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New predictive factors for chemosensitivity of breast cancers


Bulletin du Cancer. Volume 95, Number 10, 943-50, octobre 2008, formation SFC

DOI : 10.1684/bdc.2008.0729

Résumé   Summary  

Author(s) : Hervé Bonnefoi, Patricia de Cremoux , Institut Bergonié et université de Bordeaux-II, Bordeaux, Institut Curie, Paris.

Summary : Considering both the clinical and molecular heterogeneity of breast cancers, one can easily conceive that all tumours are not equally sensitive to the different chemotherapy agents or regimens used. Thus, the identification of predictive markers of chemosensitivity should be considered as a research priority and we analyse here this question in two parts : (1) identification of predictive markers of general chemosensitivity, which means that a tumour is sensitive to any chemotherapy \; (2) identification of predictive markers of specific chemotherapy which means that a tumour is sensitive to a specific cytostatic class or to a specific regimen. We will address these two aspects and will summarise ongoing trials and recently published data. These studies suggest the predictive value of biological markers either considered as single molecular markers (hormone receptors, HER2, TOPO2α, p53) or as multiple markers combined in so-called “signatures”.

Keywords : breast cancer, response prediction, chemosensitivity, gene expression profiles

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ARTICLE

Auteur(s) : Hervé Bonnefoi1, Patricia de Cremoux2

1Institut Bergonié et université de Bordeaux-II, Bordeaux
2Institut Curie, Paris

Introduction

La chimiothérapie adjuvante du cancer du sein diminue le risque de rechute et de décès. Les chimiothérapies modernes comprenant des anthracyclines sont plus efficaces que le CMF et diminuent le pourcentage absolu de mortalité à 5 ans de 3 % par rapport au CMF [1]. Ce pourcentage est encore diminué grâce à l’addition des taxanes (5 % pour la survie sans rechute et 3 % pour la survie globale) comme cela a démontré dans une récente méta-analyse de 13 études [2]. Ces progrès sont considérables mais ils sont néanmoins obtenus au prix d’une toxicité non négligeable pour les patientes et d’un coût élevé pour la société. De plus, ce résultat correspond à un effet moyen de la chimiothérapie auprès de chaque patiente, basé sur des résultats statistiques de grands essais, et comme si toutes les tumeurs étaient également sensibles ou résistantes au traitement de chimiothérapie considéré. Connaissant l’hétérogénéité clinique et moléculaire des cancers du sein [3-6], on peut émettre l’hypothèse que toutes les tumeurs ne sont pas également sensibles aux diverses chimiothérapies utilisées. La recherche de facteurs biologiques de chimiosensibilité est un des défis de l’oncologie moderne et mérite d’être étudiée en deux parties distinctes : (1) l’identification de facteurs qui permettent de prédire la chimiosensibilité d’une tumeur d’une façon générale, c’est-à-dire sa capacité à être sensible à la chimiothérapie quel que soit le type de cytostatique administré ; (2) l’identification de facteurs qui permettent de prédire la chimiosensibilité spécifique, à savoir la capacité d’une tumeur à être sensible à une classe de cytostatique alors qu’elle est éventuellement résistante à une autre classe. Nous essayerons d’aborder ces deux aspects dans cet article et présenterons plusieurs études en cours ou récemment publiées dans des journaux scientifiques importants. Ces études suggèrent l’intérêt de différents marqueurs biologiques considérés de façon isolée (HER2, TOPO2α, p53) ou combinés sous forme de signatures.

