ARTICLE
Auteur(s) : Anne Auvrignon1,3, Hervé
Choisnard2, Martine Gioia3, Jean
Michon3,4
1Service d’hématologie-oncologie pédiatrique, Hôpital
Trousseau, 26 avenue du Docteur Arnold-Netter, 75571
Paris Cedex 12
2Réseau Oméga, 94
3RIFHOP, 3-5 rue de Metz, 75010 Paris
4Service d’oncologie pédiatrique, Institut Curie,
26 rue d’Ulm, 75248 Paris cedex 05
Pendant des siècles, la mort des enfants a pu être considérée
comme un événement « banal ». En effet, la mortalité néonatale et
la mortalité infantile étaient très élevées. Même au
XVIIIe et XIXe siècle en Europe, plus de
la moitié des enfants de plus de 1 an décédait en bas âge, en
particulier de complications infectieuses, notamment de
bronchopneumopathie, de la rougeole, de la coqueluche (plus tard
dans la vie, de rhumatisme articulaire aigu ou de tuberculose).
À partir du XXe siècle, la mort de l’enfant a
pris une autre dimension ; elle est apparue progressivement injuste
et intolérable ; plus la mortalité diminuait grâce aux progrès de
la médecine (vaccins, antibiotiques), de l’hygiène, plus elle
devenait inacceptable.
Les quelques chiffres qui suivent montrent bien le chemin
parcouru en 200 ans :
- – les hospices des enfants trouvés 1772-1778 ont
accueilli 105 500 enfants dont 14 430 ont survécu (15 %)
;
- – à l’hôpital Trousseau (Paris 12e), en 1920,
sur 5 182 enfants hospitalisés, 757 sont morts. En 2006, sur
plus de 15 000 hospitalisations on compte moins de 50 décès,
essentiellement dans les services de réanimation néonatale et
d’hématologie-oncologie.
Les données de l’Insee 2005 (tableau
1) en France dénombrent les décès à environ 4 000/an
pour les moins de 15 ans dont que la moitié surviennent lors
de la période néonatale. Au-delà de cette période (en tenant compte
des données sur les adolescents et adultes jeunes), la première
cause de décès est représentée par les accidents ou suicides, et on
retrouve en deuxième place les décès par cancer, au nombre de 650
environ par an.
Tableau 1 Causes de décès des jeunes et des enfants,
France, 2005
|
< 1 an
|
1à 4 ans
|
5-14 ans
|
15-24 ans
|
|
|
Causes externes
|
71
|
180
|
263,0
|
2 444
|
2 958
|
37,1
|
|
- accidents de transport
|
6
|
46
|
103,0
|
1 416
|
1 571
|
19,7
|
|
- suicides
|
-
|
-
|
29,0
|
567
|
596
|
7,5
|
|
Infections de la période périnatale
|
1 355
|
5
|
2,0
|
2
|
1 364
|
17,1
|
|
Anomalies congénitales et. chromosomiques
|
579
|
59
|
36,0
|
72
|
746
|
9,4
|
|
- malformations congénitales du système nerveux
|
65
|
8
|
6,0
|
7
|
86
|
1,1
|
|
- malformations congénitales de l’appareil circulatoire
|
244
|
28
|
15,0
|
26
|
313
|
3,9
|
|
Tumeurs
|
20
|
92
|
208,0
|
365
|
685
|
8,6
|
|
Maladies du système nerveux et des organes des sens
|
118
|
43
|
57,0
|
170
|
388
|
4,9
|
|
Maladie de l’appareil circulatoire
|
51
|
25
|
36,0
|
136
|
248
|
3,1
|
|
Maladies infectieuses et parasitaires
|
60
|
32
|
24,0
|
37
|
153
|
1,9
|
|
Autres causes
|
515
|
166
|
150,0
|
593
|
1 424
|
17,9
|
|
Toutes causes
|
2 769
|
602
|
776,0
|
3 819
|
7 966
|
100,0
|
Les pédiatres ont été amenés dans les années 1980-90,
parallèlement au développement des soins palliatifs en France, à
s’interroger sur les particularités de l’accompagnement d’un
enfant. Les questionnements sont multiples et on retrouve
souvent la problématique de l’information à l’enfant, celle de la
fratrie… L’autre question qui doit aussi pouvoir être débattue en
équipe et avec la famille est celle du lieu de la fin de la vie,
même si aujourd’hui en France, plus de 60 % des décès ont lieu en
milieu hospitalier. Cette question nécessite en particulier
d’évaluer précocement les ressources de soins disponibles et le
désir de l’enfant et de sa famille.
Le RIFHOP (Réseau Île-de-France d’hématologie-oncologie
pédiatrique) a été créé en 2007 pour favoriser la prise en charge
au plus près de leur domicile des enfants traités pour cancer en
Île-de-France. Le réseau comprend 4 centres spécialisés et une
trentaine de services d’hôpitaux de proximité ou centre de soins de
suite. Il intègre aussi des 3 services d’hospitalisations à
domicile (HAD), dont deux spécifiquement pédiatriques. Plusieurs
équipes de soins de suite y sont associées. Enfin, les infirmières
libérales, les pédiatres et médecins généralistes sont sollicités
pour cette prise en charge.
