ARTICLE
Auteur(s) : Jacques Lançon1, Sylvie
Lewicki2, Christopher
Viot3, Mossibaou
Djaboutou4, Juan-Carlos
Cousiño5, Emmanuel Sêkloka4
1Centre de Coopération internationale en recherche
agronomique pour le développement (Cirad), Unité propre de
recherche (UPR) 67 « Gestion in situ des ressources génétiques
et dynamiques sociales », TA 72/09, Avenue Agropolis, 34398
Montpellier cedex 5 France
2Centre de Coopération internationale en recherche
agronomique pour le développement (Cirad), Unité propre de
recherche (UPR) 10 « Systèmes cotonniers », Délégation du
Cirad, 08 BP 1077 Cotonou Bénin
3Centre de Coopération internationale en recherche
agronomique pour le développement (Cirad), Unité propre de
recherche (UPR) 10 « Systèmes cotonniers », TA 70/03, Av.
Agropolis, 34398 Montpellier cedex 5 France
4Institut national des recherches agricoles du Bénin
(Inrab), 01 BP 884 RP, Cotonou Bénin
5Dirección de Investigación Agrícola (DIA), Instituto
Agronómico Nacional (IAN), Km.48,5, Ruta 2, Caacupé Paraguay
Dans les projets de développement rural, deux approches
philosophiques s’affrontent depuis toujours : l’une plutôt
autoritaire et descendante, l’autre dite autocentrée ou
participative [1, 2]. Appliquée à la recherche, la première
approche défend l’idée que ceux qui détiennent la connaissance
globale, les chercheurs ou les vulgarisateurs, détiennent aussi la
connaissance locale nécessaire à la mise au point des applications
finalisées. En revanche, la seconde estime que les populations
doivent participer à l’énoncé et à la hiérarchisation des problèmes
qui les touchent et au choix des solutions pertinentes. En Afrique,
pour des raisons objectives et d’autres, historiques, liées à
l’organisation des filières, l’amélioration génétique du cotonnier
se pratique surtout en station. Le sélectionneur entretient une
relation privilégiée avec la société cotonnière, dont le rôle
s’étend non seulement à l’encadrement de la culture et à la
commercialisation de la production mais aussi au développement
rural. Cette approche traditionnelle a pu être jugée efficace tant
par les responsables des sociétés cotonnières [3] que par des
experts d’organisations internationales [4].Cependant, les filières
cotonnières sont en pleine mutation. Après avoir activement
contribué à l’essor de la culture du coton, les sociétés
cotonnières d’État sont démantelées à la demande des institutions
financières internationales et leurs activités sont reprises par de
nombreux acteurs organisés en interprofession. Parallèlement, les
producteurs, par leurs instances de représentation jouent un rôle
grandissant [5, 6], notamment technique comme c’est le cas pour
l’organisation de la production de semences.Pour accompagner ces
changements, le Cirad a développé deux programmes d’amélioration
génétique participative [7] qui s’efforcent d’explorer de nouveaux
dispositifs associant des producteurs de coton. Le premier, conduit
en collaboration avec l’Institut national des recherches agricoles
du Bénin (Inrab), a démarré au Bénin en 1996 [8] tandis que le
second se poursuit au Paraguay depuis 2000 en collaboration avec la
Direction de la recherche en agriculture (DIA, Dirección de
Investigación Agrícola) [9]. Les méthodologies et les résultats de
ces deux expériences pilotes sont présentés et discutés dans ce
texte.
Au Bénin, les agriculteurs réalisent la sélection
Contexte
Le Bénin s’est installé depuis dix ans parmi les tout premiers
producteurs de coton d’Afrique avec plus de 150 000 tonnes de
fibre exportée. La zone de production va du Borgou-Alibori au nord
du pays jusqu’au Mono-Couffo dans le sud. Les conditions de
production sont différenciées en fonction du climat1, des sols, de la pression foncière et de
l’organisation sociale.
