ARTICLE
La fréquence dintoxication par des plantes
toxiques était estimée à 1,5 % en France, 5 % en
Belgique, 6,5 % en Italie, 7,2 % en Suisse et 6 % en Turquie selon différentes
études rétrospectives de ces vingt dernières années
[1]. Entre 1985 et 1994 aux Etats-Unis, ce type dintoxication était
classé au quatrième rang derrière les médicaments,
les produits dentretien ménagers et les cosmétiques
[2]. La population jeune est la plus touchée car les enfants sont
attirés par les baies colorées et les plantes dappartement
laissées à leur portée. Quatre-vingt-cinq pour cent
des cas surviennent chez des enfants de moins de 11 ans. Les autres cas
classiques dempoisonnements sont le fait de promeneurs et botanistes
amateurs qui confondent telle feuille, telle baie ou telle racine avec
une espèce comestible [3]. Dans certaines régions du monde,
les problèmes peuvent être endémiques à cause
de comportements sociaux ou ancestraux (Colchicum et Hyoscyamus
en Turquie, Hyoscyamus en Israël et en Iran, Datura
dans le sud des Etats Unis, en Argentine et au Brésil, Baccharis
en Argentine, en sont quelques exemples). Les plantes qui sont cependant
le plus souvent incriminées lors dappels auprès des
centres antipoisons ne sont heureusement pas les plus toxiques. Une grande
partie de la population méconnaît la toxicité réelle
des végétaux entraînant un comportement inadapté.
Aux Etats-Unis dans une étude rétrospective incluant plus
de 900 000 cas sur 10 ans, les dix genres les plus fréquemment
incriminés étaient : Philodendron, Dieffenbachia, Euphorbia,
Capsicum, Ilex, Crassula, Ficus, Toxicodendron, Phytolacca et Schefflera
pour lesquels aucun décès ne fut rapporté [2]. Les
exemples létaux sont en réalité le fait dune
cinquantaine de genres à travers le monde. Le nombre exact de décès
est cependant très difficile à établir à cause
dun manque de documentation analytique et médico-légale,
ce qui tend à en sous-estimer la fréquence. La mortalité
de ce type dintoxication semble élevée en regard des
autres intoxications. En Afrique du Sud, deux pour cent des malades hospitalisés
pour intoxications décèdent, tandis quen contraste,
15 % des patients intoxiqués par des médecines à
base dherbes traditionnelles, décèdent [4].
Dans ce travail, les auteurs ont établi une
liste des principales plantes responsables de décès humains
par empoisonnements accidentels ou par homicides (volontaires ou non).
Les auteurs ont sciemment délaissé létude des
narcotiques, hallucinogènes et stimulants. Les poisons de chasse
ne seront pas abordés non plus. En cas de conflits entre tribus,
les guerriers pouvaient avoir recours à des poisons de guerre daction
lente. En effet, la mort était censée résulter dune
longue et douloureuse agonie [5]. Ces plantes sont listées dans
le tableau I.
Concernant lanalyse, une méthode de
recherche multirésidus a été mise au point par un
laboratoire vétérinaire dans du matériel végétal,
le rumen des animaux, les tissus ou les fluides biologiques [6]. Les échantillons
sont extraits par lacétate déthyle contenant
5 % déthanol dans des conditions alcalines puis réextraits
par lacide chlorhydrique 0,5 N. Une purification ultime est réalisée
sur colonne polymérique C18 avant lanalyse quantitative par
chromatographie en phase gazeuse (CPG)-détection azote-phosphore
et lanalyse qualitative par CPG-spectrométrie de masse (SM)
et chromatographie sur couche mince (CCM). Les rendements dextraction
sont compris entre 72 et 113 % à la concentration de 1 µg/g pour
6 différentes molécules représentatives de diverses
propriétés chimiques des alcaloïdes : atropine, coniine,
nicotine, rétrorsine, solanidine et strychnine. Les limites de
détection sont cependant théoriquement comprises entre 25
et 200 ng/mL ce qui rend la méthode peu sensible. En outre, les
composés non volatils ne peuvent pas être analysés
par la méthode présentée. Foukaridis et al.
[4] ont développé une méthode de chromatographie
liquide haute performance (CLHP) multi-isocratique couplée à
une détection ultraviolet (UV) à barrette de photodiodes
(BPD) permettant lidentification des intoxications par les médecines
traditionnelles noires de lAfrique du Sud. Néanmoins, ces
deux travaux sont des exceptions, car les méthodes de recherche
systématique des toxiques végétaux sont très
rares dans la littérature. Des méthodes efficaces sont disponibles
pour lanalyse de la nicotine et de ses métabolites, des alcaloïdes
dérivés du noyau tropane, de la colchicine ou des hétérosides
cardiotoniques. Pour une grande majorité de molécules à
taux faiblement actifs, les techniques manquent de sensibilité.
Tout récemment, une technique par CLHP-SM ou CLHP-SM-SM a été
publiée à propos de la détection dans les fluides
biologiques humains concernant les molécules suivantes avec les
limites de détection de 0,01 ng/mL pour laconitine, 1,2 ng/mL
pour lanabasine, 0,91 ng/mL pour larécoline, 15 ng/mL
pour latractyloside, 0,09 ng/mL pour latropine, 0,01 ng/mL
pour la cévadine, 0,09 ng/mL pour la colchicine, 1,60 ng/mL pour
la crotaline, 0,19 ng/mL pour lémétine, 0,17 ng/mL
pour lésérine, 1,52 ng/mL pour la lobéline,
0,40 ng/mL pour loléandrine, 1,07 ng/mL pour la pilocarpine,
0,02 ng/mL pour la réserpine, 0,18 ng/mL pour la rétrorscine,
0,31 ng/mL pour la scopolamine, 0,04 ng/mL pour la sénécionine,
0,16 ng/mL pour la spartéine, 0,03 ng/mL pour la strychnine, 0,48
ng/mL pour le taxol, 0,02 ng/mL pour la vératridine et 0,32 ng/mL
pour la yohimbine. La méthode a été appliquée
avec succès dans des cas médico-légaux [7].
ABRUS PRECATORIUS
Le jéquirity est une plante pantropicale dorigine
indienne qui produit des graines ornementales très utilisées
dans la confection de colliers artisanaux. Les graines aussi nommées
fèves coccinelles, minnie-minnies, paternoster, contiennent une
des substances dorigine végétale les plus toxiques,
labrine, dont la toxicité est comparable à celle de
la ricine. Une méthode de dosage radio-immunologique a été
proposée [8]. Malgré la large distribution de la plante
sur le globe terrestre, les intoxications humaines sont très rares,
aucun cas de décès nest rapporté [5].
GENRE ACONITUM
Description
Le genre Aconitum croît habituellement
dans les lieux humides des régions montagneuses de lhémisphère
Nord jusquà 1 800 m daltitude, des Alpes à lHimalaya.
Il comprend environ 350 espèces dont la moitié auraient
été recensées sur le seul territoire chinois. Le
plus classique, laconit napel, est une plante vivace par une racine
tuberisée pointue dont la surface est brun-noirâtre et inodore.
La tige dressée porte des feuilles alternes palmatiséquées
à trois ou cinq segments linéaires lancéolés.
Les fleurs sont groupées en grappes. Le calice est formé
par cinq sépales colorés bleus, jaunes, blancs, violets,
parfois tachetés selon les espèces. Le sépale postérieur
très caractéristique par sa forme de casque antique lui
confère ses noms vulgaires, casque de Jupiter ou capuchon de moines.
Les pétales sont réduits à des cornets nectarifères
et des languettes. Le fruit est une follicule divergente à graines
noires et pyramidales.
Molécules actives
Toutes les parties de laconit renferment des
alcaloïdes, bases diterpéniques, surtout concentrées
dans la racine. La teneur varie beaucoup en fonction du cycle végétatif
et de lorigine géographique, de 0,5 à 3 %. Laconitine
est majoritaire, cest un diester acétylé et benzoylé
dun amino-alcool hexacyclique norditerpénique, laconine.
Les autres alcaloïdes sont lhypaconitine, la mesaconitine,
la lycaconitine, la jesaconitine, la néopelline, la napelline,
la néoline, la bikhaconitine, la méthyllycaconitine, la
talatisamine, latisine et la lappaconitine [5]. Lalcaloïde
majoritaire varie selon lespèce : aconitine chez A. napellus,
hypaconitine chez A. septemtrionale, hypaconitine et mesaconitine
chez A. carmichaelii, mesaconitine chez A. kuznezofii, bikhaconitine
chez A. ferox, talatisamine chez A. kongboense, atisine
chez A. anthora et A. heterophyllum, Lycaconitine chez A.
vulparia. Des alcaloïdes isoquinoléiques et des phénéthylamines
sont aussi présents dans les espèces : higénamine
chez A. japonicum, magnoflorine chez A. vulparia et A.
napellus, corynéine chez A. Carmichaelii et N-méthyladrénaline
chez A. nasutum. Les aconits les plus toxiques sont A. balfourii
et A. deinorrhizum [9].
Usages
Les aconits sont lun des genres qui a été
le plus utilisé pour la fabrication de poisons de guerre et de
chasse depuis au moins trois millénaires aussi bien en Orient quen
Occident. La dénomination populaire de certaines espèces,
comme laconit tue-loup, Aconitum vulparia, rappelle lusage
qui en était fait pour tuer certains animaux comme les loups, les
renards, les ours et les rongeurs. Les auteurs latins antiques rapportent
lutilisation de la drogue dans des buts criminels [5]. Lutilisation
en médecine est ancienne en Inde et en Chine. Dans ce dernier pays,
ce remède traditionnel est encore très utilisé comme
anti-inflammatoire, analgésique et comme stimulant des fonctions
circulatoires. On distingue le chuanwu, racine séchée
de A. carmichaelii, le caowu, racine séchée
de A. kusnezoffi ; le zhichuanwu et le zhicaowu
racines préparées des deux espèces précédentes
respectivement [10]. La préparation des racines consiste à
les tremper dans leau puis à les cuire 4 à 6 heures.
Seules ces préparations doivent être utilisées. Le
mode de préparation permet dhydrolyser une certaine fraction
des alcaloïdes estérifiés toxiques. En Europe, on utilise
encore la teinture daconit comme anticongestif dans la formulation
de sirops antitussifs.
Toxicologie analytique
La détermination de laconitine chez
A. kongboense a été réalisé par CCM
avec détection fluorimétrique [11]. Une méthode par
CCM densitométrique a été décrite pour le
dosage de laconitine, de la mesaconitine et de lhypaconitine
dans des racines daconits [12]. Léchantillon pulvérisé
est traité par lammoniaque et macéré dans léther.
Les spots obtenus sont stables 24 heures. Une méthode CLHP est
disponible pour lanalyse du matériel végétal
[13]. Une technique par CPG-SM en mode dions sélectionnés
a été utilisée pour caractériser la jesaconitine
dans le sang dun homme accidentellement intoxiqué par un
aconit japonais, le Torikabuto [14]. Cependant, le comportement
chromatographique de ces produits étant mauvais, certains auteurs
ont suggéré la conversion des molécules en leurs
dérivés triméthylsilylés (TMS). Cela a pour
résultat lobtention de pics bien résolus. Les alcaloïdes
analysés répondent de façon linéaire de 100
pg à 7,5 ng injectés tandis que les résultats dans
le sérum semblent montrer un bon rendement dextraction [15].
La technique, malheureusement, manque de sensibilité. Laconitine,
la mesaconitine, lhypaconitine et la jesaconitine ont été
analysées par CLHP dans le sang et lurine au moyen dune
détection UV et SM [16]. Les alcaloïdes sont extraits de façon
très efficace par une colonne dextraction en phase solide
sur une résine polystyrénique. Les résultats sur
une cartouche classique C18 donnaient en effet des rendements inconstants
et une forte variation de répétabilité. Lélution
est obtenue par un mélange acétonitrile:HCl. En CLHP-UV
la séparation est obtenue en phase inverse par une élution
isocratique au moyen du mélange tétrahydrofurane:acide trifluoracétique
à 0,2 %. Les limites de détection dans le sang sont de 50
ng/mL tandis que de sévères interférences chromatographiques
empêchent toute détection dans les urines même pour
des concentrations élevées. En CLHP-SM, la séparation
est opérée sur une colonne C18, 150 x 4,6 mm avec une phase
mobile tétrahydrofurane:acide trifluoracétique à
0,3 %:glyrérine. Le mode dionisation utilisé était
le bombardement datomes rapides de xénon accélérés
sous 3 kV, générant lion moléculaire comme
ion de base à m/z = 676 pour la jesaconitine, 646 pour laconitine,
632 pour la mesaconitine et 616 pour lhypaconitine, ainsi que les
ions de dégradation correspondant au méthoxyphénylcarbonyl
(m/z = 135) ou au phénylcarbonyl (m/z = 105). Les limites de détection
sont de 2,5 ng injectés pour le mode en balayage et 100 pg injectés
pour le mode en ions sélectionnés [16]. Les mêmes
auteurs soulignent la forte instabilité de ces molécules
dans lammoniaque, pH = 10 (demi-vie de laconitine = 4 h),
mais aussi dans des solvants protiques tels que le méthanol ou
léthanol (demi-vie de laconitine = 16 jours). Au contraire,
laconitine est très stable dans des solvants aprotiques tels
que lacétonitrile ou le tétrahydrofurane. Enfin, l'aconitine
a été dosée par CLHP-SM-SM, avec l'ion moléculaire
m/z = 674 comme ion parent et les ions fils m/z = 368 et 586. La séparation
est obtenue sur colonne C18 150 mm x 3 mm avec une phase mobile tampon
formiate 2 mM, pH = 3:méthanol en mode gradient. La limite de détection
est de 0,001 ng/mL [7].
Intoxications humaines
Dans les pays occidentaux, les intoxications sont
exceptionnelles. Un empoisonnement mortel a été décrit
dans le sud de la France en 1975. Laconit avait été
confondue avec une Apiacée comestible souvent consommée
en Catalogne, Molopospermum peloponesiacum [17]. En Allemagne,
en 1991, une enfant de 20 mois est décédée accidentellement
[18]. En orient en revanche, les décès sont fréquents
et nombreux. Pour la période 1980-1984, la seule province du Sichuan
en Chine a recensé 72 cas mortels parmi lesquels 35 meurtres, 16
suicides et 21 accidents [19]. Lutilisation importante de racine
daconit en médecine populaire est une cause fréquente
dintoxication. Six cents cas ont été notés
en trente ans en Chine [20]. Cela est vrai aussi dans d'autres pays limitrophes
notamment à Hong Kong où de nombreux auteurs soulignent
labsence de contrôles de la teneur en principes toxiques dans
les racines importées. Lintoxication est souvent le fait
de prescription par des herboristes à des doses trop fortes, mais
elle peut aussi être le fait dune mauvaise préparation.
Le contrôle pharmaceutique des matières premières
devrait permettre (lorsquil sera réellement fait) dendiguer
lampleur de ces accidents [21]. Ce phénomène grave
pourrait en outre sétendre tout comme à Hong Kong
aux communautés asiatiques des grandes métropoles occidentales.
