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Un nouveau marqueur cardiaque : la heart fatty-acid binding protein (h-FABP)


Annales de Biologie Clinique. Volume 64, Number 3, 209-17, Mai-Juin 2006, Revue générale


Résumé   Summary  

Author(s) : A Servonnet, H Delacour, C Dehan, V Gardet , Laboratoire de biochimie, pharmacologie, toxicologie cliniques, Hôpital d’Instruction des Armées Robert Picqué, Villenave d’Ornon.

Summary : Heart Fatty-Acid Binding Protein (h-FABP) is a small cytosolic protein that is abundant in the heart and found at lower concentrations in muscle or in the brain. h-FABP is released into the circulation shortly after the onset of ischemia. Several studies indicate its usefulness in cardiology: exclusion of acute myocardial infarction, detection of reperfusion, prognostic value… A rapid immuno-chromatographic assay (Cardiodetect ®) was recently commercialized in France with a result obtainable within 15 minutes. We review the strengths and weakness of h-FABP for detecting myocardial injury.

Keywords : h-FABP, cardiac marker, acute coronary syndrome, coronary reperfusion

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ARTICLE

Auteur(s) : A Servonnet, H Delacour, C Dehan, V Gardet

Laboratoire de biochimie, pharmacologie, toxicologie cliniques, Hôpital d’Instruction des Armées Robert Picqué, Villenave d’Ornon

Article reçu le 12 Octobre 2005, accepté le 10 Février 2006

Les syndromes coronariens aigus (SCA) représentent un continuum de situations cliniques secondaires à une ischémie myocardique aiguë, s’étendant de l’angor instable à l’infarctus transmural du myocarde. En France, leur incidence est supérieure à 280 pour 100 000 hommes et à 60 pour 100 000 femmes, soit environ 130 000 cas par an [1, 2]. En 2000, ils représentaient 4,4 % des causes de mortalité avec 25 366 décès [3]. À cette mortalité, il faut ajouter une morbidité importante et le retentissement socio-économique associé. Plusieurs études ont démontré l’importance d’une prise en charge précoce adaptée, et donc d’un diagnostic rapide [4, 5]. Celui-ci repose sur un faisceau de données cliniques, électrocardiographiques et biologiques [6]. Selon le tracé électrocardiographique, on distingue les syndromes coronariens avec et sans sus-décalage du segment ST. De diagnostic le plus souvent facile, les syndromes coronariens aigus avec sus-décalage ST évoluent, en l’absence de reperfusion artérielle rapide, vers l’infarctus classique avec onde Q. Les syndromes coronariens sans sus-décalage ST comportent deux entités dont le pronostic et la prise en charge sont distincts : l’infarctus sans onde Q, dont le pronostic sérieux justifie une thérapeutique médicale agressive et l’angor instable de pronostic plus favorable, nécessitant une prise en charge ambulatoire [5, 6]. Ces deux pathologies, à la présentation clinique et électrocardiographique identiques, sont différenciées à l’aide de critères biologiques. À l’inverse de l’angor instable, l’infarctus sans onde Q est défini par la libération dans la circulation sanguine de marqueurs de nécrose cellulaire myocardique, telles que les troponines Ic et Tc. Cardiospécifiques, ces protéines ont comme principale limite leur cinétique de libération : elles ne se « positivent » que 6 heures après l’apparition des symptômes. La myoglobine, qui leur est fréquemment associée, est quant à elle sensible mais non spécifique. L’utilisation de marqueurs biologiques permettant un diagnostic spécifique plus précoce de l’infarctus sans onde Q permettrait une amélioration de la prise en charge des patients. Dans ce contexte, l’h-FABP (heart-fatty acid binding proteins), utilisée depuis plusieurs années en Allemagne ou au Japon, est apparue récemment sur le marché français. À côté de la description de cette technique, le but de cette revue est de faire le point sur la physiologie de cette protéine et sur son intérêt en cardiologie dans la prise en charge des syndromes coronariens aigus.

