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Pandemic influenza virus inside buildings: Is there a risk of transmission by ventilation or air conditioning systems?


Environnement, Risques & Santé. Volume 7, Number 4, 255-63, juillet-août 2008, Article original

DOI : 10.1684/ers.2008.0157

Résumé   Summary  

Author(s) : Véronique Ezratty, Fabien Squinazi , Service des études médicales d’EDF et de Gaz de France (SEM), 22-28, rue Joubert, 75009 Paris, Laboratoire d’hygiène de la Ville de Paris (LHVP), 11, rue George Eastman, 75013 Paris.

Summary : The potential severity of the consequences of the threatened influenza pandemic requires a high level of preparation. As a part of planning for measures to protect populations and make it possible to continue business activities during such a pandemic, the possible transmission of the influenza virus within buildings through the ventilation or air conditioning systems must be assessed. The aim of this article is to explore the plausibility of contamination via this pathway compared with the “classic” transmission by large droplets as well as by direct or indirect contact, all requiring proximity between the source subject or object and the susceptible host. Using the available data, we dissected the problem into several parts for analysis, first investigating the possibility of virus distribution in the air, then its survival and its capacity to contaminate people at some distance, in the same area or in another part of the building. Our analysis suggests that the risk of spread within a building of a “regular” influenza virus through small-particle aerosols cannot be excluded. However, the risk of transmission, linked to preservation of the particle’s infectivity at long distances through HVAC systems seems improbable. Based on these conclusions, we investigated the measures, both positive and negative, that could be recommended to minimize the risk of influenza transmission in buildings with various HVAC systems and in buildings however ventilated. Finally, we attempted to identify the research needs and particular studies that would be useful to confirm the relevance of these recommendations and to answer the questions that remain unresolved.

Keywords : aerosols, ventilation, air conditioning, bioterrorism, influenza human, disease outbreaks, influenza A virus, influenza B virus

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ARTICLE

Auteur(s) : Véronique Ezratty1, Fabien Squinazi2

1Service des études médicales d’EDF et de Gaz de France (SEM), 22-28, rue Joubert, 75009 Paris
2Laboratoire d’hygiène de la Ville de Paris (LHVP), 11, rue George Eastman, 75013 Paris

Article reçu le 22 Avril 2008, accepté le 9 Juin 2008

Aucun cas de grippe transmise à distance par les systèmes de ventilation ou de climatisation d’un bâtiment n’a jamais été rapporté dans la littérature scientifique. En revanche, des observations de transmission par l’intermédiaire de ces systèmes ont été décrites pour la varicelle et la rougeole [1-3]. Le profil épidémiologique de la grippe saisonnière est compatible avec une transmission par contact de proximité [4] d’une personne contaminée par le virus influenza (sujet source) via un contact physique direct ou via la projection par la toux, l’éternuement ou la parole, de gouttelettes vers les muqueuses respiratoires d’un sujet récepteur (hôte susceptible). La transmission peut aussi survenir par contact indirect, par l’intermédiaire des mains ou par contact avec une surface ou un objet contaminés par les particules émises dans l’environnement immédiat du sujet source [4-7]. En revanche, la transmission à distance (plus de 2-3 m), qui nécessite le transport, la survie et la conservation du pouvoir infectant (infectivité) du virus sous forme d’aérosols, fait actuellement débat entre ceux qui soutiennent que la grippe ne peut se transmettre que par contact de proximité [4] et ceux qui évoquent la possibilité d’une transmission par aérosols [8], y compris à distance par les systèmes de ventilation ou de climatisation [9]. La vivacité des échanges [10-12] et la divergence des opinions formées à partir des mêmes sources bibliographiques reflètent bien la difficulté de répondre à la question posée et de se prononcer sur le choix des mesures à prendre pour limiter la propagation du virus influenza en cas de pandémie dans un contexte où les preuves scientifiques pour les justifier sont insuffisantes. Cet article tente d’apporter quelques éléments de réflexion à ce débat en se fondant sur les données bibliographiques disponibles.

