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Treatment of diabetes by cell therapy: new insights on stem cells and precursors


MT / médecine de la reproduction, gynécologie et endocrinologie. Volume 11, Number 1, 35-45, janvier-février 2009, Revue

DOI : 10.1684/mte.2009.0216

Résumé   Summary  

Author(s) : Julie Kerr-Conte, Thomas Hubert, François Pattou , Inserm U859, Thérapie Cellulaire du Diabète, pôle recherche, faculté de médecine, 3 e étage Est, université Lille-II, 1, place de Verdun, 59045 Lille cedex, France.

Summary : Allogeneic transplantation of islets of Langerhans, based on the selective graft of endocrine islets of Langerhans, several mililiters of tissue isolated from nondiabetic subjects and infused in the portal vein, allows in the most experienced centers achievement of short-term results identical to pancreas transplantation (80% of insulin-independence at one year). Development of cell therapy of diabetes is crucial and is currently confronted with three major obstacles: immune rejection, the poor initial implantation of islets and the limited duration of their function in the recipient. The forseeable progress will lead to an extension of the indications in years to come to patients suffering from the most severe forms of type 1 diabetes. The structural shortage of organ donors limits however the development of primary islet allografts. Involvement in the production of insulin-secreting cells destined for transplantation in man represents an considerable stake for the treatment of diabetes by cell therapy and, in particular, by the proliferation of adult human islets, the exploitation of living and non-heart beating donors, the acquisition of xenogeneic islets, the proliferation and differentiation of stem cells and precursor/progenitor cells, and transdifferentiation.

Keywords : islet, cell therapy, diabetes, insulin-secretion, stem cell, precursor cell

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ARTICLE

Auteur(s) : Julie Kerr-Conte, Thomas Hubert, François Pattou

Inserm U859, Thérapie Cellulaire du Diabète, pôle recherche, faculté de médecine, 3e étage Est, université Lille-II, 1, place de Verdun, 59045 Lille cedex, France

La seule technique permettant, aujourd’hui, la normalisation prolongée de l’équilibre glycémique d’un patient atteint de diabète de type 1 est la restauration d’une insulinosécrétion endogène par allogreffe de tissu pancréatique.

Allogreffe d’îlots en 2008

Au prix d’un traitement immunosuppresseur continu, la greffe d’un pancréas vascularisé permet ainsi de normaliser durablement la glycémie, de ralentir la progression de la neuropathie et de faire régresser la néphropathie diabétique. La morbidité importante de cette technique chirurgicale lourde limite, cependant, son application chez des patients diabétiques non insuffisants rénaux [1]. L’allogreffe d’îlots, qui repose sur la transplantation exclusive des îlots endocrines, soit quelques millilitres de tissu, isolés à partir de pancréas de sujets non diabétiques et infusés dans la veine porte, suscite depuis quelques années d’importants espoirs [2].

L’utilisation de protocoles d’immunosuppression dépourvus de corticoïdes a permis, depuis huit ans, une amélioration spectaculaire des résultats cliniques de l’allogreffe d’îlots de Langerhans [3], aujourd’hui confirmée par quelques équipes dans le monde [2], dont le CHRU de Lille [4]. La greffe intraportale d’une quantité importante d’îlots, généralement obtenue à partir de plusieurs donneurs, permet, dans les centres les plus expérimentés, d’obtenir des résultats identiques à court terme à ceux de la greffe de pancréas (80 % d’insulino-indépendance à un an). Chez ces patients, la restauration de l’insulinosécrétion permet, au prix d’une morbidité acceptable, de normaliser la glycémie et d’obtenir un équilibre glycémique supérieur à celui obtenu par insulinothérapie intensive, y compris par infusion continue intrapéritonéale [5]. Malgré la décroissance progressive de la masse d’îlots fonctionnels et la nécessaire réintroduction de petites doses d’insuline, l’équipe canadienne d’Edmonton, investigatrice du protocole immunosuppresseur sans corticoïde, a confirmé que la fonction des îlots et la normalisation de l’équilibre glycémique se maintenaient à cinq ans chez 80 % des patients [6].

Facteurs limitants

Le développement clinique de la thérapie cellulaire du diabète est donc crucial et se heurte aujourd’hui à trois obstacles majeurs : le rejet immunitaire, la faible implantation initiale des îlots et la durée limitée de leur fonction chez le receveur.