Facteurs prédictifs de chimiosensibilité générale

Oncotype DX™ et l’étude TAILORx

La signature dite des « 21 gènes » a initialement été développée par Paik [Oncotype Dx, Genomic Health, Redwood City, CA] comme un outil pronostique permettant de prédire le risque de rechute à 10 ans de patientes présentant un cancer du sein sans envahissement ganglionnaire, ayant des récepteurs d’estrogènes positifs et traitées par tamoxifène [7]. Cette signature permet d’analyser, à partir d’ARN extrait de tissu tumoral fixé en formol, soumis à une transcription inverse puis à une PCR quantitative (RT-PCR), l’expression de 21 gènes incluant 16 gènes cibles et 5 gènes de référence. Un algorithme a été défini par les auteurs à partir des valeurs d’expression de ces différents gènes, permettant de calculer un score. Dans l’étude initiale de Paik et al., le taux de rechutes à 10 ans était de 6,8 % pour les patientes ayant un « Recurrence Score » ou RS faible (< 18), de 14,3 % pour les patientes présentant un score intermédiaire (entre 18 et 30) et de 30,5 % pour les patientes ayant un score élevé (> 30).

Dans un deuxième temps, la valeur prédictive de chimiosensibilité de cette signature des 21 gènes (Oncotype DX) a été suggérée par les résultats de plusieurs études [8, 9]. L’étude réalisée à partir d’échantillons de l’essai NSABPB20, chez des patientes ayant un cancer du sein à récepteurs hormonaux (RH) positifs sans envahissement ganglionnaire, recevant après randomisation du tamoxifène seul (227 patientes) ou du tamoxifène associé à une chimiothérapie (MF ou CMF) (424 patientes) a montré un bénéfice de la chimiothérapie chez les patientes dont le RS est élevé (HR = 0,26 ; 95 % CI = 0,13-0,53) [8]. Les résultats de l’étude SWOG 8814 (patientes traitées soit par tamoxifène seul, soit par tamoxifène et chimiothérapie de type FAC), présentés par K. Albain lors du dernier congrès de San Antonio, montrent que seules les patientes présentant un RS élevé bénéficient de la chimiothérapie adjuvante [9]. Enfin, l’essai Intergroup E219 a apporté les mêmes conclusions, chez des patientes ayant une tumeur à récepteurs aux estrogènes (RE) positifs, traitées par doxorubicine et cyclophosphamide ou par doxorubicine et paclitaxel, suivi de tamoxifène avec ou sans radiothérapie [10]. Il est à noter que, dans le cadre de ce dernier essai, les patientes ayant une tumeur RE négative et RP négative avaient dans 98 % des cas un RS élevé, montrant que ce test est valide essentiellement pour des tumeurs RH positives.

Au-delà des résultats prometteurs de ces différentes études, la question de la valeur prédictive de chimiosensibilité générale du test Oncotype DX™ reste à confirmer par des études prospectives. L’essai prospectif TAILORx, actuellement en cours, a pour objectif de valider la signification pronostique et prédictive de cette signature. Cet essai concerne une population de patientes ayant un cancer du sein à récepteurs hormonaux positifs et sans envahissement ganglionnaire (figure 1). Cet essai utilise le score de rechute (RS) comme marqueur décisionnel thérapeutique : les patientes dont la tumeur est « RS faible » ont une hormonothérapie seule, les patientes dont la tumeur est « RS intermédiaire » sont randomisées entre hormonothérapie seule et association hormono-chimiothérapie et les patientes dont la tumeur est « RS élevé » par hormono- et chimiothérapie [11]. Comme le montre la figure 1, le seuil de RS utilisé dans cet essai diffère légèrement de celui utilisé dans les études rétrospectives publiées (RS faible < 18 ; RS Intermédiaire = 18-30 ; RS élevé > 30) afin de diminuer la probabilité de sous-traiter des patientes dans les groupes de RS élevé et intermédiaire. La ré-analyse de l’essai NSABPB-20 avec ces nouveaux seuils montre que l’effet de la chimiothérapie est équivalent à celui obtenu dans l’analyse initiale et le risque de rechute est ≤ 5 % pour les nouveaux scores de risque faible ou intermédiaire avec le tamoxifène seul [12]. Cet essai utilise un principe de non-infériorité pour le groupe intermédiaire et a une puissance suffisante pour détecter une différence de 3 % ou plus avec la chimiothérapie. Le recrutement dans cette étude devrait être terminé en 2009.