Méthodologie

Une recherche bibliographique a été réalisée sur les bases de données MEDLINE pour les articles publiés entre 1960 et février 2008. Certains articles plus anciens, publiés depuis 1941, ont également été analysés. Il est intéressant de constater qu’une grande partie des publications apportant des éléments pour traiter cette question actuelle, rapporte les résultats issus de travaux expérimentaux réalisés dans les années 1940 et 1960. Après trois décennies relativement pauvres en ce qui concerne la recherche sur la transmission du virus influenza, une résurgence des études sur le sujet est apparue à la fin des années 1990, depuis que planent les menaces de bioterrorisme et de survenue de nouvelles maladies infectieuses tels le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) et la pandémie grippale. Une veille a également été menée jusqu’en février 2008 sur les principaux sites Internet nationaux et internationaux dédiés à la menace de pandémie. Ces recherches n’apportant pas de réponse directe, nous avons décidé d’aborder la question posée en dissociant la notion de diffusion du virus influenza dans l’air d’un bâtiment d’avec celle de sa capacité à infecter des personnes à distance. Les leçons tirées de la réflexion sur la mise en place de stratégies de protection des bâtiments contre le bioterrorisme ont également été prises en compte [13].

Ventilation et climatisation des bâtiments : quelques principes généraux

La ventilation assure le renouvellement en air neuf et la circulation de l’air à l’intérieur des bâtiments. Sa fonction est de diluer et d’évacuer les polluants de l’air, l’humidité et les odeurs. La ventilation intervient sur la concentration des particules, y compris infectieuses, via le taux de renouvellement en air neuf qui doit être adapté au taux d’occupation et aux sources intérieures de pollution.

Tous les systèmes de ventilation sont basés sur les mêmes principes, mais, en pratique, il en existe une grande variété selon le type, l’âge et la taille du bâtiment. Ils consistent soit en une ventilation naturelle par conduits et tirage thermique (cheminée…), la ventilation étant assurée par le vent et par l’écart de température entre l’extérieur et l’intérieur, soit en une ventilation mécanique contrôlée (VMC) simple flux ou double flux avec échangeur thermique.

La climatisation a pour fonctions d’assurer et de préserver la santé, le confort et la sécurité des occupants en maintenant des conditions thermique, hygrométrique et de qualité d’air acceptables associées à une bonne efficacité énergétique.

Les installations de climatisation réalisent les opérations mécaniques de ventilation (insufflation et reprise d’air dans les espaces), mais aussi de recyclage éventuel de l’air repris, de filtration (air neuf ou recyclé), de pressurisation, de contrôle de l’hygrométrie, de contrôle de la température (chauffage/rafraîchissement), et de distribution (insufflation, reprise, extraction d’air), en créant et en maintenant dans chaque espace des conditions déterminées de température, d’humidité, de vitesse et de qualité d’air. La climatisation intervient sur la concentration des particules, entre autres infectieuses, par le taux de renouvellement en air neuf ainsi que par l’efficacité de la filtration et des procédures d’entretien des conduits d’air. Dans la plupart des systèmes, qui peuvent aller d’une seule à plusieurs centrales de traitement d’air dans le bâtiment, ces fonctions sont réalisées simultanément. L’installation d’unités terminales permet d’adapter le traitement de l’air aux besoins de chaque espace (traitement thermique additionnel chaud ou froid avec filtration). Certains espaces peuvent être équipés avec des éjecto-convecteurs directement raccordés au réseau de distribution d’air ou avec des ventilo-convecteurs qui assurent le brassage de l’air de l’espace par un ventilateur et ne sont pas raccordés au réseau. Habituellement, une partie de l’air des bâtiments est recyclée, ce qui permet de récupérer l’énergie thermique de l’air repris. Le recyclage est assuré à travers un caisson de mélange équipé de registres à volets dont les mouvements sont coordonnés automatiquement pour maintenir le débit minimal d’air neuf requis quel que soit le taux de recyclage. Le mélange entre l’air neuf et l’air repris dans les espaces est filtré et traité dans la centrale de traitement d’air avant d’être diffusé vers l’ensemble des espaces qu’elle alimente. La distance parcourue par l’air dans les conduits aérauliques est plus ou moins longue selon que le système a une reprise centralisée ou localisée.