Biochimie et physiologie de l’h-FABP

L’h-FABP appartient à la famille des fatty acid-binding proteins (FABP), protéines intracellulaires non enzymatiques mises en évidence en 1972 [7]. Ces protéines cytosoliques de faible masse moléculaire (14-15 kDa) sont largement distribuées dans l’organisme humain ainsi que dans d’autres espèces animales (mammifères, oiseaux, insectes, poissons…) [8]. Elles doivent leur nom à leur propriété de lier avec une grande affinité et de façon non covalente les acides gras à longues chaînes. Elles sont retrouvées dans les tissus métabolisant les acides gras comme le cœur, les muscles squelettiques ou le foie, ansi que dans des tissus, comme le cerveau, qui ne sont pas considérés comme de grands utilisateurs de cette source d’énergie [9-11]. Leur fonction primaire est de faciliter le transport intracellulaire des acides gras de la membrane vers les mitochondries, lieu de la bêta-oxydation [9]. Elles assurent également une fonction de protection cellulaire vis-à-vis des effets délétères des acides gras libres en forte concentration. Cette propriété est très importante en cas d’ischémie myocardique [11].

Actuellement 9 types de fatty acid-binding proteins ont été identifiés. Nommées en fonction du tissu où elles ont été mises en évidence la première fois, elles possèdent une homologie de séquence en acides aminés de 20 à 70 %. Si certaines ne sont présentes que dans un seul tissu, d’autres sont exprimées dans plusieurs organes et certains tissus en contiennent plusieurs (tableau 1)( Tableau 1 )[12, 13].

La forme cardiaque ou h-FABP, protéine de 132 acides aminés, a été découverte en 1978 [14]. Son gène est localisé sur le chromosome 1 (1p32-1p33) [15]. Elle est l’une des protéines les plus abondantes du cœur et représente 5 à 15 % du pool protéique cytosolique. Cependant, elle est retrouvée, à des taux plus faibles, dans d’autres tissus comme les muscles squelettiques, le cerveau, le rein, les testicules, le placenta, l’estomac, le tissu adipeux ou les cellules lactotropes (tableau 2)( Tableau 2 )[10, 16]. Elle possède une homologie de 20 à 35 % avec les protéines hépatique (l-FABP) et intestinale (i-FABP), et de 60 à 80 % avec les protéines du tissu nerveux (m-LBP) et du tissu adipeux (a-FABP) [8]. Plusieurs études suggèrent l’existence d’au moins trois isoformes cardiaques d’h-FABP [17-20]. Des travaux complémentaires sont nécessaires pour conclure à l’existence d’une isoforme cardiospécifique comme pour les troponines.

L’h-FABP est excrétée dans les urines, sa demi-vie d’élimination étant estimée à 20 minutes [8]. Physiologiquement, elle est retrouvée en faible concentration dans le plasma. Au sein d’une population indemne de toute pathologie cardiaque et musculaire, les concentrations plasmatiques sont inférieures à 6 μg/L, la médiane se situant vers 1,5 μg/L [21]. Ces valeurs usuelles varient en fonction du sexe, les hommes présentant des concentrations supérieures aux femmes, et de l’âge. Selon Pelsers [21], les concentrations plasmatiques médianes chez les hommes sont de 1,8 μg/L pour la tranche d’âge de 41 à 50 ans alors qu’elles sont de 2 et de 2,5 μg/L pour des tranches d’âge respectivement de 51 à 60 ans et de 61 à 70 ans. Cette augmentation est liée à l’altération de la fonction rénale avec l’âge. Enfin, une faible variation nycthémérale est remarquée, les concentrations étant légèrement plus élevées la nuit qu’au cours de la journée du fait de la diminution de la filtration glomérulaire rénale en période nocturne.
Tableau 1 Les neuf isoformes de fatty acid-binding proteins mises en évidence chez l’homme [9, 10].

Nom de l’isoforme

Symbole

Tissus de distribution

Heart fatty acid-binding proteins

h-FABP

Cœur, muscles squelettiques, cerveau, testicules, glandes mammaires, reins, ovaires

Brain fatty acid-binding protein

b-FABP

Cerveau, système nerveux central

Intestinal fatty acid-binding protein

i-FABP

Intestin

Liver fatty acid-binding protein

l-FABP

Foie, intestin

Adipocyte fatty acid-binding protein

a-FABP

Adipocytes, monocytes

Ileal lipid-binding protein

i-LBP

Intestin

Myelin lipid-binding protein

m-LBP

Système nerveux périphérique

Testicular fatty acid-binding protein

t-FABP

Testicule

Epidermal fatty acid-binding protein

e-FABP

Épiderme, adipocytes, tissu mammaire, langue, testicules


Tableau 2 Répartition de l’h-FABP dans les différents tissus humains [10].

