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L'infection par le virus de l'hépatite C (VHC) est détectée
chez 25 % des candidats à une transplantation hépatique.
Les résultats à court terme, dans cette indication, sont
bons avec 85 % de survie à 5 ans [1]. Néanmoins,
la persistance constante de l'infection après la transplantation
[2], la fréquence des récidives d'hépatite
et les premiers cas de cirrhose virale C sur le greffon compromettront
très certainement les résultats à long terme. Ainsi,
au Centre hépato-biliaire en 1994, 5 % des transplantations étaient
des retransplantations pour cirrhose virale C sur le greffon.
Depuis plusieurs années, des immunoglobulines spécifiques
de l'enveloppe du virus de l'hépatite B (VHB) sont systématiquement
utilisées pour prévenir la récidive de cette infection
chez des receveurs porteurs de l'antigène HBs. Cette approche a
profondément modifié les résultats de la transplantation
hépatique dans cette indication [3]. L'infection par le
VHC pourrait-elle être efficacement prévenue par une prophylaxie
fondée sur une immunothérapie passive ? La situation, dans
le cas du VHC, est tout à fait différente. Tout d'abord,
la neutralisation du VHC par une préparation polyclonale d'immunoglobulines
enrichies en anti-VHC n'est pas démontrée chez l'homme.
Par ailleurs, l'utilisation de produits dérivésde plasmas
de sujets infectés par le VHC soulève le problème
essentiel de la sécurité virale pour les receveurs.
Anticorps
neutralisant le VHC
La certitude de l'existence d'anticorps neutralisants anti-VHC est récente.
Les premières expériences chez le chimpanzé suggéraient
l'absence de tels anticorps [4]. Par la suite, quatre travaux
ont démontré par des approches différentes la réalité
d'une neutralisation humorale du VHC : (1) la vaccination chez le chimpanzé
entraîne la formation d'anticorps anti-enveloppe neutralisant la
souche ayant servi à faire le vaccin [5] ; (2) l'existence
d'anticorps neutralisants a été corroborée dans un
modèle de culture d'une lignée cellulaire permissive pour
le VHC [6] ; (3) l'injection au chimpanzé d'une souche
virale incubée avec les anticorps développés par
un autre chimpanzé contre cette même souche perdait son caractère
infectieux [7] ; (4) l'effet protecteur d'une perfusion d'immunoglobulines
préparées à partir d'un pool de sujets infectés
par le VHC a été montré chez le chimpanzé
[8].
Une présomption d'efficacité d'immunoglobulines anti-VHC
polyclonales est suggérée indirectement par la démonstration
d'une incidence réduite des infections post-transfusionnelles par
le VHC, après chirurgie cardiaque [9] ou transplantation
hépatique [10], chez des sujets recevant des immunoglobulines
polyclonales. Celles-ci, préparées avant le dépistage
systématique des produits sanguins, contenaient des anticorps anti-VHC
[11].
Sécurisation
virale et protection des donneurs d'anticorps
L'intérêt clinique d'une immunothérapie anti-VHC
polyclonale ne pourra être établi que par un essai thérapeutique
prospectif chez l'homme. Néanmoins, la mise au point d'un tel protocole
se heurte à deux obstacles préalables.
Le premier problème est celui de la sécurité virale
de préparations polyclonales d'anticorps provenant de sujets potentiellement
contagieux, d'autant que la transmission du VHC a été décrite
après injections d'immunoglobulines polyclonales [12] provenant
de donneurs séronégatifs. Il est donc indispensable d'ajouter
aux procédures classiques d'extraction des procédures d'inactivation
virale efficaces. Parmi elles, l'inactivation par solvant-détergent,
voire la nano-filtration, pourraient assurer une sécurisation parfaite
de ces produits. De plus, la sélection des donneurs d'anticorps
en fonction de leur virémie permettrait d'éliminer les charges
virales trop élevées qui pourraient dépasser les
capacités d'inactivation. Enfin, l'innocuité de ces produits
devra être démontrée formellement. En l'état
actuel des connaissances, seule l'injection au chimpanzé peut en
apporter la preuve.
Un second obstacle est celui posé par le prélèvement
de plasmas chez des sujets donneurs d'anticorps anti-VHC. En effet, une
déplétion d'anticorps pourrait induire une réplication
virale accrue chez les chimpanzés, dont les conséquences
pourraient être délétères. Ce risque doit donc
être minimisé et prospectivement contrôlé. Il
s'agira d'arrêter les prélèvements en cas d'augmentation
de la virémie. Il faudra dans le même temps comparer l'évolution
histologique et virologique des donneurs de plasmas et des témoins
non prélevés.
Perspectives
pratiques en France
Il s'agit donc, dans un premier temps, d'organiser en collaboration
avec les hépatologues, les virologues et les banques du sang, la
collecte prospective de plasmas chez les donneurs anti-VHC. Cette collecte
devra s'effectuer en dehors du circuit transfusionnel habituel, comme
cela a été possible dans un autre protocole d'immunothérapie
passive utilisant des plasmas prélevés chez des sujets infectés
par le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) [13].
La réalisation d'un essai thérapeutique visant à
démontrer l'efficacité des immunoglobulines anti-VHC dans
la prévention de la récidive virale en transplantation hépatique
pourrait alors se concevoir en deux phases. La première permettra
de vérifier la tolérance du produit étudié,
d'en déterminer la cinétique et d'estimer la dose minimale
efficace. La seconde partie de l'essai sera une étude randomisée
dont les critères d'efficacité essentiels seront la détection
de l'ARN viral dans le greffon et l'histologie hépatique.
AUTRES
INDICATIONS POTENTIELLES DES IMMUNOGLOBULINES ANTI-VHC
En marge de la prévention de l'infection du greffon par le
VHC, une autre indication des immunoglobulines anti-VHC serait la prophylaxie
des contaminations accidentelles. Une telle stratégie, si son efficacité
est démontrée, pourrait être appliquée au personnel
infirmier, en attendant la mise au point d'un vaccin. La voie de l'immunothérapie
passive sera sans doute explorée dans la prévention de la
transmission du VHC de la mère à l'enfant, dont la réalité
a été démontrée ces derniers temps. Là
encore, cette stratégie rejoindrait celle qui est actuellement
pratiquée pour prévenir la transmission verticale du VHB.
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13. Vittecoq D, Chevret S, Mourand-Joubert L, Heshmati F, Audat F, Bary
M, et al. Passive immunotherapy in AIDS : a double blind randomized
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