Les bâtiments résidentiels et les hôtels ont un système de renouvellement d’air des locaux qui diffère selon la date de construction de l’immeuble. Les bâtiments construits avant 1969 comprennent soit une simple aération assurée par les ouvrants (fenêtres et portes), soit une ventilation naturelle. Les immeubles d’habitation plus récents ont généralement une VMC simple flux avec une entrée de l’air par des bouches placées au-dessus des fenêtres et une extraction mécanique dans les cuisines, salles de bains et toilettes avec un rejet sur le toit de l’immeuble. L’air neuf arrive dans le local et est extrait à l’extérieur sans recyclage d’air. Dans le futur, les bâtiments à basse consommation d’énergie seront équipés avec une VMC double flux.

Les immeubles de bureaux et les bâtiments accueillant du public comportent habituellement une installation de climatisation dont un exemple est présenté sur la figure 1.

Transmission de la grippe à l’intérieur d’un bâtiment : les trois questions à se poser

Des particules respiratoires peuvent-elles parcourir plus de 2-3 mètres dans un même espace ?

Le sujet source va émettre, par la toux, l’éternuement, la parole et même la simple expiration, des particules de différents diamètres dont le nombre, le volume et la proportion par taille sont variables. Dans les conditions habituelles rencontrées dans des bâtiments, les grosses gouttelettes d’un diamètre supérieur à 100 μm ne restent généralement pas longtemps suspendues dans l’air et vont, quelques secondes après leur expulsion, tomber et se déposer, selon une trajectoire balistique, sur les surfaces et/ou sur les muqueuses des voies aériennes supérieures de sujets récepteurs situés dans un rayon de 2 m. [14].

Les particules d’un diamètre inférieur à 100 μm expulsées par le sujet source vont très vite diminuer de taille du fait d’une perte en eau (dessiccation) et ne vont pas obéir de la même façon à la loi de gravité [15]. Beaucoup de facteurs environnementaux interviennent sur le taux de dessiccation des particules, parmi lesquels : l’humidité relative et la température, les flux d’air, la lumière du jour, les conditions électrostatiques, la présence et l’efficacité d’éventuels systèmes de traitement d’air (filtration, ultraviolets). Dans un espace ventilé, le transport et la dispersion des particules dont le diamètre à l’expulsion est inférieur à 100 μm sont difficiles à caractériser et dépendent de nombreux paramètres, y compris de la position et des caractéristiques du sujet source lors de leur expulsion [14, 15] avec une grande variabilité interindividuelle [16].

Les particules de moins de 5 μm de diamètre ou aérosols (droplet nuclei), qu’elles aient été expulsées directement ou formées secondairement après évaporation, peuvent rester en suspension dans l’air pendant une durée assez longue allant jusqu’à plusieurs heures [17, 18]. Ces aérosols sont généralement considérés comme des particules passives dont la cinétique suit de près les flux de l’air qui les transportent. Leur dispersion dans un espace et leur déposition sont affectées par différents facteurs, notamment par la ventilation. Dans le cas général d’une ventilation par déplacement d’air, leur distribution dépend du brassage de l’air qui conduit à une moins grande concentration dans la partie inférieure de l’espace du fait du déplacement vers le haut de l’air qui les transporte [19]. Ainsi, les aérosols en suspension pourront être transportés par les flux d’air à distance du sujet source [20].

Les systèmes de ventilation ou de climatisation peuvent-ils favoriser la diffusion des aérosols à l’intérieur d’un bâtiment ?

Cas des bâtiments ventilés non climatisés

Dans les bâtiments où la ventilation est naturelle ou contrôlée, le risque de diffusion des aérosols est théoriquement négligeable puisque l’air est extrait par un conduit à l’extérieur du bâtiment sans recirculation d’air d’un appartement à l’autre. Cependant, le passage d’aérosols d’un appartement à un autre peut survenir à l’occasion de circonstances anormales (par exemple, lors d’un dysfonctionnement de la VMC ou du fait de conditions météorologiques particulières).

Cas des bâtiments climatisés

Dans les bâtiments climatisés, les aérosols peuvent suivre les flux d’air de l’espace au sein desquels ils ont été émis puis être aspirés par les bouches de reprise, soit dans l’espace lui-même, soit dans les parties communes (couloirs ou WC). Ensuite, si le système fonctionnait en tout air neuf, les aérosols présents dans l’air repris passeraient dans les conduits aérauliques avant d’être évacués à l’extérieur du bâtiment. Cependant, le plus souvent, l’air repris est mélangé à de l’air neuf dans la centrale de traitement d’air (recyclage de l’air). À la possibilité de diffusion des aérosols dans les parties communes, s’ajoute alors le risque de recirculation dans les locaux des aérosols présents dans l’air repris, avec toutefois une dilution du fait du mélange avec de l’air neuf. Dans ce cas, les aérosols peuvent théoriquement diffuser dans tous les espaces et les parties communes alimentés par la centrale.