Rejet

Le protocole immunosuppresseur de l’équipe d’Edmonton, qui associe une induction par le daclizumab à de faibles doses de sirolimus et de tacrolimus, permet de prévenir au moins à court et moyen termes le rejet allogénique et auto-immun des îlots greffés chez plus de 80 % des patients [3]. Même si sa morbidité apparaît acceptable au moins à court terme [7], elle limite cependant les indications de l’allogreffe aux patients atteints des formes les plus sévères du diabète de type 1 ou déjà transplantés d’un rein. Plusieurs essais sont envisagés pour tester de nouveaux protocoles immunosuppresseurs, voire des stratégies alternatives visant à éviter l’immunosuppression prolongée en favorisant la tolérance [8] ou en protégeant les îlots du système immunitaire par encapsulation [9]. Si pour l’instant aucune de ces techniques n’a fait la preuve de sa supériorité par rapport au protocole d’Edmonton, on peut raisonnablement attendre, prochainement, des progrès majeurs susceptibles d’élargir significativement les indications de l’allogreffe d’îlots.

Comme pour d’autres types d’allogreffes [10], la fonction initiale des îlots greffés semble un déterminant essentiel des résultats à court terme comme à long terme. La faible masse de tissu endocrine effectivement fonctionnelle chez le receveur semble largement contribuer aux résultats insuffisants de l’allogreffe d’îlots. Évaluée in vivo chez les receveurs insulino-indépendants après stimulation de la sécrétion d’insuline par l’arginine [5], la masse d’îlots fonctionnelle ne dépasse pas 20 à 50 % de celle des sujets non diabétiques. Comme dans le diabète de type 2 ou après pancréatectomie partielle, en dehors de toute agression immunologique, cette masse insuffisante d’îlots ne peut maintenir la normoglycémie qu’au prix d’une sécrétion accrue de pro-insuline ; elle décroît en outre inexorablement avec le temps. La toxicité des immunosuppresseurs et leur concentration élevée dans l’effluent veineux portal contribuent vraisemblablement à accélérer encore ce phénomène [11].

En attendant le développement de sources alternatives de tissu insulinosécrétant humain ou animal, les îlots continueront à provenir, dans les années à venir, de donneurs en état de mort encéphalique. En dehors de quelques patients sélectionnés pour leurs très faibles besoins en insuline [12], la greffe d’un grand nombre d’îlots (> 10 000 îlots/kg) est nécessaire pour atteindre l’insulino-indépendance et impose l’utilisation de plusieurs donneurs. Étant donné la pénurie structurelle des dons d’organes, dépasser ce paradigme pour transplanter un receveur à partir de chaque pancréas constitue un enjeu important pour développer la greffe d’îlots dans les cinq années à venir.

Faible implantation initiale

Dans les centres les plus expérimentés, le déterminant essentiel du nombre d’îlots isolés à partir d’un pancréas semble être la masse d’îlots du donneur [13]. Seule une sélection drastique des donneurs permettrait donc d’augmenter significativement le rendement quantitatif de l’isolement avec les techniques disponibles, limitant en retour le nombre de greffons potentiels [13]. À défaut d’augmenter leur nombre, on peut envisager d’accroître la qualité des îlots implantés. Les conditions du prélèvement et de la conservation du pancréas sont essentielles [14], mais seul le prélèvement à partir de donneurs vivants [15] permettrait de les modifier radicalement. La culture des îlots durant quelques heures à quelques jours avant la greffe semble, en revanche, susceptible d’améliorer leurs caractéristiques [16]. Facilitant considérablement les aspects logistiques de la greffe, elle est aujourd’hui envisagée par un nombre croissant de centres.

N’ayant pas de tests in vitro permettant de prédire la fonction in vivo des îlots isolés, notre équipe a mis au point un essai in vivo chez la souris immunodéficiente non diabétique, permettant d’évaluer la fonction de chaque préparation d’îlots humains (QIVIPA : quantitative in vivo islet potency assay) [17]. Ce test quantitatif donne plus d’informations que la guérison du diabète, utilisée par la plupart des laboratoires, car le c-peptide humain peut être dosé (pas de croisement avec le c-peptide murin). Ce modèle est pertinent cliniquement car pour une préparation d’îlots donnée, les résultats obtenus chez la souris sont corrélés avec leurs fonctions chez l’homme [17]. La figure 2 montre une greffe d’îlots sous la capsule rénale six semaines après transplantation.

