ARTICLE
Auteur(s) : Michel
AC Fok1, Weili Liang2, Jian Wang3, NaiYin Xu4
1Centre de coopération internationale en recherche
agronomique pour le développement (Cirad)- Département Cultures
annuelles (CA), Unité propre de recherche (UPR) « Systèmes
cotonniers en petits paysannats », TA 72/09, Avenue Agropolis,
34398 Montpellier cedex 5
2Department of Agronomy, Hebei Agricultural University,
Baoding, Hebei 071001, Peoples’ Republic of China
3Department of Economics, Hebei Agricultural University,
Baoding, Hebei 071001, Peoples’ Republic of China
4Institute of Industrial Crops, Jiangsu Academy of
Agricultural Sciences, 50 Zhongling St. Xiaolingwei, Nanjing
210014, Peoples’ Republic of China
La Chine est le premier pays producteur et consommateur de
coton. Son influence sur le marché mondial est généralement
reconnue depuis plus d’une décennie : c’est le niveau de ses
stocks et l’incertitude sur la gestion de ces derniers par les
autorités chinoises qui déterminent le prix mondial [1]. Dans ce
pays, l’adoption du coton génétiquement modifié (CGM) à grande
échelle, depuis 1998, a conduit certains observateurs à anticiper
une forte augmentation de sa production qui pourrait réduire sa
demande en importation au détriment des pays exportateurs. Depuis
deux ans, le sentiment de crainte de la puissance cotonnière de la
Chine est remplacé par la critique de la politique de soutien que
ce pays apporterait à sa production cotonnière [2].La perception de
la production cotonnière en Chine n’est pas toujours correcte.
L’objet de cet article est d’aider à mieux saisir l’évolution de la
production cotonnière en Chine et à indiquer qu’il est peu probable
de voir la Chine cesser ses importations de coton. Cette position
est fondée sur l’analyse des statistiques annuelles et surtout sur
les résultats d’une enquête que nous avons réalisée en 2002-2003.
Cette enquête a été conduite pour cerner les pratiques de culture
cotonnière et les résultats économiques en relation avec la
structure des exploitations agricoles. Elle a couvert les cinq
comtés les plus cotonniers de la province du Hebei, au nord de la
Chine, à raison d’un ou de deux villages par comté. Un ensemble de
plus de 200 exploitations ont été interviewées en 3 ou
4 passages. La taille des exploitations enquêtées est
représentative des exploitations chinoises - moins d’un hectare en
moyenne (tableau 1). Il y a peu de différence entre les
villages enquêtés et les résultats seront présentés pour l’ensemble
de l’échantillon.Dans cet article, la première partie est consacrée
au rappel de quelques généralités sur la production cotonnière en
Chine ; la deuxième partie restitue l’évolution de la
politique cotonnière vers la libéralisation après un fort soutien
de l’État ; la troisième partie met en exergue le caractère
d’intégration au marché d’une production familiale engagée
cependant dans une mutation cruciale ; la dernière partie
souligne le caractère encore incertain de l’incidence de l’adoption
du CGM sur l’évolution de la production.
Une production dispersée, intensive mais fluctuante
Production importante et fluctuante
( Tableau 1 )La production de coton a
une longue histoire en Chine. C’est dans ce pays que nous avons
situé la première opération de développement de cette production
avec l’implication de l’État au XVIIe siècle [3].
Depuis une vingtaine d’années, la Chine est devenue le premier pays
producteur, devançant les États-Unis. C’est aussi de loin le
premier pays consommateur en raison du développement de l’industrie
textile cotonnière (tableau 2( Tableau
2 )). En dépit de son niveau de production, la Chine est
importateur structurel, mais avec de grandes fluctuations.
La région traditionnelle de production se situe dans la vallée
du fleuve Jaune [4]. Elle était très nettement la principale région
de production jusqu’au milieu des années 1990, avant d’être
rattrapée par la région autonome Ouigour du Xinjiang, à l’ouest du
pays, où la production n’a démarré qu’à partir des années 1970
[5, 6]. La vallée du fleuve Yangse, plus au sud, est la troisième
région de production, région où celle-ci régresse depuis quelques
années (figures 1 et 2).
La commercialisation du CGM en Chine a été autorisée en 1998
dans plusieurs provinces de la vallée du fleuve Jaune [7]. En dépit
d’une absence d’autorisation, cette commercialisation a débuté en
2000 dans les provinces de la vallée du Yangse. Il n’y a pas encore
d’utilisation du CGM dans la principale province de production du
Xinjiang, mais c’est pourtant là que celle-ci continue à augmenter
régulièrement. L’incidence du CGM sur la progression de la
production nécessite pour le moins d’être nuancée (( figure 2 )) car les
surfaces cotonnières fluctuent en fonction de la perception de
l’intérêt économique de cette production.