La signature des 70 gènes (Mammaprint™) et l’étude MINDACT

La valeur pronostique de la signature dite des « 70 gènes » développée par le groupe d’Amsterdam a été démontrée par plusieurs études rétrospectives [13-15]. L’étude MINDACT est en cours afin de valider de façon prospective la valeur pronostique de cette signature (figure 2). Cette étude permettra également d’évaluer la valeur prédictive de chimiosensibilité de cette signature.

Facteurs prédictifs de chimiosensibilité spécifique

Prédicteurs mono-factoriels

Les publications récentes les plus importantes concernent la chimiosensibilité à deux classes de cytostatiques : les anthracyclines et les taxanes. Nous limiterons cette revue à ces deux classes.

L’oncogène HER2

Le gène ERBB2, souvent appelé HER2, est le plus important oncogène associé au cancer du sein. Il est situé sur le chromosome 17 en position 17q12-21 et code pour une protéine transmembranaire qui appartient à la famille des récepteurs de facteurs de croissance à activité tyrosine kinase. Le gène HER2 est amplifié dans 15 à 30 % des cancers du sein. C’est la cible du trastuzumab.

La question du rôle prédictif de chimiosensibilité de l’amplification et/ou de la surexpression de HER2 a été de nombreuses fois soulevée. De nombreuses et anciennes études rétrospectives ont montré que les tumeurs HER2 positives :

  • ne bénéficient pas d’un traitement par CMF [16] ;
  • bénéficient d’une chimiothérapie incluant des anthracyclines à haute dose [17, 18] ;
  • bénéficient d’association de chimiothérapies incluant des anthracyclines [19].

Mais ces résultats ne sont pas retrouvés par d’autres dans un contexte adjuvant, néoadjuvant ou métastatique [20-23]. Cependant, ces études portaient sur des échantillons de tumeurs dont parfois la fixation était très ancienne, et de plus la standardisation des techniques n’a été mise en place que récemment, ce qui peut expliquer ces discordances.

Récemment, deux études rétrospectives utilisant des méthodes d’analyses validées et les médicaments les plus utilisés dans les traitements des cancers du sein ont été publiées [24, 25]. L’étude de Pritchard montre que l’amplification de HER2 est associée à une bonne réponse à la chimiothérapie incluant des anthracyclines, dans le cadre de l’essai MA-5, incluant 710 patientes traitées par CMF vs. CEF [24]. Une des hypothèses évoquée est que la différence de sensibilité aux anthracyclines ne serait pas liée à l’amplification de HER2, mais à l’amplification de la topo-isomérase II α [26, 27]. Quant à l’étude de Hayes [25], elle montre, dans le cadre de l’essai CALGB 9344 (quatre cycles d’épirubicine-cyclophosphamide puis quatre de paclitaxel), que la surexpression et/ou l’amplification de HER2 est associée à un bénéfice d’une chimiothérapie par paclitaxel après un traitement adjuvant par anthracyclines.

La méta-analyse réalisée par le groupe de Gennari portant sur 8 études et 1 536 patientes ayant une tumeur du sein HER2 positive (sur 6 564) montre que la chimiothérapie incluant des anthracyclines est supérieure à une chimiothérapie sans anthracyclines dans ce groupe de patientes en terme de survie sans rechutes et de survie globale [28].

Ces résultats, portant sur de grandes séries de patientes dans un cadre strict protocolaire et avec une analyse centralisée de HER2, donnent des pistes intéressantes qui méritent encore une confirmation dans un essai prospectif.

La topo-isomérase II alpha

La topo-isomérase II alpha (TOP2A) est la cible du traitement par inhibiteurs de topo-isomérase, dont les anthracyclines. Les topo-isomérases ont une activité endonucléase et ligase ATP-dépendante. Elles interviennent dans la transcription, la recombinaison, la réplication et la condensation des chromosomes et jouent un rôle primordial pour la cellule durant la division cellulaire. De façon intéressante, le gène codant pour cet enzyme est sur le locus 17q12-21, proche de HER2.