Trois cas mortels ont été notés à Hong Kong
en 1994 par But et al. [22] et deux par Dickens et al. [23]
la même année. Au Japon, un homme de 61 ans est décédé
après avoir confondu une plante comestible, Momijigasa,
avec un aconit. Les auteurs montreront la présence de jesaconitine
dans le sang par CPG-SM ainsi que de laconitine, de lhypaconitine
et de la mesaconitine dans les urines [14]. Dans ce même pays, un
empoisonnement criminel révélera les concentrations post
mortem suivantes en jesaconitine dans le contenu stomacal, le plasma
et les urines de 5,48 ; 0,43 et 1,07 µg/mL respectivement [24]. Chez
un individu intoxiqué après consommation de racine daconit,
les taux mesurés dans le sérum par CLHP-UV étaient
de 80 ng/mL pour laconitine, 250 ng/mL pour la jesaconitine et 50
ng/mL pour la mesaconitine [16]. Chez une personne ayant fait une tentative
de suicide après ingestion dun extrait daconit, les
concentrations sériques au premier jour mesurées deux heures
après la prise étaient de 1,72 ng/mL pour laconitine ;
0,22 ng /mL pour la benzoylaconine ; 0,31 ng/mL pour laconine ;
4,04 ng/mL pour la mesaconitine ; 0,68 ng/mL pour la benzoylmesaconine ;
0,19 ng/mL pour la mesaconine ; 0,60 ng/mL pour lhypaconitine ;
0,19 ng/mL pour la benzoylhypaconine et 0,20 ng/mL pour lhypaconine
[25].
ATRACTYLIS GLUMMIFERA
Description
Le chardon à glu est une Astéracée
vivace par un volumineux rhizome pivotant et charnu, long de 30 à
40 cm. Il possède des feuilles profondément découpées
en lobes piquants, groupées en rosette. Les fleurs roses sont groupées
en capitules entourés de bractées hérissées
daiguillons. Après la fructification un latex blanc jaunâtre
exsude à laisselle des bractées. Cette espèce
typiquement nord africaine est aussi présente dans les pays du
bassin méditerranéen. La médecine traditionnelle
arabe lutilisait par voie externe contre les abcès et furoncles
[5].
Molécules actives
Les principes toxiques sont des hétérosides
à génine diterpénique dérivée du kaurène
parmi lesquels figurent latractyloside, le carboxyatractyloside,
la parquine et la carboxyparquine [9]. Le carboxyatractyloside inhibe
le transport des nucléotides phosphorylés au travers de
la membrane mitochondriale, ce qui empêche la phosphorylation oxydative.
Laction est assez comparable aux toxines de lamanite phalloïde.
Le wedéloside est un aminoglucoside dune carboxyatractyligénine
hydroxylée en 13. Il a été isolé dune
Astéracée Wedelia asperrima responsable de la mort
de bétail au Canada, et Wedelia glauca en Argentine. On
notera létroite parenté structurale de ces molécules
avec les kaurènes dicarboxyliques dune Solanacée hépatotoxique
sud américaine, Cestrum parqui [9].
Toxicologie analytique
Une seule méthode dosage a été
proposée par CLHP-SM avec détection des ions négatifs
[7]. Lextraction des molécules est conduite par précipitation
des protéines suivie d'un lavage par le chloroforme. La séparation
chromatographique est réalisée en phase inverse sur une
colonne C18 de 150 mm de long, 2 mm de diamètre interne au moyen
d'une phase mobile constituée d'un tampon formiate 2 mM, pH = 3
et d'acétonitrile en mode gradient. Les ions négatifs m/z
725,4 ; 645,1 ; 343,2 et 322,4 sont utilisés pour le
dosage de la molécule.
Intoxications humaines
Allusion est faite dans la littérature ancienne
de lajout criminel de racine du chardon à glu dans des plats
de couscous. La plupart des intoxications sont cependant accidentelles
et touchent surtout les enfants qui confondent la racine avec dautres
plantes comestibles comme les artichauts sauvages Scolymus hispanocus.
Plusieurs cas de décès sont rapportés notamment en
Algérie suite à une intoxication collective de dix enfants
dont seulement deux survivront [26]. Le décès intervient
dans un tableau dhépatite fulminante avec une nécrose
hépatocellulaire majeure. Dautres cas sont décrits
sur des adultes ayant confondu la plante avec un charbon médicinal,
Centaurea ornata [27].
ATROPA BELLADONA
Description
La belladone est une plante herbacée de la
famille des Solanacées, vivace, à tige dressée, robuste,
pouvant atteindre 2 m de haut tandis que les feuilles sont larges, ovales,
alternes et mesurant 15 cm au maximum. Les fleurs solitaires et campanulées
sont de couleur pourpre violacée. Le fruit est une baie globuleuse,
verte puis jaune et enfin violet tirant sur le noir, mesurant à
maturité 1 à 1,5 cm ressemblant alors à une grosse
cerise et contenant de très nombreuses petites graines réniformes,
chagrinées. Ce fruit repose sur un calice vert en forme détoile
à cinq branches. Cest une plante fréquemment rencontrée
en Europe centrale dont elle est originaire.
Principes actifs
On retrouve principalement trois alcaloïdes,
esters de lacide troponique, du tropanol ou du scopanol : la l-hyoscyamine
qui prédomine dans le végétal frais, latropine
(racémique de lhyoscyamine) qui prédomine dans le
végétal sec et le fruit mûr, et la scopolamine également
lévogyre. La plante contient entre 0,3 et 1 % dalcaloïdes,
le groupe hyoscyamine et atropine en représentant 90 à 95
% et la scopolamine 5 à 10 %. Toute la plante est toxique mais
plus particulièrement les feuilles et les fruits. Il existe en
outre certains alcaloïdes mineurs dérivés du noyau
tropane que sont la tigloyltropéine, laposcopolamine, lapoatropine,
lhydroxy-hyoscyamine et le tigloyoxytropane ainsi quun alcaloïde
pyrrolidinique : lhygrine. Les feuilles de belladone renferment
aussi une petite quantité d'une coumarine : le scopolétol.
Il est remarquable de noter que certains herbivores ou rongeurs peuvent
consommer cette plante ainsi que les espèces Datura et Hyoscyamus
sans présenter de signes dintoxication, car ils possèdent
une estérase qui biotransforme les alcaloïdes avant que ceux-ci
nagissent [5].
Usages et pharmacologie
La belladone tire son nom latin de lusage quen
faisait certaines courtisanes de la Rome antique afin de provoquer une
mydriase par paralysie du sphincter irien avec le suc des baies, ce qui
était à lépoque une coquetterie très
appréciée (doù le nom bella donna qui
signifie, belle dame). Dans la mythologie grecque, Atropos qui signifie
" inéluctable " était de nom de lune
des trois Parques qui avait pour fonction de couper le fil de la vie.
Cétait naturellement une plante fort utilisée en médecine
populaire comme anticholinergique et par la sorcellerie du Moyen-Age.
Lactivité pharmacologique réside surtout dans laction
de latropine et de la hyoscyamine, qui sont toutes deux fortement
parasympatholytiques. Laccélération du rythme cardiaque
est la résultante dune paralysie de la Xe paire de nerfs
crâniens. On note encore une dilatation des bronches et une diminution
du débit salivaire. La scopolamine possède une action parasympatholytique
plus faible mais une action sédative plus franche. A dose plus
élevée, elle provoque un état de narcose et des hallucinations.
Latropine reste encore très utilisée
de nos jours en anesthésie-réanimation contre les spasmes
bronchiques ou comme anticholinergique de prémédication.
Cest toujours un agent mydriatique utilisé en ophtalmologie.
Enfin, cest lantidote de choix des intoxications au vératre
et aux gaz de combats organophosphorés. Chaque combattant des forces
armées occidentales dispose de trois seringues autoinjectables
di- ou tricompartimentées comprenant de latropine et du contrathion
pour les deux premières et ces deux molécules plus du diazépam
pour la dernière.
Toxicologie analytique
Les méthodologies analytiques utilisent la
CPG-SM après triméthylsilylation avec une limite de détection
de 1 ng/mL pour latropine [28] ou après hydrolyse et formation
dun dérivé heptafluorobutyrique pour les trois alcaloïdes
principaux [6]. Les techniques par CLHP en appariement dions sont
très efficaces pour la séparation des alcaloïdes. Une
technique en CLHP-SM a été décrite par Auriola et
al. [29] pour le dosage de la scopolamine et de la hyoscyamine dans
les cultures cellulaires de plantes et utilise une colonne polymérique
en phase inverse et une phase mobile acétonitrile:acétate
dammonium 0,1 M, pH = 10,4. Les ions choisis étaient m/z
= 304 pour la scopolamine et 290 pour la hyoscyamine. Xu et al.
[30] ont proposé une méthode de dosage de la l-hyoscyamine
dans le plasma humain par CLHP-SM-SM après extraction liquide-liquide.
La colonne analytique utilisée était une C18, 50 mm x 3
mm. La méthode était linéaire de 20 à 500
pg/mL et la limite de quantification était estimée à
20 pg/mL autorisant des études pharmacocinétiques. Les ions
fils de la scopolamine et de la hyoscyamine étaient respectivement
à m/z = 138 et m/z = 124.
Intoxications humaines
Les intoxications sévères par la belladone
produisent des symptômes assez comparables à des crises psychotiques
aiguës et le diagnostic est parfois délicat. Ce fut le cas
dun garçon de 9 ans qui avait ingéré environ
20 à 25 baies [31]. Chez un homme plus âgé, les signes
furent évocateurs dun delirium tremens avec des signes
extrapyramidaux suggérant une démence sénile subaiguë
[32]. Une intoxication volontaire dans un but addictif par un étudiant
entraîna un état comateux évocateur dune commotion
cérébrale post-traumatique [33]. Dautres descriptions
de la littérature sont le fait dempoisonnements involontaires
chez une femme ayant consommé un thé du commerce qui sest
avéré par la suite contenir quelques feuilles de belladone
[34] ou par exemple dintoxications collectives involontaires chez
des enfants ou adultes ayant pris la baie pour un fruit comestible [35].
Une dose de 50 mg de sulfate datropine a été rapportée
comme létale [29], mais les cas documentés de décès
par la plante elle-même sont rares et ne reflètent certainement
pas létat réel des intoxications volontaires ou non.
Citons cependant quelques décès par latropine [28].
Chez un consommateur datropine décédé dune
surdose, les concentrations post mortem relevées étaient
de 0,4 µg/mL dans le sang, 11 µg/mL dans les urines et 0,7 µg/g dans le
foie.
BACCHARIS CORDIFOLIA
Cette plante de la famille des Astéracées,
constitue lune des causes majeures de la perte de bétail
dans le sud du Brésil et en Argentine. Aucun cas dempoisonnement
humain nest à ce jour rapporté. La plante contient
cependant des mycotoxines très actives qui ont été
proposées comme agents cytostatiques en thérapeutique ou
comme arme de guerre chimique. Les métabolites de ces trichothecènes
: roridines A, D, E, verrucarrine A, miotoxine A, E, F et G sont identiques
aux métabolites produits par certains champignons Myrothecium
verrucaria et roridum [36]. La toxicité aiguë observée
chez les animaux consommant cette plante est clairement due à la
présence de ces toxines mais on ne sait pas si elles proviennent
dune accumulation de toxines produites par un champignon dans le
sol que la plante absorberait et concentrerait ou si cette présence
est le fait dune production par la plante elle-même, ayant
acquis par transmission horizontale les gènes codants des toxines
à partir dun Myrothecium.
BLIGHIA SAPIDA
Description
De son nom vernaculaire jamaïcain, l'ackee,
nigérian, isin, ou burkinais, fisan, il s'agit d'une
Sapindaceae, arbre qui peut atteindre une dizaine de mètre de haut
et qui donne des arilles d'environ 10-15 cm de long pour une centaine
de grammes. L'arbre originaire d'Afrique, a été introduit
aux Caraïbes à la fin du 18e siècle [5], puis en Amérique
centrale, en Floride et tout récemment en Amérique du Sud.
Les feuilles alternes sont composées de 3 à 5 paires de
folioles ovales. Le fruit rougeâtre s'ouvre spontanément
à maturité et laisse apparaître deux à quatre
graines noires et brillantes.
Principes actifs
La chair de l'arille immature et les graines contiennent
deux polypeptides toxiques nommés hypoglycine A et hypoglycine
B. La structure de l'hypoglycine A a été proposée
par Ellington et al. [37], il s'agit d'un dérivé
de l'alanine, la 2-méthylènecyclopropane-alanine. Les deux
molécules possèdent une forte activité hypoglycémiante
comme le suggère leur nom. Chase et al. [38] ont mesuré
les concentrations en hypoglycine A dans la chair de l'arille non-mûre
et les graines immatures, elles sont respectivement de 711 et 939 mg/100
g et indétectable par la méthode utilisée pour la
chair de l'arille mûre et 269 mg/100 g dans les graines mûres.
Usages
L'arille, lorsqu'elle est mûre est consommée,
une fois débarrassée de tout matériel fibreux et
ébouillantée à l'eau. C'est un met très apprécié
en Jamaïque et dans les Antilles, où elle est connue sous
le nom de cervelle végétale [5].
Toxicologie analytique
Il n'existe pas de méthode de dosage dans
les fluides biologique de l'hypoglycine A ou B. Une méthode a été
mise au point pour le dosage dans le matériel végétal
par Chase et al. [39] par CLHP par échange d'ion. La phase
mobile est constituée par 30 % d'un tampon citrate à pH
= 3,5 et 70 % d'un tampon acétate de sodium à pH = 7,4.
La détection UV fait intervenir une réaction à la
ninhydrine.
Dans les intoxications humaines aiguës, il a
été noté une forte proportion urinaire d'acides organiques
à chaînes courtes [40] et notamment d'acide acétique,
propionique, isobutyrique, n-butyrique, isovalérique, crotonique,
hexanoïque, et méthylènecyclopropyl acétique.
Ce dernier serait un métabolite spécifique de l'hypoglycine
A, dont le métabolisme aboutit à la formation d'ester coenzyme
A de l'acide méthylènecyclopropylacétique par l'intermédiaire
de l'acide alpha-cétométhylènecyclopropionique [41].
Les métabolites sont responsables de l'action toxique, inhibition
du transport des acides gras et des acylCoA deshydrogénases, accumulation
des acides carboxyliques sériques et blocage de la néoglucogenèse.
Intoxications humaines
Les premières descriptions de la maladie alors
appelée " des vomisseurs de la Jamaïque " ont été
décrites en 1875 [42]. Les victimes sont surtout des jeunes enfants.
le Ministère jamaïcain avait enregistré 271 cas entre
1980 et 1991 [43]. Un cas a été observé aux Etats-Unis
[44], 28 autres cas en Jamaïque depuis 1992 [43] et récemment
29 décès au Burkina Faso entre janvier et mai 1998 [45].
Le taux de mortalité de l'intoxication est très élevé,
le décès est généralement observé entre
2 et 48 heures après l'ingestion. L'âge des enfants intoxiqués
se situe typiquement entre 2 et 6 ans. Enfin, selon des données
personnelles, il existe une nouvelle épidémie en Guyane
française, à la frontière ouest du département
où l'arbre a été observé au Surinam.
CERBERA ODALLAM ET ESPÈCE
LIÉE (MANGHAS, VENENIFERA)
Description
Petit arbre de 4 à 10 m de haut à feuilles
persistantes, alternes, ovoïdes, coriaces, vert foncé et brillantes.