Parallèlement à l’augmentation du nombre et de la qualité des îlots greffés, l’autre voie susceptible d’accroître la fonction initiale du greffon est l’optimisation de leur implantation chez le receveur. Quel que soit leur site d’implantation, la greffe d’îlots déclenche, en effet, une intense réaction inflammatoire non spécifique responsable de la destruction rapide d’une grande partie des cellules (IBMIR : instant blood mediated inflammatory reaction) [18]. Différentes estimations suggèrent que moins de 50 % des îlots infusés dans la veine porte s’implantent et survivent effectivement chez le receveur [18]. Cette réaction initiale, qui favorise aussi leur destruction ultérieure par l’immunité spécifique auto-immune et allogénique, semble particulièrement intense dans le foie qui est pourtant le seul site de greffe d’îlots dont l’efficacité a pu être démontrée chez l’homme [3]. Une des particularités du site intraportal, l’infusion des îlots dans le flux sanguin, semble susceptible d’expliquer ces résultats. Plusieurs études in vitro ont en effet montré que les îlots activent les cascades de la coagulation et de l’inflammation au contact du sang allogénique. En étudiant ce phénomène chez le porc, nous avons pu préciser in vivo les caractéristiques de cette réaction, après allogreffe intraportale de tissu pancréatique [19].

Les déterminants de cette réaction ne sont pas encore élucidés. L’hypothèse initiale de l’équipe suédoise impliquant la voie intrinsèque de la coagulation après activation des plaquettes au contact des îlots n’a pas été confirmée chez l’homme. Quels qu’en soient les mécanismes intimes, l’effet délétère de cette activation de la coagulation pour l’implantation et la survie des îlots a été suggéré chez l’homme [20] et a été démontré dans un modèle expérimental de greffe intraportale [19]. Nous avons, de plus, récemment confirmé, chez des patients diabétiques non insuffisants rénaux, la corrélation significative entre l’élévation des complexes thrombine-antithrombine (TAT) au décours de la greffe et la destruction initiale des îlots, reflétée par l’élévation immédiate et transitoire (six heures) du c-peptide. Les protocoles de greffe d’îlots intrahépatique visent actuellement à diminuer cette réaction clinique inflammatoire et procoagulante [18].

Cette réaction initiale a placé la recherche d’un site alternatif au centre des débats actuels [21]. Par ailleurs, la toxicité des immunosuppresseurs, leur concentration élevée dans l’effluent veineux portal et la proximité des cellules transplantées avec des macrophages résidants et les cellules de Küpffer participent à la perte progressive de fonction du greffon.

La greffe d’îlots de Langerhans est devenue une option thérapeutique dans le traitement du diabète. Néanmoins, le site d’implantation hépatique présente de nombreux risques et inconvénients, responsables d’une morbidité non négligeable. Les nouveaux sites développés doivent au mieux répondre à certains critères pour assurer un bénéfice par rapport au site de référence actuel : une efficacité au moins équivalente, une technique de greffe moins morbide, une perte d’îlots moins importante lors des premiers jours de greffe, une revascularisation des îlots rapide et adéquate et peu d’effets secondaires et de complications à long terme. De nombreux sites alternatifs ont fait leurs preuves sur au moins quatre de ces critères chez le rongeur. Néanmoins, peu d’entre eux ont pu être reproduits formellement chez l’homme.

Durée limitée de la fonction

La fonction de la greffe d’îlots décroît avec le temps (80 % à un an, 70 % à deux ans, 20 % à cinq ans) dans la plupart des centres. Les analogues du GLP-1 ou inhibiteurs de dégradation sont en cours d’évaluation dans l’allogreffe d’îlots [22, 23]. Ils semblent, dans deux études cliniques, faciliter l’insulino-indépendance avec un greffon quantitativement moindre, mais l’effet s’arrête quand le traitement est interrompu. D’autres études plus approfondies sont actuellement réalisées au niveau international, visant à prolonger de façon significative la fonction des îlots greffés.

Données quantitatives

Si ces résultats actuels se confirment, l’allogreffe d’îlots pourrait progressivement se substituer à la greffe de pancréas et constituer une alternative thérapeutique validée chez les patients atteints des formes les plus sévères du diabète de type 1, soit environ dix patients par million d’habitants et par an. En 2006, l’allogreffe intraportale était déjà prise en charge par l’assurance maladie en Belgique, en Suisse et au Canada (Alberta). Aux États-Unis, 27 centres développent actuellement un programme clinique d’allogreffe d’îlots, et cette technique est en cours de validation par la US FDA (United States Food and Drug Administration), en particulier chez les patients greffés d’un rein. En France, l’allogreffe d’îlots figure déjà dans la nomenclature des actes médicaux (CCAM-HNEH001) mais n’est pas encore valorisée dans le cadre de la tarification à l’activité (T2A). Son évaluation médico-économique est en cours avec le soutien de l’Alfediam (projet DIACELL) et fait l’objet d’un PHRC national. Comme pour les autres transplantations, il s’agira nécessairement d’une technique coûteuse [24].

