ARTICLE
Auteur(s) : Diane M Provencher1
Au Canada, on estime à 2 400 le nombre de nouveaux cas de cancer de
l’ovaire et le nombre de décès attribuables à cette maladie s’est
élevé à 1 550 l’an dernier. Actuellement, les traitements optimaux
pour soigner le cancer de l’ovaire comprennent la chirurgie
agressive, la chimiothérapie de première intention et le suivi.À la
suite de recherches s’échelonnant sur une période de 20 ans,
il existe maintenant trois essais nord-américains de phase III
affichant des résultats positifs (GOG172, SWOG9619,
GOG114/SWOG9227). Présidée par Deborah Armstrong, la plus récente
étude, GOG172, a témoigné d’une amélioration de la survie chez les
femmes ayant subi une chimiothérapie intrapéritonéale en tant que
traitement adjuvant à la suite d’une chirurgie de réduction
tumorale pour traiter le cancer de l’ovaire. Cette étude, ainsi que
d’autres essais comparatifs aléatoires publiés, démontrent une
tendance constante en ce qui concerne l’amélioration de la survie
d’un groupe sélectionné de patientes atteintes du cancer de
l’ovaire. Le National Cancer Institute aux États-Unis a récemment
émis un avis clinique selon lequel il appuyait le recours à la
chimiothérapie intrapéritonéale chez un sous-groupe de patientes
atteintes du cancer de l’ovaire. La Société des gynécologues
oncologues du Canada (GOC) soutient le recours à la chimiothérapie
intrapéritonéale chez les patientes atteintes du cancer de l’ovaire
de phase III ayant fait l’objet d’une réduction tumorale optimale.
La GOC et ses partenaires des centres anticancéreux offrant des
soins intégrés au Canada élaboreront une stratégie pour mettre en
pratique cette approche à l’intention de leurs patientes.La
chimiothérapie intrapéritonéale est particulièrement intéressante
puisque la maladie est, la plupart du temps, confinée à la cavité
intrapéritonéale et les études pharmacocinétiques laissent présager
un avantage de l’exposition prolongée de la tumeur au médicament.
Cependant, la communauté oncologique affiche des réticences quant à
l’adoption du traitement en raison de ses complexités, prenant
forme surtout par la présence d’un cathéter intrapéritonéal qui
peut entraîner une toxicité potentiellement grave à court terme, y
compris une infection, une hémorragie, une perforation intestinale,
une obstruction, de la douleur et l’administration inadéquate du
médicament. Les nouvelles données confirment que le traitement
intrapéritonéal peut améliorer les résultats chez les patientes
dont le volume tumoral est restreint, qui ne présentent aucun
résidu visible de la maladie et dont la cavité péritonéale est
intacte (( figure
1 )) [1-4]. La GOC s’engage à appuyer l’accès à cette
option thérapeutique pour les candidates appropriées selon des
conditions optimales et en toute sécurité.Les candidates idéales au
traitement intrapéritonéal sont les femmes chez qui a été pratiquée
une résection chirurgicale complète et qui ont accès à une équipe
multidisciplinaire fournissant la prise en charge adéquate du
cathéter. La possibilité de pratiquer une chirurgie de réduction
tumorale optimale est grandement variable chez les femmes subissant
une chirurgie pour traiter le cancer de l’ovaire (19-82 %) et
est fonction de l’accès en temps opportun à une équipe ayant les
compétences chirurgicales adéquates et selon la biologie de la
tumeur en soi ainsi que des facteurs comorbides qui pourraient
faire en sorte que la chirurgie de grande envergure ne soit pas
sans danger ni recommandable. La chimiothérapie intrapéritonéale
est compliquée et exige une entière compréhension des risques et
avantages associés à sa prestation. La GOC recommande que ces soins
soient dispensés par une équipe multidisciplinaire effectuant une