Les fleurs sont d'un blanc pur avec un petit cur jaune, de 3 à
5 cm de diamètre et parfumées. Les fruits sont des drupes,
de 5 à 8 cm verts puis jaunes orangés à maturité,
restant longtemps sur la plante. Ils contiennent une à deux graines
brillantes marron clair. Le nom de genre fait référence
au chien Cerbère, gardien des enfers et évoque bien la toxicité
de la plante. La plante contient un latex blanc. On trouve l'espèce
odallam sur la côte ouest de l'Inde, au Vietnam et an Cambodge,
l'espèce manghas à Madagascar et en Afrique de l'Est
et venenifera à Madagascar et sur la péninsule malaise.
Cet arbre pousse volontiers dans les mangroves marécageuses,
les régions d'estuaires marins inondés par les moussons,
les back waters du Kerala. Un sol pauvre lui convient assez bien
pourvu qu'il fasse assez chaud.
Molécules actives
Différentes molécules toxiques ont
été isolées selon la partie botanique de la plante.
Le fruit et les graines renferment un mélange d'hétérosides
cardiotoxiques très puissants, le cerbéroside (principalement
dans le fruit vert), la cerbérine (dans le fruit mûr) qui
est la mono-acétyl nérifoline [46] et l'odolline. Le latex
contient principalement de la thévethine [47]. Les racines possèdent
des propriétés antiprolifératives et antioestrogéniques
grâce à trois autres cardénolides : la 17-bêta-nériifoline,
le 14-hydroxy-3-bêta-(3-O-méthyl-6-déoxy-alpha-L-rhamnosyl)-11-alpha,12-alpha-époxy'(5-bêta,14-bêta,17-bêtaH)-card-20,22-énolide
et le 14-hydroxy-3-bêta-(3-O-méthyl-6-déoxy-alpha-L-glucopyranosyl)-11-alpha,12-alpha-époxy-(5-bêta,14-bêta,17-bétaH)-card-20,22-énolide
[48].
Usages
La plante et principalement les graines sont utilisées
dans les ordalies à Madagascar et en Asie du Sud-Est. En Afrique
de l'Est, on utilise les propriétés toxiques pour la confection
de poisons de chasse. En Inde et principalement au Kerala, les graines
sont traditionnellement employées pour commettre un suicide [47].
Les feuilles et l'écorce sont traditionnellement utilisées
pour leurs propriétés cathartiques, tandis que le latex
est employé comme insecticide.
Toxicologie analytique
Un seul article de 1978 fait état de la détection
par CCM de l'intoxication humaine par Cerbera odallam [47].
Intoxications humaines
Elles semblent nombreuses bien que très rarement
documentées sur le plan médico-légal puisque survenant
principalement dans des pays non industrialisés. Au Kerala, des
auteurs indiens ont rapporté que l'intoxication par Cerbera
odallam concernait une intoxication sur deux due à un toxique
végétal et environ 10 % des intoxications totales. La mortalité
est très élevée, de 20 à 28 % [46, 47].
CICUTA VIROSA ET ESPÈCES
LIÉES (DOUGLASII, MACULATA, OCCIDENTALIS) ET OENANTHE
CROCATA ET ESPÈCES LIÉES (AQUATICA, JAVANICA)
Description
La ciguë vireuse est une plante vivace possédant
une racine volumineuse, évidée et cloisonnée, une
tige cylindrique robuste, creuse, striée, garnie de feuilles à
pétioles tubuleux et à limbe pennatiséqué
(feuilles proches de linflorescence). Les grandes ombelles composées
sont dépourvues dinvolucre. Le fruit, petit est subglobuleux,
caractérisé par cinq côtes primaires arrondies. Cest
une plante qui croît dans les zones humides de lEurope au
nord du 45e parallèle. La flore américaine pour sa part
renferme les espèces maculata dans lEst, douglasii
dans le Nord-Est et occidentalis dans les Rocheuses [5].
Loenanthe (du grec anthos, fleur et
enos vin) safranée nest rencontrée elle aussi,
que dans les zones humides : bord de ruisseau et rivières, prairies
humides des zones subatlantiques de lEurope, en France et au Royaume-Uni.
Dautres espèces sont localisées en Amérique
et en Asie. Cest une grande plante vivace par des racines à
tubercules sessiles en fuseau allongé (navet du diable). Cette
racine laisse exsuder lorsquelle est coupée un suc jaune
rappelant la couleur du safran, qui brunit ensuite à lair.
Les feuilles sont bi-tripennatiséquées ou bipennatiséquées
à larges segments. Les fleurs sont groupées en ombelle composée
de 10 à 30 rayons. Le fruit est cylindrique.
Principes actifs
Pour les deux genres, les principes toxiques sont
représentés par des polyines, alcools hautement insaturés
à longue chaîne. La ciguë vireuse contient de la cicutoxine
(heptadéca-4,6-diène-8,10,12-triène-1,14-diol), mais
aussi du cicutol, du falcarindiol et leurs isomères.
Loenanthe safranée quant à elle
contient de loenanthotoxine (heptadéca-4,6-diène-2,8,10-triène-1,14-diol),
de loenanthétone et de loenanthétol et leurs
isomères [9, 49]. La concentration des toxiques est maximale en
hiver et au début du printemps.
Toxicologie analytique
Une technique disolement des toxiques de loenanthe
a été décrite [50]. Les spectres UV de ces molécules
montrent plusieurs longueurs donde maximales dabsorption à
253, 268, 297, 315 et 338 nm. La séparation des composés
est obtenue par chromatographie sur couche mince ou par CLHP sur colonne
C18 avec une phase mobile constituée par le mélange méthanol:eau.
Lanalyse en spectrométrie de masse des spots de la séparation
réalisée en couche mince donne le spectre de masse de loenanthotoxine
avec les ions principaux suivants par ordre décroissant dabondance,
m/z = 115, 43, 128, 141, 41, 153, 55, 258 (ion moléculaire), 91
et 71. Aucune procédure analytique pour le dosage dans les milieux
biologiques humains na été décrite tant pour
la ciguë vireuse que pour loenanthe.
Intoxications humaines
Les décès liés à lingestion
de ciguë vireuse ne sont pas exceptionnels. Il y a eu cinq morts
recensés aux Etats-Unis entre 1979 et 1988 [50]. Dans la grande
majorité des cas, lingestion de la racine résulte
dune confusion avec une plante alimentaire comme le céleri
sauvage (Apium graveolens), la carotte sauvage (Daucus carota),
le panais (Pastinaca sativa), dartichaut sauvage ou langélique.
La tendance "nature-bio" de notre société actuelle
pousse de nombreux campeurs, promeneurs, pêcheurs à consommer
des espèces sauvages quils croient comestibles. Landers et
al. [51] ont rapporté un cas dingestion fatale dune
personne ayant mangé deux grands rhizomes de Cicuta douglasii.
La personne décéda en moins de 3 heures après plusieurs
crises myocloniques. Une autre personne du même groupe qui navait
ingéré quun rhizome survécut malgré
cinq crises myocloniques aiguës.
Les intoxications par loenanthe safranée
sont plus rares bien que toutes aussi mortelles. Treize cas ont été
recensés dans les îles britanniques depuis le début
du siècle et neuf décès ont été constatés
[52]. Comme dans le cas de la ciguë vireuse, cest la confusion
avec des Apiacées alimentaires sauvages qui est à lorigine
de laccident. Un cas a aussi été rapporté dune
décoction de racines à des fins criminelles [5]. Deux autres
cas ont été notés en France et en Italie [53, 54].
Plus récemment, King et al. [50] ont décrit deux
cas de décès. Lun est survenu parmi un groupe de trois
jeunes gens végétariens se nourrissant de plantes ramassées.
Un autre cas concerne celui dune jeune étudiante qui après
avoir dérobé de loenanthe dans un herbier, labsorba
en vue de connaître un épisode hallucinatoire. Dans les deux
cas, une analyse comparative en chromatographie sur couche mince fut établie
entre la plante et les débris de matériel retrouvés
dans les contenus gastriques. Aucun taux post mortem nest
disponible dans la littérature.
COLCHICUM AUTOMNALE
Description
Le colchique tire son nom de la Colchide, province
située a lextrémité orientale de la mer noire
et colonisée par les Grecs de Milet. Cest une plante herbacée
pérenne, acaule, dotée dun bulbe souterrain écailleux
donnant naissance en automne à de longues fleurs aux calices violacés.
Les graines se forment dans lovaire souterrain et se conservent
jusquau printemps, date à laquelle le bulbe produit une rosette
de feuilles lancéolées au cur de laquelle se trouve
le fruit. On trouve la plante partout en Europe. Le lis de Malabar, Gloriosa
superba (connu au Sri Lanka pour son usage suicidaire) et le Gloriosa
rothschildiana possèdent le même type de toxicité
[5]. Le colchique peut être confondu avec le crocus ce qui donne
lieu à de dramatiques accidents dans certaines régions de
Turquie où a lieu une fête traditionnelle dite "
jour du crocus " à loccasion de laquelle les enfants
consomment abondamment des bulbes de crocus [1].
Principes actifs
Une trentaine de molécules ont été
isolées mais seulement trois dentre elles ont été
étudiées, il sagit du colchicoside, de la déméthyl-3-colchicine
et surtout de la colchicine. Les fleurs contiennent de 0,08 à 0,6
% de colchicine et jusquà 1,8 % quand elles sont sèches,
le bulbe de 0,03 à 0,06 % et les graines de 0,2 à 1,06 %.
Les autres alcaloïdes mineurs sont landrocymbine, lautumnaline,
la colchicilline, la colchifoline, la cornigerine et leurs dérivés
déméthylés [9].
Usages
La colchicine est utilisée avec succès
dans le traitement de la goutte et comme agent prophylactique de cette
affection. Cest aussi et surtout un poison mitotique qui bloque
la division cellulaire. Elle est employée dans ce but pour lamélioration
des espèces végétales en génie génétique
et fut utilisée (ou ses dérivés) dans le traitement
de certains cancers et de maladies de la peau [55].
Toxicologie analytique
De nombreuses méthodes ont été
développées pour la determination de la colchicine dans
les milieux biologiques par colorimétrie, dilution isotopique,
radio-immunodosage, fluorimétrie, spectrométrie dabsorption
atomique indirecte ainsi que des méthodes chromatographiques en
phase gazeuse ou liquide. Les plus récentes procédures font
intervenir la CLHP soit en UV simple longueur donde soit au moyen
dune barrette de photodiodes. La séparation est réalisée
sur des colonnes C18 tandis que les phases mobiles utilisées sont
constituées dun mélange acétonitrile:méthanol:0,1
M KH2PO4:5 µM acide pentane sulfonique, pH = 6,0 [56] ou acétonitrile:méthanol:0,1
M KH2PO4, pH = 7,6 [57]. Lextraction liquide-liquide utilise le
dichlorométhane à pH = 8,0. Les limites de détection
sont de 1 ng/mL pour une prise dessai de 3 mL dans le cas de la
détection UV à 350 nm [44] et de 5 ng/mL pour une prise
dessai de 1 mL dans le cas de la détection à BPD [56].
La colchicine possède cependant un temps de demi-vie brève
de lordre de 20 minutes. Dun autre côté, elle
est rapidement incorporée dans les cellules et fixée sur
les protéines microtubulaires intracellulaires. Considérant
que la mort peut survenir à nimporte quel moment après
lingestion et plus volontiers après une période dagonie
assez longue (plus de 40 heures), cela explique en partie pourquoi de
nombreux auteurs ne rapportent pas de détection post mortem
de la molécule. Cest pourquoi dans cet esprit, Tracqui et
al. [58] ont mis au point une méthode sensible par CLHP-SM
assurant une meilleure détection de la colchicine dans les cas
médico-légaux où son identification savère
nécessaire. La séparation se produit sur une colonne C18
de 250 mm de long par 1 mm de diamètre interne avec une phase mobile
acétonitrile:tampon formiate dammonium 2 mM, pH = 3,0. La
colchicine est détectée à la masse m/z = 400 (tandis
que lauteur note de faibles abondances aux masses m/z = 422 et 438
correspondant aux adduits sodium et potassium). La limite de détection
est de 0,6 ng/mL. Gaillard et Pépin [7] ont proposé une
méthode par CLHP-SM-SM sur colonne C18 de 150 mm de long par 3
mm de diamètre interne en tampon formiate d'ammonium 2 mM et méthanol
en mode gradient à pH = 3. L'ion parent moléculaire est
m/z = 400 tandis que les deux ions fils sont m/z = 282 et m/z = 310. La
limite de détection de la méthode dans ces conditions est
de 0,05 ng/mL.
Intoxications humaines
La plupart des empoisonnements sérieux sont
le fait de suicides par des médicaments à base de colchicine.
Bien que de nombreux articles relatent des cas de surdose, peu documentent
leurs cas par des taux sanguins. En outre, certains auteurs notent labsence
de tout toxique dans des prélèvements post mortem
[59]. Lingestion dune dose de 7 mg de colchicine est répertoriée
comme létale tandis que certains individus ont survécu pour
des doses de 50 mg. Dans un cas mortel dune ingestion de 7,5 mg,
la concentration ante mortem mesurée était de 21
ng/mL, 6 h après la prise [59]. Dans un cas dune ingestion
de 20 mg, la concentration ante mortem était de 250 ng/mL,
6 heures après labsorption [56]. Dans deux cas dinjection
intraveineuse de colchicine, les concentrations rapportées étaient
de 170 et 240 ng/mL avant le décès [60]. Dans tous ces rapports,
on note labsence de détection dans les prélèvements
post mortem. Kintz et al. [57] ont publié un cas
de suicide chez lequel ils ont donné les taux post mortem
suivants : 62 ng/mL dans le sang fémoral, 2 921 ng/mL dans la bile,
1 024 ng/mL dans lurine, 20 ng/mL dans lhumeur vitrée,
12 ng/g dans le foie et 29 ng/g dans le cur. Dans un autre cas de
suicide, les auteurs ont donné un taux de 60 ng/mL dans le sérum
ante mortem 3,3 heures après lhospitalisation (mais
2 à 3 jours après lingestion), 30 ng/mL dans le sang
post mortem et 4 200 ng/mL dans la bile (tandis que les analyses
dans le foie et lhumeur vitrée savéraient négatives)
[61]. Les intoxications par du matériel végétal ne
sont pas rares non plus, cest notamment le cas en Suisse et en Turquie
[1, 3]. La littérature rapporte aussi le cas de deux adultes décédés
suite a lingestion dun plat de feuilles quun guérisseur
leur avait conseillé alors quil supposait la plante être
de lail sauvage, Allium ursinum [5]. Dans une région
des Apennins italiens un couple ramassa et mangea des feuilles de colchique
quils avaient confondus avec une espèce comestible Tragopogon
pratensis [62]. Lhomme décéda lors de lépisode.
La concentration en colchicine mesurée dans le sang et les urines
ante mortem environ 20 heures après lingestion était
de 16 et 1 600 ng/mL respectivement, tandis quelle était
respectivement de 12 et 90 ng/mL au troisième jour dhospitalisation,
deux jours avant le décès. Dans un cas d'homicide par empoisonnement,
un taux post mortem en colchicine a été mesuré
à 0,79 ng/mL par CLHP-SM-SM [7]. Un autre décès est
rapporté en Autriche suite à l'ingestion accidentel de feuilles
de colchique confondues une nouvelle fois avec de l'ail sauvage. Une concentration
post mortem en colchicine de 7,5 µg/mL est notée dans la
bile tandis qu'aucun toxique n'est dosable dans le sang par la méthode
utilisée [63].