L’enthousiasme initial de 2000, suite à la publication du protocole d’Edmonton [3], a partiellement décru. Certains centres trouvent le moment actuel décisionnel pour la greffe d’îlots [25]. Sa reproductibilité est faible, et la technique est limitée aux laboratoires les plus expérimentés, dont le nôtre. L’insulino-indépendance diminue avec le temps, et les immunosuppresseurs actuels empêchent la prolifération des cellules pancréatiques [26], d’où une diminution inexorable de la fonction et une sensibilisation observée chez des receveurs, pouvant empêcher une greffe ultérieure. Le nombre de pancréas nécessaires par patient diabétique receveur soulève des débats éthiques, car les pancréas destinés à l’isolement d’îlots sont retirés du pool de pancréas destiné à l’allogreffe pancréatique. La figure 1 montre le faible pourcentage de pancréas prélevés en France (128 pour la greffe plus 86 pour l’isolement d’îlots, en 2007, sur 1 562 donneurs en état de mort encéphalique prélevés). Certains centres arrêtent leur activité, d’autres se penchent sur la redéfinition du but de la greffe d’îlots, moyen efficace permettant de corriger les hypoglycémies même en l’absence d’insulino-indépendance.

Les premiers résultats de l’allogreffe d’îlots ont permis de valider le concept de la thérapie cellulaire du diabète. Malgré les réticences théoriques, la preuve du concept est acquise [27]. Les progrès prévisibles des stratégies de greffe et de prévention du rejet immunitaire laissent envisager une extension de ses indications dans les années à venir, en particulier chez les patients atteints des formes les plus sévères du diabète de type 1. La pénurie structurelle des donneurs d’organes et le rendement limité des techniques d’isolement d’îlots primaires disponibles limiteront, cependant, inexorablement, le développement de l’allogreffe d’îlots primaires.

Source alternative de cellules insulinosécrétrices

Depuis 2000, la reconnaissance du potentiel de la thérapie cellulaire dans le traitement du diabète a suscité l’engagement de très nombreuses équipes de recherche académiques et privées dans la production de cellules insulinosécrétrices, en vue de leur transplantation chez l’homme, en particulier à partir de la prolifération des îlots humains adultes, l’exploitation des donneurs vivants ou à cœur arrêté, l’obtention des îlots xénogéniques, la prolifération et la différenciation des cellules souches et des cellules précurseurs, et la transdifférenciation [28].

Expansion d’îlots primaires

L’expansion des îlots humains peut atteindre un facteur de 30 000, mais avec la prolifération viennent la perte de sécrétion d’insuline et l’expression en ARNm. Les expériences de « traçage cellulaire », réalisées chez la souris, ont établi que le turnover et la multiplication d’îlots proviennent uniquement de la réplication des îlots préexistants [29]. Une différence interespèce est, néanmoins, soulevée par plusieurs auteurs [30]. Malgré de nombreuses pistes, aucune technique n’est actuellement disponible pour expandre les îlots humains qui expriment finalement l’insuline [31].

Îlots provenant de donneur vivant ou à cœur arrêté

L’interdiction culturelle d’utiliser les donneurs à cœur battant dans un état de mort encéphalique a obligé les Japonais à identifier les nouvelles sources d’îlots issus des donneurs vivants et à cœur arrêté. La première greffe d’îlots issus d’un donneur vivant a ainsi été effectuée, en 2005, par une équipe de Kyoto, entre une mère et sa fille atteinte de diabète secondaire à une pancréatique chronique [15]. La justification de la greffe d’îlots provenant de donneurs vivants reste discutable dans d’autres pays ; malgré les efforts préopératoires évitant les donneurs à risque, l’hémipancréatectomie est associée, chez 43 % des donneurs, à un déséquilibre de la glycémie à jeun et à une intolérance au glucose ou à un diabète [32].

Cellules insulinosécrétrices xénogéniques

En xénotransplantation, les îlots porcins figurent parmi les organes et tissus les plus probables à une application clinique. L’utilisation potentielle de cellules animales comporte encore de nombreuses incertitudes, à la fois physiologiques, immunitaires et éthiques. Les risques d’épizootie virale semblent proscrire son utilisation clinique et font l’objet d’exigences réglementaires [33]. Si le receveur d’une xénogreffe est sous traitement immunosuppresseur, la possibilité d’une réactivation de virus en cas de résistance diminuée de l’hôte doit être prise en considération. À titre d’exemple, la grippe porcine pandémique de 1918-1919 a abouti à 40 millions de décès humains [33].