Tissu

Partie du tissu

  • Concentration
  • (μg/g de tissu)


Cœur

Péricarde

540

Myocarde

600

Endocarde

550

Muscle squelettique

173

Intestin grêle

Duodénum

3,5

Jéjunum

4,9

Iléon

3,2

Côlon

2,7

Cerveau

16,2-39,5

Aspects analytiques

Plusieurs méthodes de dosage immunologiques sont décrites dans la littérature [22-28]. Elles diffèrent par la technique employée (Elisa, immunosenseurs, immuno-chromatographie…), le temps d’incubation (10 à 180 minutes), la limite de détection et la zone de linéarité, la nature de l’échantillon (sérum, plasma, sang total).

Actuellement, un seul test est commercialisé en France : le Cardiodetect®, commercialisé par la société BMD ( (figure 1) ). Il repose sur une technique immuno-chromatographique utilisant deux anticorps monoclonaux : l’un marqué à l’or colloïdal utilisé comme traceur et l’autre non marqué employé comme anticorps de capture. Après un dépôt de 3 gouttes de sang total ou de plasma (prélèvement capillaire ou sang veineux effectué sur citrate ou héparinate de lithium), le traceur se lie à l’h-FABP éventuellement présente dans l’échantillon. Un complexe antigène-anticorps marqué se forme et migre vers l’extrémité du support en passant sur une membrane où sont immobilisés les anticorps de capture. Un complexe anticorps marqué-antigène-anticorps de capture se forme au niveau de cette membrane et entraîne l’apparition d’une bande colorée dont l’intensité est proportionnelle à la concentration d’h-FABP dans l’échantillon. Le traceur libre diffuse jusqu’à une bande de contrôle où sont immobilisés des anticorps anti-traceur. L’apparition d’une bande colorée au niveau de cette zone contrôle valide le test. Le test est lu à l’œil nu après une incubation de 15 minutes, le seuil de détection étant de 7 μg/L. Ce mode de lecture reste subjectif et il ne permet pas la détermination exacte de la concentration dans l’échantillon. La commercialisation de systèmes de lecture automatisés doivent à terme pallier cette limite.

Cependant, sa facilité de réalisation (absence de traitement pré-analytique), son délai de rendu de résultat rapide, associés à son faible encombrement (taille d’une carte de crédit) rendent ce test attrayant pour les laboratoires hospitaliers ainsi que pour les équipes pré-hospitalières ou d’accueil des urgences.

Apport de l’h-FABP en cardiologie

Cinétique de l’h-FABP en cas de nécrose myocardique

La nécrose myocardique s’accompagne d’une libération des composés intracellulaires dans la circulation sanguine. Leur cinétique d’apparition est fonction de leur taille et de leur localisation (cytosol, appareil contractile…). La myoglobine, petite molécule cytosolique (17 kDa), est la première à apparaître dans le flux sanguin, suivie des troponines et des créatine-phosphokinases (EC 2.7.3.2). Possédant des caractéristiques proches (petite taille et localisation cytosolique), l’h-FABP et la myoglobine présentent des cinétiques de libération analogues [29]. Ainsi, lors d’une lyse myocardique, l’h-FABP apparaît dans la circulation sanguine dans les deux heures suivant les premiers symptômes, son pic de concentration se situant entre la 4e et la 6e heure (concentration maximale moyenne 320 μg/L). Un retour aux valeurs physiologiques est observé vers la 20e heure ( (figure 2) ). Cette cinétique explique l’intérêt porté à cette molécule.

Diagnostic précoce des syndromes coronariens aigus

Plusieurs travaux [30-37] ont évalué l’intérêt de l’h-FABP dans le diagnostic des syndromes coronariens aigus en la comparant aux marqueurs déjà existants. Les sensibilités et spécificités observées diffèrent fortement suivant les études. Ces différences sont expliquées par le nombre de patients retenus, les critères d’inclusion et d’exclusion ainsi que par la valeur seuil retenue pour l’h-FABP (tableau 3)( Tableau 3 ).

En 2003, Seino et al. [38] ont étudié les performances diagnostiques de l’h-FABP chez 371 patients admis aux urgences cardiologiques pour suspicion de syndrome coronarien aigu sans ECG contributif sans exclusion des insuffisants rénaux et des patients présentant des troubles musculaires. La valeur seuil de l’h-FABP (cut-off = 6,2 μg/L) est proche de celle du test commercialisé en France (cut-off = 7,0 μg/L). Ces auteurs retrouvent pour l’h-FABP une sensibilité proche des autres études. Ainsi, elle est supérieure à celle de la troponine T et de la myoglobine chez les patients se présentant dans les 6 premières heures suivant l’apparition des douleurs thoraciques. Pour les délais de prise en charge supérieurs, l’h-FABP et la troponine T possèdent des sensibilités similaires, supérieures à celle de la myoglobine (tableau 4)( Tableau 4 ). La cinétique de libération de la troponine lors d’un SCA explique la différence de sensibilité de l’h-FABP et de la troponine T lors des 6 premières heures (p < 0,001). La meilleure sensibilité de l’h-FABP par rapport à la myoglobine s’explique par ses concentrations plasmatiques (< 6 μg/L) 10 à 15 fois plus faibles que celles de la myoglobine (20-80 μg/L). Lors d’une lyse myocardique, l’augmentation de sa concentration plasmatique est proportionnellement plus importante que celle de la myoglobine, donc mieux détectée [8].