CONIUM MACULATUM
Description
La grande ciguë de la famille des Apiacées
est une plante bisannuelle de 1 mètre et plus, glabre, à
odeur vireuse (que lon décrit comme ayant une odeur de souris).
La tige creuse est cannelée, marquée à la base de
tâches rouges. Les feuilles radicales adultes sont grandes, 3 à
5 fois pennatiséquées tandis que les feuilles supérieures
sont plus petites terminaséquées. Les fleurs blanches sont
disposées en ombelles composées de 10 à 20 rayons
inégaux. Le fruit est un akène ovoïde à côtes
primaires ondulées, dépourvu de bandelettes. Toute la plante
est dangereuse mais son degré de maturation ainsi que les conditions
climatiques joueraient un grand rôle sur les variations de teneur
des alcaloïdes. La ciguë pousse dans des broussailles, les fourrés
et les lieux déserts [5].
Principes actifs
Les alcaloïdes pipéridiniques de la grande
ciguë dérivent dun tétra-acétate. En effet,
la transamination de lalanine et du 5-céto-octanal conduit
à la gamma-conicéine et aux autres alcaloïdes qui sont
: la coniine (2-propylpipéridine), la N-méthyl coniine,
la conhydrine, la pseudoconhydrine, la conhydrinone, la N-méthyl
pseudoconhydrine et la 2-méthyl pipéridine [9]. La coniine
et la gamma-conicéine sont les alcaloïdes majoritaires, cependant
que lon trouve surtout la gamma-conicéine dans la plante
en phase de croissance et la coniine dans la plante arrivée à
maturité et dans les graines. Les deux alcaloïdes sont toxiques
et tératogènes. La coniine est volatile et entraînable
à la vapeur deau. La teneur baisse ainsi au cours du temps
lorsquon laisse sécher la plante au soleil. La coniine a
aussi été caractérisée dans les produits volatils
émis par une plante carnivore Sarracenia flava, quelques
ng suffisent à paralyser une fourmi [5]. Un mouvement organisé
nommé The Hemlock Society cherche à promouvoir le
droit à leuthanasie et au suicide assisté (hemlock
signifie ciguë en anglais) [64].
Usages
Les décoctions à base de grande ciguë
ont été introduites au début du cinquième
siècle avant JC et étaient utilisées pour les exécutions
capitales par les Trente Tyrans, le gouvernement dAthènes
alors en place après la guerre du Péloponnèse. Socrate
était accusé davoir introduit des dieux étranges
dans la cité. On lui reprochait aussi son soutien envers les amiraux
illégalement punis après certains désastres de la
guerre. Le procès de Socrate est bien documenté par les
textes de Platon et de Xénophon. Si le poison utilisé fut
sans doute un extrait végétal de ciguë mélangé
dans une coupe de vin, il ne semble pas acceptable de penser que sa mort
fut digne et tranquille comme cela est décrit dans le Phedo.
Platon a dû être très sélectif dans sa description
omettant nombre de détails qui naturellement ne sont pas à
la gloire dun homme aussi vénérable que ce grand philosophe.
Les derniers mots de Socrate adressés à son esclave et ami
Crito furent : " Crito, nous devons un coq à Asclépias
; acquitte toi de la dette pour moi ". La tradition grecque voulait
en effet, que le patient offre un coq en sacrifice à son médecin
lorsquil sestimait guéri. Dun point de vue allégorique,
Socrate sestimait sauvé par la mort de " la maladie
que représentait la vie elle-même ". Un excellent article
de Scutchfield et Genovese traite des aspects sociaux et médicaux
de la fin de Socrate [65].
Toxicologie analytique
Une méthode en CPG-SM a été
utilisée pour la caractérisation dans le sang (3 cas) et
dans le contenu gastrique (2 cas) de la gamma-conicéine [66]. Le
spectre de masse de la molécule donne les ions principaux suivants,
m/z = 97, 41, 110, 70 et 125. Une méthode par CPG-SM a été
décrite pour le dosage de la coniine dans les plantes, le rumen,
le foie et les urines après une triple extraction liquide-liquide
[6]. Les ions principaux sont m/z = 84, 56, 85, 70, 126 et 127.
Intoxications humaines
Les intoxications chez lhomme sont exceptionnellement
rares, un cas mortel au Royaume-Uni, un aux Etats-Unis et trois récemment
en Australie [5, 67]. Aucun taux post mortem nest publié.
Drummer et al. [66] ont identifié la gamma-conicéine
dans le sang et dans le contenu gastrique des trois décédés.
CONVALLARIA MAJALIS
Le muguet est une plante herbacée rustique
et vivace issue dun rhizome horizontal, rampant et ramifié.
Les feuilles elliptiques sont disposées par paire. En avril-mai
la hampe florale porte des feuilles blanches, odorantes, comportant six
divisions soudées en grelot. Les baies sont rouges. Lespèce
est distribuée en Europe, en Asie et en Amérique, toujours
dans les sous-bois de forêts ou bois ombragés. Toute la plante
est toxique et contient des glucosides vénéneux comme le
convalloside, la convallatoxine et une saponine, la convallarine. Les
hétérosides à action ouabaïne-like, sont
le desglucocheirotoxol, le cannogénol-3-O-alpha-L-rhamnoside, le
cannogénol-3-O-bêta-D-allométhyloside, le convallatoxol,
le locundioside et le périguloside [9]. La plante renferme aussi
des flavonoïdes : isorhamnétine et quercétine. Aucun
cas de décès nest rapporté dans la littérature
bien que des empoisonnements létaux existent chez les animaux [5].
CORIARIA MYRTIFOLIA
Le redoul ou herbe aux teinturiers, est un arbrisseau
atteignant 2 à 3 mètres de la famille des Coriariacées,
à rameaux quadrangulaires. Les feuilles sont opposées deux
à deux, ovales avec trois nervures longitudinales. Les fleurs sont
petites, en grappes à lextrémité des rameaux.
Les fruits sont verts puis rouges ronce et enfin noirs, formés
de cinq akènes saillants en étoile. Le toxique principal
est constitué par la coriamyrtine, de formule proche de la picrotoxine.
Toute la plante est dangereuse. Lintoxication parfois grave allant
jusquau coma est surtout le fait de jeunes enfants ayant consommé
les baies qui se confondent avec les mûres du roncier [68].
DATURA STRAMONIUM ET ESPÈCES
LIÉES (ARBOREA, FEROX, INERMIS, INNOXIA, METEL, SANGUINEA, SAUVEOLENS)
Description
Le datura, stramoine ou pomme épineuse est
une plante herbacée de la famille des Solanacées à
tige dressée, cylindrique, creuse pouvant atteindre 1 mètre
de haut. Les feuilles sont alternes, grandes, découpées
et molles. Les fleurs sont solitaires ou par deux, en entonnoir, grandes
et blanches et le fruit est une capsule épineuse de 4 à
6 cm de long sur 3 à 4 de large, à quatre loges emplies
de très nombreuses graines réniformes noires et chagrinées.
Tandis que les espèces stramonium et metel croissent
sous les climats tempérés dAsie, dEurope ou
dAmérique du Nord, on trouve inermis et innoxia
au Proche Orient, sauveolens dans les plaines des Etats-Unis
et arborea, ferox, sanguinea au sud du continent [5].
Principes actifs
Ce sont les mêmes alcaloïdes que ceux
présents chez Atropa belladona à une concentration
de 0,2 à 0,6 % dans la plante et répartis pour un tiers
en scopolamine et deux tiers en atropine et l-hyoscyamine. Les feuilles
ont une teneur de 0,3 à 0,5 %, la tige de 0,5 à 0,6 %, les
graines environ 0,3 %, les fleurs : 0,3 % pour le calice et 0,02 % dans
la corolle. Vitale et al. [69] ont en outre identifié chez
lespèce ferox deux autres alcaloïdes qui sont
le 7 bêta-hydroxy-6 bêta-propényloxy-3 alpha-tropoloxytropane
et le 3-phénylacétoxy-6 bêta 7 bêta-époxytropane
(3-phénylacétoxyscopine).
Usages
Homère cite dans Lodyssée
la toxicité des plantes contenant de latropine que Shakespeare
reprend et utilise dans Roméo et Juliette et Antoine
et Cléopâtre [70]. Le datura fut autrefois utilisé
en cigarette comme antiasthmatique ou en médecine populaire contre
les névralgies et la maladie de Parkinson. En tant que plante médicinale
il était très utilisé par les colons, aux Etats-Unis
du temps de la conquête de lOuest.
Intoxications humaines
La toxicité des daturas est connue depuis
longtemps puisquon les rend responsables en partie des pertes subies
par larmée de Marc-Antoine en 36 avant JC. En Afrique du
Nord, lespèce metel était ajoutée après
pulvérisation aux aliments dans un but criminel [5]. Dans lancien
empire ottoman, des voyageurs rapportent que les femmes du harem se servaient
des espèces inermis ou innoxia pour échapper
quelques heures à la surveillance des eunuques du Sultan. En Europe
au Moyen Age, les feuilles broyées mélangées à
du tabac à priser, lendormeuse, étaient utilisées
par les malandrins afin de dévaliser leurs victimes. Des graines
jetées sur les foyers des étuves des bains publics servaient
aux mêmes desseins. En Amérique du sud, les daturas étaient
des plantes sacrées permettant la divination et les pratiques médicoreligieuses.
Lutilisation détournée dans un but psychodysleptique
des espèces stramonium et surtout sauveolens aux
Etats-Unis devient de plus en plus fréquente chez les adolescents
[71]. Il sagit bien sûr dun produit hallucinogène
que lon peut très facilement se procurer. Les fleurs (trompette
dange ou tulipe dange) sont le plus souvent mâchées
ou mises à infuser dans des boissons chaudes, on utilise aussi
les fruits (pomme du diable) ou des mélanges avec le cannabis (green
dragon). Des intoxications sévères à types de
coma, convulsions ont été rapportées, bien que les
décès soient rares et encore plus rarement documentés
[72]. En Amérique du Sud de nos jours, des décoctions à
base de graines sont utilisées comme incapacitant chimique pour
dépouiller les victimes de leur argent [73]. Urich et al.
[70] rapportent un cas dintoxication collective par un thé
confectionné par un botaniste amateur qui fut dailleurs le
seul à décéder lors de lépisode. Lexamen
du thé révélera la présence de feuilles de
Datura stramonium tandis que lanalyse toxicologique par CPG-SM
confirmera que les urines contiennent de la hyoscyamine et de la scopolamine.
La CCM couplée à un détecteur scanner UV a été
utilisée pour caractériser la scopolamine dans le sang et
les urines [74]. En Inde, Frohne et Pfänder rapportent qu'entre 1950
et 1965, 2 728 morts ont été imputés aux daturas
[75]. En Amérique du Sud les espèces arborea et sanguinea
sont traditionnellement utilisées comme hallucinogènes
[76]. Chez deux fillettes décédées dans les Caraïbes
françaises par le feu, une espèce de Datura leur
avait été administrées afin de les endormir pour
les rendre incapable de s'enfuir face à l'incendie [7]. Les concentrations
dans le sang en scopolamine et en atropine étaient respectivement
de 4,4 et 32,5 ng/mL pour la première enfant et 0,8 et 7,5 ng/mL
pour la seconde.
GENRE DIEFFENBACHIA
Il sagit dune Aracée à
tige cannelée, pouvant atteindre plusieurs mètres de haut.
Les feuilles ovales sont vert foncé, marquées de tâches
blanches, blanc crème, jaune pâle, de taille variable selon
les variétés (5 à 20 cm de large sur 15 à
40 de long). Les fleurs groupées en épi (spadice) sont entourées
dune feuille en cornet : le spathe, qui fleurit rarement en appartement.
Les études botaniques ont montré lexistence de cristaux
doxalate de calcium sous forme de très fines aiguilles :
les raphides. La dangerosité nest pas seulement liée
aux raphides mais à des cellules équipées pour projeter
ces aiguilles lors de la mastication sur une pénétration
de deux à trois couches cellulaires, moyen de lutte contre les
herbivores prédateurs [77]. La cuisson neutralise ce phénomène
[5]. Les raphides mesurent entre 25 et 120 µm de long, sont cannelées
et munies de barbelures et sont stockées dans des cellules spécialisées,
des iodioblastes fusiformes. On suspecte aussi la présence dune
enzyme protéolytique facilitant la pénétration et
augmentant linflammation. Une étude rétrospective
du centre antipoison régional de la ville de Pittsburgh identifia
188 cas dexposition par des Aracées pour lesquelles lintégrité
de la feuille fut brisée. La fréquence dintoxication
par les philodendrons était de 67,5 % tandis que celle des dieffenbachia
était de 32,5 %. Les trois quarts des cas concernaient des enfants
âgés de 4 à 12 mois [78]. En 1976, 485 cas dempoisonnement
par les dieffenbachias furent rapportés aux Etats-Unis, en 1990
le nombre de cas fut porté à 4 124.
DIGITALIS PURPUREA ET ESPÈCES
LIÉES (GRANDIFLORA, LANATA)
Description
La digitale pourpre est une plante bisannuelle ou
pluriannuelle donnant la première année une rosette dense.
La hampe florale, creuse et robuste napparaît que lannée
suivante. Les feuilles basilaires et les feuilles moyennes sont longuement
pétiolées tandis que les feuilles supérieures sont
subsessiles. Linflorescence est une longue grappe unilatérale
de fleurs tubulaires légèrement bilabiées en doigt
de gant, pourpres ponctuées de taches rouge-vif cernées
de blanc. Le calice entoure le fruit après la floraison. Ce fruit
est une capsule ovoïde pubescente qui libère par déhiscence
septicide de petites graines verruqueuses jaunes pâles en grand
nombre. Cest une espèce des prairies forestières et
des clairières montagneuses des terrains siliceux dEurope.
Lindustrie pharmaceutique utilise plutôt la digitale laineuse
originaire des pays balkaniques en raison de sa résistance au gel
et à sa plus forte teneur en principes actifs. Les fleurs sont
brunes et blanches. La digitale à grandes fleurs est une plante
pérenne à racine pivot. Les fleurs sont ocre-jaune, tachées
de brun à lintérieur. Lespèce croît
en Europe sur les sols caillouteux de basse montagne. Il existe encore
une quinzaine dautres espèces toutes européennes et
herbacées [5].
Molécules actives
La toxicité de la digitale pourpre est due
à des hétérosides cardiotoniques, la plante sauvage
en contenant 0,1 à 0,3 %. Ils sont divisés en cinq groupes
en fonction des digitales, la pourpre nen contenant que trois. Lhétéroside
majoritaire, la digitoxine de la série A, comporte une génine
dihydroxylée en 3 et 14 et un oligoside lié sur lhydroxyle
en 3. La série B contient la gitoxine et la série E, la
gitaloxine. Les hétérosides primaires purpureaglucoside
A, B et E sont fragiles et peuvent facilement perdre leur glucose terminal
au cours du séchage de la plante et conduire à la formation
des molécules précédemment citées [9]. La
teneur en hétérosides dans la digitale laineuse peut dépasser
1 %. Les hétérosides primaires sont ici des lanatosides
dont la molécule de digitoxose la plus proche du glucose est acétylée
en 3. La perte du glucose final du lanatoside A conduit à lacétyldigitoxine.
Hydrolysée en milieu alcalin, elle peut donner à son tour
de la digitoxine. Lhétéroside primaire de la série
C est le lanatoside C conduisant à la formation dacétyldigoxine
puis à la production de digoxine. Les hétérosides
de la série D peu importants sur le plan quantitatif sont représentés
par le lanatoside D conduisant à la formation dacétyldiginatine
puis à la production de diginatine.
