatocytes".
Ils pourraient provenir d'animaux, et dans ce cas, être préparés
à la demande, sans recourir à des méthodes de conservation.
La mise au point de xénogreffe d'hépatocytes devrait ouvrir
de grandes possibilités thérapeutiques. L'utilisation du
FBAI pourrait être envisagée dans différents types
de déficit hépatique.
En cas de maladie métabolique, le FBAI utilisant des hépatocytes
allo- ou xénogéniques provenant d'un donneur sain pourrait
être envisagé pour corriger le déficit enzymatique.
Par ailleurs, des hépatocytes transfectés pourraient être
utilisés à la condition que la maladie métabolique
soit génétiquement connue et récessive. Les cellules
autologues seraient prélevées par large biopsie ou hépatectomie
partielle, transfectées in vitro, puis réinjectées
in situ ou dans un autre site. Des protocoles humains ont déjà
été proposés [42]. A partir des résultats
expérimentaux obtenus chez le rat Gunn, il est possible d'envisager
la transplantation d'hépatocytes transfectés avec l'ADNc
codant pour la bilirubine-UDPGT dans la maladie de Crigler-Najjar.
De la même manière, le FBAI pourrait être proposé
pour le traitement de l'hypercholestérolémie familiale.
D'autres déficits, actuellement traités par transplantation
hépatique orthotopique, pourraient bénéficier du
FBAI : déficit en alpha-1-anti-trypsine et certaines mucoviscidoses.
Cependant, la transfection se heurte encore au niveau d'expression des
gènes transfectés, ce qui incite à étudier
le transfert de gènes associés à des séquences
régulatrices qui permettrait d'obtenir une activité métabolique
suffisante des hépatocytes transfectés.
Pour une insuffisance hépatique aiguë transitoire ou une insuffisance
hépatique en attente de transplantation hépatique, le FBAI
apparaît comme une alternative séduisante permettant de passer
"un cap", le temps de la régénération du
foie natif ou de l'attente du donneur. D'autre part, il permettrait d'éviter
l'immunosuppression à vie et ses conséquences.
Pour l'insuffisance hépatique chronique, le FBAI ne supprime pas
l'hypertension portale mais peut corriger en partie la fonction hépatique.
A partir d'hépatocytes autologues il ne paraît pas indiqué
puisque les hépatocytes seraient issus d'un foie malade. En revanche,
le FBAI utilisant des hépatocytes allogéniques provenant
d'un foie sain, ou même xénogéniques protégés
par macroencapsulation, pourrait être mieux adapté. De plus,
des hépatocytes allo- ou xénogéniques transfectés
pourraient aussi être utilisés pour diminuer le rejet immunitaire.
CONCLUSION Ainsi
le FBAI, qui a pour lui l'avantage de la simplicité, pourrait devenir
une thérapeutique complémentaire, voire une alternative à
la transplantation hépatique, dans certaines indications. Il pourrait
être proposé comme traitement de maladies métaboliques
par déficit enzymatique ou de certaines insuffisances hépatiques
aiguës ou chroniques avec encéphalopathie. Il pourrait être
également un traitement transitoire en attente d'un greffon hépatique,
soit dans le cas d'une première transplantation, soit dans le cadre
d'un dysfonctionnement d'un foie déjà greffé ou d'un
rejet chronique.REFERENCES
1. Moreno Gonzalez E, Garcia GI, Loinaz SC, Gomez SR, Gonzalez-Pinto
I, et al. Liver transplantation in patients with fulminant hepatic
failure. Br J Surg 1995 ; 82 : 118-21.
2. Bismuth H, Samuel D, Castaing D, Adam A, Saliba F, Johann M, et
al. Orthotopic liver transplantation in fulminant and subfulminant
hepatitis. The Paul Brousse experience. Ann Surg 1995 ; 222 :
109-19.
3. Lidofsky SD, Bass NM, Prager MC. Intracranial pressure monitoring
and liver transplantation for fulminant hepatic failure. Hepatology
1992 ; 16 : 1-7.
4. Chenard-Neu MP, Boudjema K, Bernuau J, Degott C, Belghiti J, Cherqui
D, et al. Auxiliary liver transplantation : regeneration of
the native liver and outcome in 30 patients with fulminant hepatic failure.
Hepatology 1996 ; 23 : 1119-27.
5. Rozga J, Podesta L, Le Page E. A bioartificiel liver to treat severe
acute liver failure. Ann Surg 1994 ; 219 : 257-62.