prise en charge adéquate du cathéter dans un environnement où
l’administration sécurisée et la surveillance sont disponibles. Il
est d’une importance capitale de discuter avec la patiente des
complications et des risques liés à ce traitement, que les
complications pouvant survenir par la suite soient prises en charge
par l’équipe multidisciplinaire et que toutes les décisions
relatives au traitement soient personnalisées selon chaque
patiente.Nous devons continuer de sensibiliser les femmes et les
médecins à cette maladie insidieuse. Malheureusement, plus de
70 % des femmes reçoivent un diagnostic à un stade avancé de
la maladie lorsque les symptômes se développent en raison de
l’invasion à d’autres organes pelviens ou de métastases entraînant
un ballonnement abdominal, de l’inconfort et une augmentation du
volume de l’abdomen. Le pronostic d’un cancer de l’ovaire est
généralement peu optimiste, comme en témoigne le taux de survie
inférieur à 40 % sur une période de 5 ans. Alors que le
dépistage de la maladie à un stade précoce est en corrélation avec
des possibilités de survie accrues, il est rare de la détecter à
ses débuts et les programmes de dépistage au sein de la population
générale n’ont pas eu de succès. La cause du cancer de l’ovaire
demeure inconnue. Des études analytiques de cas-témoins axées sur
la population avancent que le nombre de grossesses, l’allaitement,
le recours à la pilule contraceptive et la ligature des trompes ou
l’hystérectomie diminuent le risque. Chez 5 à 10 % des
patientes, ce cancer est imputable à l’hérédité en raison de la
mutation des gènes BRCA1 ou BRCA2, qui sont actuellement associés à
la prédisposition au cancer, surtout ceux du sein, de l’ovaire et
de la prostate.Il est donc évident que pour atteindre de meilleurs
résultats chez les patientes atteintes d’un cancer de l’ovaire, les
candidates appropriées doivent avoir accès à la chimiothérapie
intrapéritonéale. La GOC soutient cette démarche envers les soins
offerts et recommande que les centres anticancéreux du Canada
développent les compétences nécessaires afin de fournir et de
soutenir ce traitement.Les chercheurs poursuivent leurs études pour
affiner davantage les techniques et les agents de la chimiothérapie
intrapéritonéale. La GOC s’engage à combler les lacunes en matière
de connaissances et de pratique concernant le traitement
intrapéritonéal au moyen de l’éducation, de la collecte vigilante
de données et de soins sécuritaires et factuels.
Références
1 Alberts DS, Liu PY, Hannigan EV, O’Toole R,
Williams SD, Young JA, et al. Intraperitoneal
cisplatin plus intravenous cyclophosphamide versus intravenous
cisplatin plus intravenous cyclophosphamide for stage III ovarian
cancer. N Engl J Med 1996 ; 335 : 1950-5.
2 Markman M, Bundy BN, Alberts DS,
Fowler JM, Clark-Pearson DL, Carson LF, et al.
Phase III trial of standard-dose intravenous cisplatin plus
paclitaxel versus moderately high-dose carboplatin followed by
intravenous paclitaxel and intraperitoneal cisplatin in
small-volume stage III ovarian carcinoma : an intergroup study
of the Gynecologic Oncology Group, Southwestern Oncology Group, and
Eastern Cooperative Oncology Group. J Clin Oncol 2001 ;
19 : 1001-7.
3 Armstrong DK, Bundy B, Wenzel L, Huang HQ,
Baergen R, Lele S, et al. Intraperitoneal cisplatin
and paclitaxel in ovarian cancer. N Engl J Med 2006 ;
354 : 34-43.
4 Walker JL, Armstrong DK, Huang HQ,
Fowler J, Webster K, Berger RA, et al.
Intraperitoneal catheter outcomes in a phase III trial of
intravenous versus intraperitoneal chemotherapy in optimal stage
III ovarian and primary peritoneal cancer : a Gynecologic
Oncology Group Study. Gynecol Oncol 2006 ; 100 :
27-32.
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