Usages
Cest lAnglais William Withering qui en
1785 préconisa lusage de la digitale pourpre pour ses propriétés
cardiotoniques [79]. Les molécules isolées depuis par Nativelle
représentent des produits très importants dans le traitement
de linsuffisance cardiaque et de divers troubles du rythme supraventriculaire.
Les surdosages thérapeutiques sont fréquents pour ces molécules
à marge thérapeutique étroite ce qui nécessite
la mise en place dune surveillance par le dosage plasmatique des
hétérosides. Certains ont vu dans les dernières peintures
de Van Gogh et les couleurs très jaunes entachées de halos
les caractérisant, le signe dune expérience dintoxication
digitalique [80]. Il est établi que la digitale fut préconisée
au siècle dernier dans le traitement de lépilepsie
mais on ne retrouve nulle part trace dune quelconque prescription
de digitale chez Van Gogh. Les périodes de troubles psychiques
du peintre sont plus vraisemblablement en rapport avec dautres substances
végétales telles que labsinthe (thuyone) ou lessence
de térébenthine (pinènes et terpènes induisant
une porphyrie) quil absorbait parfois en quantité [81].
Toxicologie analytique
Une extraction en phase solide sur cartouche C18
modifiée (polymère de styrène-divinylbenzène)
a été décrite pour la détection par CLHP de
plus de 50 cardénolides dans environ 2 mg de poudre de feuille
séchée de digitale laineuse [82]. Une méthode CCM
haute performance a été développée pour le
dosage de la digoxine et de ses dérivés dans des formulations
pharmaceutiques [83]. Ces méthodes cependant souffrent dun
manque de sensibilité pour être applicables à lanalyse
de milieux biologiques. Dans ce but, des méthodes immunologiques
par radio-isotopes et par polarisation de fluorescence ont été
mises au point. Elles sont rapides, fiables et adaptables en routine sur
des automates. Il existe désormais une littérature abondante
à propos des taux sériques et plasmatiques de digoxine et
de digitoxine lors des suivis thérapeutiques. Malheureusement lapplication
directe de ces méthodes aux examens post mortem nest
pas concevable en raison des nombreuses interférences non-spécifiques
de ces dosages avec des composés endogènes digoxin-like
qui sont présents à létat normal dans le sang
de personnes atteintes de certaines maladies. Les réactions croisées
avec les métabolites de la digoxine sont un autre facteur limitant
[84]. Pour tenter de palier ces inconvénients certains auteurs
ont préconisé lusage de la CLHP couplée à
limmunoanalyse. Plum et al. [85] ont rapporté la séparation
des glycosides sur une colonne C18 avec différentes phases mobiles
constituées par les mélanges acétonitrile:eau ou
acétonitrile:méthanol:eau. Ces méthodes permettent
dobtenir des pics fins et résolus autorisant la collection
des fractions secondairement analysées par une méthode radioimmunologique.
Environ 10 années plus tard en 1995, Tzou et al. [84] ont
prouvé que lutilisation seule de la CLHP permettait de doser
à des concentrations aussi basses que 0,25 ng/mL la digoxine et
de ses métabolites dans le sérum humain avec une précision
et une exactitude convenables. Les molécules sont dabord
extraites en phase solide au moyen dune colonne cyclodextrine. Des
dérivés fluorescents sont ensuite formés par le 1-naphtoyl
et réextraits successivement sur cartouche cyclodextrine puis C1.
La séparation CLHP est réalisée en phase normale
sur une colonne de silice par la phase mobile composée dhexane:dichlorométhane:acétonitrile:méthanol.
La détection est fluorimétrique. Lacassie et al.
[86] ont proposé une méthode CLHP-SM pour la détection
simultanée de 17 glycosides cardioactifs dintérêt
majeur en médecine légale. La séparation est effectuée
sur une colonne C18 au moyen dune phase mobile constituée
dacétonitrile:tampon formiate dammonium 2mM, pH = 3.
Les limites de détection sont cependant insuffisantes pour autoriser
le suivi thérapeutique et la méthode reste dédiée
à la détection des cas dempoisonnements en toxicologie.
Intoxications humaines
Les intoxications par surdosage médicamenteux
ou tentatives de suicide par les hétérosides cardiotoniques
ne sont pas rares tandis que celles liées à lingestion
de matières végétales sont exceptionnelles. Les rares
cas décrits font suite à lingestion accidentelle dinfusions.
On rapporte le cas dune ingestion volontaire dun extrait de
feuilles à la vodka dans un but suicidaire et de celle, chronique,
dun enfant atteint dun pica [5, 87]. Les ingestions dinfusions
sont une conséquence de lignorance des consommateurs ou le
résultat dune confusion avec dautres plantes comme
la consoude, Symphytum officinale ou avec Ajuga decumbens
[88]. Dans ces conditions, le traitement par anticorps anti-digoxine ne
réduit en rien la gravité de lintoxication comme cela
est le cas dans les empoisonnements par des produits pharmaceutiquement
définis [87]. Les taux post mortem de la littérature
concernant les décès par intoxications aiguës par la
digoxine font état de concentrations mesurées supérieures
à 10,0 ng/mL. En revanche, les concentrations dans le sang dautopsie
de personnes régulièrement traitées par la digoxine
séchelonnent entre moins de 0,2 et 8,5 ng/mL. Une troisième
population peut être isolée à partir des deux précédentes.
Il sagit, pour des taux allant de 2,0 à 10,5 ng/mL, de cas
dintoxications probables qui ne sont pas étayés par
lhistorique de la personne ou lenquête policière
ou de décès dune autre étiologie mais dont
les personnes montrent des signes évident de déshydratation
ou dinsuffisance rénale [89-91].
GENRE DIOSCOREA
Les Dioscorées sont des plantes tropicales
utilisées à travers le monde pour lextraction de la
diosgénine, précurseur naturel de lhémisynthèse
des stéroïdes. Les autres molécules naturelles employées
dans ce but sont : lhéconine, la smilagénine et la
sarsapogénine. La plupart des espèces (alata, batatas,
esculenta et opposita) sont des ignames consommés par
les humains après cuisson, les autres (composita, deltoidea,
florinbunda, mexicana, pantaica, spiculiflora et zingiberensis)
sont utilisées par lindustrie chimique des stéroïdiens
[8]. Une espèce cependant reste toxique même après
cuisson : Dioscorea simulans qui fut responsable dun cas
de décès chez un jeune étudiant qui avait consommé
une racine de cette plante [19].
GENRE DUBOISIA
Ce sont des arbustes ou des arbres que lon
rencontre dans lhémisphère sud en Océanie.
Il existe deux espèces leichhardtii et myrporoïdes
qui contiennent de la hyoscyamine et de la scopolamine en forte concentration.
Ces arbres sont utilisés en biotechnologie pour la production de
principes actifs à usage pharmaceutique [92]. Aucun cas de décès
nest à ce jour rapporté dans la littérature.
Seul deux cas dempoisonnements dans le cadre de la médecine
du travail ont été signalés. Il semble en outre quun
certain risque dabus existe en Australie avec ces arbres dont les
effets centraux et anticholinergiques périphériques sont
comparables aux effets provoqués par la consommation abusive de
datura [93].
EUPATORIUM RUGOSUM ET ESPÈCE
LIÉE (CANNABINUM)
Les eupatoires sont de grandes herbes vivaces rappelant
le chanvre. Lespèce cannabinum renferme des alcaloïdes
pyrrolizidiniques : échinatine, lycopsamine, intermédine,
rindérine dans les parties aériennes et supinidine dans
les racines. Lespèce rugosum contient du trémétol
et de la trémétone, très toxiques qui sont des produits
activement sécrétés dans le lait des animaux délevage
ayant consommé ces plantes [5]. Les plus sensibles sont les chevaux
et les chèvres mais les bovins peuvent aussi intoxiquer leurs jeunes
allaitant. On rapporte de nombreux cas de décès humains
parmi les colons américains du temps de la conquête de lOuest.
La plante est aussi célèbre pour avoir provoqué la
mort de Nancy Lincoln en 1818, mère du futur président des
Etats-Unis alors âgé de 8 ans [5, 94]. Lempoisonnement
humain est désormais exceptionnel. Une autre Astéracée,
Happlopapus heterophyllus contiendrait ces mêmes toxiques
[9]. Aucune technique de dosage nest décrite, non plus que
ne sont rapportés de taux post mortem.
FERRULA COMMUNIS ET ESPÈCES
LIÉES (CHILIANTHA, TINGITANA)
La grande férule est une plante herbacée,
pouvant atteindre 2 à 3 mètres de haut à tige pleine
dune moelle abondante. Les feuilles sont découpées
en lanières filiformes. Les fleurs en ombelles sont jaunâtres
de 20-40 rayons. Le fruit est elliptique de 7 à 15 mm de long.
On trouve cette plante peu exigeante dans le sud de la France, en Grèce,
en Israël, dans les pays du Maghreb ainsi quen Iran et en Irak
où certaines espèces sont utilisées comme parfum
ou condiment. Toute la plante contient des dérivés 4-hydroxycoumariniques
: férulénol, hydroxyférulénol, ferprénine
et isoferprénine. Ils agissent par inhibition compétitive
de la vitamine K, perturbant ainsi la synthèse des facteurs de
la coagulation [95]. A ce jour, aucune intoxication mortelle humaine nest
rapportée, seuls sont décrits des cas dempoisonnement
chez les animaux délevages et notamment chez le mouton. Lintoxication
humaine est cependant toujours envisageable.
GELSEMIUM SEMPERVIRENS
ET ESPÈCES LIÉES (ELEGANS, RANKINII)
Le jasmin de Caroline est un arbrisseau à
feuilles persistantes et à fleurs jaunes, spontané dans
les bois humides du sud-est des Etats-Unis. Dix-sept alcaloïdes ont
été isolés à partir des différentes
espèces de cette Loganiacée parmi lesquels on trouve : gelsémine,
gelsévirine, 21-oxogelsémine, gelsédine, 14 bêta-hydroxygelsédine,
gelsénicine, humanténidine, humanténirine, 11-hydroxyhuman-humanténine,
koumine, koumidine, kumanténidine, kumanténine, kumanténmine,
rankinidine, N-desméthoxyrankinidine et 11-hydroxyrankinidine [96,
97]. Deux dérivés du noyau prégnane : 12 bêta-hydroxy-5
alpha-prégn-16-ène-3,20-dione et 12 bêta-hydroxy-5
alpha-prégn-16-diène-3,20-dione ont démontré
une forte activité cytostatique in vitro [98]. Une méthode
par CLHP en phase inverse a été décrite pour le dosage
de plusieurs alcaloïdes dans des préparations pharmaceutiques
mais aucune technique adaptée à la toxicologie analytique
nest rapportée [99]. Lempoisonnement est rare et survient
toujours chez de jeunes enfants attirés par les belles fleurs jaunes
éclatantes [5]. Aucun décès nest à noter
à ce jour.
HYOSCYAMUS NIGER ET ESPÈCES
LIÉES (ALBUS, FALEZLEZ, MUTICUS, RETICULATUS)
Description
La jusquiame noire ou herbe aux sorcières
est une plante herbacée de la famille des Solanacées pouvant
atteindre 80 cm, à tige ramifiée et velue. Les feuilles
sont alternes, découpées, molles et velues. Les fleurs sont
groupées dun même côté, jaune pâle
à nervation pourpre violacé. Le fruit est une capsule (pyxide)
renflée à la base, dentelée au sommet et souvrant
par un clapet contenant de nombreuses petites graines chagrinées.
Hyoscyamus niger, originaire dAsie, pousse aussi volontiers
dans les plaines de basses montagnes dEurope, dAmérique
ou dAustralie, principalement dans des décombres ou à
lombre de vieilles ruines. Lespèce falezlez
possède une localisation en Afrique du Nord tandis que reticulatus
est disposé à lEst du bassin méditerranéen
et au Proche Orient. Lespèce muticus pousse dans les
régions désertiques dEgypte et dArabie [5].
Elle est plus riche en alcaloïdes totaux que niger mais dont
90 % sont représentés par la l-hyoscyamine.
Principes actifs
Les alcaloïdes sont les mêmes que ceux
présents chez Atropa belladona, mais dans une proportion
moindre, soit 0,05 à 0,15 % dans la plante. Par ailleurs, la scopolamine
représente un peu plus de 50 % des alcaloïdes expliquant son
action plus narcotique, une toxicité plus faible et par conséquent,
un usage plus répandu en sorcellerie [9]. Les jusquiames blanches
et sahariennes sont plus riches en alcaloïdes totaux titrant entre
0,7 et 1,5 % dans la plante entière, l'alcaloïde principal
étant la l-hyoscyamine.
Usages
Ce fut une plante majeure de la sorcellerie en Europe.
Les récits de sabbats et de scènes de lévitation
font supposer des hallucinations liées aux alcaloïdes de la
jusquiame [9]. Elle ne fut utilisée en thérapeutique que
tardivement en tant que sédative du système nerveux central,
antinévralgique, dans la maladie de Parkinson et pour ses propriétés
antispasmodiques ou analgésiques (baume tranquille). L'action parasympatholytique
est faible tandis que la forte teneur en scopolamine amène une
action narcotique et hallucinogène importante. La scopolamine fut
utilisée pendant la Deuxième Guerre mondiale sous la forme
d'un sérum de vérité.
Intoxications humaines
Les cas documentés d'intoxications par la
jusquiame sont rares. Le premier cas rapporté fut en 1881 lorsque
les Touaregs utilisèrent de la jusquiame saharienne falezlez
afin d'empoisonner en grande partie les troupes françaises du corps
expéditionnaire du Hoggar. Les toxiques furent placés dans
des dattes [100]. Ce cas fut le précurseur de l'utilisation moderne
des agents chimiques d'incapacitation disponibles dans l'éventail
des toxiques de guerre. En 1910, 25 femmes et hommes furent accidentellement
empoisonnés en consommant de la jusquiame qui avait été
confondue avec du raifort [101]. Un grand nombre dobservations figurent
dans la littérature turque ou le problème est endémique.
Les cas de décès chez les enfants qui consomment les jeunes
feuilles, ne sont pas rares [102]. Un problème identique est décrit
dans le Negev en Israël où de jeunes enfants bédouins
sont régulièrement exposés à lespèce
reticulatus [103]. Un article récent semble monter une augmentation
de la consommation de cette plante comme narcotique de substitution, voire
de première intention chez les populations de drogués [104].
La détection de la scopolamine dans les fluides biologiques est
décrite dans un cas doverdose dans un but suicidaire [28].
Les concentrations post mortem mesurées étaient de
0,13 µg/mL dans le sang, 43 µg/mL dans les urines et 0,08 µg/g dans le
foie.
JATROPHA CURCAS
Le Jatropha curcas aussi appelé arbre
purgatif contient une lectine toxique dénommée curcine.
Un extrait sec des graines administré par voie intrapéritonéale
chez des souris entraîna le décès pour des doses aussi
faibles que un mg/kg [105]. Les auteurs notèrent à cet égard
la grande similarité des lésions causées dans ce
cas par rapport aux dommages généralement attribués
à la ricine. Plusieurs intoxications sévères furent
décrites dans la littérature chez de jeunes enfants mais
tous eurent une issue rapidement favorable [106]. Cependant, la très
forte toxicité de la curcine rend toujours possible un décès
par le jatropha.