6. Sussman LN, Chong MG, Koussayer T, He D, Shang TA, Whisennand HH,
et al. Reversal of fulminant hepatic failure using an extracorporeal
liver assist device. Hepatology 1992 ; 16 : 60-5.
7. Naik S, Trenkler D, Santangini H, Pan J, Jauregui HO. Isolation and
culture of porcine hepatocytes for artificiel liver support. Cell Transplantation
1996 ; 5 : 107-15.
8. Lazar A, Madhusudan VP, Florence JW, Chung-Ming C, Cerra FB, Hu WS.
Formation of porcine hepatocyte steroids for use in a bioartificial liver.
Cell Transplantation 1995 ; 4 : 259-68.
9. Borel-Rinkes IH, Bijma AM, Kappers WA, Sinaasappel M, Hoek FJ, Jansen
PL, et al. Evidence of metabolic activity of adult and fetal rat
hepatocytes transplanted into solid supports. Transplantation 1992 ;
54 : 210-4.
10. Seglen PO. Preparation of isolated rat liver cells. Method Cell
Biol 1976 ; 13 : 23-83.
11. Wang SR, Renaud G, Infante J, Catala D, Infante
R. Isolation of rat hepatocytes with EDTA and their metabolic function
in primary culture. In vitro 1985 ; 21 : 526-30.
12. Nordlinger B, Bouma ME, Wang SR, Verthier N, Huguet C, Infante R.
High-yield preparation of porcine hepatocytes for long survival after
transplantation in the spleen. Eur Surg Res 1985 ; 17 :
377-82. Références
13. Sielaff TD, Hu MY, Rao S, Groehler K, Olson D, Mann HJ, et al.
A technique for porcine hepatocyte harvest and description of differentiated
metabolic functions in static culture. Transplantation 1995 ;
59 : 1459-63.
14. Kusano M, Mito M. Observations on the fine structure of long survived
isolated hepatocytes inoculated into rat spleen. Gastroenterology
1982 ; 86 : 616-28.
15. Koebe HG, Dahnahardt C, Muller-Hocker J, Wagner H, Schildberg FW.
Cryopreservation of porcine hepatocyte cultures. Cryobiology 1996 ;
33 : 127-41.
16. Dixit V, Darvasi R, Arthur M, Lewin K, Gitnich G. Cryopreserved
microencapsulated hepatocytes transplantation studies in Gunn rats. Transplantation
1993 ; 55 : 616-22.
17. Rosenthal RJ, Chen SC, Hewitt W, Wang CC, Eguchi S, Geller S, et
al. Techniques for intrasplenic hepatocyte transplantation in the
large animal model. Surgical Endoscopy 1996 ; 10 : 1075-9.
18. Panis Y, Puts JP, Ballet F, Penin E, Delelo R, Verthier N, Nordlinger
B. The isolated perfused rat spleen. An original method for studying the
function of hepatocytes transplanted into the spleen. Transplantation
1990 ; 49 : 756-9.
19. Strom SC, Fisher RA, Thompson MT, Sanyal AJ, Cole PE, Ham JM, et
al. Hepatocyte transplantation as a bridge to orthotopic liver transplantation
in terminal liver failure. Transplantation 1997 ; 63 :
559-69.
20. Ricordi C, Flye MW, Lacy PE. Renal subcapsular transplantation of
clusters of hepatocytes in conjunction with pancreatic islets. Transplantation
1988 ; 45 : 1148-51.
21. Gupta S, Aragona E, Vemuru RP, Bhargava KK, Burk RD, Chowdhury JR.
Permanent engraftment and function of hepatocytes delivered to the liver :
implication for gene therapy and liver repopulation. Hepatology
1991 ; 14 : 1149.
22. Minato M, Houssin D, Demma I, Morin J, Gigou M, Szekely AM, et
al. Transplantation of hepatocytes for treatment of surgically induced
acute hepatic failure in the rat. Eur Surg Res 1984 ; 16 :
162-9.
23. Demetriou AA, Levenson SM, Novikoff PM, Novikoff AB, Chowdhury NR,
Whiting J, et al. Survival, organization, and function of microcarrier-attached
hepatocytes transplanted in rats. Proc Natl Sci USA 1986 ;
83 : 7475-9.
24. Kashani SA, Chang TMS. Release of hepatic stimulatory substance
from cultures of free and microencapsuled hepatocytes : preliminary
reports. Biomat Artif Cell Artif Organs 1988 ; 16 : 741-6.