Tableau 1 Données générales sur les villages
enquêtés.Table 1. General data on the surveyed villages.
|
Village
|
Nombre paysans enquêtés
|
Nombre membres par famille
|
Surface cultivée par paysan enquêté (ha)
|
Rendement coton-graine des paysans enquêtés, moyenne et écart
type, kg/ha
|
|
Totale
|
Coton
|
2002
|
2003
|
|
Chen Zhuang
|
29
|
4,7
|
0,91
|
0,81
|
3 625 (233)
|
3 032 (444)
|
|
DaWangZhuang
|
26
|
4,0
|
0,71
|
0,23
|
3 914 (201)
|
|
|
Fang Ya
|
26
|
4,0
|
0,69
|
0,21
|
3 424 (261)
|
3 346 (173)
|
|
ShiJiaBao
|
33
|
4,3
|
0,79
|
0,34
|
4 204 (399)
|
3 691 (378)
|
|
Song Zuang
|
25
|
4,0
|
0,66
|
0,32
|
3 876 (219)
|
3 763 ( 75)
|
|
XiGuan
|
38
|
3,5
|
0,97
|
0,20
|
2 855 (436)
|
|
|
XiJing Ke
|
30
|
4,5
|
0,59
|
0,37
|
3 546 (398)
|
3 015 (462)
|
|
Échantillon
|
207
|
4,2
|
0,76
|
0,35
|
|
|
Tableau 2 Production, consommation et importation de
coton en Chine.Table 2. Production, consumption and importation of
cotton in China.
|
Surface (1 000 ha)
|
Rendement fibre (kg/ha)
|
Équivalent coton-graine (kg/ha)
|
Production fibre (tonne)
|
Consommation (1 000 tonnes)
|
Importation (1 000 tonnes)
|
|
1990
|
5 588
|
807
|
2 306
|
4 510
|
4 225
|
480
|
|
1991
|
6 539
|
869
|
2 481
|
5 680
|
4 250
|
355
|
|
1992
|
6 835
|
660
|
1 886
|
4 510
|
4 600
|
53
|
|
1993
|
4 985
|
755
|
2 156
|
3 760
|
4 600
|
176
|
|
1994
|
5 528
|
770
|
2 199
|
4 250
|
4 500
|
884
|
|
1995
|
5 421
|
428
|
1 221
|
4 760
|
4 400
|
663
|
|
1996
|
4 722
|
890
|
2 541
|
4 203
|
4 600
|
787
|
|
1997
|
4 491
|
1 025
|
2 927
|
4 603
|
4 500
|
402
|
|
1998
|
4 459
|
1 010
|
2 884
|
4 501
|
4 400
|
78
|
|
1999
|
3 748
|
1 022
|
2 919
|
3 828
|
4 800
|
30
|
|
2000
|
3 600
|
1 227
|
3 506
|
4 417
|
5 200
|
52
|
|
2001
|
4 809
|
1 108
|
3 167
|
5 324
|
5 700
|
98
|
|
2002
|
4 180
|
1 177
|
3 363
|
4 920
|
6 500
|
682
|
|
2003
|
5 110
|
953
|
2 723
|
4 870
|
7 100
|
1 929
|
|
2004
|
5 650
|
1 115
|
3 186
|
6 300
|
7 600
|
1 600
|
Une production intensive
La production cotonnière est issue quasi exclusivement du petit
paysannat cultivant en moyenne 0,8 hectare. Dans la vallée du
fleuve Jaune, le coton occupe environ 40 % de la surface
cultivée, soit un tiers d’hectare par exploitation [8]. La
production très intensive est responsable d’un rendement élevé, de
l’ordre de 3 500 kg/ha de coton-graine. La Chine se place
ainsi parmi les trois premiers pays aux rendements les plus élevés,
aux côtés de l’Australie (pays exportateur) et d’Israël (pays à
production marginale). En considérant les pays à agriculture de
petit paysannat, la Chine est assurément de loin le pays le plus
performant en termes de rendement.
La production cotonnière bénéficie toujours au moins d’une
irrigation d’appoint, dans toutes les régions de production en
Chine. Dans l’ouest du pays, semi-aride, l’irrigation est totale.
Les techniques culturales sont assez différenciées suivant les
trois grandes régions de production. La culture est installée par
semis dans les deux principales régions de production, mais dans la
vallée du Yangse, elle l’est surtout par une technique de
transplantation largement diffusée à la fin des années 1980.
Partout, pour pouvoir semer assez tôt, on recourt au paillage
plastique, que ce soit au niveau des pépinières (pour la
transplantation) ou au niveau des champs (pour le semis en
place).
Le coton est produit avec un fort usage d’intrants chimiques. Si
les producteurs chinois n’utilisent pas les herbicides, car le
contrôle manuel des adventices est aisé sur de petites parcelles,
ils utilisent engrais et insecticides en grandes quantités. Les
doses d’engrais utilisées sont en moyenne de 800 à 1 200 kg de
produits commerciaux [9] ou de 530 unités fertilisantes1, avec fréquemment un déséquilibre en termes
de surdosage en azote, voire de phosphore, et de sous-dosage en
potassium [10-13]. Le nombre de traitements contre les ravageurs
varie dans le temps et dans l’espace. Dans la région autonome
Ouigour du Xinjiang, à l’ouest du pays, les traitements
insecticides n’étaient pas jugés nécessaires jusqu’au milieu des
années 1990, mais cette situation est aujourd’hui révolue. Dans la
vallée du fleuve Jaune, avant l’avènement du CGM et après
l’émergence de la résistance de Helicoverpa armigera, il était
courant de recenser 20 à 30 traitements contre ce ravageur
[14, 15], certains paysans déclarant avoir eu à traiter tous les
deux jours. Le cotonnier dans cette région est aussi soumis à une
infestation endémique de plusieurs maladies, dont les deux plus
importantes sont la fusariose et la verticiliose.