Dans la centrale de traitement d’air, l’air subit une filtration et un traitement thermique ou thermohygrométrique. L’obstacle a priori le plus efficace pour retenir les particules présentes dans l’air est constitué par les filtres. L’efficacité de la filtration dans un système de climatisation dépend de nombreux facteurs (débit d’air, concentration en particules de l’air ainsi que type, classe d’efficacité, localisation et fréquence de remplacement des filtres). Seuls les filtres de très haute efficacité HEPA (High efficiency particulate air) H13-H14 et ULPA (ultra low penetrating air) U 15 à U 17 permettraient d’arrêter plus de 99,9 % des particules de plus de 0,3 μm. Toutefois, leur utilisation nécessite des conditions particulières de pression et de débit d’air. Leur installation ne peut donc être envisagée dans la plupart des bâtiments tertiaires et recevant du public pour des raisons techniques et financières. La majorité des bâtiments utilise des filtres à air de ventilation générale incapables de retenir des particules de moins de 1 à 3 μm. Ces filtres peuvent donc laisser passer un certain pourcentage d’aérosols (pouvant contenir du virus influenza).

Le virus influenza présent dans les aérosols ayant diffusé peut-il infecter des personnes à plus de 2-3 mètres dans un même espace ou, via la climatisation, dans une autre partie du bâtiment ?

Les aérosols contaminés en suspension dans l’air ne peuvent induire une infection à distance qu’à condition que l’agent infectieux soit capable de garder son pouvoir infectant pendant la dessiccation et le transport dans l’air des particules qui le contiennent. Différents facteurs influencent l’infectivité des aérosols contaminés, en particulier leur taille qui conditionne largement leur fixation sur les récepteurs de l’hôte susceptible et le risque qu’ils soient inhalés et pénètrent dans les poumons [20]. Toutefois, d’autres facteurs interviennent de manière directe ou indirecte dans la probabilité que ces aérosols contaminés entraînent une infection [16, 20]. Par exemple, des gouttelettes partiellement asséchées et des aérosols complètement secs peuvent avoir la même taille que des particules fines expulsées directement par le sujet source mais leur pouvoir infectant et leurs propriétés d’adhésion peuvent différer.

Interviennent également les caractéristiques du sujet source et de l’hôte susceptible qui incluent notamment :

  • le taux d’émission des particules – fréquence de la toux et des éternuements, concentration des aérosols expulsés par la toux, l’éternuement, la parole et l’expiration, certains sujets émettant beaucoup plus de particules [20, 21] ;
  • et sensibilité à l’infection de la personne qui entre en contact avec les particules (statut immunitaire).

Des facteurs inhérents au virus influenza peuvent aussi intervenir, notamment la concentration initiale du virus dans le liquide respiratoire, la durée de l’infectivité du virus en suspension dans l’air, le nombre de particules de virus devant être inhalées pour provoquer une infection...

Le fait que le bacille tuberculeux, le virus de la rougeole et le virus de la varicelle soient capables d’infecter des personnes situées à de longues distances du sujet source suggère que – comparés au virus influenza – ils pourraient avoir une dose infectante plus faible, pourraient être présents à des concentrations plus élevées dans le fluide respiratoire et/ou resteraient infectants plus longtemps dans l’air. Il s’agit d’infections où un seul sujet peut en infecter beaucoup d’autres, alors que, même pendant une pandémie, un patient grippé symptomatique infecte généralement moins de trois autres personnes. En effet, alors que le taux de transmissibilité (R0)1 est de l’ordre de 15 à 20 pour la rougeole, il est estimé pour le virus influenza, lors de grippes saisonnières, à R0 = 1,5-2,5 et, pour les pandémies passées, à R0 = 2-3 pour la pandémie de 1918-1920 et à 1,5-2 pour celles de 1957-1958 et de 1968-1969 [22, 23].