La spécificité de l’h-FABP est inférieure à celle de la troponine T (p < 0,001) quel que soit le délai de prise en charge et se rapproche de celle de la myoglobine. Les faux-positifs sont dans 60 % des cas expliqués par d’autres pathologies cardiovasculaires (angor instable, insuffisance cardiaque sévère, dissection aortique, embolie pulmonaire) et dans 40 % des cas sont liés à une insuffisance rénale. L’inclusion des insuffisants rénaux, contrairement à d’autres études, explique la plus faible spécificité observée. Pour Seino et al. [38], le principal avantage de ce test est sa valeur prédictive négative élevée (80 %) supérieure à celles de la troponine T (50 %) et de la myoglobine (49%) chez les patients pris en charge dans les deux heures suivant l’apparition des symptômes. Il permet donc un diagnostic d’exclusion rapide d’un syndrome coronarien aigu.

En France, l’étude Fabheu a évalué l’intérêt de l’h-FABP en médecine pré-hospitalière [39]. Ce travail, réalisé chez 108 patients souffrant d’une douleur thoracique de moins de 12 heures évoquant un SCA avec ou sans ECG contributif, a comparé les performances de l’h-FABP à celles de la troponine Ic, les dosages étant réalisés lors de la prise en charge pré-hospitalière. Pour des douleurs de moins de 3 heures, l’h-FABP est plus sensible que la troponine Ic (Se = 89 % versus Se = 39 %) mais moins spécifique (Sp = 90 % versus Sp = 100 %). Chez 16 des 32 patients présentant un SCA sans ECG contributif, seule l’h-FABP s’est révélée positive ( (figure 3) ). Pour les auteurs de cette étude, l’utilisation de ce test par les équipes pré-hospitalières permet une meilleure orientation des patients aboutissant à une prise en charge optimale des SCA. Les faux positifs observés (4 sur 108 dosages) sont liés à une insuffisance rénale concomitante. Une prochaine étude, à plus grande échelle (1 000 patients) doit permettre de préciser l’intérêt de cette technique.
Tableau 3 Performances de l’h-FABP dans le diagnostic des syndromes coronariens aigus : comparaison à la myoglobine (Myo) selon quelques études [30-37].

Réf.

Population de l’étude

Critères d’inclusion

Valeur seuil h-FABP (μg/L)

Sensibilité (%)

Spécificité (%)

Aire sous la courbe ROC

h-FABP

Myo

h-FABP

Myo

h-FABP

Myo

[30]

  • 79 patients sains
  • 83 avec SCA confirmé (77 % avec ECG contributif)


Douleur < 6 h 00

5

78

53

[31]

  • 140 patients avec SCA
  • 49 patients avec douleurs thoraciques
  • 75 patients sans pathologie cardiaque


Douleur < 12 h 00

6,2

78

53

67

57

0,921

0,843

[32]

130 patients avec douleurs thoraciques sans sus décalage ST

Douleur < 6 h 00

8

90

81

81

89

0,890

0,840

[33]

460 patients avec douleurs thoraciques

Douleur < 6 h 00

12

39

38

95

95

0,800

0,730

[34]

  • 48 patients avec SCA
  • 11 patients avec une autre pathologie cardiaque (angor instable, insuffisants cardiaques)
  • 81 patients avec pathologies musculaires
  • 28 insuffisants rénaux


Douleur < 6 h 00

19

65

53

[35]

133 suspicion SCA

Douleur < 6 h 00

6,2

86

77

100

100

0,936

0,862

[36]

44 patients avec douleurs thoraciques sans sus-décalage ST

Douleur < 6 h 00

12

58

85

[37]

  • 93 avec douleurs thoraciques
  • 69 sujets sains


Douleur < 6 h 00

16,8

84

92


Tableau 4 Sensibilité et spécificité de l’h-FABP, de la troponine T et de la myoglobine en fonction du délai de prise en charge des patients selon Seino et al. [38].