En 2000, la filière s’est engagée dans un processus de
privatisation. Des structures spécifiques ont été créées par les
principales familles professionnelles pour assurer la coordination
de fonctions assurées jusque-là par l’État et la Société nationale
pour la promotion agricole (Sonapra) : approvisionnement des
producteurs en intrants agricoles, organisation de la filière,
commercialisation du coton-graine. Les organisations de producteurs
sont parties prenantes de ces structures de coordination, à titre
consultatif ou décisionnel, et leur poids politique se renforce
progressivement. Elles s’investissent également aux niveaux
villageois, communal, régional ou national, en assurant le
transport et la fourniture d’intrants. En revanche, les
agriculteurs pratiquent une culture moins intensive. Ils ne
disposent pas toujours des intrants souhaités au moment opportun et
ils sont de moins en moins au contact d’un encadrement agricole
vieillissant et clairsemé. Moins d’intrants et moins de technicité
se conjuguent pour une baisse de la qualité et des rendements.
La recherche a dû faire face à un double défi, constitué par
l’instauration de nouveaux rapports de force au sein de la filière
et par la stagnation, voire la baisse, des rendements2. Elle y a notamment répondu par la mise en
place d’un nouveau dispositif de création variétale reposant sur le
concept de sélection participative [7]. Ce dispositif visait à
resserrer les liens entre sélectionneur et producteur, mais aussi à
faciliter le dialogue entre ce dernier et les autres acteurs de la
filière. Il visait aussi à anticiper un transfert de compétences
vers les organisations paysannes, dans l’optique d’une
libéralisation des activités semencières. Enfin, il cherchait à
produire des variétés mieux adaptées aux conditions locales.
Le dispositif d’amélioration génétique participative (AGP)
Une population est créée en 1996 par le croisement de
14 variétés très différentes les unes des autres. Les semences
obtenues sont divisées en sept lots. Trois lots sont confiés à
trois producteurs-sélectionneurs (P-S) volontaires et désignés par
le conseil d’administration des organisations paysannes des trois
principaux départements cotonniers. Trois autres lots témoins sont
semés sur des centres permanents d’expérimentations de l’Inrab,
géographiquement les plus proches des champs des producteurs. Ces
parcelles témoins ne subiront pas de sélection. Enfin, le dernier
lot est sélectionné par les chercheurs sur la station d’Okpara
(Borgou).
Les P-S sont responsables de la mise en place et de l’entretien
d’une parcelle d’un millier de plantes à Kandi (Alibori), Savalou
(Collines) et Djougou (Donga). De leur propre volonté, ils
appliquent assez scrupuleusement l’itinéraire technique recommandé.
Chaque année, ils retiennent d’abord 200 plantes au champ,
puis 50 à l’examen des caractéristiques technologiques de la
fibre. Une fois mélangées, les semences de ces 50 plantes
servent au cycle suivant de sélection. En 2003, après cinq cycles
de sélection massale, les P-S ont été capables de passer à une
sélection généalogique, plus efficace pour la création
variétale.
Les 40 meilleures lignées provenant des travaux de
sélection réalisés par les trois groupes de P-S d’une part, et par
les chercheurs, d’autre part, ont été comparées entre elles.
L’évaluation a été conduite à l’aveugle par les P-S, les
représentants des organisations paysannes et les chercheurs, au
cours d’un même atelier organisé sur la station de Parakou en
novembre 2004.
Parallèlement, le matériel sélectionné au cours de chaque cycle
a été évalué en conditions contrôlées sur les centres
d’expérimentations de l’Inrab (( figure 1 )).
Résultats
Les trois populations sélectionnées par les P-S, Kandi 96-5, Moné
96-5 et Savalou 96-5, ont été décrites et évaluées après cinq
cycles de sélection [8]. Elles sont toutes nettement améliorées par
rapport à la population initiale. Par leur productivité au champ,
leur rendement à l’égrenage et la qualité de leur fibre, elles sont
très comparables aux variétés commerciales utilisées comme témoins.
Elles sont aussi un peu plus tardives et un peu plus végétatives.
L’essentiel du progrès génétique a été réalisé au cours des tout
premiers cycles de sélection. En revanche, le dispositif de
sélection in situ sous fécondation libre n’assure pas une
fixation3 de lignées aussi rapide
qu’en pratiquant l’autofécondation en station.
L’évaluation de ce matériel par les agriculteurs eux-mêmes donne
un résultat assez inattendu : avec une grande unanimité, ces
derniers ont élu deux lignées créées par la recherche,
Okpara 3-5 et Okpara 3-4, et deux autres créées par les
agriculteurs, Kandi 3-4 et Djougou 8-54 (( figure 2A) ). Ils ont en
revanche rejeté toutes les lignées créées à Savalou, et tout
particulièrement Savalou 4-33, représentative de ce groupe ((
figure 2B) ).
