ARTICLE
Effet hypoglycémiant largement démontré
La metformine a fait l'objet de dizaines d'études visant à démontrer
son effet hypoglycémiant ainsi que de deux méta-analyses en 1995
[4] et 1999 [5] et d'une synthèse Cochrane en 2006 [6].
En monothérapie : de l'ordre de 0,8 à 2 % d'hémoglobine
glyquée aux doses usuelles
Selon la revue Cochrane [6], la metformine s'est montrée plus efficace
que le placebo ou le régime pour diminuer l'hémoglobine glyquée
(HbA1c) : - 0,97 % de différence moyenne par rapport au placebo, avec
un intervalle de confiance à 95 % (IC) de - 0,69 à - 1,25 et -
1,06 % par rapport au régime (IC - 0,22 à - 1,89).
Dans les études versus sulfamide hypoglycémiant, l'effet
hypoglycémiant est du même ordre pour les deux familles, mais en
valeur d'HbA1c, la différence est de - 0,14 % (IC - 0,001 à -
0,26) en faveur de la metformine.
Versus glitazones : - 0,28 % en faveur de la metformine (IC - 0,03
à - 0,52)
Versus glinides : - 0,31 % (IC - 0,12 à - 0,51)
Versus insuline et versus inhibiteurs des alphaglucosidases
: pas de différence significative.
L'effet hypoglycémiant est dose dépendant. Dans
un essai versus placebo, la baisse de l'hémoglobine glyquée a
été de 0,6 % à 2 % pour des doses quotidiennes allant de
500 à 2 000 mg/jour, alors qu'il n'y avait pas de baisse supplémentaire
à 2 500 mg [7].
L'autre effet démontré dans ces études était une
perte de poids ou une absence de prise de poids, avec une différence
significative versus sulfamide hypoglycémiant [6]. La baisse du
LDL-cholestérol et des triglycérides était également
significativement plus importante avec la metformine.
Association à un autre hypoglycémiant
L'effet hypoglycémiant de la metformine persiste lorsqu'elle est associée
à un hypoglycémiant oral d'une autre classe.
En association avec l'insuline, plusieurs études ont montré
un effet hypoglycémiant de l'ordre de 0,5 à 1 % d'hémoglobine
glyquée et un poids inférieur de 1,5 à 3,5 kg dans le groupe
metformine + insuline versus insuline [8-11], avec dans un essai, une
baisse supplémentaire significative de 0,6 % d'hémoglobine glyquée
dans le groupe insuline + metformine versus insuline + sulfamide hypoglycémiant
[10]. La prise de poids était significativement moindre dans les essais
où la NPH était administrée au coucher et la metformine
utilisée seule ou en association avec un sulfamide hypoglycémiant
[12].
L'essai britannique UKPDS, débuté en 1977 et publié en
1998, était un essai comparatif randomisé et multicentrique dont
les patients ont été recrutés par des généralistes
lors de la découverte d'un diabète. Cet essai a inclus au total
4 209 patients suivis en moyenne 10 ans [13]. Ces patients ont été
randomisés en plusieurs groupes de contrôle strict (traitement
médicamenteux d'emblée) ou un groupe de contrôle moins strict
(régime seul initialement). Les traitements médicamenteux étaient
un sulfamide hypoglycémiant ou l'insuline pour les 2 505 patients sans
surpoids. Pour les 1 704 patients avec surpoids (poids égal ou supérieur
à 120 % du poids idéal), il y avait un quatrième bras :
contrôle « strict » par metformine.
L'analyse de cette partie de l'essai UKPDS montre dans le groupe metformine
comparativement au groupe régime seul initialement une réduction
du risque :
- de survenue de tout événement lié au diabète
de 32 % (IC 13-47, p = 0,002) ;
- de la mortalité liée au diabète de 42 % (IC 9-63, p
= 0,017) ;
- de la mortalité totale de 36 % (IC 9-55, p = 0,011) ;
- d'infarctus du myocarde de 39 % (p < 0,01) et des autres complications
macrovasculaires de 30 % (IC 5-48, p = 0,020).
La metformine est ainsi le seul antidiabétique oral à avoir
fait la preuve dans l'essai UKPDS d'une efficacité non seulement sur
la microangiopathie (comme les sulfamides hypoglycémiants), mais aussi
sur la macroangiopathie et sur la mortalité.
Un sous-essai de l'UKPDS a trouvé une mortalité supérieure
dans un bras metformine + sulfamide hypoglycémiant par rapport au bras
sulfamide hypoglycémiant seul. Ce résultat a donné lieu
à de nombreuses interrogations [14] et la plupart des auteurs considèrent
qu'il s'explique à la fois par le petit nombre d'évènements
observés et par la mortalité inférieure à celle
attendue dans le groupe sulfamide hypoglycémiant. En outre, une étude
de cohorte ne retrouve pas une telle surmortalité [15].