Étude globale

  • Étude avec prise en compte du délai entre l’apparition des symptômes
  • et l’arrivée à l’hôpital


< 2 h 00

2 h 00 – 4 h 00

4 h 00 – 6 h 00

6 h 00 – 12 h 00

12 h 00 – 24 h 00

Nombre de patients

371

68

103

68

87

37

Nombre de patients (%) avec un syndrome coronarien aigu

111 (49)

37 (54)

56 (54)

30 (44)

31 (36)

20 (54)

h - FABP

Sensibilité

0,95

0,89

0,96

1,00

0,97

0,95

Spécificité

0,49

0,52

0,45

0,40

0,55

0,53

Troponine T

Sensibilité

0,65

0,22

0,57

0,67

0,94

0,95

Spécificité

0,76

0,94

0,70

0,66

0,68

0,65

Myoglobine

Sensibilité

0,62

0,38

0,63

0,83

0,77

0,50

Spécificité

0,58

0,71

0,64

0,50

0,52

0,53

Suivi de la reperfusion

Plusieurs études ont évalué l’intérêt de l’h-FABP dans le suivi du traitement thrombolytique. L’identification des échecs de la thrombolyse est indispensable car ils sont associés à une augmentation de la mortalité et à une majoration du risque de récidive et d’insuffisance cardiaque. La coronarographie à 90 minutes après le début du traitement est la méthode de référence mais reste un geste invasif complexe et les critères non invasifs (cliniques, électrocardiographique, biologiques) sont malheureusement souvent mis en défaut [40].

Après reperfusion efficace des coronaires, l’h-FABP présente une élévation rapide de sa concentration avec un maximum à la 41e minute (+/- 18 min) [41]. La réalisation de dosages sériés permet de suivre cette cinétique et d’évaluer l’efficacité de la thérapeutique. Dès la 15e minute suivant la thrombolyse, une augmentation de la concentration d’un facteur 1,8 signe la reperfusion avec une sensibilité de 93 % pour atteindre 98 % à T+30 min et 100 % à T+60 min ( (figure 4) ). Cependant, l’apport de l’h-FABP apparaît faible. Ses performances sont identiques à celles de la myoglobine [41, 42], les valeurs prédictives négatives du test restant inférieures à 70 % [43].

Détection d’une récidive d’ischémie ou d’infarctus

Une des complications du SCA est le « ré-infarctus » lié à une réocclusion de l’artère après reperfusion ou à l’occlusion d’une seconde artère coronaire. Si une récidive se produit avant le retour aux valeurs physiologiques du marqueur biologique, la ré-ascension des concentrations est difficilement perceptible sur des dosages sériés. Un marqueur à cinétique rapide prend alors tout son sens. Ainsi, l’h-FABP permet la détection d’une récidive se produisant dans les 10 heures après le premier SCA, les troponines étant, dans ce cas, mises en défaut [44].

Valeur pronostique

Lors d’un syndrome coronarien aigu, l’h-FABP semble être un marqueur pronostique de la mortalité et la morbidité à 6 mois. Une étude, réalisée chez 328 patients hospitalisés pour suspicion de syndrome coronarien aigu dans les 6 heures suivant l’apparition des symptômes, montre qu’une concentration en h-FABP supérieure à 9,8 μg/L à l’admission est associée à une augmentation du risque de décès ou d’un nouvel SCA dans les 6 mois (RR = 9,0 ; p = 0,0004). Selon ces auteurs, l’h-FABP possède une valeur pronostique supérieure à celle de la troponine T, les aires sous les courbes ROC étant respectivement de 0,711 et 0,578 (p = 0,08). Cette différence de performance est expliquée par les critères d’inclusion des patients (douleurs de moins de 6 heures) et les cinétiques des deux marqueurs [45]. De même, Suzuki et al. [46] et Erlikh et al. [47] concluent que l’élévation de l’h-FABP est un facteur indépendant de mauvais pronostic respectivement à 30 jours et à 1 an.

Estimation de la taille de la zone infarcie

Plusieurs travaux [48-50] ont proposé de corréler les concentrations en h-FABP à la taille de la zone nécrosée. Cela étant, les recommandations de la National academy of clinical biochemistry indiquent que les marqueurs biologiques ne doivent pas être utilisés en routine pour déterminer la taille d’un infarctus, l’imagerie étant un outil plus performant.