La relation entre sensibilité aux anthracyclines et amplification de HER2 doit aussi être analysée en tenant compte de la TOP2A. Il a été montré que, dans les tumeurs avec amplification de HER2, des amplifications, mais aussi des délétions de TOP2A, sont observées [24]. Récemment, il a été montré que l’amplification et la délétion de TOP2A étaient prédictives d’une meilleure réponse au CEF qu’au CMF [22, 26]. Certains auteurs soulignent toutefois que l’amplification et la délétion de TOP2A ne sont pas des paramètres indépendants de l’amplification de HER2 quant à la réponse aux anthracyclines [31]. La valeur prédictive de l’amplification ou délétion de TOP2A n’est pas encore validée, ni n’est réalisée en routine en pratique clinique [29]. Là encore, une validation prospective est nécessaire.

Le gène TP53

La chimiothérapie exerce son effet cytotoxique en induisant l’apoptose, et la protéine p53 joue un rôle essentiel dans la régulation de ce mécanisme [32]. Des arguments expérimentaux suggèrent que les tumeurs dont le gène TP53 est normal répondent mieux aux anthracyclines que les tumeurs dont le gène TP53 est muté [33]. À l’inverse, la plupart des études expérimentales semblent montrer que le statut du gène TP53 n’affecte pas la sensibilité aux taxanes [34]. Le rôle de p53 dans les mécanismes de sensibilité à la radiothérapie et à la chimiothérapie a fait l’objet d’un article de revue publié dans Oncogene en 2003 [35]. Si ces constatations expérimentales sont vérifiées en clinique, le choix du traitement de chimiothérapie devrait dépendre du statut de p53 : chimiothérapie avec anthracyclines pour les tumeurs dont le gène TP53 est de type sauvage ou avec taxanes pour les tumeurs dont le gène TP53 est muté. Les résultats de plusieurs études cliniques [36-38] semblent conforter ces données précliniques, suggérant que les tumeurs dont le gène TP53 est muté seraient résistantes aux anthracyclines. Toutefois, d’autres études, utilisant des doses d’anthracyclines plus élevées, suggèrent à l’inverse que les tumeurs p53 mutées seraient très sensibles à ce type de chimiothérapie [39, 40]. Ces résultats n’autorisent pas actuellement de conclusions définitives applicables en clinique. Les résultats, attendus en 2009, d’une large étude multicentrique (EORTC 10994/BIG 00-01), à laquelle ont participé 1 856 patientes, permettront très bientôt de répondre à la question de la valeur prédictive du gène p53. Il faut souligner qu’avant l’inclusion dans l’étude, un prélèvement tumoral a été congelé dans l’azote liquide pour chaque patiente. Le caractère muté ou non muté du gène TP53 a ensuite été analysé de façon centralisée grâce à un test fonctionnel sur les levures [41]. En effet, la détermination de p53 par immunohistochimie est simple, mais comporte de nombreux faux positifs et faux négatifs [42]. C’est pour pallier ces inconvénients que les responsables de cette étude ont choisi d’utiliser un test fonctionnel sur les levures qui permet d’évaluer directement la fonction de transcription de p53. Il est important de souligner que le résultat de ce test n’était pas connu lors de l’inclusion dans l’étude. Après randomisation, les patientes ont reçu une chimiothérapie néo-adjuvante soit sans taxanes (traitement A), soit avec taxanes (traitement B). L’objectif primaire de cette étude est la survie sans rechute ni progression (SSR). La comparaison de la SSR dans les traitements A et B sera effectuée dans trois groupes : l’ensemble des patientes éligibles, les patientes dont la tumeur est p53 mutée et celles dont la tumeur est p53 sauvage.