Leur choix et les commentaires repris dans la légende de la ( figure 2 ) montrent
qu’ils pensent que production de feuilles et production de capsules
sont antinomiques.
Les performances agronomiques et technologiques de ces lignées,
mesurées au moment de la récolte, corrigent quelque peu le jugement
porté par les agriculteurs un mois plus tôt. La lignée
Savalou 4-33, avec 2,6 t/ha, est aussi productive que les
meilleures lignées Okpara de la recherche et bien supérieure à
Djougou 8-5 (tableau 1( Tableau 1
)). Les conditions favorables de cette fin de saison des pluies lui
ont permis d’exprimer un potentiel, qui était encore peu visible en
novembre.
Ce résultat souligne l’attention qu’il faut porter à
l’organisation des processus d’évaluation, le contexte pouvant
modifier de façon sensible le classement final des entités
évaluées, en particulier lorsque l’observation privilégie des
caractères comme la productivité, dont l’expression est sensible
aux variations du milieu. La mise en scène de la culture (lieu,
époque de semis et itinéraire technique) et de l’évaluation
(moment, organisation, choix de l’évaluateur) est d’autant plus
déterminante que les capacités d’extrapolation de l’évaluateur sont
limitées, par manque de formation initiale ou d’expérience
multilocale.
Ces lignées présentent des qualités technologiques de niveau
variable mais très satisfaisant (tableau 2( Tableau 2 )), même si l’absence de témoin empêche
de porter un jugement définitif. Le processus de sélection a donc
permis de produire des génotypes produisant une fibre abondante et
de bonne qualité.
Les meilleures lignées seront testées dans les essais
multilocaux au cours des prochaines campagnes pour évaluer leur
comportement dans les différentes zones agroécologiques du
Bénin.
Cette expérience de sélection participative est la première
référencée pour une culture industrielle. Depuis près de
10 années, l’implication des organisations paysannes et
l’intérêt des producteurs-sélectionneurs ne se sont pas démentis.
La confiance s’est établie entre la recherche et les producteurs.
Après une phase d’apprentissage, les organisations de producteurs
souhaitent s’approprier le dispositif. Les décisions stratégiques
sont négociées au sein d’une cellule de coordination comprenant des
représentants des organisations paysannes et de la recherche, mais
qui ambitionne de s’ouvrir aussi aux autres acteurs de la
filière.
Tableau 1 Performances agronomiques des cinq lignées
les plus ou les moins appréciées par les agriculteurs (moyenne de
deux répétitions).Table 1. Agronomic performances of five lines,
most or least appreciated by the farmers (mean of two
replications).
|
Lignée
|
Rdt
|
PMC
|
R1/RT
|
RE
|
SI
|
|
tonnes/ha
|
g
|
%
|
%
|
g/100
|
|
Lignées les plus appréciées
|
|
Okpara 3-5
|
2,31
|
5,9
|
95,0
|
45,1
|
9,0
|
|
Okpara 3-4
|
2,74
|
5,0
|
93,0
|
47,6
|
9,3
|
|
Kandi 3-4
|
1,97
|
5,0
|
95,0
|
45,2
|
9,5
|
|
Djougou 8-5
|
1,78
|
5,8
|
94,0
|
45,4
|
8,4
|
|
Lignée la moins appréciée
|
|
Savalou 4-33
|
2,59
|
5,5
|
86,0
|
45,0
|
9,1
|
Tableau 2 Qualité de fibre des cinq lignées les plus ou
les moins appréciées par les agriculteurs (moyenne de deux
répétitions).Table 2. Fibre technology of the five lines, most or
least appreciated by the farmers (mean of two replications).