Effets indésirables
Ils sont surtout digestifs : douleurs abdominales, nausées,
diarrhée, inconfort digestif, sont des effets indésirables dose-dépendants.
Ils sont fréquents lors de l'instauration du traitement, moins lorsque
l'augmentation de la posologie est très progressive sur plusieurs semaines.
Très rarement, un traitement prolongé par metformine peut entraîner
une carence en vitamine B12 par malabsorption intestinale suffisante
pour entraîner une anémie macrocytaire.
Ces dernières années, de nombreuses données biologiques
et cliniques ont permis de réévaluer à la baisse le risque
d'acidose lactique liée à la metformine. Les auteurs d'une
analyse critique des publications de cas d'acidose lactique considérés
comme liés à la prise de metformine ont conclu à l'absence
habituelle de relation causale simple entre acidose lactique et metformine [16].
Une revue systématique avec méta-analyse a identifié
206 études (dont 148 essais randomisés) répondant aux critères
de sélection définis. Ces études ont inclus au total 47
096 patients, soit 47 846 patients/années de traitement par la metformine
où il n'a été relevé aucun cas d'acidose lactique
[17, 18]. Il n'y avait pas non plus d'élévation de la lactatémie
chez les patients traités par metformine. Certes au cours des essais
thérapeutiques les contre-indications de la metformine sont respectées
mais dans 46 % des études (soit 28 244 patients/années), l'insuffisance
rénale n'était pas mentionnée comme contre-indication.
Rien ne prouve que l'incidence des acidoses lactiques chez les diabétiques
soit plus élevée chez les patients traités par metformine
que chez les autres.
L'essai randomisé COSMIC (demandé par la FDA pour évaluer
la sécurité d'emploi de la metformine) a inclus 7 227 patients
traités par metformine versus 1 505 traités par régime
associé ou non à un sulfamide hypoglycémiant : il n'y a
pas eu de cas d'acidose lactique [19].
En conclusion, lorsque les précautions d'emploi sont respectées,
la prescription de metformine ne paraît pas augmenter le risque d'acidose
lactique. Il est donc logique de se demander si dans la plupart des acidoses
lactiques rapportées sous metformine, cet antidiabétique a vraiment
un rôle causal.
Contre-indications excessives ?
Le résumé des caractéristiques du produit (RCP) des spécialités
à base de metformine (tableau
1) comporte une longue liste de contre-indications dont la plupart sont liées
au risque d'acidose lactique. Les données récentes sur le risque
d'acidose lactique font que des experts les ont remises en cause, suggérant
que les prescripteurs doivent les ignorer s'ils veulent utiliser la metformine
au mieux de ses possibilités [20,21].
Ainsi, le RCP contre-indique la metformine en cas d'insuffisance rénale
dès que la clairance de la créatinine est inférieure à
60 mL/mn. Certains auteurs ont proposé d'autoriser la metformine lorsque
la clairance de la créatinine est comprise entre 40 et 60 mL/mn.
De même, certains s'interrogent sur la pertinence de la contre-indication
insuffisance cardiaque (non décompensée) : une étude
rétrospective canadienne a montré dans une population d'insuffisants
cardiaques une mortalité moindre chez les patients traités par
metformine par rapport aux patients traités par sulfamide hypoglycémiant
(33 % versus 52 %) [21]. D'autres études vont dans le même sens
[23].
Indications actuelles
Antidiabétique oral de première intention
La metformine est l'antidiabétique de première intention dans
le diabète de type 2 de l'adulte avec un niveau de preuve élevé
en raison des résultats d'UKPDS chez les patients diabétiques
en surpoids ou obèses. Toutes les recommandations convergent sur ce point
[24, 25]. Mais qu'en est-il pour les patients sans surpoids qui n'ont pas reçu
de metformine dans l'essai UKPDS ?
La sécurité d'emploi de la metformine est supérieure
à celle des sulfamides hypoglycémiants pour une efficacité
du même ordre puisque la metformine n'entraîne pas d'hypoglycémie.
Il est donc logique de préférer la metformine dès lors
que le risque d'hypoglycémie est présent avec les sulfamides hypoglycémiants,
c'est-à-dire chaque fois que le diabète est découvert tôt
avec une hyperglycémie modérée. La recommandation de la
fédération internationale du diabète (IDF) propose ainsi
en 2006 la metformine comme antidiabétique de première intention,
sans prendre en compte le poids [25].
Par la suite, en l'absence de contre-indication, la metformine peut être
poursuivie en bi- ou trithérapie et lors de l'instauration de l'insulinothérapie.