Les données issues d’études épidémiologiques [24-26], d’expérimentations animales [27, 28] et humaines disponibles [29-31] qui évoquent la possibilité d’une transmission par l’intermédiaire d’aérosols, n’apportent aucune preuve directe d’une transmission possible de la grippe à une distance de plus de 2-3 m dans un même espace. De plus, lors des épidémies saisonnières de grippe, aucune précaution particulière n’est prise concernant les systèmes de ventilation ou de climatisation des bâtiments. En particulier, alors que chaque année les hôpitaux accueillent des sujets contaminés par le virus influenza sans qu’aucune précaution « antiaérosols » ne soit prise dans la plupart des cas, il n’existe aucun argument en faveur d’une transmission à distance, notamment par la ventilation ou la climatisation.

Discussion

Les données disponibles pour tenter de répondre à la question de la possibilité de transmission de la grippe à distance par les systèmes de ventilation ou de climatisation sont insuffisantes [32]. Elles sont issues de travaux expérimentaux anciens, d’études évaluant l’efficacité d’un vaccin ou d’un médicament ainsi que d’observations durant des épidémies de grippe survenues majoritairement dans des hôpitaux, des maisons de retraite, des bateaux de croisière, des avions, des établissements scolaires et pratiquement jamais dans des bâtiments résidentiels et tertiaires. Ces études présentent des limites importantes : la méthodologie est variable, le nombre de sujets est faible, et les résultats reflètent le comportement des virus influenza A et B en périodes d’épidémie saisonnière durant lesquelles le niveau d’immunité préexistante des populations est plus élevé que lors d’une pandémie grippale. Le statut immunitaire des sujets dans ces études n’est généralement pas connu alors qu’il s’agit d’un facteur critique.

Les données sur les différentes tailles de particules émises par une toux ou un éternuement et sur leur cinétique de transfert sont également insuffisantes [16, 20, 33]. Le seuil à partir duquel une particule passe de la taille de gouttelette à une taille correspondant à un aérosol n’est pas clairement déterminé. De plus, les conditions environnementales (température, hygrométrie…) ont un impact sur la taille des gouttelettes ou des aérosols. Bien que la relation entre l’excrétion nasopharyngée et la transmission du virus soit incertaine et variable, l’infectivité des patients est généralement calculée sur la base de la diffusion virale à partir du tractus respiratoire supérieur et non sur des données d’observations cliniques. Des études sur la charge virale du tractus respiratoire inférieur, particulièrement pertinentes pour évaluer la transmission par des particules fines d’aérosols émises lors de la toux et l’éternuement, ne sont pas encore disponibles. Par ailleurs, il n’existe pratiquement pas de données sur l’efficacité de mesures de santé publique non pharmacologiques pendant des épidémies de grippe saisonnière [34]. Certaines hypothèses concernant la grippe sont basées sur des analogies avec des infections respiratoires causées par d’autres virus respiratoires comme des coxsackievirus, des adénovirus, des rhinovirus qui généralement sont plus stables que les virus influenza et ont des propriétés différentes [35-37]. Ces analogies sont utiles mais doivent être interprétées avec précaution.

À partir de l’ensemble de ces éléments et en dépit de l’insuffisance des données sur les modes de transmission du virus influenza, diverses recommandations peuvent d’ores et déjà être proposées au gestionnaire d’un bâtiment.

Recommandations pour minimiser le risque de transmission dans un bâtiment résidentiel, tertiaire ou recevant du public, en cas de pandémie grippale

