ARTICLE
Auteur(s) : Michel Perrin
26, chemin de Décines, 69680 Chassieu, France
L’hémorragie variqueuse n’est pas toujours mentionnée en tant
que complication dans les ouvrages qui traitent des varices. Ce
vocable désigne généralement les hémorragies extériorisées qui
surviennent chez des patients qui ont des varices, bien que ce ne
soient pas toujours les varices qui saignent, mais les nappes
télangiectasiques alimentées par ces varices.
Il convient de rappeler qu’au plan de la terminologie, on
différencie varice et télangiectasie. Une varice est une veine
sous-cutanée dilatée de façon permanente et dont le diamètre est
supérieur à 3 mm en position debout ; une télangiectasie
est la confluence de veinules intradermiques dilatées de façon
permanente de moins de 1 mm de diamètre.
Etiologie et anatomo-physiopathologie
La dilatation progressive d’une veine variqueuse dans le tissu
cellulaire sous-cutané entraîne une atrophie des éléments graisseux
entre la veine et la peau. De plus, lorsque cette varice ou cette
télangiectasie est très superficielle, la peau s’amincit et la
veine ou les veinules lui adhèrent fortement. Ces anomalies sont
facilement identifiées lors de l’examen clinique. En effet,
lorsqu’on soulève le membre inférieur, un véritable creux se
dessine à cet emplacement. À l’inverse, chez le sujet en position
verticale, la veine incontinente est mise en tension par le sang en
raison du reflux et l’on identifie une dilatation ampullaire,
saillante, recouverte d’une peau amincie dénommée « perle
variqueuse ». On comprend donc aisément qu’un traumatisme
minime rompe la paroi veineuse et la peau fragilisées et accolées.
Mais ce mécanisme n’est pas seul en cause. En effet, dans d’autres
cas, l’hémorragie se produit au sein d’un ulcère préexistant et
c’est le processus inflammatoire ou infectieux qui érode la paroi
vasculaire.
Chez le sujet en position verticale, le débit est trop important
pour que les phénomènes de coagulation puissent oblitérer la
solution de continuité de la paroi veineuse et l’hémorragie
perdure.
Epidémiologie
Elle est mal documentée et l’hémorragie variqueuse a
essentiellement fait l’objet de rapports anecdotiques individuels
qui ne permettent pas d’établir sa prévalence. Cependant,
Bergan [1] regroupant les observations de 2 centres
médicaux rapporte 20 cas (9 hommes-11 femmes, âges
extrêmes 14-84 ans) sur une période de 36 mois. A
l’exception du plus jeune patient qui présentait un syndrome de
Klippel et Trenaunay, on relevait chez les hommes les plus jeunes
une obésité et une taille élevée ; chez les femmes, la moyenne
d’âge était plus élevée et s’établissait à 68,9 ans. Au plan
de l’étiologie, les varices primitives sont le plus souvent en
cause en raison de leur fréquence, mais on peut aussi identifier un
syndrome post-thrombotique ou une malformation veineuse
congénitale.
Un élément souvent méconnu est le fait que cette complication
puisse être létale en l’absence de traitement approprié comme le
révèle l’analyse de la littérature [2-4].
La grossesse – dans la mesure où elle aggrave une insuffisance
veineuse chronique préexistante – peut être un facteur déclenchant.
La survenue d’une hémorragie variqueuse a été responsable de la
mort du fœtus chez une femme enceinte de 24 mois [5].
Clinique
L’hémorragie variqueuse survient pratiquement toujours chez un
sujet debout qui présente des varices évoluant depuis de nombreuses
années et responsables de troubles trophiques incluant ou non un
ulcère. Un traumatisme volontiers mal identifié et minime est
souvent trouvé : prurit entraînant un « grattage »
cutané, mise en place d’une compression, mais ce
« mini-traumatisme » n’est pas indispensable.
L’hémorragie est le plus souvent intense et en jet non pulsé. Si
le patient n’a pas été averti de la conduite à tenir, il reste en
position verticale ou assise ; l’hémorragie se poursuit et
peut entraîner la mort. Ces hémorragies ont un caractère récidivant
si leur cause n’est pas traitée.
Traitement
Le traitement immédiat est simple (figure 1). Le patient
doit être allongé, le membre surélevé. Un coussinet de mousse est
appliqué sur la zone où s’est produite l’hémorragie, puis un
traitement compressif par bandes est appliqué. Il faut bien
évidemment éviter l’erreur qui consisterait à appliquer un garrot à
la racine du membre, geste qui aggrave toujours une hémorragie
veineuse. Le lever sous surveillance médicalisée est autorisé au
bout de quelques heures sous compression.
Le traitement ultérieur repose sur les données de l’examen
physique et il est actuellement complété par un écho-Doppler
veineux. Son but est de supprimer l’augmentation permanente de la
pression veineuse en position debout. Chez les sujets âgés et en
mauvais état général, on peut limiter le traitement à la
sclérothérapie qu’on débute localement en injectant le produit
sclérosant dans les télangiectasies, les perles variqueuses et
surtout les varices nourricières. Cette sclérothérapie locale peut
être complétée par une sclérothérapie des troncs saphènes et de
leurs branches. Dans la plupart des cas, on aura recours à la
chirurgie de l’insuffisance veineuse superficielle associée ou non
à la chirurgie des perforantes jambières, en présence de varices
primitives. Dans les syndromes post-thrombotiques, la
sclérothérapie locale peut également être envisagée, mais elle doit
toujours être complétée par une compression à titre permanent. Les
malformations veineuses relèvent d’un bilan et d’un traitement dans
un centre multidisciplinaire spécialisé.
Le traitement préventif consiste à prendre en charge le patient
dès lors que l’examen révèle la présence d’une lésion susceptible
d’entraîner une hémorragie variqueuse. Dès la première
consultation, il convient d’édicter les mesures simples qu’il
faudrait appliquer si cette complication survenait. n
Références
1. Bergan JJ. Management of external hemorrhage from
varicose veins. Vascular Surg 1997 ; 31 :
413-8.
2. Evans GA, Seal RME, Evans DND, Craven JL.
Spontaneous fatal hemorrhage caused by varicose veins.
Lancet 1973 ; 1 : 1359-61.
3. Morrow PL, Hardin NJ, Karn CM, BeloinR, McDowell
RW. Fatal hemorrhage caused by varicose veins. Am J Forensic Med
Pathol 1994 ; 15 : 100-4.
4. Wiggle RL, Anderson GV. Exsanguinating hemorrhage
from peripheral varicosities. Ann Emerg Med 1988 ;
17 : 80-2.
5. Batman LS, Slovin I. An unusal cause of
stillbirth : Maternal hemorrhage from ankle varicosities.
Del Med J 1975 ; 47 : 427-8.
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