Chez ces patients souvent polymédicamentés, la metformine n'expose
pas au risque d'hypoglycémie par interaction médicamenteuse.
Diabète de type 2 de l'enfant et de l'adolescent
Le Glucophage® (500, 850 et 1 000) a bénéficié en
2004 d'une extension d'AMM, puis en mars 2006 d'une admission au remboursement
pour l'indication suivante : « Chez l'enfant de plus de 10 ans et l'adolescent,
Glucophage® doit être utilisé en monothérapie ou en
association avec l'insuline. » Comme le note la Commission de la Transparence
dans son avis, cette indication repose sur une seule étude randomisée
contre placebo qui inclut 82 patients, âgés de 10 à 16 ans
et traités pendant 16 semaines [26]. La Commission a demandé la
mise en place d'une étude ayant pour objectif de préciser les
conditions d'utilisation de cette spécialité.
Diabète de type 1 avec obésité
La metformine a fait l'objet dans le diabète de type 1 de quelques
études randomisées. La dernière en date a montré
sur 15 patients diabétiques de type 1, obèses (IMC moyen 31,3),
en cross over une amélioration de l'équilibre glycémique
(HbA1c - 0,7 %) [27].
Prévention du diabète
L'essai randomisé DPP a inclus 3 224 sujets non diabétiques
présentant des troubles de la glycorégulation [28]. Ces patients
ont été randomisés entre placebo, metformine (850 mg 2
fois par jour) et programme de modification des habitudes de vie (diététique
et activité physique). Ils ont été suivis en moyenne 2,8
ans. L'incidence du diabète a été réduite de 31
% (IC 17-43) dans le groupe metformine et de 58 % (IC 48-66) dans le groupe
diététique et activité physique. La metformine prévient
donc l'apparition d'un diabète chez ces sujets à risque mais paraît
moins efficace que les modifications du style de vie.
Dystrophie ovarienne polykystique
Une méta-analyse a montré que la metformine est plus efficace
que le placebo pour obtenir une ovulation, que la metformine soit utilisée
seule ou en association avec le clomifène [29].
Au total, la metformine a fait l'objet de travaux cliniques dans de nombreuses
indications, mentionnées ci-dessus ainsi que quelques autres (citons
la stéatose alcoolique et la lipodystrophie du SIDA). Mais seul le diabète
de type 2 de l'enfant a fait l'objet d'une extension d'indication de l'AMM initiale.
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3.
La metformine
En résumé :

Les « plus » :
* Un antidiabétique oral de première intention « tous terrains
» et simple d'utilisation sous réserve d'un minimum de précautions
(cf. ci-dessous)
* Un recul déjà « confortable » avec un nombre considérable
de patients utilisateurs au long cours.
Les « moins » :
* La fréquence des troubles digestifs surtout en début de traitement
qui imposent un minimum de précautions (cf. ci-dessous)
* Le respect des quelques précautions d'emploi indispensables rappelées
ci-dessous.
En pratique : quelques propositions
* Débuter par la posologie minimale (500 mg/jour).
* Augmenter de 500 mg/semaine.
* Conseiller la prise pendant les repas.
* En cas d'effets indésirables digestifs persistants, diminuer la posologie
plutôt que d'arrêter le traitement.
* Respecter les contre-indications du RCP, mais évaluer au cas par
cas dans les situations limites (insuffisance rénale modérée
et insuffisance cardiaque compensée).
* Arrêter la metformine la veille (et non 48 heures) avant une exploration
iodée et une intervention chirurgicale ; reprendre le traitement 48 h
après exploration iodée et après vérification de
la créatininémie.
* Arrêter la metformine lors de toute affection aiguë exposant
au risque d'hypoxie et de choc.
* Poursuivre la metformine en cas d'introduction d'un deuxième antidiabétique
oral.
* Poursuivre la metformine en cas de mise à l'insuline.
* Mesurer la clairance de la créatinine au moins 1 fois par an (jusqu'à
4 fois par an en cas d'insuffisance rénale modérée).
Notes :
1. Avec la metformine nous débutons ce mois-ci une série consacrée
aux antidiabétiques oraux. Nous poursuivrons dans les numéros
suivants avec les trois autres classes : les insulinosécréteurs
(sulfamides hypoglycémiants et glinides), les inhibiteurs des alpha-glucosidases
et les glitazones.
2. Au cours des acidoses lactiques, l'accumulation de metformine est dénuée
de valeur pronostique et il n'y a pas de relation entre lactacidémie
et élévation de la metformine plasmatique.
3. Sur www.has-sante.fr.
DOI : 10.1684/med.2006.0004
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