Les températures élevées et les doses élevées d’engrais
conduisent à une forte croissance que les paysans chinois
contrôlent depuis près de vingt ans par l’emploi de régulateurs de
croissance, en moyenne à trois reprises. En général, les différents
produits insecticides, fongicides et régulateurs de croissance sont
mélangés lors de l’épandage2. Comme
le montre le tableau 3( Tableau 3
), en valeur monétaire, le recours aux intrants en Chine est
comparable à celui observé aux États-Unis (en dépit de coûts
unitaires moindres).
Le mode de production relève donc fondamentalement d’une
approche d’intensification pour maximiser le rendement. C’est la
conséquence d’une longue politique cotonnière visant à mettre au
point et faire appliquer les techniques productives.
Tableau 3 Comparaison des coûts d’intensification en
Chine et ailleurs (d’après [16-18]).Table 3. Intensification costs
in China and elsewhere (from [16-18]).
|
Villages enquêtés, Hebei
|
États-Unisa
|
Mali
|
Bénin
|
Mozambiqueb
|
|
2002
|
2003
|
1997
|
2001
|
1998
|
2001
|
2000
|
|
Coût des produits chimiques
|
143
|
147
|
210
|
299
|
83
|
95
|
12
|
|
Coût des semences
|
42
|
51
|
36
|
48
|
0
|
0
|
0
|
|
Coût des autres intrants
|
69
|
69
|
23
|
|
0
|
0
|
0
|
|
Coût total des intrants physiques
|
254
|
267
|
269
|
347
|
83
|
95
|
12
|
aCoûts établis pour les fermes à niveau moyen de coût en
1997, et pour la région du Mississipi Portal en 2001, non inclus
les frais de redevance d’emploi des semences.
bCoûts établis pour la province du Cabo Delgado, au
nord du Mozambique.
Politique cotonnière : libéralisation après une longue
phase de soutien
Depuis la création de la « Chine nouvelle » en 1949, on
peut distinguer trois phases dans la politique cotonnière [19]. La
première phase correspond à l’épisode de l’agriculture
collectiviste de 1949 à 1977. Au cours de cette phase,
dont l’analyse détaillée nous éloignerait du sujet, retenons que
les paysans étaient plutôt des ouvriers agricoles qui n’étaient pas
maîtres des décisions de production et dont la rémunération se
faisait en fonction du nombre de « points de travail ».
La deuxième phase, de 1978 à 1999, a commencé avec la
réforme de la politique agricole couplée avec un fort soutien à la
production cotonnière. Elle s’est achevée peu avant l’entrée de la
Chine à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en
décembre 2001. La phase actuelle est un épisode de
libéralisation où les paysans sont laissés seuls face au marché.
Deux décennies d’intensification soutenue
Le niveau d’intensification rencontrée en Chine résulte du soutien
dont la production cotonnière a bénéficié, en particulier depuis la
réforme de la politique agricole de 1978. Ce soutien s’exprime
tant au niveau de la subvention à l’usage des intrants qu’à la
garantie d’un prix attractif.
À partir de 1978, le soutien à l’intensification de la
production cotonnière prenait des formes très variées. L’incitation
à l’utilisation des intrants chimiques, plus particulièrement à
celle des engrais, prenait la forme de diverses subventions3 octroyées au niveau national, provincial
voire d’échelons administratifs inférieurs [20]. Le gasoil pour le
fonctionnement des tracteurs était généralement subventionné
localement. Les semences étaient distribuées quasiment gratuitement
aux paysans.
L’incitation à l’intensification était d’autant plus forte que
le prix garanti était attractif. En Chine, la production cotonnière
est l’une des productions agricoles pour lesquelles la fixation
administrative du prix d’achat aux producteurs est restée le plus
longtemps en vigueur, jusqu’à 1999. Au cours de la période
1978-1999, le prix du coton a été augmenté douze fois. Ce prix a
toujours été déterminé en considérant l’écart de productivité avec
les principales céréales (blé et maïs) pour lui assurer une
attractivité suffisante [21]. La libéralisation du marché des
céréales est cependant intervenue dès le début des
années 1990, en induisant une fluctuation importante des
prix ; le coton a bénéficié ainsi d’une garantie de prix qui a
renforcé son intérêt pour les producteurs jusqu’à la
campagne 1999-2000.
Un demi-siècle de construction d’une recherche performante
En se proclamant nation communiste en 1949, la Chine marquait
aussi sa confiance dans le développement des sciences pour parvenir
à son développement. Le réel démarrage des recherches agronomiques
date du début des années 1950, avec l’instauration des
académies provinciales des sciences agricoles composées d’instituts
de recherche ciblée (sols, techniques culturales, protection des
cultures…) ou d’instituts spécialisés sur les cultures
industrielles. Jusqu’à aujourd’hui, en raison de leur contribution
à la productivité de l’agriculture, toutes ces académies jouissent
en Chine d’une aura fort enviable tant auprès des gouvernements
provinciaux que des populations. La technique de transplantation du
cotonnier [22], largement adoptée dans de nombreuses provinces
cotonnières en Chine, a fini d’être mise au point dès le début des
années 1970, même si son adoption s’est surtout répandue dix
ans plus tard4.