Les avancées majeures de survie des îlots porcins jusqu’à six mois greffés chez des primates ont néanmoins été récemment rapportées par trois centres indépendants [34]. Si deux de ces centres ont utilisé des régimes immunosuppresseurs estimés non applicables en clinique, l’équipe de Dufrane a obtenu de bons résultats précliniques en absence complète d’immunosuppresseur grâce à l’encapsulation des îlots. Malgré la mise en évidence in vitro d’une infection des cellules humaines, les études in vivo de xénogreffe « porc à primate » ne mettent en évidence aucune transmission de virus porcins. Les essais précliniques chez le primate sont nécessaires pour mieux établir l’efficacité et la sécurité de cette technique avant de poursuivre les essais cliniques « porc à homme ». Les cellules porcines exemptes de pathogènes, qu’elles soient adultes, fœtales ou néonatales, constituent, toutes, une option intéressante pour le traitement du diabète. L’Organisation mondiale de la santé a publié, en 2004, une résolution recommandant aux États membres l’autorisation des essais cliniques de xénotransplantation, uniquement si les autorités nationales de santé avaient mis en place les moyens de contrôle de cette activité. Une réglementation doit être imposée au niveau international pour éviter le « xénotourisme » (patients se rendant dans un pays avec peu ou aucune réglementation, pour bénéficier d’une xénotransplantation qui ne serait pas autorisée dans leur propre pays d’origine).

Cellules souches adultes non pancréatiques

La présence de précurseurs ou de cellules ayant des propriétés « souches » offre la possibilité de stimuler leur expansion et leur différenciation in vivo ou d’utiliser les cellules bêta issues de ces cellules pour remplacer les cellules défaillantes chez les diabétiques de type 1 et de type 2. La littérature compte de nombreuses publications sur l’obtention de cellules insulinosécrétrices à partir de cellules souches pancréatiques et extrapancréatiques [28]. Parmi les différentes sources de cellules non pancréatiques, on identifie les cellules souches mésenchymateuses (CSM) humaines provenant de la moelle, du sang de cordon et de la moelle osseuse. Plusieurs articles contredisent ce dernier point, montrant en effet que peu de cellules de la moelle osseuse sont capables de devenir des cellules bêta. Un rôle paracrine de support a été identifié, facilitant la néoformation d’îlots dans le pancréas endogène. L’amélioration de l’état diabétique (réduction de la glycémie et prévention de la néphropathie) a été observée dès une semaine après injection systémique unique de cellules stromales mésenchymateuses. Les modèles précliniques chez le porc commencent à confirmer l’effet « support » des CSM pour la néoformation d’îlots. Dans le diabète de type 1, les CSM issues de la moelle osseuse humaine autologue pourraient ainsi être utiles pour améliorer la néphropathie et augmenter la régénération des îlots.

Cellules souches adultes pancréas-spécifiques

En 2001, l’équipe d’Habener a décrit une population cellulaire issue des cultures d’îlots humains ayant un autorenouvellement et une multipotence (capacité de différenciation vers un phénotype hépatique, endocrine et exocrine pancréatique). La particularité de ces cellules était qu’elles exprimaient la nestine, le marqueur des cellules souches neuronales. L’article a eu un retentissement important, mais était fortement contesté, lié à l’absence d’implication de cellules « nestine positive » dans la néoformation d’îlots en embryogenèse. Plusieurs populations de cellules précurseurs, voire souches, ont été identifiées en culture et plus spécifiquement par les marqueurs de surface c-met ou prominine 1 (CD133). L’extrapolation d’une approche de tri, mise au point avec le pancréas fœtal de souris, est prometteuse pour l’identification des progéniteurs exprimant fortement le neurogénine 3, facteur de transcription clé pro-endocrine.

Le pancréas exocrine et endocrine humain contient aussi une population de CSM qui montrent cependant une faible capacité de différenciation en cellules endocrines.

Cellules souches embryonnaires

La nature illimitée de la source de cellules souches embryonnaires et leur capacité de différenciation ciblée font de ces cellules une source idéale dans le cadre de l’allogreffe [35]. En 2000, l’équipe de Soria était la première à avoir mis au point un protocole de différenciation de cellules souches embryonnaires murines en cellules insulinosécrétrices ayant abouti à la guérison de l’état diabétique des souris. D’autres approches ont suivi, notamment le passage par la sélection en culture de cellules intermédiaires exprimant la « nestine », marqueur de cellules souches neuronales. L’efficacité de différenciation était de 15 %, et les cellules obtenues exprimaient 2 % des taux d’insuline des îlots matures. Blyszczuk a réussi à augmenter les taux d’efficacité à 80 %, en surexprimant le facteur de transcription Pax 4 (figure 3) dans ces cellules et en obtenant la normalisation de la glycémie chez les souris, pendant deux semaines. Quelques années plus tard, Sipione a jeté une suspicion sur le phénotype de ces cellules, car elles n’exprimaient pas le Pdx-1, gène régulateur principal du phénotype des cellules bêta. Puis Brivanlou et al. ont montré que la positivité pour l’insuline pourrait venir d’une capture d’insuline, dans le milieu de culture, par les cellules souches embryonnaires [36]. La stabilité de la différenciation est remise en question par Fujikawa qui a montré que la guérison de l’état diabétique avec les cellules insulinosécrétrices, provenant des cultures de cellules souches embryonnaires de souris, s’arrête à trois semaines. L’expression de l’insuline au sein des cellules est perdue, avec une augmentation concomitante de oct4, marqueur primitif des cellules souches. Des tératomes, tumeurs bénignes contenant des cellules différenciées de tissu variable, étaient observés dans toutes les expériences de transplantation, à l’exception de celle de Soria, dans laquelle un procédé de capture de cellules (cell trapping) a été exploité.