Au niveau de l’Île-de-France, région de
12 000 km2, où vit une population de près de
12 millions d’habitants, plus de 400 nouveaux cas de cancers
de l’enfant et de l’adolescent sont diagnostiqués chaque année.
Plus de 75 % d’entre eux vont guérir, mais pour les autres, plus de
100 enfants chaque année, la question du lieu de fin de vie va se
poser.
Certains services, de par la répartition de la population sur la
région, ne seront donc confrontés qu’à un ou deux décès d’enfants
par an des suites d’un cancer, voire moins. Comment permettre aux
soignants de ces services d’accompagner au mieux ces familles, en
les aidant, si elles le souhaitent, à rester à la maison avec leur
enfant le plus longtemps possible, en toute sécurité.
Le RIFHOP a donc tout naturellement décidé d’organiser une
journée de formation sur cette problématique et a été amené à se
poser la question du lien avec les réseaux de soins palliatifs
prenant en charge des adultes, qui sont au nombre de 17 en
Île-de-France. Ceux-ci, souvent mal connus par les pédiatres, et
bien qu’ils prennent eux aussi en charge peu d’enfants chaque
année, soutiennent le retour au domicile par de nombreux
engagements dont par exemple :
- – la mise en place d’une organisation efficace avec
l’appui de spécialistes hospitaliers référents multidisciplinaires
et disponibles pour une relation de confiance entre intervenants et
avec les parents ;
- – une aide à la fourniture de matériel ;
- – une évaluation des ressources de la famille, de ses
forces et ses faiblesses ;
- – l’anticipation des complications pour le contrôle
adéquat des symptômes à domicile ;
- – la prise en compte de tous les intervenants à domicile
;
- – la formation et l’assistance aux parents qui doivent
être en mesure de comprendre et d’utiliser les protocoles prévus
car ils sont les premiers soignants de leur enfant ;
- – la sécurisation de la situation et la disponibilité
d’une astreinte médicale les nuits, les week-ends et les jours
fériés ;
- – l’assurance d’un soutien professionnel, émotionnel,
psychologique et social pour les parents, la fratrie et la
famille au moment du décès, et la mise en relation avec des groupes
de soutien de parents endeuillés ou associations ressources…
Comment s’y retrouver dans cette offre de soins multiples ? Qui
contacter quand une famille constate avec les soignants que son
enfant « veut rentrer à la maison » ? Comment soutenir les équipes
confrontées rarement à ce drame de la perte d’une enfant par
maladie. Ce questionnement a été le fil conducteur de notre
journée et appelle une meilleure connaissance de chacun des
intervenants. C’est pourquoi nous avons voulu que les équipes des
réseaux de soins palliatifs d’Île-de-France coordonnent avec nous
cette journée. Nous avons souhaité que chaque structure prenant en
charge ces enfants en fin de vie (réseau, HAD, centres spécialisés,
centres de proximité et soins de suite…) puisse présenter les soins
proposés. Il s’agissait également de soutenir ces équipes en
abordant dans cette formation le point de vue des parents,
l’information à l’enfant, le soutien des familles après le décès,
questionnements fréquents face auxquels nous nous sentons trop
souvent démunis.
Ces équipes sont en demande forte de formations, de réassurance
sur la qualité des soins proposés et nous avons été « dépassés »
par l’afflux des inscriptions… 250 inscrits pour 200 places.
La pluridisciplinarité des inscrits confirme, de plus, combien
la démarche palliative est l’affaire de tous. Ainsi, ont participé
à cette journée plus de 30 infirmières ou puéricultrices, une
quinzaine de médecins (pédiatres, médecins de réseaux,
généralistes), une dizaine de membres de l’Éducation nationale
(enseignants des hôpitaux, à domicile ou responsable de SAPAD), des
psychologues et psychiatres, de nombreux assistants sociaux, mais
aussi des représentants d’association de parents, une éducatrice de
jeunes enfants et deux représentants de nos tutelles.
Les conclusions issues de cette journée vont dans le sens d’une
amélioration possible de la prise en charge grâce à une meilleure
coordination des soutiens tissés autour de l’enfant en fin de vie.
Il faut écouter, aider, contenir, accompagner, donner du temps
de professionnels aguerris à l’enfant et sa famille. Il faut
donc mettre à la disposition des professionnels de nouvelles
formations sur la problématique des soins palliatifs. Celles-ci
seront peut-être « à la carte » pour chaque équipe nouvellement
confrontée à cette problématique. En effet, la mise en commun de
l’expérience de chacun, quelle que soit sa profession autour de
l’enfant, est source d’enseignement pour tous.
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