LOBELIA INFLATA ET ESPÈCES
LIÉES POLYPHYLLA, PORTORICENSIS
Ces Lobéliacées contiennent principalement
de la lobéline mais aussi de la norlobélanidine pour lespèce
polyphylla. Des composés mineurs sont la méso-lobélanine
et la méso-lobélanidine. La lobéline fut utilisée
comme analeptique respiratoire en réanimation et comme antiasthmatique.
Récemment, des auteurs ont mis en évidence une activité
antidépressive dun extrait de feuilles de lobélie.
Cette activité serait due à une structure palmitate de bêta-amyrine
[107]. Une méthode de dosage par CLHP-SM est rapportée à
propos d'un jeune homme qui fumait des cigarettes à base de cette
plante à la recherche d'effets euphorisants. Le taux sanguin post
mortem était de 20,8 ng/mL [108].
NERIUM OLEANDER ET N.
INDICUM, THEVETIA PERUVIANA ET T. NERIFOLIA
Description
Le laurier rose est une Apocynacée. Cest
un arbrisseau atteignant 3 à 4 mètres de hauteur possédant
des feuilles opposées ou verticillées par trois, longuement
lancéolées, coriaces et à nervures secondaires pennées,
nombreuses et serrées. Les fleurs roses mais aussi parfois blanches,
rouges ou jaunes sont ornées dun appendice à trois
dents courtes. Larbuste est en fleur de juin à septembre
sur tout le pourtour méditerranéen. La graine duveteuse
est surmontée dune aigrette sessile qui facilite la diffusion.
Lespèce indicum est répandue de lArabie
au Pakistan et de la Chine au Japon [5].
Molécules actives
Le laurier rose contient un grand nombre de glycosides
toxiques présents dans lensemble des parties végétales
de la plante. Le toxique principal est représenté par loléandrine
tandis que les autres composés incluent la nériine (ou néroside),
loléandroside et la digitoxigénine [9]. Thevetia
peruviana contient quant à lui de la thévétine
et de la thévétoxine. Parmi les autres glycosides mineurs
et peu actifs, on trouve ladynérigénine, luzarigénine,
ladigoside et le glyco-stropéside. Les feuilles de Nerium
oleander renferment entre 0,018 et 0,425 % doléandrine.
Usages
Cette plante fut utilisée en thérapeutique
dans les années 1930 comme tonicardiaque. Elle est désormais
totalement abandonnée par la médecine moderne, bien que
les préparations à base de laurier rose furent utilisées
depuis des siècles comme insecticides ou en médecine populaire
dans différentes indications allant de la lèpre aux maladies
mentales. Dans de nombreuses régions dInde, il sagit
dun poison suicidaire très répandu [109].
Toxicologie analytique
Plusieurs auteurs ont démontré que
loléandrine donnait une réaction croisée avec
les tests immunologiques pour le dosage de la digoxine et de la digitoxine
[109-111]. Cette réactivité croisée varie cependant
dun kit à un autre de sorte quil nest pas possible
détablir un lien prédictif entre la concentration
mesurée et la gravité de lintoxication. La réponse
est cependant linéaire avec les kits à immunopolarisation
de fluorescence pour le dosage sérique de la digitoxine. Dun
autre côté, une analyse par chromatographie sur couche mince
bi-dimensionnelle a été décrite sur des extraits
stomacaux [112]. Une méthode CLHP de dosage de loléandrine
a été proposée dans les cas dingestion de feuilles
de laurier rose après une extraction sur colonne ExtrelutTM pour
une gamme de linéarité de 50 à 10 000 ng/mL [113].
Enfin une technique en CLHP-SM a été décrite par
Tracqui et al. [114] sur une colonne analytique C18, 150 mm x 2,0
mm, utilisant un gradient acétonitrile:tampon formiate dammonium
2 mM, pH = 3.0. La détection était basée sur la formation
spécifique dadduit à m/z = 618, 594 et 577, la limite
de quantification était de 0,4 ng/mL.
Intoxications humaines
De nombreux cas non mortels ont été
décrits dans la littérature, notamment à propos dingestions
accidentelles chez de jeunes enfants [5]. Des auteurs indiens ont rapporté
deux décès avec la prise de plus de quatre graines de Thevetia
peruviana et lorsque larrivée en service spécialisé
sest réalisée plus de 5 heures après labsorption
[109]. Une femme décéda après avoir avalé
une tisane préparée à partir de feuilles de laurier
rose quelle avait confondues avec des feuilles deucalyptus
[111]. Un échantillon de sang post mortem révéla
une concentration apparente de digoxine de 6,4 ng/mL mesurée à
laide dun test radioimmunologique pour la digoxine. Dans un
cas (non mortel) dun suicide chez une femme qui ingéra cinq
feuilles de laurier rose, la concentration mesurée en oléandrine
par une technique CLHP-SM était de 1,1 ng/mL lors de son admission
à lhôpital [114]. Bose et al. [115] rapportent
14 cas mortels en Inde, consécutifs à l'ingestion de graines
de Thevetia nerifolia. Moulsma et al. [116] ont mesuré
par CLHP-SM, l'oléandrine dans le plasma d'une femme ayant ingérée
une trentaine de feuilles de laurier rose. Les concentrations mesurées
étaient de 11,9 et 19,1 ng/mL 5 heures et 20 heures après
la prise respectivement.
NICOTIANA GLAUCA
La toxicité des espèces tabacum
et rustica ne sera pas abordée dans le présent exposé.
Lalcaloïde principal de larbre à tabac est lanabasine
dont la structure chimique est très proche de celle de la nicotine
avec une même masse molaire. Les autres alcaloïdes présents
sont lanatabine, la nicotine, la nornicotine, la métanicotine,
la dihydrométanicotine, le 2,3-bipyridyle et la myosmine.
Bien que la plante soit très toxique, très peu de cas dempoisonnement
ont été décrits. Le seul décès enregistré
fut le cas dune intoxication par ingestion de feuilles chez un jeune
homme adulte [117]. Lextraction à partir des milieux biologiques
fait intervenir une triple extraction en phase liquide par le 1-chlorobutane
à pH = 10 suivie par une réextraction en milieu chlorhydrique
0,1 N. Lanalyse chromatographique est réalisée en
CPG-SM, car tous les alcaloïdes des tabacs sont des bases volatiles.
Lion de base m/z = 84 ainsi que lion moléculaire m/z
= 162 sont communs à la nicotine et lanabasine, mais de petits
fragments additionnels sont présents dans le spectre de masse de
lanabasine. Les concentrations post mortem mesurées
en anabasine étaient de 1,15 µg/mL dans le sang, 73,8 µg/mL dans
les urines, 11,0 µg/g dans le cerveau et 2,0 mg/g dans les feuilles de
spécimens de Nicotiana glauca récoltés dans
le champ où la personne fut trouvée décédée.
En comparant ce résultat aux taux relevés dans la littérature
à propos des décès par la nicotine qui sont compris
entre 5,0 et plus de 5 000 µg/mL, il est logique destimer que lanabasine
possède une toxicité beaucoup plus importante pour lhomme
que la nicotine.
PACHYRHIZUS EROSUS
Un cas de décès fut rapporté
chez un homme ayant consommé environ 200 g de graines de cette
plante après les avoir confondues avec des graines de haricots
[19].
PAUSINYSTALIA YOHIMBE
Le yohimbe de la famille des Rubiacées est
un grand arbre répandu dans les forêts du Gabon, du Congo
et du Cameroun dont on utilise lécorce, détachée
en grandes lanières, qui contient 1 à 6 % dalcaloïdes.
Outre la yohimbine, on trouve certains de ses isomères :
corynanthine, pseudoyohimbine, allo-yohimbine et épiallo-yohimbine
ainsi que des dérivés hétéroyohimbanes comme
lajmalicine et des dérivés tétracycliques comme
la corynanthéine. Les intoxications sont très rares et concernent
soit des tentatives de suicide soit un usage abusif dans un but aphrodisiaque.
Le commerce illicite de la yohimbine la dénomme " yo-yo ".
Lévolution de lempoisonnement est presque toujours
rapidement favorable sans traitement particulier. Les signes cliniques
majeurs sont des manifestations psychiatriques de type réactions
dissociatives ou paranoïdes accompagnées de faiblesse musculaire,
incoordination et paresthésie. Chez un homme qui absorba 75 comprimés
de 2 mg de yohimbine, le taux sanguin mesuré par une technique
CLHP-BPD sur analyseur REMEDITM 1 h 30 après lingestion était
de 0,12 µg/mL [118]. Un cas de décès est rapporté
dans la littérature à propos dun jeune enfant [119].
Un cas mortel est rapporté par Cirimele et al. [120] à
propos d'un homme de 69 ans, décédé lors d'un acte
sexuel. Le dosage réalisé par CLHP-SM, sur colonne C18,
150 mm x 2 mm grâce à une phase mobile acétonitrile:tampon
formiate d'ammonium 2 mM, pH = 3. L'extraction a lieu en phase liquide.
La limite de détection de la méthode est de 0,5 ng/mL. la
concentration post mortem sanguine de yohimbine était de
4,3 ng/mL.
PILOCARPUS MICROPHYLLUS
Plusieurs plantes du genre Pilocarpus contiennent
les alcaloïdes toxiques à noyau imidazole que sont
la pilocarpine, lisopilocarpine, la pilocarpidine, la jaborine et
la jaboridine [8]. Lespèce principale étant microphyllus,
les autres représentants mineurs du genre sont : jaborandi,
pennatifolius, trachylophus et racemosus. La pilocarpine est
toujours une molécule très employée en ophtalmologie,
mais elle sert aussi comme stimulant de la production salivaire et sudorale
dans les tests de dépistage des drogues sur site. Aucun décès
par absorption de plante ou partie de celle-ci nest décrit
dans la littérature. Cependant, on note le cas de deux patients
hospitalisés, intoxiqués par de la pilocarpine administrée
à leur insu dans leur nourriture. Les deux personnes décédèrent
lors de lépisode [121]. Un cas de tentative de suicide fut
décrit par absorption et injection de collyre à base de
pilocarpine mais lincident fut bénin [122]. Une méthode
CLHP sensible de dosage dans les milieux biologiques a été
développée, pour laquelle la séparation est opérée
sur une colonne cyanopropyle avec une détection par fluorimétrie
[123]. La pilocarpine était dérivée par la 4-bromométhyl-7-méthoxycoumarine
et la limite de détection était de 1 ng/mL.
GENRE PHILODENDRON
Le genre philodendron comprend plus de 250 espèces
originaires des zones forestières de lAmérique centrale
et du Sud. Ce sont souvent des plantes grimpantes devenant épiphytes
par leur mode de croissance : le pied se détruit pendant que la
plante sélève vers la cime des arbres en développant
des racines aériennes et des crochets adventifs. Les fleurs sont
portées par un spadice blanc entouré dune spathe diversement
colorée. Les raphides contenues dans toutes les Aacées,
ainsi que les enzymes protéolytiques qui y sont fixées entraînent
les effets inflammatoires fréquemment rapportés par les
centres antipoisons mais ne représentent jamais une intoxication
sévère. Il nexiste quune seule exception, celle
du décès dun enfant de 11 mois, survenu 17 jours après
lingestion de feuilles de philodendron [124]. Les auteurs expliquent
lissue fatale par un arrêt cardiorespiratoire consécutif
à une réaction vagale intense induite par lérosion
sophagienne provoquée par les raphides.
GENRE POLYGONATUM
Le sceau de Salomon est une plante herbacée
de 30 à 80 cm de haut. Les feuilles sont alternes et disposées
sur deux rangs opposés. Les fleurs sont groupées en grappes
pendantes. Les fruits, de 8 à 10 mm de diamètre, sont bleu-noir
et renferment trois à six graines jaunâtres. Les effets cardiotoniques
et hypoglycémiants de différentes espèces (multiflorum,
odoratum, officinale, prattii, sibiricum et verticcilatum)
ont été étudiés ces dernières années
[125]. Leffet hypoglycémiant est essentiellement dû
à laction de la glucoquinine tandis que leffet cardiotonique
dû à une stimulation des récepteurs bêta adrénergiques
résulte de laction des stéroïdes glycosiques
et notamment des paratiosides A-C, prosapogénines, protiosides
D1, E1, et saponine POD II [126]. Aucun cas de décès nest
rapporté dans la littérature.
PRUNUS LAUROCERASUS
Description
Le laurier cerise est un arbuste pouvant atteindre
5 à 6 mètres de la famille des Rosacées. Les feuilles
sont alternes, persistantes, ovales de 10 à 12 cm de long sur 5
à 7 de large, luisantes dessus. Les fleurs sont disposées
en grappes blanchâtres. Le fruit est ovoïde, d'environ 1 cm
de diamètre, ressemblant à une olive rouge, puis noirâtre,
luisant, en grappes dressées, contenant un noyau.
Principes actifs
Outre des tanins, on retrouve un mélange complexe
d'enzymes connues sous le nom d'émulsine, et des hétérosides
cyanogénétiques, l'amygdaloside ou amygdaline, la prulaurasine
et le prunasoside ou prunasine. Toute la plante est toxique exceptée
la pulpe du fruit. La plante n'est réellement dangereuse que lorsque
les hétérosides sont en contact avec l'émulsine ce
qui est réalisé lors de la mastication ou du froissement
des feuilles provoquant une libération d'acide cyanhydrique. La
proportion en acide cyanhydrique est la suivante : 1,2 à 1,8 %
dans les jeunes feuilles, 0,25 % dans la tige, 0,65 % dans les racines,
0,5 % dans le fruit vert et 0,4 % dans le fruit mûr [8]. L'amande
du fruit du laurier cerise n'est pas la seule à contenir des hétérosides
cyanogénétiques, puisqu'on en retrouve dans les amandes
d'abricot, de pêche, de prune et même dans les pépins
de pomme ainsi que dans les petites baies rouges du genre Pyracantha
et chez la plante Passiflora edulis. La présence de ces
toxiques est clairement liée à un mécanisme de défense
des herbivores prédateurs comme l'a montré une étude
sur une variété marine Lotus corniculatus que broutent
les mollusques aquatiques [127].
Usages
Lamygdaline est le constituant principal de
la spécialité pharmaceutique LaetrileTM, utilisé
comme agent antinéoplasique. Deux cas de décès non
documentés par lanalyse toxicologique de lamygdaline
sont rapportés suite à une ingestion massive de ce médicament
[128, 129].
Toxicologie analytique
Plusieurs méthodes de détermination
indirectes ont été publiées après hydrolyse
de l'amygdaline et dosage du benzaldéhyde ou du glucose [130].
Ces méthodes doivent être rejetées car elles manquent
dramatiquement de sélectivité et de sensibilité.
Une méthode par CLHP a été décrite pour le
dosage de l'amygdaline et de la prunasine sur un ultrafiltrat plasmatique.
Les produits sont séparés sur une colonne C18, 250 mm x
4,6 mm au moyen d'une phase mobile constituée par de l'acétonitrile
à 10 %. La détection était obtenue à 215 nm.
La séparation des toxiques du plasma est réalisée
par ultracentrifugation à 800 g pendant 20 min. Les limites de
détection pour les deux glucosides étaient de 0,25 µl/mL
tandis que la linéarité est bonne de 2 à 500 µg/mL
[131]. Une autre méthode directe réalise lextraction
de lamygdaline par lacétone suivie dune étape
de purification par CLHP sur colonne RP-8, 5 µm. Après collection
des fractions suivie à 262 nm, le résidu peut être
à la fois analysé par chromatographie sur couche mince sur
gel de silice et par CPG-SM après dérivation à lanhydride
trifluoracétique [130].