Le cas de la création variétale est une bonne illustration de la
puissance de la recherche publique que la Chine a su construire.
Comme pour toutes les espèces de grandes cultures en Chine, la
création variétale est le fait d’un grand nombre d’instituts de
recherche opérant à l’échelle nationale, provinciale ou à des
échelons administratifs inférieurs (districts et comtés). Il y a
certes un institut national sur le coton (relevant de l’Académie
nationale des sciences agricoles), mais il y a dans toutes les
provinces cotonnières un institut spécialisé sur le coton relevant
des académies provinciales des sciences agricoles, alors que l’on
peut trouver par ailleurs des stations de recherche directement
rattachées à l’Administration des districts. L’étendue des travaux
de recherche est bien entendu variable entre les divers types
d’instituts, mais ils intègrent tous un programme de création
variétale à l’origine d’un grand nombre de variétés. Jusqu’à la
commercialisation du CGM, toutes ces institutions de recherche
fonctionnaient en un partenariat qui se traduisait par un intense
échange de matériel végétal.
Cette grande décentralisation de la création variétale est à
l’origine d’un grand nombre de variétés proposées aux paysans
chinois, reposant sur les qualités de productivité et de résistance
aux maladies. Les statistiques du ministère de l’Agriculture
mettent en évidence que, au cours de la période 1980-2003,
176 variétés ont été effectivement vulgarisées, ce qui
correspond à 7 ou 8 variétés nouvelles proposées chaque année.
Pour chaque campagne, on recense 20 à 25 variétés cultivées, ce qui
indique que le marché est relativement partagé. La durée de vie des
variétés est assez courte, en raison du dynamisme de la création
variétale. Il est intéressant de noter que, de manière générale,
les variétés les plus prisées ne sont pas issues de l’institut de
recherche d’échelon national.
Lorsque la Chine a décidé de développer les recherches en
biotechnologie, le gouvernement central a mis en œuvre les moyens
financiers nécessaires pour soutenir les équipes de recherche [7,
23]. Ce plan est directement à l’origine de la bonne maîtrise des
techniques de transformation génétique [23, 24] - y compris la mise
au point d’une technique propre aux chinois [25, 26] -, de
l’identification de nombreux gènes d’intérêt agronomique et aussi
de la construction d’un gène Bt propriété d’une équipe de
chercheurs chinois [7].
En même temps que l’engagement des travaux en biotechnologies,
au milieu des années 1980, les instituts chinois ont investi
la création de variétés hybrides, dont les premières furent
finalisées au début des années 1990. Ce sont des variétés qui
sont largement utilisées dans les provinces de la vallée du fleuve
Yangse.
Production actuelle sans subventions directes
Le soutien à l’intensification a commencé à se réduire à partir de
la seconde moitié des années 1990 et a totalement disparu peu
avant l’entrée de la Chine à l’OMC (condition revendiquée par le
lobby cotonnier des États-Unis).
Au niveau de l’acquisition des intrants agricoles, les paysans
chinois s’approvisionnent auprès d’un grand nombre de fournisseurs
en payant les prix réels sans la moindre subvention. Ces
fournisseurs sont de natures diverses (sociétés publiques,
collectives, privées) et de tailles variables. On constate que les
paysans jouent eux-mêmes un rôle notable dans la distribution des
intrants : on en trouve toujours qui assurent la vente au
détail dans leurs villages.
Depuis 1999, il n’y a plus de soutien direct au prix d’achat du
coton sous la forme d’une garantie de prix. Les prix fluctuent au
jour le jour en fonction de la demande de l’industrie textile
nationale. Le système de commercialisation du coton produit par les
paysans s’en est trouvé aussi libéralisé, et on en constate
aujourd’hui les effets négatifs. En effet, avant cette
libéralisation, les paysans devaient transporter leur production au
niveau des centres d’achat établis par l’État où ils devaient
attendre leur tour (en y passant la nuit parfois) pour vendre leur
production. Celle-ci était payée au prix de la fibre après
évaluation du rendement fibre et de certaines caractéristiques
technologiques de la fibre. La fin du prix garanti a vu émerger les
collecteurs primaires qui venaient acheter chez les paysans. Au
départ, les paysans en avaient une appréciation positive car ils
les affranchissent des coûts de transaction au niveau des centres
d’achat. Maintenant, comme cela ressort des entretiens réalisés
dans le cadre de notre enquête, ces collecteurs primaires sont
critiqués pour leurs pratiques d’entente au détriment des paysans
qui, par ailleurs, ne sont plus payés sur une base fibre mais sur
une base coton-graine.
Il est donc difficile d’affirmer que les paysans bénéficient
d’une quelconque subvention directe pour produire du coton. Tout au
plus, peut-on admettre un soutien indirect à travers un certain
contrôle de l’importation du coton, abritant ainsi les paysans
chinois du marché mondial sans en tirer forcément profit en raison
du rôle des collecteurs primaires. Cette observation s’oppose à
l’idée véhiculée depuis quelques années par le Comité consultatif
international du coton (CCIC ; International Cotton Advisory
Committee, ICAC), reprise par les pays africains dans leur
protestation à Cancún en septembre 2003, mais dont la méthode
d’estimation nous paraît fort critiquable [27].