Mesures de prévention pour les occupants

Les mesures suivantes sont recommandées :
  • inciter les personnes susceptibles d’être contaminées (sujets symptomatiques ou ayant été en contact avec des personnes malades) à rester chez elles et à ne pas fréquenter les établissements ouverts au public ni les bâtiments de bureaux, sauf cas particulier et sous couvert de précautions (masque chirurgical, mesures d’hygiène…) ;
  • favoriser le télétravail et l’occupation de bureaux individuels. Éviter le rassemblement de personnes dans le même espace (encourager les réunions téléphoniques, les repas pris individuellement, etc.) ;
  • si certains espaces sont prévus pour être occupés par plusieurs personnes comme c’est le cas des bureaux paysagers, prévoir l’installation, lorsque c’est possible, de cloisons et de portes isolant chacun des occupants ;
  • contrôler tous les accès, par exemple, les accès directs des parkings vers les ascenseurs ;
  • si certains rassemblements sont inévitables (salles d’attente, halls d’accueil des établissements recevant du public ou des immeubles de bureaux, réfectoires de restauration collective, halls de gare, etc.) :
    • organiser un repérage des sujets symptomatiques, dès l’entrée si c’est possible, par une information adéquate du personnel d’accueil et des personnes pénétrant dans le bâtiment (affiches, information du public, formation du personnel…) et les évacuer selon une procédure standardisée minimisant le risque de transmission (port d’un masque chirurgical par le sujet suspect d’avoir la grippe ainsi que par les personnes à proximité, éloignement des personnes non protégées dans un rayon d’au moins 2 mètres, etc.) ;
    • inciter et veiller au respect d’une bonne hygiène respiratoire (utilisation de mouchoirs jetables, poubelles avec couvercle) et de la cough etiquette (se couvrir la bouche lors de la toux ou d’un éternuement, puis se laver les mains) ; encourager un lavage fréquent des mains ; faciliter la mise à disposition de solutions hydro-alcooliques dans tout le bâtiment ; augmenter la fréquence de nettoyage des surfaces potentiellement contaminées ;
    • respecter une distance de sécurité d’au moins 2 mètres entre les personnes.
  • faire régulièrement inspecter les systèmes de ventilation ou de climatisation par un personnel qualifié devant vérifier si l’installation est conforme à la réglementation en vigueur (débit de ventilation…) ;
  • favoriser, quand les conditions le permettent, l’ouverture des fenêtres dans les bâtiments ventilés non climatisés ;
  • ne pas arrêter le fonctionnement de l’installation de ventilation mécanique ou de climatisation le week-end et la nuit.

Mesures de précaution pour le personnel de maintenance des systèmes de climatisation

Les principales mesures sont le port d’un masque chirurgical et de gants jetables à changer régulièrement.

Conduite à tenir après la suspicion d’un cas de grippe dans un bâtiment

Il convient de procéder aux opérations suivantes :
  • isoler et évacuer la personne symptomatique selon la procédure recommandée ;
  • décontaminer les surfaces de la ou des pièces fréquentées par le sujet suspect ;
  • s’informer sur la confirmation ou non du diagnostic les jours suivants ;
  • informer le personnel sur la prise en charge du sujet suspect.

Mesures ne pouvant pas être conseillées en l’état actuel des connaissances

Vis-à-vis de la gestion du bâtiment

Installation de dispositifs d’épuration d’air. L’efficacité et l’innocuité des différentes techniques d’inactivation des agents infectieux (filtration par filtres biocides, filtration électrostatique, ionisation de l’air, rayonnements ultraviolets et photocatalyse) sont encore en cours d’évaluation. L’intérêt de leur installation dans des bâtiments tertiaires et/ou recevant du public n’est pas encore suffisamment documenté pour être recommandé.

Augmentation du taux de renouvellement en air neuf au-delà des débits réglementaires. S’il est démontré qu’une ventilation insuffisante favorise le risque de transmission des maladies infectieuses respiratoires [24, 38, 39], le bénéfice d’une augmentation du taux de renouvellement en air neuf au-delà des débits réglementaires n’est pas démontré. Elle n’est pas toujours possible dans un immeuble climatisé (limite technique de la puissance du ventilateur) et pourrait être inconfortable pour les occupants (bruit, vitesse de l’air…), peu économe en énergie et par conséquent coûteuse.

Arrêt du recyclage de l’air. Même s’il est techniquement faisable, il n’y a pas de preuves que cet arrêt aurait un impact sur la transmission du virus. En revanche, cet arrêt occasionnerait en saison froide une augmentation des coûts énergétiques pour traiter l’arrivée de 100 % d’air froid de l’extérieur.

Ouverture des fenêtres. Dans un bâtiment climatisé, celle-ci pourrait déséquilibrer le fonctionnement du système de climatisation.

Après la découverte d’un cas de grippe

Décontamination des conduits aérauliques. Son intérêt éventuel, ses modalités et ses effets délétères potentiels n’ont pas été évalués. Il est à noter, d’ailleurs, qu’aucune preuve n’existe sur l’efficacité de la désinfection à large échelle de l’air ou des surfaces environnantes pour diminuer le risque de transmission de la grippe [34].

Évacuation de l’immeuble. Elle serait coûteuse, très perturbatrice et son utilité n’est pas prouvée.