25. Demetriou AA, Reisner A, Sanchez J, Levenston SM, Modcioni AD, Chowdhury
JR. Transplantation of microcarrier attached hepatocytes into 90 % partially
hepatectomized rats. Hepatology 1988 ; 8 : 1006-9.
26. Chang TMS. Semi permeable microcapsules. Science 1964 ;
146 : 524-5.
27. Honiger J, Balladur P, Mariani P, Delelo R, Baudrimont M, Capeau
J, Nordlinger B. Permeability and biocompatibility of a new hydrogel used
for encapsulation of hepatocytes. Biomaterials 1995 ; 16 :
753-9.
28. Balladur P, Crema E, Honiger J, Calmus Y, Delelo R, Baudrimont M,
et al. Transplantation of allogenic hepatocytes without immunosuppression :
long term survival. Surgery 1995 ; 117 : 189-94.
29. Gomez N, Balladur P, Calmus Y, Baudrimont M, Honiger J, Delelo R,
et al. Evidence for survival and metabolic activity of encapsuled
xenogeneic hepatocytes transplanted without imunosuppression in rat Gunn.
Transplantation 1997 ; 63 : 1718-23.
30. Mosconi AD, Demetriou AA. Human liver cell transplantation prolonges
function in athymic Gunn and athymic analbuminemic hybrid rats. Gastroenterology
1989 ; 96 : 1446-51.
31. Wiederkehr JC. Hepatocyte transplantation for the low density lipoprotein
receptor-deficient state : a study in Watanabe rabbit. Transplantation
1990 ; 50 : 466-71.
32. Vroemen JPAM, Buurman WA, Heirvegh KP, Van der Linder CJ, Kosstra
G. Hepatocyte transplantation for enzyme deficiency disease in congenic
rats. Transplantation 1986 ; 42 : 130-5.
33. Sutherland DER, Numata M, Matas AJ, Simmons RL, Najarian JS. Hepatocellular
transplantation in acute liver failure. Surgery 1977 ; 82 :
124-32.
34. Sommer BG, Sutherland DER, Simmons RL, Najarian JS. Hepatocellular
transplantation for treatement of D-galactosamine induced acute liver
failure in rats. Transplant Proc 1979 ; 11 : 578-84.
35. Sommer BG, Sutherland DER, Simmons RL, Najarian JS. Hepatocellular
transplantation for experimental ischemic acute liver failure in dogs.
J Surg Res 1980 ; 29 : 319-25.
36. Huguet C, Opolon P, Bloch P, Gallot D, Morisot P, Hadchouel P. Coma
hépatique expérimental par nécrose ischémique
aiguë du foie chez le porc. J Chir 1972 ; 103 :
63-76.
37. Roger V, Balladur P, Honiger J, Baudrimont M, Delelo R, Calmus Y,
et al. A good model of experimental acute hepatic failure :
95 % hepatectomy. Transplant Proc 1995 ; 27 : 2230-1.
38. Makowa L. Allogenic and xenogenic hepatocyte transplantation in
experimental hepatic failure. Transplantation 1980 ; 30 :
429-34.
39. Baumgartner D, La Plante O'Neill P, Sutherland D, Nalarian J. Effects
of intrasplenic injection of hepatocytes, hepatocyte fragments and hepatocyte
culture supernatants on D-galactosamine induced liver failure in rats.
Eur J Surg Res 1983 ; 15 : 129-35.
40. Roger V, Balladur P, Honiger J, Baudrimont M, Delelo R, Robert A,
et al. Traitement de l'hépatite fulminante expérimentale :
transplantation sans immunosuppression d'hépatocytes allogéniques
encapsulés. Gastroenterol Clin Biol 1995 ; 19 :
A8.
41. Ribeiro J, Nordlinger B, Ballet F, Cynober L, Coudray-Lucas C, Baudrimont
M, et al. Intrasplenic hepatocellular transplantation corrects
hepatic encephalopathy in porto-caval shunted rats. Hepatology
1992 ; 15 : 12-8.
42. Ledley FD, Woo SLC, Ferry GD, Whisenand HH, Brandt ML, Demmler CJ,
et al. Clinical protocol. Hepatocellular transplantation in acute
hepatic failure and targeting genetic markers to hepatic cells. Hum
Gene Ther 1991 ; 2 : 3331-58
|