RAUWOLFIA SERPENTINA ET
ESPÈCES LIÉES (TETRAPHYLLA, VOMITORIA)
Le sarpagandha dInde est un arbrisseau toujours
vert à grosse racine pivotante et à tiges grêles.
Les fleurs, petites, blanches ou rosées, pentamériques sont
groupées en cyme. Le fruit est une drupe noire. Spontané
en Inde, au Pakistan, en Birmanie, en Thaïlande, en Malaisie et en
Indonésie, cest une espèce forestière qui peut
être cultivée. Les alcaloïdes totaux, de 0,5 à
2,5 % constituent un mélange complexe dune trentaine de composés
dont les plus importants se répartissent en trois catégories
(a) les alcaloïdes à noyau yohimbane : réserpine, réscinnamine,
déserpidine, yohimbine et corynanthine, (b) avec un noyau hétéroyohimbane:
ajmalicine (aussi dénommée raubasine) réserpinine,
diméthoxy-ajmalicine et leurs isomères réserpiline
et isoréserpiline ainsi que leurs bases quaternaires correspondantes
serpentine et alstonine, (c) les dérivés dihydroinoliques
principalement représentés par lajmaline [9]. La réserpine
a été une molécule très employée dans
les années 60 pour la correction de la dyskinésie tardive
du traitement par les neuroleptiques. Lajmaline quant à elle
fut utilisée comme antiarrythmique. Un décès après
administration dajmaline a été rapporté [132]
ainsi quun cas fatal par la réserpine [133] mais aucune concentration
post mortem na été établie. Une méthode
CLHP-SM sur un secteur magnétique a été décrite
dans un cas de polyintoxication par la réserpine, le bromazépam
et le clopenthixol [134]. La séparation était réalisée
sur une colonne C18, 300 mm x 4 mm avec un mélange méthanol:ammoniaque
à 0,2 % comme phase mobile. La limite de détection pour
la réserpine était de 0,5 ng/mL, tandis que la concentration
mesurée dans le plasma était de 1 ng/mL environ 17 heures
après lingestion.
RICINUS COMMUNIS
Description
Le ricin est un arbuste de 2 à 4 mètres
de haut originaire dAfrique centrale et couramment rencontré
sur tous les continents sous des climats chauds le long des cours deau
ou même parfois dans les jardins publics ou privés. Les feuilles
sont grandes, longuement pétiolées et profondément
découpées, généralement vertes bien quil
existe une variété pourpre [135]. Les fleurs sont en grappes
terminales ou axillaires. Le fruit est une capsule épineuse (comme
la châtaigne) renfermant 3 graines ovales de 15 à 20 mm de
long, aplaties sur une face et convexes sur lautre avec un tégument
brillant, marbré et dur faisant penser à une énorme
tique.
Principes actifs
Ce sont principalement des lectines. On a isolé
deux molécules distinctes mais dont il existe plusieurs variants
: la ricine, fraction toxique inhibant la synthèse protéique
et lagglutinine, fraction hémagglutinante. La ricine possède
un poids moléculaire de 65 750 daltons et a une structure glycoprotéique.
La partie osidique comporte 15 molécules de mannose et 8 de N-acétyl-glucosamine.
La chaîne agycone est formée par 545 acides aminés
répartis en deux polypeptides A et B reliés entre eux par
un pont disulfure. La séquence de la chaîne A a été
détaillée [136]. La ricine nest présente que
dans la graine. Non liposoluble, cette phytotoxine est absente de lhuile
de ricin dont lusage en tant que laxatif est désormais abandonné.
La ricine fait certainement partie des deux ou trois poisons les plus
puissants avec labrine du jequirity Abrus precatorius et
le plutonium [137].
Usages et pharmacologie
Lhuile de ricin est encore utilisée
en mécanique comme lubrifiant des moteurs qui travaillent dans
des conditions extrêmes. La ricine interfère avec la synthèse
protéique, inactivant enzymatiquement la sous unité 28S
des ribosomes des cellules eucaryotes en provoquant lhydrolyse dun
résidu adénylé. Cette toxine est toujours très
étudiée dans la recherche de nouveaux antitumoraux et immunosuppresseurs.
En Afrique de l'Est, les graines de ricin étaient utilisées
afin de tuer les enfants non désirés [5].
Toxicologie analytique
La seule méthode existante actuellement pour
le dosage de la ricine et de labrine dans le plasma est celle décrite
par Godal et al. [8] qui ont utilisé une méthode
radioimmunologique à liode 125. Cette méthode a été
utilisée dans un cas dintoxication dun jeune étudiant
ayant absorbé une trentaine de graines de ricin dans un but suicidaire.
La concentration en ricine plasmatique le premier jour était de
1,5 ng/mL, le temps de demi-vie calculée était denviron
8 jours. Lapparition dans les urines fut tardive, au troisième
jour, à une concentration de seulement 0,3 ng/mL [138].
Intoxications humaines
Le premier décès rapporté dans
la littérature médicale date de 1900 [5]. Le taux de mortalité
par lempoisonnement au ricin a considérablement chuté
depuis la Deuxième Guerre mondiale passant de 13 sur 161 cas dexposition
avant la guerre à 2 sur 247 après 1950 [139]. La ricine
attira lattention du public lorsquen 1978, Georgi Markov,
un exilé politique bulgare fut heurté avec un parapluie
alors quil attendait un bus à côté de Waterloo
Bridge à Londres. Il décéda trois jours plus tard.
Lors de lautopsie, le médecin légiste retrouva une
petite sphère d1,5 mm de diamètre percée de
deux petits trous au niveau de la blessure. Lanalyse de la sphère
ainsi que les similitudes du mode de décès avec un modèle
animal expérimental amenèrent les spécialistes à
conclure à une intoxication aiguë par la ricine [140, 141].
SOLANUM DULCAMARA ET ESPÈCES
LIÉES (DIMITATUM, MALACOXYLON, PSEUDOCAPSICUM)
Description
La douce amère est une plante grimpante lianiforme
de la famille des Solanacées aux feuilles vertes foncées
alternes. Les fruits sont des baies ovoïdes en grappes pendantes
dabord vertes puis rouges, et écarlates à maturité,
contenant plusieurs graines. Les Solanum poussent dans les régions
tempérées. Le pommier damour Solanum pseudocapsicum
est une plante ornementale fréquemment rencontrée en appartement
et qui peut être à lorigine de nombreuses intoxications
chez les jeunes enfants attirés par les baies dun bel orangé.
Principes actifs
La substance initialement désignée
sous le nom de solanine est en fait un mélange de glucoalcaloïdes
dérivant de la soladinamine, de la tomatidine, du spirostane et
du cholestane [9]. La solanine est retrouvée par concentration
décroissante dans les baies non mûres, les feuilles, les
tiges, puis les baies mûres. Deux autres produits ont aussi été
retrouvés dans les baies qui sont la diosgénine et la solasodine.
Toxicologie analytique
Une méthode par CPG-SM a été
décrite après une triple extraction liquide-liquide dans
des plantes et des milieux biologiques danimaux intoxiqués.
Les ions principaux enregistrés sont à m/z = 150, 204, 397,
396, 382 et 151 [6].
Intoxications humaines
Cest une intoxication très fréquente
survenant dans la majorité des cas chez les enfants de moins de
6 ans pour laquelle il y eut plus de 1 800 cas enregistrés en 1993
aux Etats-Unis [142]. Un cas assez atypique rapporte la survenue dun
syndrome anticholinergique répondant bien à la physostigmine
alors que lanalyse des baies na révélé
aucune trace datropine ou de scopolamine. Au contraire, solasodine
et diosgénine ont été identifiées par CPG-SM
dans les fruits de la douce-amère [142].
SPARTIUM JUNCEUM ET CYTISUS
SCOPARIUS
Description
Le genêt dEspagne est un arbrisseau de
2 à 5 mètres, à rameaux allongés cylindriques.
Les feuilles sont rares et simples. Les fleurs en grappes terminales sont
jaunes, odorantes tandis que le fruit est une gousse fine, dabord
velue, puis glabre à maturité, contenant 12 à 18
graines marrons de 3 à 5 mm de diamètre. Cest une
espèce des coteaux et maquis ensoleillés du bassin méditerranéen
[5]. Le genêt à balais est un arbrisseau buissonnant à
tiges dressées, anguleuses au sommet desquelles se trouvent des
feuilles simples. Le calice typique de cette Fabacée, comporte
une corolle jaune dor, un style enroulé. La gousse est velue
et aplatie, noire à maturité, renfermant 8 à 12 graines
luisantes. Cest un genêt commun en France et en Europe, sauf
dans les régions méditerranéennes, dans les landes
et les bois siliceux.
Principes actifs
Lalcaloïde majoritaire des deux plantes
est la spartéine, les autres molécules actives sont la 17-oxo-spartéine,
la lupanine, le scoparoside, lisolupanine, lanagyrine et la
cytisine [9].
Usages
Les fleurs servent à la fabrication dun
colorant et les rameaux étaient utilisés pour faire des
balais, doù le nom vulgaire. Le genêt était
utilisé depuis le Moyen Age comme diurétique, en cas de
trouble de lactivité cardiaque (élargissement des
coronaires, augmentation de la tension, antiarthymique). Laction
sur la musculature lisse utérine induisant et stimulant le travail
a rendu son utilisation obstétricale assez répandue dans
les années 30 à 60 [143]. Les médications à
base de décoction de ces deux arbrisseaux dispensées par
sorcières et magiciens étaient largement préconisées
et utilisées au Moyen Age dans un but abortif. Dans les cas de
grossesses avancées, les doses étaient telles quil
nétait pas exceptionnel non plus dobserver le décès
de la mère.
Toxicologie analytique
Une méthode CPG en colonne remplie avec détection
azote-phosphore a été décrite pour la détermination
de la spartéine dans les fluides et tissus biologiques [144]. Lextraction
liquide-liquide organique dune phase alcaline est réalisée
sur 2 mL de liquide. La limite de détection est de lordre
du ng/mL. Cependant, à la suite dadsorption sur le support
chromatographique, lanalyse des métabolites nest pas
envisageable par cette technique. Les isomères de la spartéine
ont été isolés à partir dun extrait
de Lupinus argentus par chromatographie sur couche mince et CPG-SM.
Une méthode CLHP avec une détection électrochimique
permet lanalyse de la spartéine et de ses métabolites
2 et 5-déhydro sur une colonne analytique CN, 250 mm x 4,6 mm avec
une phase mobile constituée par le mélange acétonitrile:méthanol:tampon
phosphate pH = 2,5 [145]. La limite de détection de la spartéine
est de 2 ng/mL. La spartéine a été dosée par
CLHP-SM-SM [7] en utilisant l'ion m/z = 98 fils de l'ion moléculaire
m/z = 235. La limite de détection dans ces conditions est de 0,005
ng/mL tandis qu'elle est de 0,16 ng/mL en CLHP-SM en phase inverse en
utilisant une phase mobile méthanol:acétonitrile:tampon
formiate d'ammonium 10 mM, pH = 8.
Intoxications humaines
Les concentrations plasmatiques usuelles sont comprises
entre 0,1 et 1,0 µg/mL. Il existe environ 5 % de la population, métaboliseurs
lents de la spartéine qui présentent des concentrations
de lordre de 2 à 4 fois supérieures à celles
normalement répertoriées. Très peu de cas létaux
ont été notés dans la littérature. Mangin
et al. [144] rapportent un cas fatal suite à lingestion
dans un but suicidaire de comprimés de PalpipaxTM contenant 200
mg de méprobamate et 75 mg de spartéine. Les examens post
mortem ont révélé la présence de spartéine
à la concentration de 40,4 µg/mL dans le sang, 53,1 µg/mL dans
les urines, 31,6 µg/g dans le foie et 54,1 µg/g dans les reins.
STRYCHNOS NUX VOMICA, STRYCHNOS
IGNACII
Description
Le vomiquier est un arbre à feuilles persistantes
dont le fruit, baie cortiquée à épicarpe orangé,
renferme deux à trois graines noyées dans une pulpe blanche.
La graine est discoïde, légèrement renflée sur
les bords, en forme de bouton. Elle a un teint le plus souvent gris clair
et un aspect satiné dû à un fin duvet de poils qui
recouvre le fruit. Lune des faces est marquée dune
crête radiale, le raphé [5].
Principes actifs
La drogue renferme de 1 à 3 % dalcaloïdes
totaux dont les représentants majoritaires sont la strychnine et
son dérivé déméthoxylé, la brucine.
Les autres constituants mineurs sont les colubrines, licajine, la
novacine, la vomicine, la pseudo-strychnine et lisostrychnine [8].
La strychnine était utilisée autrefois en médecine
comme tonique ainsi quà des fins criminelles ; elle
est encore un peu employée comme rodenticide, ce qui explique la
persistance dintoxications en milieu agricole. En Chine, où
la poudre de graine est encore utilisée en médecine populaire,
des accidents sont toujours signalés [18].
Toxicologie analytique
Une méthode CCM a été développée
pour la détection de la strychnine et de la crimidine dans les
liquides biologiques [146]. Le dosage peut être effectué
par densitométrie UV à 260 nm. La méthode permet
de détecter jusquà 2,5 ng de strychnine. Une procédure
par CPG équipée dune détection thermoionique
a été décrite après une double extraction
liquide-liquide (extraction en retour dune phase éthérée
par lacide acétique) à partir de 5 mL de liquide biologique
[147]. Une méthode CPG-SM a été décrite pour
la recherche de la strychnine dans les plantes et les prélèvements
biologiques danimaux intoxiqués. Les ions principaux sont
à m/z = 334, 335, 333, 120, 144 et 162 [6]. Les méthodes
CLHP mettent en uvre soit des techniques en phase inverse soit en
appariement d'ions. La première technique semble cependant préférable
à cause des composés basiques co-élués qui
perturbent les mécanismes de rétention avec les paires dions
formés [148].
Intoxications humaines
Les empoisonnements volontaires par la strychnine
sont toujours dactualité. La dose létale est de lordre
de 50 à 100 mg de produit pur. Dans un cas de surdose après
ingestion de plus de 2 g de sulfate de strychnine, la toxicocinétique
délimination de la molécule donnait un temps de demi-vie
compris entre 10 et 16 heures [149]. En Chine, deux cas de décès
après administration de poudre de graine de vomiquier prescrit
par un herboriste non-professionnel ont été décrits.