|
Lignée
|
UHML
|
UI
|
STP8
|
ELo
|
IM
|
PM
|
Rd
|
+b
|
|
mm
|
%
|
g/tex
|
%
|
|
%
|
%
|
|
|
Lignées les plus appréciées
|
|
Okpara 3-5
|
29,5
|
83,8
|
28,0
|
5,9
|
3,4
|
80,0
|
77,8
|
8,1
|
|
Okpara 3-4
|
29,1
|
83,8
|
28,6
|
6,2
|
3,7
|
81,0
|
77,7
|
9,6
|
|
Kandi 3-4
|
32,0
|
85,3
|
30,4
|
7,8
|
3,4
|
76,5
|
78,5
|
8,7
|
|
Djougou 8-5
|
27,8
|
83,1
|
28,3
|
7,6
|
3,9
|
77,5
|
77,2
|
8,5
|
|
Lignée la moins appréciée
|
|
Savalou 4-33
|
30,0
|
84,1
|
29,2
|
8,3
|
4,0
|
77,5
|
76,4
|
9,8
|
Au Paraguay, les agriculteurs évaluent de nouvelles
variétés
Contexte et objectif
Au Paraguay, les petits agriculteurs assurent plus de 90 % de
la production nationale de coton. Ils ne peuvent se passer des
revenus d’une production dont la rentabilité est pourtant de plus
en plus faible. Celle-ci est en effet menacée par l’érosion
constante du prix d’achat, par une baisse graduelle du rendement et
de la productivité, par une diminution de la fertilité des sols et
par une perte de technicité [10].
Pour contribuer au redressement de la productivité, le programme
d’amélioration génétique conduit par l’Institut agronomique
national (IAN) cherche à produire des variétés plus performantes
dans des situations difficiles et diversifiées aux plans
agronomique et socio-économique. Il a développé à partir
de 2000 une composante participative impliquant des
Producteurs–Évaluateurs (P-E) de manière à mieux intégrer leurs
préoccupations.
Méthode, partenaires
Le dispositif retenu (( figure 3 )) vise
l’évaluation de matériel génétique parvenu en fin de sélection.
Inspiré du Mother-Baby Trial [11], il a été mis en place
en 2003-2004, sous le nom de « Base-Satellite », par
cinq groupes d’agriculteurs de localités réparties du nord au sud
de la zone cotonnière (Choré, C.Oviedo, Ybycuí, Caazapá, María
Auxiliadora).
Les P-E sont des agriculteurs compétents, cultivant à la main
sur de petites surfaces. Ils peuvent être isolés ou faire partie
d’organisations variées : simple association à but coopératif,
petite coopérative locale, grande coopérative. Ils conduisent les
essais Satellite et se réunissent sur l’essai Base lors des jours
de champ. Ils peuvent ainsi apporter des informations pertinentes
sur le comportement des variétés testées, en cours de culture ou au
moment des récoltes. Leurs observations, de nature quantitative ou
qualitative, permettent de classer toutes les variétés dans l’essai
« Base », ou de les comparer par paires dans les essais
« Satellite ». Les P-E peuvent aussi décrire leurs
critères de choix et le poids qu’ils leur accordent.
Pour discuter les résultats du dispositif
« Base-Satellite », nous avons pris comme référence la
synthèse de 32 essais multilocaux réalisés sur station et en
milieu réel entre 1997 et 2003 (NVT, National variety
trial).
Résultats
Évaluation par les agriculteurs dans les essais
« Satellites »
Dans l’ensemble, le jugement que les agriculteurs portent sur les
variétés qu’ils voient dans leurs propres champs, est assez
conforme aux résultats des essais de référence (r2 =
0,708, ( figure
4 )).
Évaluation par les agriculteurs dans les essais
« Bases »
L’évaluation collective réalisée sur les essais « Bases »
est moins bien reliée avec le rendement de référence de l’essai
multilocal NVT (r2 = 0,445, ( figure 5 )).
Les évaluations « Base » sont assez proches de celles
réalisées dans les essais « Satellite » (r2 =
0,707).
Le potentiel de productivité est un critère dominant pour les
agriculteurs, et on observe que leur classement sur la base de
simples observations des variétés au champ rejoint plutôt bien
celui fondé sur une synthèse de plusieurs années de tests
multilocaux.
Bilan pour le sélectionneur
Ce type de dispositif s’est montré efficace pour l’évaluation
participative de variétés de coton. La réalisation en est simple,
et il permet de mieux orienter les choix variétaux relativement aux
besoins et aux préférences des agriculteurs. Les deux niveaux
d’essais renforcent l’efficacité :
- – l’essai « Satellite » demande peu de travail
à l’agriculteur puisque le nombre de variétés à tester est
réduit ; il fournit des commentaires analysables,
contrairement aux schémas où l’agriculteur teste de nombreuses
variétés ; les agriculteurs se sentent tous impliqués et
participent effectivement ;
- – l’essai « Base » permet de recueillir des
informations au cours des réunions, et aussi des données
quantitatives (rendement, par exemple) qui complètent les
comparaisons pluriannuelles des variétés réalisées en conditions
contrôlées.