Les premières expériences avec les cellules embryonnaires humaines proviennent de laboratoires situés dans des pays ayant une réglementation ad hoc (Israël, Suède, Australie). Les cellules insulinosécrétrices peuvent être obtenues de façon spontanée en faible nombre, par le procédé de sélection de cellules intermédiaires « nestine positive » ou par l’incubation des cultures de cellules souches embryonnaires, en présence de pancréas embryonnaire, in vivo. En 2005, Novocell, Inc. (San Diego, CA, États-Unis) a pris de l’avance en publiant, de façon rapprochée, à trois reprises. Cette entreprise a d’abord défini un procédé efficace pour obtenir de l’endoderme à partir de cultures de cellules souches embryonnaires humaines. En exploitant les connaissances d’embryologie de la littérature, elle a identifié un procédé complexe qui impliquait cinq stades bien définis (figure 3), récapitulant les stades d’embryogenèse du pancréas murin [37]. Au sein de chaque stade, la signature des cellules était profilée au niveau d’ARNm et de protéines, allant de facteurs de transcription primitifs vers une cellule bêta endocrine. Les cellules endocrines humaines obtenues sécrétaient de l’insuline et du c-peptide humain en réponse aux sécrétagogues, mais ne répondaient pas au glucose (ni in vitro ni in vivo). Peu de temps après, Geron Corp. (Menlow Park, CA, États-Unis) a publié son procédé de culture sans sérum et sans cellules nourricières. L’ensemble des phénotypes pancréatiques (endocrine, acinus, canal) était observé dans la culture postdifférenciation, dont moins de 10 % des cellules étaient positives pour le c-peptide humain. Le taux d’insuline était faible ou supérieur à celui d’îlots fœtaux peu différenciés. Début 2008 [38], Novocell a optimisé son protocole de différenciation publié en fin 2006, en implantant in vivo les cellules à phénotype épithélial pancréatique n’exprimant pas encore l’insuline (stade 4). Comme pour le pancréas fœtal humain, la maturation finale s’est réalisée in vivo chez la souris immunodéficiente. Trois mois après l’implantation, les taux de c-peptide, après stimulation par le glucose, étaient équivalents aux taux obtenus des souris greffées avec îlots humains. Ce travail établit la preuve que les cellules souches humaines embryonnaires sont compétentes pour générer les cellules insulinosécrétrices sensibles au glucose.

Malgré ces résultats très prometteurs, plusieurs obstacles demeurent. On sait, aujourd’hui, que l’absence d’expression du complexe majeur d’histocompatibilité constitue un avantage majeur des cellules souches embryonnaires, mais il apparaît avec la différenciation cellulaire. Ces cellules embryonnaires posent d’énormes problèmes éthiques et réglementaires [39] additionnés à la formation de tératomes in vivo constatés quasi systématiquement [38].

Cellules souches pluripotentes induites

L’année 2008 a marqué une nouvelle ère [40], avec la naissance de cellules souches pluripotentes induites suite à une reprogrammation de cellules humaines adultes. Cette nouvelle approche est indépendante des ovocytes et embryons humains, libre de conflits éthiques et politiques. En 2006, Takahashi et al. ont réussi à reprogrammer les cellules adultes grâce à l’expression forcée mais transitoire de quatre facteurs de transcription (oct4, sox2, kfl4 et myc). En 2007, les équipes de Takahashi, de Thomson et, plus récemment, de Park ont réussi à induire cette reprogrammation avec les cellules humaines. Ces cellules souches pluripotentes induites ont des similitudes avec les véritables cellules souches dérivées de l’embryon humain concernant leur morphologie, leur autorenouvellement, leur expression d’antigènes de surface, leur expression génique, leur différenciation en trois feuillets embryonnaires et leur capacité de former des tératomes in vivo. L’enjeu de cette population cellulaire pour la thérapie cellulaire en général et, plus précisément, pour le traitement du diabète, est énorme. Les premières lignées de cellules souches pluripotentes patient-spécifiques ont été publiées fin 2008 [41], dont une issue d’un patient diabétique de type 1. Au même moment, la capacité de différenciation des cellules souches pluripotentes humaines induites vers des cellules insulinosécrétantes a été démontrée par une équipe académique américaine [42]. Leur taux de sécrétion de c-peptide était similaire aux taux sécrétés par les cellules insulinosécrétantes, dérivées des cellules souches embryonnaires humaines.