Souffrance myocardique péri-opératoire

La détection d’une souffrance myocardique pendant une chirurgie cardiaque constitue une situation particulière. La procédure interventionnelle génère une élévation des marqueurs cardiaques, perturbant la mise en évidence d’une éventuelle atteinte myocardique. Selon plusieurs études, l’h-FABP apporte une réponse précoce à cette interrogation. Lors d’intervention sans complication, l’h-FABP présente une élévation rapide de sa concentration suite au déclampage aortique avec un maximum avant la 60e minute. En cas de syndrome coronarien péri- ou post-opératoire, son augmentation se poursuit au-delà de la première heure. La réalisation de dosages sériés permet de suivre cette cinétique et de mettre en évidence une éventuelle atteinte myocardique de façon plus précoce qu’avec les troponines [51-54].

Limites actuelles de l’h-FABP

Variations lors d’atteintes musculaires squelettiques

Les limites de ce nouveau marqueur sont en partie liées à l’absence d’isoformes cardiospécifiques et à sa présence dans les muscles squelettiques. Ainsi, suite à un exercice physique intense, une élévation de sa concentration plasmatique est objectivée dès la 30e minute avec un retour aux valeurs physiologiques en 24 heures, le pic de concentration étant en moyenne de 50 μg/L [55]. Comme la myoglobine, l’h-FABP est donc difficilement exploitable en cas de douleurs thoraciques au décours d’un exercice musculaire.

Pour pallier cette limite et dans l’attente d’une mise en évidence d’une isoforme cardiospécifique, certains auteurs préconisent la détermination du ratio concentration plasmatique de myoglobine sur concentration plasmatique d’h-FABP. Ce dernier, reflétant le ratio du tissu lésé, permet de déterminer l’origine de la souffrance musculaire. Un ratio inférieur à 6 % est considéré spécifique d’une nécrose myocardique, un ratio compris entre 20 % et 70 % oriente vers des troubles musculaires [56].

Insuffisance rénale et h-FABP

L’insuffisance rénale, en réduisant la clairance de l’h-FABP, entraîne une augmentation de sa concentration plasmatique. Ce phénomène est souligné dans plusieurs études, l’inclusion de patients insuffisants rénaux étant associée à une baisse de la spécificité du test [34, 38, 39]. Gorshi et al. [57] ont mis en évidence des concentrations pouvant atteindre 20 à 25 fois les valeurs physiologiques chez des patients dialysés. De même, Nayashida et al. [58] ont observé une élévation des concentrations chez les insuffisants rénaux, susceptible d’entraîner des faux positifs. Ces variations constituent une limite pour un test destiné à être utilisé dans une population âgée sujette à une altération de la fonction rénale. Il est donc nécessaire de déterminer, comme pour le NT-proBNP, des valeurs seuils propres aux patients insuffisants rénaux pour garder toute l’utilité de ce marqueur.

Conclusion

Petite molécule cytosolique, l’h-FABP est l’une des protéines les plus abondantes du cœur. Lors d’une lyse myocardique, elle est libérée dans la circulation sanguine dans les deux heures suivant les premiers symptômes. Son pic de concentration se situe entre la 4e et la 6e heure et est suivi d’un retour aux valeurs physiologiques vers la 20e heure. Plusieurs études ont démontré son intérêt dans le diagnostic précoce des syndromes coronariens aigus : dans les six premières heures suivant l’apparition des symptômes, elle présente des performances diagnostiques supérieures ou égales à celles de la myoglobine, sa sensibilité étant supérieure à celle des troponines. Sa valeur prédictive négative élevée permet un diagnostic d’exclusion rapide chez les patients pris en charge dans les deux heures suivant l’apparition des symptômes. Son dosage est également intéressant dans le suivi de la reperfusion après thrombolyse, dans la détection d’une souffrance myocardique péri-opératoire et dans l’évaluation du pronostic post-infarctus. Des travaux complémentaires à plus grande échelle sont nécessaires pour confirmer l’ensemble de ces propriétés. Cependant, son absence de cardiospécificité et son élimination rénale sont à l’origine d’une perte de spécificité en cas de pathologies musculaires ou d’insuffisance rénale associées. La mise en évidence d’une isoforme cardiospécifique et la détermination d’un seuil de décision propre aux insuffisants rénaux pourraient pallier ces limites. Si seul un test semi-quantitatif est actuellement disponible en France, la commercialisation prochaine d’un système de lecture automatisé permettra la détermination exacte de la concentration en h-FABP dans l’échantillon.

Références

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