Arrêt de l’installation de ventilation mécanique ou de climatisation. Il résulterait en une augmentation de la concentration des particules infectieuses dans l’air.

Conclusion et agenda de recherche

Pour appréhender la question posée, et en l’absence de données directes disponibles, nous avons essayé d’apporter trois niveaux de réponse. Bien que la part réelle de la transmission par aérosols ainsi que par contact indirect dans les épidémies de grippe ne soit pas connue, la transmission de proximité par gouttelettes via la toux et les éternuements est considérée comme une voie majeure de transmission de la maladie. Si la diffusion d’aérosols de virus influenza est théoriquement possible dans les bâtiments, dans un même espace ou via des systèmes de ventilation ou de climatisation, il n’existe pas de preuves convaincantes d’une transmission interhumaine du virus par des aérosols sur de longues distances [40-42]. En l’état actuel des connaissances, même si on manque de données sur leur efficacité réelle pour limiter la propagation de la grippe [18], seules les mesures barrières et d’hygiène, proches de celles déjà utilisées lors de la pandémie de 1918-1920 [43], sont recommandées. Des mesures « antiaérosols » ne sont pas conseillées en dehors de situations particulières rencontrées dans des centres de soins [4, 44].

Cependant, « absence of evidence is not evidence of absence ». En effet, il existe beaucoup d’inconnues, notamment sur les caractéristiques d’une nouvelle souche du virus (virulence, transmissibilité, distribution géographique initiale, manifestations cliniques, âges et sous-populations à risque, sensibilité au traitement…) qui, pour la plupart, ne seront levées qu’une fois la pandémie déclarée. De plus, la configuration des bâtiments et les systèmes de climatisation ont beaucoup changé depuis les dernières pandémies grippales de 1918-1920, 1957-1958 et même de 1968-1969.

La menace de pandémie grippale a permis d’identifier de nombreuses lacunes et de relancer la recherche sur la transmission de la grippe et sur les moyens de limiter sa propagation. Un certain nombre d’études sont en cours, parmi lesquelles des études épidémiologiques et virologiques, prenant en compte le statut immunitaire des sujets inclus, dont l’objectif est de mieux cerner les caractéristiques de transmission des virus influenza durant des épidémies saisonnières. Celles-ci sont associées à des travaux utilisant différents modèles ainsi qu’à des recherches historiques. D’autres études contrôlées en cours ont pour but de mieux caractériser la concentration et les propriétés des aérosols transportant le virus influenza dans l’air exhalé par des sujets contaminés (concentration dans le fluide respiratoire, dose infectante, persistance de l’infectivité). Parallèlement à la conduite de travaux expérimentaux chez l’animal ainsi que chez l’homme, des études utilisant des modèles mathématiques sont également réalisées pour simuler des scénarios, tester des hypothèses, détecter et prévoir des épidémies dans les bâtiments (comme cela a été fait par l’armée américaine pour le bacille du charbon) ainsi que planifier des stratégies de contrôle. Par ailleurs, l’efficacité et l’impact sur la qualité de l’air de différents dispositifs de traitement ou d’épuration d’air font actuellement l’objet d’évaluations spécifiques. Le retour d’expérience des exercices de crise prévus dans le cadre des plans de continuité des activités des entreprises pendant une pandémie grippale2 permettra de mieux cerner les stratégies susceptibles d’être les plus efficaces pour une bonne acceptabilité et adhésion aux mesures de contrôle de la part des occupants de bâtiments.

Remerciements

Les auteurs remercient Gaëlle Guillossou, Anne-Marie Fillet, Stéphanie Billot, Elisabeth Pigeon et Mireille Gary pour leur aide précieuse.

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2 Circulaire DGT 2007/18 du 18 décembre 2007 relative à la continuité de l’activité des entreprises et aux conditions de travail et d’emploi des salariés du secteur privé en cas de pandémie grippale, rectifiée en février 2008. http://www.grippeaviaire.gouv.fr/IMG/pdf/Circulaire_rectificatif_fevrier_2008.pdf.1 Le taux de transmissibilité ou taux de reproduction de base, R0, représente le potentiel de transmission d’un agent infectieux, c’est-à-dire le taux de cas secondaires induits par un agent infectieux dans une population totalement réceptive. Une épidémie est possible si R0 > 1.


 

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