Récepteurs hormonaux

Dans ce paragraphe, nous n’aborderons pas la question de la chimiosensibilité des tumeurs « récepteurs hormonaux positifs » (RH+) par rapport aux tumeurs « récepteurs hormonaux négatifs » (RH–) d’une façon générale. Nous nous limiterons à la question du bénéfice des taxanes chez les patientes dont les tumeurs sont RH+. L’étude CALGB 9344 est la première étude à avoir montré le bénéfice des taxanes dans le traitement adjuvant du cancer du sein. Il est intéressant de noter que c’est une analyse de cette même étude selon le statut des récepteurs hormonaux qui a ouvert le débat sur l’utilité des taxanes chez les patientes dont les tumeurs sont RH+. En effet, la réduction du risque relatif après adjonction de quatre cycles de paclitaxel était de 24 % chez les patientes RE– (n = 1263) et de 8 % chez les patientes RE+ (n = 1772), cette dernière réduction étant statistiquement non significative [43]. Par la suite, plusieurs études ont montré que le bénéfice des taxanes semble en fait indépendant des récepteurs hormonaux [2, 44]. Le problème est complexe, d’autant plus qu’une autre analyse de cette même étude CALGB 9344, prenant en compte les RH ainsi que HER2, montre que les tumeurs RH+ et HER2+ bénéficient des taxanes alors que les tumeurs HER2– n’en bénéficient pas [27].

Autres facteurs prédictifs

La protéine Tau (MAPT, Microtubule-Associated Protein Tau) entraîne la polymérisation de la tubuline et stabilise les microtubules. On peut ainsi supposer que l’absence de cette protéine augmente la sensibilité aux taxanes. Dans une étude néo-adjuvante dans laquelle les patientes recevaient une chimiothérapie par paclitaxel hebdomadaire suivi d’une association 5-fluorouracile, doxorubicine et cyclophosphamide, toutes les tumeurs en réponse complète histologique présentaient un faible niveau d’expression de l’ARNm de Tau [45]. Néanmoins, plusieurs tumeurs en non réponse complète histologique présentaient également un faible niveau d’expression de Tau, suggérant l’existence d’autres mécanismes de résistance.

Les prédicteurs multigéniques ou signatures

La réponse individuelle à un agent de chimiothérapie ou à une combinaison de plusieurs agents est un phénomène éminemment complexe faisant intervenir de multiples gènes et voies de signalisation. Face à cette complexité, les outils modernes de la biologie moléculaire qui permettent d’analyser à partir d’un seul prélèvement des milliers de gènes grâce aux techniques dites « à haut débit » semblent les mieux adaptées pour aborder ce problème.

Analyse du transcriptome

Plusieurs études ont été conduites afin d’essayer d’identifier des groupes de gènes (dénommés « signatures ») dont le niveau d’expression pourrait permettre de prédire la réponse à divers traitements de chimiothérapie [46-54]. L’objectif commun à toutes ces études était d’identifier des signatures permettant de prédire la réponse clinique ou la réponse complète histologique après ces traitements néo-adjuvants. Ces travaux ont été conduits en utilisant des prélèvements de tumeurs avant la mise en route de traitements de chimiothérapie néo-adjuvante. Le tableau 1 résume ces différentes études : nombre de patientes, type de chimiothérapie administrée, critère utilisé pour définir la réponse au traitement (réponse clinique ou réponse complète histologique), méthodes de biologie moléculaire et bio-informatique employées, identification ou non d’une signature, valeur prédictive négative, valeur prédictive positive, et taux d’erreur de cette signature.

Le nombre de patientes dans chaque étude varie de 30 à 171. Il convient de souligner que le nombre de patientes incluses dans le set de validation permettant de définir la valeur prédictive négative et positive demeure modeste avec au maximum 51 patientes dans l’étude du MD Anderson [51], 66 et 59 dans l’étude EORTC [54]. Il s’agissait de patientes traitées dans le cadre d’études de phase 2 avec divers traitements de chimiothérapie, à l’exception d’une étude réalisée à partir d’un sous-groupe de patientes traitées dans le cadre d’une large étude randomisée comparant deux traitements de chimiothérapie [54]. Cette étude permet ainsi de chercher à identifier une signature spécifique à chacun des deux traitements de chimiothérapie administrés. Dans ces différentes études les auteurs ont utilisé des puces à expression d’ADN, à l’exception de deux études [48, 50] dans lesquelles les auteurs ont utilisé la RT-PCR quantitative.