Production familiale intégrée et soumise au marché
Force d’une production peu typique d’un pays en
développement
La production cotonnière provient quasi exclusivement5 des fermes familiales, de faible taille en
Chine (3 à 4 personnes pour 0,8 hectare en moyenne et
dont environ le tiers est consacré au coton). Le caractère intensif
des modes de production conduit à un niveau élevé du rendement.
En dépit de cette faible taille des fermes, l’agriculture
chinoise est peu représentative de celle des pays en développement
(PED) où le rendement est faible en raison d’un équipement limité
et d’un faible niveau d’intensification lié à un accès difficile
aux intrants pour des raisons physiques [28] ou financières
[29-31]. Cette situation a été aggravée par la mise en œuvre des
plans d’ajustement structurel s’appliquant à l’ensemble de
l’agriculture [32] ou aux filières cotonnières de manière
spécifique [33, 34]. Même quand les paysans accèdent aux intrants,
la productivité de l’utilisation de ces derniers peut être limitée
par le manque d’éducation.
Ces caractéristiques ne s’appliquent pas à la Chine, comme on le
voit à travers les résultats de notre enquête. En ce qui concerne
l’éducation, il est extrêmement rare de rencontrer des personnes
qui n’ont jamais été à l’école. S’agissant des femmes, qui sont les
actifs les plus permanents dans les champs (cf. infra), on
observe que 40 % d’entre elles ont eu une scolarité supérieure
à six ans.
La mécanisation, voire la motorisation, est fort répandue. Tous
les paysans disposent d’un tracteur et d’un pulvérisateur à dos,
mais le parc de machines est assez diversifié. Les paysans chinois
se distinguent notamment par l’utilisation d’un pulvérisateur
motorisé à dos. Les prestations de service entre paysans sont très
développées, suivant des tarifs différenciés : il en découle
que le recours aux machines n’est pas limité aux paysans qui en
possèdent (tableau 4( Tableau 4
)).
L’accès physique aux intrants est facilité par la proximité des
fournisseurs : 50 % des paysans se fournissent à moins
d’un kilomètre de leur lieu de résidence (tableau 5( Tableau 5 )). Il est aussi facilité par la
possibilité de choix entre les fournisseurs, de sorte qu’il est
assez rare que les paysans s’approvisionnent auprès d’un seul
fournisseur.
Le coût relatif des intrants physiques (engrais, pesticides,
semences, film plastique, régulateur de croissance, eau
d’irrigation) varie de 15-20 % de la valeur de la production
(tableau 6( Tableau 6 )), ce qui
est bien plus faible qu’en Afrique [16, 35], pour des doses
d’utilisation bien plus importantes (cas des engrais). À titre
indicatif, le coût total des engrais en Chine est identique à celui
rencontré en Afrique alors que les quantités utilisées de produits
commerciaux sont près du quadruple, même s’il faut pondérer cela
par des concentrations plus faibles en unités fertilisantes de
certains types d’engrais. On notera que le poste des semences est
loin d’être négligeable, même s’il se situe seulement au quart du
coût total des pesticides et engrais : c’est le résultat du
recours généralisé au CGM dans la province concernée.
Tableau 4 Niveau élevé de motorisation dans les
exploitations cotonnières.Table 4. High level of motorization in
cotton farms.
|
% fermes en utilisant
|
% fermes en disposant
|
Coût du service euros/ha
|
|
Pulvériseur à moteur
|
21
|
35
|
17
|
|
Machine de pose de plastique
|
1
|
1
|
|
|
Charrue
|
2
|
51
|
27
|
|
Machine de récolte
|
8
|
80
|
46
|
|
Semoir
|
17
|
9
|
14
|
|
Tracteur à trois roues
|
20
|
1
|
|
|
Tracteurs à 4 roues
|
80
|
97
|
|
|
Broyeuse de tiges
|
|
1
|
|
|
Autres
|
|
0
|
|
Tableau 5 Proximité des vendeurs d’intrants.Table 5.
Input suppliers are easily within reach.
|
Éloignement des vendeurs d’intrants
|
% des paysans concernés
|
|
Moins de 1 km
|
49
|
|
1 à 2,5 km
|
20
|
|
2,5 à 5 km
|
30
|
|
5 à 7,5 km
|
1
|
|
Total
|
100
|
Tableau 6 Faibles coûts relatifs des intrants en
culture de coton en Chine.Table 6. Relatively low costs of inputs
in cotton growing in China.
|
2002
|
2003
|
|
Quantité d’engrais (kg/ha)
|
905
|
994
|
|
Coût des engrais (euros/ha)
|
72
|
77
|
|
Coût des pesticides (euros/ha)
|
47
|
45
|
|
Coût des semences (euros/ha)
|
35
|
42
|
|
Coût total intrants physiques (euros/ha)
|
210
|
220
|
|
Revenu brut coton (euros/ha)
|
1 068
|
1 468
|
|
Ratio intrants/extrants (%)
|
19,7
|
15,0
|
Faiblesse d’une agriculture en cours de marginalisation
En dépit de son niveau de rendement fort enviable, l’agriculture
n’assure pas un revenu satisfaisant. Le revenu des ménages
agricoles progresse lentement, l’écart avec le revenu des ménages
citadins se creuse (( figure 3 )). On
constate que la part de l’agriculture dans le revenu des ménages
agricole se réduit (( figure 4 )), indiquant
que c’est la possibilité de revenu en dehors des fermes, parfois à
des distances très éloignées, qui contribue à limiter
l’augmentation des écarts de revenu avec les ménages citadins.