Notons que les essais sont mieux réalisés techniquement lorsque
les agriculteurs bénéficient de l’appui d’un agent de
vulgarisation.
Intérêt pour les agriculteurs et la filière
Les agriculteurs considèrent que ces essais leur permettent
d’acquérir des informations sur les variétés. La libéralisation du
marché des semences depuis le milieu des années 1990 a
progressivement élargi le choix variétal [12], après deux décennies
de monovariétalisme quasi total. Avec le dispositif
« Base-Satellite », les agriculteurs se trouvent en
position d’évaluer et de choisir leurs variétés en connaissance de
cause. Pour les industriels de l’égrenage et le ministère de
l’Agriculture, il est important que le choix se fasse parmi les
variétés récentes dont la fibre est au niveau de qualité souhaité
par le marché. Une fois validé avec les producteurs, le dispositif
devrait donc être adapté pour pouvoir tenir compte également des
besoins et de l’opinion des autres utilisateurs de la filière.
Discussion
Imaginée à l’origine comme un substitut aux programmes
traditionnels de sélection destinés aux régions agricoles
défavorisées [13-15], la sélection participative confirme ici sa
pertinence pour l’amélioration des plantes commerciales ou
industrielles [16]. Par ses diverses modalités, sélection ou
évaluation participative, elle vise à créer et à identifier un
matériel génétique mieux adapté aux contraintes locales. Autrement
dit, elle s’inscrit dans une stratégie de prise en compte de
l’interaction génotype x milieu. Par son aspect finalisé, elle vise
également, et ce n’est pas son moindre mérite, à recréer du lien
entre des acteurs que les mécanismes économiques dominants,
libéraux, tendent à désolidariser les uns des autres5.
Confirmant l’opinion de Witcombe [16], nos travaux montrent que
le domaine d’application de la sélection participative est large.
L’approche participative et décentralisée [17] peut concerner une
plante industrielle, en particulier lorsque celle-ci est cultivée
dans un milieu peu contrôlé par l’agriculteur.
La libre circulation des informations et des idées a mis à mal
les rapports figés et les modèles stéréotypés. Aujourd’hui, le
sélectionneur doit adapter sa stratégie à des situations locales de
sélection, une configuration des filières et un niveau
d’intervention de l’État qui diffèrent selon les pays. Appliquer
une méthode, fût-elle participative, ne suffit plus : il faut
accompagner la démarche scientifique d’une réflexion sur la
participation optimale de tous les acteurs d’une filière et
concevoir des dispositifs capables de satisfaire au mieux la
demande émanant des clients de la recherche. Les deux exemples
présentés ici illustrent cette approche et ils s’inscrivent, en
matière d’amélioration génétique, dans une démarche générale de
recherche inscrite à la fois dans la production de connaissance et
dans le service aux acteurs.
Remerciements
De nombreux agriculteurs ont contribué directement par leur travail
ou indirectement par leur soutien au succès de ces deux projets.
Nous souhaitons les remercier et plus particulièrement les trois
paysans sélectionneurs du Bénin, Daouda Takpara (UDP Atacora), Bio
Yô Orou Moussé (UDP Borgou-Alibori) et Luc Assogba (UDP Zou). Au
Paraguay, nous remercions aussi les agriculteurs, les techniciens
et les ingénieurs des terrains participants, ainsi que les
responsables des coopératives Avina-Pprosac (Ybycui), Colonias
Unidas (Hohenau) et Coronel Oviedo (C. Oviedo).
Références
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“participation paysanne” dans le discours et les pratiques du
développement rural depuis la colonisation (Afrique de l’Ouest).
In : Bonnefond P, ed. Modèles de développement et
économies réelles Chroniques du Sud, 6. 1991 : 129-49.
2 Chauveau JP, Lebas P, Lavigne Delville P. La
dynamique des sociétés rurales face aux projets participatifs de
développement rural. Réflexions et propositions d’action à partir
d’expériences d’Afrique de l’Ouest. Participation populaire,
n° 11. Rome : FAO, 1997.