En ce qui concerne l’analyse bio-informatique, il est important de comprendre, sans entrer dans les détails, que deux méthodes très différentes ont été utilisées : la méthode dite « supervisée » et la méthode des signatures in vitro.

La méthode supervisée consiste à comparer le profil d’expression des « tumeurs répondeuses » à celui des « tumeurs non répondeuses » (par exemple les tumeurs en réponse complète histologique comparées aux tumeurs qui ne sont pas en réponse complète histologique) afin d’identifier une signature. Il s’agit d’une méthode de bio-informatique très classique qui a été également utilisée, par exemple, pour identifier des signatures permettant de reconnaître les tumeurs qui vont rechuter par rapport à celles qui ne rechuteront pas, les tumeurs RE+ par rapport aux tumeurs RE–, ou les tumeurs BRCA1 mutées par rapport aux tumeurs non mutées. Il est important de comprendre qu’avec cette méthode, la population de patientes présentant un cancer du sein que l’on veut étudier doit être séparée en deux groupes (ou sets) : un set d’apprentissage et un set de validation. Dans le set d’apprentissage, les gènes (ou probesets) dont le niveau d’intensité est le plus différent entre les « tumeurs répondeuses » et les « tumeurs non répondeuses » sont identifiés à l’aide du test t. Schématiquement, la valeur prédictive d’un nombre variable de ces probesets réunis en une signature est ensuite testée à l’aide de divers algorithmes. La signature la plus prometteuse est ensuite appliquée à un autre groupe de tumeurs qui constitue le set de validation afin de mesurer la performance de ladite signature : sensibilité, spécificité, valeur prédictive négative, valeur prédictive positive et taux d’erreur. Le groupe du MD Anderson de Houston est le groupe qui a la plus grande expérience avec ce type d’approche [51]. Cette équipe a testé 20 algorithmes de classification différents et a également essayé de définir le nombre optimal de probesets permettant d’identifier la signature ayant la meilleure performance (mesurée par l’aire sous la courbe ROC). D’après leur expérience l’algorithme dénommé DLDA (Diagonal Linear Discriminant Analysis) donne les meilleurs résultats avec 30 probesets (DLDA-30).