Pour les provinces relativement proches de la zone côtière à
forte croissance économique, la plupart des hommes occupent des
emplois en dehors de la ferme, loin du village, souvent tout au
long de l’année et ne rentrent que pour la fête du nouvel an
lunaire. Les femmes et aussi les personnes âgées (au-dessus de
55-60 ans) sont donc, de fait, les actifs les plus permanents
sur les fermes. Ce phénomène conduit à considérer que l’agriculture
chinoise est devenue une activité à temps partiel exécutée par les
femmes [8]. Cette tendance connaît une nouvelle évolution car la
migration des jeunes s’affirme en associant les épouses. Il est
donc possible que l’agriculture devienne l’activité des personnes
âgées, ce qui pose la question du devenir de cette activité dans
les vingt années à venir.
Ce caractère d’agriculture à temps partiel générant un revenu
d’appoint pourrait être l’explication d’une certaine passivité des
paysans à améliorer la rentabilité des cultures. L’enquête que nous
avons menée et tous les entretiens que nous avons eus mettent en
évidence l’absence totale d’action collective pour mieux acquérir
les facteurs de production et mieux vendre. L’activité agricole est
menée de manière individuelle, sans doute comme la conséquence du
passé dramatique de la phase d’agriculture collectiviste
d’avant 1978. Tout en se plaignant de l’augmentation du coût
des intrants et de l’entente des collecteurs primaires de coton,
les paysans chinois ne songent pas à s’organiser ou à réclamer une
assistance dans ce but. Ils supportent ainsi tous les chocs de
prix, avec cependant la capacité d’y répondre en retardant la vente
des produits et en décidant de faire moins de coton : c’est le
cas en 2005 après la forte baisse des prix à l’automne 2004
(cf. la fluctuation de la surface cotonnière, ( figure 2 )).
Ces caractéristiques nous semblent induire une fluctuation
structurelle de la production cotonnière en Chine, comme
conséquence de la répercussion des fluctuations du prix mondial
qu’aucune action collective ne vient tempérer. La capacité de
résilience procurée par les revenus non agricoles contribue à
maintenir la production mais les fluctuations de prix, que les
paysans chinois ont enregistrées ces dernières années, devraient
les freiner dans une plus grande spécialisation dans la culture
cotonnière, du moins dans les deux régions traditionnelles de
production.
Peu d’incidence du CGM sur la position structurelle dans le
marché mondial
Des effets positifs indéniables
La réussite de l’expérience chinoise dans l’adoption du CGM a fait
l’objet de nombreux écrits récents [7, 36-40] et nous en avons
souligné les caractéristiques spécifiques pour prévenir contre une
extrapolation trop rapide des conclusions à d’autres PED [41-43].
Au moins à court terme, on peut considérer que dans la vallée du
fleuve Jaune, la diffusion du CGM a été un succès. Ainsi, dans la
province du Hebei de cette vallée, l’adoption du CGM est générale,
pour des résultats économiques tout à fait positifs en dépit d’une
augmentation du coût des semences qui a plus que décuplé. En termes
de réduction du nombre de traitements contre le ravageur
Helicoverpa armigera, comparativement aux 20 à 30 traitements
que les paysans avaient eu à réaliser avant l’avènement du CGM, le
gain est substantiel en termes financier et environnemental, et sur
le plan de la santé des paysans (tableau 7( Tableau 7 )).
L’expérience chinoise est aussi une infirmation de la vision
pessimiste relative à l’utilisation des CGM par les petits paysans.
Ce résultat tient au fait que la Chine a réussi à faire adopter des
règles de diffusion plus favorables aux paysans et qu’elle a une
capacité d’offre de variétés nationales de CGM. Il n’y a pas
d’instauration d’un monopole dans la fourniture des variétés de
CGM. Les résultats de notre enquête montrent que les paysans
chinois ont le choix entre plus d’une vingtaine de variétés. Bien
que la multinationale Monsanto ait été à l’origine de la
commercialisation du CGM, ses variétés perdent progressivement
leurs parts de marché au profit de variétés chinoises issues
d’institutions de recherche de divers échelons administratifs
(tableau 8( Tableau 8 )). Une
moindre adaptation des variétés et un prix plus élevé sont à
l’origine de la perte de position dominante de Monsanto
(tableau 9( Tableau 9 )).
À cela il faut ajouter le gros avantage que représente pour
les producteurs chinois le fait de pouvoir utiliser les semences
paysannes sans avoir à payer les semences au prix fort tous les
ans. Dans la province du Hebei, plus de 50 % des paysans
utilisaient au moins partiellement les semences paysannes
en 2003 (tableau 10( Tableau
10 )).