3 Béroud F. La place de la recherche dans l’organisation
des filières cotonnières. Son impact sur les gains de productivité.
In : Rôle et place de la recherche pour le développement des
filières cotonnières en évolution en Afrique. Colloque Cirad-CA,
1-2 septembre 2000. Montpellier : Centre de coopération
internationale en recherche agronomique pour le développement
(Cirad), 2000.
4 Simmonds NW. Farming system research. A review..
Technical Paper N°43. Washington (DC) : World Bank, 1985.
5 Cuzon JR. L’appui à l’organisation du monde agricole.
Paris : Secrétariat d’État à la Coopération et à la
Francophonie, 1997.
6 Devèze JC. Le réveil des campagnes africaines.
Paris : Khartala, 1996.
7 Lançon J. L’amélioration génétique participative a-t-elle
une place en sélection cotonnière ? Actes des journées coton
du Cirad, Montpellier. 20-24 juillet 1998.
8 Lançon J, Djaboutou M, Lewicki S,
Sêkloka E. Decentralised and Participatory Cotton Breeding in
Benin : Farmer-breeders’ Results are Promising. Exp Agric
2004 ; 40 : 419-31.
9 Viot C, Cousiño JC, González de Cousiño A.
Potencial de los ensayos varietales participativos para el mercado
de las semillas de algodón en Paraguay. XIX Seminario Panamericano
de Semillas, Felas, Aprosemp, MAG/DISE, 12-14 juillet 2004,
Asunción (Paraguay). 2004.
10 López J, Dietze R. Caracterización del Sector
Agroindustrial de Paraguay. San José (Costa-Rica) : Isnar,
2003.
11 Snapp S. Mother and Baby trials : A novel trial
design being tried out in Malawi. TARGET Newsletter of the Southern
African Soil Fertility Network 1999 ; 17 : 8.
12 Viot CR. L’amélioration variétale du coton au Paraguay
et la création variétale à Caacupé. Actes des journées coton du
Cirad, Montpellier. 23 et 24 juillet 2001.
13 Sperling L, Loevinsohn M, Ntabomvura B.
Rethinking the farmer’s role in plant breeding : local bean
experts and on-station in Rwanda. Exp Agric 1993 ; 29 :
509-19.
14 Hardon J. Introduction. In: Eyzaguirre P, Iwanaga M, eds.
Participatory plant breeding. Proceedings of a workshop, 26-29 July
1995, Wageningen (Pays-Bas), International Plant Genetic Resources
Institute (IPGRI)
15 Sthatpit BR, Joshi KD, Witcombe JR. Farmer
participatory crop improvement. III. Participatory plant
breeding : a case study for rice in Nepal. Exp Agric
1996 ; 32 : 479-96.
16 Witcombe JR. Do farmer-participatory methods apply more
to high potential areas than to marginal ones? Outlook Agric
1999 ; 28 : 43-9.
17 Witcombe JR. Decentralisation versus farmer
participation in plant breeding : some methodology issues.
In : Participatory Research and Gender Analysis Program
(PRGA), ed. New frontiers in Participatory Research and Gender
Analysis. Cali (Colombie) : Centre international de recherche
en agriculture tropicale (CIAT), 1997.
2 impliquant éventuellement aussi d’autres
facteurs, d’ordres phytosanitaire et agronomique.3 L’agriculteur trouverait peut être de l’avantage à
une certaine hétérogénéité génétique, qui peut avoir un effet
positif sur le rendement moyen dans des situations de culture
relativement hétérogènes ; cependant, la fixation permet une
meilleure homogénéité, nécessitée par les industriels utilisateurs
de la fibre ; une variété fixée est également moins affectée
par la dérive génétique au cours des générations de
multiplication.4 Les lignées sont nommées
d’après leurs lieux de sélection.5 Les
conséquences sur les circuits de multiplication de semences et les
modalités de valorisation des variétés, seront intéressantes à
étudier. Le système existant de multiplication peut convenir pour
le cas où une variété serait agréée par les deux parties - le
producteur et l’égreneur -, mais les organisations paysannes
pourraient aussi souhaiter protéger légalement les obtentions en
copropriété.1 On passe graduellement d’un
régime à deux saisons des pluies au sud (1 000 à 1 200 mm par
an) à un régime monomodal de type sahélien au nord (900 à
1 300 mm).
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