Dans un cas, un garçon de 15 ans décéda au 15e jour
après une dose quotidienne de 0,5 g de poudre de graine. A lautopsie
le contenu stomacal renfermait 1 mg/mL de strychnine et 0,76 mg/mL de
brucine tandis que les auteurs notaient une concentration de 1,3 mg/g
de strychnine dans le foie (la brucine nétait pas détectable)
[19]. Drost [150] a rapporté 36 cas de suicide au Canada entre
1970 et 1974 avec des produits à base de strychnine. Aikman rapporta
189 décès en 1928 lorsque des pilules toniques étaient
librement vendues contenant outre de la strychnine, de la belladone, du
cascara, de lipéca, de la podophylline, de la quinine, de
la caféine, du camphre de laspirine, du fer ou de larsenic
[5,151]. Certains groupes religieux ont utilisé la strychnine pour
tester la foi de leurs fidèles [151]. Chez un homme de 56 ans décédé
par suicide après absorption de 260 mg de sulfate de strychnine,
les concentrations post mortem étaient de 3,3 µg/mL dans
le sang total ; 1,4 µg/mL dans les urines ; 9,2 µg/mL dans la
bile ; 6,2 µg/g dans le foie et 3,2 µg/g dans le rein [147]. Les
données post mortem de la littérature établissent
des concentrations de 0,5 à 61 µg/mL dans le sang ; 1 à
3 µg/mL dans les urines ; 0,5 à 26 µg/g dans le cerveau ;
5 à 257 µg/g dans le foie et 0,07 à 106 µg/g dans le rein
[152]. Les homicides par strychnine sont devenus plus rares à cause
du mode de décès violent qui fait rapidement suspecter une
origine non naturelle à la mort. Un cas récent est pourtant
rapporté en Libye où une vielle femme fut empoisonnée
par son beau-frère par de la strychnine mélangée
à lune de ses médications. Alors quil a dabord
été conclu à une mort naturelle, les analyses après
exhumation du corps ont révélé la présence
de strychnine dans le foie à une concentration de 6,16 µg/g [153].
Un cas de tentative dhomicide a été décrit
dans un hôpital [154].
TAXUS BACCATA
Description
Arbre ou arbuste toujours vert et à lécorce
brun-rouge, les branches sont densément couvertes de feuilles linéaires
aplaties ressemblant à des aiguilles persistantes 6 à 8
ans. Les fruits sont portés par les pieds femelles. De la taille
dun petit pois, ces fruits sont des ovoïdes tronqués,
formés dune graine dure visible par lextrémité
distale de larille qui est la partie charnue du fruit, rouge à
maturité. Toute la plante est violemment toxique, excepté
la partie charnue de larille. Lif est une essence ornementale
et son bois, très dur est utilisé dans la manufacture des
armes et des instruments de musique.
Molécules actives
La composition de lif est dune extrême
complexité. Une centaine de taxoïdes (taxus
diterpenoids) ont été isolés qui sont
des diterpènes estérifiés par des acides classiques
ou des acides bêta aminés comme lacide de Winterstein
(acide 3-diméthylamino-3-phénylpropionique) [8]. Les constituants
principaux sont le taxol, les taxines A, B et C, la taxusine, la céphalomannine
et la 10-déacétylbaccatine III. La feuille contient 0,7
à 2 % de taxines et la graine jusquà 0,25 %.
Usages
Bois sacré du peuple celte dont on en faisait
des hampes de lances et des arcs, lif est aussi un symbole de mort
dans les cimetières. Lif a depuis longtemps été
utilisé dans un but suicidaire. César rapporte lun
des premiers cas connu dans La guerre des gaules, le suicide dAmbiorix
roi des Aburones, tandis quon note dans la revue Lancet de
1836 la première publication médicale dun cas de décès
par ingestion de feuilles [155, 156]. Trente ans après la découverte
par Wall et Wani des propriétés cytostatiques du taxol,
la commercialisation du paclitaxel, dci du taxol, et les bons résultats
des essais cliniques du docétaxel, dci du N-débenzoyl-N-ter-butoxycarbonyl-10-désacétyltaxol,
ouvrent de nouvelles possibilités dans le traitement de certains
cancers [157].
Toxicologie analytique
Les décès par ingestion de feuilles
dif ne sont pas rares mais la preuve médico-légale
est beaucoup plus délicate à apporter et ne le fut dans
la réalité que très rarement. Dans un cas, la similitude
des tracés chromatographiques obtenus par CPG-détection
à ionisation de flamme, entre un extrait de plante fraîche
et un extrait des débris végétaux prélevés
dans le jéjunum du décédé permis dauthentifier
la prise [158]. Dans un autre cas, la comparaison entre un extrait de
plante et de débris prélevés dans le duodénum
fut réalisé par chromatographie sur couche mince [156].
Plus récemment, le phloroglucindiméthyléther (3,5-diméthoxyphénol)
a été identifié comme étant un bon marqueur
dune intoxication par Taxus baccata. La structure du composé
a été élucidée au moyen de la CPG-SM, de la
spectroscopie infrarouge et de la résonance magnétique nucléaire
à 300 MHz. Les ions principaux du 3,5-diméthoxyphénol
en CPG-SM étaient à m/z = 154, 125, 69, 94 et 111 [159].
Le contenu dans les feuilles était de 0,9 mg/g en janvier et 1,2
mg/g en septembre. Thuja occidentalis, un autre genre de ces plantes
toxiques fut aussi étudié mais ne savérait
pas receler cette molécule. Enfin, la taxine a été
directement extraite à partir dun échantillon pulvérisé
de plante ou de contenu stomacal en utilisant une extraction liquide à
plusieurs étapes (dichlorométhane suivi dune réextraction
en milieu sulfurique 0,1 N). En CPG-SM la taxine est thermolabile et se
dégrade dans linjecteur mais un sous produit de dégradation
peut être détecté à basse température
délution sur lion principal m/z = 134 [160]. Le paclitaxel,
quant à lui a été largement étudié
en CLHP-SM et CLHP-SM-SM dans la bile de rats [161, 162]. Il a été
isolé dans ce milieu neuf métabolites parmi lesquels trois
dihydroxytaxols, quatre monohydroxytaxols, un déacétyltaxol
et un contenant le noyau taxane. Ces méthodes ne conviennent cependant
pas à lanalyse toxicologique lors dempoisonnement par
du matériel botanique.
Intoxications humaines
En Pologne, quatre prisonniers burent une décoction
à base daiguilles dif dans un but suicidaire. Deux
moururent en prison et un autre au quatrième jour dhospitalisation
[163]. Un autre cas fut décrit chez un jeune étudiant en
horticulture [157]. Cinq cas furent décrits par Van Ingen et
al. [155] ainsi quune revue de la littérature sur le
sujet incluant quatre autres cas. Les auteurs argumentèrent la
prise suicidaire de différentes formes botaniques : feuilles entières,
coupées ou en décoction ou encore écorces. Le diagnostic
a été établi sur des bases anamnéstiques et/ou
botaniques. Le 3,5-diméthoxyphénol put être quantifié
chez un jeune homme de 19 ans aux concentrations de 20 µg/g dans lestomac
et de 0,32 µg/g dans le sang cardiaque [158].
TRICHOSANTHES KIRILOWII
Deux femmes décédèrent en utilisant
cette Cucurbitacée dans un usage abortif. La première victime
était une actrice de 23 ans qui mourut à lhôpital
après avoir rempli son vagin avec un mélange dherbes
chinoises qui comprenait 250 mg de poudre de Trichosanthes kirilowii
[19]. Cette Cucurbitacée chinoise contient de la trichosanthine,
protéine de 234 acides aminés, inactivant comme la ricine,
la synthèse protéique au niveau des ribosomes. La deuxième
victime utilisa les racines coupées en lamelle de la plante dans
le même but abortif, en application vaginale. Elle délivra
un ftus de 5 mois le sixième jour et décéda
le lendemain. Un cas de décès a été rapporté
chez un homme atteint par le virus du sida après sêtre
injecté de la trichosanthine dune origine inconnue [5].
TRIPTERYGIUM WILFORDII
Une jeune femme de 25 ans qui souffrait de rhumatismes
articulaires est décédée dun surdosage lors
dun traitement à base de plantes médicinales chinoises
incluant cette plante toxique [19].
VERATRUM ALBUM ET ESPÈCES
LIÉES (CALIFORMIUM, JAPONICUM, VIRIDE)
Description
Veratrum album (aussi appelé fausse
hellébore ou hellébore blanc et à ne pas confondre
avec les hellébores, comme lhellébore fétide
et lhellébore noire qui sont des Renonculacées) est
une plante herbacée de la famille des Liliacées, pouvant
atteindre 1,50 m de haut, à rhizome court, à tige pleine
et dont les feuilles ovales largement nervurées sont pubescentes
sur la face inférieure. Les fleurs sont blanches verdâtres,
disposées en hampes terminales. Le fruit est une capsule à
trois valves [5]. Lespèce album croît dans les
régions dEurope de lOuest, dEurope centrale et
en Alaska préférentiellement dans les plaines de basse montagne.
Veratrum viride est fréquemment rencontrées dans
les plaines du Canada et de lest des Etats-Unis dAmérique.
Enfin les espèces californium et japonicum se trouvent
respectivement dans louest des Etats-Unis et en Asie.
Principes actifs
Les plantes du genre Veratrum contiennent
des alcaloïdes aux propriétés antihypertensives. Les
genres Schoenocolon et Zygadenus recèlent eux aussi
des alcaloïdes du vératre. Ces alcaloïdes se présentent
sous la forme de glycosides, aglycones ou desters variés
de différents acides organiques que lon peut diviser en sept
groupes [164]. Les deux premiers groupes les plus importants sont (a)
les alcaloïdes du groupe de la jervamine et de la vératranine
possédant un squelette stéroïdien (vératridine,
vératramine, vératrosine, jervine, pseudojervine et isorubrijervine)
et (b) les alcaloïdes au squelette cévanine (cévadine,
cévine, zygadénine, véracérine, germine, protovérine
et leurs esters). La plante est toxique dans son ensemble bien que les
racines et le rhizome contiennent plus dalcaloïdes (2 %) que
les parties aériennes (0,5 % dans les feuilles).
Usages
Lusage du vératre est ancestral, millénaire
et empirique. Il fut abondamment utilisé par les sorciers en Europe
pendant le Moyen Age puis en médecine populaire en neurologie,
comme tonicardiaque, comme émétique et fébrifuge.
Veratrum viride fut une espèce couramment employée
par les Amérindiens afin de mettre à lépreuve
les jeunes braves qui passaient dans lâge adulte [165]. Au
début des années 50, les alcaloïdes du vératre
figuraient parmi les premiers agents hypotenseurs en usage aux Etats-Unis.
En France, ils furent recommandés par la Pharmacopée française
jusquen 1982. Ils étaient utilisés dans le traitement
de lhypertension essentielle, rénale et maligne ainsi que
dans le cas de lhypertension gravidique. Ils sont tombés
en désuétude à cause de leur marge thérapeutique
étroite. Ces alcaloïdes ont aussi été employés
comme sternutatoires et entraient dans la composition de nombreuses poudres
à éternuer. Cependant, plusieurs cas dintoxication
ayant été rapportés avec ces poudres, une formulation
différente excluant la poudre de vératre a été
imposée [166].
Toxicologie analytique
Les intoxications par le vératre ont été
peu documentées et étayées par lanalyse toxicologique.
La vératrine fut parfois identifiée dans les vins et liqueurs
apéritives [167]. Lidentification était obtenue au
moyen de la chromatographie en couche mince (solvant de migration :
méthanol ammoniaqué, révélation des alcaloïdes
aux vapeurs diode) couplée à la spectrométrie
de masse (source à ionisation chimique : ammoniaque comme
gaz réactant) à partir des boissons suspectées, des
urines, du liquide gastrique et des viscères. Une méthode
par CLHP-SM a été récemment décrite [168]
pour la détection et le dosage de la cévadine et de la vératridine
dans le sang de deux personnes décédées suite à
une ingestion massive de graines de Veratrum album. Lextraction
des toxiques est opérée en phase liquide sur Toxi-Tube A
tandis que la séparation chromatographique était réalisée
sur une colonne C8, 150 mm x 2,1 mm au moyen dun gradient méthanol:tampon
formiate 2 mM, pH = 3,0. Les ions sélectionnés étaient
m/z = 592,5 pour la cévadine et 674,5 pour la vératridine.
Les limites de détection étaient respectivement de 0,10
et 0,07 ng/mL pour la cévadine et la vératridine.
Intoxications humaines
Lintoxication par le vératre nest
désormais plus le fait daccidents thérapeutiques,
mais résulte le plus souvent de la confusion de cette plante par
dautres, et en tout premier lieu par la gentiane jaune, Gentiana
lutea [169]. Cette plante est en effet populairement connue et appréciée
en Europe comme tonique apéritif et entre dans la composition de
nombreuses recettes de vins et liqueurs " fait-maison "
[167]. Dautres confusions ont été décrites
dans la littérature et sont le fait : dune intoxication par
un botaniste autodidacte ayant confondu Veratrum viride et un chou
(Symplocarpus foetidus) [170] ; cinq autres cas pour lesquels Veratrum
viride fut pris pour du raisin dAmérique (Phytolacca
americana) [170] ; trois cas pour lesquels Veratrum viride
fut confondu avec un ail (Allium tricoccum) [5]. Trois intoxications
furent induites par lingestion dune teinture de Veratrum
album [170, 171]. Douze cas résultèrent de linclusion
de Veratrum japonicum dans une soupe [172] et douze autres de lingestion
dune tisane de racines de Veratrum album [173]. Les cas mortels
rapportés dans la littérature sont très rares. Une
cause de décès fut le fait dune erreur dun pharmacien
qui avait confondu de la poudre de vératre avec de la poudre de
rhubarbe, un cas était un assassinat, enfin deux autres ont résulté
daccidents subaigus [169]. Les observations dautopsies sont
tout aussi rares, lintoxication ne produisant aucun signe spécifique.
Tous les cas récents sont des empoisonnements accidentels pour
lesquels un traitement en milieu hospitalier a toujours conduit à
une issue favorable. Un article [168] rapporte deux cas mortels résultant
de lingestion massive de graines de vératre. La vératridine
et la cévadine seront identifiées puis quantifiées
par CLHP-SM. Les concentrations post mortem mesurées dans
le sang étaient de 0,17 et 0,40 ng/mL pour la vératridine
et 0,32 et 0,48 ng/mL pour la cévadine.
XANTHIUM SIBIRICUM
Trois cas de décès accidentels ont
été rapportés avec cette plante toxique chinoise
dont les graines peuvent facilement être confondues avec du sésame.
Ce fut le cas à deux reprises de gâteau au sésame
confectionné avec des graines de Xanthium sibiricum [19].
La plante communément appelée lampourde de la famille des
Composées contient du carboxyactractyloside. Les autres espèces
toxiques sont X. spinosum et X. strumarium.
GENRE ZIGADENUS
Ces herbes pérennes de la famille des Liliacées de lAmérique
du Nord peuvent facilement être confondues avec des oignons sauvages,
bien quelles nen possèdent pas lodeur caractéristique
et que le bulbe soit amer. Les cas dintoxication bovins sont nombreux
et parfois dramatiques. Les cas humains non-létaux sont nombreux
et bien documentés [174]. Les décès sont rapportés
dans plusieurs articles de journaux du 19e siècle chez des tribus
indiennes dAmérique du Nord et toujours dans le même
pays au début du 20e siècle chez des travailleurs qui posaient
des lignes de chemins de fer dans les états de lOuest [175].
Les alcaloïdes toxiques sont comparables en nature et structure à
ceux du vératre.CONCLUSION
Les auteurs ont dressé un inventaire non exhaustif des principaux
végétaux toxiques responsables de décès chez
lHomme, les taux post mortem rapportés ainsi que les
méthodes analytiques employées pour la détection dans
les milieux biologiques. La diversité des principes actifs oblige
l'analyste d'avoir recours à des méthodes sensibles très
sophistiquées telles que la CLHP-SM-SM. Des développements
importants sont encore à produire concernant des toxiques originaux,
tels que les dérivés des acides aminés, les lectines,
les polyines et bien d'autres.REFERENCES
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