Tableau 7 Nombre total de traitements insecticides en
culture de coton en ChineTable 7. Total sprays against cotton pests
in China.
|
Nombres moyens de traitements
|
2002
|
2003
|
|
Contre Aphis
|
4,1
|
5,2
|
|
Contre Helicoverpa armigera
|
5,7
|
4,6
|
|
Contre araignées rouges
|
2,7
|
3,3
|
|
Contre tous les ravageursa
|
10,1
|
12,1
|
aIl est normal que la moyenne du nombre total de
traitement soit différente du total des moyennes.
Tableau 8 Nombre de variétés CGM en fonction des
niveaux administratifs d’obtention et des types de variété en
Chine.Table 8. Administrative levels of the owners of GM cotton
varieties in China.
|
Niveau administratif d’obtention
|
Type de variétés
|
|
Populations
|
Hybrides
|
Total
|
|
International
|
2
|
|
2
|
|
National
|
9
|
1
|
10
|
|
Provincial
|
4
|
1
|
5
|
|
District
|
2
|
3
|
5
|
|
Indéterminé
|
6
|
|
6
|
|
Total
|
23
|
5
|
28
|
Tableau 9 Prix et parts de marché des variétés
d’origine américaine et chinoise.Table 9. Prices and market shares
of US and Chinese cotton GM varieties.
|
Origine des variétés
|
Type des variétés
|
2002
|
2003
|
|
Prix semences (euros/kg)
|
% utilisateurs
|
% surface
|
Prix semences (euros/kg)
|
% utilisateurs
|
% surface
|
|
Chine
|
Population
|
2,7
|
29
|
39
|
3,7
|
43
|
49
|
|
Hybrides
|
4,0
|
4
|
4,5
|
6
|
|
États-Unis
|
Population
|
4,1
|
67
|
61
|
5,1
|
51
|
51
|
Tableau 10 Pratique d’acquisition de semences selon le
nombre de variétés de coton cultivées par les paysans chinois.Table
10. Seed acquisition mode according to the number of cotton
varieties grown by Chinese farmers.
|
Paysans en fonction du nombre de variétés cultivées (%)
|
Tous les paysans
|
|
1
|
2
|
3
|
|
Semences obtenues par échange
|
1
|
0
|
0
|
1
|
|
Semences partiellement achetées
|
26
|
29
|
75
|
30
|
|
Semences achetées en totalité
|
53
|
33
|
0
|
45
|
|
Semences du paysan en totalité
|
20
|
38
|
25
|
25
|
|
Total
|
100
|
100
|
100
|
100
|
Risque d’un succès limité par manque de coordination
En dépit du surcoût des semences de CGM, leur utilisation est
rentable et pourrait même l’être davantage si des efforts de
coordination sont entrepris. Fondamentalement, le recours au CGM a
réhabilité la culture cotonnière dans les provinces handicapées par
la résistance aux insecticides du ravageur Helicoverpa armigera, en
permettant un retour des paysans à cette culture et de ramener la
pression de ce ravageur à un niveau plus facilement gérable. La
situation actuelle ne devrait plus justifier une utilisation
exclusive au CGM et elle devrait pousser à adapter les programmes
de contrôle chimique. Une coordination en ce sens permettrait de
réduire le coût des semences, de limiter les effets du changement
du complexe parasitaire et donc d’assurer une utilisation durable
du CGM. La réticence à la coordination que nous avons soulignée est
donc un obstacle à la pérennité des résultats positifs. En effet,
depuis la commercialisation du CGM en 1998, on observe des signes
d’un changement du complexe des ravageurs du cotonnier. Il paraît
nécessaire de traiter davantage contre certains insectes
piqueurs-suceurs (tableau 7) alors qu’une autre chenille,
Spodoptera litoralis, commence à devenir beaucoup plus nuisible
qu’auparavant dans certaines provinces [44, 45], notamment là où
les températures sont plus élevées.
Incidence limitée sur la production globale
Le succès de l’utilisation du CGM, qui reste un succès de court
terme, ne permet pas de dire qu’il va permettre à la Chine de
changer sa position d’importatrice structurelle sur le marché
mondial. L’utilisation du CGM n’a pas une incidence nette sur la
progression de la production dans les provinces concernées. Dans la
vallée du fleuve Yangse, la régression de la production
cotonnière (( figure 2 )) obéit à
des facteurs structurels de l’agriculture. Dans cette région, le
recours au CGM permet tout au plus de freiner un peu cette
régression et non de relancer la production. Dans la vallée du
fleuve Jaune, la plus importante région cotonnière, le recours
au CGM a effectivement permis un redressement de la production mais
qui ne semble pas devoir durer. La région du Xinjiang où la
production cotonnière continue à augmenter, quoiqu’à un rythme très
faible, pour ne pas dire insignifiant, est la région où il n’y a
pas de CGM. On ne peut donc pas dire que l’utilisation du CGM
modifie fondamentalement le volume et l’évolution de la production
chinoise.