La deuxième méthode bio-informatique utilisée consiste à identifier des signatures prédictives de réponse ou de non-réponse à divers agents de chimiothérapie utilisés sur des lignées cellulaires. Cette méthode a été développée par le groupe de l’université de Duke [55]. Des signatures ont été ainsi identifiées pour divers agents de chimiothérapies ou cytostatiques. Lorsque l’on veut ensuite valider ces signatures in vitro en clinique, la méthode comprend schématiquement trois étapes. La première étape consiste, par exemple pour le docetaxel, à remplacer la valeur d’intensité de chaque probeset de la signature de sensibilité au docetaxel, définie in vitro par la valeur d’intensité du même probeset de la tumeur d’une patiente que l’on veut étudier. On obtient ainsi un score ou probabilité de sensibilité pour le docetaxel. On peut répéter le même exercice pour les probesets des signatures définies pour d’autres agents, par exemple le 5-fluorouracile, la doxorubicine et le cyclophosphamide. En clinique, les patientes sont le plus souvent traitées avec des combinaisons de divers cytostatiques, par exemple la combinaison FEC qui comprend le 5-fluorouracile (F), l’épirubicine (E), le cyclophosphamide (C). La deuxième étape consiste ensuite à combiner les probabilités de réponse à chacun des cytostatiques pour obtenir une probabilité de réponse à la combinaison de cytostatiques considérée. La troisième étape consiste à évaluer la valeur statistique des prédicteurs (appliqués à un groupe de patientes dont certaines sont en réponse complète histologique et d’autres non) à l’aide d’un test de Wilcoxon. La différence essentielle entre la méthode bio-informatique supervisée classique et la méthode des signatures in vitro, est que l’étape d’identification d’une signature à partir d’un set d’apprentissage (constitué de patientes avec la méthode supervisée classique) est remplacée par l’identification d’une (ou de) signatures(s) à partir de lignées cellulaires. On évite ainsi le phénomène dit d’« overfitting » qui est la critique la plus souvent formulée à l’encontre de la méthode supervisée classique [56]. L’« overfitting » consiste en l’identification de signatures « sur mesure » au sein du set d’apprentissage. Ces signatures sont ensuite « validées » dans un set de patientes en tout point similaires au set d’apprentissage et il n’est donc pas très surprenant qu’elles parviennent à « classer » correctement ces tumeurs. Certes, cette première étape de validation est indispensable, mais elle ne devrait être qu’un préalable à une deuxième validation dans un groupe de patientes indépendant, par exemple auprès de patientes traitées dans un autre hôpital. À notre connaissance aucune signature développée par la méthode supervisée n’a été validée sur un set indépendant. En particulier, on ne peut pas dire que la signature développée par l’INT de Milan qui utilise une technique de RT-PCR quantitative (86 gènes) ait été validée sur un set indépendant [50]. En effet, la valeur prédictive de 79 de ces gènes également présents sur la puce U133A (179 probesets) a ensuite été testée dans une série de tumeurs du MD Anderson, mais la méthode de biologie moléculaire employée dans la deuxième cohorte (puce à ADNc) est différente de la méthode utilisée dans la première (RT-PCR quantitative). La valeur prédictive positive et négative du test n’a pas été donnée dans la publication. L’avantage des signatures in vitro est que ces signatures sont ensuite appliquées à des patientes, qui constituent par définition un set de validation externe ou indépendant.

Nous souhaiterions résumer les principaux résultats des études présentées dans le tableau 1. Avec la méthode supervisée classique, les résultats les plus fiables et les plus intéressants ont été obtenus par le groupe du MD Anderson dans un set de validation constituée de 51 patientes [51]. La valeur prédictive négative du test est très élevée (96 % ; IC 95 % : 82-100) mais la valeur prédictive positive demeure modeste (52 % ; IC 95 % : 31-73). En d’autres termes, cette signature permet de reconnaître dans plus de 90 % des cas les tumeurs qui ne vont pas répondre au traitement (« non-réponse complète histologique ») mais le test se trompe dans environ 50 % des cas lorsqu’il s’agit d’identifier ou de prévoir quelles sont les tumeurs qui vont répondre au traitement (« réponses complètes histologiques »). Il est peu probable que l’on puisse diminuer ce taux de faux positifs en utilisant des signatures identifiées grâce à cette méthode bio-informatique.

Avec la méthode des signatures in vitro, la signature pour le traitement FEC évaluée auprès de 66 patientes a une valeur prédictive négative de 96 % (IC 95 % : 81-99) et une valeur prédictive positive de 68 % (IC 95 % : 52-80) [54]. La signature pour le traitement FEC, évaluée auprès de 59 patientes a une valeur prédictive négative de 92 % (IC 95 % : 74-98) et positive de 71 % (IC 95 % : 55-84). La critique essentielle de cette étude est que les bio-informaticiens avaient théoriquement accès aux données cliniques des patientes (dont le résultat à la chimiothérapie néo-adjuvante (réponse complète histologique ou non). Une étude de validation est en cours dans laquelle le calcul du score prédictif sera effectué de façon aveugle.