Des études plus approfondies comparant les cellules souches pluripotentes induites avec les cellules souches embryonnaires sont nécessaires. Les améliorations souhaitables sont les suivantes : identification des moyens d’induction sans intégration au génome (récemment effectuée par Okita et al.), élimination du gène c-myc (récemment réalisée chez la souris), mise au point d’un moyen permettant d’éviter la formation de tératomes, augmentation du taux de différenciation et stabilisation de la différenciation postimplantation. Le rêve de pouvoir réaliser une biopsie et produire à large échelle le type cellulaire atteint par la maladie diabétique est désormais envisageable.

Les perspectives d’application clinique des différentes approches décrites dans la décennie à venir demeurent incertaines. Sur le plan scientifique, la reproductibilité des techniques par des équipes indépendantes constitue la première étape. Sur le plan réglementaire, l’application clinique des technologies nécessaires (cytokines ou facteurs de croissance, infection virale) semble difficile dans le contexte réglementaire strict qui encadre la thérapie cellulaire en Europe et en Amérique du Nord. L’utilisation de cellules souches embryonnaires soulève également des interrogations éthiques non résolues qui disparaissent avec les cellules pluripotentes induites. En raison de l’enjeu à la fois économique et sanitaire, la concurrence est absolue, et des moyens colossaux sont nécessaires pour permettre des avancées rapides.

Induction de transdifférenciation in vitro et in vivo

Plusieurs types cellulaires possèdent la capacité de transdifférenciation en cellules insulinosécrétrices : le foie, l’intestin, les splénocytes (encore controversé) et les acini pancréatiques. Les expériences in vitro montrent la capacité des acini de rongeur à transdifférencier à hauteur de 20 %, vers un phénotype insulinosécrétant aboutissant à la guérison du diabète [43]. Les expériences de traçage cellulaire confirment cette différenciation, bien que la pertinence de cette voie reste discutée. La reproductibilité des protocoles d’induction de transdifférenciation entre les cellules murines et humaines reste à démontrer.

Évitant le recours à la transplantation, la transdifférenciation constitue l’approche la plus récemment envisagée et, en théorie, la plus séduisante. Il ne s’agit, cependant, encore que d’un concept, exploré seulement chez le rongeur. Avec trois gènes codant pour les facteurs de transcription (PDX-1, ngn3, MafA), Melton et al. ont réussi à transformer 20 % des acini en cellules bêta in situ, aboutissant à une correction de la glycémie des animaux diabétiques [44].

Cellules précurseurs pancréatiques humaines

En parallèle du développement de sources alternatives de tissu insulinosécrétant, la thérapie cellulaire du diabète continuera vraisemblablement de reposer, dans la prochaine décennie, sur les cellules pancréatiques allogéniques. Étant donné la pénurie structurelle des dons d’organes, transplanter au moins un receveur à partir de chaque pancréas constitue un enjeu majeur de la thérapie cellulaire du diabète.

Si leur possible différenciation in vivo se confirme, la greffe clinique de cellules précurseurs pancréatiques humaines (cPPh) dérivées du tissu exocrine, associées aux îlots, permettrait d’accroître rapidement et très significativement les indications de l’allogreffe. La disponibilité en donneurs d’organes dans la plupart des pays (environ 20 à 30 par million d’habitants et par an) permettrait alors de faire face à la demande prévisible pour traiter les patients atteints des formes sévères de diabète de type 1. Dans la perspective de l’application clinique à court terme, la greffe de cPPh, dont le concept a déjà été validé expérimentalement par plusieurs équipes indépendantes, constitue un avantage majeur. L’utilisation de cellules primaires provenant des donneurs en état de mort encéphalique, déjà autorisée dans le cadre de l’allotransplantation, et l’absence de manipulation complexe préalable à la transplantation en particulier génétique, ne poseraient que peu de difficultés réglementaires. La validation de ce procédé par un essai clinique pourrait donc être envisagée rapidement et déboucherait sur la création d’une ou plusieurs structure(s) de production susceptible(s) de satisfaire les besoins des centres de greffes cliniques. À plus long terme, cette technique pourrait également permettre d’envisager la greffe de cellules issues d’un fragment de pancréas prélevé chez un donneur vivant [15], voire chez le patient lui-même.