Avec ou sans CGM, la rentabilité de la production cotonnière est
instable. L’instabilité provient surtout de la fluctuation du prix
d’achat du coton que le recours au CGM ne peut pas corriger. En
revenant à la culture cotonnière, les paysans restent prudents face
à l’incertitude sur le prix de vente du coton et se gardent d’une
spécialisation excessive sur cette production. Il en découle qu’il
est peu probable que la production chinoise augmente de manière
régulière au point de satisfaire les besoins intérieurs et de
changer la position d’importateur structurel de la Chine sur le
marché mondial. Cette tendance est par ailleurs soutenue par la
mise en œuvre d’une politique d’encouragement à la production
vivrière, notamment à travers l’octroi d’un paiement direct
(découplé de la production) indexé sur les surfaces céréalières
dans les provinces « greniers à grains », dont certaines
sont également des provinces cotonnières.
Conclusion
L’agriculture chinoise est engagée dans une période de grande
mutation qui déteint sur la progression de la production
cotonnière. En dépit d’un niveau élevé de rendement, l’agriculture
n’assure pas un niveau suffisant de revenu et c’est par la
possibilité d’exercer dans les secteurs non agricoles que les
ménages agricoles parviennent à éviter un plus grand écart de
revenus vis-à-vis des ménages urbains. Il n’en demeure pas moins
que l’agriculture rebute, les campagnes se vident de ses forces
valides, le problème du devenir de l’agriculture dans les provinces
soumises au mouvement migratoire est posé. Globalement, la Chine se
trouve peut-être à la veille d’une recomposition géographique de
l’agriculture au profit des provinces plus éloignées de la zone
côtière à forte croissance économique. Cette perspective peut
cependant évoluer si la politique de correction des disparités de
revenus est intensifiée et menée avec vigueur. C’est cependant une
politique fort récente qu’on ne peut encore évaluer
correctement : la décision de la gratuité de la scolarité
jusqu’à l’école secondaire pour les enfants des agriculteurs est
seulement prise depuis moins d’un an.
La production cotonnière procède fondamentalement d’une approche
d’intensification. Elle a été promue par l’État qui a investi pour
sécuriser contre les risques climatiques (par les dispositifs
d’irrigation) mais aussi contre les risques économiques en
subventionnant l’utilisation des intrants et en garantissant le
prix d’achat. Pour entrer à l’OMC, la Chine a décidé de libéraliser
la production cotonnière : il n’y a plus de subvention directe
aux producteurs de coton dans ce pays. L’approche de
l’intensification dans la production cotonnière se poursuit
cependant, et l’utilisation du CGM s’inscrit comme une étape
nouvelle dans le processus d’intensification. L’extrapolation de
l’expérience chinoise dans ce domaine à d’autres PED doit tenir
compte de cette réalité.
C’est cependant une intensification dans un contexte
d’agriculture qui pâtit de la passivité devant la nécessité de
conduire des actions collectives. Cette passivité, même si elle
peut s’expliquer par les séquelles de l’agriculture collectiviste
et par la réduction de l’importance de l’agriculture dans le revenu
total des paysans, pénalise la rentabilité de la culture
cotonnière. Elle peut aussi menacer la durabilité de l’utilisation
du CGM en exacerbant les effets indésirables sur le complexe
parasitaire du cotonnier.
Pour toutes ces raisons, dans le court terme, et contrairement à
certaines prédictions rappelées en introduction, il ne nous semble
pas que la Chine puisse changer sa position d’importateur
structurel sur le marché mondial. Si cela peut paraître rassurant
pour les pays structurellement exportateurs, ils seraient cependant
bien mal avisés de ne point chercher à gagner en productivité pour
préserver leur compétitivité cotonnière dans un marché
concurrentiel et mouvant.
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2 Cette réalité ressort de l’observation
des visites au champ et des discussions avec les paysans, elle est
bien connue des services d’appui technique mais elle rarement
mentionnée dans la littérature en langue étrangère.3 Le document de Wang et al. [20], réalisé dans
le cadre d’une prospective mondiale financée par le Fonds commun
des matières premières, est le plus détaillé sur les systèmes de
prix et de subventions qui prévalaient jusqu’à la fin des
années 1990.4 La technique de
transplantation permet de bien caler une culture de coton (au
printemps) après la récolte d’une culture d’hiver (colza
notamment), avec un effet positif sur le niveau de rendement. Cette
technique permet aussi de réduire fortement les doses de semence.
Elle a été mise au point dans les années 1970 à une époque où
les pouvoirs publics étaient soucieux d’utiliser au mieux les
terres disponibles. C’est cependant une technique très intensive en
travail et dont l’intérêt ne fut perçu par les paysans que
lorsqu’ils cessèrent d’être de simples ouvriers agricoles. La
perception de cet intérêt est accentuée avec la commercialisation
de semences coûteuses, d’hybrides, puis de CGM et enfin de formules
d’hybrides de CGM.5 Il y a encore de
grandes fermes gérées par les garnisons militaires, notamment dans
les provinces frontalières. Pour le coton, ces fermes se trouvent
dans la région autonome Ouigour du Xinjiang, mais leur production
est relativement faible.1 À raison de
300 unités d’azote, de 105 unités de
P2O5 et de 125 unités de K2O
dans la province du Jiangsu (vallée du fleuve Yangse).
|