Une étude vient d’être publiée à partir de l’analyse de la tumeur primaire de 150 patientes ayant reçu une chimiothérapie adjuvante par FEC dans une étude prospective [57]. Une signature comprenant 14 gènes corrélée avec le risque de métastases a été identifiée. Compte tenu du schéma de l’étude, il est difficile de savoir s’il s’agit d’une signature pronostique ou prédictive. Les auteurs signalent qu’après analyse multivariée, cette signature apporte une information indépendante de celle liée à l’index pronostique de Nottingham.

Tableau 1 

N total (set d’apprentissage/set de validation)

Type de chimiothérapie

Objectif

Méthode de biologie moléculaire

Méthode bio-informatique

Identification d’une signature

VPNa

VPP

Taux d’erreur

Chang et al. (2003)

30 (24/6)

Docetaxel

Réponse clinique

Puce à ADNc (HgU95-Av2)

supervisée

Oui (92 probesets)

83 %

92 %

12 %

Ayers et al. (2004)

42 (24/18)

P -> FAC

RCP

Puce à ADNc

supervisée

Oui (74 probesets)

73 %

100 % (3/3)

22 %

Iwao-Koizumi et al. (2005)

70 (44/26)

Docetaxel

Réponse clinique

ATAC-PCR

supervisée

Oui (85 gènes)

90,9 %

73,3 %

19,3 %

Hanneman et al. (2005)

46 (46/-)

AC ou AD

RCP

Puce à ADNc

supervisée

Non

-

-

-

Gianni et al. (2005)

171 (89/82)

AP -> P

RCP

RT-PCR quantitative puis puce à ADNc

supervisée

Oui (86 gènes)

-

-

-

Hess et al. (2006)

133 (82/51)

P -> FAC

RCP

Puce à ADNc

supervisée

Oui (30 probesets)

96 %

52 %

24 %

Thuerigen et al. (2006)

100 (52/48)

  • GE->Doc
  • ou GEDoc


RCP

Puces à ADNc

supervisée

Oui (512 probesets)

95 %

64 %

22 %

Cleator et al. (2006)

40 (40/0)

AC

Réponse clinique

Puces à ADNc

-

Oui

-

-

-

Bonnefoi et al. (2007)

125 (-/125)

RCP

Puces à ADNc

Signatures in vitro

Oui

65

FEC

96 %

68 %

21 %

59

T -> ET

92 %

71 %

20 %

aVPN, VPP et % d’erreur sont calculés sur le set de validation.

Analyses post-transcriptionnelles et génomiques

L’essentiel des travaux réalisés jusqu’à ce jour a porté sur l’étude du transcriptome (ARNm) en utilisant des puces dites d’expression. D’autres analyses à haut débit sont en cours portant sur les modifications post-transcriptionnelles grâce aux techniques de protéomique ou enfin portant sur l’étude de l’ADN grâce aux techniques d’hybridation génomique comparative de gains ou de pertes de matériel génétique à l’aide de puces (« CGH arrays ») et aux techniques de recherche de polymorphismes de nucléotides sur l’ensemble du génome (« SNP arrays »). À notre connaissance, une seule étude, cherchant à identifier un profil génomique a été publiée [58]. Cette étude, réalisée auprès de 44 patientes traitées par une association de doxorubicine et de cyclophosphamide, n’a pas permis de trouver de corrélation entre le nombre de copies (pertes ou gains) de multiples fragments d’ADN analysés par aCGH et la réponse clinique.

Conclusion

Un comité d’experts internationaux dans le domaine du cancer du sein a désigné en 2007 la recherche de facteurs prédictifs de réponse au traitement comme une priorité de recherche [59]. Nous avons résumé dans cet article les nombreuses études récentes portant sur cette thématique de recherche, études publiées dans les meilleurs journaux scientifiques. Ces travaux reflètent l’importance de cette question. On peut raisonnablement espérer que les études en cours ou en développement permettront dans un avenir proche de prescrire la chimiothérapie dans le traitement adjuvant des cancers du sein en fonction de facteurs biologiques propres à chaque tumeur et non plus de façon aveugle.

Référence non citée

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