Bases expérimentales

Au cours du développement, les cellules endocrines pancréatiques se forment à partir de l’endoderme par prolifération et différenciation de cellules précurseurs au sein du bourgeon pancréatique, sous le contrôle de différents facteurs de transcription [37] (figure 3). Dans certaines conditions expérimentales (pancréatectomie, ligature du canal de Wirsung) et dans certaines pathologies humaines (nésidioblastose), une néogenèse similaire de cellules endocrines par prolifération puis différenciation de cellules précurseurs, coexprimant CK19 et PDX-1, a été décrite à l’âge adulte.

Bien que récemment remise en cause par une étude de transgenèse réalisée chez la souris [29], la réalité de la néogenèse des cellules insulinosécrétrices, à partir de cellules précurseurs pancréatiques non endocrines à l’âge adulte, a pu être confirmée. L’importance de l’expression de neurogénine 3, facteur de transcription pro-endocrine, au sein des précurseurs présents dans le canal, semble incontournable pour obtenir ultérieurement les îlots [45]. Le travail de Xu et al. [45], associé aux travaux de Minami et al. et de Bonner-Weir et al. [46], met fin à l’idée dominante que les nouvelles cellules bêta ne pouvaient être générées qu’à partir des cellules bêta préexistantes.

Nous avons suggéré, dès 1996, que ce phénomène de néoformation d’îlots à partir de précurseurs canalaires pouvait être reproduit in vitro afin d’obtenir des cellules insulinosécrétrices humaines [47], hypothèse, depuis, confirmée de façon indépendante. Or, la néoformation in vitro de cellules insulinosécrétrices humaines à partir des cellules canalaires (nésidioblastose) apparaît quantitativement limitée ex vivo.

Une source abondante de cellules de phénotype canalaire CK19 et co-exprimant PDX-1 est issue d’une détransdifférenciation des cellules exocrines pancréatiques humaines [48]. Cette capacité de prolifération et de différenciation endocrine d’une population cellulaire abondante dans le pancréas ouvrirait d’importantes perspectives et a fait l’objet d’un brevet aujourd’hui délivré aux États-Unis (Kerr-Conte J., US patent 6,900,051,2005).

Suite à notre description de la possible dédifférenciation du tissu exocrine humain en cPPh, cinq équipes académiques indépendantes se sont engagées sur ce thème et ont confirmé et/ou complété nos observations initiales à Bruxelles, Edmonton, Londres, Los Angeles et San Diego [49]. Ces équipes ont confirmé la néoformation de cellules exprimant et sécrétant de l’insuline à partir de cellules précurseurs dérivées du tissu exocrine humain, dont une avec les expériences convaincantes de traçage cellulaire pour confirmer la capacité des cPPh à devenir endocrines [49]. Si la différenciation endocrine de ces cellules semble possible in vitro, elle reste très inférieure à celle des cellules bêta primaires. La différenciation des cPPh semble, en revanche, spontanément favorisée in vivo après transplantation. En clinique, la cotransplantation involontaire avec les îlots de cellules précurseurs (CK19/PDX-1) est associée à une meilleure fonction du greffon au long cours. Expérimentalement, la transplantation de cPPh encore immatures et issues de tissu pancréatique exocrine humain permet de restaurer une insulinosécrétion. Chez l’homme, les cellules pancréatiques canalaires expriment le récepteur pour le GLP-1, hormone intestinale insulinotrope ou incrétine favorisant leur différenciation in vitro. Le traitement de souris avec le GLP-1 et la gastrine améliore la différenciation de cPP [50]. In vivo, l’infusion des analogues stables du GLP-1 développés pour le traitement du diabète de type 2 (Exendine 4) provoque la néogenèse des cellules endocrines à partir de cellules précurseurs canalaires. L’administration d’analogues stables de GLP-1, déjà envisagée pour optimiser les résultats de l’allogreffe d’îlots, permettrait vraisemblablement de favoriser la différenciation des cPPh. En vue de l’élaboration du protocole d’un essai clinique de phases 1-2 d’allogreffe combinée de cPPh et d’îlots, notre laboratoire travaille pour définir des modalités optimales de transplantation des cPPh, y compris la quantité à transplanter et le traitement adjuvant.

Les protocoles induisant l’expression de neurogénine 3, facteur pro-endocrine au sein de cellules à phénotype canalaire et exprimant le PDX-1, constituent une recherche également prioritaire dans le domaine.

Conclusion

La thérapie cellulaire allogénique est une option pour les diabétiques ayant les formes les plus sévères de diabète instable (et/ou greffés rénaux). De nombreuses pistes sont en cours d’exploration concernant les cellules souches comme source de cellules insulinosécrétrices ou comme cellules catalyseurs de régénération, avec une échéance variable. L’espoir de traitement du diabète par thérapie cellulaire demeure ainsi au plus haut niveau.

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